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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 août 2018 1 27 /08 /août /2018 22:03

 

 

L’épouse de Phaulkon, auquel nous avons consacré de nombreux articles, ne joua qu’un rôle effacé aux côtés de son mari dans la politique siamoise et pourtant son souvenir est toujours vivant au XXIe siècle comme « reine des desserts thaïlandais ».

 

 

SA VIE

 

Qui était-elle ?

 

Les renseignements sont squelettiques et les sources souvent insuffisantes ou contradictoires (voir nos sources en fin d’article). Son nom fait l’objet de multiples orthographes, Maria Guyomar de Pina, Maria Guyomar da Pinha, simplement Marie Guimard ou encore « Madame Constance » pour les Français. Son nom thaï est devenu Thaothongkipma (ท้าวทองกีบม้า) : Thao est un titre de respect sans être tout à fait un titre de noblesse, Il faut probablement voir dans thong (l’or) un superlatif pour renforcer le titre de Thao et Kipma tout simplement une boiteuse transcription en thaï du nom Guimard.

 

 

Elle aurait été de sang mêlé portugais et japonais. Sa grand-mère maternelle dénommée Inès Martins (อิกเนซ มาร์แตงซ์) aurait été la petite fille du premier japonais baptisé par Saint François Xavier qui avait commencé à évangéliser le Japon en 1549. Martins toutefois est un patronyme portugais par excellence. Etait-elle japonaise ou descendante des premiers Portugais arrivés au Japon en 1543 ?  Saint François Xavier mourut en 1552 ce qui situe ce baptême dans cette fourchette.

 

 

Son père dont le nom est donné comme «  Fanik Kouyomar  » (ฟานิก กูโยมาร์), aurait été un sang mêlé portugais, bengali et japonais originairement installé à Goa où il adopta ou reçut son nom portugais de Da Pinha puis il vint à Ayutthaya à une époque indéterminée.

 

 

Les deux familles s’étaient réfugiées :  la famille paternelle à Goa puis à Ayutthaya, la famille maternelle avait quitté le Japon pour le Vietnam puis le Cambodge, il est possible que Maria ait eu une goutte de sang cambodgien, et enfin Ayutthaya en 1593. La mère de Maria était née au Japon mais arriva petite fille au Siam.

 

La colonie japonaise d’Ayutthaya accueillit beaucoup de réfugiés japonais chrétiens à l’époque des persécutions sanglantes à partir de 1582 et qui durèrent plusieurs dizaines d’années ce qui contraignit les chrétiens à vivre dans l’ombre puis à se réfugier dans des pays alors tolérants : Annam, Cambodge, Java et Ayutthaya au Siam. En outre, en 1636, les Japonais d'outre-mer furent interdits de retour par crainte de voir la réintroduction du « virus du christianisme ».

 

 

Son père, Fanik avait épousé à Ayutthaya une Ursule Yamada (อูร์ซูลา ยะมะดะ), le prénom est évidemment chrétien, peut être une descendante du condottiere japonais dont nous avons parlé ? (1).

 

 

On peut penser que la grand-mère Inès Martins avait épousé au Siam un membre de la colonie japonaise ? Le prénom de Maria postule en faveur d’une origine partiellement portugaise, les Portugais baptisent le plus souvent, encore de nos jours, leur fille de ce prénom.

 

 

La croyance de la famille maternelle, chrétiens de l’ombre, était vivace comme le sont les croyances très strictes de toutes les minorités religieuses persécutées. La vie de Madame Constance sera toujours marquée par cette foi indéracinable, en particulier lors de la mort de son mari. Il en était probablement de même du côté paternel portugais, le pays était farouchement catholique. De ses deux ascendances, elle tire la conception d’une épouse qui se consacre après le mariage à soutenir son mari, éduquer leurs enfants et protéger sa famille. Ce fut assurément une « épouse vertueuse et chrétienne » à une époque où les femmes ne se prenaient pas encore pour des hommes sans que cela soit un signe de hiérarchie entre les sexes, bonne épouse, bonne mère et bonne maitresse de maison (2). Il court toutefois un ragot relatif à sa naissance qui ne repose sur aucune source fiable si ce n’est sur les affirmations malveillantes de l’« historien » Sportès sur la seule base d’un follicule anglais selon laquelle elle serait le fruit des amours adultérines de sa mère avec un jésuite sicilien d’Ayuthya, Thomas Vulguaneira (ทอมัส วัลกัวเนรา) qui aurait pour cela été expulsé par ses supérieurs vers Macao mais dont nul n’a jamais retrouvé la trace dans les archives de la Compagnie de Jésus  d’autant qu’il semble n’y avoir jamais eu de jésuites siciliens au Siam.  (Leur histoire a été écrite) (3). Le seul argument en était qu’elle avait la peau plus blanche que ses frères et sœurs dont nous ne savons rien. Ce n’est que le grand air de la calomnie.

 

 

Le mariage et la vie de famille

 

Elle épousa Constantin Phaulkon le 2 mai 1682 dans une église portugaise d’Ayutthaya. Elle a alors 16 ans, ce qui la fait naître aux environs de 1666 et son mari 35 ans. Ce fut probablement un mariage d’amour mais peut-être aussi d’intérêt de la part de Phaulkon pour complaire aux pères Jésuites et s’introduire dans les puissantes communautés japonaises et portugaises de la capitale. Constantin, né à Céphalonie, probablement orthodoxe grec de naissance, devenu anglican au service des Anglais, se convertit au catholicisme et se fit baptiser probablement par amour pour elle. Son beau-père aurait était hostile à ce mariage compte tenu de la conduite de son futur gendre : déjà bien en cour, il aurait engrossé l’une des filles de la princesse Yothathep (กรมหลวงโยธาเทพ) que nous avons rencontrée (4) et qui le haïssait, peut-être pour cette raison (5) ?

 

 

Le mariage aurait été célébré en présence de toute l’aristocratie locale, la présence du roi Naraï est toutefois douteuse : il est difficile d’imaginer que le monarque sur lequel nul n’avait le droit de lever les yeux ait pu se rendre à une cérémonie catholique ? Sa vie se déroula ensuite simplement, vie de famille sans prétentions, « servir Dieu et m’occuper de ma famille », supportant les incartades de son mari qui furent, dit-on nombreuses, notamment avec une esclave chinoise nommée Clara (คลารา). Ils eurent deux fils, Georges Phaulkon (จอร์จ ฟอลคอน) et Juan Phaulkon (ควน ฟอลคอน). Non contente d’élever ses deux fils, Maria éleva en outre la fille que son mari avait eue « avec une princesse de sang royal ». Le couple éleva encore dans la foi chrétienne cent vingt enfants orphelins.

 

 

La fin

 

Tout va s’écrouler lors de la révolution de palais de Phetracha (เพทราชา), arrestation de son mari, pillage et saccage de leurs biens et disparition des bijoux que Maria avait épargnés probablement par précaution de « bonne ménagère » (6). Elle n’obtint pas des troupes françaises du général Defarges l’assistance qu’elle espérait et qu’elle était en droit d’attendre. La protection de Kosapan (โกษาปาน) devenu Chaophraya Kosathibodi (เจ้าพระยาโกษาธิบดี) qui avait conduit l’ambassade siamoise, ministre des affaires étrangères de Phetracha mais disgracié en 1700, ne la sauva pas d’un triste sort (7).

 

 

Elle fut jetée dans une geôle infâme bien que son sort ait été adouci par la présence d’un geôlier ayant manifesté quelque humanité. Elle dut faire face aux avances du fils aîné de Phetracha, séduit par sa beauté, elle n’avait alors que 22 ans, le futur roi, Luang Sorasak (หลวงสรศักดิ์), qui la fit sortir de sa geôle pour la conduire à son palais où elle fut affectée au service d’entretien, condamnée à l’esclavage perpétuel dans les cuisines, sans qu’elle ait apparemment cédé à sa lubricité (8).

 

 

Mais elle y jouissait suffisamment de libertés pour prendre contact avec les Français qui quittèrent toutefois le Siam en la laissant à son triste sort et ultérieurement transmettre des pétitions au roi de France notamment en 1706.  Sa situation semble toutefois s’être amélioré à la mort de Phetracha en 1703 et plus encore à celle de Luang Sorasak en 1709 devenu roi sous le nom de Sanphet VIII (สรรเพชญ์ที่ ๘) ou Suriyenthrathibodi (สุริเยนทราธิบดี), sous le règne de son successeur Thai Sa (ท้ายสระ) 

 

 

Au temps de la puissance de son mari, elle avait réjoui la noblesse et le palais lors de fastueuses réceptions par la confection de pâtisseries dont elle tenait la recette de sa mère et de sa grand-mère, elle-même étant – parait-il – réfractaire à la cuisine siamoise. Elle avait déjà fait connaître ses recettes aux cuisiniers du roi Naraï, qui firent les délices de la princesse Sudawadi (สุดาวดี) alias Yothathep. Elle devint alors chef de la cuisine royale, responsable de l’argenterie et de la garde-robe du roi jusqu’à sa mort située en 1728 mais la date est aléatoire. Il est probable qu’elle a été inhumée dans le cimetière attenant à l’une des trois églises d’Ayutthaya, Sao Domingos, San Francisco ou Sao Paulo ?

 

 

Le sort de ses deux fils reste incertain. Juan mourut enfant en 1688, peut-être assassiné sur ordre de Phetracha ? Georges lui, ne fut pas, comme il fut écrit, assassiné par Phetracha puisque nous retrouvons sa trace en 1694 (9). Nous ignorons la date de sa mort, probablement prématurée, mais il avait  épousé  Louisa Passagna qui, veuve, vivait avec sa belle-mère. C’est probablement l’un de ses fils, Georges aussi,  entré au service royal qui aurait construit une orgue pour le palais sous le règne de Borommakot (บรมโกศ : 1733-1758) et devint chef de la communauté catholique d’Ayuthaya.

 

 

On retrouve encore un descendant et une descendante de Phaulkon parmi les prisonniers capturés par les Birmans lors de la prise d'Ayutthaya en 1767. Elle ne finit probablement pas sa vie dans la misère. Elle aurait tenté de recouvrer les fonds placés par son mari à la Compagnie française des Indes orientales et aurait obtenu satisfaction par une décision du Conseil d'État en 1717 dont nous n’avons pu trouver trace. Il est évident que le passage du rang d’épouse d’un tout puissant et richissime premier ministre ou ministre des finances à celui de chef de cuisine fut le passage du Capitole à la roche tarpéienne.

 

 

Mais ses nouvelles fonctions établissent qu’elle jouit alors de la confiance la plus absolue des monarques, ce sont des cuisines que vient le poison, arme favorite des femmes par excellence. Le roi Thai Sa dégusta ses pâtisseries sans crainte de quelque poison asiatique !

 

 

LA « REINE DES DESSERTS THAÏLANDAIS »

 

D’où lui vient ce surnom : rachinihaengkhanomthai (ราชินีแห่งขนมไทย) qu’elle porte toujours ? Il apparait ainsi par exemple jusque sur le site du Ministère de la culture (10).

 

 

Quand les Portugais sont arrivés au Japon au milieu du XVIe siècle, ils ont appris aux Japonais à confectionner leurs gâteaux portugais. La pâtisserie portugaise est célèbre et spécifique, essentiellement réalisés à base d’œufs, héritée  de très vieilles recettes conventuelles dont l’origine est singulière : Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, le Portugal regorgeait d'une pléthore de couvents encombrés de jeunes filles nobles ou de bonne famille trop délicates pour pratiquer de gros travaux, se contentant d'élever des poules et pour tuer l'ennui, passant des journées entières dans les cuisines à utiliser les innombrables œufs pour élaborer des desserts de leur invention suscitant une frénésie de compétition pour créer la meilleure douceur de tout le Portugal.

 

 

Reiko Hada (2) cite une douceur de Kyoto et de Kyushu qui ressemble étrangement au foy thong (ฝอยทอง) dont nous allons parler. Marie en bonne ménagère a appris par sa mère à confectionner des pâtisseries nippo-portugaises en sus de ce qu’elle a pu apprendre directement de la colonie portugaise d’Ayuthaya et a ensuite transmis ses talents aux Siamois via le Palais royal et les réceptions données dans le palais de son époux.

 

 

La tradition lui attribue ainsi, inventoriés sur une multitude de sites gastronomiques thaïs : thongyib (ทองหยิบ)thongyot (ทองหยอด), foithong (ฝอยทอง)thongmuan (ทองม้วน), kumphamat (กุมภมาศ), mokaeng (หม้อแกง), thongphlu (ทองพลุ), thongprong (ทองโปร่ง)karipap (กะหรี่ปั๊บ), sangkhaya  (สังขยา)khanomphing (ขนมผิง)sampani (สัมปันนี), khanomkhing (นมไข่เต่า), nomkhaitao (ลูกชุบ), lukchup (ลูกชุบ)khanomthongek (ขนมทองเอก).

 

 

Cette liste bilingue permettra aux gourmands d’entre vous de vous repérer sur une carte de restaurant. Naraï aurait été friand de kumphamat (une espèce de flanc) qui lui était servi dans des coupelles en or (11).

 

 

Tous les sites de cuisine thaïe que nous avons consulté, ils sont nombreux, mentionnent tous au chapitre des douceurs celles qu’a ou aurait créées la reine Thaothongkipma.

 

C’est le dernier roi de la monarchie d’Ayuthaya, Uthumphon (อุทุมพร) qui ne régna que deux mois en 1758 qui fut – semble-t-il – le premier à lui attribuer à titre posthume sa couronne de reine. C’est de cette époque que daterait son titre de Thaothong (ท้าวทอง) également posthume qui, sans être un titre de noblesse est un titre de grand respect. 

 

 

Certes, un universitaire thaï, Pridi Phitphumwithi (ปรีดิ พิศภูมิวิถี) conteste cette attribution considérant que ces douceurs étaient connues à Ayuthaya depuis l’arrivée des Portugais au Siam au XVIe siècle et que Maria n’aurait fait que reprendre les recettes des « pâtisseries de couvent ».

 

 

On ne pourrait la créditer que de deux inventions originales, le foithong et le thong yip. C’est cependant un argument d’universitaire. Il est évident que dans la colonie portugaise d’Ayutthaya on mangeait portugais et l’on ne devait pas d’ailleurs y ressentir cruellement le manque de « bacalhau » puisque c’est probablement à l’usage des navigateurs que les Portugais ont imaginé la conservation de la morue dans le sel, il est permis de penser que les cales de leurs navires en étaient remplies.

 

 

 

Ces deux douceurs appartenaient au demeurant, nous allons le voir, aux « pâtisseries des couvents » évidemment connues de sa mère et de sa grand-mère.

 

Ce qui l’est moins, c’est que la confection de ces douceurs ait été répandue dans la population siamoise. Nous n’avons pas de livre de recettes en thaï de cette époque et les chroniqueurs français ne nous parlent guère de la cuisine pâtissière locale.

 

Ce que nous savons c’est que celle de Maria, fruit de la tradition familiale, ce qui ne veut pas forcément dire de son invention, était réputée à l’époque de Naraï et de ses successeurs, que ses desserts ravissaient Naraï, sa fille et ensuite les successeurs de Naraï et les invités aux festins du roi et à ceux du barcalon.  Mais ces desserts ne s’étaient certainement pas encore vulgarisés dans la population siamoise comme ils le furent plus tard, peut-être à l’instigation d’Uthumphon.

 

Nous savons que les douceurs de l’époque étaient composées essentiellement de farine (de riz probablement), de sucre de canne ou de palme et de pulpe ou de lait de noix de coco. Maria y a introduit, en sus des ingrédients locaux, les œufs, entiers, blancs ou jaunes, le sucre raffiné, et deux produits locaux que n’utilisaient pas les cuisiniers siamois, l’amidon de soja (plus léger que la farine de blé) et l’amidon de manioc.

 

Il y a de grandes ressemblances entre les desserts thaïlandais actuels et les desserts portugais, nous avons relevé quelques exemples significatifs :

 

Les foithong (littéralement fil d’or)

 

 

ce sont les Fios de ovos (fils d’œufs) des Portugais appelés également cheveux d’anges (cabelo de anjos). Ce sont des filaments de jaune d’œufs cuits dans du sirop de sucre. La cuisson à bonne température du sirop de sucre appartient aux secrets d’un bon pâtissier.

A 265 - MARIA GUIMAR, ÉPOUSE DE CONSTANTIN PHAULKON ET« REINE DES DESSERTS THAÏLANDAIS »

Les thongyib (littéralement or pincé)

 

 

sont les Trouxa de ovos  (tasse d’œufs) des Portugais, également des œufs, jaune et blanc, cuits dans le sirop de sucre. Seule la présentation diffère.

 

 

Les mokaeng (littéralement marmite de soupe)

 

 

sont les Tigelada des Portugais, tout simplement un flanc servi dans une petite marmite.

 

 

Les thongyod (littéralement les gouttes d’or)

 

 

 

 

sont les Ovos Moles de Aveiro (Les œufs mollets de la ville d’Aveiro) sont toujours à base  d’œufs et de sirop de sucre et tiennent plus du bonbon  que des gâteaux proprement dit.

 

 

 

Le talent de Maria fut incontestablement d’adapter les recettes traditionnelles portugaises aux produits locaux : Par exemple, pour le foithong, elle utilise des œufs de poule alors que les Thaïs utilisent comme pour les autres douceurs plus volontiers des œufs de cane dont la couleur est plus vive et surtout le jaune plus facile à réduite en filaments. Faute de vanille (version portugaise) elle utilisait des feuilles de pandan.

 

 

 

 

Pour le thongyyip, sa recette était similaire à celle des Trouxa de ovos  mais la présentation différente.

 

 

Pour le thongyoud, sa recette est similaire à celle des Ovos Moles de Aveiro. Quand il était nécessaire de saupoudrer un gâteau ou un flanc de poudre d’amandes grillées, fruit inconnu au Siam, les cacahuètes les remplaçaient avantageusement. Le lait de coco peut également remplacer celui de vache.

 

 

Une dernière observation s’impose : une bonne cuisinière ne fait pas toujours une bonne pâtissière mais une bonne pâtissière faut toujours une bonne cuisinière. Il n’est nul besoin d’être diplômé de l’école hôtelière de Lausanne pour faire cuire, bien ou mal, des pommes de terre ou un rôti de bœuf. En pâtisserie, c’est de la chimie ou plutôt de l’alchimie et l’erreur est fatale. Maria travaillait beaucoup, avons-nous vu, sur le sirop de sucre. Voilà bien un domaine difficile dans lequel seul compte l’œil et l’expérience à défaut d’instruments (pèse sucre et thermomètre) pour déterminer la densité et la température (12).

 

 

 

En 2007, à la 8e foire internationale de la Thaïlande tenue à Tokyo (การจัดเทศกาลไทย ครั้งที่ 8) s’est déroulée une démonstration de confection des pâtisseries de Maria.

 

 

En 2012, le Musée du Siam (Museum Siamมิวเซียมสยาม ou พิพิธภัณฑ์การเรียนรู้) a organisé une exposition  pour le 500e anniversaire des relations du Siam avec le Portugal intitulée « Olá Sião 500 ปี ไทย-โปรตุเกส » c’est  dire « Bonjour le Siam, 500 ans Thaï – Portugal ». Une salle y fut consacrée à Maria racontant l’histoire de ses pâtisseries et leur confection.

 

 

Une autre cérémonie s’est déroulée le 11 février 2015 à Ayuthaya, présidée par la Princesse  Maha Chakri Sirindhorn qui n’a pas manqué de souligner le rôle de Maria dans les pâtisseries thaïlandaises (13).

 

 

Deux bandes dessinées (au moins) lui ont été consacrées, l’une en 2014

 

 

et l’autre en 2016.

 

 

 

Maria a encore bénéficié d’une toute récente consécration, une série historique programmée en mars 2018 à la télévision intitulée Bupphesanniwat  (บุพเพสันนิวาส) que l’on peut traduire par « histoire d’amour ». Maria y a enfin un visage – nous n’avions pas d’elle de portrait significatif -  celui de l’actrice anglo-thaïlandaise Susira « Susi » Naenna (สุษิรา แน่นหนา).

 

 

C’est en partie devant le succès de ce film  que le Premier ministre et chef de la junte, le général Prayut Chanocha qui a été enchanté de la série, a encouragé les Thaïs à porter des tenues traditionnelles dans les lieux publics. La mise en scène n’a pas donné lieu à des dépenses pharaoniques mais tout au long du film, on est frappé par la beauté des vêtements traditionnels C’est une belle et double romance dont vous trouverez des extraits sans difficultés sur Youtube, pour le plaisir des yeux pour la plupart d’entre nous car naturellement la série est en thaï mais il est disponible en téléchargement complet sur un site californien. Il ne faut pas le regarder avec des yeux d’occidental ! (13)

 

 

 

SOURCES

 

 

En dehors de celles que nous donnons en note, nous avons utilisé le site Wikipédia en thaï

https://th.wikipedia.org/wiki/ ท้าวทองกีบม้า_(มารี_กีมาร์.

 

Il est d’une grande richesse quant à ses sources et ses références. Le site anglais est très largement insuffisant :

https://en.wikipedia.org/wiki/Maria_Guyomar_de_Pinha.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir notre article 73 «  YAMADA NAGAMASA, LE JAPONAIS QUI DEVINT VICE-ROI AU SIAM AU XVIIEME SIECLE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html

 

(2) Voir l’article de REIKO HADA  « MADAME MARIE GUIMARD Under the Ayudhya Dynasty of the Seventeenth Century » in Journal de la Siam Society, volume 80-1 de 1992.

 

(3)  Jacques  Crétineau-Joly dans son encyclopédique « Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus » publiée en 1871 en six épais volumes nous apprend que lors des persécutions au Japon les jésuites parmi lesquels des italiens fuirent à Macao mais nullement au Siam. Seuls des jésuites portugais et espagnols  étaient signalés à Ayutthaya.

 

 

(4) Voir notre article  H12 «  LA PRINCESSE YOTHATHEP (1656-1735), UNE INTRIGANTE « MESSALINE » À LA COUR D’AYUTTHAYA ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/h12-la-princesse-yothathep-1656-1735-une-intrigante-messaline-a-la-cour-d-ayutthaya.html

(5) Voir Christian Pelras : « La conspiration des Makassar à Ayuthia en 1686 : ses dessous, son échec, son leader malchanceux. Témoignages européens et asiatiques »  In : Archipel, volume 56, 1998.

 

(6) Sur le pillage de ses bijoux, voir notre article H 21 « LE CHEVALIER LOUIS-ARMAND HALLÉ DE FRETTEVILLE ET LES JOYAUX DE MADAME CONSTANCE AU SIAM ».

 

(7) Kosapan ou Phra Wisut Sunthorn (ออกพระวิสุทธิสุนทร), neveu du roi  Ekathotsarot  (อกาทศรถ) est l’arrière-grand-père de Rama Ier, fondateur de l’actuelle dynastie.

 

 

(8) Nous ne savons de son apparence physique que ce qu’en dit Luang Sitsayamkan (หลวงสิทธิสยามการ) dans son ouvrage publié en 1967 « The Greek Favorite of the King of Siam » « maigre, les yeux bruns, le visage brun, la peau propre, grande de 5 pieds, petite, lumineux et gai bien que pas très belle, mais attirante et bien formée ». Elle aurait été par ailleurs plus blanche que son père et sa sœur. Elle s’habillait tantôt en siamoise tantôt en japonaise. Elle parlait le thaï, le japonais et le portugais mais communiquait en portugais plutôt qu'en thaï avec son mari et n’aimait pas la cuisine locale.

 

 

 

(9) Alexandre Pocquet, professeur et intendant au séminaire des Missions-Etrangères d'Ayutthaya  écrit dans une lettre du 25 octobre 1694 adressée à M. de Brisacier (Archives des Missions-Étrangères, vol. 864, p. 130) : « J'ai lu dans une relation qu'on dit avoir couru en France que le fils de M. Constance, qu'on nomme dans cette relation le comte Saint-Georges, apparemment parce que son nom de baptême est Georges, avait été attaché à la tête d'un balon et noyé. Je vous assure qu'il est mon écolier depuis sept ou huit mois, que je viens de lui faire la leçon et à ses autres petits camarades, et que voilà actuellement un clerc tonkinois qui la leur fait répéter à côté de moi, et m'interrompt fort bien. Ce petit Georges a huit ou neuf ans, paraît faible de corps et de santé ; mais il a un bon esprit et de très bonnes inclinations pour son âge ; depuis le peu de temps qu'il est ici, il ne me parle déjà qu'en latin, et m'entend dans la même langue, quoi que je lui dise ; il ne sait pourtant encore rien de la grammaire, si ce n'est un peu décliner. Sa mère l'aurait mis bien plut tôt ici, si on ne l'en avait détournée ; quoique nous nourrissions et enseignions ce pauvre enfant par charité comme les autres, il n'y a rien qu'on ait fait auprès de la mère et de l'enfant pour nous le retirer ; mais la mère s'en est rapportée à ses yeux, et l'enfant à son inclination. Croiriez-vous qu'après tout cela, on a trouvé des personnes qui ont accusé cette pauvre veuve désolée de je ne sais quelle nouvelle conspiration avec les Français, sur ce qu'elle avait mis son enfant avec nous. Elle fut arrêtée quelque temps. Les Siamois qui permettent qu'un chacun vive suivant sa religion, et qui ont coutume de mettre leurs enfants chez les talapoins, ne lui firent pas grande peine sur ce qu'elle avait mis le sien ici. Elle s'est tirée d'affaire, et l'enfant, qui avait été cependant obligé de s'absenter, revint vers le vingtième d'août avec autant de joie qu'il avait versé de larmes lorsqu'il fut obligé de s'en aller ».

 

 

(10) https://www.m-culture.go.th/en/

(11) Voir le site en thaï :

https://www.scacademy.org/?gclid=EAIaIQobChMI3f3n5-r82wIVGw4rCh0dxwYiEAAYASAAEgLtqvD_BwE

 

(12) Le sirop de sucre se mesure en densité (degré Baumé) et en température (degré Celsius). Une pâtissière émérite distingue à l’œil et selon la température le nappé, le petit filet, le grand filet, le petit boulé, le boulé, le gros boulé, le petit cassé, le grand cassé et le caramel sans avoir besoin ni de densimètre ni de thermomètre. Ce n’est pas donné à un cuisiner du dimanche qui transformera rapidement le cassé en immangeable caramel et le caramel en charbon.

 

C'est plus facile avec un thermomètre :

 

 

(13) Voir le site :

https://www.tatnews.org/hrh-princess-maha-chakri-sirindhorn-opens-new-attraction-commemorating-thai-japanese-relations-dating-back-600-years/

 

(14) Nous sommes loin, très loin, des règles suggérées par Boileau pour une bonne tragédie : « Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli - Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli ». Le film est sous-titré « love destiny » et tiré d’un roman à succès (« Love destiny ») de Romphaeng publié en 2010.

 

 

Il a été diffusé en 15 épisodes du 21 février au 11 avril 2018. La version complète que nous avons regardée dure 1 heure 45. Cette double histoire d’amour est bien embrouillée, nous ne sommes pas dans une logique cartésienne mais dans une logique siamoise. Elle ne concerne pas directement Maria mais d’abord la belle Karaket (การะเกด). Elle est la fille du gouverneur de Phitsanulok et vit à Ayutthaya sous le règne de Naraï dans la résidence de l'astrologue en chef de la cour titré Chaophraya Horathibodi (เจ้าพระยา โหราธิบดี) et est le père de son fiancé, Det (เดช), lui-même fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères et titré Muen Sunthonthewa (หมื่น สุนทรเทวา). Après de longues péripéties que nous vous épargnons, Karaket meurt et se réincarne en la personne de Ketsurang (เกศสุรางค์), une femme de 25 ans qui lui ressemble comme une sœur jumelle et venait elle-même de mourir dans un accident. Karaket demande à Ketsurang d'assumer son corps et de faire de bonnes actions dans cette nouvelle vie. Nous allons rencontrer en particulier quelques personnages que nous connaissons déjà, Kosapan, Maria Guyomar de Pinha, amie de Karaket et son mari Constantin Phaulkon qui vient d’en tomber amoureux. Après d’autres péripéties, devant la méchanceté de Ketsurang ex-Karaket, Det pense qu’elle est possédée par un phi. Le fantôme de Karaket s’oppose d’abord au mariage de son double avec Det mais finira par l’accepter, les vertus nouvelles de Ketsurang lui permettant de retrouver son ancienne enveloppe charnelle. Nous allons retrouver l’histoire que nous connaissons : Det, promu à un rang supérieur, obtient le titre de Khun Siwisanwacha (ขุน ศรีวิศาลวาจา), est nommé pour accompagner l’ambassade de Kosapan à la cour de Louis XIV.

 

 

Il conspire par ailleurs avec Phetracha pour s’emparer du pouvoir et chasser les chrétiens du royaume. Le coup d’État réussit avec l’aide de la fille de Naraï, la princesse Sudawadi, et conduit à l'exécution de Phaulkon. Après une réincarnation de Det dans le cops d’un autre personnage, il finit tout de même par revenir dans sa première enveloppe charnelle et épouser Karaket… « Happy end ».

 

 

Nous ne sommes pas dans une logique cartésienne avons-nous dit et nous avons très largement résumé ! Nous n’avons pas oublié Maria et Constantin. Leur romance occupe le dernier tiers du film.

 

 

Il n’y est pas question de ses talents de pâtissière. Mais le film diffusé sur la troisième chaine, l’une des plus regardée à des heures de grande écoute a fait découvrir au grand public que derrière celle qu’il connaissait déjà comme « reine des desserts thaïlandais », il y avait une femme dont le mari avait joué un grand rôle dans l’histoire de son pays. Le film comporte en effet plusieurs interludes au cours desquels un professeur explique à une classe attentive ce que furent les rapports tumultueux de la France et du Siam à cette époque.

 

 

Le film proprement dit ne nous donne d’images de l’histoire que celles de la romance entre le Grec et la belle Maria. Il est amusant aussi de voir le visage que le réalisateur a donné aux acteurs de ce mélodrame

 

Le lubrique Sorasak : 

 

 

et notamment nos estimables compatriotes.

 

De gauche à droite La Loubère et Forbin : 

 

 

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commentaires

Boscagli 28/08/2018 09:09

Ou comment avoir un destin autrement que par la guerre ! Quelle épopée ! Quelle femme ! Et par des douceurs !
Merci pour cette rubrique constamment surprenante

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 28/08/2018 09:55

Merci de ce sympatique commentaire