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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 06:22

 

Nous en étions dans notre article précédent aux deux guerres que le roi Chakkrapat aurait mené contre les Khmers de Loveck en 1551 et 1556 selon les «Chroniques royales d'Ayutthaya» en indiquant que d'autres sources ne rapportaient pas les mêmes événements, ni  la même issue. Les deux royaumes s'octroyant la victoire.

 

 

Mais après avoir maté la rébellion du Prince Si sin en 1561 (?) (Cf. En note (1), le récit qu'en font les Chroniques royales), le roi Chakkraphat va devoir affronter sa deuxième guerre birmane en 1563-1564 (?) (Un problème de dates ? Cf. (2)). Une guerre en plusieurs épisodes, dont les conséquences seront autrement plus tragiques pour son royaume, avec la mort « héroïque » de la reine Suryothai,  la capture des Princes Ramesuan et Mahin, qui seront libérés. (Nous verrons dans quelle circonstance)  Une guerre que le livre très populaire du  Prince Damrong Rajanubhab, « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » raconte dans un chapitre consacré surtout à l'héroïsme de la reine Suryothai.

 

 

(Cf. Notre lecture de ce livre (3)) Une reine que le film de Francis Copolla et  Chatrichalerm Yukol (2001) « La Légende de Suriyothai » consacre comme héroïne nationale (Cf. Présentation de ce film (4))

 

 

« Les Chroniques royales d'Ayutthaya » vont donc raconter comment le roi d'Hongsawadi a  décidé en 1563 (?) de prendre Ayutthaya avec 300.000 soldats, 700 éléphants de guerre, et 3.000 chevaux avec l'Uparat (L'héritier) en avant-garde, le roi de Phrae, au centre et le Praya de Bassein à l'arrière-garde. Elles vont le décrire dans toute sa magnificence : sa tunique, ses décorations, ses bijoux, monté sur son royal éléphant Prap Thawit, tout orné, avec ses neuf chaînes précieuses, dans une  procession hiérarchisée haute en couleurs, différentes selon le rang et les corps d'armée, avec les drapeaux, les étendards, au son du gong des astrologues, des conques et des trompettes; Bref disent-elles : « La scène était magnifique et merveilleusement splendide ». L'armée se mit en route durant 7 jours, et traversa la rivière de Martaban pour rejoindre Sami.

 

 

Le roi Chakkrapat l'apprenant, ordonna aux familles des districts proches d'Ayutthaya de rejoindre la capitale et envoya un décret royal au Prince Thammaracha de Phitsalunok pour qu'il organise des armées avec  toutes les cités du Nord pour servir de force d'appoint.

 

 

Il envoya également Praya Chakri établir des palissades à Lumphli avec 15.000 soldats. Le moine Maha Nak  du temple de Phukhao Tong érigea également une palissade jusqu'au temple de la forêt de Phlu pour protéger les forces navales. Il fit aussi creuser un fossé le long du canal Maha Nak. Chao Phraya Maha Sena, commandant 10.000 hommes s'installa au fort Thong Na Hantra au village de Dokmai. Phraya Phra Klang avec 10.000 soldats s'installa au fort Khu et Phra Sunthon Songhram, le chef de Suphanburi au fort Campa, avec aussi 10.000 hommes.

 

 

Le roi d'Hongsawadi passa par Kanchanaburi et arriva à Ayutthaya, « un dimanche, le 5e jour de la lune croissante du 4e mois » et fit construire une royale palissade à Khum Dong. L'armée de l'Uparat construisit la sienne à Phaniat, celle du roi de Phrae au nouveau village de Makham Yang ; Et Phraya de Basein à Prachet.

 

 

Ensuite pendant env. deux pages, les Chroniques vont décrire la préparation du combat.

 

Le jour suivant, le  roi Chakkrapat, monté sur son éléphant Kaeo Chakkrarat, orné, armé,  mena ses troupes dans la plaine de Phukhao Thong pour mesurer la force de l'ennemi. Il était suivi de la reine Suryothai, habillée en Uparat, qui était sur son éléphant Song Surya Kasat, orné et armé, avec son mahout,

 

 

et des Princes Ramesuan et  Mahin également sur leurs éléphants.

 

 

Les Chroniques décrivent la procession avec la troupe d'éléphants, les soldats armés, leurs positions,  marchant sourdement pour se mettre en formation à Khok Phraya.

 

Une patrouille prévint le roi d'Hongsawadi qui ordonna à ses troupes de se mettre en place à la palissade. Le roi avait pris soin de se couvrir de sa  cuirasse victorieuse, et de sa couronne où des inscriptions cabalistiques le protégeaient contre tout danger et toute arme. Il montait son éléphant orné et armé, et établit le rang et la place de chacun parmi ses 10.000 soldats. Le roi de Phrae fit de même avec une avant-garde de 1.500 soldats armés d'une épée dans chaque main.

 

 

Le roi d'Hongsawadi plaça ses compagnies en face du front de l'armée du roi Chakkrapat, et attendit alors le moment favorable. On put entendre un grand tumulte causé par le bruit des armes. Le roi d'Hongsawadi interprétant des nuages obscurcissant le soleil comme un signe favorable, ordonna alors  l'attaque au son des gongs, des conques et des trompettes.

 

 

Le roi Chakkrapat demanda  à son armée de se diviser sur deux flancs et ils avancèrent, excités, tirant de multiples salves d'armes à feu et rentrèrent dans la bataille. Il y eut des morts et des blessés des deux côtés qui tombèrent en grand nombre dans les champs de riz. Le roi Chapkkrapat participa à la bataille avec son éléphant royal, mais il fit un faux mouvement, qui  plaça l'ennemi derrière lui et permit au roi de Phrae de le poursuivre.

 

 

La reine Suryothai, montée sur son éléphant Song Surya Kasat, voyant que son  royal époux ne pouvait échapper à l'ennemi lui porta secours, et engagea le combat contre le roi de Phrae, mais celui-ci put facilement lever l'épaule de son éléphant, ce qui lui fit perdre sa stabilité. Le roi de Phrae put alors frapper avec sa faux l'épaule de la reine jusqu'à sa poitrine. La reine s'affala sur le cou de son éléphant. Elle était morte. Les Princes Ramesuan et Mahin tentèrent vainement de sauver leur mère, mais ils ne purent que ramener son corps à la capitale, tandis que les troupes d'Ayutthaya furent battus par l'ennemi et moururent en grand nombre. Le roi Chakkrapat fit conduire le corps de la reine à Suan Luang.

 

 La reine Suryothai, une  héroïne nationale !

 

 

Les Chroniques royales ne consacrent que peu de lignes à la reine Suryothai - et encore l'une des sources fut écrite par Luang Praset en 1680 et l'autre en 1795 par Phan Kanthanumat - mais l'acte héroïque de la reine portant secours à son époux de roi et y perdant la vie fera d'elle une héroïne nationale. « Tous les jeunes enfants thaïs ont appris à admirer leur princesse Suryothai, son héroïsme, son courage face à l’ennemi, son sacrifice pour son pays et son  royal époux », nous dit  Chatrichalerm Yukol. Il réalisera en 2001 de concert avec Francis Copolla le film « La Légende de Suryothai » qui aura un immense succès.

 

(Cf. Notre article 51 expliquant les ambitions et les raisons « nationalistes » de ce film (4). Cf. Egalement notre article sur la fonction des héros nationaux dans le nationalisme thaï (5))

 

 

Mais la guerre allait se poursuivre.

 

Le jour suivant l'Uparat d'Hongsawadi put préparer une force pour attaquer la palissade de Phra Sunthon Songhram (le chef de Suphanburi), qui put résister jusqu'au crépuscule, mais l'ennemi put se renforcer fortement et attaquer de nouveau la garnison. Le fort Kampa fut pris et beaucoup d'hommes furent tués et blessés.

 

 

Le roi d'Hongsawadi, monté sur Kam Kuam, le chef des éléphants, tout peint en rouge mena ses hommes dans la plaine de Lumphli. Il avait placé également des soldats à pied de chaque côté des deux rangées d'arbres bordant la plaine. Sur son éléphant il avait ordonné aux 500 cavaliers d'avancer devant la palissade de Phraya Chakri pour  braver l'ennemi en se moquant d'eux. Phraya Chakri était prêt pour se battre. Les officiers d'Hongsawadi qui avaient préparé une embuscade des deux côtés de la plaine virent là une opportunité d'attaquer en encerclant la palissade et en engageant le combat avec la cavalerie et les soldats à pied  qui leur assurèrent la victoire. Phraya Chrakri réussit à assurer sa retraite jusqu'à la capitale. Le roi d'Hongsawadi après avoir pris la palissade de Phraya Chakri retourna à son royal camp. Les soldats qui avaient pris des têtes furent récompensés, et les autres punis pendant 3 jours.

 

 

Mais si le roi Chakkrapat avait reconnu devant ses ministres le courage des soldats d'Hongsawadi, il avait bien remarqué qu'ils n'avaient pas suffisamment d'approvisionnement. Aussi, il leur dit qu'il fallait protéger nos vivres fermement et attendre que l'armée de Phitsalunok descende pour nous soutenir. Il les informa également qu'il avait  planifié de détruire leur palissade  au canon pour affaiblir leur moral. Il assura le chef des ministres que son plan serait mis en action progressivement pour obtenir la victoire.

 

 

Ceci dit, il fit mettre le gros canon appelé le Narai Sanghan sur une jonque qui rejoignit le village de Pom. Une grande force protégea les bords  jusqu'à la douane de Pakkhu. Le roi d'Hongsawadi fut informé juste au moment où un boulet du canon tomba dans le camp juste à côté de son pavillon. Il décida alors d'offrir des offrandes au canon et d'établir son camp dans la plaine de Phutthalao.

 

 

Trois jours plus tard le roi d'Hongsawadi monta sur son éléphant et conduisit ses forces jusqu'à la plaine de Phaniat en passant par Pho Sam. Il installa son éléphant au monastère de Sam Phihan et ordonna à Maha Uparacha d'aller attaquer de façon impitoyable la capitale. Mais Phraya Ram fit amener le canon pour tirer sur le camp du roi d'Hongsawadi et réussit ensuite à le hisser  sur un banyan pour tirer près du pavillon où était l'éléphant royal. Les hommes du fort de Maha Chai purent également tirer des salves de canon qui tuèrent de nombreux soldats birmans les empêchant ainsi de  capturer la capitale. Le roi  d'Hongsawadi ordonna alors le repli jusqu'à son pavillon.

 

 

Le Prince Maha Thammaracha informé que le roi d'Hongsawadi était établi avant Ayutthaya eut le temps de former une armée de 50.000 hommes recrutés dans les cités de Phitsalunok, de Sukhothai, de Sawankhalok, de Phichai et de Phichit. Il descendit à Chainat où il établit des camps avec palissades des deux côtés de la rivière. Il envoya une compagnie de 100 hommes pour reconnaître la région autour de Singburi. Elle put voir l'armée de 3.000  Birmans de Saming Malum chargée du ravitaillement. La compagnie de reconnaissance, voyant leur nombre, préféra l'éviter. Mais Saming Malum la  poursuivit à cheval et deux hommes qui s'appelaient Nai Man le long fusil et Nai Khlong le masseur furent capturés et  escortés jusqu'au roi d'Hongsawadi. Celui-ci les questionna. Ils avouèrent que le Prince Thammaracha avait été informé et avait pu organiser une armée de 50.000 hommes qui campaient actuellement à Chainat.

 

 

Le roi envoya Phan Komcatturang et Phan Yong le vaillant rejoindre la compagnie pour assurer la reconnaissance. Il demanda à ce qu'on rase la tête des deux prisonniers  et qu'on les renvoie auprès du Prince Thammaracha avec un  message qui signifiait « qu'il l'attendait  avec son armée, et que s'il venait pas, il irait le voir ». Le Prince Thammaracha  questionna les deux hommes et leur demanda combien de soldats ils avaient pu voir. Ils répondirent qu'ils n'avaient vu que le cercle du camp royal près de la plaine de Phuttalao. Le Prince estima la proposition du roi d'Hongsawadi et décida d'envoyer les armées de Phraya de Sawankhalok et du Phraya de Sukhotai composées de 20.000 hommes  prendre position à Inburi afin d'observer et voir ce qui s'y passe.

 

 

Le roi d'Hongsawadi ordonna à Maha Uparacha d'installer les camps dans la plaine de Hantra afin d'étudier le système de défense d'Ayutthaya. « Le mardi, le 3e jour de la lune décroissante du 4e mois » Maha Uparacha attaqua le camp de Chaophraya Maha Sena. (On peut remarquer la précision. Mais il s'agit ici, comme toujours, d'indiquer que les attaques se font selon les bons augures donnés par les brahmanes)  Mais celui-ci repoussa l'assaut.

 

 

Maha Uparacha, fort mécontent, déclara à ses soldats du haut de son éléphant que s'ils n'arrivaient pas à prendre le camp lors de leur deuxième attaque, il couperait leurs têtes et les ferait empaler. Les officiers furent effrayés ; ils renforcèrent leur attaque avec de nombreux soldats armés d'épées et de boucliers et purent prendre le camp. Chao Phraya Sena et ses hommes purent s'enfuir par le canal et traverser le temple de Maheyyong mais de nombreux blessés se noyèrent. Maha Uparacha retourna à son camp avec son armée et put ensuite, lors d'une audience raconter sa victoire au roi d'Hongsawadi.

 

La retraite du roi d'Hongsawadi à cause d'un manque de vivres avec la saison des pluies qui s'annonce ...

 

Les batailles engagées par les forces du roi d'Hongsawadi avaient été à son avantage, mais un manque de ravitaillement posait un sérieux problème, surtout que ceux qui avaient été envoyés pour en trouver n'en avaient pas obtenu, et le peu qu'ils avaient dû acheter fort cher était minime. Tous (chefs des provinces ses officiers) confirmèrent au roi que l'essentiel de la nourriture lui avait été déjà apporté. La saison des pluies approchant, il ne  serait bientôt plus possible d'en trouver et de la porter sur le théâtre des opérations. La conclusion s'imposait pour tous : Il fallait arrêter cette campagne et revenir au Pays.

 

 

Les nobles et ministres consultés estimèrent qu'on pouvait prendre le chemin de Kamphaengphet et passer la frontière à  la rivière de Lamao et l'armée retranchée au Nord pourrait se joindre à eux à Chainat ou bien il serait plus sûr de passer par le même chemin qu'à l'aller par Kanchanaburi. Mais le roi rappela que par ce chemin, tout le ravitaillement avait déjà été anéanti. Il rappela également le message qu'il avait envoyé au Prince Thammaracha et avait constaté que celui-ci avait préféré se retrancher et l'attendre, ayant accumulé beaucoup de nourritures. Il estima qu'il faudrait l'attaquer pour prendre son ravitaillement. Durant cette retraite, ajouta-t-il,  il nous faudra combattre de deux côtés, sur le front et l'arrière du fait que l'armée du Prince Thammaracha est positionnée à Chainat et que le roi Chakkrapat enverra certainement une armée pour attaquer nos arrières. Après son discours le roi d'Hongsawadi envoya un décret aux cinq armées, celles des Phraya de Basein, de Lakhoeng, Saraiang, Tongu, Cittong. Chacune se composant de 30.000 soldats, on avait là une force armée de 150.000 hommes qui sera envoyée à l'avant-garde avec le roi de Prae qui les commandera. Il précisa qu'ils devaient se tenir prêt à toute attaque durant le chemin et que les officiers de haut rang seraient empalés s'ils mettaient plus d'un jour pour s'y rendre. L'armée de Maha Uparacha devait quant-à elle assurer l'arrière, et au cas où l'armée d'Ayutthaya le suivait, tendre des embuscades et faire prisonniers un ou deux officiers. Dans le cas contraire Maha Uparacha serait puni de mort. (On peut imaginer qu'avec de telles sanctions en cas d'échec, les ordres du roi étaient pris au sérieux)

 

Pendant ce temps le roi Chakkrapat avait appris que le Prince Thammaracha avait pu organiser une armée de 50.000 soldats avec des recrues prises dans les cités de Phitsalunok, Sawankhalok, Sukhotai, Phicahi et Phichit et avait pris position à Chainat et que son avant-garde devait le rejoindre à Inburi. Il pensa que  le roi d'Hongsawadi organiserait sa retraite en apprenant l'arrivée du Prince Thammaracha avec son armée.

 

 

S'il part au Nord comme on peut le penser, on pourra facilement attaquer son arrière avec notre avant-garde mais s'il s'échappe par Suphanburi et Kanchanaburi nous ne pourrons pas lui faire d'opposition aussi facilement. Phra Sunthon Songkham répondit au roi qu'il ne pensait pas que le roi birman prendrait le même chemin qu'à l'aller car il savait qu'il n'y avait plus de nourriture et qu'il choisira le Nord pour se saisir du ravitaillement du Prince Thammaracha. Le roi était en désaccord mais néanmoins lui promit la gouvernance de Suphanburi s'il avait raison. En raison de sa connaissance des forêts et des sentiers de la région, le roi lui ordonna de partir secrètement le lendemain soir avec 5.000 hommes, d'organiser des embuscades contre l'armée birmane et de la piller. Il le prévint aussi qu'en cas d'échec, il serait puni. Phra Sunthon Songkham trouva cela juste. Les Princes Ramesuan et Mahin demandèrent alors l'autorisation de suivre l'armée birmane et de l'attaquer.

 

 

La retraite du roi d'Hongsawadi.

 

« Le dimanche, le 9e jour de la lune décroissante du 5e mois », le temps était venu. Les armées du roi de Phrae, les Phrayas de Bassin, de Lakhoeng, de Sariang de Tongu, de Cittong constituaient donc l'avant-garde de la retraite et longèrent le canal de Bang Kaeo en suivant les bords des champs de riz et la rivière principale pour les éléphants et les chevaux qui avaient besoin d'eau. Le roi d' Hongsawadi avec son armée suivait et l'armée de l 'Uparat qui était à l'arrière-garde, et avait positionné 500 cavaliers de chaque côté de la marche ; Il avait donné ses consignes : Si celle-ci voyait 1.000 hommes les suivre, un cavalier devait venir l'informer, s'ils étaient 2.000, deux cavaliers alors devaient venir, 3.000, 3 cavaliers, etc.

 

 

Le lendemain matin, les habitants d'Ayutthaya avaient constaté que l'armée du roi d'Hongsawadi avait décampé, et qu'elle avait pris la direction de Suphanburi et de Kanchanaburi. Le roi d'Ayutthaya demanda à ses deux fils, les Princes Ramesuan et Mahin de les poursuivre avec une armée de 10.000 hommes. Ceux-ci décidèrent de ne pas se précipiter et d'attendre un ou deux jours avant d'attaquer pour plus d'efficacité, en se plaçant sur les deux flancs de l'armée du Prince Thammaracha afin d'obtenir une victoire plus facile. En attendant, ils les suivirent une demi-journée derrière.

 

 

La cavalerie de l'avant-garde birmane atteignit Inburi et vit deux palissades en place. Elle alla alors prévenir leurs supérieurs (les Phrayas de Bassin, de Lakhoeng, de Sariang de Tongu, de Cittong) qui furent enchantés et se préparèrent pour les attaquer.  L'attaque fut acharnée, mais les soldats de la 1e palissade avec leurs armes et leur canon tuèrent en grand nombre les troupes birmanes et môns ; ceux-ci furent alors plus prudents pour tenter de prendre la place.

 

Le Prince Thammaracha fut informé des pertes et prit conscience de la bravoure des forces ennemies ; il changea alors de plan, en évitant d'attaquer l'ennemi de front ; Il ordonna d'abandonner les palissades et de s'organiser en compagnies et brigades afin de suivre l'ennemi  en étant placé sur deux ailes sur les hauteurs afin de les harceler. Quant-au roi de Phrae, il vit les palissades désertées et alla faire son camp à Chainat, en informant l'armée principale.

 

 

Pendant ce temps, l'Uparat birman discutant avec ses officiers leur communiqua son sentiment, à savoir que si l'armée d 'Ayutthaya ne les  suivait pas et ne les avait pas attaqué cela provenait du fait qu'ils avaient  organisé une grande force défensive, et qu'elle voulait rejoindre les armées du Nord qui sont installés à Chainat et Inburi. Nous devons deviner les plans d'Ayutthaya et capturer plusieurs de leurs commandants afin que je puisse les amener devant mon père. Disant cela, il vit arriver 10 chevaux d'éclaireurs et comprit que cela signifiait qu'une armée de 10.000 hommes les poursuivait. Il chargea alors Saming Phattaboet et Saming Phattaba avec 5.000 hommes et 200 chevaux de leur tendre une embuscade cachée dans la forêt qui borde les champs de riz. Il leur ordonna de suivre l'armée et de ne pas les attaquer de suite. Vous la laisserez passer et quand vous entendrez des armes à feu, vous les attaquerez à l'arrière jusqu'à ce que vous parveniez à faire prisonniers des commandants.

 

La capture des Princes Ramesuan et Mahin.

 

Pendant ce temps les Princes Ramesuan et Mahin conversaient et estimaient que l'armée du roi d'Hongsawadi avait dû atteindre Inburi et engager le combat contre l'armée du Nord. Ils ne se doutaient pas que  Saming Phattaboet et Saming Phattaba étaient en train de les observer. Ceux-ci virent que l'ornement de leurs éléphants  signalaient là les commandants. Dès qu'ils entendirent les coups de feu de l'Uparat, ils attaquèrent et firent prisonniers les Princes Ramesuan et Mahin ; qu'ils présentèrent à l'Uparat, lequel les présenta au roi d'Hongsawadi qui en fut fort heureux. Il leur demanda  ce qu'ils avaient à dire, maintenant qu'ils  étaient capturés.  Ils répondirent qu'ils étaient en son pouvoir et qu'ils pouvaient décider de leur vie  ou de leur mort. Le roi les écouta, souriant et les mit sous la garde de l'Uparat.

 

Pendant ce temps, les soldats des Princes qui avaient été mis en déroute, étaient retournés à la capitale et avaient informé le roi Chakkrapat qui en fut très affecté.

 

 

Il prépara une lettre et la donna à  son chapelain Phra Kasem et Phra Kraisi pour qu'ils aillent par bateau la présenter au roi d'Hongsawady. Les chroniqueurs nous en donnent le contenu où il est d'usage d'honorer son ennemi, de le glorifier, de le flatter. Il y accusa aussi ses fils ignorants des usages de la guerre et lui demanda de les relâcher, ce qui serait un beau geste qu'il lui ferait honneur toute sa vie. 

 

Le roi d'Hongsawadi accepta la requête, mais demanda en échange les deux éléphants si fameux nommés Si Mongkhon et Mongkhon Thawip.

 

Les Princes Ramesuan et Mahin reconnurent leur erreur devant leur père et le déshonneur qu’ils lui avaient causé. Ils savaient qu'ils méritaient la mort mais lui demandèrent son pardon. Ils lui répétèrent la demande du roi d'Hongsawadi concernant les deux éléphants  Si Mongkhon et Mongkhon Thawip.

 

Le roi Chakkrapat consulta alors ses ministres qui convinrent que le roi d'Hongsawadi avait accompli là un acte remarquable en relâchant ses deux fils contre deux éléphants Si Mongkhon et Mongkhon Thawip. Le roi ordonna de suite qu'on emmenât les deux éléphants à Chainat auprès du roi birman.

 

Mais le roi d'Hongsawady les renvoya à Ayutthaya car personne n'arrivait à les maîtriser. Il poursuivit sa retraite en allant à Kamphoengpet et traversa la rivière de Lamao. La guerre était finie.

 

Deux éléphants contre deux Princes royaux?

 

On peut s'étonner que le roi d'Hongsawadi puisse relâcher deux Princes royaux contre deux  éléphants, si on ne sait pas ce qu'ils représentaient alors.

 

Les Chroniques royales racontent que le roi Chakkraphat avait capturé un éléphant blanc dans la région de Sai Yoi, qu’on nomma Phra Rattanankat. L’année suivante, le roi captura encore dans la forêt de Phetchabun un éléphant blanc qu’on nomma PhraKaeo Song Bat et encore deux autres avec leur mère dans la forêt de Maha Pho. Et encore ensuite le roi captura un autre éléphant blanc, qu’on nomma Phra Boromkraison, dans la forêt de Chalechupson (ou Thalechupson), et encore un autre dans la forêt de Nam Song qu’on nomma Phra Suriyakunchon.

 

Cela fut interprété comme le signe de la grandeur et de la magnificence d’Ayutthaya, et valut au roi Chakkrapat le titre de « seigneur des éléphants blancs », que lui attribuèrent les prêtres du culte brahmanique et les chefs religieux bouddhistes et les dignitaires.

 

 

Il faut savoir que les éléphants blancs sont considérés comme des êtres divins dans les doctrines brahmaniques. On leur attribue un nom et un titre, car on croit que Vishnou leur a communiqué des qualités qui assurent au souverain toutes les faveurs de la fortune, qu'il acquerra des trésors, qu'il sera puissant et célèbre, qu'il triomphera de ses ennemis. Nous verrons qu'il n'en sera pas ainsi et qu'une 3e guerre sera déclenchée pour un refus d'offrir deux éléphants blancs au roi d'Hongsawadi. (Cf.  (6) Lorgeou et notre article 55 pour en savoir plus)

 

Bref. Le Prince Thammaracha alla à Ayutthaya pour informer le roi de la situation, et  pour assister à la crémation de la reine Suriyothai. Puis il retourna à Phitsalunok. Le roi Chakkrapat fit construire un monument sur le site de la royale crémation et lui donna le nom de Sop Sawan. Il établit pour les villageois qui provenaient des villages du Sud,  les villages de Cin à Sakhonburi, de Talat Khwan et à Nonburi et des quartiers des cités de Ratburi et de Suphanburi furent séparés pour devenir la cité de Nakhon Chaisi. Ensuite il demanda aux Princes Mahin et Ramesuan et aux ministres, s'il devait préserver ou abattre les murs des cités de Lopburi, Nakhon Nayok et de Suphanburi. Ils lui répondirent que s'il voulait envoyer des armées dans ces provinces pour combattre l'ennemi, les murs constituaient un avantage, mais que s'il estimait que ses armées n'étaient pas capables de résister à l'ennemi, il était mieux de les démolir. Il ordonna alors d'enregistrer 200.000 nouveaux soldats parmi le peuple, à l'exception de ceux qui travaillaient déjà au service du gouvernement.

 

Le roi d'Hongsawadi n'avait pas pu prendre Ayutthaya faute d'approvisionnement suffisant  et était retourné en sa capitale. La deuxième guerre entre les Birmans et le royaume d'Ayutthaya était achevée. Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » vont poursuivre leur récit en évoquant ce qui vaudra au roi Chakkrapat le titre « de roi des éléphants blancs ». Ce  sera à l'origine de la troisième guerre contre les Birmans.

 

 

PS.

 

On peut remarquer que les récits des guerres contre les Birmans dans « Les chroniques royales d'Ayutthaya  » ne font aucune référence à la géopolitique,  comme le dit la préface de Chris Baker, du livre  du Prince Damrong,« Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 » (7). Elle est  « caractérisée par la tension entre le centre et les autres peuples et cités, avec surtout la volonté du Lanna et des Mons, toujours prêts à choisir l’un contre l’autre, selon la période. […] La nouvelle dynastie birmane devait neutraliser Ayutthaya, qui avait délibérément choisi les Mons, dans sa stratégie défensive, pour assurer son pouvoir sur les cités de sa périphérie. […] la vulnérabilité d’Ayutthaya ne provenait pas de ses problèmes dynastiques, mais de son incapacité « structurelle » à gérer ses provinces. Aussi, quand les Birmans ont attaqué, elles ont vu là une occasion de se libérer de la tutelle d’Ayutthaya et plusieurs ont  déclaré leur indépendance, et très peu ont envoyé des troupes pour soutenir la capitale  ».

 

De même, il n'est fait aucune allusion à la volonté de contrôler les ports de Martaban, Moulmein, Tavoy, Mergui et Tenasserim, ni au  commerce dans la péninsule de Kra,  ni à l’utilisation  des armes à feu apportées par les Portugais dès 1510, dans le déroulement des guerres. Ainsi il est dit  que 120 mercenaires portugais ont participé à la 1e guerre de 1539 auprès des Siamois ;  que  les Portugais ont aussi vendu leurs services aux Birmans, que Bayin Naung avait acheté 80.000 arquebuses et qu’en 1563 les Birmans avaient inclus 400 portugais avec arme à feu dans leur rang, sans compter les canons. (Cf. Notre article 106 (7))

 

 

 NOTES ET RÉFÉRENCES

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » vont consacrer dix  pages à cette deuxième guerre contre les Birmans (pp.31-41).

 

  1. La rébellion du Prince Si sin

 

Le Prince Si sin était, vous vous en souvenez, l’un des deux fils du roi Chairachathirat, (le jeune frère de Yot Fa), survivant du complot ayant exécuté la reine et l’usurpateur Warawongsa en juillet 1548. Il fut adopté par le roi Chakkraphat lors de son intronisation sous la recommandation du chef de la conspiration Khun Phirenthorathep, devenu ce jour le Prince (le roi) de Phitsalunok, le Prince Thammaracha que nous allons retrouver.

 

A quel moment a eu lieu la rébellion ?

 

Les Chroniques royales proposent curieusement  une version de la source A en un paragraphe (p. 31) datée de 1561 (?) et une autre (p.41) des cinq autres sources de trois paragraphes, placées après  la guerre contre les Birmans de 1563-1564. Quoi qu’il en soit, les Chroniques racontent la rébellion de Si Sin ou plutôt les circonstances de son arrestation et de son exécution, sans qu’on ait appris le motif de cette rébellion.

 

Il est dit que le roi ayant appris sa trahison (laquelle ?), ne voulut pas l’exécuter et demanda à Chao Phraya Maha Sena de le mettre en « résidence surveillée » au monastère de Thamukkhara afin qu’il devienne moine.

 

 Mais le Prince s’enfuit trois jours plus tard. Il fut ordonné à Chao Phraya Maha Sena de l’arrêter. Apprenant que cinq de ses complices (les noms sont donnés) étaient prisonniers et allaient être exécutés, on suppose que Si Sin voulut les délivrer. Il dut affronter en chemin  Chao Phraya Maha Sena dans un combat d’éléphants et put s’enfuir. Il réussit à délivrer ses cinq complices, mais fut repris par des troupes commandées par les Princes Ramesuan et Mahin.

 

La bataille fut rude mais Si Sin fut tué par une arme à feu. Les cinq complices et le révérend  Phanarat du monastère de Pa Kaeo furent exécutés et empalés en public et mis près du corps de Si Sin. Des femmes de nobles ayant participées  au complot,  accusèrent leurs maris qui furent aussi exécutés en grand nombre.

(2) Un problème de dates.

 

On peut remarquer que la datation des guerres peut être différente d’un an selon les sources, voire plus. Ainsi le Prince Damrong raconte la mort héroïque de la reine Suriyothai en allant au secours de son royal époux dans son livre en la plaçant en 1548. Wyatt dans les « Chroniques royales d’Ayutthaya » la situe  en 1563-1564, alors que les sources (BCDEF) la situe en « 905 » soit en 1543 ! Qui croire ?

 

(3) Le Prince Damrong Rajanubhab, In « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », White Lotus, 2001; consacre 3 chapitres à 3 guerres du roi Chakkrapat (1548, 1563, 1568) contre les Birmans dont un est à l’honneur de la reine Suriyothai.

 

 

Voir nos articles 106 et 107 :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-106-nos-guerres-contre-les-birmans-1539-1767-du-prince-damrong-120857499.html

 

106. Le Prince Damrong explique les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767 :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html 

 

C’est l’un des  livres d’histoire les plus populaires et les plus étudiés de Thaïlande. Son succès est sans nul doute dû aussi au prestige du Prince, qui était le 57e fils du roi Mongkut (1804-1868) et le demi-frère du roi Chulalongkorn, qui a régné de 1868 à 1910, sous lequel il fut ministre de l’éducation et de l’intérieur. Le livre du Prince Damrong, aussi intitulé Thaï Rop Phama, est publié pour la première fois en 1917, et est sans doute le 1er livre d’histoire de type occidental, qui affiche ouvertement son désir d’écrire l’histoire de la nation thaïe.

(4) D’autres racontent sa « Légende » au cinéma. Cf. Notre article : A 51. Cinéma thaïlandais : La Légende de Suriyothai de Francis Copolla et Chatrichalerm Yukol (2001).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

 

 

Ou comment utiliser le cinéma pour « inventer » l’Histoire du Siam.(5) 14. Les nouveaux mythes thaïs : les héros nationaux.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

 

(6) Pour en savoir plus sur ce pouvait représenter un éléphant blanc. Cf. in Notre article : « Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs. »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.html

 

(7) Cf. L'étude de Pamaree Surakiat Ph. D. THE CHANGING NATURE OF CONFLICT BETWEEN BURMA AND SIAM AS SEEN FROM THE GROWTH AND DEVELOPMENT OF BURMESE STATES FROM THE 16TH TO THE 19TH CENTURIES, Department of History, Faculty of Arts, Chulalongkorn University, Bangkok, Thailand. March 2006

 

Et notre  article 60. La guerre contre le Siam au XVIe siècle, vue du côté birman par un historien thaï.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-60-la-guerre-contre-le-siam-au-xvi-eme-siecle-vue-du-cote-birman-113477807.html

 

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