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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 01:58
UN « PIONNIER » MÉCONNU DU MÉKONG, VINCENT ROUFFIANDIS, « LE BON DOCTEUR DU LAOS » - DEUXIÉME PARTIE.

L’épidémie de peste d’Hanoi (mars 1903 - août 1903)

 

 

Après son retour de Fou-Tchéou, Vincent ROUFFIANDIS est muté en début d’année 1903 à l’État-major du 3ème Régiment de tirailleurs tonkinois, sous le commandement du colonel DUMONT (Annuaire général de l’Indochine, Hanoi, F.-H. Schneider Imprimeur-Editeur, Année 1904, p. 35).

 

Après son retour de Fou-Tchéou, Vincent ROUFFIANDIS est muté en début d’année 1903 à l’État-major du 3ème Régiment de tirailleurs tonkinois, sous le commandement du colonel DUMONT31. Ce régiment est stationné à Bac Ninh, à une trentaine de kilomètres d’Hanoi. Vincent est chargé de diriger l’équipe médicale avec l’aide d’un autre médecin militaire.

Au mois de mars 1903, la peste qui avait déjà sévi à Hanoi les deux années précédentes, fait sa réapparition dans la capitale du Tonkin. Les autorités civiles et militaires de la ville organisent rapidement un plan sanitaire d’urgence.

Les pestiférés civils sont isolés dans la banlieue d’Hanoi, d’abord à la pagode des Corbeaux, puis dans un lazaret spécialement installé au village de Bach May en périphérie. Les pestiférés militaires sont, quant à eux, regroupés à l’hôpital militaire d’Hanoi (hôpital de Lanessan). Compte-tenu de ses compétences et de l’expérience acquise l’année précédente à Fou-Tcheou, le docteur ROUFFIANDIS fait partie, avec les docteurs DUMAS et BOURRAGUE, de l’équipe de médecins réquisitionnés pour prendre en charge et soigner les victimes militaires.

UN « PIONNIER » MÉCONNU DU MÉKONG, VINCENT ROUFFIANDIS, « LE BON DOCTEUR DU LAOS » - DEUXIÉME PARTIE.

Dans un article des Annales d’hygiène et de médecine coloniales, il explique comment les acteurs civils et militaires en charge de la lutte contre la peste ont réussi, par leur réactivité et une bonne complémentarité, à enrayer l’épidémie :

 

« Le 21 mars 1903, la peste renaît sur place à Hanoi ; à cette date, deux cas de peste furent constatés chez deux femmes d’une maison de tolérance. Presque en même temps, des cas se déclarèrent en deux points : rue Hatrung et village du banc de sable. Peu à peu, la peste s’étendit, fit tache d’huile à travers toute la ville et finit par se localiser en quatre foyers principaux. La population européenne elle-même fut atteinte : 6 cas dont deux décès chez des Européens habitant la rue Paul Bert ou les environs, point de départ de la peste en 1902, et un cas chez un sergent habitant la concession. Le nombre officiel des cas indigènes a été de 159 dont 110 décès. Mais on peut dire que le chiffre réel des cas de peste chez les indigènes a été certainement trois ou quatre fois plus élevé car cette population s’efforçait par tous les moyens de cacher les cas et les décès suspects, malgré le zèle et le dévouement de la police et du service sanitaire municipal. Pour la population militaire indigène (tirailleurs, section du génie), la surveillance était plus facile et plus complète ; on peut affirmer que pas un seul cas de peste n’y est passé inaperçu : tout malade suspect était dirigé sur l’hôpital et mis en observation jusqu’à diagnostic précis. » (La peste bubonique au Tonkin, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VIII, Paris, Imprimerie nationale, 1905, p. 613.) 

UN « PIONNIER » MÉCONNU DU MÉKONG, VINCENT ROUFFIANDIS, « LE BON DOCTEUR DU LAOS » - DEUXIÉME PARTIE.

Entre le 10 mai et le 25 juillet, il travaille sans relâche à l’hôpital au chevet des pestiférés militaires qui y sont conduits depuis leurs casernes. Ceux-ci sont atteints de formes différentes de la maladie selon la voie de pénétration du virus : peste cutanée, peste pulmonaire, peste intestinale. Vincent applique à tous les malades, mais à des doses appropriées selon les cas, le traitement par injection intraveineuse de sérum anti-pesteux (sérothérapie) qui a déjà fait ses preuves lors des épidémies précédentes. Les résultats sont assez positifs puisque sur 29 cas traités, il obtient 20 guérisons pour seulement 9 décès. Il constate que la mortalité chez les victimes civiles est beaucoup plus élevée puisque sur 131 cas traités, 101 décès sont à déplorer. Voici les raisons qu’il avance :

 

« A quoi tient cette différence entre la mortalité civile (78 %) et la mortalité militaire (31 %) ? Un fait peut l’expliquer : les malades militaires étaient dirigés sur l’hôpital dès le début de la maladie, grâce à la surveillance des médecins des corps de troupe qui hospitalisaient les malades dès l’apparition de symptômes suspects. Au contraire, les malades civils n’étaient envoyés au lazaret que quand la police les trouvait au cours de ses visites domiciliaires, la plupart du temps en pleine maladie, et les signalait au médecin de la municipalité qui, dans la plupart des cas, avait donc à traiter des cas désespérés. Une autre raison tout aussi importante est que les injections intraveineuses n’ont pas été assez employées pour les pestiférés civils ». (La peste bubonique au Tonkin, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VIII, Paris, Imprimerie nationale, 1905, p. 622-623.) 

 

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Durant son activité à l’hôpital de Lanessan, Vincent est totalement investi dans la lutte contre la peste et il utilise toutes les occasions qui lui sont offertes pour approfondir l’étude clinique de la maladie et expérimenter les traitements : visites et suivi régulier des patients, essais de dosages du sérum, autopsies pratiquées sur les victimes, injections préventives de sérum (y compris sur lui-même).

 

 

« Nous devons dire ici quelques mots de l’emploi du sérum comme préventif (…) On sait que le sérum, pour être un moyen préventif efficace de la peste, doit être injecté tous les dix jours environ, à la dose de 10 centimètres cubes (…) Une seule catégorie de personnes a été soumise à Hanoi en 1903 aux injections répétées régulièrement : ce sont les personnes en contact permanent avec les pestiférés, c’est à dire les médecins, infirmiers, agents de police, prisonniers, coolies attachés au service du pavillon d’isolement, à l’hôpital militaire ou au lazaret ; parmi elles, pas un seul cas de peste ne s’est déclaré, grâce aux injections répétées tous les dix jours environ. J’ai constaté sur moi-même que l’injection préventive ne provoque qu’une très légère douleur, qu’elle n’oblige à aucun repos, qu’elle ne gêne en rien l’injecté dans sa profession et que le seul accident à craindre est un peu d’érythème local et de prurit, disparaissant d’eux-mêmes au bout de quelques heures » (Bulletin de l’Académie de Médecine, Séance du 6 février 1906, Paris, Année 1906, p. 160 et Rapport général M. le Ministre de l’Intérieur sur les épidémies, Melun, 1906, p. 50.) 

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Le 14 août 1903, l’épidémie est vaincue, grâce à la bonne organisation des services de santé locaux qui ont bien anticipé la lutte contre la maladie et l’implication active des médecins et des personnels soignants civils et militaires. L’année suivante, la Commission permanente des épidémies de l’Académie de Médecine lui décerne la médaille d’argent pour s’être distingué par ses travaux durant l’épidémie de peste bubonique au Tonkin. (Bulletin de l’Académie de Médecine, Séance du 6 février 1906, Paris, Année 1906, p. 160 et Rapport général à M. le Ministre de l’Intérieur sur les épidémies, Melun, 1906, p. 50). 

 

 

Fin de séjour au Tonkin (septembre 1903 - avril 1904)

 

Les dernières expériences vécues lors des épidémies qu’il a couvertes en Chine en 1902 et au Tonkin en 1903 ont fait de Vincent ROUFFIANDIS un spécialiste reconnu de la peste. L’intérêt des recherches qu’il a menées et sa maîtrise de la maladie et de ses traitements, lui valent la gratitude de ses pairs au sein du Service de Santé de l’Indochine.

Par la suite, il va consacrer dans les Annales d’hygiène et de médecine coloniales plusieurs articles à l’étude clinique et thérapeutique de la peste, détaillant ses mécanismes, son mode de propagation, les différentes formes qu’elle présente et les traitements les mieux adaptés. Sa contribution notable à l’étude de la peste va permettre de faire avancer la recherche dans ce domaine, notamment en ce qui concerne le traitement préventif.

 

Esprit vif et curieux, il publie aussi une intéressante étude intitulée Théories chinoises sur la peste dans laquelle il décrit l’état des connaissances des médecins chinois sur la maladie et des traitements pratiqués. Cet article montre à quel point, au début du XXème siècle, les Chinois sont en retard dans l’étude et la lutte contre la peste, ce qui explique l’inefficacité des méthodes utilisées au cours des dernières épidémies et la nécessité qu’ont eue les mandarins à faire appel à des médecins occidentaux. Voici quelques-unes des observations les plus étonnantes rapportées par Vincent ROUFFIANDIS dans son article sur la peste vue par les Chinois :

 

 

« Concernant l’étiologie et le traitement de la peste, on ne trouve chez les médecins chinois qu’un mélange confus d’empirisme, de théories bizarres et de conceptions originales. (…)

La croyance suivante est très fortement ancrée dans l’esprit des Chinois de Fou-Tcheou, à savoir qu’il ne faut pas pleurer la mort d’un parent ou d’un ami enlevé par la peste car les cris, les pleurs et les lamentations attireraient l’attention des esprits méchants sur la personne qui manifesterait ainsi son deuil et elle serait ensuite emportée à son tour par la peste. (…)

Les traitements chinois de la peste sont aussi nombreux qu’inefficaces. Le traitement externe des bubons est très en honneur auprès des Chinois. On met sur le bubon un emplâtre formé d’un morceau de toile sur lequel est versé de l’opium mélangé à une macération de plantes. Comme traitement externe de la peste, on pratique la révulsion faite sur la peau du cou et de la poitrine par des ventouses ou par des tiraillements de la peau pincée entre deux doigts, ou encore l’application sur les bubons d’une espèce d’araignée noire (tse-tou) qui sucerait les humeurs. (…)

En juin 1901, il s’est passé à Fou-Tcheou un fait assez curieux qui mérite d’être raconté. Le vice-roi de Fou-Kien, très préoccupé par la peste qui faisait alors des ravages dans la ville, vit une nuit en rêve, un vénérable personnage à la longue barbe blanche qui lui annonça que la peste disparaîtrait d’elle-même à la fin de l’année. Le lendemain, le vice-roi publia un édit disant que le 22ème jour de la 5ème lune (Le 27 juin 1902) commencerait une nouvelle année. Le peuple devait cesser ses travaux, revêtir ses plus beaux habits, faire la fête et tirer des pétards comme c’est l’usage au premier jour de l’année.

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L’édit mentionnait : « cette année-ci a été commencée sous de mauvais auspices ; la peste ravage la ville. Ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de commencer une nouvelle année. Les méchants esprits de la peste ne manqueront pas d’être surpris que l’année se soit écoulée si vite et, comprenant que leurs exigences ont dépassé les limites de la bonne éducation, ils se retireront aussitôt ». Ce programme a été suivi point par point ainsi que me l’ont affirmé les Français habitant Fou-Tcheou ; la nouvelle année a été célébrée en plein 5ème mois et la peste… a continué ses ravages. » (Théories chinoises sur la peste, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VI, Paris, Imprimerie nationale, 1903, p. 342-347)

 

Au début de l’année 1904, après le travail intense qu’il a fourni à l’hôpital de Lanessan durant l’épidémie de peste, Vincent ROUFFIANDIS se trouve à Thai Nguyen dans la région du Tam Dao, station climatique au nord d’Hanoi.

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Nous pensons qu’il a été transféré dans cette bourgade où son Régiment de tirailleurs tonkinois dispose peut-être de quartiers annexes, dans l’attente d’une affectation imminente pour le Laos. En effet, nous avons pu retrouver un télégramme envoyé le 4 février 1904 par le directeur du service de Santé de l’Indochine au Résident supérieur au Laos pour le prévenir « qu’il désignera le docteur ROUFFIANDIS pour Vientiane dès que l’effectif lui permettra de le remplacer à Thai Nguyen ». (Ce document, conservé aux Archives nationales d’outre-mer - ANOM (Résidence Supérieure du Laos, Série S, boîtes 1-12), nous a été communiqué par Kathryn Sweet)

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Un deuxième télégramme du service de Santé daté du 11 mars 1904 confirme son transfert au Laos pour y occuper la double fonction de médecin du poste médical de Vientiane et de directeur du service local du Laos, délégué du sous-directeur du service de Santé en Cochinchine. Compte-tenu de l’importance des charges qui lui sont confiées, son affectation s’accompagne d’une promotion au grade de médecin major de 2ème classe. (Annuaire général de l’Indochine, Hanoi, F.-H. Schneider Imprimeur-Editeur, Année 1905, p. 32-33 et 328). 

 

 

Nouvelle mission au Laos (avril 1904 - fin 1906)

 

Il nous est permis de croire que c’est à sa demande que Vincent ROUFFIANDIS est affecté au Laos, pays où il avait débuté sa carrière médicale et dont il gardait la nostalgie. Sa connaissance de la région et de ses populations ainsi que ses bons états de service ont certainement joué en sa faveur dans le choix de ses supérieurs.

Dès son arrivée à Vientiane le 15 avril 1904, il se consacre immédiatement à ses diverses missions qu’il arrive à organiser efficacement. Ses compétences professionnelles et sa grande expérience du terrain sont des atouts de taille qui l’aident à surmonter les difficultés inhérentes au Laos où les infrastructures et les moyens sont encore très peu développés par rapport au reste de l’Indochine. De plus, les bonnes relations qu’il établit dès le départ avec Georges MAHÉ, Résident supérieur au Laos, facilitent sa tâche et lui permettent de gagner la confiance et le soutien des représentants de l’administration locale.

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Vincent retrouve avec plaisir ce pays attachant et le contact avec sa population dont il avait gardé un très bon souvenir lors de son séjour précédent. Au cours de sa mission au Laos il va s’impliquer pleinement dans son travail, avec un souci constant d’améliorer les conditions en matière d’assistance médicale et d’hygiène publique.

 

En tant que médecin du poste médical de Vientiane, ses journées sont bien remplies : il assure les consultations quotidiennes des patients à l’hôpital, prodigue les soins aux malades, pratique de petites opérations chirurgicales, prescrit les traitements, visite les malades à domicile, organise des séances hebdomadaires de vaccinations contre la variole ou la peste et met en place les mesures prophylactiques au paludisme et à la lèpre. Il est aussi amené à se déplacer dans toutes les circonscriptions de la province pour effectuer des inspections sanitaires de villages et des tournées de vaccinations collectives.

 

Mais il doit aussi superviser les trois autres postes médicaux dont il a la responsabilité en tant que directeur du service de santé local : Khong, Luang Prabang et Xieng Khouang. En effet depuis le 1er janvier 1905, le service a fait l’objet de quelques modifications qui ont entraîné la disparition du poste de Pak Hin Boun et la création sur le haut plateau du Tranninh fin 1904, de la station vaccinogène de Xieng Khouang dont le rôle est de fournir un vaccin antivariolique de bonne qualité pour l’ensemble du Laos. Vincent ROUFFIANDIS est sans doute à l’origine de ces changements qu’il détaille dans un nouvel article des Annales d’hygiène et de médecine coloniales :

 

« Le service médical ne comprend que cinq médecins pour quatre postes médicaux. Cette pénurie de personnel est excessivement fâcheuse au point de vue de la vaccination, dans un pays aussi étendu où la variole est endémique et dans lequel la variolisation est encore en honneur. Dès le début, on a cru pouvoir remédier à ce fâcheux état de choses en confiant une partie du service de la vaccine au personnel administratif obligé, de par ses fonctions, de parcourir le pays et de visiter les villages éloignés. Au manque de médecins vaccinateurs venaient s’ajouter les difficultés de communication pendant une longue période de l’année, de mai à octobre. La saison des pluies rend les routes du pays (sentiers à peine tracés) impraticables ; aussi ne peut-on recourir à ce moment qu’à la voie du fleuve pour se transporter d’un point à un autre. (…)

 

A mon arrivée au Laos en 1899, j’ai été frappé du grand nombre d’indigènes porteurs des stigmates de variole et j’estime à 70 ou 75 % la proportion des indigènes ayant payé leur tribut à cette maladie dans le moyen-Laos. En 1899, le total des décès varioliques s’éleva pour tout le Laos à 8.000. Les années 1900 et 1901 furent meilleures à ce point de vue, le chiffre des décès imputables à la variole ayant baissé de moitié. D’ailleurs, depuis cette époque, les épidémies de variole sont devenues moins sérieuses ; elles ont sévi sur une série de villages voisins mais n’ont jamais revêtu le caractère de gravité d’antan. En 1902 et 1903, le nombre des décès a été de 5.000 pour chacune d’elles ; en 1905, il n’a été que de 2.500. En résumé, grâce aux vaccinations pratiquées, la mortalité variolique est en décroissance depuis quelques années. (…)

 

En 1901, le Résident supérieur créa, par un arrêté du 5 avril, un corps de vaccinateurs indigènes, à raison d’un par province. Ces praticiens, placés sous les ordres directs de l’Administrateur et recrutés par lui, devaient assurer le service vaccinal, sans aucun contrôle médical. Certains d’entre eux s’acquittèrent consciencieusement de leur tâche, mais la plupart se contentaient de toucher leur solde et de disparaître de temps en temps dans la brousse pour faire croire qu’ils étaient en tournée, puis remettaient à l’Administrateur un rapport fantaisiste. Les vaccinateurs laotiens, comme tous les Indo-Chinois pourvus d’un emploi officiel quelconque, se sont livrés parfois à des exactions et à des concussions, se faisant payer leurs vaccinations ou offrir des cadeaux. En présence des résultats plutôt négatifs obtenus par l ‘emploi des vaccinateurs indigènes, leur suppression fut décidée à compter du 1er janvier 1905. Un nouveau poste médical fut fondé à Xieng Khouang sur le plateau du Tranninh, par 1.200 mètres d’altitude, et un médecin européen fut complètement détaché au service de la vaccine, tandis que ses collègues des ambulances continuaient à vacciner dans les circonscriptions voisines. (…)

 

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Le vaccin employé au Laos provenait, dès le début, de l’Institut Pasteur de Saigon qui l’expédiait par paquets de 10 à 15 tubes, enveloppés dans un papier indiquant la date de préparation et emballés dans un cylindre en bambou. Les paquets de tubes confiés à la poste mettent de quinze jours à deux mois, suivant la distance, à parvenir à destination ; pendant le trajet, ils subissent dans les sacs postaux de grandes variations de température. Tantôt ils sont exposés au soleil, d’autres fois à la pluie ; aussi arrive-t-il fréquemment que le vaccin ne parvienne en bon état que pendant une certaine période de l’année. Pour remédier à cet inconvénient qui se faisait sentir surtout dans le haut-Laos, une station vaccinogène fut fondée à la fin de 1904 à Xieng Khouang, province de Tranninh. Ce parc a pu fournir du très bon vaccin dès le mois de janvier 1905. Xieng Khouang a été choisi à cause du peu d’élévation de la température sur le plateau, condition très favorable à la préparation de la pulpe vaccinale fournie par des troupeaux croissant admirablement dans cette région. Les tubes sont expédiés dans des moelles de bananier, mode d’emballage qui réussit très bien au Laos. » (Variole et vaccine au Laos de 1895 à 1906, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome X, Paris, Imprimerie nationale, 1907). 

 

 

Pour ce travail, Vincent ROUFFIANDIS est à nouveau récompensé par l’Académie de Médecine qui lui décerne, à l’occasion des prix de l’année 1906, la médaille d’or au titre du Service de la vaccine pour sa contribution à l’amélioration du système de vaccination au Laos.( Bulletin de l’Académie de Médecine, Service de la vaccine, Paris, Année 1907, p. 450.)  

 

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La direction de l’ensemble des postes médicaux du Laos occupe donc une part importante de son emploi du temps. En effet, il est souvent sollicité pour arbitrer des problèmes qui lui sont soumis (administratifs, financiers, humains) et prendre les décisions qui s’imposent, en accord avec le Résident supérieur. Il est aussi destinataire des rapports annuels qu’il doit valider avant de les transmettre à sa hiérarchie. Enfin, c’est lui encore qui assure les visites de contrôle réglementaires de chaque poste, l’entraînant dans de longs et périlleux déplacements à travers tout le pays.

 

Au début de l’année 1905, le Résident supérieur demande à Vincent ROUFFIANDIS de l’accompagner jusqu’à Luang Prabang où il doit participer au couronnement de sa majesté SISAVANG VONG qui a accédé au trône le 28 avril 1904 suite au décès de son père, le roi ZACHARINE. Monsieur MAHÉ a été invité par le nouveau roi du Laos pour représenter la France lors des cérémonies officielles le 4 mars 1905, date qui a été choisie par les grands prêtres du royaume.

 

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Le récit des célébrations a fait l’objet d’un numéro spécial de la Dépêche coloniale illustrée du 15 octobre 1905, sous la plume d’Alfred RAQUEZ. En voici quelques extraits :
 

« Monsieur Mahé, Inspecteur des services civils de l’Indochine, Résident supérieur représentant la République française au Laos, va poser sur la tête du jeune souverain la couronne de ses pères. C’est un des plus jeunes et des plus actifs parmi les hauts fonctionnaires de notre colonie indochinoise. Depuis près de trois ans, parcourant en tous sens ce pays à cheval, en pirogue, en chaloupe, il s’est surtout préoccupé de donner de l’air au Laos, de desserrer cette ceinture qui l’enserre au point d’étouffer presque toute vie commerciale, de créer en un mot des voies de communication. Doué d’une santé de fer, ignorant la fatigue, audacieux jusqu’à la témérité, il a accompli sur le Mékong ce que l’on a appelé des tours de force (…)

Un voyage de onze jours à cheval de Vientiane à Luang Prabang n’était pas fait pour effrayer un tel homme, quelque accablante que pût être la chaleur en pleine saison sèche et bien qu’il fallut gravir de hautes montagnes comme le Pou Lao Pi et le Pou Kassak dont les pentes sont presque les plus raides que nous ayons rencontrées dans nos voyages à travers l’Extrême-Orient. Il était accompagné du docteur Vincent Rouffiandis, chef du service de santé au Laos, un « Laotien » de la première heure ne cessant d’étudier les maladies particulières à ces régions et sur lesquelles les Annales Médicales ont souvent publié, sous sa signature, des travaux très remarqués ; ajoutons que le bon docteur est aussi apprécié des Européens qu’il est aimé des indigènes, et le tableau sera presque complet. (…) Le soir, tous les Français se trouvaient réunis en l’hôtel du Commissariat où M. Vacle, Commissaire principal du Royaume de Luang Prabang, recevait avec le Résident supérieur, Sa Majesté Sisavang et les hauts dignitaires de la Cour. Je n’aurais garde d’oublier la musique. C’est en effet au son de la Marseillaise que furent reçus le Roi et le représentant de la République, jouée par un orchestre laotien composé d’un pi-pat, série de petits gongs retenus par une armature circulaire au centre de laquelle le musicien armé de deux baguettes se tient accroupi, d’un xylophone, de violons à deux cordes, de tamtams et enfin de cymbales. Aux Armes, Citoyens, joue nonchalamment l’artiste du pi-pat. C’est gracieux et doux. Le cri de guerre est devenu presque la plainte d’un amant. On ne saurait être violent au Laos. C’est une Marseillaise pour jeunes pensionnaires que nous entendîmes ce soir-là, et la douceur de la phrase laotienne s’accommodait très bien au velouté du potage et aux jolies coquilles Louis XV des couverts, les seules armes que nous fûmes appelés à saisir. » (La Dépêche coloniale illustrée, 15 octobre 1905, Article de A. Raquez, p. 235-236 et 239-240). 

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En à peine une année à Vientiane, le docteur ROUFFIANDIS a vite trouvé sa place parmi les cadres et hauts-fonctionnaires de l’administration au Laos. Il est devenu un personnage important de la vie locale, très apprécié à la fois de ses compatriotes mais aussi des Laotiens pour l’attention particulièrement bienveillante qu’il leur porte. Malgré ses nombreuses occupations, il trouve encore le temps de publier des articles sur quelques pathologies particulières qu’il a été amené à traiter au cours de ses consultations à l’hôpital de Vientiane. Il décrit par exemple le cas d’un jeune Laotien de 14 ans souffrant de rétention urinaire et porteur d’un calcul vésical de grosseur anormale qu’il réussit à extraire en pratiquant une cystotomie. (Un cas de calcul vésical de grosseur anormale chez un enfant, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome IX, Paris, Imprimerie nationale, 1906. )

 

En 1905, des circulaires du Gouverneur général de l’Indochine prescrivent une réorganisation des services de santé locaux. Grâce à son expérience et à sa connaissance approfondie de la situation sanitaire au Laos, il élabore un ensemble de propositions concrètes pour améliorer le fonctionnement actuel du service. Le 24 avril 1905, il soumet au Résident supérieur un plan de centralisation des services de santé qui doit conduire à rendre le système plus efficace. Ainsi naît le service de l’Assistance médicale du Laos, dont Vincent ROUFFIANDIS est l’un des pionniers, et qui sera pendant longtemps la référence en matière de santé publique, même après l’indépendance du pays.

 

 

Métropole, Comores et Annam : des affectations à répétition (1907 à mars 1910)

 

Après avoir contribué à la modernisation des conditions sanitaires du pays, sa mission au Laos se termine à la fin de l’année 1906.

Il rentre en France où il est affecté au 3ème Régiment d’artillerie coloniale à Nîmes en tant que médecin du Corps de santé des troupes coloniales. Il est difficile de connaître la cause exacte de ce retour en métropole un peu précipité : soins médicaux, obligations familiales, désir légitime de retrouver son pays et passer un peu de temps parmi les siens après huit ans en Indochine ou choix délibéré en vue d’une nouvelle affectation ?

Le peu de temps qu’il séjourne en France nous fait plutôt pencher pour la dernière hypothèse puisque par décision ministérielle du 9 février 1907, il est affecté à Mayotte, placé en activité hors-cadres, pour remplir les fonctions de chef du service de santé de cette colonie (Journal officiel de Madagascar et Dépendances, 30 mars 1907.) Il s’embarque à Marseille le 10 mars 1907 pour rejoindre les Comores, après une courte escale à Madagascar. Rappelons que c’est dans cette île qu’a été mise en place la première Assistance médicale des colonies à la fin du XIXème siècle sous l’impulsion du général GALLIENI. A Madagascar, Galliéni porte une attention particulière au domaine de la santé : il est à l’origine de l’ouverture d’une école de médecine pour la formation des médecins auxiliaires (1897), de la fondation de l’Institut Pasteur de Madagascar pour la prophylaxie de la variole et de la peste (1899) et de la création de l’Assistance Médicale Indigène (AMI) pour des soins gratuits aux populations (1902).  Ayant participé activement à la récente réorganisation du corps des médecins de l’Assistance au Laos, Vincent a peut-être été envoyé à Madagascar pour approfondir son expérience au sein d’une structure qui fonctionne depuis déjà plusieurs années.

UN « PIONNIER » MÉCONNU DU MÉKONG, VINCENT ROUFFIANDIS, « LE BON DOCTEUR DU LAOS » - DEUXIÉME PARTIE.

Le docteur ROUFFIANDIS est basé à l’hôpital de Mayotte, une des quatre îles que compte l’archipel des Comores. De par ses fonctions, il est amené à se déplacer fréquemment dans les trois autres îles pour des tournées de vaccination, des visites d’exploitations agricoles ou pour inspecter les médecins des autres postes médicaux  : les docteurs FAURÉ à Grande-Comore, DUCHÉ à Anjouan et DUFRAN à Mohéli. (Les quatre îles de l’archipel des Comores (Mayotte, Grande-Comore, Anjouan et Mohéli) avaient signé séparément des traités de protectorat avec la France au cours du XIXème siècle. Après la conquête de Madagascar par la France en 1896, les Comores sont rattachés à la Grande-Ile en 1908 pour constituer la colonie de Madagascar et Dépendances). 

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Pendant sa courte mission à Mayotte, il s’intéresse plus particulièrement à la filariose, maladie parasitaire très fréquente des régions tropicales humides. Elle provient d’une infestation de l’organisme par un ver, appelé filaire, transmis par la piqûre d’un moustique. Ce parasite peut vivre pendant plusieurs années sous la peau des personnes atteintes et entraîner à terme des pathologies plus ou moins graves pouvant aller jusqu’à des formes d’éléphantiasis lourdement handicapantes.

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Ses observations, basées sur l’examen individuel de 3.000 patients à Mayotte, mettent en évidence que les hommes sont plus frappés que les femmes par la filariose (à 90 %). Aux Comores, la filaire a une prédilection particulière pour les organes génitaux masculins (éléphantiasis du scrotum s’accompagnant de lésions du côté des testicules et de la verge). Vincent ROUFFIANDIS constate ainsi qu’à côté du paludisme et de la syphilis, c’est à la filariose que la diminution de la natalité dans l’archipel doit sa plus grande part ; à elle seule, elle supprime le pouvoir procréateur de la moitié de la population masculine.

 

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Cette intéressante étude fait l’objet d’une note scientifique publiée dans le Bulletin de la Société de Pathologie exotique dont il est devenu membre correspondant (Notes sur la Filariose dans l’archipel des Comores, Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, Tome III, Paris, Masson & Cie Editeurs, 1910, p. 145-152).

 

Il quitte les Comores après une année seulement passée dans l’archipel et retourne en France au début de 1908. Le 15 juillet 1908 il est réintégré au 24ème Régiment d’infanterie coloniale de Perpignan (Journal officiel de Madagascar et Dépendances, 25 juillet 1908, p. 510). La proximité avec le village d’origine de sa famille lui donne peut-être une nouvelle occasion de partager quelques moments agréables avec ses proches, même s’il ne va pas rester très longtemps en métropole.

 

En 1909, il retrouve l’Indochine où il est mis à la disposition des Chantiers de construction des voies ferrées du sud-Annam en qualité de médecin major de 2ème classe, hors cadres (Bulletin administratif du Laos, Année 1910, p. 157). Cette entreprise de travaux publics sous contrat avec le Gouvernorat général est chargée de la construction et de l’entretien des réseaux ferrés du sud de l’Indochine et emploie une importante main d’oeuvre locale fréquemment victime d’accidents du travail ou exposée aux épidémies. Plusieurs médecins et infirmiers militaires sont détachés par la Direction locale de la santé en Annam auprès de la société pour assurer le suivi médical du personnel. Vincent partage cette mission avec un autre médecin des Troupes coloniales, le docteur Louis KOUN.

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Il est basé à Tourcham (ou Tour Cham), non loin de la ville côtière de Phan Rang. Au début du XXème siècle, cette localité n’est qu’une petite halte le long de la ligne de chemin de fer Saigon-Hanoi où la société des Chantiers a installé son dépôt de maintenance. Tourcham a été érigée sur l’emplacement d’un ancien site datant de l’époque du royaume de Champa et tire son nom de la proximité de deux tours de style cham. Devenue Tháp Chàm, la ville a fusionné en 1992 avec sa voisine Phan Rang pour devenir le chef-lieu de la province vietnamienne de Ninh Thuân.

 

Nous avons pu retrouver un document qui nous renseigne sur la présence de Vincent àTourcham. Il s’agit d’un court article qu’il a publié dans le Bulletin de la Société de Pathologie exotique au sujet d’un cas d’intoxication d’une fillette de trois ans par ingestion de fruits du lantanier (Lantana camara), espèce d’arbuste de la famille des Verbenaceae dont les fruits sont très toxiques lorsqu’ils sont consommés encore verts. (Un cas d’intoxication par ingestion de fruits de Lantana, Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, Tome III, Paris, Masson & Cie Editeurs, 1910, p. 261-263.)

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Ce sujet singulier prouve la curiosité sans limites de Vincent et le souci d’apporter, chaque fois qu’il le peut, sa contribution personnelle à l’évolution de la médecine. Les nombreux articles qu’il a consacrés dans des domaines médicaux très variés sont d’une grande richesse et d’un grand intérêt pour la science et nous permettent de plus de retracer la carrière du médecin.

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Troisième séjour au Laos - Naufrage dans le Mékong (9 mars - 15 juillet 1910)

 

Par arrêté du Gouverneur général de l’Indochine en date du 9 mars 1910, Vincent ROUFFIANDIS est désigné pour remplir les fonctions de médecin-chef de l’ambulance de Vientiane et de chef du service de l’Assistance médicale du Laos qu’il a aidé à mettre en place cinq ans plus tôt. (Annuaire général de l’Indochine, Hanoi, F.-H. Schneider Imprimeur-Editeur, Année 1910, p. 87.)

 

 Ainsi, il retrouve une fois de plus ce pays attachant pour lequel il a conservé une affection particulière depuis son premier séjour en 1899. Il consacre les débuts de sa mission à visiter les différents postes médicaux afin d’évaluer la situation depuis la réorganisation des services de santé de 1905.

 

 

En juillet 1910, il doit se rendre à Luang Prabang pour régler d’importantes questions de service avec le Commissaire de la province et le responsable de l’ambulance locale. Le Résident supérieur MAHÉ qui est toujours en poste au Laos, propose à Vincent un passage à bord du La Grandière, ancienne canonnière affectée par la Compagnie des Messageries fluviales à la Résidence supérieure. Monsieur MAHÉ a mis cette chaloupe à la disposition du général de BEYLIÉ (A propos du général de BEYLIÉ, voir le catalogue de l’exposition que lui a consacrée le Musée de Grenoble à l’occasion du centième anniversaire de sa disparition, commandant la 3ème brigade de Cochinchine, pour lui permettre de remonter le Mékong jusqu’à Luang Prabang. Cet archéologue-amateur passionné d’histoire, voyage au Laos pour recueillir de visu des renseignements sur les monuments et les ruines de la région dans le cadre d’une étude qu’il mène sur l’archéologie en Extrême-Orient. (Le général de Beylié 1849-1910, collectionneur et mécène, Catalogue de l’exposition organisée du 3 juillet 2010 au 9 janvier 2011, Musée de Grenoble, juin 2010)

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Le La Grandière quitte Vientiane le 6 juillet et arrive à Luang Prabang le 12 juillet, après une marche rapide et sans incidents. Le général de BEYLIÉ a prévu de séjourner trois jours dans la ville royale où il est l’hôte de monsieur LEVASSEUR, délégué du gouvernement. Après s’être entretenu avec Sa Majesté SISAVANG VONG, roi du Laos, le général visite comme prévu plusieurs temples et pagodes alentours. Le 14 juillet, il passe en revue les quelques troupes de milice de Luang Prabang, accompagné du roi ; dans l’après-midi, tous deux assistent, depuis la tribune d’honneur, à des jeux populaires organisés à l’occasion de la fête nationale française.

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Pendant ce temps, Vincent ROUFFIANDIS peut se consacrer pleinement à ses occupations professionnelles.

 

Le soir du 14 juillet, lors de la réception chez le Commissaire du gouvernement, le roi remet au général de BEYLIÉ une décoration en souvenir de son voyage au Laos. Avant 22 heures, passagers et personnel de bord ont tous rejoint le La Grandière pour un départ prévu le lendemain au point du jour.

 

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Le 15 juillet 1910 à 5 heures du matin, le La Grandière quitte Luang Prabang à destination de Vientiane avec 21 personnes à bord : le général de BEYLIÉ, son photographe le caporal BRAUWERS de la section des commis et ouvriers de l’Intendance, son tirailleur ordonnance NGUYEN VAN CHI, son cuisinier civil NGUYEN VAN CA, le docteur ROUFFIANDIS et son cuisinier annamite, ainsi que Pierre MIGNUCCI, patron de la chaloupe, Jean-Mathurin LE PRADO, mécanicien, et 13 membres d’équipage indigènes, matelots de pont, mécaniciens, chauffeurs.

 

La navigation sur le Mékong se déroule paisiblement et les passagers en profitent pour se reposer après un départ très matinal. Vers 8 heures, le La Grandière a déjà parcouru près de 70 kilomètres depuis son départ de Luang Prabang lorsqu’il aborde le Keng Thong Soum (également appelé Keng Luong), l’un des nombreux rapides qui barrent cette portion du fleuve, six kilomètres en amont du village de Tha Deua.

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C’est à cet endroit que l’accident survient et que le destin de Vincent ROUFFIANDIS va basculer en moins de quatre minutes. Nous reproduisons ci-dessous le récit détaillé du naufrage, tel qu’il apparaît dans le rapport officiel établi par l’État-major des Armées en novembre 1910 :

 

« Pris par un contre-courant après son entrée dans le rapide de Thong Soum, Le La Grandière fut poussé malgré l’effort du gouvernail vers des rochers en aval et sur bâbord ; le choc ne fut pas violent en raison de la marche arrière commandée de suite. Le bateau regagna alors le milieu du rapide mais revint une seconde fois au même endroit et dans la même position. Une nouvelle marche en arrière le ramena dans la passe et au moment même où, à toute vitesse, le La Grandière reprenait sa marche en avant, un contre-courant prenait le bateau par le travers de l’arrière et lui imprimait une gîte très prononcée tandis qu’un énorme tourbillon en entonnoir se formait sous l’arrière du bateau et l’entraînait. En quelques secondes, l’eau envahit la cabine arrière et la machine; le La Grandière tourne complètement sur tribord et est englouti par 40 brasses de fond (Environ 60 mètres. L’épave du La Grandière repose toujours à cet endroit malgré plusieurs tentatives de renflouement infructueuses entreprises depuis le naufrage). 

 

Au moment de la catastrophe, les places des passagers et de l’équipage étaient les suivantes : le général de BEYLIÉ qui lisait dans le salon s’était levé au moment du choc, il était debout en costume kaki entre les montants de la porte avant. Le tirailleur CHI était près de lui dans le salon où l’on place des petits bagages. La porte arrière du salon était ouverte. Le mécanicien LE PRADO était près de la machine. Le docteur ROUFFIANDIS dormait dans la cabine arrière. Le caporal BRAUWERS, le cuisinier du docteur, le cuisinier CA et quelques hommes du bord étaient à l’arrière, près de la cuisine.

 

Quand l’eau commença à envahir l’arrière d’une façon inquiétante, un des matelots monta rapidement sur la toiture par l’escalier arrière prévenir monsieur MIGNUCCI. Le caporal BRAUWERS et le cuisinier du docteur réveillèrent celui-ci. L’eau continuant à embarquer, le caporal monta sur la toiture par l’escalier de l’arrière ; le docteur se dirigea de suite vers la machine pour avertir le général du danger ; avant qu’il ait pu atteindre la porte du salon, le bateau chavirait sur tribord. A ce moment, le docteur et le mécanicien LE PRADO étaient près de la machine, dans le couloir de tribord.

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Un seul homme, le mécanicien annamite PHAN VAN NGO, qui était sur le rebord du bateau, côté bâbord, vit le général à l’une des fenêtres du salon à bâbord, le bateau était déjà presque complètement penché sur tribord. Il lui tendit la main sans pouvoir le faire sortir du salon ; les fenêtres étaient grandes et le général aurait pu y passer mais, ainsi que l’a déclaré le mécanicien annamite, le général était en quelque sorte paralysé, probablement congestionné par la fraîcheur de l’eau qui lui arrivait aux aisselles.

 

Le tirailleur CHI put se sauver par une des fenêtres. Monsieur MIGNUCCI, le caporal BRAUWERS et les hommes qui se trouvaient sur la toiture purent atteindre à la nage des rochers à cinq ou six mètres. Monsieur LE PRADO, entraîné avec le bateau, revint à la surface puis fut entraîné par des tourbillons ; après avoir nagé pendant 400 mètres environ, il put atterrir sur une roche. La plupart des hommes de l’équipage quittèrent le bateau ayant de l’eau jusqu’au cou, après avoir saisi des morceaux de bois ou des caisses ; quelques-uns purent gagner des roches, d’autres ne sachant pas nager, restèrent cramponnés à leur flotteur et se laissèrent aller au courant.

 

Le général, le docteur et un chauffeur annamite avaient disparu avec le La Grandière par 40 brasses de fond. » (Extrait du Rapport sur les circonstances qui ont accompagné le décès du général De Beylié le 15 juillet 1910, Etat-Major des Troupes coloniales, Groupe de l’Indochine, novembre 1910. )

 

Ainsi disparaît tragiquement Vincent ROUFFIANDIS, victime de son dévouement et de son altruisme après avoir tenté courageusement de sauver son compagnon de voyage. Nous avons retrouvé dans le volume de juillet 1910 des Comptes-rendus mensuels de l’Assistance médicale le passage qui relate l’accident et qui salue l’acte héroïque de son chef de service :

 

« Dès que l’eau pénétra dans le bateau, le caporal d’infanterie coloniale qui accompagnait le général de BEYLIÉ et le cuisinier annamite du docteur le jetèrent à bas de son lit en lui criant « sauvez-vous, nous coulons ! ». Le docteur ROUFFIANDIS ne pensa qu’à une chose, sauver le général. A peine réveillé, il cria au caporal et à son cuisinier qui se précipitaient sur le pont « avertissez le général ! » et avec de l’eau jusqu’aux genoux, il courut lui-même vers la cabine salon à l’avant du bateau où se trouvait le général. Il n’eut pas le temps d’y parvenir, il était par le travers des machines et allait atteindre la cabine quand le bateau se renversa brusquement et s’abîma dans le fleuve, entraînant dans sa perte le général de BEYLIÉ et le docteur ROUFFIANDIS. Si le docteur n’avait pensé qu’à lui, il se serait certainement sauvé comme se sont sauvés le caporal et les autres passagers qui se sont jetés à l’eau au moment où le bateau coulait et ont pu ainsi atteindre les roches voisines. » (Document communiqué par Kathryn Sweet, Archives nationales d’outre-mer - ANOM (Résidence Supérieure du Laos, Série S, boîte 5)). 

 

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Moins d’une heure après le naufrage, le Massie (Chaloupe-canonnière qui a participé entre 1893 et 1897 aux côtés du La Grandière aux premières missions hydrographiques du Mékong sous les ordres du lieutenant de vaisseau Simon), des Messageries fluviales qui assure ce jour-là le service régulier entre Luang Prabang et Vientiane, passe à son tour le rapide et ne peut que constater le drame. Son équipage porte secours aux survivants et tente de rechercher les trois disparus pendant plus de quatre heures, mais en vain.

 

Ce n’est que deux jours plus tard, le 17 juillet, que le corps de Vincent ROUFFIANDIS est retrouvé près de Tha Deua, un peu en aval du rapide de Thong Soum, affreusement mutilé : plié en deux, complètement nu, le ventre ballonné et le visage abimé. Le capitaine du La Grandière Pierre MIGNUCCI, resté sur place avec quelques hommes, fait fabriquer un cercueil et procède à l’inhumation provisoire à Tha Deua. Cinq jours plus tard, le 22 juillet, le corps en décomposition du général de BEYLIÉ est retrouvé un peu en amont de Paklay, à plus de 50 kilomètres du lieu du naufrage. L’inhumation a lieu le 28 juillet dans le petit cimetière de l’ancienne concession française en présence du Délégué de l’Administration, M. NEMPONT et du second roi du Laos, venus tous deux spécialement de Luang Prabang pour l’occasion.

 

Hommages funèbres, exhumation et rapatriement (15 juillet 1910 - septembre 1911)

 

Parvenue à Saigon le 17 juillet, la lugubre nouvelle se propage rapidement dans toute l’Indochine et jusqu’en métropole où elle jette la plus grande consternation. Au cours des semaines et des mois qui suivent, tous les journaux consacrent des articles au naufrage du La Grandière. Des notices nécrologiques paraissent dans de nombreuses revues spécialisées en art, histoire ou médecine, domaines chers aux deux principales victimes.

 

Compte-tenu de sa notoriété, le général de BEYLIÉ a droit à de multiples éloges et articles de presse. En effet, c’est une personnalité très respectée dans l’armée et très appréciée des milieux artistique et culturel : général de brigade, commandeur de la Légion d’honneur, héros de nombreuses campagnes militaires à Madagascar et en Indochine, cet homme de 60 ans est aussi un grand amateur d’art, spécialiste de l’archéologie et bienfaiteur du musée de Grenoble qui héritera de toutes ses collections.

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Par contre Vincent ROUFFIANDIS, jeune médecin de 33 ans, discret et modeste, ne bénéficie pas du même traitement par la presse. Il est vrai que, malgré l’énorme travail qu’il a déjà entrepris durant sa courte vie, il n’est pas encore aussi célèbre que le général de BEYLIÉ. Mais les rares articles ou éloges qui lui sont consacrés sont unanimes pour reconnaître les compétences professionnelles, le sens du devoir et la grande humanité de ce brillant praticien auquel était destiné un avenir prometteur. En voici quelques exemples :

 

« Le médecin major ROUFFIANDIS était un des plus jeunes officiers de son grade et il pouvait compter sur une carrière brillante. J’ai vécu auprès de lui pendant deux ans au Laos et je ne trouve pas de mots assez expressifs pour dire quelle fut son action bienfaisante dans ce pays qu’il aimait et où il était aimé de tout le monde. On peut dire qu’il fut le véritable créateur du Service de santé au Laos et c’est à lui que nous devons la construction des ambulances actuelles et la plupart des mesures d’hygiène prises dans le pays tout entier. Il venait de revenir au Laos pour y accomplir, sur sa demande, un troisième séjour. » (Hommage de Gustave SALÉ, dans la revue bimensuelle illustrée des armées de terre et de mer Armée et Marine du 31 juillet 1910, p. 28.) 

 

« Le médecin major ROUFFIANDIS était sorti de l’Ecole de santé de Bordeaux en 1898. Excellent praticien, très aimé des indigènes, il avait fait presque toute sa carrière en Indochine : sa belle conduite pendant l’épidémie de peste bubonique de Hanoi en 1903 lui avait valu une médaille d’honneur. » (L’illustration du samedi 23 juillet 1910) 

 

« Praticien dévoué, par sa douceur il s’était attiré la confiance de la population du Laos dont il était le bienfaiteur, sa porte était nuit et jour ouverte à quiconque avait besoin de ses conseils et de ses services. Il s’était voué entièrement aux populations du Laos dont il avait toute la confiance. Dix ans, il professa un véritable apostolat parmi les Laotiens. Il créa des hôpitaux, organisa la vaccination et les services d’hygiène, l’isolement des lépreux. Il fut un de ceux qui firent le plus pour gagner les populations à la cause française » (Hommage d’Antoine BREBION, dans le Dictionnaire de Bio-bibliographie générale, ancienne et moderne de l’Indochine française, p. 335.) 

 

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« Mes chers collègues, vous avez tous appris par les journaux, au mois de juillet dernier, la mort tragique du Dr ROUFFIANDIS, membre correspondant de notre Société. Il avait été appelé à diriger d’abord le service de santé de Mayotte et dépendances et ensuite le service de santé du Laos. C’était un grand travailleur. Ses publications témoignent d’un excellent esprit scientifique. La mort vient donc de nous enlever un précieux collaborateur. Au nom de notre Société, j’adresse à la famille du Dr ROUFFIANDIS des condoléances bien sincères. » (Hommage du docteur Alphonse LAVERAN, président de la Société de Pathologie exotique, lors de sa séance du 12 octobre 1910, dans le Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, Tome III, 1910, p. 487.) 

« La mort qui continue à frapper, impitoyable, dans les rangs du Corps de santé des Troupes coloniales, a ravi depuis le 1er janvier onze de nos camarades, (parmi lesquels le docteur ROUFFIANDIS), tous jeunes, pleins d’espérance, apportant toute leur science, toute leur ardeur généreuse et tout leur dévouement à cette lutte de tous les jours contre les maladies les plus redoutables. Les noms de ces chers disparus viendront s’ajouter à ceux de tous nos camarades qui ont payé de leur vie (Vincent Rouffiandis, comme tous les nombreux autres médecins des troupes coloniales morts en service, figure sur la plaque à leur mémoire située à l’entrée de l’amphithéâtre de l’ancien bâtiment de l’Institut de Médecine tropicale du Service de santé des Armées. Fondé à Marseille en 1905, plus connu sous le nom d’«école du Pharo», ce prestigieux établissement est le seul institut militaire en Europe spécialisé dans le domaine de la médecine tropicale. En 2013, il a quitté Marseille pour être transféré à Brétigny-sur-Orge) la place qu’ils ont occupée si dignement dans nos rangs et dont le souvenir pieusement conservé constitue le patrimoine d’honneur du Corps de santé des Troupes coloniales. »  (Notice nécrologique publiée dans la revue Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome XIII, Paris, Imprimerie nationale, 1910, p. 559).

 

Les dépouilles mortelles des deux victimes vont reposer presque un an dans leurs sépultures provisoires à Tha Deua pour Vincent ROUFFIANDIS et à Paklay pour le général de BEYLIÉ.

Pourtant, dans les jours qui ont suivi le naufrage, il avait tout d’abord été décidé que leur transfert ait lieu le plus rapidement possible. Le Ministre des Colonies avait même câblé l’autorisation, mais le Gouverneur général s’était finalement rangé à l’avis de l’Inspecteur des Services sanitaires et médicaux de l’Indochine qui, dans un télégramme officiel, recommandait d’engager cette opération au début de la saison des pluies suivante car celle en cours était déjà trop avancée.

 

Le 7 août 1910, la décision est donc prise de reporter d’environ six mois le transport des restes des victimes. Entre temps, deux cercueils réglementaires prévus pour le rapatriement en France sont commandés à la Maison Bonnet à Saigon ; sans attendre la date précise des exhumations, ils sont immédiatement expédiés à Vientiane sur la demande expresse du directeur des Messageries Fluviales, désireux de profiter de la saison la plus favorable.

 

C’est en avril 1911 qu’ont finalement lieu les exhumations des corps. Le docteur PHILIPPE, médecin du poste de Vientiane mentionne dans le volume d’avril 1911 des Comptes-rendus mensuels de l’Assistance médicale :

 

« Suivant les instructions de monsieur MAHÉ, Résident supérieur au Laos, il a été procédé à l’exhumation des corps du médecin major ROUFFIANDIS à Tha Deua, et du général de BEYLIÉ à Paklay. Ces corps ont été ensuite déposés dans les doubles cercueils bois et plomb, envoyés depuis longtemps par l’hôpital militaire de Saigon. Ces cercueils, plombés et scellés par le Commissaire de police, attendent à l’Ambulance de Vientiane que les hautes eaux permettent leur transport à Saigon ». (Document communiqué par Kathryn Sweet, Archives nationales d’outre-mer - ANOM (Résidence Supérieure du Laos, Série S, boîte 5). 

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On ne connaît pas la date exacte du rapatriement des cercueils à Saigon. D’après les renseignements contenus dans le rapport ci-dessus, nous supposons que le transport fluvial se situe entre les mois de juin et juillet 1911, au début des hautes eaux, après une courte période d’attente à l’hôpital de Vientiane. Une carte postale non datée commémore l’arrivée à Saigon des dépouilles des victimes, en présence de nombreuses personnalités venues rendre un dernier hommage (A noter la faute qui figure dans la légende de cette carte postale : les rapides de Kamarat (plus communment orthographiés Kemmarat) situés dans le bas-Laos sont mentionnés par erreur à la place de ceux de Thong Soum). 

 

Nous ne disposons pas de renseignements précis nous permettant de savoir si une cérémonie officielle a été organisée en mémoire des disparus et où les cercueils ont été entreposés avant leur transfert définitif.

 

Mi-août, les cercueils de Vincent ROUFFIANDIS et de Léon de BEYLIÉ quittent l’Indochine pour être rapatriés en France. Ils sont embarqués à bord du Yarra, paquebot-poste des Messageries Maritimes qui arrive à Marseille le mardi 12 septembre 1911 (Ce paquebot a assuré alternativement la ligne de la Chine et de l’Australie entre 1897 et 1909. De 1909 à 1914, il a été affecté exclusivement à l’Australie, puis à la ligne de Madagascar. Le 29 mai 1917 de retour de Madagascar, il est torpillé au large de la Crète par le sous-marin allemand UC 74, faisant plusieurs victimes dont 38 passagers et 8 membres d’équipage.

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Le corps du général de BEYLIÉ est transporté en train à Grenoble, sa ville d’adoption, qui lui réserve d’imposantes funérailles. L’inhumation a lieu le 17 septembre 1911 au cimetière Saint-Roch, dans la sépulture de famille. Par la suite, un monument à sa mémoire, oeuvre du sculpteur grenoblois Léon-Ernest DRIVIER, est érigé par souscription publique et inauguré le 23 novembre 1913 avec les inscriptions « Au savant, au soldat, au bienfaiteur ». En 1916, au cours de sa séance du 8 décembre, le Conseil municipal décide de donner son nom à une rue de la ville. Enfin, une salle du Musée de Grenoble porte aussi son nom.

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Vincent ROUFFIANDIS, quant à lui, ne bénéficie pas des mêmes honneurs à son retour en métropole. L’inhumation a lieu dans la plus stricte intimité, à tel point que ni la date, ni le lieu ne nous sont connus à ce jour…

 

Epilogues (2015 et 2017)

 

En fait, c’est plutôt au Laos que les marques de reconnaissance se révèlent les plus manifestes à son égard ; rien d’étonnant puisque c’est dans ce pays qu’il a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle et qu’il a partagé d’intenses émotions parmi les populations locales.

 

Quelques années après le drame, la municipalité de Vientiane décide de donner le nom du docteur ROUFFIANDIS à la rue perpendiculaire au Mékong qui longe l’hôpital Mahosot sur le côté ouest (aujourd’hui cette rue porte le nom de Mahosot). La ville de Paksé prendra la même décision.

 

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Le Résident supérieur entreprend d’élever un monument commémoratif en forme de stupa (That en laotien) à l’endroit même du naufrage sur la rive gauche du Mékong, dominant le rapide de Thong Soum. Construit sur la berge en pleine jungle à une trentaine de mètres de hauteur par rapport au niveau du fleuve, l’édifice est malheureusement très peu fréquenté et difficile à entretenir. Il est ainsi progressivement envahi par la végétation qui va accélérer sa dégradation et le plonger dans l’oubli. En mars 2015, j’ai eu la chance de retrouver les ruines de ce monument, abandonné depuis des décennies. Cette trouvaille a fait l’objet d’une publication et m’a donné l’envie de m’intéresser au docteur ROUFFIANDIS (Nouvelles trouvailles au fil du Mékong, Philao, n° 102, 1er trimestre 2016, p. 22-27 et http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/nouvelles-trouvailles-au-fil-du-mekong-par-jean-michel-strobino.html)

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Enfin, l’hôpital de Vientiane dévoile une plaque commémorative en l’honneur de son premier médecin-chef. On peut toujours l’apercevoir, dissimulée derrière des appareillages médicaux, dans une pièce du Département de physiothérapie et d’acupuncture du bâtiment central de l’hôpital.

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Cette plaque porte la mention suivante :

 

À LA MÉMOIRE

DU DOCTEUR VINCENT ROUFFIANDIS

MÉDECIN MAJOR DES TROUPES COLONIALES

FONDATEUR DE CETTE AMBULANCE

CHEF DU SERVICE DE SANTÉ AU LAOS

MORT EN SERVICE COMMANDÉ

VICTIME DE SON DÉVOUEMENT

DANS LA CATASTROPHE DU LA GRANDIÈRE

11 MARS 1877 – 15 JUILLET 1910

 

En 2017, que reste-t-il du souvenir du docteur Vincent ROUFFIANDIS ? Très peu de traces au Laos, mis à part ce stupa en ruine et cette plaque ; quant à la France, les documents et informations qui le concernent restent très limités et le personnage y est totalement inconnu. J’espère que ce travail de recherche contribuera à réhabiliter la mémoire de ce jeune médecin, trop tôt arraché à la vie, et à faire connaître la carrière exemplaire du praticien dévoué, de l’homme courageux et modeste à la fois, du scientifique curieux et du grand humaniste qu’il fut.

 

Pour conclure, quel plus vibrant hommage que celui du docteur Pierre ARNÉ, médecin-chef par intérim et du personnel de l’Assistance médicale du Laos, au lendemain de la disparition brutale de leur chef :

 

« Le docteur ROUFFIANDIS avait su gagner au Laos par son affabilité et sa bonté les sympathies de tous, tant des Européens que des indigènes et la nouvelle de sa disparition nous a tous douloureusement consternés, mais particulièrement nous, ses collaborateurs qui travaillions sous ses ordres et qui perdions en lui un chef aussi ferme et juste que bienveillant et bon, en même temps qu’un ami qui nous aimait tous autant que nous l’aimions et le respections» (Comptes-rendus mensuels de l’Assistance médicale, juillet 1910, document communiqué par Kathryn Sweet, Archives nationales d’outre-mer - ANOM (Résidence Supérieure du Laos, Série S, boîte 5).) 

 

Jean-Michel Strobino Juillet 2017

UN « PIONNIER » MÉCONNU DU MÉKONG, VINCENT ROUFFIANDIS, « LE BON DOCTEUR DU LAOS » - DEUXIÉME PARTIE.

BIBLIOGRAPHIE

 

Articles de Vincent ROUFFIANDIS publiés dans des revues médicales spécialisées :

 

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, De l’influence des émotions sur l’évolution de la tuberculose pulmonaire, Thèse pour le Doctorat en Médecine, Bordeaux, Imprimerie du Midi-Paul Cassignol, 1898.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Le Ki-mo ou pian du Laos, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome V, Paris, Imprimerie nationale, 1902, p. 194-200.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Géographie médicale - Le moyen-Laos, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VI, Paris, Imprimerie nationale, 1903, p. 5-39.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Théories chinoises sur la peste, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VI, Paris, Imprimerie nationale, 1903, p. 342-347.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Une épidémie de choléra au Laos, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VII, Paris, Imprimerie nationale, 1904, p. 47-52.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Note sur l’épidémie de peste de Fou-Tchéou (avril à octobre 1902), Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VII, Paris, Imprimerie nationale, 1904, p. 417-433.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, La peste bubonique au Tonkin, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome VIII, Paris, Imprimerie nationale, 1905, p. 609-630.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Un cas de calcul vésical de grosseur anormale chez un enfant, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome IX, Paris, Imprimerie nationale, 1906, p. 140-144.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Variole et vaccine au Laos de 1895 à 1906, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Tome X, Paris, Imprimerie nationale, 1907, p. 387-392.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Notes sur la Filariose dans l’archipel des Comores, Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, Tome III, Paris, Masson & Cie Editeurs, 1910, p. 145-152.

ROUFFIANDIS Antonin-Vincent-François, Un cas d’intoxication par ingestion de fruits de Lantana, Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, Tome III, Paris, Masson & Cie Editeurs, 1910, p. 261-263. 60

 

Ouvrages ou travaux de référence :

 

BREBION Antoine, Dictionnaire de Bio-bibliographie générale, ancienne et moderne de l’Indochine française, Académie des Sciences coloniales, Annales, Tome VIII, Paris, Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1935.

CLAUDEL Paul, Correspondance consulaire de Chine, 1896-1909, Presses universitaires de Franche-Comté, 2005.

Collectif, Médicaments microbiens. Bactériothérapie, vaccination, sérothérapie, Bibliothèque de thérapeutique, Paris, Librairie J.-B. Bailli ère et fils, 1909.

RAQUEZ Alfred, Pages laotiennes. Le haut‐Laos, le moyen‐Laos, le bas‐Laos, Hanoi, F.-H. Schneider Imprimeur-Editeur, 1902.

RONDET-SAINT Maurice, Dans notre empire jaune, Paris, Librairie Plon, 1917.

ROUFFIANDIS Emmanuel-François-Sébastien, Les hôpitaux de l’armée des Pyrénées-Orientales. Etude historique sur l’organisation du Service de santé de cette armée pendant les campagnes de la révolution dans le département, 1793-1794-1795, Paris, Recueil Sirey, 1938.

SALÉ Gustave, Histoires coloniales (préface de Jean AJALBERT), Paris, Editions d'Asie, 1931.

SIMON Georges-Eugène, Voyage de la chaloupe-canonnière « La Grandière » de Vien-Tian à Luang-Prabang, Revue Maritime et Coloniale, Paris, Librairie militaire de L. Baudoin, Libraire-éditeur, mars 1896, p. 401-433.

SIMON Georges-Eugène, Navigation du Mékong de son embouchure jusqu’au Xieng-Kong, Compte-rendu de la Société de Géographie, Paris, 1896, p. 202-224.

STROBINO Jean-Michel, Nouvelles trouvailles au fil du Mékong, Philao, n° 102, 1er trimestre 2016, p. 22-27.

STROBINO Jean-Michel, Laos : le chemin de fer des canonnières, La Vie du Rail, n° 2329 du 23 au 29 janvier 1992, p. 27-32.

 

Recueils administratifs ou bulletins médicaux consultés :

 

Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Paris, Imprimerie Nationale, Années 1902, 1903, 1904, 1905, 1906, 1907, 1910.

Annuaire général de l’Indochine, Hanoi, F.-H. Schneider Imprimeur-Editeur, Années 1900, 1901, 1902, 1904, 1905, 1910.

Bulletin de l’Académie de Médecine, Paris, Masson et Cie éditeurs, Années 1902, 1904, 1906, 1907.

Bulletin administratif du Laos, 9ème année, janvier 1910.

Bulletin du Service de Santé militaire, Paris, Vve Rosier, Années 1897 (octobre), 1903 (juin).

Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, Paris, Masson & Cie Editeurs, Année 1910.

Journal officiel de Madagascar et Dépendances, Années 1907, 1908.

Rapport général à M. le Ministre de l’Intérieur sur les épidémies qui ont régné en France pendant l’année 1904, fait au nom de la Commission permanente des épidémies de l’Académie de Médecine, Melun, Imprimerie administrative, 1906.

 

Articles de journaux ou magazines :

 

Armée et Marine, Une catastrophe au Laos, G. Salé, 31 juillet 1910.

Dépêche coloniale, Un médecin colonial, G. Salé, 23 juillet 1910.

La Dépêche coloniale illustrée, Le couronnement de Sa Majesté Sisavong-Vong, Roi du Luang Prabang, A. Raquez, 15 octobre 1905.

Le Gaulois, Nécrologie, 13 septembre 1911.

Le Petit Journal, Noyés dans les rapides du Mékong, 31 juillet 1910.

Le Petit Parisien, Une catastrophe en Indochine, le général de Beylié se noie dans le Mékong, 18 juillet 1910.

Les Alpes Pittoresques historiques, artistiques, littéraires, Le Général de Beylié périt dans un naufrage, 1er août 1910.

L’illustration, Le couronnement de S. M. Sisavong, roi du Luang Prabang, A. Raquez, 27 mai 1905.

L’illustration, Dans les rapides du Mékong, 23 juillet 1910.

 

Ouvrages ou travaux de référence :

 

BREBION Antoine, Dictionnaire de Bio-bibliographie générale, ancienne et moderne de l’Indochine française, Académie des Sciences coloniales, Annales, Tome VIII, Paris, Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1935.

CLAUDEL Paul, Correspondance consulaire de Chine, 1896-1909, Presses universitaires de Franche-Comté, 2005.

Collectif, Médicaments microbiens. Bactériothérapie, vaccination, sérothérapie, Bibliothèque de thérapeutique, Paris, Librairie J.-B. Baillière et fils, 1909.

RAQUEZ Alfred, Pages laotiennes. Le haut‐Laos, le moyen‐Laos, le bas‐Laos, Hanoi, F.-H. Schneider Imprimeur-Editeur, 1902.

RONDET-SAINT Maurice, Dans notre empire jaune, Paris, Librairie Plon, 1917.

ROUFFIANDIS Emmanuel-François-Sébastien, Les hôpitaux de l’armée des Pyrénées-Orientales. Etude historique sur l’organisation du Service de santé de cette armée pendant les campagnes de la révolution dans le département, 1793-1794-1795, Paris, Recueil Sirey, 1938.

SALÉ Gustave, Histoires coloniales (préface de Jean AJALBERT), Paris, Editions d'Asie, 1931.

SIMON Georges-Eugène, Voyage de la chaloupe-canonnière « La Grandière » de Vien-Tian à Luang-Prabang, Revue Maritime et Coloniale, Paris, Librairie militaire de L. Baudoin, Libraire-éditeur, mars 1896, p. 401-433.

SIMON Georges-Eugène, Navigation du Mékong de son embouchure jusqu’au Xieng-Kong, Compte-rendu de la Société de Géographie, Paris, 1896, p. 202-224.

STROBINO Jean-Michel, Nouvelles trouvailles au fil du Mékong, Philao, n° 102, 1er trimestre 2016, p. 22-27.

STROBINO Jean-Michel, Laos : le chemin de fer des canonnières, La Vie du Rail, n° 2329 du 23 au 29 janvier 1992, p. 27-32.

 

Recueils administratifs ou bulletins médicaux consultés :

 

Annales d’hygiène et de médecine coloniales, Paris, Imprimerie Nationale, Années 1902, 1903, 1904, 1905, 1906, 1907, 1910.

Annuaire général de l’Indochine, Hanoi, F.-H. Schneider Imprimeur-Editeur, Années 1900, 1901, 1902, 1904, 1905, 1910.

Bulletin de l’Académie de Médecine, Paris, Masson et Cie éditeurs, Années 1902, 1904, 1906, 1907.

Bulletin administratif du Laos, 9ème année, janvier 1910.

Bulletin du Service de Santé militaire, Paris, Vve Rozier, Années 1897 (octobre), 1903 (juin).

Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, Paris, Masson & Cie Editeurs, Année 1910.

Journal officiel de Madagascar et Dépendances, Années 1907, 1908.

Rapport général à M. le Ministre de l’Intérieur sur les épidémies qui ont régné en France pendant l’année 1904, fait au nom de la Commission permanente des épidémies de l’Académie de Médecine, Melun, Imprimerie administrative, 1906.

 

 

Jean-Michel STROBINO et AICTPL

Infographie et mise en page : Guillaume ELLENA

Juillet 2017

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Tristan 15/10/2017 17:15

Fascinant !

Ray 07/10/2017 10:07

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