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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 22:03

 

Nous vous avons parlé du tambour de bronze situé à Dontan à une vingtaine de kilomètres au sud de Mukdahan sur les bords du Mékong (1). Si ces tambours de bronze sont nombreux dans les musées de Thaïlande, celui-ci nous a particulièrement intéressés puisqu’il se situe dans notre Isan d’adoption. Il semble être l’un des plus grands de tous ceux qui ont été trouvés en Thaïlande et peut-être aussi parmi les plus anciens (2.500 ? 3.000 ans ?)

 

Carte des tambours recensés enThaïlande (Jacques de Guerny) :

 

 

Nous savons que d’autres tambours de bronze ont été exhumés en Isan, l’un d’entre eux dans un petit sous district de la forêt de Phupan, Ban Kho, du district de Khamcha-I (.บ้านค้อ .คำชะอี) à 34 kilomètres dans la province de Mukdahan aussi, un autre dans la province de Kalasin (กาฬสินธุ์), un autre encore en triste état venant de Pakthongchai (ปักธงชัย) au sud de Khorat, sur lesquels nous n’avons aucune précision, et peut être d’autres ailleurs ? L’un d’entre eux présentement au Musée national de Khonkaen qui nous a semblé être de la même génération mais de plus petite taille (environ 40 cm de hauteur) provient (sans autres précisions) du district de Nakae (นาแก) riverain du Mékong dans la province de Nakhonphanom (นครพนม) mais peut-être lui aussi a-t-il été trouvé sur les rives du fleuve ? 

 

 

Notre propos n’est pas, nous n’en avons pas les compétences, d’écrire une encyclopédie de l’histoire des tambours rituels depuis ceux du Tibet jusqu’à ceux des Zoulous en passant par ceux des Apaches.

 

Mais diverses questions restent sans réponse :

 

D’où sont-ils venus puisqu’ils ont peut-être mais pas certainement été importés ? Et quelle était leur utilisation, utilitaire, religieuse, magique, chamanique ou guerrière ?

 

 

Nous avions remercié Monsieur Philippe Drillien, président de l’Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos (Philao), pour sa contribution à notre précédent article (1). Sa revue Philao dans son numéro du 2e trimestre 2018 nous dote d’un très intéressant article de M. Jacques de Guerny ...

 

 

 

... qu’il nous a communiqué avec son obligeance coutumière : « Le tambour de bronze est le témoin modeste d’une belle aventure humaine » dont les conclusions, nous le verrons, vont nous ouvrir une porte vers une explication à ce jour inédite (2).

Il a par ailleurs eu l’obligeance de transmettre note précédent à Jacques de Guerny qui apporte quelques éclaircissements dans un courrier du 1er mai auquel nous ferons références avec leur autorisation, ce dont nous les remercions.

 

 

La première étude sur ces tambours, qui ne sont pas, et de loin, spécifiquement siamois, peut-être même pas asiatiques, est celle d’un ethnologue autrichien, Franz Heger qui, en 1902, en a connu et étudié 165 provenant de la Chine et de la péninsule indochinoise, quelques-uns du Siam, provenant d’achats, de cadeaux ou de découvertes fortuites dans des bonzeries ou des minorités ethniques (3). A partir de ces 165 tambours, il établit une classification en quatre types qui à ce jour fait toujours autorité et qui porte le nom de « Heger I, II, III et IV », classification établie en fonction de leurs caractéristiques extérieures, formes et décorations qui firent l’objet de deux volumes (Alte metaltrommeln aus Südostasien) publiés à Leipzig en 1902.

 

 

Elle a été complétée par une étude d’Henri Parmentier qui a porté ce nombre à 188 après avoir eu accès à de nombreuses collections privées. Il compléta cette étude quelques années plus tard à la suite d’autres découvertes (4). Dans la classification de Franz Heger le type I, fondamental, est le plus ancien, il est celui du Musée Guimet, il semble être celui de nos tambours Isan de Dontan et de Nakae. Il semble aussi être celui du tambour découvert sur l’île de Samui (เกาะสมุย) aujourd’hui sur le continent au musée de Chaiya (ไชยา)

 

 

et d’un autre découvert à Narathiwat (นราธิวาส) et présentement au musée de Chumphon (ชุมพร). Ils ne proviennent pas de l’Isan mais de la côte Est du golfe de Siam, ils dateraient tous des débuts de l’âge du bronze.

 

 

Les tambours de la nomenclature II, III et IV seraient plus récents. Jacques de Guerny qui, pendant trois ans en a examiné dans de nombreux musées, en Europe ou en Asie, exposés ou dans la poussière des réserves nous apprend que ceux qui proviennent du Siam sont en général du type III donc assez tardifs.

 

Heger III -  collection Philippe Drillien :

 

 

 

 

LA DATATION

 

On leur a pendant longtemps attribué une origine Vietnamienne :  à partir de 1924, l’Ecole Française d’Extrême-Orient de Hanoi a entrepris à Dongson un village de la province du Thanh Hoa au Nord-Viêt-Nam, sur la rive droite de la rivière Song Ma – une série de fouilles qui livrèrent une nécropole de 200 sépultures contenant de nombreux tambours de bronze, présentant une étroite parenté avec le tambour dit « Moulié » du nom du collectionneur son propriétaire (celui du Musée Guimet) et contemporain de celui-ci. Ils furent dès lors appelés « dongsoniens ».

 

 

Le lit du Song Ma aurait occupé l'emplacement d'un ancien village de fondeurs construit sur pilotis.

 

 

Cette découverte d’une culture jusqu’alors inconnue, tout comme celle du tambour de Dontan, fut fortuite. A l’occasion  de l’érosion, un villageois de Dongson récupéra un grand nombre d’objets parmi lesquels figuraient des tambours de bronze après l’érosion du sol par le cours d’eau du fleuve Ma. Il les revendit à l’archéologue Louis Pajot qui n’hésita pas à rapporter ce fait à l’Ecole Française d’Extrême Orient et demanda d’être de tous les travaux d’exhumation du site. Cette découverte avait été précédée de découverte ponctuelle de tambours à partir de 1902 et 1903 acquis par l’Ecole dans diverses bonzeries. Ils furent alors datés par certains du Ve au IIIe siècle avant J.C. et par d’autres du VIIe  au VIe siècle avant notre ère. Ils se seraient de là répandus par la voie du commerce maritime chinois ce qui explique leur présence sur les rives du golfe de Siam (Narathiwat) ou sur l’île de Samui, colonisée par les Chinois du Hainan à une époque indéterminée mais plus difficilement sur les rives du Mékong et plus encore à l’intérieur des terres.

 

 

L’âge du bronze marqua une innovation révolutionnaire marquant des connaissances technologiques de haut niveau : extraire et réduire le cuivre qui n’existe pas à l’état natif du minerai à une température de l’ordre de 1.100 degrés, la température étant activée en soufflant de l’air par des soufflets en peau, 10 kilos de minerai produisant 1 kilo de métal pur en utilisant une énorme quantité de charbon. L’opération est à peu près similaire pour l’étain qui n’existe pratiquement pas à l’état natif. Il fallut encore savoir  (comment l’apprirent-ils ?) que le mélange de cuivre et d’étain durcissait le cuivre, le mélange s’effectuant également dans une proportion (variable) d’environ 20% d’étain toujours à haute température. Les difficultés sont les mêmes lorsque le plomb remplace l’étain. La difficile  technique de la « cire perdue » permet alors la confection des objets en bronze. La métallurgie est alors devenue un art mais la distinction entre l’artisan et l’artiste est un concept essentiellement moderne.

 

 

Or, la civilisation  du bronze commence au Siam, en l’état actuel des recherches, à Ban Chiang (5). De nombreux objets en bronze, datés approximativement d’il y a 2.500 ou 3.000 ans, y ont été découvertes mais à ce jour pas de tambours de bronze. Est-ce à dire qu’ils étaient inconnus ? Le site protohistorique se situe à plusieurs mètres de profondeur en dessous du village actuel, habitations et rizières qu’il faudrait évidemment raser pour y effectuer d’autres hypothétiques découvertes ce qui est difficile à concevoir. Les mouvements du sol régurgitent régulièrement des vestiges de poteries qui suscitent un petit trafic de fragments de vaisselles probablement plus ou moins toléré tant qu’il ne s’agit pas de pièces exceptionnelles, il est difficile d’en dire plus (6). Disons – en première analyse – que nos tambours ne proviennent pas d’une fabrication locale mais c’est une affirmation qu’il nous faudra sérieusement moduler au vu des investigations de M. Jacques de Guerny comme nous le verrons en conclusions.

 

 

En ce qui concerne la datation de ces tambours, des questions se posent auxquelles nous n’avons pas la réponse : Elle se fait le plus souvent par références à la nomenclature Heger : si le tambour est du type « Heger I », il est le plus ancien. Il existe probablement des procédés scientifiques plus précis  pour déterminer avec une marge d’erreur de quelques centaines d’années, ce qui est largement suffisant en l’occurrence l’âge de ces pièces de musée : thermoluminescence (utilisée pour dater les poteries de Ban Chiang), analyse du degré d’oxydation ? Le carbone 14 utilisé pour les ossements est évidement inopérant en l’occurrence faute de corps organique dans le bronze. Ont-ils été utilisés pour analyser certains de ces tambours ? Nous n’en avons pas trouvé trace. Sur le site de Dongson, les datations au radiocarbone effectuées sur les tombes mais non sur les tambours indiquent que celles-ci dataient de 2.480 ans avec une marge d’erreur de plus ou moins 100 ans. Il faut noter chez les Dongsoniens une connaissance approfondie de la technique du bronze puisqu’ils savaient trouver un alliage approprié pour chaque type d'objets fabriqués. Dans les armes trouvées sur le site la teneur du plomb est moindre et celle d'étain plus importante ce qui leur confère un degré de dureté assez remarquable pour l’usage qu’ils en faisaient. Ces analyses n’ont pas à notre connaissance été effectuées sur nos tambours siamois ?

 

Pour Jacques de Guerny, le tambour de Mukdahan est bien du type « Heger I », « caractéristique de la culture dite de Dongson, avec ses "trous" et ses crapauds, née au sud du bassin du Fleuve Rouge (futur Vietnam/Tonkin) » (courrier du 1er mai).

 

Signalons une pomme de discorde entre les scientifiques vietnamiens et les chinois qui revendiquent la création des premiers tambours de bronze dans la Chine méridionale avant ceux de Dongson, paternité discutée qui ne présente pour nous guère d’intérêt dans la mesure où par la suite ils se répandirent dans une immense zone géographique comprenant la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, la Birmanie, l’Indonésie jusqu’aux îles de la Sonde orientale mais relèvent des parentés culturelles certaines entre des populations protohistoriques à première vue très différentes mais quasi contemporaines (7). Ne discutons pas du point de savoir si la première civilisation du bronze en Asie du sud-est est celle de Dongson ? Elle pourrait tout aussi bien être celle de Banchiang qui l’a peut-être précédé ?

 

 

Nous restons donc à Heger. La facture de la pièce donne au moins de solides présomptions de datation mais ne nous indique malheureusement pas à quelle date elle a pu arriver sur le site si elle n’a pas été fondue sur place. Vietnamiens et Chinois continuent à y faire référence même si les uns et les autres ont défini des sous-catégories.

 

LEUR UTILISATION

 

En 1918, Parmentier (4) parlait du flou qui régnait à ce sujet. Il semble que nous n’avons guère évolué depuis un siècle. Jacques de Guerny parle des « mystères qui entourent l’odyssée de ces tambours, odyssée qui dure depuis 2500 ans, et qui n’a pas encore livré tous ses secrets ».

 

Quelques précisions vont peut-être nous éclairer. Leur première caractéristique est (évidemment) d’être creux. Ils sont ensuite, avons-nous vu, légers (1). Si l’on compare celui de Dontan dont les dimensions sont exceptionnelles par rapport à d’autres de mêmes dimensions expertisées par Heger, son poids ne doit pas dépasser 80 kilos et 15 pour celui du musée de Khonkaen.

 

 

Ils sont fins, jamais plus de 2,5 mm,  ce qui dénote de grandes difficultés d’exécution (8).  Ils portent tous des anses ce qui permet de les transporter sans difficultés soit en bandoulière, soit avec des brancards ou des chaines pour les plus lourds soit encore de les suspendre ou encore de les hisser sur un éléphant de guerre.

 

Photographie communiquée par Philippe Drillien :

 

 

Diverses hypothèses ont été émises, elles ne sont d’ailleurs pas forcément contradictoires entre elles.

 

Il est vraisemblable que l’on soit parti de l’utilitaire, une marmite dont les Dongsoniens s’aperçurent qu’elle résistait mieux au feu du charbon que les récipients en terre cuite ? Les anses permettent alors de retirer la soupe du feu sans se bruler les doigts. Cette utilisation pratique initiale n’est pas invraisemblables mais pose la question de savoir si les Dongsoniens prirent le souci de décorer méticuleusement le cul de leur marmite, la partie qui va au feu ? Peut-être un jour des fouilles laisseront apparaître un tambour-marmite portant encore des traces de noir de fumée ce qui aura le double avantage de confirmer cette hypothèse et de permettre une datation précise au carbone 14 ? (9).  Cette utilisation primaire n’est par ailleurs pas contredite par la présence de quatre grenouilles sur le tympan, elles ne s’y trouvent pas toujours et pourraient par ailleurs avoir été ajoutées plus tardivement en vue d’une autre utilisation ce qui est plausible (10).

 

 

Jacques de Guerny nous dévoile la suite avec une grande logique : « Au départ, il faut imaginer tout simplement un objet utilitaire ; peut-être même une sorte de récipient, on dirait aujourd’hui une marmite. Et puis, un jour, on a retourné cette marmite, on a frappé sur son métal pour en faire naître des sons. Et c’est cette fonction que l’on va petit à petit privilégier. La casserole s’est métamorphosée en instrument de musique. Et encore aujourd’hui, j’ai pu retrouver dans les montagnes proches du pays Shan, chez les ethnies Kayahs, (en Birmanie) des villageois qui jouaient encore de la musique sur cinq tambours, suspendus les uns à côté des autres ».

 

 

Nos Dongsoniens se sont alors vite aperçu que la sonorité de leur tambour variait en fonction de sa taille. S’ils utilisaient auparavant des tambours de bois et de cuir (Buffalo ou éléphant), les constatations furent rapides, plus solides et plus sonores, ils sont insensibles aux outrages du temps et aux pluies tropicales néfastes pour les peaux qu’ils distendent.

 

 

La marmite est devenue tambour. « Eh oui, le tambour de bronze, quoi que l’on en pense aujourd’hui, est un véritable instrument de musique » nous dit Jacques de Guerny. Voilà bien une réflexion frappée du bons sens, la chose du monde la moins partagée quoiqu’en ait dit Descartes. Un tambour sert donc à tambouriner ! Mais dans quelles conditions ? Il semble que l’utilisation militaire ait donc suivi en parallèle celle de la cuisine. Dans les armées, fussent-elles les plus primitives, la transmission des ordres est limitée par la perception de ceux qui les reçoivent. Le tambour avant le clairon permet donc de répercuter musicalement les ordres donnés, mieux que la voix humaine ou les gestes car les champs de bataille sont potentiellement bruyants. Utilisés sur les champs de bataille ils permettent de diriger et de galvaniser les troupes par des rythmes distincts, la marche, la charge, l’attaque, la retraite. Ils peuvent aussi servir de signal et de moyen de communication, l'on entend leur rythme sourd à 40 kilomètres à la ronde, de jour, de nuit, en dehors de toute considération climatique ou du barrage d’une jungle épaisse qui interdit les signaux optiques. Il faut bien évidemment faire référence à une utilisation légendaire que nous rapporte déjà Parmentier (4) : « Ces tambours, non étudiés en Europe avant 1883, étaient recueillis depuis longtemps dans les collections chinoises ; ils y sont d'habitude attribués à un général légendaire des Han, Ma Yuan, le Ma Vien des Annamites, qui vivait, vers le début de l'ère chrétienne. On rapporte qu'il installait ces tambours dans les cascades du Sud de la Chine, pour tenir en respect les montagnards rebelles; trompés par le bruit de l'eau qui frappait le métal, ils croyaient entendre les troupes chinoises et se tenaient cois ». Cette légende, mais en était-elle bien une, est rapportée par le roman de Jean Lartéguy qui fit découvrir les tambours de bronze au grand public il y a plus de 50 ans (11).

 

 

S’agit-il bien d’une « histoire légendaire » comme le dit Parmentier ? A défaut de chutes d’eau, le son lancinant des tambours (tams-tams) martelés des nuits entières par les Zoulous du grand Chaka, créateur d’un immense royaume, était destiné à harceler et angoisser les ennemis en leur faisant perdre le sommeil.

 

 

Les Apaches de Géronimo utilisaient la même stratégie de harcèlem ent nerveux et  auditif à l’encontre des tuniques bleues.

 

 

La seule marche des lansquenets au son de leurs hauts tambours suffisaient à faire fuir les populations.

 

 

Le seul son des tambours des dragons de Turenne suffirent à terroriser le Palatinat.

 

 

En dehors de leur utilisation peut-être initialement comme marmites et ensuite comme tambours probablement de guerre, Parmentier nous semble être le premier à s’y être intéressé sans faire allusion à ces deux premiers paramètre. Que nous dit-il ? « Suivant une autre version moins fantaisiste, ces tambours auraient été donnés aux chefs des tribus en signe d'investiture, et peut-être doit-on rapprocher de cette tradition l'importance considérable des gongs de cuivre chez les sauvages de la Montagne annamitique, en particulier chez les Bahnars ; le nombre des tam-tams y est en certains lieux le signe extérieur de la richesse et de la puissance » (12). Il s’agirait alors en quelques sortes de « régalia » sur lesquels nous allons y revenir. Parmentier ajoute car il n’aime pas les légendes : « Pour avoir écarté ces histoires légendaires, les Européens ne sont pas arrivés cependant à des présomptions bien solides sur l'origine de ces tambours et leur fonction même est inconnue. La présence de grenouilles sur le plateau fait supposer que ces objets ont pu jouer le rôle de tambours de pluie et leur bruit, comparable aux roulements du tonnerre, peut avoir été utilisé pour tenter de mettre fin aux sécheresses ». Cette utilisation qui nous fait passer du matériel au rituel est signalée pour la première fois en 1902 par l’orientaliste batave Jacob Maria De Groot (3).

 

 

Sommes-nous plus éclairés un siècle plus tard ? Il est une réalité qui ne doit pas nous échapper, il s’agit encore de faire appel non pas à notre bien modeste science mais au bon sens : L’aire d’expansion des tambours de Dongson est immense, elle s’étend sur plus de 2.500 kilomètres du nord au sud, depuis les Etats shans en Birmanie jusqu’aux Indes-orientales en passant par le Tonkin, le Siam et la Malaisie. Il n’y a pas de contradiction entre les différentes hypothèses qui peuvent recouvrir des utilisations différentes mais non contradictoires sur plusieurs centaines d’années. Pour autant que les tambours soient bien nés à Dongson, ils se sont de là  répandus dans toute la péninsule indochinoise jusqu’à l’Insulinde pendant des siècles. « Une conquête qui durera des siècles et des siècles, jusqu’à aujourd’hui, puisque l’on fabrique encore maintenant, des tambours à Java » nous apprend Jacques de Guerny (2). Le rôle des navigateurs marchands du sud de la Chine et des échanges commerciaux y a contribué.

 

 

Il nous précise encore  « Comme la plupart des tambours retrouvés dans les (futurs) Laos et Thaïlande aux abords du Mékong, principale artère fluviale de leur dispersion dans toute la péninsule Indochinoise entre la fin de l’ère précédant la nôtre et le début de la nôtre. La culture dite Banchiang est bien antérieure et distincte, celle dite Isan plutôt postérieure » (courrier du 1er mai).

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Tambours de pluie ? Ce rôle est privilégié par Jacques de Guerny : la destination première de ces tambours est leur rapport avec la pluie. Les battements des tambours, s’ils faisaient fuir les ennemis, suscitaient également le coassement des batraciens dont toutes les civilisations agricoles savent qu’ils sont annonciateurs de la pluie, précieuse dans une civilisation essentiellement rizicole. La question de savoir si les frappes des mailloches sur les tambours suscitent ces coassements reste posée. Ils auraient donc été utilisés pour les cérémonies primordiales d'invocation à la pluie. Les utilisations rituelles, parallèles ou postérieures ou antérieures les auraient mobilisés pour les naissances, les mariages et les cérémonies funéraires ? Ce sujet a été développé par l’ethnologue Yves Goudineau, nous nous contentons de le citer car il nous semble qu’il n’a pas toujours assimilé le conseil de Boileau « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement … »  vers lequel devrait tendre tous ceux qui écrivent sur des sujets arides (14).

 

 

Leur dispersion géographique a été expliquée par une autre fonction, celle d’instruments du culte chamanique (15). La définition du chamanisme que donne Pierre Larousse nous a quelque peu interpelée (16) : « Le chamanisme est la religion idolâtrique des Tatars, des Mongols, des Samoïèdes, et de quelques autres peuples septentrionaux de l’Europe et de l’Asie russe. Les chamanistes adorent un être suprême habitant le soleil mais qui  indifférent aux actions des hommes et abandonne le gouvernement de l’univers à une multitude de divinités secondaires divisées en bons et en mauvais génie. Le plus puissant d’entre ces derniers est Chaïlan (Satang). Sa méchanceté est excessive et ne peut que difficilement par des chamans ou prêtres qui ont le pouvoir d’appeler ou de chasser les démons au moyen de diverse jongleries et surtout au son d’une espèce de tambourins sacrés qui ne les quitte jamais. Ces prêtres connaissent l’avenir, rendent des oracles, expliquent les songes, etc… Seuls avec les héros, ils deviennent après la mort les conseillers des dieux. Pour les autres hommes, l’autre vie est pleine de misères et d’amertume. Les sectateurs de ce culte grossier n’ont point de temples.  Ils accomplissent leurs rites sauvages et bizarres la nuit dans la campagne et autour d’un grand feu. Ils croient que la femme est impure et que le monde ne finira point ».

 

 

Mais si l’origine des tambours est chamaniste, elle soulève un autre problème que Looft-Wissowa n’aborde que sur la pointe des pieds, c’est que le chamanisme n’est probablement pas né dans le nord de la péninsule indochinoise et y aurait été importé avec ses instruments rituels mais d’où ? Looft-Wissowa a le mérite, même s’il considère cette théorie comme « presque infâme » (almost infamous) de citer la version de l’ethnologue autrichien Robert von Heine-Geldern qui fait référence à des vagues successives de la « migration pontique », les migrations indo-européennes à partir de la fin de deuxième millénaire avant notre ère en direction de l’Est, venues de l’Europe de l'Est, des Balkans voire de la Scandinavie (19). « Scandinavie, matrice des nations – scandinavia vagina gentium » écrivait l’historien Jordanès au VIe siècle. Nous retrouverions ainsi les Vikings dans la péninsule à une date bien antérieure à celle que nous supposions (20) ?

 

 

Looft-Wissowa conteste avec force cette interprétation au vu d’une argumentation fondée essentiellement sur l’interprétation des décorations gravées sur les tambours. Elle nous dépasse même si elle nous a semblé quelque peu fuligineuse ? Nous allons toutefois voir qu’elle va peut-être dans le sens d’un « politiquement correct » explicable mais mal venu dans ce cadre purement historique ?

 

 

Looft-Wissowa nous donne une autre explication non dépourvue d’intérêt sur le rôle de régalia de ces tambours qui rejoint celle de Parmentier. Ils auraient été initialement utilisés pour l'investiture d'un roi et ceux trouvés dans toute la péninsule n’auraient pas été fabriqués localement mais quelque part dans le nord de l'Indochine. Ils sont en quelque sorte des regalia, signes du pouvoir royal et probablement charismatique qu’explique le désir de chefs du tribus lointains de devenir rois en obtenant un grand tambour de bronze de l'autorité rituelle mais non politique située quelque part dans le nord de la péninsule indochinoise (21). Celle-ci, sans être à la tête d’un empire au sens où nous l’entendons aujourd’hui auraient eu le pouvoir de distribuer des regalia … Il faut supposer l'existence d'un réseau de connexions socio-rituelles en Asie du Sud-Est, centré autour d'une autorité, quelque part dans le nord de la péninsule indochinoise, comme celui de la papauté en Occident qui pendant des siècles accordait des couronnes du haut de son pouvoir spirituel sans avoir de pouvoir temporel. Notre auteur imagine alors un va-et-vient d’ambassades de chefs tribaux venus de toute les parties d'Asie du Sud-Est cherchant par l'obtention d'un tambour à devenir rois et s'intégrer dans un une structure mystique plus large transcendant leurs propres limites temporelles et, à l’inverse, le « Saint-Siège » pouvait aller distribuer ces tambours en des endroits lointains dans le même but (22). Lorsque les Chinois envahirent le nord du Vietnam à de multiples reprises dès avant le début de notre ère, leur premier souci fut de confisquer et de  détruire les tambours de bronze des chefs locaux pour les priver des signes de leur pouvoir politique nous apprend  Looft-Wissowa.

 

 

Il est significatif de relever l'utilisation par les dirigeants vietnamiens de tambours, de toute évidence pour légitimer leur pouvoir au moins à l’égard des lettrés qu’ils n’ont pas massacrés en 1975. Looft-Wissowa nous offre ainsi une reproduction de la succulente affiche célébrant le 50e anniversaire du Parti Communiste Indochinois montrant le tympan d'un tambour de Dongson sur lequel certains motifs de décoration ont été changés, l’étoile centrale étant remplacée par le marteau et la faucille !

 

 

Il est suave d’imaginer que l’un des palladiums du Vietnam national communiste aurait pu être importé il y a trois mille ans par des « barbares blancs » venus de l’Ouest dans le cadre des grandes migrations des Indo-européens il y a quelques milliers d’années ! L’hypothèse est évidemment provocatrice et l’on conçoit que Looft-Wissowa ne l’aborde que sur la pointe des pieds.

 

 

Ces trop longs prolégomènes nous ont permis d’analyser de façon très sommaire ce qui ne sont jusqu’à ce jour que des hypothèses et des incertitudes. La littérature au sujet des tambours est surabondante. Ceux qui sont intéressés trouveront  dans la lecture des ouvrages cités en note et la liste de nos sources en fin d’article, tous ouvrages numérisés, de quoi satisfaire leur curiosité.

 

Jacques de Guerny nous permets toutefois d’entrer dans le concret. Il nous parle évidemment du passage de l’usuel au rituel tout en privilégiant, avons-nous dit, les rapports des tambours (parfois appelés « les tambours aux grenouilles »). Mais il nous rappelle que les tambours ne sont pas seulement des reliques conservées dans les musées thaïs ou plus religieusement dans le temple central de Dontan : Nous avons parlé de leur utilisation rituelle toujours présente en Thaïlande au XXIe siècle dans le cadre des « cérémonies d’état » longuement analysées en 1931 par Horace Geoffrey Quaritch Wales, conseiller des rois Rama VI et Rama VII dans une étude qui fait toujours autorité (23).

 

 

Mais – noblesse oblige – les tambours ne sont plus seulement de bronze, ils sont également d’or et d’argent. Jacques de Guerny nous dit : « Il paraît cependant important de noter le caractère sacré qu’a pris le tambour en Thaïlande. Utilisé comme instrument de musique, il rythme toutes les grandes cérémonies royales. Tous les souverains ont accompli les rites sacrés, soutenus par leurs sons graves. Les tambours étaient au premier rang du cortège funéraire lors des cérémonies de la crémation du roi Rama IX, en octobre dernier (2017).

 

Notre ami Philippe Drillien nous écrit « En 1972, j'ai visité le Wat Phra Kéo de Bangkok. A un moment, des « officiels » Thaïs ont apporté des tambours en or (5, si je ne me trompe pas) et les ont déposés à quelques mètres de moi. Puis le Roi est arrivé (accompagné de la Reine, si j'ai bonne mémoire); il a discuté un peu avec des touristes Français. Je me suis rendu compte qu'il parlait très bien notre langue (je ne savais pas alors qu'il avait suivi des études en Suisse). Je ne me souviens plus de la suite et ne suis pas sûr d'avoir entendu le roulement des tambours. Peut-être suis-je parti trop tôt ??? »

 

Ces tambours sont-ils toutefois bien d’or et d’argent ? Jacques de Guerny est dubitatif : Les « tambours en or ou en argent sont de bronze d'origine Birmane/Heger III), peints en partie par les Siamois adorant ce clinquant (à voir au Musée National de Bangkok en particulier) » (courrier du 1er mai).

 

Nous les verrons de toute évidence lors du sacre du Roi Rama X dont la date n’a pas encore été fixée.

 

 

Jacques de Guerny va nous permette d’avoir enfin une certitude quant à l’origine de nos tambours de l’Isan ou tout au moins une certitude à 999,99 ‰ qui balaye nos hypothèses antérieures : « Mais peut-être ma découverte la plus intéressante, a été, d’abord à Savannakhet, où le musée conserve six tambours, puis, ayant remonté la route 9 qui se dirige vers le Vietnam, j’ai pu retrouver la trace de très anciens tambours autour du village de Villabouly.

 

 

En 2005, lors de recherches minières dans la région, deux très beaux tambours anciens, furent mis au jour, accompagnés de lingots de cuivre ou de bronze, le tout datant de la fin de l’ère précédant la nôtre. Donc une découverte pleine d’espoir, qui pourrait révéler une fabrication locale de tambours.

Or, les mines d’étain sont connues au Laos depuis les premières explorations, repérées en 1867 par la mission Doudard de Lagrée : les mines de la vallée du Nam Patène sont situées dans la région de Thakkhek dans la province de Kammouan, sur les rives du Mékong (24). Les recherches minières auxquelles fait référence Jacques de Guerny à Vilabouly dans la province de Savannakhet, sont celles des mines de Sepon, mines de cuivre (et également d’or) à ciel ouvert. Elles sont exploitées ou plus vraisemblablement remise en exploitation en 2003. S’agissant de mines à ciel ouvert, la présence de minerait de cuivre était de toute évidence connue depuis des temps immémoriaux. Les tambours du musée de Savannakhet ont été découverts pour partie en 2001 dans le district de Sépon et partie en 2008 le long des berges du Mékong. Comme nous le savons, cuivre + étain = bronze. Nous parlions d’une certitude à 999,99 ‰ ? Le tambour de Dontan-Mukdahan a été découvert sur les rives du Mékong …face à Savannakhet, celui de Nakae sur les rives du Mékong dans la province de Nakonphanom… face à Thakkhek. Le long du Mékong, les deux sites ne sont distants que l’environ une cinquantaine de kilomètres.

 

 

Si nous constatons enfin que l’un des tambours de Vilabouly présentement au musée de Vientiane, dont Jacques de Guerny nous donne la photographie nous semble bien être du type Heger I, le plus ancien, il nous semble évident que nos tambours de l’Isan ne proviennent ni de Dongson et encore moins de Scandinavie. Il y avait donc à l’époque protohistorique des ateliers locaux de fabrication de tambours destinés aux deux rives du Mékong en parallèles (en concurence ?)  à ceux de Dongson. Si nous restons sur des hypothèses en ce qui concerne l’utilisation de ces tambours de l’Isan, nous avons notre certitude sur leur origine… à 999,99 ‰ (25). 

 

Photogrqphie de Jacques de Guerny :

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 255 - LE MYSTÉRIEUX  GRAND TAMBOUR DE BRONZE DE MUKDAHAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

 

(2) Cet article est la présentation de son ouvrage « Les tambours de bronze de l’Asie du Sud-Est » (octobre 2017 - 978-2-37701-007-3) que la revue nous présente comme suit « Philao l’a rencontré à Bangkok, à la Librairie du Siam et des Colonies. Avec son enthousiasme habituel, l’écrivain, qui est également adhérent de notre Association, nous a présenté son très bel ouvrage de 224 pages, agrémenté d’une superbe et rare iconographie en couleurs, dans lequel il révèle les mystères qui entourent l’odyssée de ces tambours, odyssée qui dure depuis 2500 ans, et qui n’a pas encore livré tous ses secrets ».

 

(3) Cette étude a été publiée à Leipzig chez K. W. Hiersemann  sous le titre « ALTE METALLTROMMELN AUS SÜDOST-ASIEN » (« Les anciens tambours de métal de l’Asie-du sud-est »). Elle fait toujours autorité bien qu’elle date de 1902.

Les tambours de bronze étaient toutefois déjà connus dans les « cabinets » des collectionneurs. Le premier signalé en Europe semble avoir été celui ramené des Indes-orientales par l’explorateur et naturaliste Georg Everhard Rumphius en 1683 et offert au grand-duc de Toscane. Il en fait la description ainsi que d’un autre découvert à Bali dans son ouvrage de 1705 : « DAMBOINSCHE RARITEITKAMER, OF EENE BESCRYVINGE VAN ALLERHANDE SCHAALVISSCHEN; BENEVENS DE VOORNAAMSTE HOORNTJES en SCHULPEN, ALS OOK ZOMMIGE, MINERAALEN, GESTEENTEN, ENZ ». L’ouvrage est remarquablement illustré de nombreuses gravures sur bois mais malheureusement les tambours y sont absents. Le jargon utilisé à Amsterdam à cette époque nous est complétement inaccessible.

 

 

Il semble que ce tambour soit celui connu sous le nom de « tambour de Vienne » qui se trouvait en 1940 au Musée des Arts et Métiers de cette ville et longuement décrit par Victor  Goloubew (« Le tambour métallique de Hoàng-ha ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient.  Tome 40, n°2, pp. 383-409).

 

 

Quelques études ponctuelles portent sur les tambours de bronze avant celle d’Heger, par exemple celle de l’Allemand J. M. De Groot « Die antiken Bronzepauken im ostindischen Archipel und auf dem Fesllande von Sùdoslasien » (Les anciens tambours de bronze des Indes-orientales et de l’Asie du sud-est) publiée en 1901 et analysée dans le Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. tome 2, 1902. pp. 215-218;

 

(4) « Anciens tambours de bronze » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 18, 1918. pp. 1-30 et « Notes d'archéologie indochinoise. IX, Nouveaux tambours de bronze » .In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 32, 1932. pp. 171-182.

 

(5) Voir notre article 9 « La Civilisation est-elle née en Isan ? » : http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

 

(6) Les villes actuelles d’Aix-en- Provence, Vaison-la-Romaine et Arles par exemple se situent sur l’emplacement des anciennes villes romaines. On ne peut les défoncer pour complaire aux archéologues même si les découvertes en sous-sol y sont fréquentes.

 

 

(7) Sur tout cette histoire, le site d’un chercheur au CNRS d’origine vietnamienne datée d’octobre 2016 est fondamental :

https://www.vietnammonpaysnatal.fr/trong_dongson/

Voir aussi Pham Tran Han : « Vietnam, my father land », 2014, le chapitre Dongson culture  pp. 171-188.

On connait en réalité peu de choses sur la culture Dongsonienne nous apprend-t-il : les recherches entamées au début du XXe siècle par les Français, ont été suspendues les longues années de guerre entre 1945 et 1975. Les recherches et les fouilles n’ont été reprises qu’à partir de 1980. L’ouvrage de H. R. VAN HEEKEREN « THE BRONZE- IRON AGE OF INDONESIA » de 1958 ne se limite pas à la seule Indonésie et nous dote d’un intéressant chapitre sur la culture dongson.

 

 

(8) Les contrefaçons probablement venues de Chine sont beaucoup plus épaisses donc plus faciles à travailler- les tambours anciens n’ont jamais une épaisseur supérieur à 3 mm - et beaucoup plus lourdes – toujours 30 kilogrammes au minimum - pour utiliser massivement le plomb au lieu de l’étain.. La raison en est doublement simple : Si le plomb fond à  peu près à la même température que l’étain, environ 300 degrés, sa densité est environ de 11,5 alors que celle de l’étain est d’environ 7,3. Par ailleurs, au cours du marché au début de l’année 2018, le cours de l’étain était à 21.000 dollars la tonne et celui du plomb à 2.500. Le vieillissement artificiel se fait aux vapeurs d’ammoniaque. L’œil d’un expert ne s’y trompe parait-il pas ? On trouve d’ailleurs sur Internet des « produits pour vieillir le bronze » mais pas encore de produits pour rajeunir les faussaires. Imitation ou contrefaçons ? Ce n’est pas nouveau puisque P.P écrit en 1903 : « Les tambours provenant de Chine se sont beaucoup multipliés dans ces dernières années. Peut-être faut-il faire à leur sujet quelques réserves. Alors que je n'avais sur cette question qu'une information très superficielle, je me rappelle avoir vu à Pékin dans certaines famille mandarinales des spécimens si beaux et si abondants qu'à défaut des sauvages les Chinois doivent aujourd'hui se charger de la fabrication » (Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 3, 1903. pp. 356-357).

 

 

(9) Les Anglais d’ailleurs parlent plus volontiers de « Bronze kettle-drum » c’est-à-dire de « timbale en bronze » plus volontiers de « Bronze drum » (« tambour de bronze »).

 

 

(10) Voir en ce sens Sylvia Fraser-Lu « Frog drums and their importance in Karen culture » in Arts of Asia,  septembre-octobre 1983 in :

http://www.lasieexotique.com/page/LasieExotique-mag_frogdrums.html

(11) Jean Lartéguy « Les tambours de bronze », presse de la cité, 1965.

(12) Rappelons qu’il s’agit de la région de « territoires sans maîtres » de la chaine annamitique dans laquelle l’aventurier français Marie David dit « de Mayrena » avait cherché à se tailler un royaume : voir notre article « UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/10/un-francais-marie-ier-roi-in-partibus-des-mois-et-des-sedangs-gloria-in-excelsis-maria.html

(13) Sur ce sujet, voir Bérénice Bellina « Development of maritime Trade Polities and diffusion of the “South China Sea Sphere of Interaction pan-regional culture”: The Khao Sek excavations and industries », 2017 :  https://hal-univ-paris10.archives-ouvertes.fr/hal-01655724.

 

(14)  Yves Goudineau :  « Tambours de bronze et circumambulations cérémonielles [Notes à partir d'un rituel kantou (Chaîne annamitique) »  In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient.,  tome 87 - 2, 2000. pp. 553-578 :  « Non seulement des caractéristiques morphologiques comparables apparaissent entre ceux-ci et l'organisation sociale et symbolique kantou, mais une « orientation » commune se révèle, marquée par le sens des circumambulations qui précèdent tout sacrifice collectif de buffles. Du reste, quand ils en possèdent, les villageois kantou perçoivent les tambours de bronze comme l'expression de la mise en place d'une totalité organisée. Mais, loin d'être l'image inerte d'une structure, une capacité dynamique y est inscrite qui se révèle dans un cadre sacrificiel. Placés au centre de l'aire sacrée, ce sont eux qui règlent le pas des circumambulations nécessaires à toute refondation cosmogonique rituelle ».

 

(15) Voir Helmut Herman Ernest  Looft-Wissowa « Dongson Drums : Instruments of Shamanism or Regalia ? »  In: Arts asiatiques, tome 46, 1991. pp. 39-49;

 

(16) « Grand dictionnaire universel du XIXe siècle », tome III, V° chamanisme.

 

(17) La grande migration des Hmongs vers les pays occidentaux fut une mine d’or pour les ethnologues et linguistes en mal de sujet de thèse : Voir ainsi « ALLONS FAlRE LE TOUR DU ClEL ET DE LA TERRE - Le chamanisme des Hrnong vu dans les textes » (1981) par Jean Mottin, qui nous a été communiqué par notre fidèle lecteurs, M. Jean-Michel Fournier précédé par un très érudit article de l’ethnologue Guy Moréchand  « Le Chamanisme des Hmong »  in : Bulletin de I ‘École Française d'Extrême-Orient, Tome LIV, Paris, 1968, pp. 53-294. Ces deux auteurs ont le mérite de parler couramment la (ou les) langues Hmongs. Nous ne connaissons évidemment rencontré aucun érudit que sache le langage des Dongsoniens qui n’a laissé aucune trace écrite.

 

 

(18) H. G. Quaritch Wales « Prehistory and Religion in South-East Asia » Londres, 1952, pp. 65-108.

 

(19) Robert Heine-Geldern « Bedeutung und Herkunft der âltesten hinterindischen Metalltrommeln (Kesselgongs) » (Signification et origine des plus anciens tambours métalliques (tambours de bronze). Ce texte a été publié en 1933. La date ne doit pas nous tromper. L’auteur ne répand pas des idées à la mode à cette époque sur la race aryenne : professeur à l’Université de Vienne, il se réfugia aux États-Unis en 1938 pour fuir le régime qui venait de s’y instaurer. Nous n’avons malheureusement pas pu avoir accès à cette source.

 

 

(20) Voir notre article A 53 « Histoire mystérieuse de la Thaïlande : Les Vikings au Siam ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-53-histoire-mysterieuse-de-la-thaialnde-les-vikings-au-siam-97571778.html

 

(21) Il semble acquis qu’à l’âge du bronze, le structure politique de base, la tribu, ne comportait que quelques petites centaines de personnes, une famille au sens large.

 

(22) N’évoquons pas dans notre pays le pouvoir de la papauté puisque le roi de France s’est toujours considéré comme « empereur en son royaume ». La formule est attribuée à Philippe-Auguste qui avait toujours refusé de se soumettre à l’autorité pontificale. Nous préférons faire référence à notre histoire et à celle de Clovis, chez de guerre d’une tribu barbare, celle des Francs-saliens, obtenant sa légitimité non pas de ses victoires militaires, non pas du Pape mais de l’onction de l’Empereur de Constantinople et de l’envoi des regalia : Monté sur le pavois à Tournai à l’âge de 15 ans, après avoir vaincu les Francs-ripuaires puis les Wisigoths, après avoir reçu le baptême, Clovis demanda et reçut de l'empereur d'Orient Anastase Ier les « tablettes consulaires », de véritable régalia lui conférant le titre de consul honoraire avec les ornements y afférant. Rome défaite en 476 avait renvoyé les insignes impériaux transférés à Constantinople. Ce titre fut pour lui très certainement beaucoup plus important que celui de « roi des Francs » qui ne représentait rien à l’époque.

 

 

(23) Dans « SIAMESE STATE CEREMONIES THEIR HISTORY AND FUNCTION » (1931) Quaritch Wales fait état de tambours de métal, d’or et d’argent au cours des diverses cérémonies, funérailles, tonsure et couronnement en particulier, en les distinguant des tambours de guerre. Heger (note 3) disait déjà en 1902  (volume I page 84) : « … Dans la capitale du Siam, selon l'ancienne coutume, le « Mahoratuk » est considéré comme l'un des instruments royaux, il est joué, accompagné d'une fanfare de trompettes, pour annoncer l'apparition de Sa Majesté au public, et il est frappé avant l’arrivée du roi lors de sa participation aux grandes processions d'état. Il est également utilisé lors des cérémonies religieuses dans les grands temples. Certains instruments sont d'un grand âge bien qu'ils soient encore fabriqués par les Karens rouges. Ceux que l'on voit à Bangkok sont, pour la plupart, la propriété du roi ».

 

(24) Voir l’article « Au Laos, les mines d’étain du Nam Paténe » in L’éveil économique de l’Indochine du 4 juin 1922. Le même journal dans son numéro du 28 janvier 1923 annonce la création d’une société destinée à exploiter les « riches mines de cuivre du Laos »

 

(25)  Cette constatation purement locale n’est nullement en contradiction avec la possibilité plus plausible pour les tambours découverts sur les rives du golfe de Thaïlande – Samui et Narathiwat – d’être arrivés sur le site par voie de mer depuis le nord du Vietnam par le commerce chinois.

 

AUTRES SOURCES CONSULTÉES

 

« Bulletin des musées de France », n° 9 de novembre 1934.

 

Henri Cordier « RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTREME ORIENT DU MOIS DE JUILLET 1917 AU MOIS D'AVRIL 1918 », in : Comptes rendus  des séances de Académie des inscriptions et belles-lettres, 1918.

 

Pierre Corboud et Martine Piguet :  DE L'OR ? NON DU BRONZE… La métallurgie du bronze dans la préhistoire » 10e Nuit de la science, 5-6 juillet 2014, Faculté des sciences de l’Université de Genève.

 

Henri Deydier « Introduction à la connaissance du Laos », 1952.

 

 

Sylvia Fraser-Lu : « Frog-drums and their importance in Karen culture » in :  Arts of Asia – septembre-octobre 1983 sur :

http://www.lasieexotique.com/page/LasieExotique-mag_frogdrums.html

 

Victor Goloubew «  L'âge du bronze au Tonkin et dans le Nord-Annam ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 29, 1929. pp. 1-46.

 

Victor Goloubew « Art et archéologie de l’Indochine » in : Exposition coloniale internationale de Paris, 1931, pp. 202-230.

 

R. Lantier : article dans « L’anthropologie », mars 1931, pp.356-357.

John W. Olsen « Dong Son Culture », janvier 2012, in : https://www.researchgate.net/publication/276919420

 

Etienne Patte  « L’Indochine préhistorique » in : Revue anthropologique, octobre-décembre 1936, pp.277-314.

 

Michèle Pirazzoli Serstevens :  « International Conference of Ancient Bronze Drums and Bronze Cultures in Southern China and Southeast Asia » . In: Arts asiatiques, tome 44, 1989. pp. 134-136.

 

« Revue des arts asiatiques » de 1937 (publication du Musée Guimet)

 

Pierre Rossion « Tambours de Bronze, une énigme millénaire » in : Archéologia 474  de février 2010

 

Wilhelm G. Solheim II : « MOLDS FOR BRONZE CASTING FOUND IN NORTHEASTERN THAILAND » in : Journal of the Siam society, volume 55 de 1967, pp. 87-93.

 

Van Huong Pham et  Ngoc-Du Thai-Thi : « Les tambours de bronze du Sud-Est asiatique : un symbole fascinant »  in : Cahiers d'outre-mer. n° 196 - 49e année, octobre-décembre 1996, pp. 423-426.

 

Hiram Woordward « THE ART AND ARCHITECTURE OF THAILAND », volume 14 de 2003 (ISBN 90 04 14440 4) à Leiden.

 

ธีระวัฒน์ แสนคำ : « กลองมโหระทึก: ภาพสะท้อนเส้นทางโขง–สาละวินยุคแรก » de 2010 (Réflexions sur les tambours de bronze de la région du Mékong et de la Salween) numérisé sur https://www.tci-thaijo.org/index.php/jnuks/article/view/55951. L’auteur est professeur à l’Université Naresuan de Phitsanulok.

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