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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 22:31

 

 

Après s’être passionnée pour le sort des treize garçons piégés dans la grotte de Tham Luang, la presse internationale nous a appris que trois d’entre eux et leur entraîneur seraient des « apatrides ». Si les chiffres des apatrides sont totalement divergents selon les sources, allant de 400 000 à 1 voire à  3 millions, il importe avant tout de savoir ce que parler veut dire et d'apprendre ce qu’est un « apatride » .

 

 

  QU’EST-CE QU’UN APATRIDE ?

 

Les discussions sur la terminologie ne sont pas sans intérêt. Elles prouvent que les faits et les conceptions qui sont derrière les mots ont changé soit que de nouveaux faits apparaissent soit qu'une conception nouvelle se substitue à l'ancienne. En thaï, un apatride c’est khon rairat (คนไร้รัฐ), une personne sans État  ou Khon raisanchat (คนไร้สัญชาติ) une personne sans nationalité. Voilà qui a l’avantage de la clarté.

 

 

En français le mot est récent : création des juristes à la fin de la première guerre mondiale pour remplacer le terme de sans patrie dont la connotation était alors nettement négative, attachée en général par une partie de l’opinion au juif errant ou au franc-maçon cosmopolite, « vagabonds internationaux » ou « vaisseaux voguant en pleine mer sans pavillon » tout aussi péjoratif que celui de heimatlos chez les Allemands utilisé de façon surabondante par la presse nationaliste teutonne de l’époque.

 

 

On y voyait alors des individus qui s’étaient soustraits, volontairement au lien de nationalité et n'en avaient pas acquis une autre afin d'échapper aux obligations dues à l'État et imposées à tous les citoyens.

 

 

La fin de la première guerre mondiale changea complètement la donne. Les traités de démembrement de l’empire austro-hongrois, de l’empire ottoman, d’une partie de l’Allemagne, la création de l’URSS sur les ruines de l’empire russe jetèrent des centaines de milliers sinon des millions de « sans patrie » dans la nature pour des causes indépendantes de leur volonté, victimes de la guerre, des traités de paix, et des révolutions.

 

Rérfugiès arméniens (1919) :

 

 

Dès la fin de la guerre, lorsque les spécialistes du droit international s’intéressèrent à leur sort, ils repoussèrent le terme de « sans patrie » et proposèrent tout simplement l’ancien mot grec « apatrida » (α-πατρίδα : α privatif et πατρίδα = patrie). Le mot fit rapidement fortune, accueilli par la doctrine, la jurisprudence, la loi, les conventions internationales et la Société des Nations. C’est également l’étymologie que donne le Dictionnaire de l’Académie française dans sa version en ligne.

 

 

La notion d’ « apatridie » enfin est visée par la Convention de New York sur la réduction des cas d'apatridie  adoptée le 30 août 1961 et est entrée en vigueur le 13 décembre 1975. Bien qu’elle n’ait jamais été signée par le Thaïlande, pas plus que par 128 des 193 États appartenant aux Nations-unies et jamais ratifiée par la France soit dit en passant, nous pouvons tenir la définition qu’elle donne pour bonne :

 

Article premier -- Définition du terme « apatride » : Aux fins de la présente Convention, le terme « apatride » désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation.

 

 

Venons-en à nos rescapés de la grotte, qui sont-ils et d’où viennent-ils ?

 

 

LES APATRIDES EN THAÏLANDE

 

Là encore, il faut savoir ce que parler veut dire. Rappelons que par sa situation géographique, la Thaïlande s’est trouvé depuis des dizaines d’années devoir recueillir toute la misère de l’Asie-du-sud-est : fugitifs anticolonialistes laotiens, vietnamiens et cambodgiens avant la dernière guerre mondiale, rescapés des guerres coloniales françaises puis américaines qui avaient mal choisi leur camp ensuite et enfin ressortissants de pays dirigés par des fous furieux comme le fut le Cambodge et comme l’est probablement encore le Myanmar.

 

 

Nous avons longuement parlé des Môns fugitifs du Myanmar et réfugiés dans des camps tout au long de la frontière depuis le Triangle d’or jusqu’à Ranong à l’extrême sud du Myanmar  (1). Ils y retrouvent les Karens souvent chrétiens ou les membres de l’ethnie Wa, toutes ethnies martyrisées par les Birmans, non reconnues par les autorités de Rangoon et dépourvues de toute nationalité. Ils y côtoient aussi les Rohingya, minorité musulmane du Myanmar privée de sa nationalité. Tous apatrides au plein sens du terme, rejetés, persécutés, des dizaines de milliers d'entre eux ont dû fuir pour trouver refuge en partie en Thaïlande mais tous ne sont pas dans les camps de réfugiés.

 

 

 

LA SITUATION DES ENFANTS PRÉTENDUMENT APATRIDES

 

 

Le seul de ces gamins, nous en reparlerons, dont nous avons la certitude de l’ « apatridie », est le jeune Wa de 14 ans.

 

 

Couple Wa, manuscrit birman circa 1900 :

 

 

 

POUR LES AUTRES : ILS SONT DES THAÏS « SANS PAPIERS »

 

La question se pose pour trois d‘entre eux. Il aurait fallu évidemment que quelques journalistes sérieux s’interrogent sur leur origine. S’ils sont le fruit de réfugiés du Myanmar  dont les parents se sont installés en dehors des camps depuis plusieurs dizaines d’années, ils sont incontestablement apatrides mais il ne semble pas que ce soit le cas ?

 

 

LE CODE DE LA NATIONALITÉ

 

Le code de la nationalité en sa version de 2008 (กฎหมายสัญชาติไทย - Kotmai Sanchatthai) reprenant sur ce point celle de 1965 cumule le droit du sol (jus soli) et celui du sang (jus sanguinis) : L’article 7 paragraphe 2 est clair qui s’applique de toute évidence à ces jeunes gens : « acquiert la nationalité thaïe par naissance … une personne née dans le Royaume… » (2). Mais le bât blesse dans la mesure où cet article continue en ajoutant «  à l'exception de celles visées à l'article 7 bis alinéa premier » c’est-à-dire aux personnes ne pouvant pas établir leur nationalité thaïe ou justifier, si elles sont étrangères, qu’elles sont entrées régulièrement dans le pays.

 

 

Le  1er paragraphe de l’article 7 : « acquiert la nationalité thaïe une personne née d'un père ou d'une mère de nationalité thaïlandaise, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du Royaume de Thaïlande », montre à l'évidence  qu’il ne peut s’appliquer à eux faute de pouvoir produire la moindre justification sur l’état civil de leurs parents et moins encore de leurs grands-parents, fussent-ils eux-mêmes thaïs depuis des siècles de par le droit du sol.

 

 

N’oublions pas que l’état civil thaï a à peine 100 ans (3) et qu’il serait intéressant de savoir dans quelle mesure et au bout de combien d’années ou de dizaines d’années sa pratique s’est répandue dans ces zones reculées. Beaucoup de parents ne prenaient pas la peine et ne la prennent peut-être pas encore, d’aller effectuer la déclaration de naissance des gamins dans le délai de 15 jours requis et faute de ce faire, c’est la voie judiciaire qui reste ouverte mais elle est irrémédiablement fermée lorsque l’enfant a passé 15 ans (4).

 

 

Cette situation est singulière et résulte du fait que la plupart des ethnies notamment celles des montagnes n'ont pas été incluses dans le premier recensement national de 1956 qui a enregistré l'origine et la nationalité thaïlandaises et n’ont pas pris la peine de se faire recenser. En 1965, le gouvernement a adopté la première loi sur la nationalité qui garantit la citoyenneté aux seules personnes qui pourraient prouver qu'elles sont nées de citoyens thaïlandais ou d'étrangers en situation régulière.

 

 

Il y a évidemment diverses portes de sorties potentielles qui ne semblent pourtant pas avoir fait l’objet d’applications fréquentes à ce jour :

 

Le code de la nationalité prévoit à diverses reprises et dans diverses circonstances la possibilité d’apporter des preuves par les témoignages de personnes dignes de confiance ou crédibles. Ainsi pourrait-il en être de ce que nous appelons en français « la possession d’état » (5).

 

 

Il en est une autre qui pourrait résoudre également de façon au moins ponctuelle la situation de ces garçons puisque le code accorde au ministre compétent (article 7 bis in fine) un pouvoir discrétionnaire de passer outre aux contraintes de l’article 7, paragraphe 2.

 

 

Il en est enfin une dernière pourtant essentielle qui ne nous semble pas avoir attiré l’attention de la presse occidentale, la reconnaissance officielle pour la première fois dans l’histoire du pays de l’existence de 62 ethnies, confirmant l’article 27 de la constitution adoptée par voie référendaire le 7 août 2016 (6).

 

 

Ces trois garçons nous apparaissent donc comme de vrais Thaïs, ils se considèrent d'ailleurs comme tels, et ne sont donc pas « sans patrie » puisque leur patrie est la Thaïlande (7). La difficulté provient surtout qu’ils sont dans une situation administrative chancelante.  Thaïs mais « sans papiers », nous utilisons ce terme faute de mieux et sans lui donner la connotation qu’il a en France de nos jours. N’épiloguons pas sur le fait que certains documents onusiens (8) ne craignent pas de prétendre que l’on peut être « sans patrie dans sa patrie » et pour donner du poids à ces fariboles, parlent d’apatrides « in situ », un vocable qui ne veut rien dire, probablement pour impressionner le lecteur en piochant cette formule dans les pages roses d’un vieux Petit Larousse qui n’ont pourtant jamais fait d’un âne un cheval de course. Ils ne sont pas « sans patrie dans leur patrie », ils sont « sans papiers dans leur patrie ».

 

 

LA CARTE D’IDENTITÉ

 

Sans papiers c’est dire sans documents administratifs, la sacro-sainte carte d’identité bleue (batprachamtuaprachachom - บัตประจำตัวประชาชม ou en langage quotidien batprachachom บัตประชาชม). A l’inverse de la carte d’identité française, la possession en est obligatoire à partir de 7 ans. Elle doit impérativement être renouvelée à son expiration : 6 ans sauf erreur mais elle est délivrée ad vitam aeternam aux personnes âgées de plus de 70 ans, en cas de perte ou de changement de nom. Elle est délivrée non pas en mairie comme en France mais à l’amphoe. Cet éloignement relatif a peut-être ses raisons comme nous l’expliquons sans (ou avec) arrière-pensée dans notre note 4. Elle est un véritable sésame dont les Thaïs ne se séparent jamais, certification d’identité mais aussi certificat de nationalité. Il semblerait d’ailleurs qu’ils aient l’obligation de l’avoir toujours avec eux. Sa délivrance nécessite (en gros, nous vous épargnons les détails) la justification de l’état civil du requérant par la production de l’acte de naissance ou le témoignage de « personnes dignes de confiance ou crédibles  », nous y revenons ! C’est bien évidemment là que se trouve la difficulté pour nos gaillards.

 

 

Viennent ensuite les justifications d’adresse plus faciles à établir soit par la production du thabanbian bleu (สำเนา ทะเบียนบ้าน) c’est-à-dire un extrait du registre d’inscription de la maison pour les propriétaires fonciers

 

 

soit du thabanbian jaune pour ceux qui sont locataires ou occupants à un autre titre (époux de la propriétaire par exemple) soit surtout par la possibilité de faire certifier l’adresse par des « personnes dignes de confiance ou crédibles ».

 

 

Certaines personnes sont dispensées de cette obligation, mais il nous semble difficile d’en faire profiter ces jeunes gens (9).

 

L’absence de ce document procure un certain nombre de désagréments, certains d’importance et d’autres moins. Les enfants dépourvus de carte d’identité ou dont les parents en sont dépourvues sont néanmoins admis dans les écoles publiques et dans les hôpitaux d’état  Ces gamins sont d'ailleurs tous scolarisés. Elle interdit l’accès à la propriété immobilière, ce que nous savons bien comme étrangers que nous sommes. Elle interdit évidemment le droit de vote ce dont on peut penser que l’exercice n’est pas la préoccupation majeure des populations ethniques. Elle ne permet pas de passer les permis de conduire ce dont on peut également penser que ce n’est pas traumatisant outre mesure si l’on sait que probablement la moitié (ou plus ?) des Thaïs qui conduisent un véhicule à deux ou quatre roues en sont dépourvus.

 

 

Elle leur interdit de se marier civilement ? La belle affaire ? Les Thaïs, au moins bouddhistes, sont plus attachés au mariage religieux qu’en mariage civil. « Boire, manger, coucher ensemble, c’est mariage ce me semble » disait un dicton du très ancien droit français.

 

 

Ceci dit, n’ayons pas l’air de prendre les choses à la légère, l’absence de carte d’identité leur interdit d’ouvrir un compte en banque ce qui peut tout de même poser de sérieux problèmes au quotidien. Il ne leur est pas possible d’obtenir un crédit et d’acheter un véhicule. Elle ne leur permet de trouver de travail que dangereux, mal payés ou malsains sans parler des filles livrées à la prostitution. Admis dans les écoles primaires, les gamins ne peuvent poursuivre au-delà faute de statut et de moyens financiers. Elle leur interdit l’obtention d’un passeport donc entrave aux déplacements et, pire, leur fait courir le risque d’expulsion au cas de la moindre peccadille, serait-ce le grappillage d’une papaye.

 

 

La solution pour les « experts » autoproclamés de l’Onu consisterait au premier chef à la ratification par la Thaïlande de la convention onusienne de 1961. Si les 3 quarts des pays membres de l’ONU ne l’ont pas signée ni ratifiée, il en ont de bonnes raisons : Cette convention organise à charge des états signataires un transfert des responsabilités que l’ONU se doit d’assumer puisque ces situations d’« apatridie » sont le plus souvent la conséquence directe de sa totale impéritie comme c’est manifestement le cas pour les Rohingya persécutés depuis 1982 sous l’œil indifférent de la « communauté internationale », après la fuite des réfugiés vietnamiens à la chute de Saigon en 1975 et celle des réfugiés hmongs du Laos à la même époque toujours sous l’œil plus ou moins indifférent de la « communauté internationale ». Il fallut que ce soient les communistes vietnamiens et non des Casques bleus qui mirent fin au génocide perpétré par les Khmers rouges à partir de 1975 sans que la dite « communauté internationale » ne lève l’auriculaire.

 

 

Les mêmes « experts » préconisent une autre solution, il faut que la Thaïlande modifie son code de la nationalité. Nous entrons en plein délire. Le droit international admet depuis toujours que chaque pays a seul compétence pour déterminer les conditions d’octroi de sa nationalité, un privilège qui reste régalien. Il se trouve que la Thaïlande n’a pas vocation, avons-nous dit, à accueillir toute la misère de l’Asie-du-sud-est dont elle n’est en rien responsable. Qu’il y ait 450.000 ou 1.000.000 ou 3.500.000 de vrais ou apparents apatrides sur son sol ne change rien à la question. La nationalité thaïe s’acquiert, ou se mérite, à la triple condition de résider légalement dans le pays depuis 5 ans, d’en pratiquer la langue et de présenter toutes garanties d’honorabilité. Sans d’ailleurs parler des réfugiés véritables apatrides, il n’est évidemment pas question de conférer à ces écoliers par voie de naturalisation la nationalité thaïe qu’ils ont déjà. La délivrance de la carte d’identité au vu non pas des documents administratifs susvisés mais tout simplement des témoignages de « personnes dignes de confiance ou crédibles » certifiant qu’ils ont la possession d’état semble bien être la meilleure solution (5). Il ne semble pas qu’il y ait le moindre obstacle juridique ?

 

 

LE JEUNE BIRMAN, SEUL APATRIDE

 

C’est celui dont nous connaissons le mieux la situation personnelle (10). Adul Sam-on a 14 ans. Il est né dans l’état Wa, une région du nord-est du Myanmar marquée par une guérilla ethnique. Ses parents restés au Myanmar  Birmanie l’ont envoyé en Thaïlande pour qu’il puisse y recevoir une véritable éducation mais peuvent lui rendre visite sans difficultés. Chrétien, il fut accueilli par l’antenne locale des « Assemblées de Dieu » de courant pentecôtiste. Il vit en Thaïlande depuis 7 ou 8 ans, incontestablement apatride, sans certificat de naissance ni papiers d'identité ni évidemment de passeport.

 

 

C’est lui, seul de l’équipe à parler anglais, qui a accueilli les deux plongeurs britanniques partis à leur recherche.

 

 

Il ne semble pas qu’il y ait de difficultés à ce qu’il puisse obtenir la nationalité thaïe puisqu’il remplit la triple condition et bénéficiera, on le suppose, sans difficultés des témoignages de « personnes dignes de confiance ou crédibles ». La procédure est longue et une fois la décision ministérielle prise, il faut encore l’approbation royale après quoi l’impétrant doit jurer loyauté au royaume. La question se pose bien sûr de savoir s’il souhaite s’intégrer à son pays d’adoption ou s’il souhaite conserver des liens avec son pays natal où se trouve sa famille pour autant que la situation des minorités ethniques au Myanmar  Birmanie soit un jour résolue ? (11). Il a la possibilité qui a d’ailleurs été conseillée par le Général Prayut pour régler éventuellement et en tant que de besoin les situations administratives des garçons de demander la carte d’identité pour étranger (batprachamtuakhon suengmaimisanchatthai – บัตประจำตัวคนซึ่งไม่มีสัญชาติไทย – littéralement carte d’identité pour personne n’ayant pas la nationalité thaïe) (12).

 

 

Le problème de trois de ces garçons sans papiers est lié à leur appartenance à une ou plusieurs minorités ethniques des montagnes. La reconnaissance maintenant officielle des ethnies (5) incluant les ethnies des montagnes devrait résoudre fort utilement le sort de ces populations thaïes administrativement maltraitées. Les événements de la grotte vont – souhaitons le – accélérer le règlement d’un problème dont apparemment le gouvernement actuel était déjà bien conscient ?

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article H 9 - « LES MȎNS DE THAÏLANDE. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/h-9-les-m-ns-de-thailande.html

 

(2) L’application du droit du sol est si pesante que le code prend la peine de préciser en son article 8 qu’il ne doit toutefois pas être appliqué aux membres des missions diplomatiques ou consulaires, aux membres des organisations internationales, à leur famille et à leurs serviteur.

 

 

 

(3) Voir notre article 169. « RAMA VI CRÉE L’ÉTAT-CIVIL SIAMOIS ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/169-rama-vi-cree-l-etat-civil-siamois.html

Nous y avons cité quelques-unes des facéties des services d’état-civil de ces dernières années.

 

(4) Rappelons qu’en France, une déclaration doit être effectuée en mairie dans les 5 jours de la naissance et que faute de ce faire, pour procurer un état civil à l’enfant, il ne reste que la voie judiciaire. La Thaïlande a prévu une procédure similaire mais tout le monde n’a pas les moyens ou les compétences de saisir un tribunal. Mais à l’inverse de la France où la déclaration est facilitée par le fait qu’elle doit être effectuée dans l’une des 35 ou 36.000 mairies du pays, la déclaration est ici effectuée à l’amphoe (อำเภอ – district) dont l’accès peut ne pas être toujours facile. Pourquoi cet éloignement, il y a environ 800 districts (amphoe) dans le pays, environ 7.500 sous-districts (ตำบล) et encore environ 75 ou 80.000 villages tous munis de chef de village susceptibles d’accomplir les formalités ? Le district de Maesai (แม่สาย) dont dépendent ces enfants comprend 12 sous-districts et 87 villages pour une population d’environ 120.000 habitants. Il est permis de penser sans faire de mauvais esprit que l’attribution de ces compétences à une autorité plus éloignée que celle du chef de village permet d’éviter trop d’amicales ou familiales complaisances ?

Voir notre article 4 : « ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE LA THAÏLANDE ET DE L'ISAN » :

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-4-organisation-administrative-de-la-thailande-71449804.html

 

(5) La possession d'état désigne l'apparence d'avoir un état donné, d'être considéré par les autres (administration, parents, entourage) comme ayant cet état, par exemple de se considérer comme français ou comme étant l'enfant d'une personne. Cette apparence peut constituer une preuve. Elle joue en droit français un rôle fondamental en matière de filiation et de nationalité.

 

(6) Voir notre article INSOLITE 25 – « LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017 ».

L’article 27 de la constitution stipule

« Toutes les personnes sont égales devant la loi et bénéficient de sa part de la même protection. Les hommes et les femmes doivent jouir des mêmes droits. Toute discrimination à l'égard d'une personne fondée sur une différence d'origine, de race, de langue, de sexe, d'âge, de handicap, d'état physique ou de santé, de statut personnel, de situation économique ou sociale, de croyance religieuse, d'éducation ou de vision politique ou de tout autre motif est interdit. Les mesures prises par l'État en vue d'éliminer un obstacle ou de promouvoir la capacité d'une personne à exercer ses droits ou ses libertés en tant qu'individu, ou dans le but de protéger ou de faciliter les enfants, femmes, personnes âgées, personnes handicapées, ou les personnes défavorisées ne doivent pas être considérées comme une discrimination injuste au sens du paragraphe trois. Les membres des forces armées et de la police, les fonctionnaires, les autres agents de l'État et employés des organisations d'État jouissent des mêmes droits et libertés que les autres personnes, à moins que la loi ne l'interdise spécifiquement pour des raisons d'efficacité, de discipline ou d'éthique ».

 

(7) Faute de preuve contraire, à moins évidemment que de sérieuses investigations journalistiques ne démontrent qu’ils sont le fruit d’immigrants clandestins, probablement  venus du Myanmar ?

 

(8) Une organisation que le Général De Gaulle qui avait souvent le sens de la formule appelait non sans de multiples raisons « le machin ». Nous ne ferons pas à ces stupidités l’honneur de les citer.

 

 

(9) Qui est exempté ? 

SAR la Princesse Maha Chakri Sirindhorn et tous les membres de la famille royale du trône ce que l’on comprend assez aisément.

Les moines, les novices et les prêtres. Cette disposition semble ne concerner que le clergé bouddhiste mais c’est à vérifier ?

Plus singulière, une exemption concerne les personnes handicapées dans l’impossibilité de marcher, les muets, les aveugles des deux yeux et les malades mentaux.

Une autre vise les personnes en détention légale et enfin ceux qui, étudiant à l’étranger, n’ont pas la possibilité matérielle d’en solliciter le renouvellement.

 

(10) Voir le site de son église :

https://www.infochretienne.com/grotte-thailandaise-lhistoire-bouleversante-du-seul-enfant-anglophone-et-chretien-qui-a-joue-un-role-crucial-pour-les-secours/

 

 

(11) Contrairement d’ailleurs à ce que nous pouvons parfois entendre (propos de comptoir !) le code de la nationalité ne prohibe nullement la double nationalité.

 

 

(12) Appelée volontiers carte rose (Bat Sichomphu – บัตรสีชมพู) puisqu’elle a la couleur d’un rose bonbon déjà sucé, elle est délivrée aux mêmes conditions (état civil, domicile, visa) que la carte bleue à l’amphoe. C’est semble-t-il dans la direction de son attribution systématique aux réfugiés vrais apatrides que semble se diriger l’actuel gouvernement pour éradiquer la question de l’apatridie. Peu utilisée par les Farangs, elle présente l’avantage de nous dispenser de porter sur nous le trop précieux passeport et quelques petits avantages annexes comme l’application des tarifs réservés aux Thaïs dans les musées ou les parcs nationaux.

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commentaires

j 29/07/2018 04:10

Merci pour tous les articles et celui-ci particulièrement intéressant.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 31/07/2018 03:48

Merci de votre commentaire et de votre fidélité !