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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 12:19

 

Tout le pays, et le monde entier aussi, ont été suspendus pendant 18 jours au sort de ces douze adolescents et de l’entraineur de leur équipe de football, l’équipe des sangliers.

 

La bonne nouvelle retentit enfin en début d’après-midi le 10 juillet sur les écrans de télévision locale : หมูป่กลับบ้น – moupaklapban – les sangliers sont de retour.

 

 

 

Certes, « tout est dit et l’on vient trop tard » et notre propos n’est bien évidemment pas de revenir sur une actualité que vous connaissez tous en détail mais de faire quelques observations qui ont peut-être été négligées par les médias occidentaux trop souvent avides de « sensationnalisme ».

 

 

Les événements ont été commentés minute par minute sur les chaines de télévision thaïes relayées par celles du monde entier, depuis l’attente angoissante pendant huit jours sur l’ignorance totale de leur sort jusqu’à leur découverte, tous en vie, par deux plongeurs anglais au bout de six heures de nage à plus de quatre kilomètres de l’entrée dans ce que l’un d’eux a appelé du « café latte ». Ceux qui ont un jour porté des bouteilles de plongée sur le dos se doutent de ce que fut cette épreuve. Ce n’était alors qu’une petite bataille gagnée, celle de la recherche, restait ensuite à gagner celle des secours puis celle du retour à la maison. Une fois leur ravitaillement assuré, nourriture, boissons, oxygène pour pallier à l’air confiné de la cavité où ils étaient réfugiés et couvertures de survie, se posa le problème de leur évacuation, soit par la voie des airs en procédant à des forages de puits d’accès depuis le sommet de la colline, soit de leur faire attendre quatre mois la baisse des eaux en les ravitaillant, solution conseillée par les cœurs les plus pusillanimes, soit par les galeries inondées alors que la plupart de ces gamins ne savaient nager et qu’aucun n’avait jamais fait de plongée subaquatique. Ce fut la solution choisie en plusieurs étapes au terme d’une opération qui restera probablement la plus grande opération de sauvetage dans une grotte de l’histoire de la spéléologie, une véritable mission impossible (1).

 

 

N’oublions pas qu’un ancien plongeur de la marine thaïe y a laissé la vie le 8 juillet lors d'une opération de ravitaillement.

 

 

LA GROTTE EST UN SITE TOURISTIQUE ET NON SPÉLÉOLOGIQUE

 

 

Contrairement à ce qu’on a pu lire et relire trop souvent, essentiellement dans la presse occidentale, les gamins ne se sont pas lancés dans une aventure nécessitant des compétences et du matériel spéléologiques et encore moins de spéléologie subaquatique. La grotte se situe dans les montagnes dans la région de Maesai, toutes truffées de cavités (2). Elle a été visitée et décrite dans les années 1986 et 1987 par des chercheurs français qui n’étaient pas des spéléologues mais des entomologistes étudiant une faune spécifique, suivis de préhistoriens cherchant des traces d’occupation à l’époque préhistorique et des géologues. Ils y sont entrés et l’ont visitée sans difficultés particulières en précisant que le site était submergé en saison des pluies (3). Elle comporte plus de 6 kilomètres de galeries répertoriées à ce jour et peut-être d’autres encore inexplorées. Elle était probablement connue des multiples ethnies qui peuplent les hauteurs dans cette zone mais pas forcément des Thaïs que la crainte des esprits maléfiques, des démons, des géants et des « phis » écarte de ces cavités. Il court d’ailleurs à son sujet plusieurs légendes plus ou moins dissuasives (4). La spéléologie n’est pas un sport local. Si de nombreuses grottes sont occupées, ce n’est pas par des visiteurs. Elles sont utilisées comme centres religieux pour la simple raison que les moines y sont au calme, à l’abri des éléments et y bénéficient d’une température plus fraiche qu’à l’extérieur. Ce sont des endroits idéals pour la prière et la méditation.

 

 

Ce n’est pas le cas de Tham Luang probablement en raison de son inaccessibilité partielle en saison des pluies. Elle est par contre devenue un site touristique et non pas un site pour spéléologues chevronnés (5). Ouverte au public, elle est partiellement aménagée : escaliers, mains courantes, rampes bétonnées sur une partie du trajet.

 

 

Il est donc de toute évidence inutile de se munir de l’arsenal du spéléologue aguerri. L’humidité permanente a empêché qu’elle soit éclairée par l’électricité : Il faut donc pour la visiter se munir de bonnes chaussures et de lampes électriques sans oublier des piles de rechange nous disent tous les sites thaïs dont ce sont les seules recommandations. D’ailleurs les Thaïs ne perdent jamais le nord, s’ils appréhendent de pénétrer eux-mêmes dans les entrailles de la terre, le bureau d’accueil se fera un plaisir de louer une torche au visiteur.

 

Il n’y avait donc pas à priori la moindre faute à accompagner une équipe de gamins entre 11 et 16 ans pour cette visite à cette époque.

 

Ce n’était qu’une balade qui a tourné au drame.

LA SAISON DES PLUIES

 

La grotte est inondée en saison des pluies. Son accès en est strictement interdit pendant 5 mois, de juillet à novembre.

 

 

Depuis le signalement de la grotte au monde scientifique il y a plus de 30 ans et sa visite tant par des érudits biologistes y cherchant des espèces cavernicoles ou des préhistoriens y cherchant les traces d’une présence préhistorique, aucun incident majeur ne semble y avoir jamais été signalé compte non tenu des visites de simples touristes ? S’il pleut toute l’année en Thaïlande, le gros de la saison des pluies se situe dans cette zone entre juillet et octobre. Il s’agit donc d’une fourchette de précautions. Où se situe l’erreur ? Des orages catastrophiques aussi imprévus qu’imprévisibles ont submergé les galeries bien avant l’heure. A la même époque des pluies diluviennes se sont abattues sur le Japon faisant à l’heure où nous écrivons probablement plus de deux cent morts.

 

 

L’ATTITUDE DE L’ENTRAINEUR

 

Il lui a été reproché – essentiellement encore dans la presse occidentale - d’avoir entrainé les gamins dans cette aventure « spéléologique ». Or, il connaissait lui-même les lieux et les avait déjà arpentés avec sa troupe. Devant la montée subite des eaux, il a pris la décision de s’avancer plus avant dans le réseau pour chercher un refuge sur une partie haute. Son attitude laisse à penser, ainsi qu’on a pu le constater à la lecture des commentaires dans les réseaux sociaux provenant des parents et la presse locale, que son sang-froid a permis aux enfants de survivre à cette épreuve, en particulier plus d’une semaine dans l’obscurité (6). Il leur a conseillé de mesurer leur respiration, de n’utiliser les lampes de poche que le moins possibles et une à la fois pour conserver une source de lumière. Il leur a appris à boire l'eau propre qui goutte à travers le plafond de la grotte et non celle de la crueIl leur a également conseillé de bouger le moins possible pour conserver leur énergie, de méditer et prier. Il aurait lui-même lors de sa période de moine temporaire vécu comme un ascète dans l’une des grottes de la région « buvant la pluie, humant le vent ».

 

 

UN MIRACLE ?

 

Tout le pays, dans les temples bouddhistes, dans les mosquées, dans les églises catholiques a prié pour les enfants.
 

 

Les populations des ethnies des montagnes avoisinantes toutes animistes auxquelles appartiennent plusieurs des enfants se sont livré à des rites incantatoires. Beaucoup de Thaïs sont persuadés que ce sauvetage relève du miracle, une notion qui semble totalement étrangère aux médias occidentaux. Il y a encore des Thaïs qui croient aux miracles. La réussite de l’opération finale par la voie des eaux relève en effet du miracle quel que soit le sens que l’on donne à ce mot.

 

Tous les spécialistes du monde entier la considéraient comme virtuellement impossible.

 

Faire nager plus de cinq heures sous de l’eau boueuse un gamin de 11 ans qui ne savait ni nager ni à fortiori utiliser un scaphandre autonome sans qu’il panique ne relève-t-il pas du « miracle » ?

 

La vente des médailles miraculeuses s'organise ...

 

 

LES SOUTIENS DU MONDE ENTIER …

 

Ne revenons pas sur ce que nous savons tous même si celui de la France fut un peu frileux. Relevons une démarche sympathique : dans un communiqué du 10 juillet le milieu de terrain français Paul Pogba a immédiatement dédié la victoire de son équipe en demi-finale aux 13 jeunes restés coincés pendant 18 jours dans une grotte du nord de la Thaïlande : « Cette victoire va aux héros du jour, bravo les garçons, vous êtes forts ». Il a eu le mérite de susciter de l’Ambassade une réaction un peu tardive : Dans un bref communiqué paru le 12 juillet sur son site Internet, prenant le train en marche, nous lisons : « toute l’Ambassade s’associe au geste de Paul Pobga qui dédit la victoire de la France en demi-finale de la coupe du monde de football 2018 aux jeunes footballeurs de l’équipe du « Mu Pa Academy Mae Sai » rescapés de la grotte de Tham Luang ». Merci à Paul Pogba de cette initiative qui nous apporte la preuve que l’on peut vivre en donnant des coups de pied dans un ballon rond et avoir à la fois du cœur et de la courtoisie …

 

 

NOTES

 

(1) Un article du journal Le Figaro en 2010 donc bien antérieur à cet épisode dramatique nous disait « Les plus longues survies de spéléologues restés bloqués » « En France, les cas de spéléologues qui restent coincés plus de 18 heures avant d'être secourus vivants sont rares, mais ils existent. En 1999, sept personnes avaient même attendu 10 jours avant d'être libérées … » :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/10/01016-20101010ARTFIG00090-les-plus-longues-survies-de-speleologues-restes-bloques.php

 

(2) Par 20° 22’ 51’’ Nord et 99° 52’ 05’’ Est.

 

(3) Voir les rapports de Louis Deharveng à l’ « Association Pyrénéenne de spéléologie »   : « Expédition Thaï-Maros 86 » (Toulouse ISBN 2-906273-01-5) et « Expédition Thaï-87-Thaï 88 »Maros 86  (Toulouse ISBN 2-906273-02-3). Il n’est pas spéléologue mais entomologiste au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Voir également Valery Zeitoun, Hubert Forestier et Supaporn Nakbungling « Préhistoires au sud du triangle d’or », Paris, 2008 ou encore de Martin Ellis « The cave of northern Thailand », 2017 qui citent  tous Deharveng d’abondance. Il est le premier à en avoir établi un relevé topographique.

 

 

(4) Voir par exemple le site thaï qui en cite trois :

http://travel.trueid.net/detail/O36bPoR5Eog3

 

(5) « Visiter les grottes de Thamluang… » écrit Lonely Planet. « Plusieurs grottes méritent une visite : Thamluang comporte plusieurs salles aux formations rocheuses fantastiques » écrit le Guide Vert Michelin sans parler de nombreux sites thaïs.

 

(6) L’entraîneur a fait parvenir aux parents un courrier pour s’excuser et faire part de sa désolation. De multiples commentaires en réponse relevés sur Internet sont significatifs : « Ek, vous ne devriez pas vous blâmer pour ce qui est arrivé. Nous savons tous que vous êtes gentil et avez toujours bon cœur pour aider nos enfants ». Une mère en larmes interrogée par un journaliste thaïe lui dit que son garçon avait survécu à cette épreuve grâce à l'entraîneur : « J'étais inquiet pour mon garçon. Ce qui m'a réconforté, c'est que l'entraîneur Ek soit avec lui ». Plus officiellement, Thawatchai Thaikhiew, secrétaire permanent adjoint à la Justice, a déclaré qu'il craignait que l'entraîneur ne soit atteint de dépression et ajouta : « Je demande à tous les Thaïlandais de lui apporter un soutien moral. Si quelqu'un le rencontre, s'il vous plaît faites lui un geste d’amitié ».

 

 

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