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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 22:25
H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Le langage diplomatique est un langage fleuri qui prend souvent quelques libertés avec la réalité historique.   Notre excellent ancien ambassadeur, S.E. Laurent Billi, lors d’une allocution en 2009 au « camp Taksin » à Chanthaburi (1), là même oú stationnèrent les troupes d’occupation française pendant près de 12 ans, y affirma le plus sérieusement du monde  - mais sans probablement être dupe - que cette visite était « un témoignage de notre longue histoire commune. Une histoire d’amitié profonde, malgré les tensions liées à l’expansion coloniale des puissances européennes ».

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

« Camp Taksin », le nom que les Thaïs donnèrent à ce camp lors du départ des Français en 1905 est celui du libérateur de leur pays du joug birman.  Il est donc lourd de symbole et peut-être destiné à égratigner leurs amis français, les Thaïs ayant aussi parfois le sens de l’humour au second degré. Il ne fut à cette occasion,  dans la presse francophone locale, que  d’une « occupation » qui n’avait causé que des « incidents mineurs » comme si une occupation, quelle qu’en soit les justifications, bonne ou mauvaise, ne pouvait être autre chose en elle-même qu’un incident …  majeur.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Sans tenter le moins du monde de faire quelque acte de repentance que ce soit, nous avons cherché à avoir quelques précisions sur cette longue occupation, recherches qui nous paraissent justifier  le titre de cet article, surtout qu’on le retrouve dans tous les livres d’histoire scolaires !

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Nous avons de cette occupation une première vision, due au très bel article de l'historien français Amable Sablon du Corail qui a puisé dans les archives militaires jusque-là inexplorées (2). Ses recherches nous ont déjà permis de découvrir un personnage hors du commun, à savoir le Capitaine Adam de Villiers dont nous avons parlé il y a peu (3). Si ces recherches ont malheureusement la sécheresse des rapports militaires, elles nous apportent quelques précisions précieuses sur l’occupation de Chanthaburi. La vision siamoise repose –quant-à-elle- sur d’autres recherches à ce jour inédites, et fera l’objet de la deuxième partie de cet article.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Un retour en arrière.

 

Le traité du 3 octobre 1893 aux termes duquel le Siam s’est purement et simplement incliné devant l’ultimatum français comporte en réalité plusieurs chapitres. Le traité proprement dit, dont le préambule évoque sans rire « les relations d’amitié qui existent depuis des siècles entre le Siam et la France », en son article 1er consacre l’abandon de la rive gauche du Mékong par la France : « ARTICLE I — Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l'ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les iles du fleuve ». On ne prit même pas la peine alors d’invoquer une hypothétique suzeraineté des souverains annamites sur ces territoires comme on le fit dans les années antérieures.

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Il est un article VIII qui passa en général inaperçu dans les analyses de l’époque ainsi d’ailleurs que dans les analyses contemporaines : « ARTICLE VIII — Le Gouvernement français se réserve d'établir des consuls où il le jugera convenable dans l'intérêt de ses ressortissants, et notamment à Korat et à Muang-Nan ». L’importance souterraine de ce texte a très certainement échappé aux négociateurs siamois qui ne pouvaient préjuger de l’utilisation perverse qui en serait faite ultérieurement puisqu’il ne devait guère y avoir à cette date guère plus de cent Français ressortissants au Siam, pour la plupart d’ailleurs étant des missionnaires avec  un seul à Chanthaburi, le père Marie-Joseph Cuaz, curé de la paroisse.

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Le même jour est signé une « Convention concernant l’exécution du Traité du Paix et de l'ultimatum » (accepté le 5 août). Elle rajoute diverses contraintes par rapport aux conditions de l’ultimatum et précise « ARTICLE VI — Le Gouvernement français continuera à occuper Chantabon jusqu'à l’exécution des stipulations de la présente convention, et notamment jusqu'à la complète évacuation et pacification, tant de la rive gauche que des zones visées à l'article III du traité en date de ce jour ». L’article III visé concerne la démilitarisation de la rive droite du fleuve sur une largeur de 25 kilomètres.

Quant à l’occupation de Chanthabouri, elle avait été prévue non pas dans l’ultimatum du 20 juillet mais dans un additif du 30 rédigé en parfait langage diplomatique :

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« Désireux de donner une nouvelle preuve des sentiments de modération qui l'ont constamment inspiré, le Gouvernement français se contentera, comme garantie indispensable de l'exécution pratique des clauses de l’ultimatum, d'occuper la rivière et le port de Chantaboun jusqu'à la complète et pacifique évacuation des postes établis par les Siamois sur la rive gauche du Mékong ».

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Sans entrer dans le détail de ce que va être l’exécution complète des obligations siamoises née du traité susvisé, il est de tout de même une disposition singulière -et point n’est besoin d’être un esprit juridiquement éclairé pour comprendre, qu’elle ne pourra être que source de difficultés-  concerne la zone démilitarisée :

 

« ARTICLE IV — Dans les zones visées par l’article III, la police sera exercée selon l'usage, par les autorités locales, avec les contingents strictement nécessaires. II n'y sera entretenu aucune force armée régulière ou irrégulière ». Il faut tout simplement en déduire que sur un territoire de 25 kilomètres de largeur sur 700 ou 800 kilomètres de frontières communes, le Siam n’aura aucun moyen d’assurer le simple maintien de l’ordre autrement qu’avec les contingents strictement nécessaires, ce qui ne veut rien dire, et de surcroît désarmés ! La création d’une véritable zone de non droit  où l’intervention de forces siamoises armées est interdite va de toute évidence entraîner son invasion par tout ce que la rive gauche français compte de voyoucratie : Il faut évidemment sourire lorsqu’on lit sous une plume française « En outre cette zone de 25 kilomètres était le refuge de tous les voleurs de la rive gauche. Là, les malandrins jouissaient d'une impunité certaine, la police n'étant pas faite dans la zone et les autorités siamoises opposant la plus grande force d'inertie aux demandes des autorités françaises » (5).

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Cette occupation sera effective à partir du 9 août 1893 et se prolongera près de douze ans jusqu’au 12 janvier 1905. Dans un procès-verbal annexe à l’additif du 30 juillet, il avait été noté que, répondant à une préoccupation du prince Dewawongsee, « M. Le Myre de Vilers répond que le Gouvernement français n'a pas l’intention de conserver Chantaboon ; que son propre intérêt est de hâter l'évacuation pour éviter de lourdes dépenses ; que, du reste, c'est une question de bonne foi ». Dont acte !

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Pourquoi Chanthaburi ?

 

Pour les Français tout d’abord, il s’agit tout simplement du port le plus proche de leurs  bases arrières au Cambodge, située à une centaine de kilomètres. Elle a la réputation d’être une base stratégique et économique essentielle, ainsi qu’il apparait des constations des visiteurs  successifs (6).

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Or nous n’avons pas de compétence particulière en matière de stratégie mais ce point est litigieux et plus encore. Lors des discussions relatives au traité (avorté) de 1902, Paul Doumer, que nous dotons de quelques compétences en la matière, le conteste formellement (7). Un argument nous parait frappé du sceau du bon sens : « A la vérité ce point était fort mal choisi, car il était situé à 16 heures de mer de Bang Kok et n'était relié à la capitale par aucune route praticable. Il eût mieux valu créer la même installation à l’île de Ko Si Chang, située à l’embouchure même de la Mae Nam (à environ 50 kilomètres), d'où on aurait pu surveiller l'entrée de la rivière et menacer plus directement le cœur du pays » (8).

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L’importance économique essentielle, c’est, en dehors d’une région d’agriculture et de pèche prospère, la présence aux environs de la ville de mines d’or et de pierres précieuses. La presse coloniale (en particulier Le Figaro) a reproché avec virulence à Le Myre de Vilers notre diplomate négociateur de 1893 de n’avoir exigé que l’occupation de la ville et de son port et non de toute la province (voire même de tout le pays) beaucoup plus vaste que l’actuelle province de Chanthaburi puisqu’elle recouvrait alors celle de Trat et celle de Rayong. Ces fameuses mines se trouvaient donc hors zone d’occupation. Etienne Aymonier, qui connait bien le pays, a toutefois une opinion mitigée sur la qualité des filons aurifères médiocres et des pierres précieuses qu’il nous dit « de qualité inférieure » (9). Si la présence de ces trésors a pu susciter la cupidité du parti colonial et son irritation lorsqu’il a vu qu’ils lui échappaient, l’argument est sans portée de par les termes mêmes des conditions de l’occupation.

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Du côté Siamois, et il est permis de s’étonner de la négligence par Le Myre de Vilers d’un paramètre qui n’aurait pas dû lui échapper de par sa culture et son instruction – à moins que ce ne fut volontaire, ce dont on peut douter– : cette occupation fut inutilement injurieuse pour le Siam. Tous les petits Thaïs ont appris et apprennent encore qu’en 1767, après s’être emparé de Chanthaburi par vive force, le roi Taksin y établit un camp afin d’y préparer la libération du Siam de l’invasion birmane. La dynastie d'alors n'avait jamais reconquis son trône perdu : Phya Tak, un général de fortune, se mit à la tête des vaincus, ranima leur courage et les conduisit devant Chanthaburi tombé au pouvoir de l'ennemi.  La tradition rapporte que, campé devant ses murs, Phya Tak fit briser jusqu'au dernier tous les pots à riz de ses soldats : « Maintenant, leur dit-il, vous n'avez plus de pots pour cuire votre riz; si vous ne reprenez pas Chanthaburi vous mourrez de faim » ! Les Siamois se battirent alors comme des forcenés pour reconquérir Chanthaburi et ses pots à riz. Phya Tak devint roi du Siam et son successeur fonda la dynastie actuelle.

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Cette humiliation qui n’était peut-être pas nécessaire (mais la presse coloniale hurla Vae Victis) explique bien des éléments dans les rapports franco-siamois et des rancœurs dont nous trouverons des traces jusque bien après la guerre franco-thaï de 1941 et le contentieux relatif au temple de Praeh Vihar attribué dans des conditions douteuses par la Cour Internationale de Justice de La Haye au Cambodge, considérée, côté thaï, comme ayant purement et simplement chaussé les bottes de la France coloniale. Les Siamois furent d’autant plus amers qu’ils furent « lâchés » par les Anglais qui firent semblant de s’irriter de l’occupation de Chantaboun mais en définitive fut validée par le traité franco-anglais de 1896 délimitant les zones d’influence respective au Siam. L’histoire d’une amitié profonde ?

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Ceci explique pour quelles raisons le roi Chulalongkorn était prêt à tous les sacrifices pour retrouver cette ville symbolique. Ce fut en 1904 une province entière, celle de Sayaburi située sur la rive droite du Mékong et en 1907 les provinces (plus ou moins) siamoises de Battambang, Siemreap et Sisophon.

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La ville de Chanthaburi de l’époque.

 

Nous en savons en réalité peu de choses. A l’époque de Montigny, elle abritait 6.000 habitants, Siamois, Annamites et Chinois, dont un cinquième, les Annamites, étaient catholiques (6). Selon Pavie qui l’a visitée en 1885, elle était habitée par 4.000 annamites dont 2.000 chrétiens et 1.000 chinois qui en tenaient le commerce (6). D’après une autre source qui n’est pas spécifiquement cléricale, les Annamites sont groupés autour du père Cuaz, « un brave homme s'il en fut, tout jeune, possédant toutes les langues du pays, qu'il parle et écrit avec une facilité surprenante. Ce prêtre est certainement dans la ville une autorité avec laquelle il faut compter, vu sa grande connaissance du siamois; il est souvent pris comme arbitre, dans les litiges que les indigènes ont entre eux. Presque tous les Annamites sont catholiques et par suite lui sont dévoués corps et âme, et de plus, il a su gagner à sa cause un grand nombre de Chinois et de Siamois » (10). Pour Charles Lemire (6) c'est un « gros bourg » de 10.000 habitants dont la population indigène est composée de Siamois, de Chinois, d’Annamites et de Birmans. C’est au moins partiellement une colonie d’Annamites catholiques.

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Le déroulement de l’occupation.

 

Ce sont les rapports dépouillés par Sablon du Corail dans les archives militaires qui nous donnent ces précisions un peu sèches. Après que les Siamois se soient inclinés devant l'ultimatum du 20 juillet 1893 et des garanties complémentaires exigées par le gouvernement français le 30 juillet 1893, une force d'occupation fut réunie le 9 août 1893 pour occuper le port de Chanthaburi. Commandée par le capitaine Gérard, elle comprenait la 11e compagnie du régiment de fusiliers annamites, une section du 9e régiment d'infanterie de marine, 196 hommes, dont 54 Européens, comprenant quatre officiers et un médecin.

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Parmi eux, le Capitaine Augustin Gérard eut une carrière exceptionnelle (11).

Il a alors 36 ans. Saint-cyrien à 18 ans, nous le trouvons capitaine à 30 ans dans le 3e régiment d’infanterie de marine au Tonkin. Embarqués depuis Saigon sur un bateau à vapeur à double pont, lui-même et ses hommes sont arrivés le 17 août à l'embouchure de la rivière menant à Chanthaburi proprement dite, 20 km à l’intérieur. Le 18, Il demande au gouverneur siamois d’évacuer de la ville les 600 ou 800 soldats siamois encore présents ainsi que la fourniture de dix jonques pour transporter ses troupes. Celui-ci refuse non sans raisons au motif que seul le port de Chanthaburi devait être occupé par les Français. Après deux jours de vaines discussions, au matin du 20 août, Gérard a embarqué son détachement sur une flotte hétéroclite, une douzaine de baleinières, des canots pneumatiques et des canots puisque les Siamois refusaient de lui fournir seulement deux jonques. À la fin de l'après-midi, il prit possession de la citadelle de Chanthaburi, remise par le gouverneur qui avait tenté d'échapper à une cérémonie humiliante en prétendant être malade. Il lui avait fait savoir que s'il ne venait pas, le commandant du détachement n'aurait aucun contact avec lui et le considérerait comme un ennemi.

 

La marche sur Chantaburi : croquis du Capitaine Gérard (source : Sablon du Corail)  :

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Les Français ont alors dressé un inventaire des armes présentes dans la citadelle qu'ils reconnurent avoir accepté de prendre en garde et de les restituer quand l'occupation prendrait fin. Ils trouvèrent huit canons Broadwell de 80 mm (fabrication Krupp) en parfait état, des munitions

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et un millier de fusils obsolètes. La citadelle dominait d'environ 20 mètres la ville de Chanthaburi alors totalement inondée pendant la saison des pluies. Elle avait la forme générale d'un carré de 450 mètres de côté, entourée d'un rempart de terre d’environ 6 à 10 mètres avec des douves extérieures. En plusieurs endroits, le rempart était en mauvais état, surtout à l'est et au sud. Les douves étaient remplies d’une épaisse végétation constituant même au nord une véritable petite forêt. Dans l’angle nord-est, où se trouvent les casernes, le rempart était encore en bon état, là où il était le plus haut et le plus large. Les Français ont alors entrepris d’approfondir les fouilles dans le secteur nord-ouest et d'y installer des casernements adaptés à la taille de leur petit détachement. Au centre de la citadelle se trouvait la résidence royale entourée d'un jardin « à la française magnifiquement entretenu ». A la demande des mandarins, cette résidence ne fut pas occupée et le capitaine Gérard accepta d'inclure tout le jardin dans le périmètre de la protection française pour éviter qu’il ne soit endommagé. Le capitaine rédigea son rapport 10 jours après son arrivée, estima que sa position était sûre mais qu'il aurait besoin de 500 hommes au maximum et 350 au minimum et de trois canons de montagne de 80 mm.

 

Plan de la forteresse : croquis du Capitaine Gérard (source : Sablon du Corail)  :

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L'hygiène était considérée par le capitaine comme satisfaisante, le nombre d'hommes malades ne dépassant pas 15 à 25 par jour, un taux de 10% malgré les pluies continuelles. Les soldats mangeaient de la viande fraîche un jour sur trois et du pain frais un jour sur deux. Il n’y eut pendant la durée de l’occupation chez les Français que 18 morts dont un officier, mais il ne nous reste d’eux guère que leurs noms et 83 soldats annamites dont il ne reste même pas le nom… et un oublié, ce qui est tout de même honteux puisque son décès a de toute évidence été transcrit sur les registres du Consulat (12).

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Il sembla au capitaine que le quartier était majoritairement peuplé de catholiques vietnamiens. Un missionnaire français, le père Cuaz, vivait dans la ville. Mais pour le Capitaine, Siamois, Chinois et Birmans étaient suspects. Ils lui semblèrent hostiles, ou plutôt craintifs et surpris. Les Annamites, au contraire, étaient plus détendus. Presque tous catholiques et formés par le missionnaire français ils étaient tous dévoués à la cause française. Les Annamites parlant la même langue que les fusiliers sympathisèrent avec eux. Ils venaient facilement au fort, mais, observés de près par les mandarins, ils n’osaient pas servir les Français autant qu'ils l’auraient souhaité par crainte de représailles si l'occupation cessait. Les relations entre le capitaine Gérard et les mandarins siamois étaient bonnes, mais non dépourvues d'ambiguïté : « les autorités siamoises ont jusqu'à présent été accommodantes, presque obséquieux ... Pour obtenir quelque chose de leur part, mieux vaut les dire très fermement, mais sans jamais s'éloigner de la courtoisie la plus correcte ».

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Le capitaine Gérard reste toutefois soupçonneux : Il entretient un réseau d’espions qui l’avaient informé que les soldats siamois qui avaient évacué la citadelle s'étaient dispersés en petits groupes dans les villages situés à moins de trois heures de marche de la ville. Ils avaient laissé leur artillerie sur Chanthaburi mais avaient emporté avec eux tous les fusils à répétition Mannlicher. En outre, dans les montagnes, à une heure et demie de marche vers le nord, se trouvaient des villages armés, mines d'or, d'étain, et de pierres précieuses comportant une population flottante de Chinois, de Birmans et de Malais qu'il était sage de surveiller à cause d’un commerce illégal d’armes.

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Le commandement central suivant ses recommandations avait envisagé de renforcer considérablement la garnison de Chanthaburi par l’envoi éventuel d’un bataillon supplémentaire de légionnaires dont le noyau, 1er et 2e régiment d'infanterie étrangère, étaient stationnés en Algérie depuis le début de la conquête mais seulement quelques bataillons étaient présents au Tonkin. Cette troupe d'élite, soumise à des règles strictes de discipline, était souvent appelé à prendre part aux expéditions coloniales les plus lointaines. Lorsque le besoin s'en faisait sentir, des bataillons de marche provisoires étaient constitués. Les bataillons envoyés au Tonkin en 1883 y étaient restés et constituaient une sorte de réserve permanente d’autant plus appréciée du Gouvernement général que leur paye relevait du ministère de la Guerre et non des autorités coloniales.

 

Un bataillon provisoire de la Légion étrangère pour le Siam (« bataillon de marche du Siam ») fut donc embarqué en deux épisodes les 13 et 21 juillet 1893 à Oran. Ils arrivèrent après les combats mais à temps pour être envoyés en occupation à Chanthaburi. Il comprenait 715 hommes, répartis en quatre compagnies, sous le commandement du chef de bataillon Tournier. Chaque régiment fournissait la moitié des hommes du bataillon. Deux compagnies (probablement une centaine d’hommes chacune ?) furent  envoyées à Chanthaburi, les autres partirent renforcer les garnisons sur le Mékong.

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Les premiers mois de l'occupation française se déroulèrent sans difficultés majeures à en croire les appréciations portées sur le capitaine par les autorités civiles. En octobre 1893, le gouverneur envoya un télégramme au commandant général des forces françaises en Indochine faisant l'éloge de sa capacité « notant la prudence et la fermeté qu'il avait montré dans sa mission à Chantaboun, assumant une occupation tranquille et s’assurant de la sympathie pour la population civile en difficulté ». Pavie depuis Bangkok fut plus explicite : « J'ai été particulièrement satisfait des services du capitaine Gérard. Cet excellent officier, par sa conduite prudente, a pu contrecarrer les intrigues des Siamois qui souhaitaient établir des forces d'occupation sur la plage malsaine de Paknam; les mesures militaires qu'il a prises dans la marche sur Chantaboun et la mise en place du camp ont démontré une grande prévoyance et une capacité exceptionnelle chez un officier de ce rang. J'ajouterais que, même pendant la période des négociations les plus difficiles, il a réussi, malgré toutes sortes de provocations, à maintenir des relations amicales avec les autorités locales et éviter que le gouvernement de la République ne soit sérieusement mis en difficultés et en  complications avec le Siam ou avec l'Angleterre ».

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Il y a évidemment beaucoup de « non-dit » dans cette note de Pavie inédite jusqu’à ce que Sablon du Corail la déniche dans les archives du ministère de la guerre, et on peut se demander ce que furent ces « intrigues des Siamois » et ces « provocations » ? L’appréciation de Pavie ne fut évidemment pas étrangère à la promotion fulgurante dont bénéficia le Capitaine.

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Augustin Gérard était contemporain de Pierre Thoreux et d'Adam de Villiers, de la même promotion que celui-ci à Saint-Cyr. Il entra dans l'armée coloniale en 1885 à 28 ans et fut immédiatement envoyé au Tonkin, rejoignant le 3e régiment de tirailleurs tonkinois. Après trois ans passés au ministère de la Marine à Paris, il retourna en Indochine en 1892 comme aide de camp du général Albert Duchemin, commandant des troupes françaises.

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Compte tenu de son succès à Chanthaburi, Lanessan demanda plus directement que Pavie son avancement. Le capitaine Gérard parvint le 1er septembre 1894 au grade de chef de bataillon, une promotion sans précédent dans la mesure où elle n'était pas le résultat d'une action exceptionnelle au combat. Il fut le modèle d’un officier non seulement entraineur d’hommes mais administrateur diligent attentif aux différences ethniques et culturelles des peuples de notre Empire colonial. Tandis que Villiers végétait dans les maisons de plaisir de la Cochinchine, Gérard eut un destin brillant. En 1894, il devient chef d'état-major du général Gallieni à Madagascar. Celui-ci le prit en protection et le poussa aux plus hauts niveaux de la hiérarchie tout en lui reprochant d’être « trop absolu dans ses idées » et de « manquer de flexibilité ».

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Son appartenance maçonnique (tout comme Pavie. S’étaient-ils connus dans les loges ?) que nous signale Sablon du Corail ne fut bien évidemment pas inutile à son avancement. Promu général de brigade en 1909, général de corps d’armée en 1912 et général d’armée en 1916 : 1ère armée en 1916, puis 8e armée en 1917-1918 sur le front en Lorraine.

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C’est probablement son inflexibilité – militaire jusqu’au bout des ongles et non diplomate – qui lui interdit d’obtenir un bâton de Maréchal. Il fut tout de même élevé à la dignité exceptionnelle de Grand-croix de la Légion d’honneur le 16 mai 1917. Revenons à notre histoire.

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Après le départ du capitaine Gérard, la composition de la force d’occupation a été fluctuante et il fut impossible à Sablon du Corail de suivre avec précision les mouvements des unités. La présence de tout un bataillon de la Légion étrangère pour surveiller la frontière avec le Siam parut en tous cas vite superflu. Deux cents hommes furent alors renvoyés au Tonkin pour y compléter les quatre bataillons.

 

Les problèmes de santé habituels dans les unités européennes aux colonies furent évidemment inévitables. En juin 1894, le bataillon manquait d’hommes y compris quatre officiers malades. Lorsque le gouverneur de l'Indochine demanda au ministère de la guerre d’envoyer 235 hommes au Siam, celui-ci protesta en indiquant que lorsque ce bataillon avait été envoyé au Siam, il avait été convenu que son séjour en Extrême-Orient serait seulement temporaire… Un «  temporaire » de près de 12 ans.

 

Le ministère souhaita alors que les troupes d’occupation de Chanthaburi soient remplacées le plus rapidement possible par l’infanterie de marine. Le gouverneur général soutenu par le général commandant en chef fit remarquer que la présence de ces bataillons à pied au Siam était essentielle à la sécurité de la frontière et que, de plus, le budget de la colonie était si serré qu'il ne pouvait payer les frais de voyage des légionnaires.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Après d'âpres négociations interministérielles, le ministère de la Guerre envoya 280 hommes de secours en juillet 1894, mais cinq mois plus tard, deux des quatre compagnies du bataillon repartirent pour l'Algérie. Seuls 315 hommes et 4 officiers restèrent alors en Indochine, probablement une moitié à Chanthaburi et une moitié à Khone et à Stung-Treng. En 1897, la sécurité des frontières semblait suffisante pour que les deux dernières compagnies retournent à leurs régiments d'origine à la fin de l'année. La garnison de Chanthaburi fut réduite après le départ de la compagnie de légionnaires. Une compagnie de fusiliers annamites y restera en permanence, ainsi que, selon toute probabilité, une compagnie ou au moins une section du 11e Régiment d'infanterie de marine. Il prit le nom de 11e régiment d’Infanterie coloniale en 1900 et  comme toutes les autres unités marines, fut rattaché administrativement au ministère de la Guerre et à celui des Colonies. La composition de la garnison de Chanthaburi après septembre 1903 est mieux connue.

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Le 12e Régiment d'infanterie coloniale et un nouveau régiment de fusil annamite furent constitués, tous deux en poste en Cochinchine. La défense de Chanthaburi et son port de Paknam fut alors assurée par une compagnie du 12e Régiment d'infanterie coloniale et trois compagnies du 2e régiment de tirailleurs annamites, soit environ 700 hommes. Ils y restèrent jusqu'à l'évacuation de Chanthaburi et de Paknam les 5 et 8 janvier 1905, conformément à la convention franco-siamoise de février 1904. La garnison de Chanthaburi comptait à cette date entre 200 et 300 hommes, la plupart des fusiliers étant annamites. Ce n'est qu'au début de l'occupation, à partir de Septembre 1893 à novembre 1894, puis de nouveau de septembre 1903 à janvier 1905, lors des négociations sur la mise en œuvre de la convention franco-siamoise que la garnison dépassa ces chiffres.

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Le quotidien de la garnison.

 

Nous en savons malheureusement fort peu de choses. Gérard se plaignit du coût élevé des fournitures et de la main d'œuvre, ainsi que du fonctionnement spasmodique des lignes télégraphiques reliant Chanthaburi à Bangkok et Battambang, coupées un jour sur deux. Un bateau à vapeur reliait Chanthaburi à Bangkok une fois par semaine.  Les chemins de terre jusqu’à Bangkok, étaient impraticables en saison des pluies. Notons toutefois qu’un service postal fut organisé dont il subsiste quelques vestiges qui font le bonheur des philatélistes (13).

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Rien non plus sur les rapports entre les militaires et le Consulat ou sur leurs rapports avec le R.P. Marie-Joseph Cuaz qui fut chargé de la paroisse de Chanthaburi de 1886 à 1899. Il n’a pas écrit ses mémoires et les seuls œuvres que nous lui connaissions sont ses études sur la langue laotienne. Nous avons trace d’une épidémie de béribéri en 1902 qui est le signe de carences alimentaires (14).

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Ces quelques centaines d’hommes plus ou moins désœuvrés dans un bourg de 10.000 habitants tout au plus n’avaient pas fait vœu de chasteté, et on peut se demander  comment était organisé le repos du guerrier ? On peut penser que les Chinois de la ville ne les avaient pas vus arriver sans déplaisir. La documentation sur ce sujet est malheureusement inexistante. Pouvaient-ils trouver l’assouvissement de leur libido auprès de prostituées régulières, de prostituées clandestines, de pensionnaires des BMC s’ils existaient et auprès des congay ? Y eut-il des relations suivies avec des autochtones ? La généralisation des « BMC » surveillés par l’armée en Indochine lors de la guerre de 1945-1954 fut essentiellement destinée à mettre un frein aux maladies vénériennes. Qu’en fut-il à cette époque ? Ce fut - parait-il – Saint Louis qui organisa les premiers établissements destinés à l’assouvissement de la libido de ses Croisés non tant pour leur éviter le « mal d’amour » que pour les dissuader des rapports sodomites. Le Capitaine Gérard avait-il organisé des maisons closes pour ses troupes ou laissait-il ce soin aux Chinois de la ville ? (15). Des Français et des Annamites morts à Chanthaburi, combien le furent-ils de la vérole ou du béribéri ?

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Un désagrément de cette vie de garnison est évidemment à signaler, celui du climat qui ne frappe évidemment pas les Annamites mais les Français. La province est l’une des plus arrosée du Siam, la moyenne des précipitations annuelles y est de 3 mètres, deux fois plus qu’à Bangkok, un record qu’elle dispute d’ailleurs à la province de Ranong sur la côte ouest.

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Notons enfin, appréciable contrepartie, ils ont le « bénéfice de la double campagne » c’est-à-dire le droit à une retraite majorée alors qu’ils n’appartiennent pas à une unité combattante ce qui est signe – peut-être -  qu’ils se trouvent dans une zone à risques (16). Les chefs de corps (en l’occurrence le Capitaine) bénéficiaient en outre d’une « indemnité de cherté de vie » qui sera toutefois supprimée le 1er janvier 1904 (17).

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Les incidents « mineurs ».

 

Les archives analysées par Sablon du Corail n’en font pas mention, mais  nous en avons trouvé quelques vestiges : En 1896 : « les journaux du Tonkin signalent de graves désordres qui se sont produits, à Chantaboun et à Battanbang, entre les sociétés secrètes chinoises et annamites. Les autorités siamoises, perdant l'espoir de réprimer ce soulèvement, ont demandé aux Français de leur prêter assistance mais ceux-ci ont refusé d’intervenir ». Les incidents se sont produits en zone démilitarisée oú les Siamois ne peuvent pas intervenir. Nous ignorons la suite de cet incident qui n’avait rien de mineur (18).

 

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

Six ans plus tard, en 1902 « Au Siam d'après une dépêche de Bangkok, une contestation au sujet d'un terrain se serait élevée, à Klung, à 32 kilomètres au sud de Chantaboun, entre des Chinois et un missionnaire catholique. Le commandant français de Chantaboun aurait insisté pour faire expulser les Chinois. Le gouvernement siamois, de son côté, soutenait que le différend devait être tranché par les tribunaux civils. 150 soldats français auraient été envoyés » (19). Nous sommes à la pleine époque de la république anti cléricale et franc-maçonne. Dans les colonies, elle envoie l’armée au secours des curés qu’elle martyrise en France. Encore un incident mineur ?

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D’une façon plus générale si l’on en croit Isabelle Massieu qui écrit en 1901 : « Ils sont sans cesse sur le qui-vive, car on leur envoie des coups de fusil toutes les nuits, et le télégraphe est presque toujours coupé. Des bandes siamoises et chinoises les entourent et les menacent sans répit, et lorsqu'on se plaint à la cour de Bangkok, celle-ci se contente de répondre que ce ne sont que quelques pillards dont le gouvernement siamois ne peut être responsable » (20).

 

A suivre.

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NOTES

 

(1) Le nom de la ville – จันทบุรีทท – se transcrit officiellement par Chanthaburi, c’est l’orthographe que nous utiliserons même si on trouve Chantaburi, Chantaboun ou Chantaboon.

 

 (2) « The French Army and Siam, 1893–1914 » par Amable Sablon du Corail, traduit par Michael Smithies in Journal de la Siam Society, volume 99 de 2011.

 

(3) Voir notre article H16 - LA « MARCHE DU MÉKONG », UNE VICTOIRE DU CAPITAINE LUC ADAM DE VILLIERS SUR LES SIAMOIS EN JUILLET 1893.

(4) Nous savons simplement qu’ils étaient à la veille de la mobilisation du 1er août 1914 240  français, 146 hommes, 63 femmes et 31 enfants selon le Bangkok Siam Directory de 1914.

(5) U. Malpuech, « Historique de la province de Savannakhet » 1920.

 

(6) C’est ce qui ressort de la visite de Montigny  en 1858 : longuement cité par  Charles Meyniard, « Le second Empire en Indo-Chine (Siam, Cambodge, Annam) : l'ouverture de Siam au commerce et la convention du Cambodge », 1891. C’est l’opinion de Charles Lemire « Les cinq Pays de l'Indo-Chine française, l'établissement de Kouang-Tchéou, le Siam (leur situation économique) » 1899 ou encore d’Auguste Pavie « Exposé des travaux de la mission » 1901 et « Exposé des travaux de la mission - Atlas et cartes » 1903.

 

(7) Voir l’article « FRANCE ET SIAM » dans « La quinzaine », numéro de 1902.

 

(8) Article du colonel Edouard Diguet « Rôle de la France en Indochine » in Revue coloniale, 1907).

 

(9) Etienne Aymonier « Le Cambodge », 1904.

 

(10) Revue Coloniale de 1895.

 

(11) Elle apparait dans son dossier à la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur (dossier LH/1117/47)

http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/NOMS/nom_00.htm -

 

(12) Leurs noms apparaissent sur la plaque apposée sur le site du l’ancien camp (aujourd’hui camp Taksin) aux diligences de l’Ambassade de France : Capitaine François DUMESTRE, mort le 3 avril 1903 à 41 ans, engagé dans l’infanterie de marine à 19 ans, un ancien des campagnes du Tonkin ce qui lui avait valu la légion d’honneur en 1897, VASEL Maxime, LAUPRERE Philippe, MARCAULT Abraham, GRATADOUR Jean, GUERIN Pierre, CHAUVINAU, BERNARD Celestin, BLEE Elie, MANSENO Joseph, CAVILLAC Edmond, CASANOVA Antoine, BRINSARD Pierre, JOURDEN Etienne, ECOIFFIER Claude, MONNERET Jean, JACQUET Benjamin, BUAILLON Theodore, dont nous ignorons d’eux et plus encore des 83 soldats annamites dont nous ignorons même le nom. L’oublié bien injustement est le Lieutenant M.C. Jeanmaire, Saint-cyrien de la promotion 1881-1883, « mort à Chantaboun le 29 mai 1899 » ainsi que nous l’indique l’ « Annuaire de la Saint-cyrienne » de 1903, page 222. Il n’était évidemment pas à Chantaboun en excursion.

H17- L’OCCUPATION DE CHANTHABURI PAR LES FRANÇAIS, « UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE DU SIAM » (1893-1905) .

(13) « Les annales de philatélie », volume I, 1935, article « contribution à l’histoire postale de l’Indochine française » et un monumental article de J.Desrousseaux « BUREAUX de POSTE et CACHETS du LAOS (Première partie) » dans Philao de 1974, la revue de nos amis philatélistes Philippe Drillien et Jean-Michel Strobino que nous avons rencontrés à diverses reprises (numérisée http://aictpl2.pagesperso-orange.fr/cachets1.htm). Les militaires bénéficiaient depuis 1886 de la franchise postale à la condition que soit apposé sur leur correspondance la mention ou un cachet « corps expéditionnaire du Siam ».

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(14) « Étiologie et prophylaxie des maladies transmissibles » 1912.

 

(15) L’ouvrage de Michel Bodin de 2006 «  LE PLAISIR DU SOLDAT EN INDOCHINE (1945-1954) » est muet sur la période antérieure.

 

(16) Note ministérielle n° 31 du 1er février 1894, « Journal militaire officiel » de 1894.

 

(17) « Bulletin administratif du gouvernement général » d’avril 1904

 

(18) « La dépêche tunisienne » du 28 mai 1896.

 

(19) « Bulletin des congrégations » du 1er juin1902.

 

(20) Isabelle Massieu « Comment j’ai parcouru l’Indochine », 1901.

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commentaires

Jacky 03/01/2018 05:11

Merci pour cet article, mais aussi pour tous les autres que je lis régulièrement.
Je connais assez bien l'histoire de la Légion Etrangère, mais il m'avait échappé qu'un bataillon de marche de légionnaire avait stationné une courte période dans ce pays.
J'ai fait quelques recherches sur ce sujet et c'est vrai qu'on ne trouve pas grand chose.
Mais ce n'est qu'un court épisode dans l'aventure de la légion et assez peu marquant.
Je ne manquerai pas de suivre la suite de vos recherches s'il y en a sur ce sujet.
Bonne année.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 03/01/2018 23:21

Seul élément un peu précis : le bataillon de marche du Siam dépendait du 2ème régiment étranger, présentement basé à Nimes, sauf erreur de ma part

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 03/01/2018 08:25

Si vous avez des lumières sur le sujet, elles seront bienvenues; Toutes recherches furent vaines !

Bien cordiqlement

alan from the Moon 28/12/2017 04:43

Très bien. Article indispensable à lire par les farangs qui débarquent. merci !

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 28/12/2017 11:21

Merci de votre commentaire ....

Une suite est prévue pour l'année prochaine

Bien cordialement