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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 03:16

 

 

Statue du roi Rama VI en chef de guerre portant le costume de cérémonie, la main gauche sur l’épée du roi Naresuan et la droite tenant une branche de java cassia (ชัยพฤกษ์ Chaiyaphruek) symbole de victoire. Elle été sculptée par un artiste contemporain, Chitti Kasemkitvatanam, à l’occasion de l’exposition du centenaire qui s’est tenue jusqu’au 30 septembre 2017 au « Memorial hall du roi Vajiravudh » à la National Library.

 

Nous avons parlé à diverses reprises de la participation du Siam à ce que la bonne conscience universelle a appelé « la guerre du droit ». Nous avons évoqué les circonstances de cet engagement tardif et ses conséquences ultérieures qui furent relativement positives puisque le pays fut considéré comme appartenant au clan des vainqueurs (1).

 

La conférence de Paris en 1919, le Siam est représenté par le Prince Charoon :

 

 

Nous n’avons pas oublié les 19 morts siamois au cours des opérations (2)...

 

 

ni naturellement les Français du Siam partis « faire leur devoir » (3).

 

 

Le couperet de l’histoire tombe trop souvent de façon définitive, surtout à l’occasion de ce conflit qui vit pour la première fois la propagande utilisée de façon massive par les belligérants (4). Il est aussi des historiens et des chercheurs qui s’accrochent à la vérité même si elle doit déplaire. Tel est le cas d’un ouvrage récent de Stefan Hell qui nous donne des éléments à notre connaissance inexploités à ce jour (5).

 

 

En dehors des motifs de l’engagement aux côtés des alliés, nous y avons recueilli d’inédites précisions sur la vie des « pioupious » siamois en France puis en occupation en Allemagne.

 

 

L’invocation des « grands principes » apparait sur l’une des faces du monument aux morts de Bangkok édifié en 1921 ainsi traduite : « Le roi a estimé en effet que l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie ignoraient les lois de la guerre et menaient les combats de manière immorale et qu’il voulait veiller au respect de ces normes considérées comme sacro-saintes. Il s’est donc opposé à ceux qui combattaient de manière immorale… » (2).

 

Dans un article publié en 1982 dans le Journal de la Siam society l’historien américain Keith Hart écrit, mais il ne cite que des sources anglaises ou américaines « Le gouvernement du roi Rama VI a été indigné par la déclaration de la guerre sous-marine sans restriction de l'Allemagne en février 1917… » (6).

 

 

Il faudrait pour se faire quelque idée sur l’opinion siamoise dans les premières années de la guerre avoir accès à la presse de Bangkok de l’époque ce que nous n’avons pas les moyens de faire. Le roi et son entourage très germanophile furent-ils indignés des violations du droit international par les puissances centrales invoquées à cor et à cri par la propagande alliée ? Il est permis d’en douter et de penser qu’ils avaient également accès à la propagande austro-allemande qui disait évidemment strictement le contraire ? (7).

Affiche de propagande allemande à la gloire de ses sous-mariniers : 

 

 

 

Les combats immoraux ?

 

L’invocation tardive de ce motif par les Siamois entrés dans le conflit lorsque la guerre est en passe de se terminer, reste suave. Rama VI ne semble pas s’être indigné à posteriori des guerres sanglantes et sauvages conduites par les Anglais en Birmanie qui se sont terminées en 1885 alors qu’il était bébé,

 

 

... et pas plus n’a-t-il fait acte de repentance sur le sac de Vientiane et les massacres collatéraux en 1828 par le général Bodindecha sous le règne de son ancêtre Rama III, toutes opérations qui seraient considérées aujourd’hui comme des crimes de guerre (8).

 

 

La guerre sous-marine.

 

Elle fut initiée en défense par les Allemands pour débloquer le blocus anglais de leurs côtes et par ailleurs pour s’opposer au ravitaillement en armes des alliés par des navires provenant de pays neutres ou camouflés sous pavillon neutre, essentiellement les États-Unis et ce dès le début de la guerre. L’Empereur Guillaume avait fait savoir à toutes les chancelleries, donc au Siam, que l’utilisation de navires neutres pour ravitailler les alliés serait susceptible d’entraîner leur destruction. Il y eu donc des torpillages mais celui du Lusitania le 7 mai 1915 fit grand bruit, peut-être à cause de la  présence d’un milliardaire américain parmi les victimes dont la famille, qui avait des immenses moyens financiers, médiatisa l’événement. (9)

 

 

Les motifs de la déclaration de guerre ?

 

Nous savons que les Siamois n’avaient guère à se louer des rapports encore pathologiques de leur pays avec la France qui s’était emparé en 1893 d’immenses territoires soumis à leur souveraineté sous l’œil bienveillant de l’Angleterre. Le seul pays allié pour lequel les Siamois pouvaient éprouver de la sympathie était la Russie autocratique mais elle avait pratiquement cessé le combat dès la première révolution de février 1917.

 

 

Le choix du Siam fut de toute évidence un choix d’opportunité avant d’être un choix de moralité. Mais il est une autre raison que nous révèle Stefan Hell. qui est apparemment le premier à le faire.

 

 

Deux princes siamois avaient trouvé la mort lors de la guerre sous-marine.

 

Nous n’avons malheureusement pas pu savoir quand et lesquels (10). Connaissant le sens aigu de la famille encore chez les Thaïs aujourd’hui, il est permis de penser que la disparition de deux des cousins du roi et de son entourage également composé essentiellement de princes fut un élément majeur pour faire basculer le camp des germanophiles dans celui des germanophobes et prendre la décision non seulement de sortir de la neutralité mais encore d’envoyer des troupes sur le front.

 

Le roi et la cour ont-ils voulu tout simplement venger la mort de leurs deux cousins ? (11).

 

 

Le sort des combattants

 

Hell nous livre de précieux et inédits renseignements,  issus de ses recherches qui vont quelque peu étriller la version angélique de « la grande fraternité des frères d’armes » et nous éclairer sur l’attitude ouvertement méprisante des Français et des Anglais à l’égard des Siamois.

 

 

Il cite deux anecdotes significatives en tous cas de l’état d’esprit des occidentaux de Bangkok à l’égard des autochtones.

Dans un câble adressé à Paris, la représentation française locale, dont les télégrammes étaient interceptés depuis longtemps par les Siamois, s’étonne que ceux-ci aient pensé à saisir les navires allemands dans la Chaopraya « malgré leur enfantillage même quand les questions les plus sérieuses sont concernées ». « Ce sont de grands enfants » disait-on des noirs au temps des colonies !

A la suite de l’agression par un ingénieur britannique de deux soldats siamois à Bangkok, le prince Chakrabongse (สมเด็จพระอนุชาธิราช เจ้าฟ้าจักรพงษ์) dut publier une déclaration rappelant que les manières respectueuses et les bonnes manières devaient être mutuelles. Et pour rappeler avec humour ces bonnes manières aux Anglais, il envoya tous les soirs une unité de cavalerie pour défiler en fanfare devant le club des expatriés britanniques à l’heure où ses membres se rassemblaient pour leur apéritif quotidien.

 

 

Des difficultés vont surgir dès l’arrivée des troupes siamoises sur le continent. Les Français avaient expatriés, en dehors des troupes coloniales, quelques dizaines de milliers de travailleurs indochinois pour remplacer les ouvriers français mobilisés sur le front

 

 

... et servir en particulier de coolies.

 

 

Les Siamois refusèrent fermement que les troupes, des combattants volontaires faut-il le rappeler, participent au déchargement des navires. Le prince Charoon (Charoonsakdi Kritakara - พระวรวงศ์เธอ พระองค์เจ้าจรูญศักดิ์กฤดากร), représentant du Siam en France, se plaint d’ailleurs dans de nombreux cables de l’attitude méprisante des Français qui se refusent à considérer les Siamois autrement que leurs auxiliaires annamites ou cambodgiens et non comme des alliés.

 

 

En ce qui concerne les troupes proprement dites, même si elles n’eurent pas loisir de participer aux opérations, grand bien leur fit, leur sort ne fut pas fort heureux que ce soit en France ou plus tard en occupation en Allemagne. Elles ont été dotées d’uniformes de laine et de longs manteaux ce qui ne suffisait pas à lutter contre l’humidité et le froid de l’automne et de l’hiver. Les rations étaient maigres et les logements sommaires. Beaucoup furent frappés par l’épidémie de grippe sans recevoir de soins.

 

 

Hell cite le cas d’une unité siamoise affamée et égarée sur les routes – mais le cas ne fut pas isolé – qui rencontra une unité française laquelle refusa non seulement de partager ses rations mais de lui indiquer son chemin. Heureusement pour elle, une unité américaine de passage leur offrit la nourriture et les remit dans la bonne direction (12).

Hell cite encore le cas d’un interprète français furieux de devoir manger à la table des Siamois qui refuse de passer la corbeille de pain parce que ce n’était pas son travail. Les choses ne se déroulèrent pas mieux avec les officiers d’aviation français chargés d’instruire les aviateurs siamois et qui se contentèrent de les faire marcher au pas.

Dans une lettre au roi, le prince Charoon écrit « Bien sûr, nos hommes ressentent grandement et simplement de la haine à l’égard de la France » et ajoute « je suis profondément désappointé que ce résultat soit totalement à l’opposé de ce que furent les intentions de votre majesté »

 

 

Beaucoup revinrent avec la haine des Français plus encore que celle qu’ils avaient éprouvée les années précédentes en souvenir de 1893 et des années suivantes. Il ne faut pas oublier – nous l’avons tous vécu – que tous les anciens combattants aiment à raconter leurs souvenirs quitte à les amplifier. Tous ceux qui partirent et revinrent étaient jeunes, tous restèrent probablement dans l’armée et s’y trouvaient encore en 1941 lorsque le Siam entra en guerre contre la France. Ils y ramenèrent des souvenirs qui ne s’étaient certainement pas évaporés. Nous n’avons malheureusement pas connaissance de ceux du dernier survivant de ces 1284 volontaires, Yod Sangrungruang, mort en 2003.

 

 

Né en 1897, engagé volontaire à 20 ans, il servit jusqu’à la fin de la guerre comme mécanicien d’aviation, il revint dans son pays en juin 1919 et ne participa pas au défilé de la victoire du 14 juillet 1919.

 

 

Découvert par les médias en 1999, il eut l’incommensurable honneur d’être décoré de la légion d’honneur à l’initiative du Président Chirac par l'ambassadeur de France en Thaïlande, Gérard Coste, dans sa ville natale de Phitsanulok où il mourut quatre ans plus tard à 106 ans. Peut-on considérer cela autrement que comme une hautaine et dérisoire aumône ? Probablement gâteux lors de la remise de la médaille mais dur à cuire, il put profiter de l’allocation aux légionnaires de 6 euros par an pendant quatre ans, un hommage qui a coûté 24 euros à la France, le prix de deux caisses de bière. Qu’il nous soit permis de penser que s’il avait été en état de donner ses impressions, il nous eut - peut-être - dit qu’il aurait préféré 80 ans auparavant être nourri d’une bonne soupe bien chaude et bénéficié d’un peu de considération de la part des aviateurs français. Ce n’est évidemment qu’une hypothèse.

 

NOTES

 

(1) Voir nos articles :

164 « LE SIAM PARTICIPE A LA 1ÈRE GUERRE MONDIALE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-164-le-siam-particpe-a-la-1ere-guerre-mondiale-125175819.html

28. « LE SIAM ET LA 1ÈRE GUERRE MONDIALE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-28-les-relations-franco-thaies-la-1-ere-guerre-mondiale-67543426.html

(2) Voir notre article :

A 176 – « LE MEMORIAL DE BANGKOK A LA MEMOIRE DES 19 MILITAIRES SIAMOIS MORTS AU COURS DE LA GRANDE GUERRE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/le-memorial-de-bangkok-a-la-memoire-des-19-militaires-siamois-morts-au-cours-de-la-grande-guerre.html

(3) Voir notre article :

A 243 –  « LES FRANÇAIS DU SIAM MORTS À LA GUERRE DE 1914-1918 : LE MONUMENT DU SOUVENIR A BANGKOK »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/11/a-243-les-francais-du-siam-morts-a-la-guerre-de-1914-1918-et-le-monument-du-souvenir-a-bangkok.html

 

(4) Dans ce qu’elle a de pire la propagande des alliés alla jusqu’à accuser les « boches »

 

qu’on appelait alors plus volontiers les « huns » ou les « barbares » d’embrocher des petits enfants belges sur leur baïonnettes pour les faire rôtir.

 

Version franco-anglaise du petit belge à la broche :

 

 

Version allemande du soldat nourissant le petit belge :

 

 

Les Allemands n’étaient pas en reste qui accusait les Sénégalais utilisés pour « nettoyer les tranchées » à la machette - une tâche que la plupart des Français se refusaient à accomplir - de prélever quelques bons morceaux pour améliorer leur popote.

 

 

(5) « Siam and world war I : An international history », River books à Bangkok, 2017 (ISBN 9786167339924) établi sur la base de documents d’archives et de correspondances privées qui ne semblaient pas avoir été exploités jusque-là. Nous n’avons malheureusement pas pu nous procurer l’ouvrage mais bénéficions d’une bonne synthèse publiée dans le volume 106 du journal de la Siam society, pp. 365-369.

 

(6) « A NOTE ON THE MILITARY PARTICIPATION OF SIAM IN THE FIRST WORLD WAR » in Journal de la Siam society, volume 70, pp. 133-136.

 

(7) L’exemple typique, le premier en date, est celui de l’allégation de la violation de la neutralité de la Belgique dont le droit international de l’époque peut donner des interprétations divergentes, le statut de neutralité restant alors obscur : l’Allemagne avait adressé un ultimatum à la Belgique sous forme brutale il est vrai, exigeant seulement le droit de passage pour ses troupes. Le gouvernement du roi Albert répondit que le pays s’y opposerait par tous moyens. Un pays pouvait-il rester neutre tout en autorisant un droit de passage ? La réponse est incertaine, probablement positive. Malheur aux vaincus.

 

 

(8) Ne revenons pas sur les premiers bombardements des populations civiles, avions anglais sur Düsseldorf, Cologne et Friedrichhafen (version allemande)

 

Bombardements effectués en violation systématIque de la neutralité suisse :

 

ou Zeppelins sur Anvers (version franco-anglaise)

 

 

ni sur l’utilisation des gaz de combat inaugurée par les Français (version allemande) ou fruit de l’imagination sanguinaire des « boches » (version franco-anglaise). Malheur aux vaincus.

 

 

(9) Il est actuellement unanimement reconnu que le navire américain transportait en toute illégalité une cargaison d’armement à destination des alliés sous pavillon neutre. Il était difficile pour le droit international de l’époque d’appréhender cette forme de guerre jusqu’alors inconnue. Lorsque Surcouf s’attaquait aux navires neutres qui tentaient de forcer le « blocus continental » et envoyait au fond des mers tout ce qu’ils contenaient, équipage et passagers compris, il était considéré comme un héros. Torpillage du Lusitania, immonde crime de guerre pour les alliés, immense victoire navale pour les Allemands. Malheur aux vaincus.

 

 

 

(10) Il n’y avait pas de Siamois parmi les victimes du torpillage du Lusitania dont la liste est connue (http://www.rmslusitania.info/people/lusitania-victims/). Nous avons épluché le rôle des trois classes de passager et celui des membres d’équipage. Quand ces princes ont-ils été torpillés ? Probablement après l’intensification de la guerre sous-marine ordonnée par Guillaume II en février 1917. Il nous faudrait avoir accès à la presse siamoise de l’époque.

 

(11) N’oublions pas que cette guerre et son cortège de 10 millions de morts au combat a eu pour origine deux morts, l’assassinat par un terroriste serbe d’un très obscur archiduc autrichien et son épouse, héritier du trône.

 

 

(12) Sans faire de mauvais esprit, on peut penser qu’il s’agissait d’une unité de noirs : ceux-ci – composant plus du quart des troupes américaines - étaient placés dans des unités qui leur étaient réservés et considérés par les unités blanches probablement comme les Français considéraient les Siamois…. Nègres pour les uns, niaks pour les autres.

 

 

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