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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 22:11
H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

La philatélie vient souvent au secours de l’histoire. La Thaïlande et la Russie viennent de célébrer par l’émission d’un timbre-poste en juillet 2017 l’anniversaire de « 120 ans de relations entre la Russie et la Thaïlande »

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...comme elles avaient célébré le centenaire de la même façon en 1997. 

H13 - IL Y A 120 ANS (1897) LE PREMER AMBASSADEUR DU TSAR À BANGKOK, ALEXANDRE OLAROVSKI, MÉDIATEUR ENTRE LA FRANCE ET LE SIAM

Notre propos n’est pas de nous pencher sur la politique de l’Empire Russe en Asie de l’est et au Siam jusqu’à l’écroulement de 1917 mais de rappeler brièvement ce en quoi la France fut concernée et  le fut en première ligne.

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L’histoire de ces rapports est essentiellement celle d’une amitié personnelle entre le Tsar et le Roi Chulalongkorn, entre deux souverains que tout n’oppose pas. Elle est aussi celle du premier Ambassadeur Siamois à Bangkok, Alexandre Olarovski qui, de 1897 à 1906 joua un rôle déterminant autant que difficile dans les rapports franco-siamois. Inconnu à notre connaissance de tous ceux qui ont écrit sur l’histoire tumultueuse de ces rapports, il fait l’objet d’une longue étude de Madame Karen Snow en 2007 dans les « Cahiers du monde russe » fondée pour l’essentiel sur des sources russes qui nous sont totalement inaccessibles et sur des archives nouvellement mises en ligne qui ne nous le sont pas moins (1).

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Elle a été précédée d’une étude de Yevgeny D. Ostrovenko dans le journal de la Siam society  tourné plus volontiers sur l’aspect culturel et sur les liens personnels à l’origine de l’amitié russo-siamoise (2).

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Nous savons ce qu’était le Siam sous les règnes successifs de Rama IV (1851 – 1868) et de Rama V, le Roi Chulalongorn, né en 1853 dont le règne s’étend  de 1870 à 1910 mais effectif depuis sa majorité en 1868. Nous avons consacré plusieurs articles à son ouverture vers l’Europe (3).

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En Russie, le Tsar Alexandre III règne de 1881 à 1894.

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Son fils, le futur Nicolas II est né en 1868 et régnera de 1894 jusqu’à son assassinat en 1917. L’Empire va s’ouvrir à la modernisation, Alexandre II a déjà aboli le servage de ses Moujiks en 1861, bien avant que le Siam n’abolisse l’esclavage.

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L’homme politique marquant est Sergei Witte qui occupa divers postes ministériels ou diplomatiques de premier plan à partir de 1888. 

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Alexandre III favorisa une industrialisation fulgurante. Il commença en 1891 la construction du chemin de fer transsibérien de Moscou à Vladivostok. Ne citons que quelques chiffres, entre 1890 et 1913, la production minerai de fer est multiplié par cinq et celle de charbon par huit. Entre 1897 et 1907, les 3.000 puits de pétrole de Bakou, forés à partir de 1873, font de l’Empire russe le premier producteur de pétrole dans le monde. Entre 1899 et 1901, Bakou produisait 50 % de la production mondiale de pétrole. 

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Alexandre III va par ailleurs être le moteur de l’alliance franco-russe qui débuta par un geste significatif de sa part lorsqu’il accepta bien à contre cœur que son pays participe à l’exposition universelle de Paris en 1889 célébrant le centenaire de notre révolution (4).

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Conclue de façon secrète en 1891 et formalisée en décembre 1893, elle fut accueillie avec enthousiasme par les Français, ce qui va permettre à Witte de financer un ambitieux programme économique en ponctionnant les économies des épargnants français – des milliards de franc-or par les fameux emprunts russes à partir de 1888.

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La Russie à cette époque a sa capitale à Saint-Pétersbourg. Son territoire est immense, près de 22 millions de kilomètres carrés, elle est et elle l’est resté, le plus grand pays du monde, 1/6ème des terres émergées du globe.

Les trois quart de ce territoire se situent en Asie de l’Est.

C’est aussi le pays le plus peuplé du monde avec 130 millions d’habitants recouvrant une foule d’ethnies. Elle n’a pas à proprement parler de vocation coloniale comme la France et l’Angleterre. Son extension vers l’ouest (Finlande, Pays baltes, Pologne, Ukraine) est destinée à constituer un glacis, Charles XII de Suède et Napoléon ont laissé un mauvais souvenir. Son expansion vers l’Est s’est arrêtée à Vladivostok sur l’océan pacifique. Point n’est besoin d’aller chercher ses matières premières en Afrique comme les Français et les Anglais. La gigantesque Sibérie abonde en ressources minières qui ne sont encore pas toutes mises à jour au XXIe siècle. Elle possède les gigantesques gisements de kérosène (comme on dit alors) de Bakou en Azerbaïdjan.

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Elle a abandonné sans regrets l’ « Amérique russe », l’Alaska, en 1867 aux Américains, alors une terre stérile.

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Son expansion continue vers l’est, la Mongolie, la Corée, mais elle n’a pas la vocation conquérante des Français et des Anglais et elle ne se soucie pas d’apporter aux peuplades asiates « les bienfaits de la civilisation occidentale ». L’église catholique orthodoxe russe enfin n’a jamais cherché à évangéliser les populations de l’Empire, bouddhistes musulmans, animistes à l’inverse de la France et de l’Angleterre dont les missionnaires catholiques ou protestants sont présents partout. La gestion de cet immense empire, objet de multiples mouvements centrifuges est une tâche surhumaine qui s’accommoderait mal de la gestion de territoire coloniaux comme  en Afrique ou ailleurs.

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Elle n’est pas un danger pour le Siam.

 

Par ailleurs, l’âme et la spiritualité russes sont autant asiatiques qu’orientales. Tous les nobles du pays ont du sang asiatique dans les veines, probablement même la dynastie régnante des Romanov. On se flatte volontiers dans la haute noblesse russe de porter du sang de Gengis Khan. Le Prince Esper Esperovich Ukhtomsky, précepteur puis confident de Nicolas II, pensait que la Russie avait un destin spécial en Asie centrale et en Extrême-Orient en raison de son affinité géographique, culturelle et historique avec l'Asie et une compréhension profonde des Asiatiques qui dépassait celle de toute autre puissance occidentale cherchant à se développer dans la région. Pour lui, lorsque les Européens rencontraient des indigènes, ils leurs apparaissaient comme des habitants d’une autre planète, alors que les Russes connaissaient les coutumes de l’Est de l’Asie de par leur histoire et leur géographie. Les Asiatiques comprenaient de leur côté les fondements d’un pouvoir autocratique et d’une société patriarcale (5). Sergei Witte était lui aussi imprégnés de l’idée d'affinités entre l’âme russe et l’âme asiatique, cette « énigmatique âme russe » faite d’irrationalité, de mysticisme et de démesure.

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Le Pamiat Azova, tout neuf croiseur et fleuron de la marine russe arrive dans le golfe de Siam au printemps de 1891 avec à son bord le Tsarévitch alors âgé de 23 ans, le  futur Tsar Nicholas II

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...accompagné du prince Ukhtomsky.

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Cette visite va marquer une étape essentielle dans la politique étrangère russe en Asie du Sud-Est. Au cours de cette tournée commencée en 1890 et 1891, le Tsarévitch fit escale à Batavia et Singapour avant Bangkok. A son retour, elle se termina par l'inauguration du chemin de fer transsibérien. Le seul mauvais souvenir du futur Tsar fut la chaleur excessive qui le contraignit à passer son temps en bras de chemise.

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Le Roi Chulalongkorn, une fois sa minorité et la régence ayant pris fin, règne effectivement depuis 1873. Dès la fin des années 1870, il avait à de nombreuses reprises exprimé le souhait d'établir des relations diplomatiques permanentes avec la Russie. Les officiers de marine russe dont les navires venaient périodiquement faire escale à Bangkok portèrent au Tsar russe les premières lettres royales contenant ses intentions de développer une coopération commerciale, diplomatique et culturelle avec la Russie. Ils furent aussi les premiers à faire connaître le Siam au public russe.

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La visite de l'héritier, dont ce n’était qu’une partie du voyage, son « grand tour », va permettre l’envol de ces relations bilatérales bien qu’elle n’ait pas le statut de visite officielle. Elle va ouvrir une période de rapports bilatéraux qui seront moins des rapports de chef d’état à chef d’état, de pays à pays que des rapports personnels et amicaux comme le monarque siamois n’entretint avec nul autre chef d’état.

Autocrates tous deux, l’un est « Tsar et autocrate de toutes les Russies » et l’autre « maître de la vie », et ils considèrent que leurs pays ne sont pas mûrs pour le passage immédiat et sans heurt à un régime représentatif (6). Il sera imposé à Nicolas II pour son malheur en 1906 et au Siam en 1932.

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Le prince héritier russe et son entourage furent accueillis fastueusement. Le Prince Ukhtomsky, poète et géographe, son mentor qui devint plus tard le confident du Tsar écrit « des livres, nous connaissions vaguement l'hospitalité de la Cour de Siam. Ce que nous voyons aujourd'hui surpasse l'imagination » (5).

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Le Roi Chulalongkorn accueillit personnellement le jeune héritier, le logea à l’Hôtel Oriental.... 

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le décora de l’ordre de Chakri

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et organisa en son honneur de fastueuses festivités à Bangkok et au Bang Pa In Palace.

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Quelques mois plus tard, un capitaine de la marine russe fit remettre au roi une lettre de remerciement d'Alexandre III accompagné de la grande croix de l'Ordre de St André, le plus prestigieux des ordres russes et la première décoration russe reçue par un membre de la famille royale siamoise.

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Une visite plus protocolaire fut effectuée en Russie en novembre 1891 par le prince Damrong, frère du roi Chulalongkorn alors directeur général du Département national de l'éducation du Siam. Il fut accueilli par le Tsar à Livadia, la somptueuse résidence impériale d'été sur la mer Noire.

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Le prince remit au Tsar l'Ordre de Chakri et une lettre de son roi confirmant l'intention de développer des relations amicales entre les deux pays. À partir de 1891, les visites officielles et les contacts personnels ou les correspondances entre la famille impériale et la famille royale vont se multiplier. Par ailleurs, à la même époque, la Russie étend ses intérêts essentiellement commerciaux en Chine et en Extrême-Orient et avait nommé des consuls dans les ports les plus importants de l’Asie du Sud-Est – Singapour et Indes orientales néerlandaises en particulier - dont la mission était de protéger les intérêts commerciaux et maritimes de la Russie tout en entretenant des relations diplomatiques avec les puissances coloniales en place. Selon les périodes, ils étaient surtout chargés de prospecter la région pour rechercher des zones de stockage du charbon pour approvisionner les navires, de nouveaux marchés et observer de près les dirigeants coloniaux mais en aucune façon se mêler de leurs affaires. La seule exception à cette règle fut la nomination d’Alexandre Olarovski (7). L’activité de ce diplomate sera le signe d’une nouvelle approche des rêves tsaristes en Asie au tournant du siècle, des ambitions impériales en Asie du Sud-Est et en Chine et de l’établissement de relations avec l’Empire colonial français en Indochine comme nous allons le voir.

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A la mort de son père Alexandre III, Nicolas II monte sur le trône en 1894. En 1896, le Gouvernement impérial invite un représentant siamois à participer aux festivités du couronnement du nouveau Tsar. Un an plus tard, le Roi Chulalongkorn effectue une visite en Russie. Les plus fastueux honneurs et la plus fastueuse hospitalité lui sont réservés. Il est reçu en souverain égal aux monarques européens. Il arrive à Saint-Pétersbourg le 19 juin 1897 par le train impérial spécial, il a été accueilli à la station New Peterhof par les membres de la famille impériale et une escorte militaire de la garde. De la gare, le roi se dirigea vers le palais Peterhof, la résidence d'été impériale, où il est accueilli par le Tsar.

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Les dix jours suivants, il visite Saint-Pétersbourg, Moscou et la grande base navale russe à Kronstadt sur la mer noire.

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Cette visite fit la une de la presse moscovite tout autant que celle de la presse française lors du passage à Paris notamment de la Gazette de Saint-Petersbourg qui appartient alors au Prince Ukhtomsky.

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Il y découvrira au passage le prestigieux Fabergé, joailler du Tsar qui deviendra le sien (8). Ses acquisitions seront – avec celles qu’il fit chez Cartier à Paris – à l’origine de sa réputation d’homme de goût … et  de la fabuleuse collection de joyaux de l’actuelle famille royale

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Nicolas II et le Roi Chulalongkorn décidèrent alors de l’établissement de relations diplomatiques et de la préparation d’un Traité d’'amitié et de navigation maritime, qui sera signée les 11 et 23 juin 1899 accordant à la Russie le bénéfice de la nation privilégié. Il est curieux de constater que ce traité fut rédigé en trois langues, siamois, russe et français toutes trois ayant même valeur. Ceci est dit pour rappeler que tout ce que la Russie compte de distingués depuis la Cour jusqu’à ses élites intellectuelles, parlent français peut-être plus volontiers que le Russe (9).

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Les monarques convinrent également que le prince Chakrabongse, deuxième fils du roi Chulalongkorn, viendrait en Russie poursuivre ses études et un entraînement militaire. Ce choix est significatif, car le prince était le préféré de son père qui le destinait à lui succéder. D’autres fils avaient été dispersés dans les Universités ou écoles militaires européennes, Prusse ou Angleterre en particulier mais le préféré va à Moscou. Ce fut son intempestif mariage à Constantinople avec une Russe de religion catholique orthodoxe qui lui fit perdre les droits à sa lignée (10).

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Suite à la décision des deux souverains, l'échange de représentants diplomatiques a eu lieu en 1897 et 1898. Phraya Suriya Nuvat, ministre siamois du roi Chulalongkorn en Europe en résidence à Paris, fut invité à la Cour impériale de Saint-Petersbourg. Il avait d’ailleurs accompagné le roi lors de son voyage en Russie et avait été présenté à Nicolas II.

En 1898, Alexander Olarovski, diplomate confirmé, alors consul général de Russie à New York, officiellement transféré au Siam, est nommé chargé d'affaires et consul général puis rapidement ministre résident.

Ses instructions, personnellement approuvé par le tsar, étaient claires de la part du ministre russe des Affaires étrangères, le Comte Mikhaïl Nikolaïevitch Mouraviov. Ce sont des indications concernant la politique russe envers Siam « Votre conduite doit intégralement porter l'empreinte de l'attention favorable que notre monarque d'augure est disposée à étendre à la personne du roi du Siam ainsi qu'à la fortune de son peuple; Vous devrez respecter la sincérité et la chaleur qui sont à la base de nos relationsVotre conduite devra répondre aux attentes de ce pays de la part de la Russie pour la sauvegarde de ses intérêts et lui apporter le soutien moral nécessaire dans une lutte inégale avec ses puissants voisins ».

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Ce dernier alinéa nous rapproche évidemment des rapports entre la France et le Siam. Il va susciter de sérieuses préoccupations britanniques quant à son influence à la cour.

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Un rôle diplomatique capital entre le Siam et la France

 

Ne nous attardons pas au rôle qu’il joua dans le commerce international entre les deux pays. Il a acquis de son passage aux Etats-Unis la certitude de l’importance sinon de la prédominance de l’économique sur le politique. Les résultats ne furent pas à la hauteur de ses espérances, de celle de Witte et de celle du Tsar. Les exportations russes de kérosène vers le Siam n'étaient pas compétitives par rapport au kérosène américain, et l'importation de teck et de riz continuaient à passer par les ports britanniques. L’implantation de  sociétés russes ne fut pas un succès. L’ambassadeur le mit sur le compte d’un système fiscal trop lourd qui décourageait les investissements à l’étranger et sur la concurrence farouche des Japonais, des Américains et des Allemands qui avaient obtenu le marché de la construction des chemins de fer dans les années 1890.

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Entre 1898 et 1902, Olarovski eu des contacts étroits avec le roi Chulalongkorn, mêlé aux négociations délicates entre les Français et les Siamois. Son influence diminuera toutefois avec les négociations franco-siamoises en 1904 et la défaite de la Russie dans la guerre russo-japonaise de 1904-1905 au cours de laquelle le monde découvrit avec stupéfaction que le colosse était un « colosse aux pieds d’argile ».

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Effectuons un bref retour en arrière.  L’un des initiateurs et organisateur du voyage du Tsarévitch en Asie avait été le premier consul de Russie à Singapour, A.M. Vyvodtsev, nommé en 1890. Le Tsarévitch le rencontra lors de son périple asiatique. Celui-ci lui souligna le potentiel de Siam pour le commerce russe mais aussi comme une base de collecte d'informations sur les affaires asiatiques. Vyvodtsev avait été chargé par le ministère des Affaires étrangères d'accorder une attention toute particulière aux actions des Français et des Britanniques au Siam. Dans ses rapports au ministère dans la première moitié des années 1890, il rapporta en détail les efforts du Siam pour maintenir son indépendance entre les empiétements de la Grande-Bretagne et de la France et, en 1893, il avait envisagé la possibilité que dans les trois ans, le Siam puisse devenir une colonie britannique ! Pour lui il était essentiel qu’un Siam indépendant constitue une zone tampon entre l'Empire britannique des Indes et de la Birmanie et l'Indochine française. En 1893, le Roi Chulalongkorn avait envoyé un télégramme au Tsar Alexandre III lui demandant son intervention dans son différend avec les Français. Le Tsar ne put alors intervenir puisqu’il était en cours de négociation avec la France pour une alliance vitale pour son pays dans le contexte européen.

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Mais ce furent les difficultés du roi Chulalongkorn avec la France qui permirent à Olarovski agissant comme médiateur de tenter d'étendre l'influence politique de la Russie au Siam. Le tsar et son ministère des Affaires étrangères l'avaient expressément chargé de procurer « assistance bienfaisante » et un « soutien moral » dans « la lutte inégale de Siam contre ses puissants voisins » qui «doit être exempt de tous motifs égoïstes pour en tirer profit. »

Nous savons que dans les années 1890, la France déclencha ses opérations pour obtenir son contrôle sur le Laos, traditionnellement sous contrôle Siamois. En 1893 éclata l’incident de Paknam et l’envoi des canonnières sur le Chaophraya. Le Siam dû céder aux exigences des Français, une indemnité de trois millions avec cession de l'ensemble du Laos à l'est du Mékong, création d'une zone démilitarisée de vingt-cinq kilomètres sur la rive ouest du Mékong et occupation des provinces côtières de Chanthaburi et Trat. Alarmée par les actions françaises en 1893, la Grande-Bretagne avait conclu un accord avec la France en 1896 sur leurs zones d’influence respectives.

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Mais le parti colonial français agissait de plus fort en vue de l’extension des droits de ses « protégés » et d’une révision du traité de 1893. Face à la France, les Britanniques voulaient conserver un Siam indépendant comme état tampon sans surtout risquer une confrontation militaire en intervenant dans le différend franco-siamois. La Russie alliée des Français et rivale de la Grande-Bretagne y vit une ouverture diplomatique pour contribuer à l'indépendance de Siam. En 1897, lors de sa visite en Europe, le roi avait été satisfait de sa réception officielle par le gouvernement français et certaines tensions avaient été atténuées, mais il restait encore plusieurs problèmes non résolus : la question de la zone démilitarisée de 25 kilomètres sur la rive droite du Mékong, celle de Battambang et Siem Reap, celle de Luang Prabang sur la rive gauche et l'enregistrement massifs des protégés bénéficiant de privilèges d'extraterritorialité. Sur ces questions, Albert Defrance, ambassadeur à Bangkok de 1895 à 1907 avait adopté une approche « rigoureuse ». Le gouvernement russe pense alors que la médiation de la Russie dans ce conflit pourrait conforter sa position au Siam. Olarovski craignait par ailleurs qu’une attaque française donne prétexte aux Britanniques d’une expansion vers la Chine par la Haute-Birmanie. La connaissance d'Olarovski des problèmes régionaux ne pouvait que renforcer cette approche impériale.

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De 1898 à 1901, il va tenter de résoudre les problèmes entre la France et le Siam. Au cours de l'été 1898, le roi Chulalongkorn était préoccupé par les exigences françaises au sujet de ses protégés. Olarovski proposa qu'un recensement des sujets français soit mené de concert par la Russie, la France et le Siam sur la rive droite du Mékong. Ce fut refusé par les Français. Or Olarovski avait craint que l’intransigeance française ne conduise les Siamois à chercher le soutien de l’Angleterre qui saisirait alors l'occasion de faire du Siam un protectorat. En décembre 1898 des incidents frontaliers éclatent à Battambang à l'est du Mékong dans la zone occupée par le Siam. Olarovski suggère alors au ministère russe des Affaires étrangères d’intervenir personnellement et d’entamer des négociations avec Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine. Il savait que Doumer était désireux à la fois de construire le chemin de fer du Tonkin-Yunnan et de calmer les tensions entre les deux pays. Son ministre fut réticent mais Olarovski au cours de plusieurs réunions avec le prince Dewavongse réussit à le convaincre que Doumer était ouvert à la négociation et à accepter une rencontre personnelle entre le Roi Chulalongkorn et Doumer. Les efforts d'Olarovski pour convaincre à la fois Doumer et les Siamois de négocier sont amplement décrits dans les mémoires de Kalmykow qui fut son attaché d’Ambassade et dans celles de Paul Doumert (11). Celui-ci, accompagné de Madame Olarovski, va à Saigon rencontrer Doumer pour le convaincre de la sincérité des Siamois et préparer l'arrivée des plénipotentiaires siamois à Saigon.  En retour, Doumer se rend au Siam en avril et Olarovski a organisé des rencontres secrètes entre lui et le roi auxquels il assiste. En fin de compte, le roi Chulalongkorn considère les résultats comme satisfaisants et Doumer va plus tard annoncer, le 21 avril 1899, qu'il avait résolu tous les problèmes avec le roi, de petites concessions territoriales, des concessions aussi sur l'enregistrement protégés français, et l’engagement de conseillers militaires civils dans le gouvernement siamois. Pour Olarovski, c’est un succès. Mais il apparut ensuite que Doumer avait exagéré le succès des négociations puisque Olarovski  confirma plus tard que le roi n'avait pas accepté la désignation de conseillers militaires français. En tout cas, le gouvernement français ne tint pas compte de ces discussions. Il désigne alors Albert Defrance comme négociateur principal et les réunions furent organisées à Paris, ce qui fit perdre à Olarovski une partie de sa crédibilité auprès du gouvernement siamois. En septembre 1899, une nouvelle série de discussions se déroula à Bangkok sous l’égide de Defrance. Olarovski intervient toujours comme médiateur.  A la fin d'octobre 1899, les pourparlers sont au point mort. La correspondance de l’ambassadeur russe à son ministre des affaires étrangères fait état de sa colère face  à l'attitude intransigeante des Français.

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Plus tard, lors d’une visite en Russie en 1900, il y présente une proposition acceptée par le Siam : céder Battambang à la France en échange de l’évacuation de Chanthaburi. En février 1900, le gouvernement français ordonne à Defrance de mettre fin aux négociations sans aucune raison apparente, même si la rédaction d'une convention était en cours.

Le roi Chulalongkorn écrit alors à Nicolas II à l'été 1900 pour lui faire part de sa déception face aux négociations sur les questions relatives à l'enregistrement des protégés français, à la cession de la rive-est du Mékong et à l'évacuation de Chanthaburi : « Nous étions prêt à donner à la France, qui a tout à gagner, autant qu'il est possible de donner, alors que sa part de la France ne nous donne rien ».

Finalement, en septembre 1901, la France a envoyé un nouveau négociateur en la personne d’Antony Klobukowski, nouvel ambassadeur à Bangkok, qui demande à Olarovski d’intervenir encore comme médiateur dans les entretiens. Parallèlement, Olarovski continue à discuter à Saigon avec Doumer qui était apparemment en bons termes avec Klobukowski. Il est indubitable que les connexions de Olarovski au sein du gouvernement siamois se sont révélées utiles aux Français. Mais la France n’assouplit pas ses exigences, ce que le roi siamois considère comme une limite à sa souveraineté. Il est de plus en plus méfiant face aux intentions de la France d'évacuer Chathaburi. Olarovski va alors tenter de convaincre les Siamois d'accepter les conditions françaises. À la fin de novembre 1901, Olarovski remet au roi un télégramme du tsar lui suggérant de régler au plus vite son différend avec la France. Le roi de Siam s’alarme. Lorsque son ministre rencontre le ministre des Affaires étrangères de la Russie, le comte Wladimir Lamsdorf, il accuse Olarovski de l’inefficacité de sa médiation au nom de Siam.

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Le diplomate reçoit alors l’ordre de quitter la table des négociations. En mai 1902, les Français envoient des troupes à Chanthaburi.  Le roi Chulalongkorn appelle le Tsar à l’aide. Olarovski fait part à son ministre de la conviction du roi Chulalongkorn que la France ne négocie pas de bonne foi. Ce seront les négociations ultérieures entre la France et le Siam en 1904, menées par un négociateur américain, qui aboutiront au règlement au moins partiel de la question des protégés. En 1907 les Français abandonnèrent complètement les revendications de juridiction sur leurs protégés. Chanthaburi est évacué en 1906, en contrepartie de la cession par le Siam des provinces de Battambang, Siem Reap et Sisophen dans le Cambodge de l'Ouest. A cette époque, les Français se tournaient plus volontiers vers l’Afrique ce qui facilita les négociations.

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Dès 1901 ou 1902, Olarovski avait peut être atteint ses limites ?  Le roi a pu penser que sa médiation était motivée par l'opportunisme et non par une préoccupation réelle de la situation du Siam. En 1902, la déception du roi Chulalongkorn lui a fait penser que le diplomate russe était peut-être disposé à sacrifier les intérêts de Siam si c'était dans les intérêts de la Russie. Certes, Olarovski a pu rêver d'une prédominance russe en Asie de l'Est avec l'aide des Français en Indochine. Les historiens russes considèrent qu’il fut en tous cas sincère dans ses efforts pour aider les Siamois face aux tentatives de l'expansionnisme peut-être imprudent des Français et leur manque de lucidité sur la nécessité de laisser au Siam son rôle d’état tampon. Lucide, il voyait  le danger pour la France de risquer un autre incident de Fachoda avec la Grande-Bretagne.

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Le roi Chulalongkorn avait cru à la sincérité d'Olarovski et espérait que le gouvernement russe se révélerait utile dans son combat. En 1902, il va se tourner vers d'autres soutiens pour s’opposer aux incursions coloniales sur ses territoires. À la fin de 1901, Olarovski se plaignit de sa difficulté à rencontrer le roi et à l'influence des Japonais sur des ministres comme les princes Damrong et Devawongse qui tentaient de limiter l'implication du roi dans les négociations avec les Français. De 1901 à 1904, il décrit l'influence politique croissante du Japon au sein des ministères des affaires étrangères, des affaires intérieures et de la justice. Il est alors convaincu que le Japon cherche à attiser l'antagonisme entre l'Angleterre, la France et l'Allemagne. À l'époque, la Russie était en concurrence avec le Japon en Mandchourie et en Corée et considérait les Japonais avec autant d’envie que de méfiance. En 1902, le ministre-résident japonais Inagaki  commence à jouer un rôle important dans les milieux politiques et économiques siamois. La même année, le Japon conclut une alliance avec l'Angleterre et, à l'époque, douze citoyens japonais sur un total de cent trente étrangers au Siam travaillent pour le gouvernement siamois dans presque toutes les branches du gouvernement. Le prince Damrong, alors ministre de l'Intérieur, la plus haute position politique dans le gouvernement, est ouvertement favorable au Japon. En 1904, Olarovski s’alarme d’apprendre que Inagaki avait proposé au Siam la signature d’une convention pour un bail de vingt-cinq ans sur l'île Ko Khram, au large de Chantaburi probablement pour y mettre en place une station de charbon. Il y vit non sans raisons la recherche par les Nippons d’une base pour leurs patrouilleurs pour surveiller la flotte russe du Pacifique. La proposition fut finalement refusée par le Prince Devawongse mais les tensions croissantes de la Russie avec le Japon se terminèrent par la guerre de 1904-1905 et la fin des ambitions russes dans cette région du globe.

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De leur côté, les Britanniques intensifièrent leur campagne contre l'influence russe au Siam, inquiets des contacts étroits d'Olarovski avec le palais, de sa participation aux négociations françaises et de l’association avec les Danois, qui constituaient une éventuelle menace économique pour leur commerce.

La mort de Prabporapak en 1899 avait déjà sérieusement diminué l'influence de la Russie à la cour. La signature de l'alliance anglo-japonaise en 1902 consolida la position de la Grande-Bretagne et réduisit encore l'influence de la Russie.

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Olarovski fut un intermédiaire utile au roi Chulalongkorn pour faire face aux revendications françaises entre 1898 et 1902. Il travailla à l'avantage du Siam. Son contact personnel avec le roi et ses fonctionnaires lui ont également permis de transmettre utilement à son ministre des renseignements sur les attitudes respectives des Siamois et des Français. Sur le front européen, le tsar et le ministère russe des Affaires étrangères sont également intervenus au nom de Chulalongkorn par l'intermédiaire de l'envoyé russe à Paris pour modérer ou tenter de modérer les exigences de la France dans les négociations entre 1898 et 1902. Bien qu'ils n'aient pas réussi à maintenir au Siam les territoires du Laos et du Cambodge, cela permit de maintenir vaille que vaille son existence en tant qu'état tampon et aida à freiner d'autres ambitions françaises. Mais à partir de 1902, le roi Chulalongkorn dut chercher d'autres soutiens pour résoudre ses problèmes avec les Français, et plus encore après que l'image de la Russie eut encore été ternie par sa perte de la guerre de 1904-1905 contre le Japon. Bien que Siam ait adopté une position de stricte neutralité, le gouvernement était généralement favorable aux Japonais. La débâcle militaire de la Russie fit disparaître la foi du roi Chulalongkorn dans son influence internationale. Il décida alors de ne plus en envoyer aucun de ses fils étudier en Russie. Le retour du prince Chakrabongse de sa formation militaire en Russie en 1906 n'avait pas permis d'améliorer les relations car son mariage avec une femme russe orthodoxe avait causé à Chulalongkorn une peine et une colère immenses.

A la mort du roi Chulalongkorn en 1910 l'apogée de l’influence politique russe au Siam avait définitivement disparu.

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Olarovski quitta le Siam en 1907 pour le Maroc et mourut à Saint-Pétersbourg en 1910.

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Un rôle culturel de premier plan

 

Si son rôle économique ne fut pas à la hauteur des espérances, il reste au moins de lui de prestigieux souvenirs artistiques. Profondément attaché à la culture siamoise, il organisa en 1900 le déplacement des Ballets royaux du Siam à Saint-Pétersbourg qui donnèrent en particulier une représentation du Ramakian à laquelle avait déjà assisté le futur Nicolas II lors de sa visite au Siam.

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L’engouement du public russe cultivé à l’égard du Siam fut alors au moins égal à celui du public et de la presse française lors de l’épopée Louis XIVème. La mode s’en mêla même puisque le célèbre Karl Fabergé, fondateur de la Maison de Fabergé et bijoutier impérial, dont le roi Chulalongkorn fut toujours un fidèle client créa une riche collection de bijoux aux motifs siamois.

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L’art siamois va  ainsi entrer dans les Musées russes essentiellement à son instigation.

En 1906, un officiel du « musée russe d’anthropologie et d'ethnographie » («  Kunstkamera »), l'un des plus grands musées ethnographiques d'Europe à Saint-Pétersbourg furent envoyés à Bangkok et Ayutthaya pour réunir échantillons de sculpture et d’art siamois :

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144 objets, sculpture, armes traditionnelles, instruments de musique, céramique, vêtements, pièces de monnaie et billets de banque, masques utilisés par les danseurs de ballet royal siamois qui ont joué en 1900,

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outils de pêche traditionnels, modèles de bateaux de pêche et de chantiers navals. Y figurent encore les cadeaux royaux offerts par le roi Chulalongkorn au futur Tsar Nicolas II lors de sa visite de 1891 : un sabre, une épée

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et une dague siamoise, tous décorés avec pierres et métaux précieux.

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Les Tsars savaient choisir des Ambassadeurs d’une grande culture. Notons enfin, quitte à nous égarer en dehors de notre sujet, que dans le très célèbre Musée de l’Ermitage,

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on trouve encore quelques centaines d’objets d’art collectés par l’ambassadeur Georges de Plançon de Rigny, successeur d’Olarovsi entre 1911 et 1914 :

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sculptures religieuses en bois, en bronze et en argile, objets religieux et œuvres d'art datant du XIVe au XIXe siècle. Les pièces maitresses en sont un rarissime « Pachekabuddha » du XVIe siècle venu du Lanna

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et un  « Bouddha aravidjaya » du XVIIe siècle venu aussi du Lanna. S’y trouvent également d’autres cadeaux offerts par le roi au Tsarévitch en 1891, une paire de défenses d'éléphant, une paire de chandeliers et une épergne (dessus de table). Les chandeliers à trois branches ont été fabriqués spécialement pour la visite de l'héritier russe et offerts au Tsarévitch par le roi de Siam lors d'un dîner au Bang Pa In Palace  le 22 mars 1891.

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NOTES

 

(1) Référence électronique KAREN SNOW, « St. Petersburg's Man in Siam », Cahiers du monde russe mis en ligne le 01 janvier 2007 :

 http://monderusse.revues.org/9032

 

(2) « RUSSIAN-THAI RELATIONS : HISTORICAL AND CULTURAL ASPECTS » in Journal of the Siam society volume 92 de 2004.

 

(3) Voir en particulier nos articles 148.1, 148.2 et 153 « Le premier voyage en Europe du Roi Chulalongkorn en 1897 » :

htmlhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-148-1-le-premier-voyage-en-europe-du-roi-chulalongkorn-en-1897-124232693.htmlhttp://www.alainbernardenthailande.com/article-148-2-le-premier-voyage-en-europe-du-roi-chulalongkorn-en-1897-124244720.html http://www.alainbernardenthailande.com/article-153-le-roi-chulalongkorn-en-guise-de-conclusion-124549116.html

 

(4) Voir Laurence Aubain « La Russie à l'exposition universelle de 1889 » In  Cahiers du monde russe, vol. 37, n°3, juillet-septembre 1996.

 

(5) Prince E. Ukhtomski, Travels in the East of Nicholas II, Emperor of Russia When Cesarewitch 1890–1891, traduction anglaise, 2 volumes, Londres, 1896. 

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(6) Voir notre article A – 194 « LE PREMIER PROJET DE CONSTITUTION DE 1885 » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/le-premier-projet-de-constitution-de-1885.html

 

(7) Le nom peut-être orthographié Olorovski, Olorowski ou Olarowski.

 

(8) Voir le très bel article de Christel Ludewig McCanless et Annemiek Wintraecken « FABERGÉ IN THE COURT OF SIAM » présenté au Symposium In Search of Empire: The 400th Anniversary of the House of Romanov Columbia University, février 2013.

 

(9) Pour la haute société de Saint-Pétersbourg, parler français était devenu plus naturel que parler russe. Paul Ier qui régna la seconde moitié » du XVIIIe siècle communiquait lui-même presque exclusivement en français.

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Pouchkine, par exemple, parlait mieux français que russe.

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(10) Voir notre article 175 « La « Loi du Palais » pour la succession royale en 1924 ». Sur cette belle romance, lire Eileen HUNTER et Narisa CHAKRABRONGSE, « Katya and The Prince of Siam », River Books, Bangkok, 1994.

 

(11) Andrew D. Kalmykow, « Memoirs of a Russian Diplomat: Outposts of the Empire, 1893-1917 », New Haven: Yale University Press, 1971. –

Paul Doumer « Indo-Chinefançaise (souvenirs) », 1905.

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commentaires

Simon Tillier 07/01/2018 05:13

Bonjour,
Votre article H13, que j'ai lu avec autant de plaisir que ceux de vos articles qui me sont accessibles, contient un doublon de six phrases, après l'illustration "la conférence de Berlin en 1885" (comme je l'ai écrit dans mon commentaire précédent, je ne trouve pas comment lire vos articles séquentiellement).
Par ailleurs, je serai de passage à Chuen Chom la semaine prochaine, et serais très heureux de rencontrer celui d'entre vous qui habite Huay Mek...
Cordialement
Simon

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 08/01/2018 01:38

Erreur de mise en page que nous vous remercions d'avoir signalée et allons rectifier

Pour le reste, contactez nous svp sur

alainbernardenthailande@gmail.com

Bien cordiqlement

Jean 03/12/2017 01:15

Vous parlez de léglise "catholique" orthodoxe? Ne devriez-vous pas dire l'église chrétienne orthodoxe?

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 03/12/2017 09:55

Pour le rédacteur de l'article, il y a une "église catholique romaine" et une "église catholique orthodoxe", un qualificatif utilisé, semble-t-il, par les "chrétiens orthodoxe" qui se veulent comme les Romains "universels" au sens originel du mot grec "katholikos"