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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 22:33
« Le mystère de la grotte »

« Le mystère de la grotte »

Nous avons dans un précédent article évoqué ce que tous les Thaïs pensent être le miracle (et non le « miracle ») du sauvetage des enfants et de leur entraineur enfermés dans la grotte de Tham Luang (1). Nous savons par ailleurs que les Thaïs du XXIe siècle croient profondément à l’existence et à l’influence de ces créatures surnaturelles, les phis (ผี) et les thévada (เทวดา) que l’on peut traduire, faute de mieux, respectivement par fantôme ou esprit et créatures célestes, tous tour à tour mâles ou femelles, anges ou démons, bénéfiques ou maléfiques (2). Cet aspect surnaturel et miraculeux du sauvetage de ces gamins n’a pratiquement pas été évoqué par la presse occidentale francophone si ce n’est dans un très bel mais trop bref article du correspondant de RFI à Bangkok, Arnaud Dubus, « L’odyssée des enfants de la grotte, au-delà du réel » (3).

Phi

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Thewada

Thewada

Nous sommes en effet au-delà du réel et ces évènements récents ont remis en quelque sorte au goût du jour de vieilles histoires - que nous préférons au mot « légendes » - sur l’esprit ou l’âme de la princesse qui plane sur la grotte (4). N’oublions pas qu’une « légende » est un récit qui peut reposer fondamentalement sur des évènements réels, où les faits historiques sont transformés au fil des siècles par l'imagination populaire faisant passer la précision historique au second plan par rapport à l’intention spirituelle ou surnaturelle et les faire passer « au-delà du réel ».

Sommes-nous dans le domaine du mythe ou de la réalité ? Ces récits dans les versions que nous allons vous donner sont qualifiés de tamnan (ตำนาน) que le dictionnaire de l’Académie définit comme un récit d’évènements qui se sont déroulés dans le passé que l’on peut traduire par histoire ou chronique mais certainement pas par légende au sens que nos esprits cartésiens donnent à ce mot. Nous vous laissons juges.

 

Une première histoire qui semble la plus répandue est celle que nous a livrée Arnaud Dubus : Il était une fois une princesse à Chiangrung (เชียงรุ้ง) nommée Sipsongpanna (สิบสองปันนา), il y a de cela bien longtemps (5).

 

 

Elle était tombée amoureuse d’un simple éleveur de chevaux. Ils s’aimèrent en cachette jusqu’à ce que la princesse tombe enceinte.

 

 

Les amoureux prirent alors la décision de fuir.

 

 

Le monarque, père de la princesse, entra alors dans une colère épouvantable et envoya ses troupes à la poursuite du couple dans la forêt.

 

 

La princesse, enceinte de plusieurs mois, était épuisée et le couple décida de s’arrêter prendre un peu de repos aux environs de la grotte. Son amoureux lui dit de l’attendre pendant qu’il allait chercher de la nourriture dans la forêt.

 

 

Mais l’armée du monarque de Chiangrung l’y rattrapa et le massacra. La princesse attendait son amoureux. Ne le voyant pas revenir, elle partit à sa rencontre dans la forêt. Elle y rencontra la troupe de son père qui l’entoura pour la reconduire à Chiangrung. Tremblante de peur, elle pressentit alors que son amoureux était en danger mais, pleine d’espoir, elle demanda aux soldats si elle pouvait voir le jeune homme. Ils lui apprirent alors qu’ils l’avaient tué.

 

 

Bouleversé, la princesse s’effondra en se lamentant tant d’avoir appris la mort de son amoureux que de devoir revenir à Chiangrung. Tirant alors une épingle de sa coiffure, elle s’en perça le cœur. Son sang s’écoula avec sa vie.

 

 

De la réalité peut-être historique nous allons passer au mythe :

 

Le sang de la princesse devint la rivière Maesaï (Maenam Maesai – ต้นแม่น้ำแม่สา) qui coule non loin de la grotte

 

 

...  et son corps devint la « montagne de la princesse couchée » (Doi nangnon - ดอย นาง นอน) qui a plus ou moins la forme d’une femme endormie sous laquelle se trouve la grotte.

 

 

Le point culminant de la montagne est son ventre : Doi Thung « Montagne du ventre » (ดอยตุง)

 

 

et ses larmes sont les gouttes d’eau qui suintent du plafond de la grotte qui porte le nom complet de « Thamluang khunnamnagnon » (ถ้ำหลวง-ขุนน้ำนางนอน) « la grande grotte aux larmes de la princesse couchée ».

 

 

Il est une autre version de la légende qui ne nous éloigne pas fondamentalement de la précédente : l’histoire d’une princesse qui choisit sa propre mort à la suite d’une déception amoureuse. La princesse du pays de Phukamkrithathap (พุกามกรีธาทัพ) partit retrouver le prince qu'elle aimait. Elle traversa tout son territoire jusqu’à Wiang Sithuang (เวียงสี่ทวง) situé actuellement dans la région de Maesai où elle retrouva son prince. Mais celui-ci était tombé dans les bras d’une belle jeune fille de la ville (6). La princesse en éprouva un chagrin mortel. Avant de sa laisser mourir, elle invoqua les puissances célestes pour que son corps devienne une montagne.

 

 

De la réalité peut-être historique nous allons passer une fois encore au mythe : C'est la montagne qui devint la « montagne de la princesse couchée » et les troupes qui l’accompagnaient sont à l’origine des tribus ethniques de ces montagnes.

 

 

Une pagode est édifiée sur Doi Thung le point culminant de la colline Doi nangnon, appelée Phrathat Chomnak (พระธาตุจอมนาค - La pagode du roi des Nagas).

 

 

Elle nous conduit enfin à une autre légende, plus d’ailleurs un conte qu’une légende puisque nous sommes dans le merveilleux et non plus dans l’historique. Elle aurait été édifiée par le roi des Nagas. Le Garuda probablement en mal d’amour avait enlevé la fille du roi des Nagas et se cacha dans la montagne.

 

 

Le roi des Nagas les découvrit dans la grotte. Le Garuda demanda au roi des Nagas de pouvoir passer une nuit avec sa fille mais celui-ci lui réclama de l’or que le Garuda déposa dans la grotte. Peut-être y est-il toujours, gardé par l’esprit de la princesse qui a laissé les enfants repartir car ils ont l’âme pure ?

 

 

Le roi des Nagas construisit alors le temple dans l’enceinte duquel se trouve la pagode, un ex-voto en quelque sorte ? Les villageois l’appelèrent Phrathat Chomnak (7).

 

 

Sans nous attarder sur les amours entre le Garuda et la fille du roi des Nagas, celle de la princesse qui tombe amoureuse du palefrenier et dont la mort est la suite de l’infidélité faite à son rang est-elle irréaliste ? La seconde version est probablement plus « politiquement correcte » puisque l’éleveur de chevaux est devenu prince mais le fonds de l’histoire reste le même, la mort volontaire et par amour d’une princesse, probablement un réel historique, dont l’âme et l’esprit sont toujours présents dans la grotte, nous voilà dans l’irréel.

 

 

De nombreuses opinions ont été émises, essentiellement sur des sites ou dans des journaux locaux, que nos médias francophones peinent à reproduire. Nous citons un exemple parmi mille : Les propos recueillis par Tassanee Vejpongsa et Keweewit Kaewjinda le 28 juin 2018 pour le journal Khaosot (ข่าวสด nouvelles fraiches), l’un des plus forts tirages de la presse nationale mais qui ne donne pas dans le sensationnalisme à outrance, sont répétitifs (8). Runchanok Nganjit est étudiante et originaire de Mae Sai. Elle dit qu'elle a entendu l'histoire de la princesse depuis sa plus tendre enfance et que les habitants croient que l’esprit de la princesse garde maintenant la caverne. « Nous croyons tous que tous les lieux ont des esprits gardiens, des endroits comme les montagnes, les grottes et les maisons. Nous ne les voyons peut-être pas, mais ils peuvent nous voir, nous devons donc les respecter quand nous allons là où ils se trouvent ».

 

 

Elle croit que l'esprit de la princesse a joué un rôle dans la disparition des garçons, mais elle sait pas comment. Il règne dans les grottes des esprits essentiellement féminins, Chaomae (เจ้าแม่)

 

 

qui peuvent être maléfiques ou bénéfiques : Ils peuvent ainsi aider les humains qui peuvent faire appel à eux. Ils font le pont entre la vie et la mort. Ce sont les femmes qui donnent ml vie mais elles doivent donc occuper ces lieux sources de danger et de mort. La princesse a-t-elle été contrariée ? Ceci explique en tous cas les offrandes

 

 

et les prières ferventes prononcées dans tout le pays pour que la princesse et les divinités protectrices du pays permettent aux garçons de revenir à la maison.

 

 

 

L’énormité des moyens mis en œuvre afin de coopérer avec les autorités thaïes pour faire sortir ces victimes de la grotte, plongeurs professionnels britanniques, experts médicaux australiens, experts en irrigation japonais, troupes américaines et matériel de haute technologie venus de Chine n’ont évidemment pas été inutiles pour extraire les treize jeunes piégés dans la grotte mais qu’en fut–il des prières et des offrandes dont la plupart des thaïs pensent qu’elles sont à l’origine du miracle ? La grotte appartient sans conteste à ces lieux – une colline justement - dont Barrès écrivait « Il est des lieux où souffle l'esprit… », en l’occurrence celui de la princesse Sipsongpanna. Mais qui lit encore « la Colline inspirée » dans la France du XXIe siècle ?

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 267 – « LE RETOUR DES « ROBINSONS » DE LA GROTTE DE THAMLUANG – HOMMAGE AUX SAUVETEURS »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/a-267-le-retour-des-robinsons-de-la-grotte-de-thamluang-hommage-aux-sauveteurs.html

 

(2) Voir notre article A 151 – « EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHi" »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(3) http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180713-thailande-odyssee-enfants-grotte-dela-reel

 

(4) Pour connaître ces trois récits légendaires ou mythiques, Arnaud Dubus n’en cite qu’un, il faut consulter les sites thaïs, en particulier mais il en a bien  d’autres :

http://travel.trueid.net/detail/O36bPoR5Eog3 ou https://www.matichonweekly.com/column/article_42858

 

(5) Nous pouvons toutefois nous demander de quel Chiangrung il s’agit ? Celui de Thaïlande ou celui de Chine ? Il y a aussi un Chiangrung (transcription thaïe) en Chine (Jinghong pour les Chinois)

 

 

dont la capitale était Sipsongpanna – curieusement le nom de la princesse - Xishuangbanna pour les Chinois.

 

 

La population en est essentiellement Taï-lao. Au cours de la dynastie mongole des Yuan en Chine (1279-1368), le royaume Tai de Sipsongpanna était en relation étroite avec celui du Lanna dont la capitale avait été fondée par Mangrai en 1296, lui-même petit fils maternel d’un roi de Sipsongpanna. Les liens entre les deux royaumes, migrations et mariages mixtes étaient permanents. Ce n’est qu’une hypothèse de notre part mais qui nous permettrait de situer cet épisode au XIIIe ou XIVe siècle ?  Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Jinghong

 

 

6) Nous n’avons pu situer cette cité de Phukamkrithathap (พุกามกรีธาทัพ). Il n’en est pas de même de Wiang Sithuang (เวียงสี่ทวง). La ville se nomme aujourd’hui Ban Wiang Kaew (บ้านเวียงแก้ว) dans le district de Maesaï. Elle est connue pour être le lieu de naissance à une date indéterminée (XVe siècle probablement ?) d’un principicule de la région nommé Phrachao Phromaharat ou Phrachao Phromkuman (พระเจ้าพรหมมหาราช ou พระเจ้าพรหมกุมาร). Il est possible que le pays de Phukamkrithathap  ait été un « muang » de la Birmanie toute proche ; La grotte est à moins de trois kilomètres de la frontière et c’est de Birmanie que viennent les ethnies présentes dans ces montagnes. Voir : https://th.wikipedia.org/wiki/พระเจ้าพรหมมหาราช

 

 

(7) La construction du temple, avant sa réfection par le roi Mangrai, daterait du Xe siècle ce qui nous conduit à dater l’épisode mythique de cette époque.

 

(8) http://www.khaosodenglish.com/featured/2018/06/28/spirit-of-mythical-princess-looms-over-thai-cave-crisis/

Ces propos ont été repris dans le Chicago Tribune du 1er juillet et ensuite bien d’autres revues essentiellement américaines.

 

 

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