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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 22:57

 

Nous vous avons présenté dans l’article précédent le livre d’Arnaud Dubus consacré à « Bouddhisme et politique en Thaïlande » (1), en proposant de consacrer un article spécifique  à sa 3e partie intitulée « Bouddhisme et nationalisme » (pp.73-84), mais auparavant, il n’est pas inutile de rappeler brièvement ce que nous avions déjà pu dire de la question des rapports du bouddhisme et du nationalisme avec quelques repères historiques. (2)

 

 

Le 1er article de notre blog en janvier 2010, « Thaïlande. Aux origines d’une crise » reprenant le titre et les analyses d’un carnet de l’IRASEC (3), nous montrait que pour comprendre la profonde crise politique de 2010, il était nécessaire de connaître le concept de la Thainess  qui a joué un rôle fondamental dans la création de la Nation thaïlandaise, et qui « a servi aux « aristocrates » et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales » ; en s’appuyant  sur le caractère « sacré » du roi et du bouddhisme. 

 

 

De même, en commençant l’histoire de ce qui deviendra la Thaïlande, nous avions de suite appris que dès l’origine jusqu’à nos jours, le muang était une clé essentielle pour comprendre l’identité, l’organisation territoriale, politique et  religieuse des Taï (Cf. des Thaïs), même si ce concept pouvait être complexe, dans la mesure où il pouvait désigner à la fois le pouvoir politique et le territoire sur lequel il s’exerce, et  sous le même terme,  des pouvoirs différents selon la taille du territoire. De fait, le pouvoir politique et le pouvoir religieux portent sur un même territoire et forme un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, dans une relation systémique, en équilibre instable (rivalité et compétition) et toujours en devenir (4). Mais cette clé ne pouvait être utilisée du fait que nous ne connaissons rien ou si peu de cette longue période historique de près de cinq siècles, qui a été nécessaire pour former ces premiers royaumes thaïs. Nous ignorons même comment se sont constituées ces cités, quelles relations elles ont dû  établir avec les Môns, les cités dites de Dvaravati, les Birmans, les autres peuples autochtones, et l’empire khmer d’Angkor qui à partir du IXe siècle va se rendre maître de toute l’Asie du Sud-Est continental. Un empire, dont le pouvoir était assuré par un système militaro-religieux, composé de temples et de garnisons militaires au sein d’un réseau de communications élaboré, qu’assuraient nombre de fonctionnaires et de prêtres (bouddhistes ou brahmanes selon la période), en s’appuyant sur les chefs locaux. 

 

 

« À son apogée, du XIe siècle au début du XIIIe, il englobe de vastes territoires aujourd’hui thaïlandais, dont, au nord-est, la vallée de la rivière Mun et les provinces de Nakhon Ratchasima, Buri Ram, Surin et Ubon Ratchathani. Dans cette seule vallée, on estime que les Khmers ont construit plus de 300 temples dont plus de 100 subsistent encore, inventoriés au Musée national de Khonkaen, dont Phimai, qui était relié à Angkor, au sud, par une « voie royale » longue de 225 kilomètres, mais on en trouve aussi dans d’autres provinces. Cette civilisation khmère a subi comme le royaume de Dvaravati, l’influence culturelle indienne, mais le bouddhisme s’est progressivement imposé à côté de l’adoration de Shiva et d’autres divinités hindouistes avec le culte du Dieu Roi. Durant cette période, beaucoup d’Indiens, lettrés, artistes et brahmanes furent invités à la cour d’Angkor et la littérature sanscrite soutenue par la royauté, y était florissante. » (Cf. Deux de nos  articles sur cette question (5))

 

 

Les premiers royaumes thaïs indépendants qui se sont constitués (Comme Sukhotai en 1238), nous dit Georges Coedès, « était « moins un bouleversement soudain dans le peuplement de la péninsule, que la prise du pouvoir par une classe dirigeante d'origine t'aie [...] la substitution du gouvernement des T'ais à l'administration khmère dans le bassin du Ménam et sur le Haut-Mékong. ». Les rares stèles découvertes par le même Coedès attestent que les rois mentionnés étaient bouddhistes, respectaient les préceptes et les rites, propagés par des moines émérites venant de Ceylan. (Cf. RH 9) La controversée stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292, confirmait que chacun (roi, noblesse, princes, sujets) se devait d’ « observer les préceptes » de Bouddha, de « pratiquer l’aumône », de suivre le calendrier, cérémoniel et les rites  bouddhistes.

 

 

De même si les chroniques royales du royaume d’Ayutthaya (1351-1767) ne donnaient que peu d’informations sur les règnes des 15 premiers rois (1351-1548) et sur la place effective du bouddhisme, on apprenait ici ou là, que les rois faisaient construire des temples, des reliquaires, faisaient des offrandes, observaient les préceptes et pratiquaient les rites bouddhistes. Dès le chapitre deux on apprenait qu’en 1548 une cérémonie d’intronisation avait fait du Prince Thianracha, le roi Chakkraphat, mais il faut attendre « l’histoire du roi Naraï » pour voir expliciter dans ces « Chroniques royales » le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal qui se fait dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravâda (Avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva) lors de la cérémonie d’intronisation du nouveau roi et des funérailles solennelles du roi précédent. L’intronisation faisait du roi Naraï, « le Maître des Dieux », « le seigneur des dieux sur terre », « le seigneur de la création », « le Dirigeant des Rois »,  « l’ Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha », « le Rama du Royaume », « le Suprême Shiva, Conquérant du Monde », « le Maître des Trois Mondes »,  « le Génial et Brillant Agni »,  en lui donnant « la Puissance de Brahma », etc. Il assumait ainsi le brahmanisme, l’hindouisme, et le bouddhisme. (6)

 

 

On peut remarquer – curieusement - que ces deux cérémonies (Intronisation du nouveau roi et funérailles du roi décédé) étaient essentiellement assurés par un corps de Brahmanes, dont Michel-Jack-Hergouaclc’h nous assure qu’ils furent surtout représentés à la capitale après la prise d’Angkor en 1431, « mais ils n’eurent qu’une influence limitée au cercle royal, leur présence allant de pair avec leur connaissance des rituels royaux brahmaniques et des textes sanskrits ». (In « Le Siam ») On pourrait rajouter pour certains d’entre eux, leur « science » astrologique.

 

 

Même le roi Luang Sorasak, « Le roi tigre) (1703-1709), que les Annales décrivent comme un roi  ivrogne, assassin, sodomite, pédophile, adultère, tient à faire des oraisons à un sanctuaire abritant une sainte empreinte de Bouddha après une chasse à l’éléphant au tigre ou au rhinocéros réussie ; a effectué de nombreux pèlerinages dans divers sanctuaires abritant les mêmes saintes empreintes ; a fait construire le Wat Phophratapchang, le plus beau monument de la province de Phichit (Notre article 101).  On pourrait aussi citer le roi Borommakot (1733-1758) dont les actions ne sont pas  irréprochables mais auquel les annales tiennent à louer les qualités et la piété, avec  la  construction ou la reconstruction de nombreux temples ; l’envoie d’une ambassade monastique à Ceylan ; son respect de la hiérarchie religieuse …  Bref, on pourrait multiplier les exemples, mais on aura compris que, quelles que soient les successions usurpées ou difficiles pour ne pas dire sanglantes, les rois d’Ayutthaya se sont toujours proclamés défenseurs de la religion bouddhiste et ont accompli les rituels bouddhistes.

 

 

Le général Taksin qui après la chute d’Ayutthaya l’avait reconquis le 7 novembre 1767, avait reproduit la cour d’antan après s’être fait couronner le 28 décembre 1768 (1768-1782), avec son protocole, sa hiérarchie, son étiquette, son administration, la rénovation du bouddhisme,  recréé la Sangha, présidé le Conseil, et avait été implacable contre ceux qui abusaient de leur pouvoir (dont de nombreux moines). (Cf. Notre histoire 114)

 

 

Son successeur, Rama 1er (1782-1809), fondateur de la dynastie actuelle, « comprit que l’œuvre de reconstitution de l’ancienne gloire passée ne se situait plus sur les champs de bataille, après en avoir menés de nombreux, mais sur d’autres terrains dans un ordre de priorité qu’il avait établi avec la  révision du canon bouddhiste, la codification législative de 1805, et les « Réveils » littéraires.

 

 

La révision du canon bouddhiste fut le premier acte de son œuvre de reconstruction. Il commença par financer sur sa propre cassette une édition des canons bouddhistes du Tipitaka. Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré, le pali, un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788 dont le dernière réédition, celle de 1925, se trouve actuellement dans la bibliothèque du plus modeste des temples et les manuscrits originaux à la bibliothèque royale Vajiranana. Après avoir été surnommé par ses ennemis Birmans « le tigre », il reçût de ses sujets le titre de « défenseur de la religion » ou «  défenseur de la foi ». » (Cf. In notre article 116. Rama 1er. (1782-1809))

 

 

Son successeur Rama II (1809-1824) est reconnu aussi pour sa piété bouddhiste,  qui  relança – entre autre - en 1818 les cérémonies religieuses du Wisaka Bucha, la pleine lune du sixième mois qui marquent à la fois la naissance de Bouddha, l’illumination et sa mort. Il fit encore traduire le Tripitaka bouddhiste du pali en thaï pour que les dévots comprennent ce qu'ils récitaient, continuant en cela l’œuvre de son père. Il envoya aussi une mission de moines au Sri Lanka pour y étudier le bouddhisme dans ce pays qui est probablement à l’origine du bouddhisme thaï. Il fit encore construire (bâtisseur comme ses prédécesseurs) de nombreux temples bouddhistes et aurait sculpté de ses mains la grande statue de Bouddha dans la chapelle du « temple de l’aube » à Bangkok ou plus simplement le Wat Arun dont il commença la construction et qui se termina sous le règne de Rama III. Il fut enfin l’ordonnateur en 1811 des cérémonies funéraires de son père selon le rituel rétabli qui est toujours en vigueur. La même année, le pays fut frappé par une épidémie de choléra,  le roi inaugura la cérémonie religieuse qui devait l’écarter. (Cf. Notre article 117)

 

 

Il en sera de même pour Rama III (1824-1851), que l’on tient, selon  Pariya Subpavong, dans son étude  « The influence of bouddhisme on political thought of King Rama III » comme un roi bouddhiste exemplaire.  Il estime même que le bouddhisme inspira toute sa politique, sa gouvernance du royaume. Le roi appliquait la doctrine, en respectait les préceptes, était charitable, construisait des temples, aidait la communauté des moines à assurer sa sérénité. Il fit tout pour restaurer et diffuser la science et les connaissances qui ont contribué à l’identité d’une culture thaïe authentique (sic). On sent quelque peu l’hagiographie, non ?

 

 

En tout cas, on retrouve là les chroniqueurs des rois d’Ayutthaya qui tenaient à  présenter les rois  comme des rois bouddhistes exemplaires, qui protégeaient et soutenaient la Sangha (communauté religieuse des bonzes), qui construisaient des temples et des statues de bouddha, accomplissaient les pèlerinages … (Cf. 121 et 122)

A défaut de vérité historique, on avait là une idéologie religieuse multiséculaire qui donnait une légitimité au pouvoir des rois et assuraient un cadre religieux et moral à leurs sujets, un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, qui était là depuis leur origine chinoise.

 

 

Mais il faut attendre le roi Mongkut (Rama IV. 1851-1868) pour voir apparaître le « nationalisme ».

 

 

Il faut se rappeler le destin exceptionnel de ce roi à qui le trône était promis à la mort de son père, le roi Rama II, mais qui préféra se réfugier dans un temple par sécurité, après que l’un de ses frères lui usurpa le pouvoir, le futur Rama III. Mongkut resta moine pendant 27 ans avant de monter sur le trône en 1851. Ce fut un moine studieux qui apprit le pali, le latin auprès de son ami catholique Mgr Pallegoix, étudia l’anglais pour avoir accès aux textes européens, était féru de sciences (Particulièrement d’astronomie), d’histoire, de géographie, mais surtout (pour notre sujet), aura une influence prépondérante dans l’évolution du Bouddhisme thaï, en organisant –entre autre- la réforme du Dhammayuttika Nikaya ou Thammayut Nikaya qui sera reconnu officiellement par la Sangha en 1902 comme l’une des deux branches du bouddhisme theravada au Siam.

 

 

Le roi Mongkut sera ouvert aux innovations occidentales, modernisera son pays, s’ouvrira au commerce avec les occidentaux (Cf. 128. Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne. 129. Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV. (1851-1868). Mais il fut conscient aussi de l’expansionnisme occidental. Il comprit qu’il était urgent de légitimer son royaume face aux menaces coloniales  anglaises et françaises. Il devenait nécessaire pour cela, de prouver que son royaume était une vieille nation.

La nation siamoise ?

La difficulté était d’autant plus grande que si son royaume était un Etat, il n’était ni UN pays, et encore moins une nation.

Et de plus, il n’était même pas le Siam, même si le roi Mongkut fut le premier roi à signer« rex siamensis ». En 1690, La Loubère, disait déjà que « le nom de Siam est inconnu aux Siamois. C’est un des mots dont les Portugais des Indes se servent et dont on a de la peine à découvrir l’origine. » Le pays était alors le « muang thaï », « Le pays libre », « Le pays des hommes libres ». (Sur cette question des noms du pays. Cf. A197) 

 

 

Le roi Mongkut régnait sur « un muang thaï central» qui englobait d’autres muang thaïs ou non, dans des rapports de vassalité et/ou de dépendance, plus ou moins importants. (Cf. supra la définition). On peut rappeler que l’Isan était lao au XIXème siècle et que le roi Mongkut parlait de « possession » si on en juge l’une de ses lettres envoyée aux autorités françaises, datée du 19 janvier 1867 qui confirmait bien cette volonté siamoise : « nous prions qu’on veuille bien faire droit à notre requête, et donner une décision favorable qui nous permette de conserver et continuer à posséder en paix des provinces qui sont en notre pouvoir depuis plus de quatre règnes successifs durant l’espace de 84 ans » ( In 11. L’Isan  était lao au XIX ème siècle.)

Autant dire que les frontières étaient floues, voire pas définies au sens occidental, si on estime qu’une frontière est tout simplement une ligne qui délimite deux souverainetés, marquée sur une carte, délimitée ensuite sur le terrain avec de part et d’autre des autorités, des lois, des organisations sociales différentes. (7)

Le roi Mongkut réussira néanmoins à sauver sa suzeraineté sur le Laos et à garder les provinces cambodgiennes de Battambang, Siem Reap et Sisophon. Mais surtout il va s’employer à démontrer aux puissances coloniales que son pays est un vieux pays qui existe depuis le 13e siécle, en créant l’histoire du Siam – au sens occidental – en déclarant que le royaume de Sukhotaï (1238) est le royaume fondateur du Siam et  le berceau de la civilisation thaïe et que la stèle de Ramkhamhaeng de 1292 est l'acte fondateur de la nation thaïe. Désormais, l'histoire de Sukhothaï fut intégrée à l'histoire « nationale » thaïe. (8)

 

 

Le roi fut éduqué en Angleterre et était informé des mouvances nationalistes européennes (Et japonaise). Il va créer l’organisation paramilitaire des« Tigres sauvages », dès le début de son règne, le 1er mai 1911, et le mouvement scout des « Tigreaux » le 1er juillet 1911, pour, entre autre, promouvoir un nouvel esprit national, capable de défendre le pays, face à des ennemis qui, disait-il, avaient déjà fait un sort à la Birmanie, au Cambodge,  à la moitié de la Malaisie, à Java, pendant que la Perse et la Chine étaient sous le chaos.

 

 

Rama VI fut très actif pour promouvoir la nation et la Thaïness.

« Il faut signaler que le mouvement des Scouts, (les tigreaux, les luksuea sera intégré au cursus scolaire dès 1913. Sa progression fut rapide et en 1922, on pouvait compter 21 500 scouts dans 177 compagnies. Le mouvement fut conçu comme la branche junior des Tigres royaux. Le roi en énuméra les principes basés sur la fidélité au souverain, l’amour de la Nation, et la loyauté à la communauté. Il indiquait qu’il s’agissait bien d’enseigner au plus jeune âge les qualités patriotiques défendues par les Tigres sauvages. Ils prenaient part aux exercices, aux parades et participaient aux manœuvres annuelles. Ils avaient également leurs exercices et pratiques spécifiques (camping, aide aux personnes, aux pompiers, travaux manuels de menuiserie, tissage, etc.) …Ce mouvement est toujours intégré aujourd’hui au cursus des écoles, sur la base du volontariat et le roi est leur Chef. Ils seraient  près de 1,5 million à prêter le serment devant le drapeau à « obéir aux chefs, être loyal au pays, la religion bouddhiste et au roi. 

 

 

Le roi définira ce qu’il fallait entendre par « Nation ». Le Siam n’est pas seulement un pays (prathet thai ou muang thai) avec une population thaie (chao thai ou phonlamuang thai) mais une nation (chat thai) avec sa propre identité. De même, il rappellera maintes fois ce qu’est  un vrai Thaï : une personne qui parle thaï, qui est loyal à son roi, sa religion et son pays.  (in Kwampen chat doi thae ching). Car les Thaïs, répétait-il souvent,  doivent savoir ce qui constitue une nation et la Thainess. Ils doivent savoir que les Thaïs sont différents des autres pays, avec leur histoire, leur art, leur langage, leur littérature, leur religion bouddhiste, leur amour du roi, leur esprit de guerrier libre. On avait là – une nouvelle fois - ce qui constitue toujours les trois piliers du nationalisme thaï : le roi, la nation et la religion. » (11)

 

 

Mais, c’est sous l’action modernisatrice et  réformatrice  du roi Chulalongkorn (Rama V (1868-1910)), que la question du rapport du bouddhisme et du nationalisme va profondément changer. (9)

 

 

Le roi de droit divin va étendre son pouvoir à l’ensemble de son Etat ; un processus d’unification de l’Etat et de légitimation nationale nécessaires face aux deux puissances coloniales anglaises et françaises. L’appareil religieux bouddhiste sera mis au service de l’Etat, avec l’aide du Patriarche, le prince Wachirarayanwarorot, fils du roi Mongkut et demi-frère du roi, et jouera un rôle essentiel dans la création  du nouveau système éducatif et dans la centralisation administrative du pays.

 

 

Ce fut une révolution.

Le roi Chulalongkorn engagea donc  son pays dans un processus d’unification de l’Etat qui prendra la forme de grandes réformes qui vont bouleverser l’ordre traditionnel ancien, avec une nouvelle  administration centrale du pays, une administration fiscale, policière, un nouveau système judiciaire avec un nouveau code pénal, l’abolition de l’esclavage, la corvée royale, etc ; mais aussi avec le Prince Damrong, il va créer des circonscriptions administratives avec en corollaire et attachée à chacune d’elle, une administration fiscale, une administration judiciaire, un système éducatif et évidemment une police et une armée.

Un système éducatif, certes encore limité sous son règne, puisque que ce n’est qu’en 1884 que le roi commencera avec l’aide de son demi-frère, le patriarche Wachirarayanwarorot, à introduire l’instruction primaire en dehors de Bangkok,  via son réseau de monastères. 

 

 

La résistance fut grande selon les régions et les villages. Outre la crainte de voir leurs enfants enrôler dans l’armée, les parents ne comprenaient pas l’intérêt de cette nouvelle éducation, ni la nécessité de parler le thaï. «  Cette décision marquait une rupture avec le passé caractérisé par une pluralité de royaumes mais également de langues. L’utilisation d’une langue véhiculaire fut décidée pour des raisons pratiques mais également pour forger un nationalisme linguistique ». (Audrey Gutty) Elle impliqua pour les élèves de s’accoutumer à un nouvel alphabet, différent de celui utilisé dans leur vie quotidienne, à une nouvelle langue, mais également à « un rapport au monde assez différent » de celui dans lequel ils baignaient depuis leur enfance ». (Keyes, 1991b, p.9). 

(L’enseignement primaire fut déclaré obligatoire en 1921 par le fils de Chulalongkorn, le roi Vajiravudh (1910-1925). Il ne fut vraiment effectif dans l’ensemble du pays que dans les années 60. (10)

Désormais l’école jouera un rôle essentiel pour le développement du nationalisme. Les manuels scolaires seront invariablement imprégnés d’une même idéologie, à savoir inculquer aux jeunes la loyauté envers les « valeurs fondamentales », les trois « piliers » de l’État : monarchie, religion – exclusivement bouddhiste –, nation, la Thaïlande apparaissant systématiquement comme le seul pays libre de la région. (Cf. Notre article « Le nationalisme et l’école ? »)

De fait, pendant cette œuvre majeure de révolution intérieure, le roi Chulalongkorn dut faire face aux appétits coloniaux de la France et du Royaume-Uni. Nous n’allons pas – ici - répéter cette histoire et ces années 1880-1900 qui furent les plus sombres de l’histoire du Siam, et qui a justifié la nécessité pour le Siam d’initier un « nationalisme siamois » (Cf. Nos articles sur les traités avec la France  de 1867 et de 1893)

 Cette politique nationale fut intensifiée par son successeur le roi Rama VI (1910-1925). (Nous lui avons consacré une vingtaine d’articles)

 

 

Rama VI, put constater le bien-fondé de sa politique « nationaliste » en  préparant les Siamois à défendre leur pays face aux pays occidentaux qui menaçaient les frontières, lorsque se déclencha la première guerre mondiale. Il désignait d’ailleurs dans ses discours et écrits ses « ennemis », à savoir les Anglais, les Français et les Hollandais qui avaient déjà sévi en Birmanie, en Malaisie, à Java, et au Cambodge. Toutefois bien que la Cour fut divisée et les « élites » plutôt favorables à l’Allemagne et hostiles envers la France. (Ils se souvenaient de leur blocus du Chao Praya de 1893 et du traité récent de 1907 dans lequel le Siam avait perdu la suzeraineté sur le Laos et le Cambodge), Rama VI eut « l’intelligence politique » de déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie le 22 juillet 1917, au côté de l’Entente, après - il est vrai -  que les Etats-Unis y soient entrés le 6 avril 1917. Une décision historique majeure puisque elle permettra  au Siam en janvier 1920, de devenir un des membres fondateurs de la Société des Nations ; avec ses conséquences diplomatiques :  Les États-Unis abandonnèrent  leurs droits d’extraterritorialité au Siam le 1er septembre 1920, et après cinq années de négociation, la France  (février 1925) et la Grande-Bretagne (juillet 1925) renonçaient aussi à leurs droits d’extraterritorialité, aux traités inégaux  leur accordant le « Droit de Protection consulaire » par exemple. (12)

 

 

Rama VII (1925 à 1935)   succède à son frère Rama VI, décédé le  25 novembre 1925. Il  s’écartera des mouvements nationalistes. Il sera le dernier roi absolu et le premier monarque constitutionnel après le coup d’Etat militaro-civil du 24 juin 1932.

 

 

La Révolution de 1932, va redistribuer le pouvoir,  même si le roi signe la 1ère Constitution qui instaure une monarchie constitutionnelle et parlementaire qui sera promulguée le 10 décembre 1932. Son pouvoir n’est plus désormais de droit divin, mais « émane de la nation siamoise. ». Si le roi  « est le chef de la nation », et exerce la pouvoir,  il doit se conformer aux dispositions de la constitution.  Il a de plus  l'obligation de professer la foi bouddhique.

 

 

Le pouvoir était désormais au sein du Parti du Peuple. Le Conseil suprême sera dissous et son Chef, le Prince Boriphat contraint à l’exil. Et il tous les membres de la famille royale seront chassés du pouvoir. De ce Parti émergera deux leaders qui joueront un rôle fondamental dans l’histoire du Siam, à savoir le civil Pridi  Phanomyong (ou Pridi) et  le militaire Phibulsonggram  (ou Phibul ou Phibun.)

Rama VI constatant qu’il ne peut plus de fait exercer le pouvoir abdique le 2 mars 1935. L’Assemblée nationale proclame le 7 mars l'abdication du roi Prajadhipok et l'accession au trône de son neveu Ananda.  Le nouveau roi  est un enfant de 11 ans, qui poursuit ses études à Lausanne. Il ne visite son pays qu'en 1938 et ne s'y installe qu'après la seconde guerre mondiale en décembre 1945. Il meurt le 9 juin 1946 à l'âge de 20 ans, d'un « accident » en maniant une arme à feu au palais, dans des circonstances obscures, disent certains.

 

 

Son frère le roi Bhumibol Adulyadej lui succède mais reste à Lausanne pour terminer ses études. Il ne revient en Thaïlande qu’en 1950 pour se marier, et être couronné  le 5 mai 1950. Autant dire que depuis 15 ans le pouvoir royal est dans d’autres mains.  

 

 

On ne va pas – ici - reprendre les débats, les luttes de pouvoir entre civils et militaires, les crises qui ont agité le 1er gouvernement de Phraya Manopakon  Nitada  (Phya Manopakon) du 28 juin 1932 au nouveau coup d’Etat du 21 juin 1933, fomenté par Phot Phahonyothin (Phraya Phahon), 2e premier ministre de la nouvelle monarchie constitutionnelle au Siam (21 juin 1933-11 septembre 1938). (Cf. « Notre Histoire » pour cela.) Cette période mouvementée débouche le 16 décembre 1938, par l’élection du colonel Phibun comme 1er ministre du troisième  gouvernement de la monarchie constitutionnelle (mais aussi commandant en chef de l’armée, et ministre de l ’Intérieur), qui allait installer une dictature militaire et nationaliste au Siam.

 

 

Le gouvernement dictatorial de Phibun (16/12/1938–01/08/1944) et de nouveau (08/04/48 — 16/09/57), va se caractériser d’entrée par sa volonté d’éliminer toute contestation et opposition  « par un militarisme croissant  fondé sur un nationalisme virulent et ouvertement « raciste » contre les Chinois, et un projet d’assimilation des autres peuples du pays. Cela se traduira par une nouvelle mouture de la thaïness, avec un programme politique et économique nationaliste, une série de mesures culturelles coercitives (Cf. les 12 décrets d’Etat (ou mandats culturels ou « coutumes » d’Etat) émis entre 1939 et 1942), une propagande active orchestrée par Luang Wichitwathakan, qui avaient pour objectif la fondation d’un nouveau pays, « la Thaïlande » des Thaïs « libres », une grande nation à l’’égale des plus grandes, une nation moderne, défendue par son Armée et dirigée par son leader. (Cf. (2) Notre article : «  Vous avez dit «  nationalisme thaï ? »)

 

 

Mais une thaïness  où de fait le nationalisme n’est plus associé à celle du roi. Rama VIII a régné à peine 6 mois et Rama IX  ne revient en Thaïlande qu’en 1950 et est couronné le 5 mai 1950. Le coup d’Etat « interne » de Sarit et Phao avec  un « comité exécutif » de neufs généraux du 29 novembre 1951, permit à l’armée et à la police de mieux contrôler le gouvernement, de dissoudre le Parlement, d’abolir la Constitution de 1949 et de mettre à l’écart le roi, de retour à Bangkok, le 2 décembre 1951. Phibun fera d’ailleurs remplacer partout les portraits du roi par le sien.

Il change le nom du pays, le Siam en Prathétthaï. Ce changement de nom est lourd de symbole : le mot Siam (สยาม, Sayam, est d’origine inconnue, probablement khmer)Le mot Thaï (ไทย) ne serait pas, comme il est généralement écrit, dérivé du mot Thaï (ไท) qui signifie «libre», il est le nom d'un groupe ethnique de la plaine centrale. Il impose comme langue nationale celle parlée à Bangkok au détriment des dialectes locaux et incite même la population à adopter le vêtement occidental !

Il instaure le nouvel hymne national, dont le premier vers  se suffit à lui-même : « Le pays thaï, c’est l’union du sang et de la chair des hommes de race thaïe ». Il met  sur pied un régime inspiré du fascisme italien, propagande ultranationaliste et culte de la personnalité

 

 

Le régime adopta également une politique nationaliste en matière économique, en menant une politique de quotas visant à réduire la place des produits chinois en Thaïlande et à favoriser les produits locaux. Dans un discours de 1938, Luang Wichitwathakan (ministre de la propagande) compara même les Chinois du Siam aux Juifs d'Allemagne.

 

 

L’accès des étrangers à la propriété immobilière est verrouillé et le régime des visas durci. Il change encore le nom de divers districts portant ostensiblement des vocables laos, khmers, birmans ou mons (les habitants originaires de la Thaïlande) ; Cette thaïfication des noms de districts a continué jusqu’en 1957.

Tout ce qui porte le nom de ลาว (lao) มอญ (mon) จีน (djin i.e. chine) disparait de la géographie.Si Phibun a été incontestablement séduit par le modèle italien, il est difficile de parler d’un tournant vers le « fascisme ». Pas de parti unique, et surtout pas de politique guerrière expansionniste, il n’y a pas d’Abyssinie ou d’Albanie à envahir. Il porte le titre, plus ou moins bien traduit, de « maréchal » mais ce n’est pas un guerrier dans l’âme. Les hostilités déclenchées en 1941 contre la France sont surtout une question d’opportunité et le désir de venger l’humiliation de 1893 contre la France que l’on croyait à genoux. Rien ne pouvait laisser envisager une seconde à cette date l’écroulement apocalyptique des puissances de l’axe quatre ans plus tard.

 

 

Phibun est contraint de démissionner en juillet 1944 et est détenu au Japon par les alliés. Il est autorisé à rentrer au Pays en 1947. Mais étonnamment  deux coups d’Etat, en 1947 et 1948, ramènent Phibun au pouvoir et Pridi, le plus représentatif (pour les Américains) du libéralisme,  doit s’exiler.

Une nouvelle page de l’histoire de la Thaïlande allait s’ouvrir dominée par un régime autoritaire dirigé par le maréchal Phibun pendant 9 ans et 5 mois. Phibun renoue avec sa politique anti-chinoise des années 1930. Son gouvernement arrête l'immigration chinoise et prend diverses mesures pour restreindre la domination économique des Chinois en Thaïlande. Les écoles et associations chinoises sont de nouveau interdites. Il poursuit sa politique de thaïfication qui est  un sous-produit du nationalisme politique constamment suivi par l'Etat pour augmenter la puissance centrale. Le  centre de la Thaïlande est devenu économiquement et politiquement dominant, son langage est devenu la langue des médias, des affaires et l'éducation. Ses valeurs sont devenues les valeurs nationales. 

Mais dès 1947 va s’installer dans ce qu’on appellera « la guerre froide », une période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux super puissances, les Etats-Unis et l’URSS et leurs alliés, pendant laquelle le maréchal Phibun va promouvoir une politique proaméricaine et anti-communiste qui aura des conséquences très importantes dans son action extérieure et intérieure et changera profondément la société thaïlandaise. (12)

 

 

Fistié estime que le nombre de Chinois communistes  en Thaïlande était limité et que les chiffres avancés entre 30.000 et 50.000 sont assez fantaisistes, surtout que le Parti ne déployait aucune autre activité que la propagande. Même si les journaux de langue chinoise passèrent rapidement dans le camp communiste, ils adoptèrent ensuite, vers la fin de 1950, une attitude plus réservée. Il en fut de même pour les hommes d’affaires chinois, membres de la Chambre de commerce chinoise, qui avaient manifesté des signes de ralliement à Pékin, mais dont la majorité revota en début de 1952 à la présidence un adversaire déclaré. La prudence était de mise. De même le Parti communiste thaïlandais, distinct du Parti communiste chinois de Thaïlande, avait également une influence négligeable. Mais le danger était bien présent aux frontières, avec au Sud, le mouvement autonomiste des quatre provinces « malaises » de Thaïlande, et au Nord-Est, en Isan, des velléités d’autonomie, compréhensibles à partir de la nouvelle situation au Laos, la guerre d’indépendance du Vietminh, et des luttes politiques de la Chine communiste. Par contre, Phibun saura utiliser sa propagande anticommuniste pour justifier la répression des opposants. Il n’hésita pas, par exemple, lors de la tentative du coup d‘Etat opéré par la marine en novembre 1951 à faire savoir, par la radio, que les communistes avaient infiltré le Parlement et le gouvernement (sic), ce qui justifiait la suspension de la Constitution. Ou encore son gouvernement  allait procéder en 1952 à une répression sauvage, ainsi  le 10 novembre 1952 plus de 200 personnes (principalement chinois et parents) appartenant au Khabuankan Koochat  (ขบวนการคู่ชาติ -  Mouvement de libération nationale), furent accusées de propagande et de subversives activités communistes, et avec « les rebelles (soi-disant)  pour la paix » (Kabot  Santiphap กบฏ สันติภาพ) furent arrêtées. Des arrestations massives furent également effectuées à la librairie communiste 華僑 (Hua Chiao, Chinois à l'étranger), et la librairie fut interdite, ainsi que celle  du Parti communiste de la Thaïlande. Le 13 novembre 1952 une nouvelle loi anticommuniste était votée par l’Assemblée et promulguée selon la procédure d’urgence, qui punissait  les membres du Parti communiste de Thaïlande d'un emprisonnement de 10 ans jusqu'à perpétuité.

 

 

Nul doute que le maréchal Phibun essayera de faire participer certains moines dans cette lutte, mais nous n’avons pas (encore?) trouvé d’étude sur ce sujet.

Les dictateurs Sarit Thanarat (1957-1963), Thanom Kittikachorn (1963-1973) et Thanin Kraivichien (1976-1978) poursuivront une  politique nationaliste.

Le  maréchal Sarit toutefois oeuvrera pour que  le roi redevienne le symbole de la nation et le palladium du peuple thaï, alors que  Phibun avait tenté de saper la position déjà précaire du trône de par l’impéritie de Rama VII. Il fera remplacer la photo de Phibun par celle du roi et de la reine.

 

Le roi désormais sera invité à participer à toutes les cérémonies publiques, à visiter les provinces, à participer aux projets de développements économiques, remettre les diplômes universitaires. La pratique de prosternation et de prosternement, la tête touchant le sol avant les audiences royales, interdites des décennies auparavant par le roi Chulalongkorn, est rétablie dans certaines conditions. Le couple royal effectue en 1960 un tour du monde et conquiert l’opinion publique. En 1960, le jour de la fête nationale n’est plus l’anniversaire de la révolution de 1932 mais celle du roi, le 5 décembre. Sarit est pour un retour à la tradition. « Je veux retrouver mon pays ») proclamera-t-il. (In 222.1)

Mais Maha Jerm Suvaco, directeur de recherche à l'université bouddhiste Maha Chulalongkorn et chef de file d'un groupe de bonzes réformistes, estime  que la loi ecclésiastique de 1962, adoptée sous le régime du dictateur Sarit Thanarat, est à l'origine des problèmes actuels.

Cette loi accorde au Conseil suprême de la Sangha tous les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. «  Les patriarches  sont nommés à vie, et l'âge moyen dépasse aujourd'hui les 80 ans. Certains seraient devenus peu à peu séniles, incapables de lire ou de comprendre de quoi on leur parle. Mais sans leur accord, rien ne peut se faire... Dans les monastères, le problème se pose autrement. Le bonze supérieur peut ordonner qui bon lui semble et décide seul de la répartition des donations. Bref, il règne en maître absolu sur son temple et ses moines. Et lorsqu'il décide de quitter la Sangha, il peut emporter son pécule, soit une bonne partie des donations. » « La loi ecclésiastique de 1962 fait du bonze supérieur un dictateur en puissance. Le clientélisme et les affaires de pots-de-vin sont notoires dans les temples, mais personne n'en parle par crainte d'être persécuté», explique le vénérable Jerm Suvaco. Et d'ajouter: «Aucune amélioration n'est possible sans une réforme administrative de la Sangha.» (In Article 41. « La crise du bouddhisme en Thaïlande »)

On pourrait lui rétorquer, que si la loi ecclésiastique de 1962 donnait tout pouvoir à la Sangha, celle-ci ne l’utilisa guère. (Cf. Article de Dubus)

A ce stade, nous n’allons pas revisiter « Notre histoire de la Thaïlande » ; le règne du maréchal Thanom (9/121963-14/10/1973) ; une période de 10 ans marquée par une dictature dans le contexte de la guerre du Vietnam, l’aide militaire et économique américaine, la présence de bases américaines dans le pays et des dizaines de milliers de militaires américains; la lutte contre l’insurrection communiste, trois gouvernements, une nouvelle constitution le 20 juin 1968,  avec de nouveau des partis politiques autorisés, des élections générales le 10 février 1969, un coup d’Etat de Thanom le 18 novembre 1971, pour installer le Conseil national exécutif (18/11/1971-17/12/1972) qui abolit le parlement, dissout les partis politiques, dans le but proclamé de combattre les communistes. Une période où le 18 décembre 1972 le roi signera la formation du 32e gouvernement, encore dirigé par Thanom et Prapass, qui se terminera dans un bain de sang le 14 octobre 1973 après une manifestation monstre réclamant le retour de la démocratie,  et où pour la première fois, le roi annoncera à la télévision et à la radio, le démission du maréchal Thanom et la nomination du nouveau 1er ministre Sanya Dharmasakti (Sanya Thammasak) avec la mission de proposer une nouvelle constitution.

 

 

Cette date du 14 octobre 1973 marquait pour la première fois dans l’histoire de la Thaïlande la volonté des étudiants et du « peuple » de jouer un rôle dans cette histoire, et d’installer – enfin – une démocratie. (Cf. 228. Comprendre la révolte populaire du 14 octobre 1973)

Dix ans de dictature suivie par l’échec des gouvernements civils  de Sanya Thammasak (Du 14/10/1973 au 15/02/1975) ;  Seni Pramot (Du 15/02/1975 au 14/03/1975) ; Kukrit Pramot (Du 14/03/1975 au 20/04/1976) ; et de nouveau Seni Pramot (Du 20/04/1976 au coup d’Etat du 6 octobre 1976), trois ans de chaos, qui loin de rétablir la « démocratie » dans « le calme et la sérénité » comme le souhaitait le roi, va être le théâtre de crises sociales, d’ assassinats politiques, de répressions policières, des combats des ouvriers, des étudiants , de la révolte des paysans, et de la « guerre » des militaires contre les zones contrôlés par les communistes.

(Cf. (13) Nos 3 articles pour essayer de comprendre les événements politiques du 14 octobre 1973 au 6 octobre 1976, trois ans de chaos)

 

 

Ce Nième coup d’Etat annonçait « la reprise en main » du pays par l’Armée, avec l’aide des mouvements d’extrême droite et paramilitaires, au nom, une fois de plus, « des trois Institutions sacrées du Peuple thaï » que sont la nation, le roi et le bouddhisme, dans le contexte international de la guerre du Vietnam et de  la guerre civile au Laos et au Cambodge.

Gabaude, in Religion et politique en Thaïlande  rappelle que la Sangha apporta sa contribution dans la lutte contre le communisme, avec ses « différents  programmes de développement communautaire centrés sur la communauté villageoise dans lesquels, le supérieurs des monastères devaient être impliqués en raison de leur prestige et de leur influence. Il donne l’exemple du gouvernement qui lança en  1964 le programme des « Missionnaires du Dharma », Thammahut,  « afin de propager le bouddhisme  -meilleure garantie contre une idéologie étrangère » dans le régions reculées de la Thaïlande ou du Laos. Des bonzes volontaires, puis sélectionnés, furent dépêchés dans les régions menacées par l’infiltration communiste : 175 dans le Nord-Est, le Laos et le Sud la première année ; 802 dans un nombre grandissant de régions en 1965. (…) Un autre programme entamé en 1965, le programme Thammajarik voulut protéger les montagnards du communisme. Il avait comme objectif de propager le bouddhisme dans ces populations, de développer un esprit nationaliste autour des trois piliers du pays – Nation, religion et roi - , de créer des relations harmonieuses entre ces minorités et l’administration. » Il ne donnera pas d’autres exemples, et signalera que « le conflit idéologique avec le communisme perdura jusqu’en 1983. » Mais si Gabaude signale que de nombreux bonzes vont s’engager dans la lutte contre le communisme, jusqu’à citer  Buddhadasa Bhikkhu qui bien qu’opposé aux justifications morales des bombardements américains dans le Nord Vietnam, admettait que tuer des communistes n’était pas déméritoire. Il ne fera ensuite référence essentiellement qu’à trois personnalités dissonantes, à savoir Buddhadasa Bhikkhu, Bhodirak et Sulak Sivaraksa. Mais nous avons déjà vu la présentation que fait Dubus  du mouvement  Santi Asoke, fondé par Rak Bodhirak, et son évolution allant de l’ascétisme à  l’activisme politique et comment nombre de ses membres ont  basculé de la collaboration avec Thaksin jusqu’en février 2006 à l’opposition farouche du côté des chemises jaunes et ont pris une part très active dans sa chute.

 

 

De fait, nous dit Dubus,  cet activisme politique des moines va adopter une forme plus virulente et plus frontale après 2005 avec l’apparition de « moines rouges » et de « moines jaunes » prenant partie dans la lutte politique qui opposent les chemises rouges et les chemises jaunes, à savoir ceux qui soutenaient ou s’opposaient à Thaksin (Qui était devenu 1er ministre en 2001). 

 

Après avoir rappelé quelques repères historiques, nous pouvions désormais lire  la 3ème partie intitulée « Bouddhisme et nationalisme » (pp.73-84), de son livre « Buddhism and Politics in Thailand”. Ce sera notre prochain article.

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) « Buddhism and Politics in Thailand”, Irasec, Bangkok, janvier 2018, 92 p.

(2) Sur le bouddhisme.

Notre lecture de Gabaude « Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité », Extrait de : Revue d’études comparatives Est-Ouest, Vol. 32, n° 1 (mars 2001), pp. 141-173 »

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/receo_0338-0599_2001_num_32_1_3076  in A137. « Bouddhisme et politique en Thaïlande. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

A 41: « La crise du bouddhisme en Thaïlande. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-41-la-crise-du-bouddhisme-en-thailande-82673729.html    Gabaude, « La triple crise du bouddhisme en Thaïlande (1990-1996) », BEFEO, 83, pp. 241-257.

Gabaude ,« la triple crise du bouddhisme en Thaïlande  (1990-1996»), BEFEO 83, p. 241-257. (Cf. Notre article A41: La crise du bouddhisme en Thaïlande.)

Voir aussi son article Fractures sociales et bouddhisme : le regard de Buddhadasa Bhikkhuin  GAVROCHE , 27/06/2011.

21. Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

A 137. Bouddhisme et politique en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a137-bouddhisme-et-politique-en-thailande-121285295.html

Article 22.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html,

Article 35. Le bouddhisme est-il athée ?

ttp://www.alainbernardenthailande.com/article-a-35-le-bouddhisme-est-il-athee-79098567.html

A 239  - LE « BOUDDHISME DE LA FORÊT » OU « LA VOIE DES ANCIENS » DANS LA THAÏLANDE CONTEMPORAINE

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-239-le-bouddhisme-de-la-foret-ou-la-voie-des-anciens-dans-la-thailande-contemporaine.html

Cf. Aussi : Notre article « INSOLITE 3. BRAHMANISME ET BRAHMANES EN THAÏLANDE ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/cet-article-reprend-quelques-idees-d-articles-anterieurs-pour-se-recentrer-sur-le-sujet-traite-nous-avions-ete-surpris-en-decouvrant

INSOLITE 4. THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES …

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

Sur le nationalisme.

ARTICLE 13 : Le nationalisme et l’école ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-13-le-nationalisme-et-l-ecole-68396825.html

Article 9 : Vous avez dit «  nationalisme thaï » ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html

Notre Isan 14 :   Le nationalisme thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-13-le-nationalisme-thai-73254948.html

168. Le « nationalisme » de Rama VI (1910-1925).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-168-le-nationalisme-du-roi-rama-vi-1910-1925-125257916.html

(3) A1.  « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-thailande-aux-origines-d-une-crise-121891360.html    

(4) 15. Notre Histoire. Le  muang ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.html

 (5) Notre Isan : les temples khmers en Isan

http://www.alainbernardenthailande.com/article-7-notre-isan-les-temples-kmers-d-isan-71522278.html

10.2. L’Empire khmer d’Angkor en Isan

http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-2-l-empire-kmer-d-angkor-en-isan-72616398.html

(6)

92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html

93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-93-les-legitimations-du-pouvoir-du-roi-narai-119264382.html

L. Gabaude « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173

Voir Alain Forest, « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravâda », Journal des anthropologues [En ligne], 104-105 | 2006, mis en ligne le 17 novembre 2010, consulté le 23 juin 2013. URL : http://jda.revues.org/496

(7) 13. Le Siam, L'Isan ...Et ses frontières.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-le-siam-l-isan-et-ses-frontieres-72124773.html

13.2 Les Frontières de L'Isan.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-frontieres-de-l-isan-72125167.html

(8) Cf. sur ce sujet  « Notre Histoire : le royaume de Sukhotai en questions. (1238-1438) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-35-le-royaume-de-sukhotai-en-questions-1238-1438-105075151.html)

(9) ) « Notre Histoire » consacrera une quinzaine d’articles au règne du roi Chulalongkorn. Cf. Notre introduction 134. « Le roi Chulalongkorn. (Rama V) (1868-1910) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-134-le-roi-chulalongkorn-rama-v-1868-1910-123492284.html

(10) Cf. http://www.alainbernardenthailande.com/article-147-la-creation-de-l-education-nationale-par-le-roi-chulalongkorn-1868-1910-124067077.html)

(11)168. Le « nationalisme » de Rama VI (1910-1925)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-168-le-nationalisme-du-roi-rama-vi-1910-1925-125257916.html

(12) 164. Le Siam participe à la 1ère Guerre mondiale.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-164-le-siam-particpe-a-la-1ere-guerre-mondiale-125175819.html)

(12) http://www.alainbernardenthailande.com/2016/02/219-l-etude-de-quelques-aspects-des-relations-entre-les-etats-unis-et-la-thailande-sous-le-gouvernement-du-marechal-phibun-1948-1957)

Cette aide militaire entre 1950 jusqu’à la chute de Phibun en 1957, sera estimée à 200.000.000 de dollars, et pour la coopération technique entre 1952 et 1955 à 27.000.000 de dollars. Il est évident que la décision de Phibun (21 juillet 1950) d’envoyer des troupes sous l’égide de l’ONU combattre les communistes en Corée ne pouvait que renforcer la coopération entre les deux pays, comme son adhésion le 8 septembre 1954, à l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais), destinée – bien entendu - à combattre le communisme et à défendre les adhérents contre toute agression. (Pour connaître les raisons de l’aide militaire et financière des Américains à Phibun.

Cette aide sera plus importante en 1962 du fait de l’engagement américain dans ce qui deviendra la « guerre du Vietnam ». Un accord bilatéral sera d’ailleurs signé le 6 mars 1962. (Signé par Thanat Khoman et Dean Rusk) Après les incidents du golfe du Tonkin le 5 août 1964, et le commencement des bombardements américains du Nord Vietnam en février 1965, « les effectifs américains basés en Thaïlande passent successivement de 7000 hommes en 1964 à 12 000 en 1965, 25 000 en 1966, 40 000 en 1967, 45 000 en 1968, 50  000 en 1969. C’est le point culminant. » (In Trivière, op. cit.). Le 28 juillet 1969, le président Nixon, réaffirmera à Bangkok, que les Etats-Unis défendront le régime thaïlandais contre les menaces intérieures et extérieures. De fait, la Thaïlande était devenue le bastion névralgique du système américain de sécurité collective en Asie du Sud-Est  avec les 7 bases aménagées.

Cf. 225. L’aide américaine à la Thaïlande dans les années 1960-1970. http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/225-l-aide-americaine-a-la-thailande-dans-les-annees-1960-1970.html

(13) 229-1 - LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE. http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

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commentaires

Treutenaere 08/06/2018 12:34

Je suis spécialiste de l'histoire du Canon pāli.
Votre affirmation que le Roi Rama I aurait "révisé" le Canon et fait "reconstituer" ses textes est erronée.
Comme je le rappelle dans mes ouvrages, le Canon, fidèlement transmis oralement grâce aux deux conciles tenus après la mort du Bouddha a été définitivement figé lors du troisième concile organisé par le grand empereur indien Asoka en -250 et récité ainsi depuis. Ce Canon a été mis par écrit en - 96 lors du quatrième concile tenu à Ceylan. Il était, depuis cette date, disponible et bien diffusé (surtout dans les cours et monastères royaux). L'oeuvre de Rama I et de ses successeurs (et de ses homologues en Birmanie, à Ceylan, au Cambodge) n'a donc pas été une inconcevable "révision" ou une inutile "reconstitution" mais un assemblage dans un livre moderne, à l'occidentale, plus facilement diffusable, des textes écrits jusque là sur de fragiles parchemins de latanier ; et à translittérer (le pāli, langue orale, n'a pas d'écriture propre et peut donc être translittéré dans les alphabets de toutes les langues) en caractères thaïs les textes jusque là en caractères khom (khmers), lanna, mon, lao etc.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 09/06/2018 02:52

Ce n'est pas une affirmation.
Mais l'histoire officielle dit que Rama 1er :" a réuni un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré, le pali, un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788 dont le dernière réédition, celle de 1925, se trouve actuellement dans la bibliothèque du plus modeste des temples et les manuscrits originaux de la bibliothèque royale Vajiranana. (Cf. Notre article http://www.alainbernardenthailande.com/article-116-rama-1er-1782-1809-122265066.html)

Nous avouons ne pas avoir lu les 45 volumes.
Les lecteurs jugeront.