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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 22:14

 

Nous avons parlé  d’abondance des réformes du Roi Chulalongkorn qui, au cours de ses 42 années de règne, conduisit son pays aux portes de la modernité avec le concours de son remarquable demi-frère, le prince Damrong (1). Comme tout réformateur, il dut se heurter à des résistances en profondeur, révolte de privilégiés ou d’illuminés pour les plus spectaculaires au premier chef (2). Il y eut aussi, ce dont on ne parle jamais, des réactions populaires de résistance passive assez vives: Ainsi lorsqu’il voulut imposer aux femmes de son pays de ne plus se promener les seins nus (3). Ainsi lorsqu’il voulut organiser une politique sanitaire à Bangkok : les habitants de Bangkok avaient la répugnante coutume de  jeter leurs morts en pâture aux chiens et aux vautours dans l’enceinte du Wat Saket

 

 

...et par ailleurs de pisser et de déféquer partout, au bord des rues, dans les klongs, de véritables cloaques et jusqu’aux portes de temples ou aux marches du Palais (4).

Peinture murale du temple de Suthat (photographie de Chittawadi Chitrabongs) :

 

 

Il nous a intéressé de savoir ce que pouvait être l’organisation administrative du pays avant que le monarque et son demi-frère ne s’attachent à ces travaux d’Hercule de transformer le vieux Siam - guère plus qu’une expression géographique - en État moderne.  Nous avons bénéficiée en particulier d’une analyse universitaire de l’historien Tej Bunnag assez significative de ce qui n’était pas une « organisation » malgré une apparente complexité mais une véritable absence d’organisation (5). La situation était en réalité proprement effarante.

 

 

Au sommet de la hiérarchie se trouve le monarque absolu et maître de la vie,  sanctifié en tant que dieu et Phrabodhisattva (พระโพธิสัตว์selon le culte du Devaraja (เทวราช, littéralement « le dieu roi ») et les croyances du bouddhisme Mahayana. La relation entre le roi et son peuple est symbolisée par la « langue du palais » (rachasap – ราชาศัพท์) utilisée à la cour. Une fois monté sur le trône, ses édits seront considérés comme le rugissement du lion.

 

 

Il est assisté de deux premiers ministres, Akkramahasenabodi (อัครมหาเสนาบดี), l’un pour les affaires civiles, Mahatthai (มหาดไทย) et l’autre à la fois pour l’armée et l’administration du pays, Kalahom (กลาโหม). Ils sont assistés de quatre « ministres de soutien » (Senabodi Chatusadom - สนาบดี จตุสดมภ์) : l’un pour la métropole (Wiang – เวียง), l’autre pour le palais (Wang –วัง), un autre pour les finances  (Khlang – คลัง) et le dernier pour l'agriculture (Na – นา). Le premier, ministre de la métropole, percevait les taxes et les amendes pour les infractions mineures dans la zone métropolitaine de Bangkok. Le ministre du Palais était chargé des juridictions civiles et pénales et nommait les magistrats dans tout le pays, il était le plus proche du roi, source de toute justice. Le ministre des Finances contrôlait l'administration fiscale du pays, mais l'un de ses départements, le Krommatha (กรมท่า) était chargé des affaires étrangères, parce qu’il était fréquemment en contact avec les étrangers, le commerce extérieur étant en grande partie monopole royal à cette époque (6). Le ministère de l'agriculture s'assurait que les labours commençaient au bon moment de l'année et attribuait les titres de propriété assurant la sécurité de la paysannerie. Il existait plus bas dans la hiérarchie six conseillers, (Montri – มนตรี) ayant respectivement en charge la défense du palais, les scribes royaux,  l'enregistrement des personnes (embryon d’état civil), la dépense des revenus, la garde-robe royale, et les affaires religieuses.

Deux généraux commandaient respectivement les forces terrestres et les forces maritimes.

 

 

L'administration de la justice était d’une effroyable complexité : Un tribunal de douze brahmanes « instruits des lois » décidait d'abord devant quelle juridiction une affaire devait être distribuée. Une fois la cause entendue, elle revenait devant les brahmanes qui rendaient leur jugement. Un appel contre leur verdict pourrait être fait devant le roi.

 

 

L'administration provinciale était partagée entre  trois ministres.

Le nord était sous l’autorité du premier ministre chargé de l'administration civile, le Mahatthai (มหาดไทย),

 

 

le sud était sous l’autorité de l’autre premier ministre chargé de  l'administration militaire, le Kalahom (กลาโหม),

 

 

les provinces côtières près de Bangkok, impliquées dans le commerce, relevaient du département du ministère des affaires étrangères, le Krommatha (กรมท่า).

 

 

Tous ces postes étaient occupés par des princes membres de la famille royale. Mais, paramètre majeur, il n'y avait pas surabondance de princes et la raison en était simple. Certes, le roi est  autorisé à avoir quatre reines et « un certain nombre de consorts » mais il n’y a que cinq rangs différents de princes : L'enfant d'une reine est un Chao Fa (เจ้าฟ้า), l'un d'eux est un Phra-ong Chao (พระองค์เจ้า) et le petit-fils du roi est un Mom Chao (หม่อมเจ้า).

 

 

 

En voilà trois, mais il est de règle que seuls les membres des deux premières générations sont considérés comme des princes : Après le Mom Chao vient le Mon Ratchawong (หม่อมราชวงศ์) dont le fils est Mom Luang (หม่อมหลวง).Ils sont encore considérés comme des princes. Le fils du Mom Luang par contre devient un Nai (นาย), tout simplement un croquant.

La noblesse siamoise n'est donc que très partiellement héréditaire au sens européen du terme car son existence, en théorie, ne dépend que des services qu’elle est susceptible de rendre au gouvernement royal. Lorsqu’un individu du commun, Naï, Mom ou Mom Luang, commence son ascension dans les rangs de la noblesse en entrant au service du gouvernement, la hiérarchie en partant du bas est alors Khun (ขุน), Luang (หลวง), Phra (พระ), Phraya (พระยา), Chao Phraya (จ้าพระยา) et au sommet Somdet Chao Phraya (สมเด็จเจ้าพระยา). Par exemple le premier ministre de l'administration civile et ministre du Nord avait droit au titre de Chao Phraya (7).

 

 

Le rang de la noblesse devait encore être mesuré par le nombre des marques de Sakdina (ศักดินา) attachées à sa position. La noblesse est fondamentalement attachée à la terre (8). Il n’y a pas de noble de quelque rang qu’il soit sans terres (9). Ainsi le prince le plus proche du roi qui commandait traditionnellement l'avant-garde de l'armée reçut le grade de second roi ou Kromphraratchawang Bowonsathanmongkhon (กรม พระราชวัง บวรสถานมงคล). Le premier rang donné à un Momchao est Phraongchao (พระองค์เจ้า). S’il l’est de naissance, il pourra commencer à monter dans l'échelle des rangs au niveau supérieur, Krommamuen (กรมหมื่น) puis à Krommakhun (กรม ขุนข), Krommaluang (กรมหลวง), Krom Phra (กรม พระ), Kromphraya (กรมพระยา) et enfin, Somdet Kromphraya (สมเด็จ กรมพระยา).

 

 

Les titres donnés aux princes au service du gouvernement, contrairement à ceux de la noblesse, n'étaient pas liés à leurs fonctions, mais étaient plutôt l'expression des espoirs et des égards du roi pour eux. Lorsque le Phraongchao Ditsaworakuman (พระองค์เจ้าดิศวรกุมาร) se fut montré digne des services rendus il reçut le grade de Krommamuen et le titre de Damrong Rachanuphap (ดำรงราชานุภาพ) qui signifie « le porte-parole du pouvoir royal ». Il  garda ce titre toute sa vie et son rang fut celui de Somdet Kromphraya.

 

 

Dans certains États tributaires, les rangs princiers, Phra Chao (พระเจ้า) et Chao (เจ้า) et les titres des dirigeants et des grands officiers des États de Chiangmai (เชียงใหม่), Lampang (ลำปาง), Lamphun (ลำพูน), Phrae (แพร่), Nan (น่าน) et Bassac (ຈຳປາສັກ) avaient tous été créés par le gouvernement central en reconnaissance de leurs services et de leur loyauté envers la couronne. Dans la première moitié du dix-neuvième siècle, seuls les souverains particulièrement favorisés de Chiangmai, Lampang et Lamphun furent faits princes. Ce n'est qu'à partir de 1856 que le grade princier fut régulièrement donné aux gouvernants et aux grands officiers de ces États. Le rang n'était pas héréditaire, et le fils d'un prince n’était qu’un nai (นาย). Il n'y avait pas de marques  de sakdina attachées au grade. Les souverains de Nan et Phrae ne furent pas faits princes que respectivement en 1888 et 1896.

 

 

Les membres du gouvernement et de l'administration de Bangkok n'étaient pas censés être de grands propriétaires fonciers et leurs ressources dépendaient de la générosité du roi. Les ministres étaient toutefois autorisés à conserver les taxes qu’ils percevaient de par leurs fonctions. Les deux premiers ministres, par exemple, recevaient des honoraires lorsqu'ils procédaient à des nominations en provinces. Le roi leur distribuait des récompenses, bia wat (เบี้ยหวัด) en théorie, si et quand il le jugeait bon mais en pratique annuellement en novembre. Les Princes recevaient ainsi 1600 bahts, les Phraya entre 160 et 960, les Phra et les Luang entre 60 et 120 et les officiels de moindre rang entre 12 et 40 bahts.

 

 

Les hommes nobles bénéficiant de plus de 400 « marques de sakdina » avaient le privilège de ne pas comparaître à la cour lorsqu'ils y étaient été convoqués et étaient autorisés à y envoyer des représentants. Tous les Nai, quoique roturiers, avaient un autre privilège contrairement aux gens du commun, n'être ni tatoués ni inscrits au service du gouvernement.

 

La source essentielle des revenus du gouvernement, en dehors du produit de l'impôt, résidait dans le travail du peuple, des phrai (ไพร่).

 

 

Quelle était la population du pays dans la seconde moitié du XIXe siècle ? En 1910, lors du premier recensement national, le royaume comptait un peu plus de huit millions d'habitants. En tenant compte du fait qu’à cette époque le Siam avait été dépouillée de la plupart de ses États tributaires et de certaines de ses provinces dont la population cumulée dépassait à peine le million, et que le taux annuel global de croissance était alors d’un peu plus de 3%, sa population en 1892 était probablement d’environ quatre millions (10).

Au début de chaque règne, tous les hommes valides âgés de dix-huit à soixante ans étaient tatoués au poignet et enregistrés dans les divers départements de l'administration. Ceux entre dix-huit et vingt ans devaient travailler pour le gouvernement pendant un mois de l'année, ou bien commuer leur service en payant une taxe de six bahts. De l'âge de vingt à soixante ans, ils devaient travailler pour le gouvernement pendant trois mois de l'année ou bien payer une « taxe de Commutation » dite kharatchakan (ค่าราชการ) de dix-huit bahts. Le gouvernement bénéficiait de ce système à quatre niveaux : Les gens du peuple lui fournissaient une abondante main-d'œuvre gratuite, ensuite ils pouvaient tous être appelés aux armes rapidement en cas de guerre, ceux qui payaient leur taxe de conversion en nature le faisaient avec des biens de valeur et enfin ceux qui la payaient en espèces procuraient des liquidités au gouvernement.

 

 

Les gens du commun fournissaient également à la noblesse de fructueuses sources de revenus. Le titulaire d’un poste dans un service du gouvernement avait le droit d'avoir sous sa juridiction un certain nombre d'hommes dont il pouvait exiger soit une taxe de service, soit une taxe de mutation. Il pouvait aussi les utiliser sous sa responsabilité pour faire des travaux qui n'avaient rien à voir avec le service gouvernemental. Le Prince Damrong confirma qu’ils donnaient « volontairement » des cadeaux à ces fonctionnaires qui étaient en mesure de leur rendre la vie heureuse ou misérable en fonction du type de travail qu’ils leur impartissaient.

 

 

La noblesse avait un autre moyen de subsistance : l'esclavage.

 

Il y en avait deux sortes, les esclaves de guerre et les esclaves pour dette. Les premiers ne pouvaient pas racheter leur liberté mais les autres le pouvaient. Tous pouvaient être vendus sur le marché. En dehors du travail pour leurs maîtres ils devaient également travailler pour le gouvernement pendant huit jours de l'année mais le maître pouvait payer une « taxe de conversion » d'un baht cinquante satangs. Il est difficile d'estimer le nombre d'esclaves au Siam dans la seconde moitié du XIXe siècle. Monseigneur Pallegoix estime leur nombre à un tiers de la population ? Le chiffre n’a jamais pu être validé mais il le tenait probablement du roi Rama IV son ami. Il affirme en tous cas, ce qui n’a jamais été contredit, qu’ils travaillaient fort peu et étaient traités beaucoup mieux que les domestiques en France.

 

 

Il est une certitude, au cours du dix-neuvième siècle, le roi n'avait pas les ressources qui lui auraient permis d'être un monarque absolu. « Maître de la vie » certes mais sans ressources.

 

 

La plus grande partie des revenus restait entre les mains de ses ministres et il y n’avait que peu de moyens de les extraire. La plupart des ministères et départements les plus importants avaient été accaparés par une famille, la famille Bunnag (บุนนาค) par exemple. Celle-ci était liée à la dynastie des Chakri au pouvoir depuis 1782 par de nombreuses alliances et avait commencé à dominer la politique siamoise à partir des années 1820 lorsque le roi Rama III obtint son appui contre d’autres cousins ​​princiers. Au cours du demi-siècle suivant sur une période qui s'étend sur trois règnes, ceux du roi Nang Klao (1824-1851), du roi Mongkut (1851-1868) et du règne du roi Chulalongkorn (1868-1910), les membres de la famille tinrent sans interruption, le poste de premier ministre pour l'administration militaire (Kalahom - กลาโหม) et le ministère des Finances (Khlang - คลัง). Le ministère de la Métropole (Wiang - เวียง) fut également entre leurs mains pendant de longues périodes. Des mariages judicieux leur permirent d’accroître leur contrôle sur le gouvernement d'année en année. Lorsque le roi Chulalongkorn monta sur le trône en 1868, la famille Bunnag sous la direction de Chao Phraya Sisuriyawong (สมเด็จเจ้าพระยาบรมมหาศรีสุริยวงศ์), était au sommet du pouvoir.

 

 

La perte de contrôle de la monarchie sur certaines des plus importantes administrations de l'État signifiait tout simplement qu’elle était pauvre. Pour le roi Rama V à sa montée sur le trône, les ressources avaient diminué d'année en année, jusqu'à ce que le royaume doive vivre au jour le jour et de mois en mois : entre 1868 et 1873, les recettes annuelles passèrent de 4.800.000 baths à environ 1.600.000 baths. Dans de telles circonstances, il était impossible de construire des palais et des temples, de financer des cérémonies royales et religieuses, d’accorder à ses fidèles des récompenses annuelles et encore moins de financer un train de réformes ou se lancer dans une politique de grands travaux.

 

Le gouvernement central avait peu sinon aucun choix dans la nomination des gouverneurs. Il dut souvent en conférer le titre à des  aventuriers ou des chefs tribaux : Par exemple, en 1793, 4.000 personnes qui avaient quitté la Principauté de Vientiane on ne sait pourquoi décidèrent de s'installer dans un petit village du nord-est appelé Ban Kaengsamrong (บ้าน แก้งสำโรง), leur chef en fut nommé gouverneur et cette ville devint le centre de la province de Kalasin (กาฬสินธุ์). En période de guerre le chef local que le gouvernement devait reconnaître en tant que gouverneur était généralement un chef militaire.

 

 

En 1772, alors que le pays était en état d'anarchie après le sac de l'ancienne capitale Ayutthya (อยุธยา) par les Birmans en 1767, le roi Taksin (ตากสิน) dut désigner un chef de guerre local, nouveau gouverneur de la ville de Phatthalung au sud (พัทลุง). Le choix des gouverneurs se limitait en réalité à des hommes localement puissants dont le pouvoir était ainsi reconnu et légitimé.

La monarchie avait perdu une autre facette du pouvoir puisque les ministres tenaient l'appareil administratif en mains, organisaient les rendez-vous et les promotions au sein de leur propre réseau de relations. Elle a également perdu le contrôle direct sur le peuple, les phrai. Elle ne pouvait réclamer ni obtenir les listes des hommes valides dans les différents départements qui permettaient aux ministres d’avoir en mais le service annuel de trois mois et la taxe de conversion. N’ayant pas de contrôle effectif sur les gens du commun, elle ne pouvait connaître le nombre d'esclaves et par conséquent ne percevait presque rien de la taxe de conversion des dits esclaves. Mais la Couronne n’était pas la seule à être relativement pauvre et faible. Le gouvernement central subissait le même sort. Le rendement du revenu n'avait aucun rapport avec la richesse réelle du pays : Il y avait peu de perception directe des impôts, et quand c'était le cas, cela ne s'étendait pas loin dans les provinces. Le ministère de l'Agriculture, le Na (นา) ne percevait la taxe sur le riz que dans quatre provinces proches de Bangkok. La ville de Kamalasai (actuellement district de la province de Kalasin) n’envoya qu’en 1891 les redevances perçues pour les années 1875-1880.

 

 

La plupart des taxes étaient recouvrées sous un système de fermage, ce système des « fermiers généraux » qui causa en partie la chute de la monarchie française. Le gouvernement recevait une somme fixe pendant plusieurs années tandis que les fermiers fiscaux collectaient autant que faire se pouvait et empochaient les bénéfices. Les fermes d'impôts étaient rarement à l'échelle nationale et la plupart d'entre elles ne couvraient qu’une petite région du pays. En 1856, par exemple, il existait une taxe sur le tabac dans les provinces de Sawankhalok (สวรรคโลก) et de Sukhothai (สุโขทัย). Le fait qu'il y ait une multitude de fermes d'impôts effectuant toutes leurs paiements en plusieurs versements signifiait que la tenue de livres était extrêmement difficile, embrouilles, retards, et évidemment de multiples occasions de corruption.

 

 

Qui dit absence de ressources dit bien évidemment absence d’une fonction publique professionnelle. Comme il n'y a pas assez d'argent pour permettre au gouvernement de payer des salaires réguliers, les fonctionnaires, à part les récompenses annuelles du roi, devaient chercher leur propre gagne-pain. Ils furent dès lors autorisés à conserver les frais de justice, privilège qui a conduit à beaucoup d'abus de l'administration de la justice. Les procédures judiciaires ne devaient durer que trois jours, mais les fonctionnaires les faisaient  trainer deux ou trois ans, de sorte que le demandeur ou le défendeur se voyaient contraints d’offrir des pots-de-vin pour influencer la décision. La Justice en effet n’était pas séparée de l’administration civile. Selon Monseigneur Pallegoix, la pratique était que « Le meilleur moyen de gagner un procès est de promettre une grosse somme à une personnalité publique influente, qui s'occupera alors de vos affaires ».

 

 

Le territoire du royaume était divisé en trois catégories administratives, l'intérieur, les provinces extérieures (เมือง) et les états tributaires.

Les provinces intérieures étaient celles qui avaient constitué le cœur du royaume à partir du XVe siècle. Elles étaient initialement subdivisées en quatre classes. : Les provinces de quatrième classe étaient celles situées à proximité de la capitale. Les provinces de première et de seconde classe étaient soit celles des frontières, soit celles qui, une fois, avaient eu leurs propres maisons princières. Les provinces de troisième classe étaient de nouvelles unités administratives, formées lorsque certaines régions du pays, en raison de leur développement, avaient dépassé la capacité administrative de leurs anciens administrateurs, qui pouvaient être des provinces de première ou deuxième classe.

Les provinces extérieures se situaient entre les provinces intérieures et les États tributaires du Laos. Leurs relations avec le royaume étaient d'une date relativement récente, car elles ne remontaient qu'à la seconde moitié du dix-huitième siècle.

En 1892, les États tributaires du nord et du nord-est étaient le royaume de Luang Prabang  et les principautés de Chiangmai (เชียงใหม่), Lampang (ลำปาง), Lamphun (ลำพูน), Phrae (แพร่), Nan (น่าน) et Bassac. Le Royaume du Cambodge avait été (par intermittence) un état tributaire de la fin du XVIIIe siècle jusqu'en 1867. Les états tributaires du sud étaient les sultanats de Trengganu, Kelantan et Kedah.  

 

 

Concrètement, le gouvernement central ne contrôlait qu’une petite partie du pays appelé le Wang Ratchathani (วัง ราชธานี) qui s’étendait à Lopburi (ลพบุรี) au nord, Nakhonnayok (นครนายก) à l'est, Suphanburi (สุพรรณบุรี) et Phrapradaeng (พระประแดง) à l'ouest. Au sud en 1891, le gouvernement administrait directement seulement Prathumthani (ปทุมธานี) et Nonthaburi (นนทบุรี)  au nord et Phrapradaeng (พระประแดง) et Samutprakan (สมุทรปราการ).

Dépourvu de ressources le gouvernement ne pouvant nommer directement les fonctionnaires provinciaux perdait tout contrôle sur les ressources de ses provinces.

 

 

La faiblesse du gouvernement central était telle que le gouvernement dut même accepter des ennemis comme gouverneurs. En 1776, ayant chassé la famille régnante de Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช) pour avoir déclaré la ville indépendante du Royaume, le roi Taksin dut immédiatement la réintégrer dans sa position. Il dut en outre élever le chef de famille au rang de Prince et admettre que la ville était un État tributaire et non une province sous son gouvernement. Ces concessions furent la conséquence de la puissance de cette famille et aussi de la position stratégique de la ville située entre les provinces intérieures et les états tributaires malais.

 

 

Tej Bunnag nous donne d’autres exemples de l’incommensurable faiblesse du pouvoir central. La force  militaire n'était pas le seul moyen de devenir un chef provincial. Le gouvernement tenait également compte de la situation financière. L'ascension des familles chinoises de Songkhla (สงขลา) et de Ranong (ระนอง) aux gouvernorats de ces provinces et la prise du pouvoir de Phetchaburi (เพชรบุรี) par la famille Bunnag  (la sienne) démontrent comment la puissance économique a conduit à l’obtention du pouvoir politique. En 1769 et 1844, lorsque les grandes fermes d'impôts de Songkhla et de Ranong, celles des nids d'oiseaux, furent vendues aux enchères, elles furent toutes deux gagnées par les Chinois. En 1859, la famille Bunnag a repris la ferme de la taxe sur le sucre qui était la principale ferme d'impôts de Phetchaburi. Dans les deux premiers cas, les nouveaux fermiers fiscaux devinrent gouverneurs de leurs provinces dans les dix années qui suivirent la signature de leurs contrats. Dans le troisième cas, un membre de la famille Bunnag devint gouverneur de Phetchaburi à la même époque.

 

 

Le gouvernement doit donc s’incliner devant la puissance financière qui devient synonyme de pouvoir politique. Il officialise alors ses relations avec le chef provincial qu’il reconnait en lui donnant un bref de nomination ou sanyabat (สัญญาบัตร). En obtenant ce document signé du roi lui-même, le chef local devint le représentant légitime du gouvernement. Mais comme le poste était lucratif et conférait beaucoup de pouvoir à son titulaire, le gouvernement imposait un taux fixe pour la délivrance du bref de nomination. Le sanyabat d'un gouverneur de province de première classe coûtait 560 baht en 1892.

Les gouverneurs des provinces de deuxième, troisième et quatrième classes étaient respectivement Phraya (พระยา), Phra (พระ) et Luang (หลวง). Les gouverneurs des trois provinces de première classe, Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช), Nakhonratchasima (นครราชสีมา) et Phitsanulok (พิษณุโลก) étaient soit Phraya, soit Chao Phraya.

Par ailleurs incapable de centraliser l’administration provinciale, le gouvernement devait aussi permettre au gouverneur de choisir ses propres fonctionnaires.

 

 

Le prince Thewawong (กรมพระยาเทวะวงศ์วโรปการ) qui fut ministre des affaires étrangères décrit sans ambages la situation dans les provinces maritimes sous la tutelle de son ministère : « J’ai toujours nommé des fonctionnaires qui m'avaient été recommandés par les gouverneurs. Les gouverneurs sont totalement responsables de leurs provinces, et la nomination de personnes qui leur sont désagréables n'a pas donné de bons résultats ».

 

 

Le gouverneur recommandait évidemment ses relations pour des postes dans l'administration locale, les plus importants étant ceux de vice-gouverneur (palat  -ปลัด), de juge  (yokkrabat – ยกกระบัตร) et d'assistant  (phu chuai -  ผู้ช่วย). Ces postes étant tout aussi lucratifs que celui de gouverneur donc les futurs titulaires devaient payer des sanyabats qui légitimaient leurs positions. Si les sanyabats des hauts fonctionnaires étaient signés par le roi, ceux des postes moins importants dépendaient du mahatthai (มหาดไทย).

 

 

Le gouvernement n'intervenait pas dans l'administration financière des provinces et les autorités locales décidaient elles-mêmes de leur budget. Comme le gouvernement central ne payait pas de salaires, les revenus de toutes sources étaient partagés entre les fonctionnaires afin de leur assurer un moyen de subsistance. Les gouverneurs se voyaient attribuer un certain nombre d'hommes  à qui il pouvait demander soit une taxe de service soit une taxe de mutation.

Le gouverneur détenait également le pouvoir judiciaire. On le désignait volontiers sous le nom de Chao Muang (เจ้า เมือง), seigneur de la province, car il rendait la justice aussi arbitrairement qu’il le voulait. Henri Mouhot en 1859 et 1860 parlant du Gouverneur de Nakhonratchasima (นครราชสีมา) le décrit comme « très sévère, coupant une tête ou une main sans trop de scrupule ».

 

 

Laissant aux gouverneurs le contrôle des ressources, le gouvernement devait  supporter le fait qu'ils se lançaient parfois dans une véritable politique d'expansion territoriale ce qui fut le cas en particulier de celui de la province de première classe de Nakhonsithammarat (นครศรีธรรมราช) qui menait une politique de puissance provinciale. De plus, une fois une famille établie dans une province, le gouvernement par souci de stabilité et de continuité ne lui retirait pas sa position. Sans être totalement héréditaire, le poste passait ensuite au membre le plus influent de la famille.

 

 

Si le gouvernement avait formellement le droit d'envoyer de temps en temps des commissaires (khaluang – ข้าหลวง), dans les provinces, cette prérogative n’était que très rarement exercée.

La situation était pire encore dans les Etats tributaires totalement indépendants dans leur administration financière. Leur seule contrainte était d’envoyer un tribut d’or (l'arbre d'or) ou d’argent tous les ans ou tous les trois ans variant en fonction de la richesse des états. Le roi Chulalongkorn méprisait ces hommages scintillants considérant qu’ils ne représentaient pas le huitième ou un neuvième de l'impôt prélevé sur les populations.

 

 

Il n’y avait en réalité pas d’Etat, le pays était une féodalité au-dessus de laquelle régnait un monarque déifié mais dépourvu du plus important des pouvoirs, celui de se procurer des ressources. Nous avons cité le chiffre des revenus annuels l’année où le roi est monté formellement sur le trône, 1868, soit 4.800.000 baths et celle où il exerça effectivement ses prérogatives, 1873, 1.600.000 baths. Ceci se passe de tout commentaire. Quelques années auparavant Monseigneur Pallegoix qui écrit en 1854 donne un chiffre global de 26 millions de baths pour l’ensemble des ressources du trésor dont le poste le plus important est le « rachat des corvées » pour 12 millions. Sans précision de date, il est possible que ce chiffre concerne le règne de son ami Rama IV ? Pour le règne de Rama III sur lequel nous nous sommes penchés, il subsiste bien des incertitudes (11).

Quel fut le résultat de la politique de réformes engagée par le roi ?

Nous n’avons jusqu’en 1890 que des approximations issues de sources françaises Selon les années, l’Almanach de Gotha dans la partie administratives nous dit tantôt « Les employés qui n’ont aucune solde nominale s’approprient frauduleusement la plus grande partie des revenus » et tantôt « Une analyse spéciale des finances n’est pas possible faute de renseignements ».

Nous avons des chiffres précis à partir de 1892-1893 seulement (n’oublions pas que les années thaïes ne commençaient pas le 1er janvier). Nous nous arrêtons à la fin du Ve règne et ne donnons que les millions (de baths évidemment). N’oublions pas surtout pas les chiffres susvisés de 1868 et 1873 (4.800.000 baths - 1.600.000 baths).

1892-1893    15 millions - 1893-1894      17 millions - 1894-1895      17 millions - 1895-1896    18 millions - 1896-1897      20 millions - 1897-1898      24 millions - 1898-1899    28 millions - 1899-1900      29 millions - 1900-1901      35 millions - 1901-1902    36 millions - 1902-1903      39 millions - 1903-1904      43 millions - 1904-1905    46 millions - 1905-1906      51 millions - 1906-1907      57 millions - 1907-1908    55 millions - 1908-1909      60 millions - 1909-1910      62 millions - 1910-1911    63 millions.

4.800.000 baths en début de règne, 63 millions en fin de règne, c’est une multiplication par plus de 13 !

 

 

Notons – bien que ce ne soit pas notre sujet de ce jour – que les recettes couvraient très largement les dépenses. Par ailleurs et surtout, il ne semble pas que la population ait eu à se plaindre d’une pression fiscale devenue excessive ? (12) En dehors des privilégiés, le petit peuple fut beaucoup plus marqué par l’interdiction de pisser dans les rues pour les hommes ou de montrer ses seins pour les femmes que par la fiscalité.

 

Photographie prise en Isan au début du siècle dernier : 

 

 

De 1868 à 1910, 42 ans d’un règne pour changer le pays de fonds en comble et le doter d’un véritable système fiscal qui permit de financer cette phénoménale série de réformes… séparation de la justice et de l’administration, création d’un système fiscal cohérent, réforme des rouages centraux de l’administration et efforts pour en briser la vénalité, création d’un réseau de voie ferré brisant l’isolement du centre par rapport aux provinces éloignées et permettant à une administration centralisée de joindre les provinces lointaines du nord ou des rives du Mékong et instrument décisif de cette œuvre polymorphe de centralisation, création d’une gendarmerie – véritable armée du Siam -  dirigée par des officiers danois, développement de l’instruction, tout cela fut le fruit d’une politique résolument menée sous la direction du prince Damrong. Le roi mourut malheureusement jeune, à 57 ans et tous ses projets ne purent être conduits à terme. Le Prince Damrong dont les relations avec Rama VI n’étaient pas au beau fixe résigna son dernier poste ministériel en 1915 et se consacra à sa passion pour l’histoire, l’archéologie et les arts. Exilé en 1932, il ne revint à Bangkok qu’en 1942 pour y mourir l’année suivante.

 

 

Il est permis de penser sans faire de « politique fiction » que son maintien aurait pu conduire – n’était-ce le caractère pusillanime du roi Rama VI – aux projets de réforme constitutionnelle élaborés par le roi et ses « jeunes turcs » dès 1885 ignorés de la quasi-totalité des historiens du Siam (14). Le chaos constitutionnel consécutif au coup d’état de 1932 en aurait-il été évité ?

 

 

Nous faisons une comparaison qui vaut ce qu’elle vaut : Hugues Capet monte sur le trône en 987.

 

 

Il règne dans un état féodal sur des barons qui lui doivent hommage certes mais souvent plus nobles que lui, plus riches et plus puissants, qui battent monnaie et s’arrogent le droit de faire la guerre privée. Il y a d’étranges similitudes avec le Siam féodal dont hérita Rama V. Philippe Le Bel meurt en 1314. Il fallut une douzaine de rois capétiens sur plus de trois siècles pour faire de la France un état centralisé et cohérent.

 

 

NOTES

 

(1) Notre liste n’est peut-être pas exhaustive :

139. « LA NOUVELLE ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU ROI CHULALONGKORN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-139-la-nouvelle-organisation-administrative-du-roi-chulalongkorn-123663672.html

141. « L'ESCLAVAGE EST ABOLI DÉFINITIVEMENT AU SIAM EN 1905 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-141-l-esclavage-est-aboli-definitivement-au-siam-en-1905-123721727.html

142. « LA SUPPRESSION DE LA CORVEE ROYALE AU SIAM ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-142-la-suppression-de-la-corvee-royale-au-siam-123823027.html

143. « LE CODE PÉNAL SIAMOIS DE 1908 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-143-le-code-penal-siamois-de-1908-123864695.html

147. « LA CRÉATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE PAR LE ROI CHULALONGKORN  (1868-1910) »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-147-la-creation-de-l-education-nationale-par-le-roi-chulalongkorn-1868-1910-124067077.html

 

(2) Voir notre article 140  « LA RESISTANCE À LA REFORME ADMINISTRATIVE DU ROI CHULALONGKORN. LA RÉVOLTE DES "SAINTS » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-140-la-resistance-a-la-reforme-administrative-du-roi-chulalongkorn-la-revolte-des-saints-123663694.html

 

 

(3) Il est possible qu’il ait ramené de ses voyages en Europe des notions de pudeur royale à l’occidentale ? On conçoit évidemment mal que la Reine Victoria ait pu exhiber ses mamelles lors des chaleurs de l’été londonien ?

 

 

Les femmes du peuple et même celles du palais se promenaient torse nu. La raison en est d’évidence compte tenu de la chaleur épouvantable qui règne en raison chaude à Bangkok et même en saison dite froide qui ne l’est pas, les gens du peuple vivaient donc torse nu tout simplement

 

Photographie prise à Bangkok en 1900 : 

 

 

... et le roi lui-même dans une gravure répandue partout cuisine sans chemise (en tête de notre article.

Il prit un décret ordonnant aux femmes de porter des corsages « à l’européenne » qui dut être rapporté devant la résistance passive des intéressées : conduites au poste, elles remplissaient les geôles mais refusaient de revêtir un vêtement intolérable sous ce climat et il fallait bien les relâcher toujours seins nus. Voir à ce sujet le très amusant article du journaliste Robert de Caix « La réorganisation siamoise » in Journal des débats politiques et littéraires du 1er mars 1903.  

(4) Le roi avait également ramené d’Europe des louables habitudes sanitaires, installant en particulier dans ses palais des toilettes à l’intention de tous et des bidets à l’intention du personnel féminin de son sérail auquel il dut expliquer le mode d’emploi ainsi que des toilettes publiques dans toute la ville. Malgré cela, les habitants continuèrent à pisser et déféquer où leur en prenait l’envie et jusqu’aux portes du palais probablement par provocation. Bangkok resta l’une des villes les plus puantes au monde. Voir à ce sujet l’article de M. L. Chittawadi Chitrabongs « The Politics of Defecation in Bangkok of the Fifth Reign » in Journal of the Siam Society, volume 99 de 2011.

Plan des toilettes publiques installées en 1900 à Bangkok (dessin de Chittawadi Chitrabongs ) :

 

 

(5) Tet Bunnak  (เตช บุนนาค) qui fut en 2008 Ministre des affaires étrangères de son pays : « The provincial administration of Siam from 1892 to 1915 : a study off the creation, the growth, the achievements, and the implications for modern Siam, of the ministry of the interior under prince Damrong Rachanuphap », thèse de philosophie soutenue à Oxford en 1968  (ISBN 0-19-580343-4).

 

(6) Phaulkon, le Grec favori du roi Naraï avait titre de Phraklang que les français ont plus ou moins bien transcrit en « Barcalon ».

 

(7) Sur cette question qui est dans le détail encore plus complexe, voir Eugène Gibert « La famille royale de Siam, les princes Chaofa, Phra-Ong-Chao, Mom-Chao, les kroms : d'après des documents siamois inédits », à Paris, 1884.

La présence de quatre reines n’était pas inutile pour assurer la survivance d’une descendance princière male en l’état d’une mortalité infantile effrayante et de l’état sanitaire du pays qui ne l’était pas moins. L’usage sinon la loi voulait qu’elles soient de noble lignée. « Les rois ne font de princes qu’avec les reines leurs épouses » rappela le Parlement de Paris en annulant le testament de Louis XIV qui dans son incommensurable orgueil avait prétendu transmettre à ses batards le droit d’accéder au trône. Prince Mahidol Adulyadej, père du regretté Rama IX avait certes épousé une modeste autant que ravissante infirmière mais rien à la date de son mariage en 1926 ne pouvait laisser penser que sa lignée accéderait sur le trône à l’abdication de son frère Rama VII.

 

 

La roi Rama IX avait lui-même épousé une descendante directe de Rama V, la reine Sirikit.

 

 

Le roi actuel a lui-même épousé la Princesse Soamsawali également de sang royal. Nous ne parlerons pas des suites de sa vie privée.

 

 

Lorsque fut promulguée la Loi successorale de 1924, des 38 fils de Rama V (qui eut par ailleurs 39 filles) il ne restait en vie de cette descendance mâle que six de ses fils et la descendance d’un septième (qui n’était que le 69ème des enfants de Rama V), qui monta sur le trône. La dégradation des titres au fil des générations était une autre nécessité pour éviter la multiplication des Princes et leur descendance princière. Rama IV eut 82 enfants, son père en eut 51, Rama II en eut 73 et le premier de la lignée 42. Même en tenant compte de la mortalité infantile ou des épidémies (de choléra en particulier) qui faisaient des ravages dans la population, leur descendance, si elle était restée princière aurait couvert la Thaïlande de princes. La question des enfants des concubines ne se posait évidemment pas. 

 

(8) Voir à ce sujet notre article 48 « LA SAKDINA, LE SYSTÈME FÉODAL DU SIAM » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-48-la-sakdina-le-systeme-feodal-du-siam-110214155.html

 

(9) La France à la fin de l’ancien régime fut polluée par ses ducs sans duché, ses marquis sans marquisats, ses comtes sans comtés et ses barons sans baronnies ce qui ne leur enlevait rien de leur morgue et de leurs prétentions. Lorsque Napoléon créa sa propre noblesse en attribuant à ses chiens de guerre des titres gagnés au fil de l’épée, il en exclut le titre de marquis tant celui-ci avait été galvaudé  (Les « petits marquis » ridiculisés par Molière : « Paris abonde de ces marquis qui reçoivent l’investiture de leur laquais en s’en faisant donner par eux le titre » écrit Primi Visconti en 1673 dans ses « lettres sur la cour de Louis XIV »). A la fin de l’ancien régime et lors des états-généraux à laquelle la population participa, il y avait dans les états pontificaux (actuel département de Vaucluse) comme fiefs même minuscules 9 duchés et 13 marquisats outre deux bonnes douzaines de marquis sans marquisats.

 

(10) Le premier recensement de 1883 ne concerne que la ville de Bangkok : voir notre article 152. « LE PREMIER RECENSEMENT EFFECTUÉ AU SIAM EN 1883 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-152-le-premier-recensement-effectue-au-siam-en-1883-124510064.html

Le second de 1904 ne recouvra qu’une partie du pays, Bangkok, le Nord-ouest, l’Isan et l’extrême sud en furent exclus faute de moyens : voir notre article 195 – « LA POPULATION DU SIAM EN 1904 : LE PREMIER RECENSEMENT DE 1904 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html

 

(11) Voir notre article 121 « LES REVENUS DU ROI RAMA III ? (1824-1851) »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-121-les-revenus-du-roi-rama-iii-1824-1851-122846466.html

 

(12) Nous n’en connaissons pas les taux. Si nous en jugeons par les taux actuels (2018) de l’impôt progressif sur le revenu : exonération pour les revenus annuels de moins de 150.000 baths et ensuite tranches allant de 5 à 35%, on peut penser que les chiffres sous le 5e règne ne devaient pas écraser les petits revenus.

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