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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 22:37

Photographie  de J.M. Strobino :

 

 

Il est  dans la longue théorie des constitutions dont la Thaïlande s’est doté depuis 1932 un vide étonnant, la reproduction en quelque sorte du premier alinéa de l’article 2 de notre constitution du 4 octobre 1958 « La langue de la République est le français ». Tel est le cas du dernier texte soumis à l’approbation populaire le 7 août 2016 (1). La langue qui devrait être officielle est oubliée. La lacune est singulière dans la mesure où, depuis la fin du dix-neuvième siècle nous assistons à une politique de « thaïicisation » (« thainess ») tendant à renforcer l’unité nationale mais oubliant la langue nationale, qui reste le thaï « du centre » ( ภาษาไทยถิ่นกลาง) que l’on qualifie parfois un peu hâtivement du « thaï de Bangkok ».

 

 

Dès lors, la conséquence en est directe, en dehors des langues locales toujours parlées dans la Thaïlande « profonde » dans les familles en parallèle avec le thaï standard enseigné systématiquement dans les écoles, nous assistons à une utilisation souvent forcenée voire maladive de l’anglais conduisant une « anglicisation » du langage quotidien que beaucoup déplorent (2).

 

 

Nous la retrouvons dans la presse, parfois justifiée il est vrai : Depuis 1904, année de sa fondation, la très docte Siam society impose à ses contributeurs l’utilisation de l’anglais. C’est une contrainte à laquelle le roi Rama VI lui-même qui fut un contributeur fécond de la revue se soumettait. On peut toutefois la comprendre dans la mesure où cette société savante est répandue dans le monde érudit sur tous les continents (3). L’utilisation d’une langue « universelle » qui n’est hélas plus ni le français ni encore moins le latin, s’impose.

La prudence aussi puisque dans ses consignes aux contributeurs, la rédaction conseille fortement aux « non natifs » de soumettre leur texte à un « natif », la précaution est sage qui nous épargne des textes en anglais de cuisine voire en slang de Soho.

 

 

La presse quotidienne n’échappe pas à cette anglomanie maladive. Certes, les quotidiens à plus fort tirage du pays, environ 1.000.000 d’exemplaires pour le « Thairat » (ไทยรัฐ) et le « Deli Nio » (เดลินิวส์)

 

 

 ...et 600.000 pour le plus érudit « Matichon » (มติชน) sont édités en thaï, ce dernier souvent relayé par le journal virtuel Prachatai (ประชาไท) qui a une version thaïe et une version anglaise.

 

 

Il est toutefois deux quotidiens dont le tirage est dérisoire (environ 70.000 exemplaires environ chacun), le « Bangkok Post » et « The Nation » édités en langue anglaise uniquement mais dont il est de bon ton dans certains milieux expatriés de dire qu’ « il faut les avoir lu ». La raison en est toutefois aussi simple qu’évidente : Les expatriés bien-pensants de Bangkok, les correspondants de la presse étrangère ou les documentalistes des Ambassades ont beaucoup plus de facilités à éplucher la presse anglophone que la presse locale, quand bien même certains d’entre eux, très certainement rarissimes, seraient capables de la lire. Pour les Thaïs, il s’agit de snobisme à l’état pur, à tort ou à raison, lire un quotidien anglais fait monter d’un cran dans l’échelle sociale, libre à eux de le penser.

 

 

Il est de bon ton de dire d’un ton condescendant que le « Thairat » est à la fois sensationnaliste et populiste. Toujours est-il qu’il fut le seul – l’exemple est significatif - à nous donner  les résultats détaillés du référendum d’août 2016 province par province ce que ne firent aucun des journaux qu’ « il faut avoir lu ». Ces résultats dont l’étude est fort significative ne furent jamais non plus publiés en encore moins détaillés dans la presse occidentale, celle qu’ « il faut avoir lu » aussi. Il fallait évidemment aller les chercher et les traduire ! Nous constatons que, de plus en plus, les journalistes occidentaux ne se rendent plus sur le terrain, même lorsqu’il n’est pas miné, et dictent leurs doctes conclusions de leurs chambres de l’Hilton ou du Novotel à grand renfort de « copier-coller »

 

 

C’est toutefois un article du 5 avril 2018 du Bangkok post qui a attiré notre attention. Remercions au passage celui de nos fidèles lecteurs qui nous l’a signalé. Il porte le titre « On the trail of the great Henri Mouhot » (« Sur les traces du grand Henri Mouhot ») sous la signature d’un journaliste de ce quotidien, Pongpet Mekloy qui est à la fois un  journaliste sérieux et un passionné de « vélo tout terrain » (VTT).

 

 

Il a le mérite de raconter dans son journal ses excursions en bicyclette dans les hauts lieux du tourisme thaï à la force de ses jeunes mollets et non pas les fesses calées dans le fauteuil de son bureau via quelques « copier-coller ». Nous ne reproduisons pas l’article puisqu’il est « sous droits », vous pourrez le consulter sur le site du journal (4). Nous nous contenterons de brèves citations comme la législation internationale nous y autorise. Nous tenons à respecter les droits de l’auteur… mieux que celui-ci ne manie la vérité historique et accessoirement la langue d’Oxford ! Il est évident que si cet article provenait de la partie didactique du « journal de Mickey » nous n’en parlerions pas, mais, oh là là !  Il vient de l’infaillible Bangkok post !

 

 

Ce vélo cycliste nous présente Henri Mouhot comme « un hardi voyageur qui ne fut pas le premier occidental à être témoin de la grandeur mystérieuse d'Angkor Wat, mais le premier à l’avoir rendu célèbre dans le monde entier. Ses mémoires et ses dessins détaillés des anciennes ruines khmères ont enthousiasmé les érudits à travers l'Europe… ». Voilà bien une vision exacte mais combien sommaire : Mouhot a effectivement sinon découvert, du moins redécouvert Angkor après que des Espagnols ou des Portugais le découvrirent au XVIe siècle et peut être des Chinois avant eux. Il ne faut tout de même pas oublier que la région où se situent, sur des centaines d’hectares, les vestiges d’Angkor – ils ne pouvaient pas passer inaperçus -  furent pendant quatre siècles sous suzeraineté siamoise et que leurs érudits à défaut des archéologues qu’ils n’avaient pas s’en désintéressèrent totalement.

 

 

N’oublions pas que l’une des plus belles œuvres de l’architecture cambodgienne dans notre pays, la plus belle peut-être, quoique moins spectaculaire qu’Angkor, est constituée par les vestiges de Phimai (พิมาย) qui étaient lorsque le site fut décrit et inventorié par les Français au début du siècle dernier, Etienne Aymonier d’abord en 1901 et le Commandant Lunet de la Jonquière en 1907 dans un total état de décrépitude, d’oubli et d’abandon. Il en était encore pratiquement de même lors de la visite qu’en fit en 1920 le Major Erik Seidenfaden (5).

 

Photographies de Lunet de la Jonquière en 1907 : 

 

 

 

Les Thaïs n’ont certes pas eu, et de loin,  à se louer de leurs rapports avec la France, qu’ils conservent pour Pavie une haine farouche se comprend aisément, cela n’empêche nullement qu’ils reconnaissent l’incontestable et fondamental apport des Français à leur histoire et à leur archéologie avant que ne s’y intéresse enfin le Prince Damrong, fils du roi Rama IV à la fin du XIXe siècle (7).

 

 

Nous pouvions attendre du Bangkok Post un hommage plus appuyé même sommaire à l’immense apport des explorateurs français à l’archéologie de la Thaïlande, du Laos et du Cambodge

.

QUÆ SUNT CÆSARIS, CÆSARI ! 

 

 

Si Pongpet Mekloy a le mérite d’être parti à la recherche de la tombe de Mouhot, nous aurions également souhaité qu’il relate à ses lecteurs les efforts (français !) qui lui ont permis de réaliser cette excursion. Si Mouhot a redécouvert Angkor, c’est à notre ami et fréquent contributeur Jean-Michel STROBINO que nous devons d’avoir redécouvert la tombe ou plutôt le cénotaphe de Mouhot et d’avoir pour l’essentiel contribué à le faire réhabiliter. Infatigable « globe trotter », il partit dans le Laos profond en 1989 sur les traces d’Henri Mouhot et y découvrit son cénotaphe en très mauvais état et a multiplié les efforts pour en obtenir avec succès la réhabilitation

 

Photographies de J.M. Strobino  (juillet 1989) :

 

 

Il nous a conté cette aventure dans un très bel article publié en 2012 dans la revue de l’Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos  (Philao) puis 2013 dans le bulletin de la «  Société d'Histoire Naturelle du Pays de Montbéliard », nous l’avons reproduit avec son amiable autorisation en juillet 2015 (8). Nous n’en dirons donc que quelques mots : Edifié en 1867 après la mort de Mouhot, par Louis Delaporte, membre de la Commission d'exploration du Mékong dirigée par le commandant Doudart de Lagrée, le monument tomba rapidement en ruine.

 

Illustration extraite de l'article de J.M. Strobino :

 

 

Il fut  reconstruit et inauguré par Pavie en 1890.

 

Illustration extraite de l'article de J.M. Strobino :

 

 

Le monument fut alors souvent visité à l’époque coloniale mais tomba dans l’oubli lors de l’invasion japonaise de 1941. Il fut à nouveau restauré vers 1951 par l’École Française d’Extrême-Orient. Il se situe ensuite en pleine région de guerre et ne reçoit que quelques téméraires visiteurs. Le pays fut ensuite, tombé aux mains des communistes, fermé aux étrangers et n’ouvrit ses portes qu’à partir de 1986. Jean-Michel Strobino le découvrit en triste état en 1989. Avant de quitter le pays, il rencontra l’ambassadeur de France à Vientiane, et de retour en France, la mairie de Montbéliard, ville natale de Mouhot, pour sensibiliser les responsables, photos à l’appui, sur l’état de dégradation avancée du monument et l’urgence d’une restauration. Les travaux de restauration furent alors entrepris au printemps 1990.

 

Photographies de J.M. Strobino :

 

 

Ils reçurent l’aide active de l’Ambassade de France à Vientiane et des élus francs-comtois.   

 

Photographies de J.M. Strobino :

 

 

« Ainsi, après plus de vingt ans d'oubli et grâce aux efforts désintéressés de quelques passionnés, l'esprit de Mouhot revivait enfin sur les bords de la Nam Khan et son monument était, une nouvelle fois, sauvé ! »

 

Nous avons bien évidemment dans notre précédent article (8) salué l’esprit d’initiative et la volonté de Jean-Michel Strobino d'avoir permis la réhabilitation de ce monument et fait sortir ce grand explorateur de l’oubli.

 

 

Nous pouvions attendre du Bangkok Post quelques lignes mêmes sommaires sur les conditions dans lesquelles ce monument fut réhabilité. Parler du monument sans parler de sa redécouverte par J.M Strobino renvient, toutes proportions gardées bien évidemment, à parler du site de la Troie homérique en négligeant  Schliemann ou de la tombe de Toutânkhamon en oublient  Howard Carter.

 

 

Mais n'en déplaise à Jules César, il nous plait pour une fois de nous répéter :

 

QUÆ SUNT CÆSARIS, CÆSARI ! 

 

 

Ne soyons toutefois pas trop durs à l’égard de ce journaliste dont la direction limite probablement le nombre des caractères de ses articles ? Mais nous aurions souhaité de la rédaction de ce docte journal un peu plus de circonspection dans la lecture de l’article de son collaborateur avant le « bon à tirer » : La dite rédaction interdit aux commentateurs des articles d’utiliser  un « langage vulgaire », ce qui est tout de même singulier puisqu’elle laisse passer dans l’article de Pongpet Mekloy, parlant de Mouhot, plusieurs « this guy » qui nous hérissent, désobligeant et plus encore, même dans la bouche d’un cycliste qui n’a pas appris l’anglais à Oxford (9).

 

 

 

Notons encore une erreur grossière dans l’illustration de cet article. Un Français résidant à Luang-Prabang a fait don d’une statue aux autorités locales qui l’ont installé en cet endroit alors qu’il s’agit d’une reproduction de la statue bien connue… de Pavie. Le cyclo-journaliste est évidemment tombé dans le panneau, il n’en est pas responsable.

 

 

Un dernier conseil destiné à la rédaction du quotidien :

 

 « RETURN TO THE FARANGS WHAT BELONGS TO THE FARANGS »

 

 

NOTES

 

(1)  Voir notre article  A 219 «  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/a-219-que-penser-du-referendum-du-7-aout-2016.html

 

(2) Ne citons que trois exemples, nous pourrions en citer mille : un « câble », en bon thaï, c’est « saï » (สาย) qui devient trop souvent  « kheboen », transcription à la thaïe de l’anglais « cable ». La souris de votre ordinateur pourrait très bien être baptisée « nou » (หนู = souris), les Thaïs lui préfèrent « mao » (เม้าส์), piètre transcription de l’anglais « mouse ». On aboutit parfois à un résultat qui fait rigoler les Thaïs eux-mêmes, le e-mail anglais devient « I Men » (อีเมล) ... en thaï académique mais vulgaire et plus encore, « I » (อี) c’est, en français tout aussi vulgaire qu’académique, une « pute ».

 

(3) Dans la dernière livraison du journal de la Siam society, sur  21 articles, 7 seulement proviennent de Thaïs originaires, les autres de Singapour, États-Unis, Angleterre, Italie et Allemagne.

 

(4) Sur le site du journal :

 https://www.bangkokpost.com/lifestyle/social-and-lifestyle/1441035/on-the-trail-of-the-great-henri-mouhot

 

(5) Voir notre article INSOLITE 15 « UNE EXCURSION A PHIMAI … IL Y A UN SIÈCLE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-15-une-excursion-a-phimai-il-y-a-un-siecle.html

 

(6) Voir notre article  A 204 « LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-204-le-dictionnaire-de-l-institut-royal-au-service-de-la-langue-thaie-du-bon-sens-et-de-la-politique.html

 

 (7) Doit-on encore oublier que la première grammaire siamoise et le premier dictionnaire siamois (thaï-français-anglais-latin) fut l’œuvre de Monseigneur Pallegoix quatre-vingt-ans avant la fondation de l’Académie royale et son premier dictionnaire en 1926 ? Doit-on oublier – encore et enfin – que le premier hôpital digne de ce nom à Bangkok fut celui fondé à la fin du XIXème siècle par Monseigneur Vey. (Voir notre article A140 « 1898. Saint Louis, le premier hôpital français catholique à Bangkok ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a140-1898-le-premier-hopital-fran-ais-catholique-a-bangkok-122232355.html)

Restons-en là. Aucun d’entre eux n’était des colons !

 

(8) Voir notre article  INVITÉ 2 « HISTOIRE DE LA SÉPULTURE D’HENRI MOUHOT ET DE SON MONUMENT FUNÉRAIRE 1861-1990 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/histoire-de-la-sepulture-d-henri-mouhot-et-de-son-monument-funeraire-1861-1990.html

 

(9) C’est du slang à l’état pur que nous traduisons approximativement par « ce mec »

 

 

 

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