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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 22:07

 

Les tambours de bronze que l’on peut admirer en particulier dans divers musées de notre pays d’adoption, sans parler en France de la magnifique collection du Musée Guimet ...

 

Tambour du Musée Guimet, premier millénaire avant Jésus-Christ, origine ? :

 

 

... ne sont pas spécifiquement d’origine thaïe puisqu’on les retrouve dans tous les pays d’Asie, de la Mongolie à la Nouvelle Guinée mais le plus souvent en Chine et dans la péninsule indochinoise.

 

Nous pouvons toutefois en donner une description générale : « Leur forme est simple : ils sont composés comme une boîte cylindrique à un seul fond ; c'est sur la surface extérieure de ce fond que l'on frappait; aussi est-elle toujours en son milieu munie d'une étoile, d'ordinaire à centre lisse, qui recevait le coup de mailloche. Quatre anses en deux groupes opposés permettaient de soutenir et sans doute de transporter l'instrument au moyen de chaînes ou de liens. La matière dont ces tambours sont faits est une sorte de bronze où entre une proportion importante de plomb. Ils paraissent fondus d'une seule pièce et les contours du moule, visibles seulement sur la caisse circulaire, sont au nombre de deux entre les groupes d'anses dans les pièces anciennes, de quatre dans les pièces récentes. Composée de trois parties distinctes : celle du milieu est droite ; en haut, une surface fortement bombée unit le plateau au cylindre et se termine à sa rencontre par une arête ; un tronc de cône forme le bas. La seconde série perd l'arête creuse qui sépare les deux premiers éléments et le haut de la caisse prend alors un profil en S qui vient finir nettement sur le tronc de cône terminal. Dans les deux formes les anses sont importantes ; des grenouilles souvent, et parfois des cavaliers sont posés sur le plateau. D'ordinaire ces sujets tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre » (1).

 

 

Leur poids est en général d’une quinzaine de kilos (2).

ils ont donc tous une forme caractéristique, constituée d'un tympan circulaire d’environ 70 cm de diamètre en moyenne, parfois plus et d'un tronc sans fond d’une hauteur variant de 35 à 70 cm, parfois plus, munis de petites anses afin de permettre probablement au tambour d'être suspendu et de résonner en l'air ou d’être transporté pour les plus lourds.

 

 

Celui de Mukdahan présente toutefois un intérêt particulier en dehors de celui de se trouver en Isan  :  c’est en premier lieu parce que nous connaissons les conditions très précises dans lesquelles il a été découvert :

 

Nous sommes en 1938 dans l’enceinte du temple de Wenchaimongkhon  (วัด เวนไชยมงคล)

 

situé sur les rives du Mékong à quelques kilomètres en aval de l’important district de Dontan (ดอนตาล) une trentaine de kilomètres au sud de Mukdahan.

 

 

Le temple est toujours vénéré pour un très ancien chédi ...

 

 

... entouré de quelques non moins anciennes « bai séma » (ใบเสมา), ces pierres sacrées dont nous avons déjà parlé (3).

 

 

Il est l’un des plus anciens de la région, autrefois connu sous le nom de Wat Sibunrueang (วัดศรีบุญเรือง) tout simplement parce qu’il se situait dans le sous-district du même nom. Il aurait été construit entre 1757 et 1774 et aurait abrité de saints moines dont le nom est à ce jour perdu. Il fut restauré en 1775 par le premier  gouverneur de Mukdahan, Phraya Chansiupracha  (พระยาจันทร์ศรีอุปราชา). La ville actuelle s’étendait alors à ses immédiats alentours. En son état actuel, il date de 1970 et est en cours de réfection.

 

 

Nous sommes en octobre, époque des hautes eaux et saison des pluies, le jeudi du 15e mois lunaire de la 11e année du tigre c’est-à-dire le 6 octobre. Trois habitants du village, Lek Paripurana (เหล็ก ปริปุรณะ), Paeng Silasak (แปง ศรืลาศักดิ์) et Lap (ลับ ศรืลาศักดิ์) se rendent sur leur bateau de pêche situé dans l’enceinte du temple sur les rives du fleuve. Face au temple, sur la rive française (laotienne) se trouve un village, Ban Natham (บ้าน นาทาม), sur le territoire duquel a probablement sinon certainement été faite la découverte. La rive est rongée par l’érosion.

 

 

Les trois amis voient alors un objet métallique partiellement sorti du sol et prennent la décision de le déterrer. C’est le tambour de bronze qu’ils mènent à l’abbé du temple Matnimawat (มัชณิมาวาส) au centre du village actuel de Dontan. Celui-ci le mesure, 86 centimètres de diamètre, 90 centimètres de hauteur et 66 dans la partie étroite.

Il est toujours à ce jour le plus grand des tambours de bronze trouvés à ce jour en Thaïlande.

 

 

Il a la forme d’une boite portant sur la partie supérieure une étoile (soleil ou lune ?) à 14 branches par ailleurs ornée de 4 grenouilles tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, celui de la rotation de la terre, pour les thaïs, le « navire des morts » (Ruea Songwinyan - เรือส่งวิญญาณ).

 

 

Il est remarquablement et étrangement similaire à celui trouvé sur l’île de Koh Samui dans le début des années 30, à environ 1.000 kilomètres à vol d’oiseau (aujourd’hui au musée de Chaiya – ไชยา). Les spécialistes le datent d’approximativement 3.000 ans, 5 ou 600 ans avant Bouddha.

 

 

C’est l’âge du bronze. Il est composé d’un mélange de cuivre, d’étain et de plomb. Comme celui de Koh Samui il n’a pas été fondu sur place . Les habitants du pays l’appellent le « tambour d’or » (khlong thong – กลองทอง) mais le nom classique des tambours de bronze est Klong Mahorathuek (กลองมโหระทึก). Le mot khlong est thaï. Le suffixe Mahorathuek ne l’est pas mais il ne nous a pas été possible d’en déterminer l’origine, il n’est en tous cas ni sanscrit, ni pali, ni viet.

 

 

La seconde raison de nous y intéresser est qu’il n’est pas dans un musée. Il est – probablement le seul, de Thaïlande tout au moins – dans l’enceinte d’un temple présenté à la vénération des fidèles, une destination qui nous paraît mieux adaptée à l’exposition d’un objet par définition sacré quelle qu’elle ait pu être son utilisation originaire (querelles d’experts) il y a trois mille ans (autres querelles d’experts). Initialement placé au temple Wenchaimongkhon dans « la tour de la cloche » (Ho Rakang  - หอระฆัง) (4) probablement trop vulnérable (5), qui n'existe plus aujourd'hui.

 

 

... il fut en 2006 transféré au temple Matnimawat appelé encore « temple du milieu » (Wat klang – วัดกลาง) au centre de Dontan dans une chapelle dument grillagée.

 

 

D’autres rares tambours de bronze ont été exhumés en Isan, présentement dans les musées de Bangkok : l’un d’entre eux dans un petit sous district de la forêt de Phupan, Ban Kho, du district de Khamcha-I (.บ้านค้อ .คำชะอี) à 34 kilomètres dans la province de Mukdahan aussi,

 

 

un autre dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์) sur lequel nous n’avons aucune précision, peut-être au musée de Khonkaen,

 

 

... un autre encore en triste état venant de Pakthongchai (ปักธงชัย) au sud de Khorat et peut être d’autres ailleurs ?

 

 

Mais diverses questions restent sans réponse : Ces tambours se retrouvent partout en Asie du sud-est mais sont inconnus de la première civilisation du bronze connue en Thaïlande, celle de Ban Chiang qui connaissait pourtant la technique de la fonte du bronze par la cire perdue et la métallurgie du fer probablement 1.000 ans avant qu’elle ne le soit au Proche-Orient (6). L'examen révèle une technologie avancée, moulage en « cire perdue » de grandes pièces de faible épaisseur comportant des reliefs variés, jusqu'à la composition de l'alliage ainsi que l'usage des compas pour le traçage des cercles concentriques sur le tympan et le tournage cylindrique des corps creux de grandes dimensions. D’où sont-ils venus puisqu’ils ont été importés ? De très loin probablement.

 

Collection de Mr. Philippe Drillien :

 

 

 

Comment sont-ils venus jusque sur les rives du Mékong, dans un minuscule village du Siam (ou du Laos) ou dans le golfe de Thaïlande sur une île perdue et à quelle date ? Sur tous ces tambours, quel que soit le lieu de leur découverte, nous trouvons la même décoration rayonnante sur le tympan. Comment cela peut-il se produire sur des aires géographiques aussi éloignées ? Enfin et surtout quelle était leur utilisation, religieuse, magique, chamanique ou guerrière ?

 

Doit-on voir dans l’utilisation de tambours métalliques d’argent et d’or lors des cérémonies royales une survivance de rites brahmaniques ou chamaniques venus également des fins fonds de l’âge du bronze ? (7)

 

 

Voilà bien des questions auxquelles nous tenterons avec plus ou moins de succès de répondre dans un prochain article.

 

 

 

SOURCES

 

Nous remercions tout particulièrement Monsieur Philippe Drillien, président de l’Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos (Philao), pour les renseignements qu’il nous a fournis et sa participation à l’illustration de cet article.

 

 

Les précisions sur l’histoire de la découverte du tambour de Mukdahan proviennent d’un petit fascicule en thaï distribué dans l’enceinte du temple central par ailleurs repris sur divers sites Internet également en thaï.
 

Seul (à notre connaissance tout au moins) le Guide vert Michelin lui consacre quelques lignes.

 

Le « musée des arts primitifs » devenu « Musée Chirac » quai Branly contient un exceptionnel tambour venu de Java daté d’entre le 4e et le 2d siècle avant Jésus-Christ d’une hauteur de 113 cm, le diamètre du plateau est de 148 cm et le poids de 382 kilogrammes.

 

 

 

(3) Voir notre article A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE » : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html)

 

(4) Nous avons déjà parlé de ces tours présents dans la plupart des temples, le premier étage contient le tambour émettant le son grave thoum et l’étage supérieur les clochettes émettant le son aigu ti : « Ti » sonne les heures de la prière du matin et « Thoum » celle de la soirée. Voir notre article A 214.3 – « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS » : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-3-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-iii-les-autres-batiments.html

 

(5) Ceci s’explique de toute évidence par les prix considérables atteints par ces tambours dans les ventes aux enchères sur des pièces qui ne datent le plus souvent pas de l’âge du bronze mais des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.

 

3.200 euros 2017  (source Mr. Philiipe Drillien) :

 

 

 

1.800 euros 2017  (source Mr. Philiipe Drillien) :

 

 

(6) Voir notre article 9 « La Civilisation est-elle née en Isan ? » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

 

(7) Dans « SIAMESE STATE CEREMONIES THEIR HISTORY AND FUNCTION » (1931) Quaritch Wales fait état de tambours d’or et d’argent au cours des diverses cérémonies, funérailles, tonsure et couronnement en particulier, en les distinguant des tambours de guerre.

Heger (note 2) nous dit (volume I page 84) : « Les « Mahoratuk » sont de différentes tailles, certaines très grandes et d'autres plutôt petites. Ils sont habituellement ornés d'une, deux ou trois figures en relief audacieux de grenouilles. L'instrument est très prisé dans la plupart des races de la péninsule indochinoise pour une utilisation cérémonielle en particulier chez les Karens, les Ka et d'autres tribus montagnardes habitant le pays au nord du Siam. Dans la capitale du Siam, selon l'ancienne coutume, le « Mahoratuk » est considéré comme l'un des instruments royaux, il est joué, accompagné d'une fanfare de trompettes, pour annoncer l'apparition de Sa Majesté au public, et il est frappé avant l’arrivée du roi lors de sa participation aux grandes processions d'état. Il est également utilisé lors des cérémonies religieuses dans les grands temples. Certains instruments sont d'un grand âge bien qu'ils soient encore fabriqués par les Karens rouges. Ceux que l'on voit à Bangkok sont, pour la plupart, la propriété du roi ».

 

 

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commentaires

de Barbeyrac Cécile 11/04/2018 21:10

Super intéressant... Le tambour existe aussi en Afrique mais du tout en bronze!
Quelle est l'origine du tambour? A cause de sa capacité à transmettre les sons?
Est ce que les bols tibétains seraient des tambours miniatures, bien qu'ouverts et creux?

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 11/04/2018 23:51

explications ou tentatives d'explications vont suivre