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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 22:20

 

 

Un condamné à mort a été exécuté le lundi 18 juin 2018 en Thaïlande. Agé de de 26 ans, condamné pour meurtre, il a été exécuté par injection létale après être resté six ans en prison. Récidiviste, il avait été reconnu coupable d’avoir poignardé de 24 coups de couteau un adolescent auquel il avait volé son téléphone et son portefeuille dans la province de Trang en juillet 2012. Il s’agit de la première exécution en Thaïlande depuis huit ans. Les réactions en chaîne suscitées par cette exécution ont de quoi surprendre.  La «bonne conscience universelle » s’en est émue mais il faut situer ce triste événement dans le cadre de notre pays, nous sommes en Asie et non en Europe.

 

 

Amnesty International, on en pense ce que l’on veut, a naturellement été en tête des protestataires. Il n’est pas sans intérêt de souligner que cette organisation section Thaïlande est présente sur Facebook avec une page que 30.000 personnes « aiment ». La comparaison vaut ce qu’elle vaut, la page de la section France affiche 570.000 « aime » pour une population, toutes proportions gardées, équivalente.

 

 

La presse locale – celle dont on dit « qu’il faut l’avoir lue » - aurait plutôt tendance à être du côté de « la bonne conscience universelle ». Le Bangkok Post fut nuancé « Death penalty abolition 'not easy' in Thailand » (L'abolition de la peine de mort n'est pas facile en Thaïlande). The Nation a titré deux jours après l’exécution « Why Thailand needs the death penalty  ?» (Pourquoi la Thaïlande a besoin de la peine de mort?).

 

 

La question de l’opinion de la population du pays se pose ici dans des conditions différentes du monde occidental. Lorsque la question de l’abolition de la peine de mort a été posée en France de façon courageuse par Robert Badinter, probablement le meilleur ministre de la Justice dont la cinquième république nous ait jamais doté, les sondages valant ce qu’ils valent, nous apprirent que l’opinion était alors notablement favorable à la peine de mort dans une proportion de l’ordre de 55 pour cent.

 

 

Elle varie ensuite en sinusoïde en fonction d’événements susceptibles d’émouvoir l’opinion, attentats islamistes, meurtres d’enfants à connotation plus ou moins sexuelle. Selon les périodes, nous naviguons dans une fourchette émotionnelle qui se situe entre un peu plus de 50 ou un peu moins de 50 dans un sens ou dans un autre.  Aux États-Unis où la peine de mort est exécutée de façon massive et où le sujet est électoralement sensible, les sondages qui valent ce qu’ils valent indiquent que la population, mais cela varie selon les Etats, y serait de très peu encore favorable ? Nous ne parlons évidemment pas des pays où la peine de mort est quotidienne, Arabie, Corée du nord, Chine, Iran, mais où il est impossible de sonder l’opinion.

 

 

L’élément fondamental, étonnant, est que cette exécution a révélé un soutien massif de la population à la peine capitale. Nous ne parlons pas de sondages effectués sur un échantillon de 12 ou 1500 personnes prétendument représentatives de la population qui permettent à des experts autoproclamés de prédire le résultat d’élections dans des pays qui comportent des dizaines de millions d’électeurs. L’histoire politique nous a démonté à quoi conduisent ce genre d’élucubrations.

 

 

La page d’Amnesty International Thailand affirmait que la peine de mort n’avait aucun effet dissuasif. La  diffusion en ligne d'une conférence de presse d'Amnesty International Thaïland  le lendemain de l’exécution devant la prison centrale de Bang Kwang où l'exécution a suscité de vives et multiples réactions de colère d’internautes soutenant les effets sinon bénéfiques du moins nécessaires de la peine de mort et accusant les organisations humanitaires d’apporter leur soutien aux « criminels du mal ». Les commentaires que vous pouvez aller consulter sur la page Facebook de cette docte organisation (mais ils sont évidemment en langue locale) consistent le plus souvent à demander aux militants abolitionnistes s’ils pensaient que si un individu qui aurait tué sauvagement un membre de leur famille ne mériterait pas d'être puni de mort. L'émission Facebook Live fut encombrée d' « émoticônes en colère ». La presse a organisé, The Nation en tête, des sondages en ligne. Nous ne sommes pas dans le cadre d’un « échantillon représentatif » de quelques milliers de personnes cette fois, selon  les organes, 96% des 78 000 personnes interrogées pour The Nation, ont manifesté leur soutien à l'exécution de meurtriers condamnés. D’autres organes de presse ont également organisé des sondages, le moins défavorable au sens de la « bonne conscience universelle » reste à 90 % en faveur  de la peine capitale. Nous sommes donc loin, très loin, d’un cadre un peu plus de 50 contre un peu moins de 50 mais dans celui d’une opinion massive qui  permet de conclure qu'une immense majorité de la société thaïe est favorable à l'exécution des auteurs de crimes violents. 

 

 

Pour modifier cet avis de toute évidence massif, il appartiendra à Amnesty International et à d'autres groupes humanitaires de fournir des preuves convaincantes qu'une peine plus humaine - telle que la réclusion à perpétuité – serait une méthode efficace pour sanctionner les personnes reconnues coupables de crimes violents et récidivistes dit l’éditorialiste de The Nation  qui n’est pas – et de loin -  le plus réactionnaire des quotidiens thaïs .

 

L’auteur de l’article continue «  Il est sage de faire preuve de clémence envers les criminels primaires et ceux qui commettent des infractions criminelles par rage ou par nécessité. Mais en ce qui concerne les récidivistes et les criminels aguerris, pouvons-nous réellement envisager la possibilité d'une réforme ? ». Analysant les résultats des sondages d’opinion, il continue « De nombreux citoyens attribuent l'absence de sanctions sévères à une augmentation apparente des crimes violents au cours des dernières années, tels que les meurtres-viols et les meurtres impliquant le démembrement et d'autres actes horribles ». La suite est sans ambages : « La peine de mort devrait être réservée au meurtre avec préméditation … Nous ne devrions pas non plus ignorer les sentiments et les droits des familles lésées, leurs victimes » … et sa conclusion péremptoire :« N'importe qui peut avoir de temps en temps une vision positive de l'humanité - croyant que les auteurs de crimes violents et les récidivistes peuvent être réformés un jour. Mais ils devraient aussi accepter le fait que tous ces criminels ne peuvent pas être réformés, quelle que soit l’importance des efforts investis ».

 

 

La question qui reste à cette heure sans réponse est celle de la politique pénale dans les mois ou les années à venir. Quelques précisions ne sont pas inutiles : Lorsqu’une personne a été condamnée à mort, elle est transférée à la prison centrale de Bang Kwang (บางขวง) dans la province de Nonthaburi au nord de Bangkok.

 

 

C'est le seul établissement pénitentiaire du pays comportant un « couloir de la mort » et au-delà de la « ligne verte » une chambre d'exécution.

 

 

Compte tenu des multiples possibilités de recours (Cour d'appel et Cour suprême), la peine n’est pas exécutée immédiatement. Il y a encore possibilité de commutation en peine d'emprisonnement à perpétuité qui se traduit ici en réalité par 50 ans et enfin le recours à la grâce royale. Les conditions de détention dans les cellules du couloir de la mort ne sont pas paradisiaques : Les détenus sont enfermés dans des cellules de 4 sur 7,5 mètres et de 4 mètres de hauteur avec au sommet un espace badaudé de 20 cm pour la ventilation. Chaque cellule est construite pour 18 prisonniers dormant sur deux rangs mais le plus souvent aujourd'hui de 24 ou 25. Ils disposent d’un mince matelas de 50 à 70 cm par 170 cm.

 

Leurs affaires personnelles sont conservées dans des sacs accrochés aux murs. Chaque cellule dispose de ventilateurs de plafond, d'une télévision et de toilettes. Les condamnés sont libérés de leurs cellules à 8 heures du matin. Ils ont deux heures pour manger et faire de l'exercice avant d'être enfermés à 10 h. Ils sont de nouveau libérés à midi pour manger, faire de l'exercice et se baigner. Ils sont à nouveau enfermés de 14 h 30   jusqu'à 8 heures le lendemain matin. Les lumières restent allumées la nuit. Ils sont également entravés jusqu'à l’heure fatale ou celle de la commutation de leur peine.

 

 

Il y a eu depuis 1935 jusqu’à 2018, soit 83 ans, 326 exécutions, ce qui donne une « moyenne » de moins de 4 par an avec des pointes, 48 en 1939, et des chutes, 0 de 1987 à 1994. Nous sommes évidemment très loin du « record » des États-Unis qui prêchent au monde entier le respect de la démocratie et des droits de l’homme. Les exécutions avaient initialement lieu par fusillade (à la mitrailleuse)

 

 

mais depuis 2012, le code pénal prévoit l’injonction létale considérée comme « plus humaine » qui a été utilisée 7 fois depuis lors sur des trafiquants de drogue, marchands de mort  exécutés sans avoir trop ému l’opinion locale,  jusqu’à la dernière concernant ce meurtrier récidiviste.

 

Il n’a pas bénéficié du « pardon royal ». Le déroulement de cette dernière chance est d’ailleurs singulier : Une fois épuisées toutes les voies de recours, le condamnée peut déposer un recours en grâce dans les 60 jours et le roi n’a aucun délai pour y répondre. Du temps de feu le roi Rama IX, les demandes recours qui n’était pas suivies de l’exercice du droit de grâce - entre 2009 et sa mort, le roi aurait commué  226 condamnation à mort -  étaient laissées sans réponse ce qui conduisait les autorités pénitentiaires à les considérer comme « en attente de délibération royale » et à tenir la mise à mort en suspens. Il y aurait actuellement 517 condamnés à mort qui continuent à vivre ainsi  selon le Bangkok Post ?  Pour quels motifs feu le Roi tenait-il ces recours en suspens ? Il est permis de penser qu’il était hostile à la peine de mort mais pourquoi alors ne les graciait-il pas ? Il semblerait aujourd’hui mais il n’y en a ni preuve ni certitude que le condamné aurait présenté un recours que sa majesté le Roi aurait rejeté. Il semble évident que les autorités pénitentiaires n’auraient pas effectuer la première exécution depuis neuf ans sans avoir reçu un aval au plus haut niveau. La question se pose pour le sort de ces 517 condamnés à mort qui  dépendent actuellement de la miséricorde du roi  et qui seraient tous des trafiquants de drogue d’importance. Avaient-ils mérité leur condamnation à mort n’est pas le fond du problème  Ce ne fut pas l’exécution de Caryl Chessman dans une chambre à gaz qui a indigné le monde, assassin, violeur et voleur il méritait probablement cent fois la mort, ce sont ses douze ans d’attente dans le couloir de la mort.

 

 

Nous n’engagerons pas un débat sur la légitimité de la peine de mort. Chacun est face à sa conscience. Le cinquième article du décalogue « non occides – tu ne tueras pas » a donné lieu à une subtile casuistique de Saint Augustin sur les meurtres justes.

 

 

Il en est de même du premier des cinq préceptes que doit respecter tout bon bouddhiste « Je m’engage à ne tuer ni animal ni une autre personne » à l’origine de discussions théologiques sur le point de savoir si l’on peut néanmoins manger le poulet tué par son voisin ? Et nous lisons même dans le Coran (XVII-33)  « Ne tuez point la vie qu'Allah a rendu sacrée ». L’actualité nous montre ce qu’il en est.

 

 

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