Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 22:21

 

 

Nous avons longuement parlé de l’architecture siamoise, tout autant que des ambassades du roi Louis XIV auprès du roi Naraï mais pas encore de l’architecture à l’époque de ces ambassades. Une des raisons qui incita le roi siamois à envoyer une ambassade en France fut sa stupéfaction, en particulier, devant la richesse de son architecture que lui décrivit Phaulkon (1). Nous avons déjà parlé de divers aspects de l’architecture siamoise, essentiellement l’architecture religieuse et ensuite l’incontestable renouveau apporté par l’intervention des hommes de l’art italiens à partir du roi Rama V.

 

 

Quelle était donc l’architecture siamoise à cette époque à laquelle nous limiterons notre propos en sachant qu’il n’en reste que des ruines, consécutives aux exactions des voisins birmans et peut-être aussi aux outrages du temps et à la négligence des Siamois. Ce que nous en savons vient évidemment pour l’essentiel des chroniqueurs français de l’époque. L’architecture va connaître un renouveau certain avec l’avènement de la présente dynastie dont l’avènement date de 1782 qui fut et reste une dynastie de bâtisseurs, d’écrivains, de musiciens et d’artistes. Les commentaires des chroniqueurs seront alors moins négatifs. Il s’agissait par contre au temps du roi Naraï de ce que l’on peut baptiser un véritable désert architectural. Quel était donc ce « désert » et quelles en étaient les raisons ? C’est ce que nous allons tenter de déterminer.

 

 

 

LA VISION DES VISITEURS

 

Les maisons du peuple

 

De tous nos observateurs, le plus précis et le plus précieux est évidemment le Chevalier de La Loubère qui nous dote en outre de précieuses illustrations.


 

 

Il est singulier que la maison décrite et dessinée par notre ambassadeur ...

 

 

se retrouve encore dans certains de nos villages, construite exactement sur le même modèle, avec les mêmes matériaux et, l’automobile et l’antenne de télévision mises à part, ces photographies auraient pu être prises par le chevalier (2).

 

 

Pas de crainte du feu puisque la cuisine se fait dehors sur les braseros en terre comme aujourd’hui : « une corbeille pleine de terre et appuyée sur trois bâtons comme un trépied ». La Loubère cite toutefois le cas d’un incendie à Ayuthaya qui détruisit 300 de ces maisons qui furent rebâties en deux jours.

 

 

La maison en effet se construit en quelques jours avec un matériau qu’il suffit d’aller couper avec l’aide des parents et des amis. L’avantage en est que lorsque le Siamois déménage avec ses modestes affaires, il emporte sa maison avec lui. Les raisons de cette simplicité qui est proche de celle de l’âge de la pierre, ne sont pas seulement la pauvreté : « La constitution despotique du gouvernement siamois, l'état de servilité dans lequel est plongée toute la population, expliquent pourquoi l'art est à peu près nul quand il s'agit de construire tes demeures du peuple, et pourquoi tous ses raffinements sont exclusivement réservés aux résidences du souverain et aux pagodes bouddhiques » écrit sévèrement Léon de Rosny en 1869 à une époque où l’architecture populaire n’avait pas évolué (3).

 

 

Le père Tachard est moins prolixe mais pas admiratif de l’architecture populaire : « Les maisons sont communément de bois, et élevées sur des piliers à cause des inondations, sans avoir rien de la grandeur ni de la régularité qu'on voit dans celles d'Europe ».

 

 

Le Chevalier de Forbin n’est pas plus flatteur : «..Tout le reste de la ville, qui est très malpropre, n’a que des maisons, ou de bois, ou de cannes, excepté une seule rue d’environ deux cents maisons, assez petites, bâties de brique, et à un seul étage. Ce sont les Maures et les Chinois qui les habitentNous trouvâmes dans l’une de ces maisons trois ou quatre hommes assis à terre sur leur cul, ruminant comme des bœufs, sans souliers, sans bas, sans chapeau, et n’ayant sur tout le corps qu’une simple toile dont ils couvraient leur nudité. Le reste de la maison était aussi pauvre qu’eux ; je n’y vis ni chaises, ni aucun meuble ».

 

 

Le logement des ambassadeurs

 

Il fut fait exactement « à la mode du pays » mais plus vaste que les cabanes du peuple. La Loubère nous en donne une gravure significative et une bonne description (4). Par contre, à Bangkok, à Ayuthaya et à Louvô (Lopburi), où les Européens, les Chinois et les Mores avaient bâti des maisons de briques, ils y furent logés après probable réquisition royale (?) « La propreté y était partout, mais nulle magnificence ». Le chevalier de Forbin n’est guère plus admiratif : « …M. l’ambassadeur fut conduit dans la maison qui lui était préparée. Elle était de brique, assez petite, mal bâtie, la plus belle pourtant qu’il y eût dans la ville… » 

 

 

Les habitations des grands officiers de la Cour

 

Nous n’en avons malheureusement pas de gravure dans l’ouvrage de La Loubère mais il n’est guère plus enthousiaste : « Ils ont des maisons de menuiserie, qu'on dirait être de grandes armoires : mais là-dedans ne logent que le Maître du logis, sa principale femme et leurs enfants. Chacune des autres femmes avec ses enfants, chaque esclave avec fa famille, tous ont leurs petits logements séparés et  isolés, mais néanmoins renfermés dans une même enceinte de bambou avec le logis du Maître ; Un étage seul leur suffit : et je suis persuadé que cette manière de bâtir est plus commode puis qu'ils ne font pas gênés par l’espace (car il y en a de reste dans la Ville, et ils le prennent où ils veulent) et puis qu'ils bâtissent avec ces matériaux peu solides, que chacun prend à son gré dans les forêts, ou qu'il acheté à vil prix de celui qui les y a été prendre. On dit aussi que la raison  pourquoi leurs maisons n'ont qu'un étage, est afin que personne ne puisse être chez lui plus haut que le roi de Siam, quand il passe dans la rue monté sur son éléphant … D'ailleurs les Palais n'étant aussi  que d'un étage font assez voir que c'est le goût du pays dans les bâtiments … ». Ce ne sont plus des cages à poules en bambou mais des « armoires » probablement en teck. Il est permis de reprendre à leur sujet ce que dit le père Tachard qui ne différencie pas les maisons des riches de celles de pauvres.

 

Les palais du roi

 

La Loubère nous dote encore de plusieurs belles gravures mais la description qu’il nous en fait de loin n’a guère de quoi susciter l’enthousiasme, (5) même s’il n’a pu pénétrer dans les appartements privés 

 

 

« Je ne puis dire ce que c'est que les appartements du roi de Siam : je n'en ai vu que la première pièce qui est à Siam et à Louvo le salon de l'audience.

 

 

 

 

L'on dit que personne  n'entre plus avant, non pas même les domestiques du roi, hormis ses femmes  et ses eunuques ». Pour le chevalier de Forbin  « on ne doit pas compter de trouver dans le royaume de Siam des palais qui répondent à la magnificence des nôtres. Celui du roi est fort vaste, mais mal bâti, sans proportion et sans goût ». Le père Tachard n’est pas plus admiratif mais fort peu précis «  Le palais du roi de Siam a beaucoup d'étendue, mais l'architecture n'a rien de régulier ni de semblable à la nôtre. Ce sont de grandes cours, entourées de murailles avec des corps de logis ; d'un côté sont les appartements des officiers du roi, et de l'autre un grand nombre de pavillons, où sont les éléphants ». 

 

 

 

Les pagodes            

                                                                             

Nous ne trouvons pas  dans les lieux de culte non plus la magnificence à laquelle nous pouvions nous attendre. Nous en avons une fois encore la description « photographique » de La Loubère.

 

 

Pour le reste, il n’y a rien susceptible de nous impressionner (6). Choisy écrit « les maisons sont fort vilaines, les pagodes ou temples des Dieux sont magnifiques ». La Loubère n’est cependant pas dupe comme le furent l’abbé de Choisy et le père Tachard qui pensaient que les statues de Bouddha qu’on y trouvait à profusion étaient d’or massif puisqu’il nous parle de « cuivre doré » dans la légende de l’une de ses gravures.

 

 

Les commentaires de Forbin sur les pagodes sentent son agnostique : « Pour les pagodes, ou temples des idoles, elles sont bâties de brique, et ressemblent assez à nos églises » ce qui laisse tout de même penser qu’il ne fréquentait guère les églises de notre pays.

 

Il va avec humour se gausser des croyances de l’abbé de Choisy et du père Tachard au détriment du Grec :  « … on appelle pagodes, à Siam, les temples des idoles et les idoles elles-mêmes ; ces temples sont remplis de statues de plâtre, dorées avec tant d’art qu’on les prendrait aisément pour de l’or. M. Constance ne manqua pas de faire entendre qu’elles en étaient  en effet, ce qui fut cru d’autant plus facilement qu’on ne pouvait les toucher, la plupart étant posées dans des endroits fort élevés et les autres étant fermées par des grilles de fer qu’on n’ouvre jamais, et dont il n’est permis d’approcher qu’à une certaine distance. A peu près dans ce temps-là, un accident imprévu mit au jour un trait de fourberie que M. Constance avait fait à M. de Chaumont et à sa suite. J’ai dit qu’en leur étalant les richesses de Siam, il avait eu grand soin de leur montrer les plus belles pagodes du royaume, et qu’il avait assuré qu’elles étaient toutes d’or massif. Parmi ces statues, il y en avait une de hauteur colossale, elle était de quinze à seize pieds de haut ; on l’avait fait passer pour être de même métal que les autres : le père Tachard et l’abbé de Choisy y avaient été trompés, aussi bien que tous nos Français, et avaient cru ce fait si constant qu’ils l’ont rapporté dans leur relation. Par malheur la voûte de la chapelle, où la statue était renfermée, fondit et mit en pièces la pagode, qui n’était que de plâtre doré. L’imposture parut, mais les ambassadeurs étaient loin. Je ne pus pas gagner sur moi de ne pas faire sur ce sujet quelque raillerie à M. Constance, qui me témoigna n’y prendre pas plaisir.  Citons le père Tachard : « Les richesses du pays paraissent dans les temples, par la quantité d'ouvrages d'or et de très belles dorures, qui en sont les ornements, ces pagodes étant d'ailleurs d'une structure particulière et en très grand nombre… » (7).

 

 

Il nous est dès lors facile de comprendre ce qu’écrit Rosny en 1869 (3) : « Ces monuments sont cependant  nombreux et essentiellement caractéristiques. Appréciés très-diversement par les voyageurs qui les ont visités et par les auteurs qui les ont mentionnés dans leurs ouvrages, ils représentent un style sui generis, malgré les traces évidentes d'emprunts que décèlent leurs traits principaux et leurs ornementations ». En ce qui concerne le style sui generis,  François Henri  Turpin,  le « Plutarque français » écrit en 1771 : «  Leur architecture est grossière et les statues qu’on voit dans leurs temples sont sans proportions et sans élégance. Quoiqu’ils possèdent le secret de faire de la brique et que leur ciment soit excellent, leurs édifices s’écroulent aussitôt qu’ils sont élevés parce qu’ils n’ont point l’habitude de creuser des fondements pour ajuster leur maçonnerie … ».

 

 

Crawford qui écrit en 1830 n’est pas plus positif : « l’architecture est dans un très humble état d’avancement », une architecture qui consiste davantage en arabesques et en ornements qu'en grandes masses et en grandes lignes de style (8).

 

 

Il n’y a pas de contradiction avec la vision admirative de Monseigneur Pallegoix empreinte il est vrai d’un zeste de flagornerie  : « l'architecture est un art qui a toujours été bien cultivé à Siam; il n'y a qu'à jeter un coup d'œil sur les gravures jointes à cet ouvrage pour se convaincre de l'habileté des Siamois à bâtir des édifices, des palais et des pagodes qui seraient dignes des nations civilisées ». Il écrit en 1854 sous le règne de Rama IV et les monuments décrits dans son ouvrage sont exclusivement l’œuvre des monarques bâtisseurs de la dynastie Chakri alors que les descriptions ci-dessus concernent une époque antérieure d’un siècle, quatre générations. Il y a de vrais architectes dorénavant au Siam.

 

 

LES RAISONS

 

Il faut évidemment nous reporter à Lucien Fournereau qui reçut une mission archéologique en 1891 de Léon Bourgeois, ministre de l’Instruction Publique el des Beaux-Arts, sur le rapport de M. Larroumet,  directeur des Beaux-Arts. Ce résultat de longues années de recherches a été publié en 1895 (9). Nous y trouvons une étude générale des anciennes capitales des Thaïs. Fournereau a cherché à faire revivre un passé depuis longtemps oublié. « La lâche était ardue, étant données les successives invasions barbares, l’incurie d’un peuple apathique et ignare, étant donnée aussi l’hostilité muette d’une végétation tropicale exubérante ». Il fait un bref retour historique qui mériterait d’être rectifié mais ce n’est pas notre propos : « Sur les ruines de l’ancien empire indo brahmanique se fonda le nouvel empire thaï ayant, comme capitale, la villede Sukhüdaya. L’empire cambodgien ne résista pas longtemps à ses voisins du Nord ; vivement attaqué dès le XIIe siècle, la conquête se termina en 1350 par la prise de la ville de Dvaravati, qui devint, sous le nom d’Ayuthia, la grande capitale de l’empire Thaï du Sud ».  Il est cruellement réaliste en ce qui concerne l’architecture : «  L’arrivée des Thaïs eut des conséquences funestes pour la grandeur d’une civilisation hautement développée par les Hindous-Brahmes. Avec la chute définitive du Brahmanisme au XIIIe  siècle, alors que Çiva est détrôné par Buddha, la caste des artistes disparaît et, avec eux, l’esthétique de l’architecture. Les monuments anciens sont abandonnés et tombent en ruines. Aux temples superbes d’une conception grandiose et élégante à la fois, succèdent les pagodes, de dimensions colossales il est vrai, mais sans architecture ni art supérieur. Les architectes de cette période de décadence ne savent même pas imiter  les modèles superbes que leurs prédécesseurs ont su conserver à leur admiration; aux matériaux de construction que les Brâhmes ont extrait des carrières de grès, ils substituent le limon, la brique et le ciment. La charpente est appliquée aux édifices religieux et la voûte en encorbellement est abandonnée. Le sens architectural des artistes anciens, qui s’affirme partout, en Birmanie, au Pégu, dans l’ancien Siam et le Campa, avec la même inspiration et conservant partout le même ordre architectonique, ne trouve pas d’écho dans les conceptions des nouveaux maîtres de l’art monumental. »

 

 

Le Général de Beylié a également étudié cette période dans son ouvrage publié en 1907 (10). Il n’est pas plus tendre : « Il semble en effet que les Thaï du XIIIe siècle étaient des peuples de civilisation artistique peu avancée n'ayant pas d'architecture propre ». Il en était manifestement de même 300 ans plus tard sous le règne de Naraï.

 

De tous nos chroniqueurs de l’époque, Forbin fut certainement le plus lucide lorsqu’il termine ses mémoires : « Le roi (Naraï) ne survécut pas longtemps à son ministre (Phaulkon), il mourut peu de jours après, et Pitracha fut reconnu tout d’une voix roi de Siam. Enfin, pour que rien ne manquât à son bonheur, nos Français, après un siège de quelques mois où ils eurent tout à souffrir, furent obligés d’abandonner  Bangkok et de repasser en France, où nous vîmes arriver leurs tristes débris. Tel fut, par rapport à la nation, le succès de cette entreprise mal concertée, qui coûta beaucoup, qui ne pouvait être d’aucune utilité au royaume, et dans laquelle la cour ne donna que parce qu’on l’éblouit par des promesses belles en apparence, mais qui n’avaient rien de solide ».

 

 

NOTES

 

(1) « Les descriptions enthousiastes que Phayah-Wichayen (Phaulkon) faisait de la magnificence et de la richesse de la capitale française, tout en laissant le roi assez incrédule, le fascinèrent à tel point qu'il résolut de s'assurer de leur exactitude. Il conféra donc à ce sujet avec Chao-Phayah-Kosa-Thibodi et décida que l'on construirait un navire qui porterait une ambassade siamoise en France. Il décrivit ensuite l'intérieur de la salle d'audience du roi, pavée de pierres de diverses couleurs, lesquelles étaient incrustées d'ornements d'argent et d'or. Des verres de plusieurs nuances, gravés avec art, représentaient divers paysages où l'on admirait des vignes, des forêts, des montagnes et quantité d'animaux. Les murailles de cette salle d'audience disparaissaient sous les glaces, qui, en réfléchissant tous les objets à l'infini, produisaient des effets surprenants. Le plafond, entièrement recouvert d'une couche d'or, semblable à l'or anglais, était divisé en caissons finement travaillés, d'où pendaient des glands magnifiques. Enfin, cette salle était décorée de candélabres et de lustres monumentaux aux mille lumières tombant du plafond. L'effet produit par tous ces ornements d'or et de couleurs variées réfléchis sans fin dans les glaces des parois, était fascinant et merveilleux ». In : Les Annales officielles siamoise - Traduction littérale par L. Bazangeon (sous le nom de plume de Rochedragon). - Extrait du Bulletin de la société de géographie de Rochefort -  Tome 12 de 1890 et Tome 13 de 1893.

 

 

(2) « Si les Siamois font simples dans leurs habits, ils ne le font pas moins dans leurs logements, dans leurs meubles & dans leur nourriture.. Riches dans une pauvreté générale  parce qu'ils savent se contenter de peu de chose, leurs maisons font petites, mais accompagnées d'assez grands espaces. Des claies de bambou fendu souvent peu serrées  en font les planchers, les murs & les combles. Les piliers, fur lesquels elles font élevées pour éviter l'inondation, sont des bambous plus gros que la jambe et d'environ treize pieds de hauteur (4 mètres environ) parce que les eaux montent quelquefois autant que cela. Il n'y en a jamais que quatre ou six, fur lesquels ils mettent en travers d'autres bambous au lieu de poutres. L'escalier est une vraie échelle  aussi de bambou, qui pend en dehors comme  l’échelle d'un moulin à vent ».

 

(3) « Mémoire sur l’ethnographie du Siam » in Revue ethnographique de 1869.

 

(4) « Comme il n'y avait donc point de maison propre pour nous sur les bords de la rivière, ils y en bâtirent à la mode du pays. Des claies mises sur  des piliers, couvertes de nattes de jonc, faisaient non seulement les planchers, mais le sol des cours. La salle et les chambres étaient tapissées de toiles peintes, avec des plafonds de mousseline blanche, dont les extrémités tombaient en pente. Les planchers étaient couverts de nattes de jonc plus fines et plus glissantes que celles des cours ; et dans les chambres où couchaient les envoyés du Roi, il y avait encore des tapis de pied, par-dessus les nattes ».

 

(5) « Les Palais de Siam et de Louvo …  sont de briques, mais les Palais font bas parce qu’ils n’ont qu'un étage,  comme j'ai dit ; Au reste ils ne connaissent nul ornement extérieur pour les Palais, ni  pour les temples, que dans les combles qu'ils couvrent ou de cet étain bas qu'ils nomment câlin (Selon Le Grand Larousse du XIXe, le « calin » est tout simplement l’étain du Siam) ou de tuiles vernies de jaune, comme il y en a au Palais du Roy de la Chine. Mais quoiqu’il ne paraisse nul or au Palais de Siam par le dehors, et qu'en dedans il n'y ait que peu de dorure, ils ne laissent pas de l'appeler le Palais d'or  (Phrasat Tong) parce qu'ils donnent des noms magnifiques à toutes les choses qu'ils honorent. Pour ce qui est des cinq Ordres d'architecture composés de Colonnes, d'architraves, de frises et d'autres ornements, les Siamois n'en ont aucune connaissance et ce n'est pas en ornements d'architecture, que consiste chez eux la véritable dignité des maisons royales et des temples.

 

 

Leurs escaliers sont si peu de chose qu'un escalier de dix ou douze marches par lequel nous montâmes au Salon de l'Audience à Siam n’avait pas deux pieds de large. Il était de briques tenant à un mur du côté droit, et sans aucun appui du côté gauche. Mais les Seigneurs Siamois n'avoient garde  d'y en chercher : ils le montèrent en se traînant sur les mains et sur les genoux; et  si doucement, qu'on eût dit qu'ils voulaient surprendre le roi leur maître. La porte du salon carrée mais basse et étroite, était digne de l'escalier, et  placée à gauche à l’extrémité du mur du  salon, c’est-à-dire presque au coin. Je ne sais s ils n'y entendent pas finesse, et  s'ils ne croient pas qu'une fort petite porte n'est encore que trop grande, puis qu'il est censé qu'on doit se prosterner pour y entrer. Il est vrai que l'entrée du salon de Louvo est mieux selon nôtre goût: mais outre que le Palais de Louvo est plus moderne, le Prince y dépose beaucoup la Majesté, laquelle réside principalement dans la capitale… Ce qui fait donc chez eux la véritable dignité des maisons, c’est que quoi qu'il a n’y ait qu’un étage, il n’y a pourtant point de plain-pied. Par exemple dans le Palais le logement du roi et des dames est plus élevé que tout, et plus une pièce en est proche, plus elle est élevée à l'égard d'une autre qui en est plus loin. De forte a qu'il y toujours quelques marches à monter  de l'une à l‘autre : car elles tiennent toutes l'une à l'autre, et tout est bout à bout fur une ligne, et c'est ce qui cause de l'inégalité dans les toits. Les toits sont tous en dos-d'âne, mais l'un est plus bas que l'autre; à mesure qu'il couvre une pièce plus basse qu'une autre : et un toit plus bas semble sortir par devant d'un toit plus haut, & le plus haut porter sur le plus bas , comme une selle dont l'arçon de devant porterait fur l'arçon de derrière d'une autre selle… Mais quoiqu’il ne paraisse nul or au Palais de Siam par le dehors, et qu'en dedans il n'y ait que peu de dorure, ils ne laissent pas de l'appeler le Palais d'or  (Phrasat Tong) parce qu'ils donnent des noms magnifiques à toutes les choses qu'ils honorent ».

 

(6) « Plusieurs Pagodes ou Temples sont de briques, et  les Pagodes non plus ne font pas assez exaucées à proportion de leur grandeur. Elles ont beaucoup moins de jour que nos Eglises : peut-être parce que l'obscurité imprime plus de respect et semble naturellement avoir quelque chose de religieux.  D'ailleurs elles font de la figure de nos chapelles, mais sans voûtes, ni plafonds : seulement la charpente qui soutient les tuiles, est vernie de rouge avec quelques filets d'or. Ils  ne connaissent nul ornement extérieurpour les temples, que dans les combles qu'ils couvrent ou de cet étain bas qu'ils nomment câlin, ou de tuiles vernies de jaune … Quant aux Pagodes, je n'ai remarqué en celles que j'ai vues qu'un seul appentis par devant, et un autre par derrière. Le toit le plus élevé est celui sous lequel est l'idole, les deux autres qui font plus bas font estimés n'être que pour le peuple quoi que le peuple ne laisse pas d'entrer par tout aux jours que le temple est ouvert. Mais le principal ornement des pagodes, est d'être accompagné, comme elles le sont d'ordinaire, de plusieurs pyramides de chaux et de briques dont pourtant les ornements sont grossièrement exécutés. Les plus hautes le sont autant que nos clochers ordinaires, et les plus basses n'ont pas deux toises de haut. Elles sont toutes rondes, et elles diminuent peu en grosseur, à mesure qu'elles s'élèvent de forte qu'elles se terminent comme en dôme : il est vrai que lorsqu'elles sont fort basses, il part de cette extrémité faite en dôme une aiguille de câlin fort menue et fort pointue,  et assez allez haute par rapport au reste  de la pyramide. Il y en a qui diminuent et grossissent quatre ou cinq fois dans leur hauteur ; de telle sorte que leur profil est ondé : mais ces diverses grosseurs font moindres à mesure qu'elles sont en une partie plus haute de la pyramide. Elles sont ornées en trois ou quatre endroits de leur contour, de plusieurs cannelures à angles droits, tant en ce qu'elles ont de creux, qu'en ce qu'elles ont d'élevé, lesquelles diminuant peu à peu à proportion de la diminution de la pyramide, vont se terminer en pointe au commencement de la grosseur immédiatement supérieure, d'où s'élèvent derechef de nouvelles cannelures ».

 

(7) A l’occasion de la visite d’un temple, guidé par Phauklon son mentor évidemment, il nous dit «  On y trouve en avançant une manière d'autel sur lequel il y a trois ou quatre figures d'or massif à peu près de la hauteur d'un homme, dont les unes sont debout et les autres assises, les jambes croisées à la siamoise. Au-delà est une espèce de chœur où se garde la plus riche et la plus précieuse pagode ou idole du royaume, car on donne ce nom indifféremment au temple et à l'idole qui est dedans. Cette statue est debout et touche de sa tête jusqu'à la couverture. Elle a environ quarante-cinq pieds de hauteur (15 mètres environ) et sept ou huit de largeur. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est qu'elle est toute d'or. De la taille dont elle est, il faut qu'il entre dans sa masse plus de cent pics de ce métal, et qu'elle vaille au moins douze millions cinq cents mille livres. Le pic était une mesure chinoise représentant cent vingt-cinq livres de France. Il continue «  On dit que ce prodigieux colosse a été fondu dans le lieu même où il est placé, et qu'ensuite on a construit le temple dans lequel il est. On ne comprend pas où ces peuples d'ailleurs assez pauvres ont pu trouver tant d'or, mais on ne peut s'empêcher d'être vivement touché de voir une seule idole plus riche que ne sont tous les tabernacles des églises d'Europe. A ses côtés il y en a plusieurs autres moins grandes qui sont aussi d'or et enrichies de pierreries ».

 

 

Il existe certes des statues de Bouddha en or massif et non en plâtre doré mais elles sont exceptionnelles, l’une est connue avec certitude quant à sa composition, le Bouddha d’or du Wat Tramit Wittayaram à Bangkok qui pèserait plus de 5 tonnes. L’histoire – ou la légende -  révèlent que lorsque les Birmans envahirent le pays et assiégèrent, les moines pour en éviter le vol le recouvrirent d’une épaisse couche de stuc. Elle y dormit jusqu’à la découverte du secret en 1955.

 

 

Les feuilles d’or battu que les fidèles collent sur les statues de Boudhha ont une épaisseur de 1/10ème de micron soit 1/10.000ème de millimètre mesuré par l’un d’entre nous au palmer. Une feuille de papier à cigarette est 100 fois plus épaisse : 10 microns. Le battage de l’or est connu depuis les débuts de la métallurgie et il suffit en définitive de peu de chose pour donner à une statue de Bouddha en plâtre l’aspect d’une statue en or massif.

 

(8) « Journal of an ambassy », London 1830.

 

(9) Lucien Fournereau, « le Siam ancien », à Paris, 1895.

 

(10) « L’architecture hindoue en extrême orient », Paris 1907.

Partager cet article

Repost0

commentaires

fernand dorgler 12/07/2018 17:03

Bonjour les amis,
Un peu surpris par votre "désert architectural" puis-je me permettre de vous suggérer de refaire une visite du parc historique d'Ayuttaya contemporain du roi Narai.
Bien amicalement,
F. D.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 13/07/2018 03:09

Bien sûr la visite du site est impressionnante. Mais c’est la vision de ces visiteurs qui fait surtout l’objet de l’article et qui n’est pas sans intérêt. Ceux de l’Ambassade ont vu le site tel qu’il était avec des yeux probablement toujours marqués par la pesanteur de Vitruve. Fournereau tout aussi critique était architecte (formé à l’école ou aux Beaux-arts ?) et le général de Beylié a reçu une éducation archi-classique. C’est, semble-t-il, Viollet-le-Duc qui a lutté contre la dictature des « classiques » et insisté sur la nécessité d’étudier les différentes architectures dans leurs rapports avec les civilisations. Il serait souhaitable qu’une reconstitution en 3 D comme il en existe pour Angkor Vat tombe un jour de l’ordinateur d’un érudit, probablement plus intéressante que les reconstitutions hollywoodiennes ?
Amicalement

de Barbeyrac 11/07/2018 21:33

Fort intéressant ces lignes sur les constructions, reflet d'une culture et d'une civilisation. Merci mes chercheurs bien appréciés!

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 12/07/2018 02:47

Merci, affections de l'un at amitiés de l'autre