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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 01:16

 

LES DÉBUTS  ET UNE CONTROVERSE SUR  LEUR  DATE

 

L’orientaliste Gérald Duverdier dans une très complète étude sur l’histoire de l’imprimerie au Siam situe son apparition peu après 1830 (1). Il s’appuie sur des témoins dignes de foi, Monseigneur Pallegoix tout d’abord (2),

 

 

John Bowring ensuite (3)

 

 

et Léon de Rosny enfin (4).

 

 

Avant cette date, la reproduction des écrits aurait donc été faite par des copistes sur manuscrits ?

 

Mais cette version est formellement contredite par un article beaucoup plus ancien de P. Petithuguenin (5). Selon lui « La Mission Catholique établie à Ayuthia en 1662 parait avoir imprimé en caractères romains un certain nombre d'ouvrages religieux en langue siamoise, une grammaire et un dictionnaire. Ces œuvres étaient dues à Mgr. Louis Laneau, évêque de Metellopolis. Apres la destruction d'Ayuthia Ia Mission se réorganisa à Bangkok et imprima, en 1794, toujours en caractères romains, un catéchisme et d'autres ouvrages actuellement perdus ». Et il continue : « En 1830 l'imprimerie de la Mission était en pleine activité mais ce ne fut qu'en 1850 qu'elle publia pour la première fois un livre contenant des caractères siamois ».

 

 

Monseigneur Louis Laneau, vicaire apostolique du Siam et Evêque « in partibus » de Métellopolis en 1669

 

Monseigneur Laneau pour sa part jouissait sinon de l’amitié du moins de la confiance du Roi Naraï. Adrien Launay, l’historien des Missions étrangères, nous dit « … Cette petite course apostolique si heureusement consommée augmenta si fort le zèle de M. Laneau pour tous les Siamois, qu'il se pressa d'achever l’étude des langues de Siam et baly (Pali), dont la dernière est absolument nécessaire pour acquérir la connaissance parfaite de la religion du pays et c'est pour cette raison qu'il fit une grammaire et un dictionnaire de l'une et de l'autre langue. Il tourna aussi en Siamois les prières et la doctrine chrétienne et composa en même langue un petit écrit divisé en quatre parties, dont la première traite de l'existence de Dieu; la seconde, des mystères de la Trinité et de l'Incarnation la troisième, des marques de la vraie religion et la quatrième les erreurs de la religion du pays »…. « Le plus grand service que M. l'évêque de Métellopolis ait rendu à ces missions, et principalement à celle de Siam, sont les livres qu'il a composés. Ce prélat paraissait né pour l'étude c'était peut-être un des plus savants … Le feu roi de Siam prenait beaucoup de plaisir à lire ces livres qui commençaient à se répandre entre les mains des Siamois » (6).

 

 

 

Comment ces ouvrages se répandirent-ils ? Sous forme imprimée ou sous forme de multiples copies ? Nous avons une certitude en tous cas, c’est qu’ils n’utilisent pas les caractères thaïs mais une transcription utilisant des caractères romains.

 

 

Pour Gérald Duverdier « Ces livres existent en effet, mais manuscrits, et nous avons déjà vu … que l'on prenait trop souvent le mot « publier » dans le sens d'imprimer et que l'on confondait l'impression avec la rédaction d'un livre….Pour les livres siamois de Mgr Laneau au contraire, rien n'indique qu'ils aient jamais été imprimés » (7).

                  

Pour lui, il s’agit d’une légende qui aurait pu naître de la visite de l'Imprimerie Royale en décembre 1686 par les ambassadeurs du Siam et dont le « Mercure galant » en fit une relation qui montrait les Siamois fort enthousiastes (8).

 

 

Est-il possible que, utilisant les services de ses chrétiens portugais, Monseigneur Laneau ait fait construire à Ayutthaya une petite presse et leur ait fait tailler des fontes en bois ou en terre cuite ? La presse attribuée à Gutenberg n’est pas d’une grande complexité et sa confection est à la portée du premier menuisier venu ? Elle n’a rien à voir avec la complexité du matériel utilisé par l’Imprimerie royale alors à la pointe du progrès ? Pourquoi pas ?

 

 

C’est toutefois une possibilité antérieure à la révolution de 1688 qu’exclut Gérald Duverdier tout autant que la possibilité de l’installation d’une imprimerie sous le règne de Naraï. Monseigneur Laneau est toutefois cité sur plusieurs sites Internet thaïs comme étant l'un des missionnaires catholiques français à avoir créé en 1662 la première imprimerie au Siam pour diffuser les enseignements chrétiens, un catéchisme, des prières chrétiennes, un traité religieux, les évangiles rédigées en siamois, éditer une grammaire du thaï et du pali et un dictionnaire thaï et pali le tout, la traduction des lettres envoyées au roi de Siam par Louis XIV et par Clément IX ...

 

 

avec des caractères romains, mais tous ces ouvrages ont disparu (9). Les ouvrages catholiques antérieurs à l'invasion birmane de 1766, qui dispersa la communauté chrétienne de Siam, sont assez rarissimes car, lorsque les missionnaires purent reprendre leurs prédications, ils ne retrouvèrent plus les livres sacrés et il leur fallut les rédiger à nouveau. A cette époque d’ailleurs, il se serait perdu un grand nombre d'ouvrages profanes dont on n'a plus retrouvé d'exemplaires.

 

On peut aussi et enfin penser que Monseigneur Pallegoix, arrivé au Siam en 1830 aurait signalé - s’il en avait eu connaissance- l’existence d’une imprimerie même sommaire à Ayutthaya un siècle et demi auparavant ?

 

 

Le titre d'évêque de Métellopolis a été porté par trois vicaires apostoliques du Siam : Mgr Lanneau mort en 1696 dont nous venons de parler, Mgr Lebon mort en 1780 dont nous ne trouvons trace dans l’histoire de l’imprimerie catholique et enfin Mgr Garnault.

 

Monseigneur Arnaud-Antoine Garnault,  vicaire apostolique du Siam et Evêque « in partibus » de Métellopolis en 1785

 

 

Gérald Duverdier signale une possible confusion entre un autre évêque de Métellopolis, Monseigneur Arnaud-Antoine Garnault, nommé en 1785 (10) qui aurait créé une imprimerie à Bangkok en 1772 et qui fut victime de la catastrophe de 1787. Pour lui, la prononciation siamoise des noms Garnault et Laneau aurait créé cette confusion ? L’explication nous semble toutefois totalement fuligineuse. Monseigneur Garnault fit imprimer des ouvrages religieux en siamois à l’attention des fidèles siamois mais transcrits en caractères romains depuis Pondichéry et ensuite depuis l’île de Penang aux mains des Anglais où il était réfugié pour échapper aux persécutions siamoises. Dans diverses correspondances adressées à ses supérieurs, il réclame l’envoi de caractères d’imprimerie qui ne lui furent envoyés que tardivement compte tenu des troubles révolutionnaires en France (11). Néanmoins Monseigneur Pallegoix ignore l’existence de son imprimerie alors qu’elle était bien réelle.

 

 

LE PREMIER OUVRAGE IMPRIMÉ AU SIAM : 1796 ( ?)

 

L’imprimerie de Monseigneur Garnault fut installée dès qu’il revint au Siam (1795 ou 96) dans l'église de Sainte-Croix (« nai wat sancta Cruz, Bangkok »), la paroisse portugaise de la ville ainsi qu’il apparait de la reproduction de la page de garde d’un ouvrage religieux daté de 1796 « ère de la rédemption du monde »,( l’année où il put se réinstaller à Bangkok), intitulé « Kham son Christiang », transcription de คำสอน คริสเตียน (Khamson Khrittian) ce qui signifie « enseignement chrétien ». Gérald Duverdier le qualifie de « première impression de Bangkok »… sinon la première, la première retrouvée et connue en tous cas.

 

 

Il est imprimé en caractères romains. La vignette de la page de garde porte le portrait du jésuite italien saint Louis de Gonzague, ce qui semble montrer que les fontes proviennent d’une imprimerie de jésuites, probablement de Goa, Macao ou Manille, où les jésuites étaient fortement installés.

 

 

C’est tout simplement un catéchisme dont Monseigneur Garnault est  le rédacteur selon le site des Missions étrangères. La piètre qualité de l’impression nous laisse à penser qu’il s’agit de gravures sur bois ou sur terre cuite ce qui suppose un matériel rudimentaire. Dans l’une des correspondances adressées à ses supérieurs (11), il se plaint en effet de l’usure rapide des fontes, ce qui établit qu’elles n’étaient certainement pas en métal. Comme le signale Gérald Duverdier, seul Adrien Launay, l'historiographe des Missions étrangères mentionne cette impression (12). Il en existe plusieurs reproductions sur Internet ce qui laisse à penser qu’il connut une certaine diffusion.

 

 

Les missionnaires protestants

 

Ce n’est qu’en 1828 que nous verrons apparaître un ouvrage imprimé avec des fontes thaïes en provenance de Serampore (au Bengale) et imprimé à Calcutta (au Bengale aussi) celui du Capitaine James Low (13). Les fontes thaïes proviendraient d’un premier catéchisme imprimé aux Indes en 1819 ? Selon Gérald Duverdier, Low, capitaine de l’armée des Indes à Madras ...

 

 

avait composé sa grammaire en 1822, l'année où le gouverneur des Indes avait envoyé à Bangkok John Crawford pour obtenir l'ouverture du Siam au commerce anglo-indien. L'échec de la mission Crawford explique peut-être que l’impression de cet ouvrage fut tenue en sommeil. James Low en déposa le manuscrit à l'Asiatic Society de Calcutta dont il était membre. C’est en raison du succès de la mission Burney en 1826 que l’ouvrage fut ensuite publié deux ans plus tard sous l’égide de la Baptist Mission Press de Calcutta.

 

 

Bien que truffée d’erreurs grammaticales et de fautes d’impression – Low en mission en Malaisie ne put superviser les épreuves définitives et donner le  « bon à tirer » - et bien que comportant des fontes dont la qualité esthétique n’est pas la qualité majeure, sa grammaire a le mérite d’exister.

 

 

Du Bengale, l’imprimerie passera ensuite à Singapour sous l’égide de la London Missionary Society (L.M.S.) et après quelques péripéties judiciaires dont nous vous faisons grâce, à une « Singapore Institution ». Nous connaissons, imprimé à Singapour en 1835, un petit fascicule intitulé Khamson phrasasana (คำสอนพระสาศะหนา - enseignement de Dieu). C’est un petit livret contenant un résumé de l'Évangile de Saint Matthieu. Il est probablement l’un des premiers à utiliser la typographie thaïlandaise pour l'impression de textes en langue thaïe ? Peut-être est-il de Low ?

 

 

Nous avions déjà vu arriver à Bangkok en 1813 les missionnaires baptistes de l' « American Board of Commissioners for Foreign Missions »  (A.B.C.F.M.) (อเมริกั คู่สังกัดคณะ - Amerikan khusangkatkhana) qui se lancèrent dans l’imprimerie à Bangkok cette fois dès 1833 avec de gros moyens matériels, les presses et les fontes venues des États-Unis. En 1842 John Taylor Jones, missionnaire baptiste,

 

... publie « Briefs grammatical notices of the siamese language ».

 

 

L’ouvrage oublie singulièrement 8 des 44 consonnes de l’alphabet et la qualité des fontes n’est pas encore au rendez-vous.

 

Il publie l’année suivante une traduction du Nouveau testament en thaï réédité en 1850. Il semble d’ailleurs avoir reçu l’aide de Monseigneur Pallegoix partant d’une version des évangiles en grec :

คือคำภีร มงคลโอวาดอันสำแดง คำสาญใหม่ ซึ่ง พระเยซูคริศเจ้า ให้ประกาษ ไว้แก่มนุษ ท้างปวง -

khuekhamphira mongkhonowatansamdaengkhamsanmaisueng phrayesukhritchao  haiprakatwaikaemanutthangpuang.

 

 

En 1835 était arrivé de Singapour l’infatigable et très érudit Daniel Beach Bradley qui aura rapidement la responsabilité de l’imprimerie de Bangkok (14).

 

 

Monseigneur Pallegoix.

 

Du côté catholique, l’arrivée de Monseigneur Pallegoix en 1830 va relancer l’imprimerie de Bangkok qui, créée en 1836, tournera à plein à partir de 1838. Nous connaissons de son imprimerie un petit ouvrage en thaï romanisé intitulé

« akson europa cheek tam phasa thai samrab dek phu'ng hat rien nangsu  » daté de 1838 : อักษรยุโรปแจกตามภาษาไทยสำหรับเด็กพึ่งหัดเรียนหนังสือ « Caractères européens tirés de prières, destinés aux enfants qui commencent juste à apprendre à lire et à écrire ». Il n’est d’ailleurs pas exclusivement religieux : destiné aux prêtres catholiques qui enseignent le catéchisme aux Siamois, il contient une introduction  des notions de base sur la langue un chapitre destiné à enseigner à un prêtre catholique thaïlandais ce qu’il doit faire pendant la messe. Notons qu’un exemplaire de cet ouvrage a été mis en vente il y a peu de temps sur le site d’une maison de négoce de livres anciens pour une somme de 20 euros ce qui laisse à penser qu’il a connu une grande diffusion ?

 

 

 

L’imprimerie de l’Assomption utilisera des caractères siamois à partir de 1850 dont il est probable qu’ils lui ont été fournis par la mission baptiste ? Il faut mettre à l’actif du prélat, ce que nul ne semble avoir fait à ce jour, une innovation majeure dans les fontes thaïes. Nous connaissons son œuvre grammaticale toujours de référence dont la qualité sur le fond dépasse largement celle de la grammaire de Low et celle de Taylor-Jones (15). Elle fut imprimée à Bangkok à l’imprimerie du collège de l’Assomption.

 

 

Nous avions constaté que les fontes utilisées notamment dans son grand Dictionarium linguœ thaï, étaient d’une qualité bien supérieure à celles, baveuses, épaisses et sans élégance, qu’avaient utilisées ses deux prédécesseurs. Il est probable que Monseigneur Pallegoix a mis, pour sa rédaction, à contribution le futur roi Rama IV (16).

 

En 1854, fort du soutien de Napoléon III, il fit éditer par l’Imprimerie impériale aujourd’hui nationale son dictionnaire, un vrai dictionnaire, fruit de plus de 20 ans d’un travail de bénédictin, le premier vrai dictionnaire multilingue. Pour des raisons propres aux besoins de sa mission, le livre est rédigé en trois langues européennes et se présente donc ainsi : écriture thaïe – thaï phonétique (prononciation) – latin – français – anglais. Il revint en France pour l’y faire imprimer. Sur ordre de l’Empereur, l’Imprimerie impériale fit graver par Bertrand Lœuillet un corps complet de types siamois sur 18 points typographiques, avec lettres crénées fondues suivant un procédé conforme à celui dont on fit usage pour les caractères grecs dits du Roi (17). Une frappe de matrices de ce caractère avait été demandée à l'Imprimerie impériale pour le service du roi. N’entrons pas dans des détails qui relèvent de la typographie qui n’est pas de notre compétence. Si ces difficultés sont aujourd’hui réglées avec nos systèmes de traitement de texte, il n’en fut pas toujours ainsi : problème d’accentuation ou de signes diacritiques sur les majuscules. C’était le cas avec les lettres grecques comportant des accents et des « esprits » (signe diacritiques). Le problème se compliquait avec le thaï, même s’il ne connait pas la majuscule, lorsque la consonne peut être surmontée vers le haut de deux signes (voyelle et diacritique) ou d’un signe vers le bas (voyelle) et d’un signe diacritique vers le haut. Le choix de la taille du 18 points rend la lecture plus lisible pour celui qui est habitué aux caractères romains. Le crénage  est l'ajustement de l'espacement entre les lettres d'une police de caractères à chasse variable (la largeur du dessin) ou l’espacement entre la lettre et les diacritiques. Dans une fonte de caractère créée dans les règles de l'art, le crénage est fait manuellement par le fondeur pour toutes les paires de caractères une à une. La police des « Grecs du roy » de Claude Garamont figure toujours dans votre traitement de texte sous le nom de Garamond (18). Beaucoup plus fine que celle que nous utilisons, elle a un avantage inappréciable en imprimerie, c’est tout simplement d’économiser l’encre : voir les pâtés des caractères de Low et de Jones (19). Ce ne sont peut-être guère que de vulgaires détails techniques mais d’une importance essentielle pour la facilité de la lecture et l’esthétique.

 

La réédition de cet ouvrage supervisée par Monseigneur Vey se fera à l’imprimerie de la mission en 1896 ...

 

 

avec les mêmes caractères. L’imprimerie thaïe doit à Monseigneur Pallegoix et à l’Imprimerie impériale parmi les plus belles de ses fontes à cette époque. Il est fort probable que l’imprimerie officielle siamoise dont nous allons parler utilisa les fontes de Monseigneur Pallegoix provenant de l’Imprimerie impériale.

 

 

Le passage de l'imprimerie missionnaire à l'imprimerie administrative,  commerciale, scolaire et toujours religieuse.

 

Ainsi, les premiers livres imprimés en thaï furent essentiellement la traduction de textes chrétiens par les missionnaires étrangers, catholiques ou protestants. Nous connaissons toutefois sortant de ce cadre religieux le Nirat muang London (นิราษเมืองลอนดอน) publié en 1881 par les presses de Bradley, un petit ouvrage de 95 pages décrivant les beautés de Londres par Mom Rajoday, qui était l'interprète en chef de l'ambassade du Siam à Londres en 1857-1858.

 

 

Bradley est également à l’origine du premier journal thaï publié en 1844 et 1845 puis suspendu pendant 20 ans et réédité à partir de 1865, à la fois en édition thaïe (หนังสือจดหมายเหตุ) et anglaise sous le nom de Bangkok recorder dans lequel celui qui n’était pas encore le roi Mongkut ne dédaignait pas d’écrire.

 

 

Bradley publie aussi à partir de 1847 le « Bangkok Calendar » en anglais. C’est une espèce d’almanach contenant des renseignements pratiques à la seule intention des anglophones et dont tout message religieux est absent.

 

 

Mais cette nouvelle technique intéressa très vite la Cour qui en fit usage en 1839 pour publier une proclamation royale interdisant le fumage et le commerce de l'opium sous le règne de Rama III (Nang Klao) qui le fit tirer sur les presses de   l’A.B.C.F. en 9.000 exemplaires.

 

En 1858, le roi Mongkut (Rama IV) présida à la création d’une imprimerie officielle en particulier pour imprimer à partir de 1858 la Gazette Royale (ราชกิจจานุเบกษา - ratchakitchanubeksa), ainsi que les documents administratifs, les lois et décrets tirés en général à 2.000 exemplaires mais aussi des rapports de voyage, des discours, et des descriptions des provinces de Thaïlande et des pays étrangers.

 

 

Nous en avons un exemple avec une édition posthume en 1923 de l’ouvrage du roi Chulalongkorn sur la tribu des Négritos บทละคอนเรื่องเงาะป่า  (Botlakhon ruang Ngo Pa).

 

 

L’imprimerie utilisa immédiatement des fontes métalliques mais dut importer du papier d’Europe le papier khoi local (Samut Khoi  - สมุดข่อย), tiré de l’écorce de l’arbre Streblus asper Lour utilisé pour les manuscrits se prêtant mal à l’impression.

 

 

ET LES  CHINOIS ?

 

 

 

Si l’imprimerie est apparue tardivement au Siam, XVIIe ou XVIIIe siècle, l(absence des Chinois en ce domaine est singulière : Ils sont présents dans le pays depuis des centaines d’années, à Ayutthaya dès le XIIIe siècle, ils sont maîtres de son économie et connaissaient depuis le début de notre ère la xylographie (20). Au XIe siècle environ ils auraient inventé la véritable imprimerie en pratiquant la typographie avec des caractères mobiles en bois, en terre cuite ou en porcelaine, beaucoup plus tard en métal.

 

 

On peut se demander, mais la question restera sans réponse, s’il n’existait pas au sein de la communauté chinoise des documents imprimés qui n’ont pas débordé en dehors de leur cercle ? Étonnons-nous toutefois que la question n’ait pas – sauf erreur – été étudiée à ce jour. Si l’on en croit Monseigneur Pallegoix, il y avait au Siam à son époque 1.500.000 Chinois sur une population de 6, le quart et à Bangkok 200.000 sur une population de 400.000, la moitié. Tous ne sont pas des coolies illettrés.

 

S’il y eut des imprimés chinois, peut-on expliquer qu’il n’en reste trace ? Gérald Duverdier fait fi d’un phénomène naturel qui explique la possible disparition d’imprimés datant de plus d’un siècle, ce sont tout simplement les effets du climat tropical, son soleil et son humidité, des termites, des fourmis, des souris et des insectes.
 

 

Nous en avons deux bons exemples :

 

- Gérald Duverdier cite d’abondance le « Bangkok Calendar » mais le plus souvent au vu de références à d’autres ouvrages qui le citent, notamment le « Siam repository » dont beaucoup d’exemplaires ont été numérisés dans les Universités américaines.

 

 

Comme beaucoup de ces premières impressions, les exemplaires ont disparu des bibliothèques siamoises : Il nous indique que le British Museum détient les seules années 1859, 1860, 1861, 1863, 1864, 1866 et 1869 alors que l’ouvrage fut imprimé à partir de 1839. Deux exemplaires seulement (1862 et 1865) sont numérisés sur un site californien.

 

 

- Il ne semblait pas qu’il y ait existé jusqu’en 1985 dans les bibliothèques siamoises privées ou publiques une collections complète du Bangkok recorder  si ce n’est les seize numéros publiés entre juillet 1844 et octobre 1845 à la bibliothèque nationale de Bangkok : effets du climat tropical, des termites, des souris et des insectes. Quant à la nouvelle édition du Bangkok Recorder à partir de janvier 1865,  elle était absente de la bibliothèque nationale pour l’édition en anglais et deux volumes seulement pour l’édition en thaï (21).  Cette année-là pourtant les descendants de M. Hamilton King, ancien ambassadeur des États-Unis de 1898 à 1912 (22) ont transmis à la Bibliothèque nationale un ensemble relié de 14 volumes du Bangkok recorder (23), un ensemble presque complet de 160 numéros puisqu’il n’en manque que deux, dont la plupart seraient comme neuf et contenant les années disparues. Pendant 140 ans ce trésor historique, la collection complète du premier journal imprimé au Siam (24) était considéré comme au moins partiellement perdu. Sera-t-il-numérisé un jour ?

 

 

S’il y eut des impressions chinoises à cette époque à l’intention de la seule colonie chinoise, elles ne devaient guère sortir de la colonie chinoise et ont parfaitement pu disparaitre du circuit pour des raisons identiques comme vraisemblablement de nombreux ouvrages imprimés depuis les débuts de l’imprimerie et plus encore les anciens manuscrits sur feuilles de latanier qui dorment dans les secrétaires des temples.

 

 

L'imprimerie est désormais depuis le règne de Rama IV en quelque sorte dans le domaine public. Notre propos s’arrête donc là.

 

 

NOTES

 

(1) Gérald Duverdier « La transmission de l'imprimerie en Thaïlande : du catéchisme de 1796 aux impressions bouddhiques sur feuilles de latanier » In  Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 68, 1980. pp. 209-260;

 

(2) Mgr Pallegoix : Description du royaume thaï ou Siam (1854, volume 2, page 304) : « Jusqu'en 1835 l'imprimerie était inconnue à Siam. Il n'existait alors qu'un très-petit nombre de livres de religion, composés par les anciens missionnaires, que les élèves du collège transcrivaient avec beaucoup de peine et perte de temps. D'ailleurs, le style de ces livres était suranné, incorrect et dépourvu d'élégance. Après avoir acquis une connaissance exacte de la langue, nous avons corrigé les livres qui existaient, et nous en avons composé d'autres »

 

(3) John Bowring : « The Kingdom and people of Siam » (1857, volume 1, p. 279): « Siamese types for printing were first prepared by the Protestants missionaries in 1835 » (Les fontes siamoises furent pour la première fois préparées par les missionnaires protestants en 1835)

 

(4) Léon de Rosny « Notice sur l’écriture thaïe ou siamoise » in Archives paléographiques de l’Orient et de l’Amérique » (tome I de 1869 pp 61-77) est plus prolixe : « L’imprimerie est très récente dans le royaume de Siam. Parmi les ouvrages publiés par les Européens dans ce pays, le plus ancien qui soit parvenu jusqu’à moi porte la date de 1839. Avant l’arrivée des Européens, les Siamois ne possédaient que des manuscrits dans leurs bibliothèques, et les bons calligraphes étaient en grand honneur parmi eux. De nos jours encore, les  manuscrits sont de beaucoup préférés aux imprimés, et les artistes indigènes se plaisent à les orner de  toutes sortes de peintures. Ces manuscrits sont pour  la plupart pliés en paravents et écrits à l’encre noire sur carte blanche ou à l’encre jaune ou blanche sur carte noire. Il existe également des manuscrits siamois gravés au stylet sur feuilles d'olles » (latanier).

 

 

Nous pouvons ajouter à ces citations – la liste n’est pas limitative -  Bruzen La Martinière qui écrit en 1735 «  L'Histoire Siamoise est pleine de fables. Les Livres en sont rares, parce que les Siamois n'ont point l’usage de l'Imprimerie » (« Introduction à l’histoire de l’Asie, de l'Afrique et de l'Amérique » - tome I, p. 241) ou encore François Turpin qui écrit en 1771 « Ce peuple n'a jamais connu l'art de l'Imprimerie, qui seul peut consacrer les vertus  et les faiblesses de ceux qui président aux destinées publiques » (Histoire civile et naturelle du royaume de Siam – tome 2, p.4)

 

(5) P. Petithuguenin : « L'Imprimerie au Siam »  In  The Journal of the Siam society, vol. 8, 1911, pp. I-IV.

 

(6) « Monseigneur Louis Lanneau fut nommé en 1673 évêque de Métellopolis, et vicaire apostolique de Nankin et du Siam, il fut sacré à Juthia le 25 mars 1674, et alla ensuite s'installer à Bangkok. Il obtint du roi un terrain sur lequel il construisit une église dédiée à l'Immaculée-Conception … » nous dit sa biographie sur le site des Missions étrangères de Paris : https://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/laneau

(7) Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – documents historiques », tome I,  Paris, 1929, pp. 22 et 334. Le même ouvrage sous le titre « Ouvrages de doctrine ou de controverse » (pp. 92-93) nous donne une liste datée de 1687 des ouvrages dont il fut l’auteur, œuvres d’apologétique, certains en langue siamoise, les autres en latin.

 

(8) « Mercure galant », janvier 1687, 2e partie, pp. 261-268

 

 

(cité également par Petithuguenin et Gérald Duverdier : « On les a aussi menés à l'Imprimerie du Roy, dont Mr Mabre Cramoisy est Directeur. II y avait fait mettre plus purs brasiers, afin qu'il s'y répandit par tout un air chaud. Il les conduisit d'abord au lieu où sont les casses des Composteurs, pour leur faire voir comment on assemble les caractères. Ils furent surpris de la vitesse avec laquelle les ouvriers levaient les lettres, et particulièrement les petites·; car l'Ambassadeur fit de lui-même la différence des gros et des petits caractères qu'il confronta les uns contre les autres. Il demanda à Mr. Cramoisy de quel métal ces lettres étaient si on les faisait en France. ….Ils s'attachèrent ensuite à examiner le travail de chaque presse, et l’ambassadeur fit plusieurs questions à Mr Cramoisy …

 

 

(9) Par exemple (en thaï) https://www.smile-siam.com/history-printing-of-thailand/ sous le titre ประวัติการพิมพ์ของไทย จักต้องรู้ไว้นะออเจ้า (Prawattikanphimkhongthai  Chaktongruwainaochao – Histoire de l’imprimerie thaïe – ce que vous devez savoir). Voir également « notice des manuscrits siamois de la bibliothèque nationale » par le Marquis de Croizier, à Paris, 1883.

 

(10) Voir sa biographie sur le site des Missions étrangères :

https://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/garnault

 

(11) 13 mars 1787 – 7 janvier 1788  - 12 mars 1789. Il accuse réception des fontes seulement le  3 juillet 1798 depuis Bangkok. Ces correspondances sont reproduites par Adrien Launay « Histoire de la mission de Siam – documents historiques », tome II,  Paris, 1929, pp. 338-339.

 

(12) Adrien Launay « Mémorial de la Société des missions étrangères ». Paris, 1916, vol. 2, p. 266.

 

(13) James Low « A Grammar of the Thai or Siamese language », publiée par la Baptist Mission Press de Calcutta, 1828.

 

(14) Possédant parfaitement la langue thaïe, il est l’auteur d’un « Dictionary of the siamese language » le premier dictionnaire thaï-thaï publié l’année de sa mort en 1873. Commencé en 1838 et achevé en 1855, ce dictionnaire est justement célèbre pour être le premier dictionnaire thaï monolingue. C’est la seule qualité qui lui reste. Il est totalement inutilisable pour une raison essentielle c’est qu’il ne respecte pas l’ordre alphabétique utilisé par Monseigneur Pallegoix et qui était pourtant d’ores et déjà standardisé. Ne parlons pas d’une typographie désolante.

 

 

(15) Voir notre article A.58 « Les premières grammaires de la langue thaïe. (2e Partie) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-58-les-premieres-grammaires-de-la-langue-thaie-2eme-partie-100841578.html

 

(16) N’oublions pas que ce monarque, monté sur le trône en 1851, cédât à la mort de son père le trône à son plus jeune frère et passa dix-sept ans dans un temple voisin de la paroisse de Monseigneur Pallegoix avec lequel il se lia d’amitié, auquel il apprit le thaï et le pali et duquel il apprit le latin.

 

(17) Sur ce graveur talentueux formé par la dynastie Didot, voir Edmond Werdet « Études bibliographiques sur la famille des Didot, imprimeurs, libraires, graveurs, fondeurs de caractères, fabricants de papier », 1864 et « L'art du livre à l'Imprimerie nationale des origines à nos jours » (Catalogue de l’exposition à la Bibliothèque nationale, Galerie Mazarine, 1951).

 

(18) Les ouvrages de la Bibliothèque de la Pléiade sont typographiés dans un Garamond, dit « Garamond du Roi ».

 

(19) Des « experts » prétendent que si le gouvernement américain décidait d'abandonner les polices Times New Roman et Century Gothic au profit du Garamond, il pourrait économiser au niveau fédéral 136 millions de dollars soit environ 30 % de ses dépenses en encres. Pourquoi pas ?

 

(20) La xylographie est un procédé de reproduction multiple d'une image sur un support plan, papier ou tissu, en utilisant la technique de la gravure sur bois, ou xylogravure, comme empreinte pouvant être reproduite par impression, l'image reproduite pouvant être celle d'un texte.

 

 

La plupart des affiches qui ont inondé la France en mai 1968 étaient de la xylographie quand elles n’étaient pas faites au pochoir (sérigraphie). Gutenberg se contentera quelques siècles plus tôt d’améliorer le procédé en utilisant la presse, ce que ne faisaient pas les Chinois, et en fondant les caractères en plomb.

 

 

(21) Voir l’article de Robert Lingat « Les Trois Bangkok Recorders » In  Journal de la Siam Society, vol. 28 de 1935, pp. 203-213.

 

(22) Nous avons quelques éléments sur la vie de cet érudit, ancien professeur de grec dans une école religieuse du petit village de Olivet dans le Michigan. Il fut choisi, en raison de sa culture classique, pour être ambassadeur en Grèce puis à Bangkok. Il entretenait les meilleurs rapports avec le roi Chulalongkorn et avec son fils ce qui lui valut d’assister aux cérémonies du couronnement en place d’honneur (Voir William F. Strobridge : « Mrs. Hamilton King's Bangkok Diary, 1911 », Journal de la Siam society, volume 63 – I de 1975).

 

A droite sur la photographie :

 

 

(23) Extraites des sites suivants, en thaï :

http://valuablebook2.tkpark.or.th/2015/13/document22.html

https://www.youtube.com/watch?v=52oMa9k43u4

https://teen.mthai.com/education/57288.html

 

(23) On ne peut considérer la Gazette royale, forme locale de notre Journal officiel comme un vrai journal.  

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