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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 22:14
A 249- LA VIE DE CAMILLE NOTTON, L’ÉRUDIT CONSUL DE FRANCE AU SIAM IL Y A 100 ANS …VUE DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Nous avons rencontré nombre de ces personnages hauts en couleur, historiens, chercheurs, linguistes, archéologues, explorateurs ou visiteurs curieux mais souvent intrépides, missionnaires aussi, qui ont, avant que les Siamois ne s’y intéressent, visité le pays, décrit ses monuments, déchiffré son épigraphie, traduit ses manuscrits, analysé la langue, écrit sa grammaire et rédigé le premier dictionnaire thaï-français-anglais et latin.

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Nous avons aussi rencontré ces agents diplomatiques qui ont participé à la politique coloniale de la France – ne discutons pas du point de savoir si elle fut bonne ou mauvaise – choisis alors par la république le plus souvent sur le critère de solides études universitaires et de la connaissance de la langue du pays où ils étaient envoyés. Ils étaient le plus souvent d’une profonde érudition tel fut Camille Notton que nous avons côtoyé à diverses reprises. Mais le plus souvent, il ne nous reste d’eux, en dehors de leurs écrits, que ces photographies où ils posent de manière avantageuse, moustache, barbichette et bésicles, l’uniforme des notables de la troisième république, de préférence médailles pendantes, mais tout un aspect de leur existence siamoise nous échappe. Nous avons, il est vrai, rencontré Raphaël Réau qui exerça ses activités consulaires au Siam de 1894 à 1900, au travers de ses correspondances personnelles publiées par son petit-fils en 2013 (1). Ses courriers sont loin d’être sans intérêt, le personnage est intéressant, curieux et érudit lui aussi. Mais nous y trouvons deux aspects qui nous disconviennent : du haut de sa jeune mais incontestable suffisance, il arrive au Siam à 22 ans, il pérore volontiers à grand coups de « faut qu’on » et de « n’y a qu’à » sur la manière de conquérir le Siam sans verser une goutte de sang.

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Par ailleurs quelques révélations sur les façons utilisées par les agences consulaires pour améliorer leur ordinaire qu’ils considèrent comme insuffisant nous laissent rêveurs. Qu’on le veuille ou non, recevoir des « cadeaux » des Chinois de Bangkok (sous-entendu des triades) pour inscrire massivement leurs compatriotes sur la liste de nos protégés, cela portait un nom dans le code pénal même en 1894. Laissons-le reposer en paix, tout cela bénéficie d’une très large prescription.

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Tel ne vas pas apparaître Camille Notton dont nous avons découvert « la vie siamoise cachée » grâce à Madame Christine Peyraud. Celle-ci, née à Limoges, est titulaire du diplôme de l'Ecole nationale supérieure des bibliothèques et a exercé en bibliothèque universitaire et en bibliothèque départementale. Chevalier des arts et lettres, présentement à la retraite, elle a rédigé divers articles pour la revue des Amis du Vieux Confolens. Elle a aussi publié en 2017 « Adèle Barrucand : Une Savoyarde dans l'action sociale, 1939-1945 », ouvrage consacré à l'activité sociale de sa grand-mère savoyarde, pendant la deuxième guerre mondiale et dans le cadre de l'accueil des déportés et prisonniers rapatriés par la Suisse.

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Notton était un ami de son grand-père. Après avoir découvert une volumineuse correspondance de Notton dans les archives familiales, elle a souhaité en savoir plus sur ce personnage et, de découvertes en découvertes, nous a livré cette étude publiée dans le n° 124/125, décembre 2014, de « Les amis du vieux Confolens; archéologie, ethnologie et histoire du Confolentais »,  p. 63 à 103. Nous la publions avec son autorisation et celle de Mr Louis Quériaud, président et directeur de publication de la revue, également Chevalier des arts et lettres et grand érudit limousin. « Il a donné ses lettres de noblesse au patois limousin » en publiant en 2012 une thèse de lettres sur le sujet « Littérature orale occitane: édition d'un corpus de contes de l'est du Confolentais».

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Nous allons découvrir en Notton un érudit, fils d’un instituteur de la république mais de souche incontestablement rurale qui conservera toujours des liens avec sa région natale où il reviendra finir ses jours, il y conserve ses amitiés, s’intéresse à la politique locale, à la vie de sa famille, en parle le patois : gageons si nous avions pu l’entendre parler qu’il avait conservé une pointe de son accent limousin qui est d’oc : Une pointe d'accent très légère, quelque chose d'un peu plus chantant dans le rythme de la phrase est agréable, de même qu'une pointe d'ail imperceptible qui ne se sent pas, mais seulement se devine est un attrait de plus dans certains plats, tels l’emblématique lièvre en cabessal

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C’est d’ailleurs dans son Limousin qu’il reviendra finir ses jours après avoir laissé les cendres de son épouse siamoise à Bangkok.

De ses souches rurales, nous trouvons trace dans sa dilection marquées pour la chasse et le pèche. Il reçoit peut-être le Journal officiel, il ne nous en parle pas, mais La pèche illustrée qui est à l’époque la bible des disciples de Saint Pierre.

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Chasseur aussi, il chasse le lièvre et aussi la bécassine, l’une des chasses les plus difficiles, il n’en a pas appris les secrets à l’Ecole des Hautes études. En tous cas, grand chasseur devant l’éternel, oui, Tartarin, jamais. Quel chasseur peut en dire autant ?

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La grande guerre fut évidemment une triste parenthèse. Il participe en 1915 à la sanglante offensive de l’Artois. Sa participation lui valut la croix de guerre. Nous ne trouvons aucune trace de ce passage obligé autre que le souhait de voir la fin de ces épreuves.

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Ses activités administratives consulaires ? Il n’en parle pas, voilà bien un motif d’étonnement : Ses tâches administratives à Chiang Maï devaient être lourdes ayant en charge non seulement nos nationaux, qui devaient se compter sur les doigts d’une main à Chiang Maï à cette époque, mais aussi des « protégés » (Laos, Viets, Cambodgiens) en nombre indéterminé, probablement quelques milliers ? Peut-être considérait-t-il, à l’inverse du jeune Réau que, même dans ses correspondances personnelles, il restait astreinte à l’obligation de réserve ? Nous ne trouvons toutefois pas trace dans la presse siamoise de l’époque de critique sur cette gestion, certains consulats français étaient devenus des usines à délivrer des certificats de protection de complaisance. Elles reposent dans les Archives consulaires de Nantes qui ne nous sont pas accessibles. Elles lui valurent en tous cas la Légion d’honneur en 1926 au titre du ministère des affaires étrangères.

 

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Ses activités consulaires qui sont son gagne-pain ne lui procurent pas la richesse d’autant qu’il ne se livre pas à ces activités plus ou moins parallèles auxquelles se livrait le jeune Réau. Bien au contraire, nous trouvons trace de quelques gènes financières, certaines dues à un change défavorable, d’autres pour trouver des fonds nécessaires à l’édition d’un « petit vocabulaire » (?) ou, plus prosaïquement, regret de ne pouvoir s’offrir une bécasse proposée par un « croquant » qui lui en demandait un prix excessif. Il s’excuse lorsqu’il utilise le papier à lettre du Consulat,  timbre lui-même ses correspondances sans passer par le circuit consulaire, envoie ses colis de thé par la poste locale sans bénéficier de la « valise », un consul scrupuleux qui ne devait pas avoir de compte à Singapour ?

 

La maison dans laquelle il mourut est une bien modeste maison de village dans un hameau limousin.

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Son œuvre littéraire érudite est immense. Il a en particulier déniché dans des temples de vœux manuscrits sur feuilles de latanier, les a déchiffré et traduit. Il a appris le Chinois et le Siamois, connait le siamois archaïque mais traduit aussi ces textes écrits dans le langage traditionnel et archaïque du Lanna, le Yuon, qui ne ressemble que de très loin au Siamois classique. Elle fit sa gloire mais certainement pas sa richesse. Les articles publiés dans Toung Pao, le Journal de la Siam society ou le Bulletin de l’école français d’Extrême-Orient ne font pas la fortune de leurs auteurs.

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Il en fut probablement de même de ses ouvrages imprimés entre 1909 et 1960 pour ceux déposés à la Bibliothèque Nationale dont le tirage ne dut probablement jamais dépasser quelques centaines d’exemplaires.

 

Remercions Madame Peyraud de nous avoir fait connaître un aspect méconnu de cet immense érudit, agent consulaire scrupuleux, linguiste de haut niveau, bon père de famille, grand chasseur et grand pécheur, buveur de cognac et amateur de bécasses.

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Nous laissons la parole, ou plutôt la plume, à Madame Peyraud : Vous comprendrez rapidement le titre évocateur de son article :

 

 

« DU TILLEUL DE BRILLAC CONTRE DU THÉ DE CHIANG-MAÏ ».

A 249- LA VIE DE CAMILLE NOTTON, L’ÉRUDIT CONSUL DE FRANCE AU SIAM IL Y A 100 ANS …VUE DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Bangkok, 27 décembre 1908.

 

« Cher monsieur,

 

Je vous engage vivement à venir chasser dans ce pays, où rien ne manque en fait de gibier, et des plus belles pièces ! Il y a du tigre partout, et aussi du lièvre. Je vous envoie mes souhaits de bonne année, pour vous et votre famille et mes hommages à Madame Peyraud.

 

Votre bien cordialement dévoué. » Camille Notton

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Cette carte postale fait partie d'un lot de correspondances reçues par mon grand-père, Marie Henry Joseph Edme Peyraud (1873-1939) dit Henry, entre 1908 et 1923.

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Certains courriers portent l'en-tête du Consulat de France à Chiang-Maï. Cette ville portait à l'époque le nom de Xieng-Maï (Chiang-Mai est une ville située au nord-ouest du Siam (actuelle Thaïlande).C'est la capitale du Lanna, région où l'on parlait le Yuon, comme au Laos).

                                   

Camille Notton évoque parfois des  échanges de tilleul de Brillac contre du  thé de Chiang-Maï, des envois de cognac…de Cognac :

 

Bangkok, 22 décembre 1910,

 

« …vous seriez bien gentil de me donner l'adresse de M. Léger ou d'un cognassier (sic) qui puisse me faire l'envoi de bouteilles du cognac que je connais si bien, et au même prix que précédemment. Votre tout dévoué, Camille Notton.

Si vous pouvez me faire cet envoi, mille remerciements d'avance. »

 

Bangkok, 22 mai 1911,

 

« Cher ami,

J'ai bien reçu et en excellent état mon cognac. Merci encore une fois pour tout le dérangement que vous avez pris dans cette circonstance. »

 

 

Bangkok, 1911,

 

« Dites-moi quand il faudra vous envoyer du thé »

 

Bangkok, 13 septembre 1911,

 

« Mon cher ami,

Je vous ai envoyé dernièrement du thé. Il y en a pour mon frère, le vôtre et vous ».

 

Bangkok, 25 novembre 1911,

 

« Envoyez moi du tilleul, et merci d'avance, il est exquis »

(Ce tilleul donnait effectivement une tisane très parfumée jusqu'à il y a quelques années, malgré les ravages du temps).

 

Oubone, le 16 février 1912,

 

« Merci de m'avoir envoyé le tilleul directement….avez-vous mis le tilleul dans une boîte zinguée et fermée ? Sinon les crocos du Mékong en auront goûté… »

 

Xieng Maï, 4 septembre 1912,

 

« Je vais recevoir sous peu votre colis de tilleul, mais je n'ai pas encore fini celui de 1911 que vous m'avez envoyé. Je regrette de ne pas avoir trouvé de bon thé à Xieng Maï où l'on ne consomme qu'un produit de tout à fait basse qualité. Ce sera pour mon retour en France, et je vous apporterai si possible du Nuoc Man ou de la saumure annamite. Je ne vous dis que cela de l'arôme et du goût de revenez-y ».

 

Bangkok, 6 novembre 1912,

 

« …je vous remercie vivement de m'avoir envoyé du tilleul si appréciable dans ce pays… »

 

Camp de la Courtine, 4 avril 1915,

 

« Cher ami, mille remerciements pour votre envoi de thé à Basile ».

 

Xieng Maï, 30 novembre 1918,

 

« …je n'ai pas encore reçu le colis de tilleul que vous avez eu la bonté de m'envoyer, mais je ne désespère pas, car les courriers vont maintenant devenir plus réguliers sans aucun doute, et nous n'allons plus être privés de colis postaux. »

 

Xieng Maï, 6 mars 1920,

 

« Je crois vous avoir dit dans ma précédente lettre que j'avais bien reçu l'excellent tilleul que vous avez pris soin de m'envoyer. Mille remerciements à vous et aussi à Madame Peyraud et je ne saurais vous dire tout le secours que m'apporte cette délicieuse boisson. J'ai fait une tournée en janvier et février derniers dans ma circonscription, et j'ai trouvé un grand réconfort d'avoir du tilleul chaque soir. J'avais emporté deux boîtes, et mon boy qui n'a pas de tête vient un soir me dire qu'il n'y en avait plus, que la boîte entamée était achevée. J'aurais mangé sa tête, vous auriez entendu ce vacarme!...Je regrette beaucoup que vous m'ayez pas reçu le thé que je vous ai envoyé… »

 

Xieng Maï, 2 novembre 1920,

 

« Si j'ai le bonheur de jouir d'un congé au printemps prochain je ne manquerai pas de vous apporter des masses de thé… »

 

Xieng Maï, le 22 avril 1922,

 

« Je mets aujourd'hui à la poste à votre adresse un colis renfermant trois sachets de thé, et j'espère bien que cet envoi vous parviendra, mettant pour cela, selon l'usage, deux mois et demi, ni guère plus, ni guère moins. Je ne saurais vous dire si ce thé est bon, et en tout cas c'est ce que nous trouvons de mieux à Xieng Maï…ne m'envoyez pas de tilleul je vous prie, il m'en reste beaucoup de votre précédent envoi. »

 

Les courriers sont envoyés de plusieurs villes du Siam (actuelle Thaïlande) mais aussi du front pendant la guerre de 1914-1918; outre le tilleul et le cognac, leur auteur apprécie la pêche et la chasse (défauts qu'il a en commun avec mon grand-père, qui les a transmis à sa descendance…), il a aussi de la famille et d'autres amis à Brillac (en particulier la famille Villéger, famille de sa mère). Il évoque les conditions dans lesquelles se passe son séjour au Siam, ainsi que le rôle qu'il joue dans la vie de ce pays.            

                          

Il semble être un ami sincère de mon grand-père, qui, entouré de son épouse Louise (Anne Louise Ladégaillerie, 1880-1967), de sa fille Anne-Marie (Marguerite Anne-Marie (1905-1980) puis de son fils, Jean-Marie (Joseph Jean-Marie 1918-1995), mon père, l’accueillait régulièrement à Brillac dans la maison de famille.

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Vue aérienne de la maison de famille d'Henri Peyraud (collection privée)

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Cadastre 1825 (Archives départementales de la Charente) : Les Cartières, maison de famille de Henry Peyraud

Le patronyme « Notton » évoque des souvenirs d'enfance : Je me souviens en effet d’avoir souvent franchi la porte de l'épicerie  de Madame Notton, située dans l’ancienne rue de la Mairie, actuellement au 3 rue du Couvent, à Brillac. Nous, les enfants, y achetions des « Pochettes  Surprises» et surtout des caramels à un franc. J’entends encore le tintement qui résonnait lorsque nous poussions la porte…

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3 rue du Couvent à Brillac

C’est ici qu’intervient la communauté des généalogistes dont je fais partie : je lance une recherche et voilà : J'ai pu prendre contact avec l'arrière-petite-fille de Camille Notton, qui vit en Grèce, et elle me donna de précieuses informations. Elle me transmit les photos d'identité de Camille Notton et de son épouse, prises vers 1940.

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Elle m'apprit que les documents concernant son ancêtre sont conservés par son oncle que je contacte et avec qui commence un long échange d'informations par le biais d'Internet : nous échangeons les documents et les informations que nous possédons, ainsi que ceux que nous découvrons. Lors de notre rencontre, il me transmet une pleine valise de documents : tapuscrits, manuscrits, cahiers de notes, qui proviennent de son grand père. Ces documents sont essentiellement des traductions de textes siamois, activité dont nous parlerons plus loin. Après inventaire, il semble à plusieurs membres de l'Ecole Française d'Extrême Orient que ces documents soient inédits.

 

Camille Eugène Basile Notton dit Camille, est né le 18 juillet 1881 au Peyrat de Bellac, il est décédé le 25 janvier 1961 à Saint Sornin La Marche, en Haute Vienne. Il est le fils cadet de Jean Baptiste Notton, instituteur (8 novembre 1844 - avril 1909,) qui épousa Jeanne Villéger (20 octobre 1845-23 mai 1903) en 1872 à Brillac, commune de naissance de la mariée.

 

Jean-Baptiste Notton son père est décédé à Brillac où se trouve sa sépulture ainsi que celle de son épouse. Il est inhumé dans la concession acquise en 1909 par son fils ainé Basile.

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La sœur ainée de Camille Notton, Rose-Eugénie Notton, décédée à l'âge de 15 ans (27 décembre 1873-février 1889), est elle aussi inhumée à Brillac. Son frère ainé, Jean-Baptiste Jules Basile dit « Basile » Notton, est né à Brillac  le 16 avril 1876.

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Il épousa  Anna Aline Blond, dite "Aline"(1889-1976), elle était veuve de guerre, son premier époux,  François Ravoir (1887-1915) étant mort de la typhoïde sur le  front. Elle avait une fille née de ce premier mariage : Suzanne Marie Ravoir. Elle eut un fils, Jean (1917-1982), de son mariage avec Basile Notton. Suzanne Marie Ravoir épousa Marcel "Albert" Gesson dont elle eut deux fils : Jean-Luc (l'ainé) et Alain. J'ai pu contacter ce dernier toujours par l'intermédiaire des généalogistes. Elle fut receveuse des postes à Brillac entre 1956 et 1967.

 

C'est chez Aline Notton que nous allions acheter de fameuses confiseries.

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Basile Notton et son épouse Anna-Aline dite Aline

 

On trouve dans les correspondances reçues par mon grand-père quelques courriers émanant de Basile Notton et provenant de Turquie, de Syrie, de Russie….., ainsi que du front pendant la guerre de 1914-1918.

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Après avoir été élève de l'Ecole industrielle de Saumur entre 1892 et 1895, il participa en tant que dessinateur à la construction de lignes de chemin de fer en Indochine, en Italie, en Espagne, en Grèce... (Journal officiel de Madagascar et dépendances -Imprimerie nationale (Tananarive)-1911 : Par arrêté du 24 août 1911, M. Notton (Jean-Baptiste-Jules-Basile) a été nommé conducteur de 4* classe du cadre auxiliaire, à la solde annuelle de 6.000 francs (solde d’Europe : 3.000 Fr.)

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Mobilisé en 1914, il fut affecté en 1915 aux Forges Nationales de La Chaussade à Guérigny (Nièvre)

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Le 5 février 1915,

 

« Mon cher Henri,

 

Reçu votre carte qui m'annonce la mort de votre Belle-mère (Marie Dupic (1860-1915) veuve de Jean Ladégaillerie (1860-1913), croyez à mon regret de n'avoir pu vous assister dans votre peine et ayez l'amabilité de présenter à Madame Peyraud l'expression de ma douleur au sujet du malheur qui la frappe. Je viens de voir Poiraton qui vous souhaite le bonjour, il dit que vous êtes un bien bon homme, il se plaint d'être fatigué. J'ai vu ce matin Alexandre Thibaud (Alexandre Thibaud, disparu) qui a reçu des nouvelles de votre frère il y a quelques jours…Il y a une dizaine de jours nous avons été canardés dans une ferme, il y a eu un tué, Faubert (Pierre Faubert, mort pour la France) briquetier à Lesterps et plusieurs blessés. Il fait un temps magnifique et les avions circulent. Plus de nouvelles de notre relève, je crois bien que nous y sommes pour longtemps. Je vous serre affectueusement la main ». Basile.

 

Basile Notton créa en 1920 un bureau de géomètre expert. Il obtint un diplôme du Concours Lépine en 1933 pour l'invention d'un tachéographe (Le Tachéographe est un appareil de visée utilisé dans la levée des cartes et plans). Il est décédé le 1° novembre 1969 à Roullet Saint Estèphe et fut inhumé à Brillac dans la concession acquise le 15 avril 1909, lors du décés de son père Jean-Baptiste.

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Camille Notton, étudiant à Paris

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Camille Notton en 1911

Camille Notton a épousé à Bangkok Mae Louk in Mang Chan Lern (1891-1948)

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Madame Notton et sa fille ainée Rose By.

Camille et Mae Louk in Notton eurent trois enfants :

Rose By Notton (Bangkok 1912-Villeneuve la Garenne 2006), qui a eu deux enfants.

Jean-Baptiste Tavy Notton, artiste graveur renommé (Bangkok 1914- Tournai en Brie 1977), qui a eu un enfant.

Jeannette Notton, née à Xieng Maï en 1917, décédée vers 1998, qui a eu un fils.                                 

                               

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Madame Notton, sa fille Rose et son fils Tavy cette photo peut dater de 1914, compte tenu de la date de naissance de Tavy Notton)

 

 

Note au dos de cette photo : « Mes enfants et leur mère. (signé) Camille Notton. à remettre à Mr. Chabant Frédéric, Chancelier de la Légation de France. Bangkok. Siam. ».

 

 

En 1905, il faisait son service militaire à Nancy, à la 12° compagnie du 79 ° de ligne à Nancy, d’où il écrivit à son père  Jean-Baptiste au mois d'août.

 

Après avoir fait son droit à Paris puis étudié à l'Ecole pratique des hautes études (Annuaires de l'Ecole pratique des hautes études : Camille Notton y figure en 1905 et 1906) et avoir appris le chinois et le siamois (Cf. « Note sur Camille Notton », par François Lagirarde, à l’occasion de la réédition en 2002 de la Chronique de Suvanna Khamdaeng, traduite par Camille Notton), il est nommé en 1906 élève interprète à l’Ambassade de France à Bangkok(Annuaire diplomatique et consulaire de la République française, 1906). Nous pouvons suivre une partie de sa carrière de diplomate grace aux correspondances reçues par mon grand père, complétées par les différents répertoires qui recensent les représentants de la France à l'étranger.

 

Il n'oublie pas ses origines limousines :

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« Ecole limousine félibréenne (Brive) 1905.

 

Il vient de se fonder à Paris une nouvelle société Amicale, La Limousine, qui doit grouper en son sein les originaires des départements de la Corrèze, de la Creuse, et de la Haute Vienne; elle se propose de resserrer davantage les liens qui unissent les limousins à Paris et d'organiser des réunions fréquentes et périodiques. Le Comité comprend MM Beissat, Gaston Berger, docteur Bernard, docteur Bertrand, E. Boileau, docteur Bissou, Flavien Bonnet, Brandeis, docteur Chaussat, A. Despaux, Louis Dumas, Fournier, Jaugeas, Pierre Jouhannaud, René Jouhanneaud, Henry de Jouvenel, G. Lacourière, Laffargue, Lamarguerite, Malaud, Mallet, docteur Manet, docteur Marquet, Murât, Camille Notton, docteur Pécharmant, Peyrusson, Pierre Plaignaud, docteur Poitevin, docteur Ribierre, docteur Rollin, Vaïsse, docteur Vignaud ».(Revue Limouzi, 1905, p.212. Bibliothèque numérique Gallica, Bibliothèque nationale de France.)

 

On trouve par ailleurs dans les manuscrits qui nous sont parvenus des listes d'expressions limousines ou de dictons transcrits par Camille Notton : pôtu : maladroit, gadrot : fille qui court après les garçons, le rat luron : le lérot, « Quand on voit un serpent, il ne faut jamais couper en travers mais suivre le sillon tout du long » (j'ai moi aussi souvent entendu ce conseil, s'appliquant au « sanguiar », grande couleuvre verte qui, sinon, s'enroulait autour des jambes et finissait par étrangler l'imprudent).

 

En 1909 et 1910, il figure parmi les sociétaires de la Société archéologique de Bellac, il est identifié comme élève-consul à Bangkok.

 

En 1911, il était aussi à Bangkok :

 

« Le dernier numéro du Journal of the Siam Society (Vol VII, Part.3) publié en mai 1911, à Bangkok, renferme la traduction par M. Camille Notton des Lettres du Roi de Siam à sa Fille, la princesse Nibbà Nabhatala, racontant le voyage de S.M. Chulalongkorn en France en 1907 » (Le journal des scavants, 1911)

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La reine de Siam, portrait paru dans « Fémina » en 1907

 

 

J'ai par ailleurs trouvé dans les papiers de Henri Peyraud un tiré à part extrait de  la revue T'oung Pao relatant les fêtes du jubilée du roi de Siam, Chulalongkorn ou Rama V, qui décéda en 1910 après un règne long de plus de 42 ans (1868-1910).

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On peut imaginer dans quel contexte il exerce ses fonctions en lisant les cartes postales qu’il adressa à Monsieur Victor Collin de Plancy : Victor Collin de Plancy (1853-1924) avait 28 ans de plus que Camille Notton,  comme lui il avait été élève à l'Ecole des Langues Orientales vivantes puis avait eu une longue carrière de diplomate en Extrême-Orient. Il enrichit le fonds d'œuvres d'art extrême oriental du Musée Guimet et Camille Notton contribua à ce travail, ainsi que le montre le courrier du 1° mars 1921  : « Monsieur le Ministre, j'ai fait une collection de céramiques peut-être importante, parmi, un Sawankhalok, pièce unique par ses dimensions, mais sans aucun caractères chinois » (Ces céramiques ont été produites dans le Royaume du Lanna (devenu Chaing Maï) à partir du XIV° siècle).

 

Ces cartes figurent dans le fonds numérisé de la Médiathèque de l’agglomération troyenne (fonds Collin de Plancy) et furent un temps accessibles sur le site « Gallica » de la Bibliothèque Nationale de France. On peut supposer que Camille Notton a fait la connaissance de Victor Collin de Plancy alors que celui-ci était ministre plénipotentiaire de France  en Corée (de 1901 à 1906) et que leurs relations ont perduré après que Collin de Plancy a pris sa retraite en 1907.

 

Les courriers adressés par Camille Notton à Victor Collin de Plancy ont parfois un ton désinvolte que seules peuvent expliquer des relations amicales établies entre 2 amoureux de l'Extrême Orient. C'est grâce à l'une de ces cartes postales que l'on sait que Camille Notton se trouvait déjà à Bangkok en 1908 :

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Cette carte a été envoyée de Bangkok le 24 juillet 1908 par Camille Notton, la photo est prise sur l'escalier de l'Ambassade de France, la légende écrite de sa main indique : « M. Laydecker (à la justice), M. Frayose, Sté Benaleneq., M. Pradère - Niquet (à la justice), M. Massol. (Monot C), 1: M. de Margerie, Ministre, 2: M. Osmin Laporte, Consul, 3: M. Petithuguenin, 1er Interprète, 4: M. Notton, Elève-interprète, 5: Dr. Pin, médecin de la Légation, 6: M. Miel, juge ».  Au verso : « Bangkok, le 24 Juillet 1908. Monsieur le Ministre, Si les protégés ont montré un peu moins d'empressement que l'année dernière, à la fête du 14 juillet, par contre, le Traité a eu cette conséquence heureuse que quelques Français sont venus grossir le nombre de notre colonie, comme le montre cette carte que je me fais un plaisir de vous adresser. Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de mes sentiments très respectueusement dévoués. Camille Notton ».

 

(Les personnes d'origine asiatique nées sur un territoire soumis à la domination directe de la France auront droit à la protection française : art. 11 de la convention du 13-02-1904. Par ailleurs, Victor Collin de Plancy est ministre plénipotentiaire du Siam, représentant le Président de la République lors de la signature du traité franco-siamois du 13 mars 1907 délimitant les nouvelles frontières du Siam à la suite d'un échange de territoires effectués entre la France et le Siam. Ce traité s'applique à tous les asiatiques, sujets et protégés français).

 

Les correspondances adressées à Victor Collin de Plancy ne manquent parfois pas d'humour, ainsi cette carte datée du 3 décembre 1908:  « Monsieur le Ministre, j'ai l'honneur de vous adresser à l'occasion du nouvel an, tous mes vœux les meilleurs de bonne santé. Comme j'habite au Siam, le pays des rêves, pardonnez-moi si je n'ai pas encore répondu à votre aimable lettre. Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l'assurance de mes sentiments les plus dévoués. Camille Notton. »

 

Dans le fonds de la médiathèque de l'agglomération troyenne figure aussi une carte envoyée de Brillac le 30 décembre 1909 : « Monsieur le Ministre, recevez mes meilleurs vœux de bonne année et de bonne santé. J'ai envoyé dernièrement ma traduction au Ministère. Votre très respectueusement dévoué, Camille Notton ». Ce courrier fait allusion au travail de traduction et d'édition de manuscrits anciens écrits sur des feuilles de latanier, une sorte de palmier. A noter que le fonds iconographique dont il est question n'est plus accessible actuellement.

 

C’est peu après l’envoi de ce courrier à Victor Collin de Plancy que Camille Notton adresse à mon grand-père Henri Peyraud, le 27 décembre 1908, une carte postale venant de Bangkok (citée en début d’article) et dont le ton témoigne d'une amitié débutante.

 

« Cher monsieur,

Je vous engage vivement à venir chasser dans ce pays, où rien ne manque en fait de gibier, et des plus belles pièces……. »

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Les lettres envoyées par Camille Notton à Henri Peyraud jusqu'en 1923 permettent de suivre ses pérégrinations au Siam, sa participation à la première guerre mondiale, son travail de recherche, de traduction et de publication de manuscrits littéraires en langue Yuon (La langue du nord-ouest du Siam : le Lanna), etc….

 

Le 25 novembre 1911,

 

« J'ai reçu hier la nouvelle que j'étais nommé à la gérance du Consulat d'Oubone. Je partirai via Saigon et le Mékong fin janvier….les lettres mettent 6 semaines pour Oubone, venues de France ».

 

Le 17 octobre 1912 il est à Saigon et indique qu'il a « quitté Oubone le 28 septembre ».

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Le 4 septembre 1913 il était à Chiang  Maï d'où il envoie la carte postale ci-dessus.

 

 

Chiang Mai (Le nom actuel de la ville est bien « Chiang Mai ») ou Xieng Mai est située au Nord du Siam, proche de la frontière de la Birmanie.

 

Les Archives diplomatiques de 1913 signalent que : « par décret du 28 octobre, Camille Notton, interprète faisant fonctions d'élève interprète à Xieng Mai, a été inscrit dans le cadre des chanceliers (pour prendre rang du 25 avril 1913), et chargé des fonctions de son grade à la légation de Bangkok ». Il est alors nommé interprète de 3° classe.Au début de 1914, l'Annuaire général de l'Indochine française le signale comme gérant du vice-consulat de France à Chiang-Maï.                                                                                                                         

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Au centre, Camille Notton, photo prise en 1914 à Chiang Mai. Sa maison serait l' ancienne légation de France à Chiang Maï ou bien, selon les informations recueillies par M. Louis Gabaude à Chiang-Maï, la maison serait l'ancien presbytère de Chiang-Maï.

 

 

Mobilisé en 1914, Camille Notton était mitrailleur d'abord au 138° régiment d'infanterie, groupe B. puis  au 263° régiment, Compagnie de mitrailleurs de la 123° brigade. En 1915, ce régiment participa à l'offensive d'Artois.

 

Bellac, le 31 Décembre 1914,

 

« Mon cher ami,

 

Je pense que cette carte vous trouvera à Brillac où, plus heureux que moi, vous aurez sans doute pu vous trouver pour le 1° de l'an. Je la charge de vous apporter mes meilleurs vœux de bonne année, pour vous et les vôtres, et que cette horrible guerre se termine bientôt pour que vous puissiez retrouver vos occupations habituelles et surtout votre intimité de la famille.

 

Ayez l'amabilité de présenter mes meilleurs hommages à Madame Peyraud et mes amitiés à Mademoiselle Anne-Marie. Votre cordialement dévoué. Camille Notton, 25 ° Cie 138° de ligne. Bellac. »

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Le même jour, Camille Notton envoie la même carte à son frère Basile, il y indique  : « la photo ci jointe est assez mal faite. Je suis au deuxième plan, assez méconnaissable grace à ma barbe que j'ai laissé pousser ».

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Carte adressée à « Monsieur Henri Peyraud, Caporal Infirmier, 90° territorial, Roumazières (Charente)  Camp de la Courtine :

                                                                                    

4 avril 1915,

 

« Cher ami, Mille remerciements pour votre envoi de thé à Basile, qui en a été si heureux. J'espère que vous êtes bien installé à Roumazières. Je suis arrivé ici hier et le paysage ne manque pas de pittoresque. Les genêts ne manquent pas non plus, ainsi que les soldats de toutes armes. Mon amitié à tous à Brillac quand vous irez en permission. Bien cordialement, Camille Notton. »

 

(Henry Peyraud fut « réintégré au foyer familial » début avril 1915, pour raisons de santé. Il demanda ensuite à être réintégré comme caporal infirmier, il exerça ces responsabilités à Roumazières, Bellac, Le Dorat,  Magnac-Laval, Confolens (cf lettre de l'abbé Pascail, curé de Chardat).

 

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En haut à droite, Henri Peyraud, 90° RI.

 

 

Le 16 juin 1915,

 

Mon cher ami,

 

« J'ai reçu hier soir avec beaucoup de plaisir votre carte et j'ai été très touché du grand intérêt que vous continuez à me porter. J'ai été aussi heureux d'apprendre que tout allait bien au pays, (Camille Notton semble donc considérer Brillac comme son "Pays") et je souhaite vivement que vous soyez tous en bonne santé. Que vous dirais-je au sujet de ma situation?

 

Jusqu'ici, je n'ai eu qu'à me féliciter des conditions de mon existence. "Karl", le voisin d' en face, ne nous épargne pas ses munitions et il y a toujours malheureusement quelqu'un qui écope. Cette nuit, un pionnier a été tué et un autre blessé, devant la tranchée de 1° ligne où ils étaient allés poser des fils de fer et enfoncer des piquets. J'ai rencontré ce matin, étant au repos, le petit Sauvin (Marcel Sauvin a été tué sur le front de la Somme en 1916) du Teillou (Le Teillou est un hameau situé sur la commune de Brillac).

 

Il est en excellente santé. Je ne connais pas d'autre compatriote ici. Mes amitiés à votre famille et à votre frère. Soyez assez bon pour donner de mes nouvelles à mes tantes (Julie, Marie et Marguerite Villéger, de Brillac) et donnez-moi des vôtres le plus souvent possible. Bien cordialement vôtre.Camille Notton ».

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Fin 1915, Camille Notton était encore au front :

            

Courrier adressé le 31 décembre 1915 depuis le front à Monsieur Victor Collin, (provenant du Fonds numérisé de la Médiathèque de Troyes) Ministre plénipotentiaire, Bureau 15, boîte n° 10, Paris XV° - Expéditeur : Notton; régiment 263; Compagnie de mitrailleurs de la 123° brigade; secteur postal n° 86 :

 

Le 31 décembre 1915,

 

« Monsieur le Ministre, j'ai bien reçu ce mois-ci votre bonne lettre qui m'a apporté tant de réconfort et je vous garde une vive reconnaissance pour ne pas m'avoir oublié au milieu d'un pareil bouleversement. Aussi ne voudrais-je à aucun prix laisser se terminer cette triste année sans vous apporter mes vœux pour celle qui s'ouvre. Si ce que je désire ardemment se réalise, comme il arrive de nos vœux les plus chers, vous aurez bientôt le bonheur de voir survenir le pays, et avec lui la fin des souffrances que vous endurez. Enfin, vous jouirez encore pendant de longues, longues années d'un repos bien mérité avec une santé parfaite.

Votre respectueusement dévoué. Camille Notton. »

 

En 1916 il fut appelé à assurer la représentation de la France au Siam (… qui entra en guerre en 1917 aux côtés de la France et de ses alliés).

 

The Straits Times du 6 mars 1916, page 8, indique dans sa rubrique concernant les mouvements de personnes : « Mr. Camille Notton, Vice-consul de France à Chieng-Mai, Nord-Siam, qui arriva de France par « Le Polynésien », est reparti Samedi pour Bangkok par le vapeur Katong. Mr. Notton, qui a dû comme quelques autres reprendre ses fonctions au Siam, fut longtemps au front, dans la région de Roye et Lassigny ».

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En 1918, il réside à Chiang Maï d'où il écrit à son frère : « Je travaille toujours ferme à mes chroniques de l'ancien temps…Ma maison est près d'être achevée, peut-être dans un ou deux mois ».

 

En 1919 et 1920, il est « gérant » du Vice-consulat de France à Chiang-Mai.

 

En 1921, il est « chargé des fonctions de premier interprète » à Bangkok puis en 1922 il y est nommé premier interprète (cf. le Journal Officiel).

 

On le retrouve gérant du consulat de Chiang-Mai dans l'Annuaire général de l'Indochine Française de 1923 à 1931, date à laquelle lui est adjoint un  commis, Waghtez Ky qui contribua à son travail de traducteur, puis entre 1935 et 1938 il est consul de France de 2° classe à Chiang Mai, de même qu'en 1940.

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La maison que Camille Notton habitait vers 1930, elle est située en face du consulat de l'époque et abrite l'Alliance Française.

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Rose By et Jeannette Notton devant leur maison, en 1935

 

Il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1926  (Annales coloniales du 30 août 1926, base Eléonore) : « …..M. Notton, premier interprète, chargé du consulat de France à Xieng-Mai (Siam) »….Il a aussi été décoré de la croix de guerre.

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Camille Notton refusa tous les  postes qui lui furent proposés hors du Siam, pour ne pas être séparé de son épouse mais aussi pour poursuivre la mise en valeur des œuvres littéraires du Lanna, région située au Nord-Ouest de la Thaïlande, mise en valeur qu'il entreprit très tôt après sa nomination en traduisant, annotant et publiant les manuscrits sur feuilles de latanier (espèce de palmier) qu'il découvrit dans les bibliothèques et les couvents bouddhistes.

 

Malheureusement ces documents originaux disparurent lors du « feu de joie » qu'en firent des manifestants nationalistes au début de la Guerre de 1939-1945 : « Au début de la seconde guerre mondiale, alors que le gouvernement thaïlandais menait une campagne contre la France, un petit groupe envahit le consulat de France à Chiang Maï. Le consul n'était pas là. (En effet Camille Notton et sa famille quittèrent la Thaïlande en 1940 : les photos d'identité figurant au début de l'article sont celles de leurs passeports). Ils fouillèrent la maison et trouvèrent des liasses de manuscrits en feuilles de latanier. "Voici la preuve que le consul de France est un espion" s'écrièrent-ils. Ils s'emparèrent alors des liasses, en firent un tas devant la maison et y mirent le feu" (cité par François Lagirarde in « notes sur la fondation politique et religieuse de Lanna dans le mythe de Suvannah Khamdéeng », 2002, information donnée par Louis Gabaude, de L'Ecole Française d'Extrême Orient.

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Le Consulat de Chiang Maï vers 1950

 

 

Son activité de traducteur est considérée comme exemplaire et il est reconnu à Chiang Maï comme celui qui tira de l'oubli nombre de manuscrits relatant l'histoire du Lanna. Certains courriers adressés à Henry Peyraud expriment  l'intérêt de Camille Notton pour Le Lanna. Il est préoccupé par l'édition de son travail de mise au jour des textes siamois :

 

Dans un courrier envoyé de Paris le 26 février 1910, il s'inquiète du sort d'une de ses œuvres : « Hier, je fus à la Chambre où je fus reçu par M. Babaud-Lacroze. Il a été très gentil pour moi, il ira probablement à Confolens mardi prochain…….j'espère qu'il viendra à mon aide  pour me faire obtenir quelque chose du prix de 1500 Fr. pour mon ouvrage. Je trouverai difficilement un imprimeur pour mon vocabulaire. Je vais tous les jours au théâtre et j'espère avoir beaucoup de choses à vous dire à mon retour. Mes hommages à Madame Peyraud. Un baiser à Anne-Marie. Une bonne poignée de main à vous. Camille. »

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Antoine Pierre Alfred François Babaud-Lacroze (Confolens 1846-1930), député de la Charente

de 1890 à 1919.

 

 

 

Le 26 avril 1910, il écrit à son frère :

 

« Comme  conséquence de mes démarches à Paris, j'ai obtenu 400 francs pour imprimer mon petit vocabulaire qui, j'en ai bien peur, me revienne à 600 francs pour 300 exemplaires ».

 

Le 18 février 1916, il écrit depuis Chiang-Maï :

 

« Mon cher Basile, je te remercie vivement de m'avoir envoyé ma traduction qui paraîtra vers avril dans le Bulletin of the Siam Society ».

 

Le 30 novembre 1918 :

 

« Xieng-Maï, Je travaille toujours ferme à mes chroniques de l'ancien temps ».

 

Le 6 mars 1920, il écrit depuis Chiang-Maï à Henri Peyraud :

 

« Je suis toujours très occupé à traduire l'histoire locale, et j'espère avoir terminé mon ouvrage cette année ci, si tout va bien. C'est même la raison unique pour laquelle je n'écris pas souvent à la famille et à la parenté. Il faut que j'achève absolument cette entreprise si mes forces me le permettent. ».

Camille Notton a traduit un grand nombre de textes manuscrits sur des feuilles de latanier, il les a ainsi préservés de l'oubli et en a assuré la diffusion en Français et en Anglais.

              

Annales du Siam, Impr. C. Lavauzelle,  1936-1939; 1-3.

Chronique de La:p’un (ou Lamprun) : histoire de la dynastie Chamt’evi, 1930

Chronique de Xieng Mai, Paris, P. Geuther, 1932

Chronique du Bouddha d’émeraude, 1939

Chroniques de Savanna Khamdeng in Aséanie vol 9 n° 1, 2002

Chroniques de Sinhanavati

Cri (le) du fantôme, article in T'oung Pao vol 13 n°1

Fêtes Siamoises, 1909,  1926

Leçons d’un veuf à son fils; article in T'oung Pao vol 14

Légende d’Angkor et chronique du Bouddha de cristal, 1939, rééd. 1960

Légende sur le Siam et le Cambodge, Bangkok, imprimerie de l’Assomption, 1939

Légendes sur le Siam et le Cambodge, 1939

Lettres du roi de Siam (Rama V 1853-1910) à sa fille  la princesse Nibha.

Voyage de Chulalongkorn, roi de Siam, en France en 1907, Bangkok, 1910

P’ra Buddha Sihinga, Bangkok Time Press, 1933

P’ra Setamgamani, éd. Honk Kong 1936, 1939

The chronicle of the emerald Buddha 1933

T'oung Pao, tiré à part, pages 113-119; jubilé de Rama V( 1908), voyage de S.M. en France

(1907)

Vie (La)  du poète Southone-Bhou, Rougerie, 1959

 

Il existe aussi des documents manuscrits ou tapuscrits qui n'ont pas, semble-t-il, fait l'objet d'éditions.

Les Southeast Asian Studies, A journal of the southeast Asian Studies Student Association, vol.3 Fall 1999 précisent que : « La chronique du Bouddha d'Emeraude fut traduite pour la première fois en Français, puis en Anglais, en 1932, par Camille Notton. Notton traduisit un texte en dialecte de Chieng-Mai (yuon), (texte) qu'il trouva  au début sur un manuscrit sur feuille de palmier trouvé à Chieng-Mai. Ce manuscrit original est en langue Pali. Selon Notton, il n'y a aucune indication concernant l'auteur et la date de la composition de la Chronique du Bouddha d'Emeraude. On a aussi trouvé des manuscrits concernant le Bouddha d'Emeraude dans des pays voisins. Le Laos, le Cambodge, l'Etat Shan en Birmanie ont tous leurs propres manuscrits de la Chronique du Bouddha d' Emeraude. Le fait qu'il y a plus d'un manuscrit semble impliquer qu'il a existé un texte plus ancien. Notton signale que S.S. Reichnach, un membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à Paris soutient que les versions les plus tardives du manuscrit du Bouddha d'Emeraude ont quelques ressemblances avec la version originale de la chronique. Plus tard, Notton se rallia à l'idée de Reinach selon laquelle le manuscrit original doit avoir été l'objet d'une estime particulière. »

« Le manuscrit de Chieng-Mai attira l'attention d'un jeune Français dont l'intérêt pour le Siam l'amena à dépasser ses devoirs quotidiens de serviteur du gouvernement de la France. Camille Notton a eu une carrière de diplomate assez banale. Initié à la langue Thaï à l'Ecole des langues vivantes à Paris, Notton était rémunéré en août 1906 comme étudiant interprète à la légation de Bangkok. Il fut muté en 1916 (Il s'agit d'une erreur : C. Notton fut nommé gérant du Consulat de Xieng-Mai en 1914, et y fut réaffecté en 1916 pour assurer la présence de la France au Siam pendant la guerre de 14-18) à Chieng-Mai et se partagea entre Chieng-Mai et Bangkok pendant plusieurs années…Selon Kennon Breazale, il n'y eut pas de version en Thaï central des annales de Chieng-Mai à l'époque de Camille Notton. Notton doit avoir acquis une capacité à lire les écrits en Thaï du nord dans l'intention de traduire les annales. La traduction par Notton de la chronique du Bouddha d'Emeraude marque la première traduction du texte par un Occidental ». (Explorations in Southeast Asian Studies : A journal of the Southeast Asian Studies Student Association, vol.3, 1999. Traduit du texte anglais accessible par l'Internet. Il est nécessaire de distinguer le Lanna du Siam rappelle Jean de la Mainate.

 

On retrouve des allusions à son travail de traducteur  dans certains de ses courriers :

 

Xieng Maï, le 6 mars 1920,

 

« J'ai fait une réclamation, il y a quatre mois, au sujet d'envoi de deux traductions au ministère de Affaires étrangères, envoyées il y a un an. »

 

Xieng-Mai, le 1° mars 1921.

 

« Monsieur le Ministre (Victor Collin de Plancy, fut ministre plénipotentiaire de France en Corée), voilà bien longtemps que je ne vous ai pas donné signe de vie. Ma seule excuse est que j'ai été absorbé corps et âme par mes traductions, qui fort heureusement sont achevées. C'est un travail considérable, comme je l'espère, vous aurez l'occasion de le juger. J'espère partir bientôt en congé et avoir l'honneur de vous porter mes hommages. …Votre très respectueusement et entièrement dévoué, Camille Notton. »

 

On trouve aussi dans le numéro de « Le Mercure de France » du 1° juillet 1929 un commentaire de traductions parues dans les Annales du Siam : « Les Annales du Siam par M. Camille Notton, Consul de France, sont de la classe précieuse  des documents traduits. Il s'agit des anciennes chroniques Suvanna Khamdëng, Suvanna K'omKham et Sinhanavati, qui retracent les légendes du VII° avant  J.C. au VII° siècle de notre ère. On y retrouve une influence bouddhique considérable de style et même, parfois, de faits. Et cependant la race dite Traé (T'ai ou Laotienne), est censée avoir vécu en Chine, dans les régions du bas Yang-Tsé, et après avoir émigré peu à peu vers le sud devant l'avancée des agriculteurs Chinois, pénétrant au Siam actuel le 1° siècle de notre ère. On ne retrouve, dans ces récits, rien de précis à cet égard. On demeure confondu devant le labeur que représente une telle œuvre : labeur pour apprendre la langue, labeur pour déchiffrer les manuscrits, pour traduire le texte, pour trouver les équivalences de dates, pour expliquer en note ce que le texte sous-entend, labeur enfin pour surveiller l'impression, qui est excellente, et pour réunir et vérifier les illustrations, qui sont de valeur.  Hélas, dans notre République où les seuls qui soient servis sont ceux qui vont eux-mêmes au buffet et s'y battent quelle sera la récompense d'une telle œuvre ? De nos jours, les travailleurs n'ont pas le temps de travailler. Une marque publique d'intérêt envers ceux qui nous font connaître un pays serait pourtant une marque habile d'amitié pour ce pays, et la meilleure des propagandes française ». L’article est signé Georges Soulié de Morant (1878-1955), Sinologue, qui a écrit de très nombreux ouvrages sur l'histoire, la littérature, fut consul de France à Kunming, en Chine.

 

Camille Notton était un ami de Pridi Banyomong qui participa au coup d'état de juin 1932 à la suite duquel la monarchie absolue fut remplacée par une monarchie constitutionnelle. Pridi Banyomong anima par ailleurs la résistance siamoise contre les Japonais entre 1941 et 1945. Exilé en France, il y décéda en 1983.

 

Après 1940, le parcours de Camille Notton est difficile à reconstituer, les informations provenant tant de la famille que d'autres personnes qui s'intéressent à ce personnage qui marqua l'histoire de Chiang-Maï sont parfois peu précises. Il est certain qu'il revint en France avec son épouse pendant la guerre Franco-siamoise de 1940-1941, guerre qui fit suite à l'attaque de l'Indochine par le Siam. Il y resta probablement jusqu'en 1945, la Thaïlande s'étant alliée aux Japonais après leur entrée en guerre en 1941. Il se trouvait à Chiang-Maï en 1948, il y reçut en effet une invitation à assister avec son épouse à une réception qui avait lieu le 24 mai 1948 à la Légation.

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Il mena à Chiang-Maï « une vie très active où s'alliaient le souci du rayonnement de la culture française et celui de faire profiter Xieng Maï et sa région des techniques agricoles française. Il favorisa les échanges culturels avec la France en permettant à de jeunes siamois d'y faire leurs études » (Maurice Bouchet : Bulletin de l'Alliance française de Bangkok, mai, juin, juillet août 1988).

Son épouse décéda peu après, et il rentra peut-être alors en France car il semble qu'il résidait à Saint-Sornin la Marche en 1950, date à laquelle son frère Basile lui rendit visite. Les cendres de son épouse sont conservées dans la Pagode du Bœuf, au sud de Bangkok.

Ses enfants, nous raconte son petit-fils, furent envoyés au Lycée Hoche de Versailles pour y étudier après avoir été scolarisés à la Convent Collège de Bangkok. Ils  fondèrent en France leur propre famille. Son fils Tavy y fit une carrière de graveur-illustrateur.

Résidant semble-t-il au Siam après 1950, il y consacra les dernières années de sa vie à améliorer ses traductions et à en assurer la publication aux éditions Rougerie à Mortemart ou aux éditions Geuthner (librairie orientaliste Paul Geuthner)

Il ne revint en France qu'en 1959 et décéda à Chez Peillaud, commune de Saint Sornin La Marche, en 1961.

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Cimetière de Saint Sornin La Marche (87)

 

 

L'évolution des relations entre mon grand-père et Camille Notton est reflétée par la forme des courriers : des cartes postales de 1908 à 1915, puis jusqu'en 1923 (date de la dernière lettre retrouvée), ce sont de longues lettres que reçoit Henri Peyraud. Ces courriers permettent de suivre dans une certaine mesure la carrière de Camille Notton jusqu'en 1923. Ensuite il faut se contenter d'informations éparses et d'extraits d'annuaires administratifs ou diplomatiques.

 

Comme je l'ai indiqué précédemment, le contenu de ces lettres montre qu'existait entre mon grand-père et Camille Notton une certaine complicité. Il confie ainsi librement son sentiment quant à ses conditions de vie :

 

Saigon, 18 novembre 1910.

 

« Mon cher ami, c'est dans une charrette comme celle au premier plan que j'ai fait transporter mes bagages ici, du "Polynésien" au "Donaï" au milieu d'une poussière rouge extraordinaire. Je repars demain pour Bangkok. Mes hommages à Madame Henri. Un gros baiser à Melle. Anne-Marie. Cordiale poignée de main. Camille Notton. Je dîne ce soir chez M. Joyeux qui vous dit bonjour. »

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Cochinchine-Saigon-Rue d'Adran, près du marché.

 

 

Saigon, 17 octobre 1912.

 

« ….mon voyage a été assez fatigant, et je ne serai pas fâché de quitter Saigon où il fait une température étouffante, bien qu'on s'y amuse plus que dans la brousse. »

 

]2 Décembre 1912 :

 

« ….j'ai été dernièrement à une fête qui a duré trois jours autour de cette montagne artificielle. Je ne me suis pas follement amusé. »

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Légende inscrite de la main de Camille Notton : "La Montagne d'or"

 

 

25 juin 1914.

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Carte adressée à Mademoiselle Anne-Marie Peyraud (ma tante, qui avait alors 9 ans)

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Xieng-Maï, 25 juin 1914,

 

« Voilà, chère Mademoiselle, comment on dresse un bébé éléphant, quand il a atteint l'âge de raison, à peu près le vôtre. On lui apprend à se laisser entraver les quatre pattes, et il faut lui taper constamment sur sa trompe. Un enfant lui monte sur le cou et frappe sur sa tête à coup de talon pour lui faire entrer la sagesse. C'est un spectacle bien pénible à voir, il y en a beaucoup qui préfèrent mourir que de renoncer ainsi à leur liberté. Je ne doute pas, Mademoiselle, que vous êtes toujours le contentement de vos parents et que vous vous portez bien. Je dépose mes humbles hommages à vos pieds. Camille. »

 

Xieng Maï, le 6 mars 1920 :

 

« Ma tournée a été très pénible à cause de la chaleur et de la grande sécheresse, et dans ma région où la récolte de riz a été désastreuse, les gens du pays émigrent en masse au nord, dans la région de Xieng-Rai, Xieng Sën, l'ancien habitat des Thaïs. C'est là que vous trouverez du gibier, des tigres ! J'ai visité Xieng Sën, sur les bords du Mékong, en 1917. C'est une ville complètement abandonnée depuis près de 400 ans. On n'y voit que les remparts et quelques pagodes en ruines, lorsqu'autrefois il devait y avoir une population d'au moins mille âmes…. Autrement mon voyage s'est passé sans incidents. J'ai failli cependant être encorné par un bœuf porteur, et je n'ai réussi à l'éviter qu'en passant derrière mon cheval. Mais mon boy s'est fait blesser à le main. J'ai dit qu'il n'avait pas de tête. Il s'appelle "Di", ce qui veut dire "bon", et il n'a je crois que cette qualité, d'être plein de bonté à en être bête… Je suis ruiné par le change actuel. Même situation ici qu'en France. Et il y a toutes sortes de difficultés pour changer au marché  l'argent siamois. »

 

Xieng Maï, le 19 septembre 1922.

 

« Il fait ces jours ci une température plutôt désagréable, en ce sens qu'il pleut à flots tous les jours. On se trouve réduit comme sport à s'enfermer entre 5 et 6 de l'après-midi dans une boîte en bois, et là, armé d'une petite raquette, à faire voltiger contre une cloison une toute petite balle en caoutchouc dur. Jeu assez dangereux où il faut faire preuve d'une grande agilité. J’ai reçu une balle sur le coin de l'oreille pour m'apprendre à ne pas tourner la tête. Ce soir même un autre partenaire l'a attrapé sur le nez, un autre s'est fait ouvrir l'arcade sourcilière d'un coup de raquette qui ne lui était pas destiné. Encore un mois et on pourra reprendre le tennis, qui offre moins d'aléas. »

 

Xieng Maï, le 11 décembre 1922.

 

« …Le ministre d'Angleterre doit arriver dans deux ou trois jours. Il faudra encore courir, aller à des cérémonies, des réceptions, enfin gagner les maigres émoluments que la République m'attribue pour la représenter ici. »

 

Xieng Maï, 2 mai 1923.

 

« Durant le mois de janvier et une partie du mois de février j'ai fait un voyage dans le nord, jusqu'à Xieng Raï où j'ai rencontré trois français installés dans cette localité avec quelques autres pour exploiter les forêts de teck de la région. »

 

Xieng Maï, 21 mai 1923.

« Brusquement comme toujours est survenue la saison chaude. Tout le courage que l'on peut avoir à cette époque ne logerait pas dans une coquille de noix. Ma santé n'a pas été des plus remarquables…Enfin je me suis maintenu à un degré suffisant de vie végétative. Mais ne soyez pas surpris outre mesure que je n'ai pu dans ces circonstances faire un effort suffisant de mes pauvres facultés intellectuelles pour vous donner de mes nouvelles. »

 

2 août 1923,

 

« Ici le pays se développe peu à peu grâce au chemin de fer. Les Chinois viennent s'installer en nombre, s'abattant comme des sauterelles là où il y a quelque profit à grignoter. Le Siam construit des chemins surtout dans la direction de l'Indo-Chine, et on a importé des Citroën à chenilles pour circuler sur les routes dans la circonscription d'Oubone où j'étais auparavant. Quand à Xieng Maï on y espère voir arriver l'an prochain des aéroplanes. »

 

Camille Notton est aussi attaché à Brillac et manifeste son intérêt pour la vie locale :

 

26 avril 1910 : (Lettre adressée à son frère Basile) :

 

« Dimanche dernier ont eu lieu ici les élections, et Mr. Babaud-Lacroze est malheureusement en ballotage…l'ami Henri est très désappointé, ainsi que Joubert » (Antoine Babaud-Lacroze, fut réélu au deuxième tour député radical de gauche de la Charente).

 

Bangkok, 1° mars 1911,

 

« …J'ai été très heureux d'apprendre le succès de votre frère et je partage avec vous le contentement que nous devons en avoir pour le bien du pays. Donnez-moi s'il vous plait des nouvelles de Brillac… »

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Joseph Peyraud, frère de Henry Peyraud, élu conseiller général de Confolens Sud

 

 

Camp de La Courtine, le 16 juin 1915,

 

« …j'ai été heureux d'apprendre que tout allait bien au pays… »

 

Xieng Maï, le 6 mars 1920,

 

« …Je me languis à penser à nos délicieux coteaux, à la fraiche vallée de la dormante Issoire, à tous ces coins charmants où l'on goute une si reposante quiétude…Pourquoi ne me donnez-vous pas de nouvelles de votre héritier. J'ai été si heureux d'apprendre la venue au monde de ce petit bonhomme. Et j'espère bien qu'à mon retour à Brillac il m'aidera à croquer vos fruits….Dites-moi, s'il vous plait, dans votre prochaine lettre si ma cousine Marie Germaneau est mariée. J'ai entendu parler mais pas par vous d'un projet…tenez moi informé des évènements de la paroisse. Car je suis, comme disent les Anglais, très "parochial" ce qui se prononce parokieul, s'il vous plaît. »

 

C'est en lisant ce courrier que j'ai appris que ma grand-mère avait tenté d'élever des vers à soie, sans doute en utilisant les feuilles de l'énorme murier qui trônait derrière la maison jusque dans les années 1970 : « ….il fait très chaud, une température un peu tiède, qui serait excellente pour les vers à soie de Madame Peyraud, si elle continue à se livrer à cette charmante occupation. »

 

Xieng Maï, 2 novembre 1920,

 

« ...Madame Peyraud et votre fillette ainsi que le gars (Jean-Marie Peyraud, mon père, avait alors 2 ans) feront bien de me faire savoir si elles désirent quelque chose qui leur ferait plaisir. Je leur adresse, par votre intermédiaire, un plein wagon d'amitiés, tout en leur faisant reproche de faire économie d'encre et de papier à mon égard. Il est vrai que votre fils ne sait pas encore sans doute écrire, et qu'il ne me connaît pas encore. Mais je l'attends, ce gaillard, j'espère bien que nous ferons ensemble la meilleur paire d'amis. N'oubliez pas non plus de remettre une caresse de ma part à Sérum qui ne doit pas regretter la guerre. »

 

Xieng Maï, 19 septembre 1922,

 

« ..les nouvelles que vous m'avez données de ce vieux Brillac m'ont fort intéressé…on ne doit pas s'ennuyer un brin dans le pays. Je vous souhaite d'apprécier cette liberté qui vous permet de pécher et de chasser dans la plus charmante contrée que je connaisse…si vous avez quelque loisir, si l'auto ne crève pas trop souvent et que vous ne soyez pas trop pris par des réclamations, ou bien que vous ne pouvez pas sortir, soit que le vent soit de galerne et que le poisson ne morde pas, soit que votre chien soit fatigué, emparez-vous de votre joli papier bleu et donnez-moi des nouvelles des uns et des autres, ce qui me fera le plus grand plaisir, espérant qu'elles seront toujours bonnes, enfin des nouvelles de ce qui se passe au pays, dans ce petit monde d'une humanité si intéressante à observer… »

 

Xieng Maï, 11 décembre 1922,

 

« … Pour une fois que vous vous êtes décidé à me donner des nouvelles du pays, sachant d'ailleurs que mon âme est toujours là-bas suspendue à la pointe du clocher, vous n'y êtes pas allé de main morte, et je vous en suis bien reconnaissant… »

 

Xieng Maï, 2 mai 1923,

 

« Vous serez bien gentil de me dire comment le monde de Brillac se comporte. Aussi ayez l'obligeance de me rappeler auprès des aimables propriétaires du Fourgnioux, (Il s'agit de Joseph Peyraud et de sa famille) et de leur dire que je leur souhaite toutes sortes de prospérités, du grain plein la grange et du bonheur plein la maison….quand vous verrez ma chère tante Julie (Julie Villéger, la sœur de la mère de Camille Notton, Marie Villéger), dites-lui toutes mes tendresses, et ayez la bonté de me donner de ses nouvelles ainsi que de ma famille… »

 

Un certain nombre de courriers montrent que Camille Notton partageait avec Henri Peyraud son goût pour la chasse et la pêche :

 

Djibouti, 18 novembre 1910,

 

« Cher ami, nous avons pris hier dans la mer Rouge un superbe Marsouin. Pêche très intéressante. Un de mes collègues se propose de pêcher le requin à Colombo…

 »

Bangkok, 22 décembre 1910,

 

« Mon cher ami, j'apprends par "la Pêche illustrée" que nous recevons ici, que Mr. Raynaud, ministre de l'Agriculture, est patron d'honneur du Fisching Club de France. A propos de pêche, on a pris récemment dans le Mé Nam un poisson pesant plus de 40 pounds, ce poisson avait été abîmé par l'hélice d'un bateau à vapeur. ».

 

Au grand dam des défenseurs de la langue française, Camille Notton évalue le poids de ses prises en livres, usage encore en vigueur de nos jours dans le milieu halieutique.

 

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Mr. Maurice Raynaud, 1860-1927, député radical de la Charente, fut Ministre de l'agriculture du gouvernement Aristide Briand :

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Bangkok, 1° mars 1911,

 

« Mon cher ami,  …..je pense plus d'une fois à nos bonnes parties de pêche et de chasse, et ma pensée vous suit le long de la Marchadaine et de l'Issoire. »

 

Bangkok, 6 novembre 1912,

 

« ….Je vous suis très reconnaissant de tous les détails que vous me donnez sur l'état cynégétique du pays. Mais quand donc pourrais-je donc aller me rendre compte par moi-même ? »

 

Xieng Maï, 2 novembre 1920,

 

« Je regrette bien de ne pas m'être trouvé pour l'ouverture de la chasse avec vous. Ici, je vais quelquefois chasser aux bécassines, mais c'est un métier éreintant. Il faut faire quatre ou cinq kilomètres en voiture avant d'arriver sur le terrain. Puis parcourir des rizières et des rizières en faisant le chien, et patauger dans l'eau comme un canard. »

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Xieng Maï, 22 avril 1922,

 

« Vous allez sans doute maintenant vous consacrer à la pêche à la truite. Vous êtes un veinard ! Je vous souhaite des pêches miraculeuses……avez-vous détruit quelques renards depuis ? Et les sangliers ? »

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Les chiens de Henri Peyraud

 

 

Xieng Maï, 19 septembre 1922,

 

« Après les pluies, mais seulement à partir du 15 août dernier se sont annoncées les bécassines. J'ai fait l'ouverture en opérant un coup double et j'y suis retourné une dernière fois avec autant de succès, mais la chasse de ce gibier présente si ce n'est pas autant de difficultés, par contre une plus grande fatigue que celle éprouvée pour nous l'année dernière au ruisseau du Got. »

 

Xieng Maï, 11 décembre 1922,

 

« Je regrette d'apprendre que vous n'avez pas eu la saison de chasse que vous espériez. Mais il faudrait commencer par détruire les renards. Vous avez tous les éléments sous la main pour cela. Il ne s'agit plus que de fonder un syndicat, dont ne feront pas partie naturellement, et ce ne sont pas eux qui insisterons à ce sujet, les renards à deux pattes. Voilà un pays extrêmement avantagé pour avoir du gibier en abondance, et on n'en trouve point! A qui la faute sinon aux chasseurs de ne pas s'aider au lieu d'attendre l'aide du ciel. Enfin consolez-vous que de mon côté je n'ai pas été moi-même plus favorisé. La saison des bécassines n'a pas été ce qu'elle était les années précédentes. Je n'y suis allé que trois ou quatre fois, et comme il n'y avait pas d'eau, il n'y avait pas de bécassines. Mon plus beau trophée a été recueilli chez moi, en démolissant un oiseau de proie qui ne manquait pas de toupet, le rosse, en venant essayer d'enlever la nourriture de la main de ma fillette. (Peut-être sa fille Jeannette, née à Chiang Maï en 1917). J'ai mangé cependant plusieurs bécassines, mais prises au piège par les indigènes. Un croquant m'a apporté dernièrement une bécasse blessée, mais je n'ai pu l'acheter, le prix en étant trop élevé. Tout de même je pense à celle que j'ai mangé une fois chez vous. Ici, on ignore l'art de les accommoder comme à Brillac. Je pense partir en tournée le mois prochain et peut-être aurai-je plus de chance au point de vue gibier, à plume s'entend. Quant au poil, je vous le laisse, trois lièvre, un lapin, I say (je dis) comme disent les anglais. »

 

Xieng Maï, 2 aout 1923,

 

« J'attends le moment où les bécassines se décideront à arriver. Sans doute ont-elles déjà quitté le plateau du Yunnan où je suppose que se trouve leur habitat. Tout fait espérer qu'elles viendront nombreuses, et je me prépare en conséquence à aller patauger dans les rizières… »

 

Après 1923, il devient difficile de retracer tant la vie personnelle que la vie publique de Camille Notton, et ceci jusqu'à son décès en 1961, à Chez Peillaud, commune de Saint Sornin La Marche, Haute-Vienne.

 

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Maison de Camille Notton à Chez Peillaud, Saint Sornin La Marche

 

Remerciements :

 

Je remercie Jean-Pierre Bressoud, petit-fils de Camille Notton ainsi que Ganaelle Bressoud-Politis, son arrière petite nièce;  Alain Gesson, petit fils  d' Aline Notton; Marcel Villéger, "mémoire de Brillac";  François Lagirarde, Ecole française d'Extrême Orient; Louis Gabaude, Ecole française d'Extrême Orient; les rédacteurs du blog "MerveilleuseChiang-Mai" et du blog "Alainbernardenthailande.com"; Jean de la Mainate et Bernard de Guilhermier de leur contribution active à ce récit.

 

 

Christine Peyraud

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir nos trois articles

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-200-quelques-commentaires-a-propos-de-raphael-reau-jeune-diplomate-au-siam-1894-1900.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-144-raphael-reau-jeune-diplomate-au-siam-1894-1900-123941699.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-145-la-vision-du-siam-de-raphael-reau-jeune-diplomate-fran-ais-a-bangkok-1894-1900-123999177.html

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