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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 02:41
A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

La tradition du bouddhisme Theravada (พุธทเถรวท) prend sa source dans les enseignements originaux du Bouddha. L’ensemble des discours sur le Dhamma (ธรรมะ) tour à tour vérité ou enseignement religieux, un ensemble d’aphorismes, d’histoires et de règles de conduite monastiques qui composent le Tripitaka (พระไตรปิฎก) regroupe les enseignements de Bouddha, les textes canoniques historiquement assurés.

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Ces enseignements appliqués dans la vie du pratiquant, le conduisent peu à peu à la libération de l’esprit et du cœur, l’ « Éveil » ou « Nibbana » (นิพพน - le mot est Pali, Nirvana est sa transcription du sanscrit). Bouddha l’a décrit comme la forme de bonheur la plus élevée.  Cette voie est établie sur un mode de vie pur, sur le développement de la paix intérieure par la méditation, et sur la libération de l’esprit dans la sagesse. La tradition du Bouddhisme orthodoxe Theravada est établie dans les pays du sud-est asiatique, Thaïlande, Sri Lanka, Cambodge et Birmanie, et c’est au sein du bouddhisme theravada qu’est née la pratique connue sous le nom de Vipassana (วิปัดสะนา), la recherche de la vérité (1).

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

La Tradition de la forêt

 

Dès l’époque de Bouddha, il y eut des moines et des religieuses retirés dans les profondeurs des forêts, des montagnes et des grottes à la recherche d’une solitude propice au développement de la méditation et à la pleine réalisation du Dhamma. Dans la solitude ou en petit groupe, ils menaient une vie de simplicité, d’austérité et de persévérance dans l’effort et la méditation. Loin de l’agitation des villes, affrontant les rigueurs et les difficultés dans un environnement sauvage qui leur donnait l’occasion d’apprendre les leçons de la nature, n’accordant aucun intérêt à la célébrité ou la reconnaissance des fidèles, ces moines et religieuses de la forêt restent souvent inconnus dans l’histoire du bouddhisme. On y compta, pour ceux qui ont laissé un nom,  les plus grands maîtres de méditation et évidemment Bouddha lui-même.

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

La tradition contemporaine en Thaïlande

                                       

Aujourd’hui la « Tradition de la Forêt » (ฟังธรรมะ Fangdhamma : littéralement « suivre l’enseignement ») est un mouvement de retour aux racines, un pèlerinage aux sources qui se réfère au modèle de Bouddha et de ses premiers grands disciples éveillés dans la pratique de la méditation dans leur mode de vie

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

En dépit de l’avènement de l’ère moderne, les monastères de forêt maintiennent bien vivantes les anciennes traditions en suivant le Vinaya (วินายา - code de discipline) qui comprend en particulier les règles de vie  monastique ou érémitique formulées par Bouddha lui-même (2).

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Jusqu’au milieu du 20e siècle, la plupart des monastères de Thaïlande étaient essentiellement des centres d’éducation, et il n’y avait guère d’autres écoles que celles des temples. Dans les villes et les villages, les moines donnaient leur enseignement aux enfants en mettant en particulier l’accent sur l’étude des écritures sacrées. Les cérémonies jouaient un grand rôle. On n’y pratiquait généralement pas la méditation, le souci du casuel l’emportait souvent sur celui du spirituel et les règles monastiques n’y étaient pas scrupuleusement respectées.

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Le renouveau de la Tradition de la Forêt dès le 19e siècle visait à revenir aux règles de vie pratiquées à l’époque de Bouddha. Les deux principaux maîtres de ce mouvement au siècle dernier furent le Vénérable Achan (maître) Mun Bhuridatta ( อาจารย์ มั่นภูริทตฺโต -  Man Phurithatto) ;

 

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/ :

 

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

et le Vénérable Achan Sao Kantasilo (สาร์ กนฺตสีโล)

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/ :

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Le premier Achan Mun est né en 1870 dans une famille paysanne d’un petit village de la province d'Ubonratchathani. Il fut ordonné en 1893. Il passa le reste de sa vie à arpenter en solitaire la Thaïlande, la Birmanie et le Laos, vivant le plus souvent dans la forêt dans la pratique de la méditation. Il mourut en 1949 au temple Suddhavasa (วัด สุทธวาส) dans la province de Sakonnakhon et aujourd’hui célèbre centre de méditation. Achan Sao Kantasilo, né en 1861 et mort en 1941, fut son maître mais ne laissa aucun écrit.

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

Ils recherchaient dans leur cœur et dans leur esprit la paix intérieure et la sagesse du Dhamma. Ils quittèrent tous deux  les monastères de village et leur agitation pour rechercher le calme et la tranquillité dans la nature. Ils suivaient scrupuleusement les règles du Vinaya : vivant sans argent, acceptant ce qui leur était offert sans demander, supportant la pénurie quand ils ne recevaient rien. Leur quotidien était constitué des pratiques ascétiques recommandées par Bouddha, ne prendre qu'un repas par jour, manger directement dans le bol à aumône, ne porter que des vêtements faits de morceaux de tissu rapiécés et vivre dans la forêt ou dans des cimetières. Ils se déplaçaient à travers les pays à la recherche de lieux favorables à la méditation emportant avec eux leurs misérables possessions, le bol à l'aumône, trois vêtements, un grand parapluie avec moustiquaire que l'on suspend à un arbre utilisé comme une tente et quelques objets de de première nécessité. Leur vie a été remarquablement décrite par le maître Achan Cha: « A l’époque d’Achan Mun et d’Achan Sao, la vie était beaucoup plus dépouillée et  beaucoup moins compliquée qu’elle ne l’est aujourd’hui. En ce temps-là, les moines avaient peu d’obligations et de cérémonies à accomplir. Ils n’avaient pas de lieu où s’installer de manière permanente. Ils vivaient dans la forêt et, là, ils pouvaient se consacrer entièrement à la pratique de la méditation. Ils étaient rarement en contact avec les petits luxes qui sont si ordinaires de nos jours. Ils fabriquaient eux-mêmes leur tasse et leur crachoir avec du bambou. Les laïcs leur rendaient rarement visite. Les moines ne demandaient pas grand-chose et ils se contentaient de ce qu’ils avaient. Ils vivaient et respiraient la méditation. Menant une telle vie, les moines étaient privés de beaucoup de choses. Si l’un d’eux attrapait la malaria et allait demander un médicament à son maître, celui-ci répondait : « Tu n’as pas besoin de médicament ! Continue à pratiquer. » D’ailleurs, il n’y avait pas tous les médicaments que l’on trouve aujourd’hui. Tout ce que l’on avait, c’étaient les herbes et les racines qui poussaient dans la forêt. Pour faire face à de telles conditions, les moines devaient avoir beaucoup de patience et d’endurance ; ils ne se préoccupaient guère de leurs petits problèmes de santé. De nos jours, à peine avez-vous la moindre douleur que l’on vous expédie à l’hôpital ! Ils devaient parfois parcourir dix ou douze kilomètres à pied pour faire la quête de leur nourriture. Ils partaient dès la première lueur de l’aube et ne revenaient pas avant dix ou onze heures du matin. Sans compter qu’ils ne rapportaient pas grand-chose à manger : un peu de riz gluant, du sel et quelques piments. Qu’il y ait ou pas quelque chose pour accompagner le riz n’avait pas d’importance. C’était comme c’était. Nul n’aurait osé se plaindre de la faim ou de la fatigue. Il n’était pas dans leur tempérament de se plaindre ; ils apprenaient à prendre soin d’eux-mêmes. Ils pratiquaient dans la forêt avec patience et endurance, tout en faisant face aux dangers tapis dans leur environnement car de nombreux animaux sauvages et féroces vivaient dans la jungle. Les pratiques ascétiques des moines de forêt impliquaient beaucoup de difficultés, tant physiques que mentales. De fait, la patience et l’endurance des moines de cette époque étaient excellentes parce que les circonstances les y obligeaient  (3).

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Achan Cha, le Maître

 

Le Vénérable Achan Cha (อาจารย์ชา) fut leur disciple et devint ensuite un maître, sinon LE maître du bouddhisme de la forêt. Né 17 juin 1918  dans une famille de paysans pauvres près d'Ubonratchathani il entra au monastère comme novice à l'âge de neuf ans et pendant trois ans, il y apprit à lire et à écrire. Il dut ensuite quitter le monastère pour aider sa famille à la ferme. Il retourna ensuite au monastère et fut ordonné le 16 avril 1939. Il choisit de quitter la vie monastique en 1946 pour devenir un ascétique errant après la mort de son père. Après des années d'errance, il s’installa dans un bois inhabité près de son lieu de naissance

 

Photographie provenant du site http://www.dhammadelaforet.org/:

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En 1954, il créa le monastère de Wat Nong Pa Pong (วัดหนองป่าพง) où il put enseigner ses pratiques de méditation. Les disciples vinrent alors en foule.

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Il y accueillit en 1966 le premier occidental, un américain nommé Robert Kan Jackman qui devint le vénérable Achan Sumedho (อาจารย์สุเมโ), auteur de nombreux ouvrages de spiritualité bouddhiste (4).

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Le  Wat Nong Pa Pong actuellement  comprend plus de 250 succursales en Thaïlande, 15 monastères associés et dix centres de pratique laïque dans le monde entier. Achan Cha est lui-même l’auteur de nombreux ouvrages de spiritualité dont une partie a été traduite en français (5). Il mourut en 1992.

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Au hasard de vos flâneries, vous pourrez trouver sur une route secondaire un panneau discret indiquant un « temple de la forêt » (วัดป่า – wat pa), ils sont nombreux en Isan, auquel conduit un mauvais chemin de terre. Les moines ne recherchent pas les visites mais ne les refusent pas. L’esprit de la pratique méditative y est partout  visible. Il y règne une atmosphère de simplicité. Les bâtiments sont propres et ordonnés. Les lieux, éloignés des villes et villages, dégagent une atmosphère de renoncement. Des cabanes simples, sans ornements, sont nichées individuellement dans de petites clairières de la forêt le plus souvent sans électricité et ne bénéficiant que de l’eau du ciel ou d’une rivière proche. Moines et religieuses y accomplissent dans le silence leurs tâches ou méditent assis ou en marchant.

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Les disciples d’Achan Mun et d’Achan Sao se sont multipliés et nombre d’entre eux sont devenus de grands maîtres à leur tour. Aujourd’hui la Tradition de la Forêt est bien établie en Thaïlande. Quelques centaines de temples le plus souvent en Isan (Il y en a par exemple 19 dans la seule province de Kalasin où nous avons compté 670 temples mais qui restent tout de même une infime minorité sur plus de 30.000 temples dans le pays. Elle commencerait à prendre racine dans les pays occidentaux mais peut-on être un vrai « moine de la forêt » à Los Angeles ?

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Des occidentaux partis « à la recherche de la vérité ».

 

Par ailleurs les orientalistes du XIXe – essentiellement français et allemands - ont fait découvrir avec stupéfactions aux érudits occidentaux le monde de l’Inde ancienne, ses religions, ses traditions, son histoire et celle de la réforme bouddhiste absorbant l’antique panthéon brahmanique dans une haute portée morale plusieurs centaines d’années avant Jésus-Christ (6). Ce qui n’était à cette époque qu’une curiosité d’érudits de très haut niveau va devenir une épopée pour d’autres érudits mystiques qui partirent «  à la recherche de la vérité » dans l’austérité des temples bouddhistes fuyant en particulier le monde occidental rationnel, agressif et violent à une époque où se heurtaient en Europe les systèmes oppressifs, communismes, capitalisme sauvage et fascismes. Leur démarche était exactement similaire à celle des moines de la forêt, parallèle puisqu’ils n’en connaissaient pas l’existence. Le premier fut Lanza del Vasto, prince italien aussi noble que désargenté qui partit à pied en 1936 et 37 à la rencontre de Gandhi, vécut une expérience de novice dans un temple austère avant son retour en Europe en militant de la paix. Gandhi lui avait donné le nom bouddhiste de « Shantidas » (« serviteur de la paix »). Fondateur d’une communauté aux règles qui ne sont pas loin de celles des moines de la forêt, « L’Arche », ses souvenirs furent un immense succès de librairie (7).

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Le second fut le moine bénédictin anglais Bede Griffiths qui partit après la guerre lui aussi à la recherche de la paix intérieure pendant 35 ans dans un monastère Bouddhiste puisant en particulier dans la lecture du Véda sa recherche de la tradition fondamentale. Il y reçut le nom de « Swami Dayananda » (« la félicité de la compassion ») (8).

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La vision littéraire d’Hermann Hesse.

 

Nous ne pouvions écarter le « Siddhartha » de l’écrivain allemand devenu Suisse, Hermann Hesse. Ce Siddhartha n'est pas le Siddhartha historique et de sang royal qui devint Bouddha, mais il s’en approche. Qualifié par lui de « conte indien », il fut publié à Berlin en 1922. Ne disons que quelques mots de sa vie et de sa carrière littéraire qui fut couronnée en 1946 par l’attribution du prix Nobel de Littérature (9).

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Ce « roman Indien » passa totalement inaperçu en France avant sa traduction quelques années plus tard en 1925. L’éditeur de Berlin, Samuel Fischer, en avait assuré un service à la presse française. Le « Figaro littéraire » se contenta de mentionner cet envoi sans autre commentaire. Seule la Revue « L’Europe nouvelle » consacra dans son numéro du 23 juillet 1923 une brève analyse de l’ouvrage lu dans la langue d’origine (10). L’insignifiance du nombre de ses lecteurs dont tous probablement ne lisaient pas l’allemand ne pouvait assurer le succès de l’ouvrage. Ce court résumé est toutefois l’un des meilleurs que nous ayons trouvé :

« Depuis le début de sa carrière, le problème de la vie tourmente H. Hesse. Dans cette manière de roman qu'est Siddhartha, il s'en va, comme c'est la mode chez beaucoup d'Allemands aujourd'hui, demander une réponse au pays hindou de la sagesse. Il ne partage pas les théories du comte Keyserling et pense que si la science peut s'enseigner, il n'y a point d'école de la sagesse possible. L'expérience de la vie peut seule donner des leçons. Son héros, le fils du Brahmane, quitte la maison paternelle, pour découvrir son âme. Il rencontre sur sa route bien des maîtres une courtisane, de riches négociants, des joueurs de dés, des bandits. Enfin il apprend d'un passeur au bord d'un fleuve (symbole de l'écoulement de la vie) que la sagesse suprême consiste dans l’amour du monde et des êtres humains » (11).

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Les droits de l’ouvrage furent acquis par Bernard Grasset, éditeur dont le flair était incontestable. En 1925, il lance une édition en français sur la traduction de Joseph Delage. Le premier de tous les éditeurs, il fit passer le tirage de ses auteurs d’une moyenne de 2.000 chez ses concurrents à une base de 10.000. La question se pose évidemment de savoir si cette édition est l’œuvre de Hesse ou de la traduction Delage ? L’ouvrage fit l’objet de commentaires voisinant souvent la flagornerie. Nous ignorons quel fut le tirage de l’édition française de 1925. Dans son pays, les romans de Hesse tiraient alors entre 100 et 150.000 ce qui était énorme. Il est probable que l’édition française ne dépassa alors pas les 10.000 auxquels s’astreignait Grasset. L’attribution du prix Nobel en 1946 fut évidemment une bénédiction pour l’éditeur  - et espérons-le – pour les droits de l’auteur - qui va multiplier les tirages notamment en édition de poche.

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Siddhartha connut différentes façons de « vive sa vie », la découverte fut au bout du chemin. Il apprit le vent, les nuages, les oiseaux, les insectes, l’eau du fleuve, qui sont des professeurs à part entière, au même titre que les sages ayant atteint l'illumination. Il y a un peu de Hesse chez Giono lorsque celui-ci écrit « l’homme est fait pour vivre et non pour penser » (12).

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Ce long trajet qui ressemble étrangement à celui des « moines de la forêt » n’est qu’en partie convainquant mais peut-on critiquer un prix Nobel ? Il est par ailleurs difficile de ne pas penser en lisant Hesse à l’aphorisme de Saint Mathieu souvent cité sous une forme plus ou moins bien abrégée  « Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais » (13).

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Une utilisation perverse

 

Comment  cet ouvrage qui donne une importance primordiale à la méditation – le mot se retrouve à toutes les 130 pages de l’ouvrage - a-t-il pu devenir l'un des livres culte de la jeunesse américaine contestataire à la fin des années 60 ? Nous n’avons jamais entendu dire que le Festival de Woodstock en 1969 ait été un exercice collectif de méditation ni que les « fils à papa » chevelus qui paraient à Katmandou y aient exercé d’autre activité spirituelle que de fumer de l’herbe. Postérité hippie assez cocasse pour ce roman initiatique. L’austère écrivain suisse piétiste d’origine wurtembergeoise fut longtemps considéré comme un saint et un gourou par les hippies américains de la « Beat Generation ». Un épisode qui a dû le faire retourner dans sa tombe : il mourut en 1962 dans sa confortable thébaïde du Tessin (14).

 

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Concluons sur cette citation du Maître Cha qui nous paraît s’appliquer tout autant aux moines de la forêt qu’à Lanza del Vason, Bede Griffith ou au Siddhartha d’Hermann Hesse :

« Je suis allé partout à la recherche d'un endroit pour méditer sans réaliser que cet endroit était déjà là, dans mon cœur et dans mon esprit. Toute la méditation est juste là, en nous. La naissance, le vieillissement, la maladie et la mort sont juste là. J'ai voyagé partout jusqu'au bout de mes forces et ce n'est que lorsque je me suis arrêté que j'ai trouvé ce que je cherchais - en moi ».

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NOTES

 

(1) Cet article a été – en ce qui concerne le bouddhisme de la forêt – inspiré par le site http://www.dhammadelaforet.org/ « Le Dhamma de la forêt – le bouddhisme theravada dans la tradition de la forêt . De nombreux textes fondamentaux sont traduits par Madame Jeanne Schut. Auteur de divers ouvrages sur le Bouddhisme elle pratique la « tradition de la forêt » depuis plus de trente ans.

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(2) Ces textes ont fait l’objet de multiples traductions ou commentaires tout au long du XIXe, ne citons qu’ Ivan Pavlovi Minaev « Recherches sur le bouddhisme » traduit du russe par R.-H. Assier de Pompignan (1894). Minaev fut l’un des plus grands orientalistes russes et rédacteur du premier dictionnaire Pali-Russe.

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(3) Discours adressé à un groupe de moines occidentaux de Wat Bovornivet (Bangkok) et à leur maître, Phra Khantipalo, en mars 1977 sur le site  http://www.dhammadelaforet.org.

(4) Nous lui connaissons « the sound of silence » au titre évocateur publié en 2014.

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(5) Le site cité plus haut nous en livre plusieurs qui ne sont pas tous d’un accès facile.

(6) Le premier dictionnaire Sanscrit-français de Burnouf est de 1863. Pour les Allemands, celui de Fünfter Thiel (« Sanskrit Xorterbusch »), le suit de trois ans. de 3 ans celui de Burnouf.  Le bouddhisme puise aussi dans la partie philosophique du « Mahabarata » cette épopée constituant l’autre face du Ramayana, traduites tous eux en français et en allemand dans le courant du XIXe siècle.  Les « Vedas » ont également traduits à la même époque. Nous ne citerons en français que l’incontournable Emile Burnouf « Essai sur le Vêda » de 1863. A partir du milieu du XIXe les ouvrages sur le Brahmanisme et le Bouddhisme sont surabondants en particulier l’ouvrage de Ivan Pavlovi Minaev cité note 2.

(7) « Le Pèlerinage aux sources » de 1943.

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(8) Son ouvrage « Expérience chrétienne et mystique hindoue » fut publié en français en 1965.

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(9) Son père, pasteur piétiste partit comme missionnaire aux Indes en 1869 où il épousa la fille d’un missionnaire ayant évangélisé ou tenté d’évangéliser le pays. Le jeune garçon a évidemment baigné dans l’ambiance paternelle de leurs souvenirs et de leur connaissance de la mystique hindouiste.  Né en 1877 dans un petit village du Bade-Wurtemberg, il fit des études chaotiques Devenu apprenti apprenti libraire il se retrouva dans une librairie de Tübingen non loin de Stuttgart, la très célèbre librairie Heckenhauer qui est toujours l’une des mieux achalandées du pays.

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Collationner, emballer, classer et archiver les livres lui permirent d’enrichir sa culture en solitaire. Devenu assistant libraire, ses revenus lui permettent alors de ne plus vivre aux crochets de ses parents et de se lancer dans la littérature en publiant de nombreux poèmes à partir de 1896 qui seront des échecs commerciaux vendus à seulement quelques centaines d’exemplaires. Soutenu par un éditeur qui a foi en lui, Samuel Fischer, son premier roman « Peter Camenzind » est publié en 1904 et lui permit de vivre alors de sa plume. Il fait en 1911 un long voyage à Ceylan, aux Indes et en Indonésie en compagnie de l’écrivain suisse Hans Sturzenegger. « Siddhartha » s’y trouve en germes.

(10) Fondée par Louise Weiss, fille d’un richissime homme d’affaire parisien, la revue jusqu’à ce qu’elle se saborde en 1940 – l’équipe étant essentiellement composée d’israélites - resta très confidentielle, probablement guère plus de quelques centaines d’abonnés. Elle s’adressait, disait-elle avec une certaine forfanterie, « à une élite cultivée : diplomates, hauts fonctionnaires, universitaires, étudiants, hommes politiques, hommes d’affaires, publicistes politiques et économiques ».

(11) Le comte Hermann von Keyserling après avoir longuement voyagé, notamment aux Indes, fut l’un de ceux qui répandirent les philosophies orientales en Allemagne notamment dans son « Journal de voyage d'un philosophe autour du monde » (Reisetagebuch eines Philosophen) publié en 1918, rapidement traduit en français, qui fut un immense succès de librairie.

(12)  « Bulletin de l’association des amis de Giono », automne-hiver 1982, article de Danielle Escudié.

 

Achan Cha : 

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