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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 22:04

 

Nous avons vu que le roi Chakkrapat avait sauvé sa capitale encerclée uniquement par le fait que le roi birman d'Hongsawadi avait été contraint de retourner en son pays faute de vivres suffisants pour soutenir le siège, alors que la saison des pluies s'annonçait. Nous avons vu que le roi Chakkrapat avait sauvé sa capitale encerclée uniquement par le fait que le roi birman d'Hongsawadi avait été contraint de retourner en son pays faute de vivres suffisants pour soutenir le siège, alors que la saison des pluies s'annonçait.

 

 

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » racontent ensuite que le roi Chakkrapat avait vécu une période faste marquée par la capture d'autres éléphants blancs qui faisait de lui un roi prestigieux avec sept éléphants blancs (2). Cela ne s'était jamais vu et fut interprété comme le signe de la grandeur et de la magnificence d’Ayutthaya, et valut au roi Chakkrapat le titre de « seigneur des éléphants blancs ». Sa réputation était venue jusqu’aux oreilles du roi d'Hongsawadi qui en fut jaloux car il n'en possédait aucun. Il aurait bien voulu envahir le Siam pour les prendre, nous dit le Prince Damrong, mais il était conscient que les Môns ne l'auraient pas suivi, traumatisés par la conquête de leur territoire. Le Prince Damrong nous rappelle qu'auparavant Bayinnaung avait conquis Toungoo, Prome, Martaban, Hongsawadi et soumis tout le territoire môn. (3) Ses ministres  lui avait conseillé de prendre plutôt Ava, puis le territoire des Shans,  pour ensuite envahir Chiangmai. (1558) (4) Bref, il préféra choisir la voie diplomatique et envoya une lettre royale au roi Chakkrapat. La réponse du roi Chakkrapat sera à l'origine de la troisième guerre contre les Birmans d'Hongsawaddi, connue comme « la guerre pour deux éléphants blancs », que les « Chroniques royales d'Ayutthaya » raconteront en six pages et demie.  (Bas p. 42-haut p. 49)

 

 

Notre récit -plus court- se fondera sur deux de nos articles relatant cette guerre. (Cf. (5))

 

 

La capture de sept  éléphants blancs qui avait intronisé le roi Chakkrapat comme « le Seigneur des éléphants blancs » avait conduit le roi d’Hongsawadi  à demander à son « estimé  ami » le don de deux éléphants blancs. 

 

 

Les deux lettres royales. La diplomatie et l'honneur.

 

 

Les chroniqueurs vont relater un épisode d'anthologie (en 7 §) en révélant le contenu  des deux lettres royales, et même la discussion qui a précédé la réponse du roi Chakkrapat, comme s'ils participaient au Conseil royal.

 

 

La lettre du roi d'Hongsawadi.

 

 

Après les éloges d'usage de cette époque, il lui dit humblement qu’il veut toujours cultiver une relation amicale avec son royal frère ainé, qui est en grande abondance et qui a obtenu force et pouvoir,  par ses mérites et la possession de sept éléphants blancs. 

 

 

 

 

Il se place ensuite en modeste jeune frère qui désire obtenir deux éléphants blancs pour  augmenter la gloire d’Hongsawadi, fortifier leur amitié, devenir encore plus proche comme allié, pour leur fortune commune. Mais il termine sa lettre avec une  menace : « si notre royal frère ainé avait l’arrogante idée de penser que l’amour de ses deux éléphants étaient supérieurs à leur royale amitié, cela voudrait dire qu’Hongsawadi et Ayutthaya seraient de nouveau séparés et  que cela occasionnerait des troubles profonds ».

Le message était clair.

 

 

Ensuite, selon le rituel, la lettre du roi d’Hongsawadi fut transmise par un représentant du roi, le 1er des ministres,  dont le nom nous est parvenu (Saming Yokharat) accompagné de cent hommes jusqu’à la Cour d’Ayutthaya, où il fut reçu en audience officielle.

 

RH 32. LA TROISIÈME GUERRE CONTRE LES BIRMANS POUR DEUX ÉLÉPHANTS BLANCS EN 1563 (?). (1)

La réponse du roi Chakkrapat.

 

 

Après avoir pris connaissance de la lettre du roi d'Hongsawadi, le roi demanda l'avis  de son premier ministre, qui après avoir loué le style de la lettre, la puissance du roi d'Hongsawadi, rappelé  sa générosité quand il avait relâché ses deux fils capturés (Cf. Article précédent), lui conseilla de donner les deux éléphants blancs, ce qui ne pouvait  que renforcer son honneur auprès des autres pays.

 

 

 

Mais le  Prince Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram, le  gouverneur de Suphanburi étaient d'un avis contraire. Ils lui rappelèrent que le roi d’Hongsawadi  n’avait pas été capable de garder les deux éléphants Si Mongkhon et MongkhonThawip qu'il lui avait  demandé après avoir libéré les Princes Ramesuan et Mahin. Il perdrait cette fois-ci son honneur vis à vis des autres pays en montrant sa peur face au pouvoir du roi d’Hongsawadi. Le roi sachant ce que signifiait le refus  leur demanda alors s'ils étaient capables de défendre la capitale.  (Cf. La conception de l'honneur ?(6))

 

 

Les trois l’assurèrent que, quelle que soit la taille de l’armée ennemie, ils garantissaient  la sécurité de la capitale.

 

 

 

 

La lettre  du roi Chakkrapat.

 

 

Après les éloges d’usage (le roi régnant à Ayutthaya où abondent les grands éléphants blancs de la lignée de Siva et Vishnu...), le roi rappelle une ancienne  tradition qui accorde la royauté aux mérites acquis et qui donne les « précieux » bijoux, femmes, éléphants, chevaux, armées, trésors, mais à la condition de l’acquérir par soi-même, sinon, précise-t-il, on ne peut les conserver.  (Rappel perfide du renvoi des deux éléphants blancs, que le roi d’Hongsawadi n’avait pu maîtriser).

 

 

Ensuite, reprenant la litanie « Naturellement, il ne faut pas être étonné qu’un royaume possédant belles femmes, éléphants blancs,  éléphants aux défenses courtes , des mines de pierres précieuses et d’or, génère la guerre. ». Pour terminer par un « hypocrite » : « Il ne faudrait pas que notre jeune frère se sente offensé ».

 

 

 

Ce  fut donc la guerre « en 910, l’année du singe, 10e décade ».

 

 

Le roi d'Hongsawadi reçut donc de la main de son ambassadeur la réponse du roi Chakkrapat et en tira la conclusion : « Nous ne désirions que deux éléphants blancs. Rompre ainsi notre royale amitié ! A ce jour, nous sommes de nouveau « opposés ».

 

 

 

 

La décision prise, le roi d’Hongsawadi analyse, devant ses principaux ministres, les raisons des deux échecs précédents. (Cf. Nos deux artciles précédents.)

 

 

La principale, dit-il, est la situation d’Ayutthaya entourée d’eau, tel le Mont Meru avec la mer de Sithandon, qui oblige à avoir des vivres suffisants pour tenir une longue campagne, surtout que les cités vassales de Phitsalunok, Sawankhalok, Sukhotai, Khamphaengphet, et Phichai ont, elles aussi, des vivres en abondance.  Donc, si nous prenons ces cités du Nord, Ayutthaya ne pourra pas éviter d’être prise.

 

 

 

 

Après avoir été approuvé par ses principaux ministres, le roi envoya l’ordre au roi d’Ava, son gendre, au roi de Phrae, son fils ainé, et au roi de Chiang Mai et aux autres seigneurs  des grandes ou petites cités vassales, de préparer éléphants, chevaux, et troupes et de venir se rassembler à Hongsawadi à la fin de la saison des pluies. (Rappelons-nous qu'en 1558 (?) Chiang Mai avait été vaincu et occupé par les Birmans.)

 

 

Dès la fin de la saison des pluies les différentes armées s'assemblèrent à Hongsawadi. On avait là une force énorme composée dit-on de « 900.000 hommes ! 700 éléphants de guerre ! 15.000 chevaux ! » venant d'Ava, Chiang Mai, Phukam, Pruan, Phrae, Lakhoeng, Cittong, Tôngu, Bassein, Bua Phüan, Sariang, Trang, Martaban, Moulmein, et Tavoy. Le roi nomma l’Uparat comme  le chef de l’avant-garde, le roi d’Ava formant l’aile droite, le roi de Phrae, l’aile gauche, et le roi de Chiang Mai, l’arrière-garde.

 

 

Le jour choisi par les astrologues, « le mercredi, le second jour de la lune croissante du 12e jour », l'armée birmane se mit en marche.

 

 

Un long chapitre des Chroniques décrira la magnificence de l'armée birmane (le roi d’Hongsawadi dans toute sa splendeur, sa pompe, son faste et son éclat. Magnifique sur son éléphant dont on donne le nom (Thewwanak Phinai), avec toutes ses parures, ses bijoux d’or et de saphirs, ses armes décorées, ses gardes du corps sur des chevaux somptueux, au milieu des bannières, drapeaux, ombrelles et parasols, avec l’armée derrière, marchant en rang, en procession, au son des gongs et des tambours …).

 

 

 

Ensuite les Chroniques vont raconter les étapes de la marche vers Ayutthaya (7 jours pour atteindre Martaban, 5 jours pour traverser la rivière de Martaban, et 20 jours pour atteindre Kamphaengphet.) et la mise en place de l'armée birmane. Le  roi de Chiang Mai ...

 

 

 

dut construire 200 bateaux de guerre (de type kajang laoka) que les Phraya de Haripunchai et de Nakhon Lampang amèneront en petites quantités et assembleront au canton de Rahaeng. Le roi birman  amena l’armée principale à Sukhotai pour y établir des palissades, puis  après avoir conféré avec les Phraya de Sukhotai et de Sawankhalok,  il se dirigea à Phitsalunok pour y établir l’enceinte royale.

 

 

 

 

Le Prince Thammaracha de Phitsalunok devant un choix « cornélien ».

 

 

Pendant ce temps le Prince Thammaracha de Phitsalunok avait été informé de l’arrivée des troupes d’Hongsawadi aux frontières et avait sollicité un renfort d'Ayutthaya tout en invitant tous les habitants de la région à venir dans la cité préparer sa défense.

 

 

Mais présentement, il pouvait voir le roi d’Hongsawadi préparer le futur assaut avec la fabrication de nombreuses échelles, le creusement de fossés, la construction de murs en terre, plus hauts que les siens, etc.  Puis il reçut une lettre du roi birman  lui proposant une négociation.

 

 

La première réponse du Prince fut de rappeler que son royaume  appartenait au roi d’Ayutthaya, le seigneur des éléphants blancs, et qu’il ne pouvait accepter de venir en audience. Le roi d’Hongsawadi le relança et dans une autre lettre expliqua que Phitsalunok était très petit et que son avant-garde suffirait pour occuper la cité, rajoutant  qu’il ne faudrait qu’une heure à ses soldats pour franchir les murs.

 

 

Alors le Prince Thammaracha invita quatre moines à évaluer la situation et fit le point avec son Conseil. Il constatait que l’armée d’Ayutthaya n’était pas arrivée, et que les forces du roi d’Hongsawadi étaient considérables (On entendait les voix et les sons assourdissants des hommes, des éléphants et des chevaux) ; et qu’elles leur seraient faciles d’attaquer et de détruire la cité, les hommes et les moines et la sainte religion. En conséquence, il était prêt à se rendre, et à  mourir pour sauver les hommes de sa cité.

 

 

 

 

Mais le lendemain, lors de son audience auprès  du roi d’Hongsawadi, il changea d'avis et accepta l'invitation du roi de  se joindre à lui, qui  lui accorda 7 jours pour préparer ses hommes (30.000) et  rejoindre l’armée principale.

 

 

Dès lors le roi d'Hongsawadi pouvait assembler ses forces à Nakhon Sawan.

 

 

 

Et pendant ce temps, le roi Chakkapat avait reçu le rapport du Prince Thammaracha de Phitsalunok et avait décidé d’envoyer Phraya Phichai Ronnarong et Phraya Wichit Ronnarong  l’aider au plus vite avec 10.000 hommes. Mais ceux-ci arrivés à la frontière de Nakhon Sawan apprirent que le roi d’Hongsawadi avait déjà pris Phitsalunok et toutes les cités du Nord et qu’il approchait de Nakhon Sawan, et aussi que le Prince Thammaracha était désormais à leurs côtés.

 

 

 

 

Informé, le roi Chakkrapat en fut plutôt effrayé et demanda leur plan au Prince Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkram, qui le rassurèrent en disant que si actuellement l'armée birmane et môn étaient  rassemblées en grand nombre, elles se diviseraient en descendant  sur la capitale et qu'ils pourront alors  les attaquer. Le roi organisa alors la défense de sa capitale en installant trois divisions au milieu de la cité et en renforçant les enceintes.

 

 

L’attaque de la capitale.

 

 

Les Chroniques racontent  la stratégie adoptée par les Birmans (En 2 §) avec  le mouvement des corps d’armée de l’Uparat, du roi de Phrae, du Phraya de Tongu, de Cittong, de Lakhoeng, du Phraya de Bassein, de Sariang, pendant que l’armée principale était au Wat Pho Phuak et le Prince Thammracha à Makham Yong derrière la réserve royale. Bref, les armées birmanes, môns et siamoises avaient encerclé la capitale et en un jour avaient fini de construire les ponts et les tours en bambou. Le roi et les habitants de la capitale pouvaient constater qu’ils étaient trois ou quatre fois plus nombreux que lors de leur précédente attaque.

 

 

 

L’échange des lettres royales.

 

 

Le roi d’Hongsawadi constatant après sept jours depuis son arrivée, qu'Ayuttaya  n'avait lancé nulle attaque décida d'envoyer une lettre au roi Chakkrapat.

 

 

Après les formules d’usage, il lui rappela l'historique du présent conflit ; sans oublier de faire référence à la guerre précédente où il avait répondu favorablement à sa lettre qui  demandait la liberté de ses deux fils prisonniers.

 

 

Il n'avait fait que demander deux éléphants blancs en termes choisis (reconnaissance de ses « mérites », amitié plus grande, et la gloire de sa capitale d’Hongsawadi, (en oubliant la menace exprimée)). Alors que lui, lui avait répondu de façon insultante, en se moquant des jolies femmes d’Hongsawadi et en insinuant qu’une réponse favorable n’aurait fait qu’attirer des forces ennemies. Il devait maintenant faire face à la réalité avec l’encerclement de sa capitale depuis 7 jours, lui signalant  le refus du combat et n'hésitant pas à se moquer au passage  pour son peu d’empressement à venir « s’amuser ». Il lui proposait de venir discuter s’il ne voulait pas combattre ou sinon il était assuré de perdre son royaume.

Là encore, le message était clair.

 

 

Quand le roi Chakkrapat prit connaissance du contenu de la lettre du roi d'Hongsawadi, il estima que ses soldats n'avaient pas la capacité de défendre la capitale et que s’il ne capitulait pas, tous les moines, brahmanes et habitants seraient exterminés ainsi que leur sainte religion profanée. Bien qu'il ait quelques doutes sur les promesses du roi d'Hongsawadi, il envoya sa réponse en exposant le dispositif et le cérémonial de la reddition (place et hauteur des trônes par ex.).

 

 

Le jour suivant, après les formules d’usage, le roi d’Hongsawadi lui communiqua les termes de la reddition : Au lieu des 2 éléphants blancs  refusés, le roi voulait désormais 4 éléphants blancs ; Que le Prince Ramesuan serait désormais son  « fils » (prisonnier). (Il passa outre à l’argument du roi  Chrakkrapat qui lui rappelait qu’il était son successeur en lui disant qu’il lui restait le Prince Mahin) et que Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram l'accompagneraient  ainsi que leurs femmes et leurs enfants.

 

 

 

 

Le roi d’Hongsawadi accepta la demande du roi Chakkrapat d’épargner tous les habitants d’Ayutthaya et de relâcher tous les prisonniers qui avaient été capturés dans les cités depuis la frontière.

 

 

 

Les dispositions furent prises de part et d'autre pour que s'organise le retour de l'armée du roi d'Hongsawadi avec ces prisonniers royaux et leurs familles et les 4 éléphants blancs nommés Phra Khatchentharodom, Phra Boromkraison, Phra Rattanakat, et Phra kaeo Song Bat.

 

 

Le roi Chakkaprat accompagna le roi d’Hongsawadi avec les illustres prisonniers et leurs familles,  jusqu’à  Kamphaengphet avant de retourner à Phitsalunok (?).

 

 

La troisième guerre était terminée.

 

 

 

 

 

PS. La trahison du sultan de Pattani.

 

 

 

 

Les Chroniques d'Ayuttahya ajoute qu'à la même période le sultan de Tani (Pattani)  était arrivé avec 200 bateaux Yayap pour soutenir le roi d 'Ayutthaya au temple de Kutbangkaca, puis le jour suivant s'était ancré au pont de Chai Gate. Puis apprenant ce qui  se passait à la capitale saisit l'opportunité de se révolter et s'empara du palace royal. Mais informées les troupes d'Ayutthaya purent reprendre le contrôle de la résidence royale. Et les bateaux restants de Pattani purent s'enfuir et retourner en leur territoire.


                                

 

La version du Prince Damrong.

 

 

 

 

Le Prince Damrong dans son chapitre 3 de son livre  « War in connection with white elephants »  consacré aux guerres contre les Birmans  nous donne une autre version sur certains points, des informations complémentaires (Il a eu accès aux sources birmanes, dit-il) et aussi une interprétation plus favorable pour les Siamois pour ce qui constitue -quand-même- une sévère défaite.   (3)

 

 

Il confirme qu'à la réception de la lettre du roi d'Hongsawadi demandant deux éléphants blancs, deux opinions se sont exprimées au Conseil du roi Chakkrapat. L'une qui rappelait essentiellement que la puissance du roi Bayin Naung était bien plus grande que celle de Tabinshwethi, surtout depuis qu'il avait annexé Chiang Mai, et qu'il était impossible de résister et d'obtenir la victoire. Il valait donc mieux souffrir de la perte de deux éléphants blancs que de faire souffrir le peuple.

 

 

D'autres plus importants comme le fils du roi, Phra Ramesuan, Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkhram, le gouverneur de Suphanburi, voyaient là une ruse du roi d'Hongsawadi pour envahir et annexer le Siam et un moyen pour montrer aux autres royaumes et cités que le roi d'Ayutthaya avait peur de lui. Ils estimaient que donner deux éléphants blancs n'épargnerait pas la guerre, mais ne donnerait qu'un délai. Il valait mieux  faire face au danger que de montrer au roi d'Hongsawadi que les Siamois avaient peur.

 

 

On connait la suite. Mais le Prince Damrong donne plus d'informations que les chroniques siamoises sur les forces supérieures du roi Bayin Naung que ne possédait pas le roi birman Tabinshwethi, lors de la guerre précédente. Ainsi, dit-il, il a désormais les capacités supplémentaires de Chiang Mai : bateaux de guerre, une armée de soldats, des moyens de transport, des vivres qu'il n'a pas besoin d'amener d'Hongsawadi. Il faut savoir, rajoute le Prince Damrong, que le roi Bayin Naung  possède  l'art de guerre, qu' il a déjà remporté de multiples victoires, que ses soldats ont foi en lui et sont en excellente condition ; que  Bayin Naung était déjà le commandant en chef du roi Tabinshwethi, quand ils ont envahi le Siam et donc qu'il connait bien le royaume, les méthodes de guerre des Siamois. De plus, cette fois-ci  Bayin Naung a des armes à feu plus puissantes que celles des Siamois et surtout, il a engagé 400 mercenaires portugais qui ont une grande expérience  de leur utilisation.

 

 

Ensuite le Prince Damrong précise que l'armée de 500.000 hommes (Les Chroniques siamoises disent 900.000) a été rassemblée  à Martaban et organisée en 5 divisions (Le Prince nomme les commandants de chacune), mais il ajoute que les Sawbwas des Etats Shan ont aussi reçu l'ordre de coopérer et d'assurer le transport de chaque division, tandis que le Chef de Chiang Mai devait amener les vivres par bateau et rejoindre l'armée du roi d'Hongsawadi à Tak.

 

 

Ensuite le Prince est  plus informatif que les Chroniques siamoises, en précisant le dispositif de défense d'Ayutthaya : Phraya Chakri avait été chargé avec 15.000 hommes de défendre le fort de Lumphli au nord; Phra Maha Sena avec une force de 10.000 hommes, au fort de Ban Dokmai Hantra à l'est ; Phra Phrakhang avec 10.000 hommes dans le fort à la fin du fossé pour le côté sud et Phra Sunthon Songkram avec 10.000 hommes au fort Champa à l'ouest.

 

 

Pendant ce temps, le roi d'Hongsawadi avait déjà pris la cité de Kamphaengphet et capturé le gouverneur, puis avait divisé son armée : Les vice-rois d'Ava et de Toungoo devaient prendre Phitsalunok, le Maha Uparat et le vice-roi de Prome, Sukhotai, Sawankhalok et Phichai et lui-même avec le reste de l'armée restait à  Kamphaengphet. Mais le Prince Damrong donne une autre version pour la reddition de Phra Maha Thammaracha, le Prince de Phitsalunok, en disant qu'il offrit une forte résistance et ne se rendit, qu'une fois les vivres épuisés, alors qu'une épidémie de variole s'était déclarée. Bref, Phra Maha Thammaracha et les autres gouverneurs des cités vaincues durent faire allégeance, furent laisser à leur poste en attendant l'ordre de venir rejoindre l'armée birmane.

 

 

Il était temps pour le roi d'Hongsawadi de marcher sur Ayutthaya. Après avoir organisé son armée : rassemblé à Phitsalunok  tous les bateaux des provinces du Nord qui devaient se ranger sous les ordres du vice-roi de Prome. A terre, Maha Uprat était en charge de l'aile droite, le vice-roi d'Ava  de l'aile gauche et le vice-roi de Toungoo du centre ; ils étaient suivis par l'armée du roi que sont venus rejoindre les armées de Phra Thammaracha, de Phraya Sawankhalok et de Phraya Pichai.

Ensuite est évoquée la décision du roi Chakkrapat d'envoyer Phraya Phichai Ronnarit et Phraya WichitNarong en avant garde de la principale armée commandée par son fils Phra Ramesuan chargée de soutenir Phitsalunok.

 

 

 

Après on connait la suite : Phraya Phichai Ronnarit et Phraya WichitNarong en arrivant à Nakhon Sawan apprirent que Phitsalunok était déjà tombé. Ils se retirèrent, mais Phra Ramesuan décida d'attendre l'ennemi en s'installant dans une forte position à Chainat.  

 

 

La bataille fut acharnée, les forces siamoises, dit le prince Damrong, furent braves et habiles, au point que l'armée birmane dut attendre l'arrivée des bateaux sous les ordres du vice-roi de Prome avant de reprendre le combat sur terre et sur la rivière. L'armée de Ramesuan ne put tenir sous le nombre et battit en retraite.

 

 

Puis ce fut l'attaque de la capitale avec la prise des forts de  Lumphli au nord; de Ban Dokmai Hantra à l'est ;  et du fort Champa à l'ouest... Bref, Ayutthaya était encerclé et le roi Chakkrapat ne pouvait que constater sa défaite pendant que le roi d'Hongsawaddi poursuivait la destruction de tous les bateaux siamois, plaçait ses gros canons près des murs qui tiraient sur la cité, effrayant le peuple …

 

 

Le roi d'Hongsawaddi proposa alors au roi Chakkaprat de négocier, en promettant de retirer ses forces et de ne pas prendre la capitale. Sous la pression du peuple (?)  Le roi fut obligé d'accepter « l'amitié » proposée par le roi d'Hongsawadi. Il fit construire un temple temporaire, pour rencontrer le roi d'Hongsawadi ; Celui-ci lui exposa alors les termes de la reddition :

 

 

 Le Prince Damrong, s'appuyant sur l'histoire birmane, nous apprend qu'en plus  de devoir  donner 4 éléphants blancs, et d'emmener  Phra Ramesuan, Phraya Chakri, et Phra Sunthon Songkham  à Hongsawadi,  les Siamois devront payer un tribut annuel de 30 éléphants, et 300 catties (monnaie ancienne équivalente à 150 kilos . D'or ? ; D'argent ? ) et que les Birmans n'auront plus les taxes à payer au port de  Muang Marit (Mergui).

 

 

« La guerre pour deux éléphants blancs » était terminée. Le roi d'Hongsawadi avait épargné la capitale d'Ayutthaya et libéré les prisonniers, mais avait pris en otage, le fils aîné du roi Chakkraphat, Phra Ramesuan, avec Phraya Chakri et Phra Sunthon Songkham.  Le royaume d'Ayutthaya était devenu un vassal du royaume d'Hongsawadi, qui avait de plus comme allié le Prince Thammaracha de Phitsalunok, qui pouvait contrôler toutes les cités du Nord et intervenir désormais contre le royaume d'Ayutthaya. C'est ce que nous allons voir dans le prochain article.

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) 1563, selon le Prince Damrong. Mais nous savons que les dates données sont toujours aléatoires et varient selon les sources.

 

 

(2) Les Chroniques royales racontent que le roi Chakkrapat avait capturé un éléphant blanc dans la région de Sai Yoi, qu’on nomma Phra Rattanankat. L’année suivante, le roi captura encore dans la forêt de Phetchabun  un éléphant blanc qu’on nomma PhraKaeo Song Bat et encore deux autres avec leur mère dans la forêt de Maha Pho. Et encore ensuite le roi captura un autre éléphant blanc, qu’on nomma Phra Boromkraison, dans la forêt de Chalechupson (ou Thalechupson), et encore un autre dans la forêt de Nam Song qu’on nomma Phra Suriyakunchon.

 

 

(3) Prince Damrong Rajanubhab, In « Our Wars with the Burmese, Thai-Burmese Conflicts, 1539-1767 », White Lotus, 2001

 

 

(4) Selon les sources, des confusions se font sur le nom du roi d'Hongsawadi. Pour notre période étudiée, on peut rappeler (ou convenir) :1546 : Tabinshwehti est sacré roi de toute la Birmanie à Pagan. 1547 : Tabinshwehti impose sa suzeraineté au nord du Siam puis conquiert le royaume môn et installe sa capitale à Pégou. 1551 : La mort de Tabinshwehti entraîne la division de son empire et la révolte des Môns. Bayinnaung devient roi et réunifie toute la Birmanie. C'est donc le roi Bayinnaung, qui en 1558 prend Chiang Mai, qui reste deux siècles sous domination birmane, à l'exception de deux brèves périodes au tournant du XVII e siècle et au début du XVIII e siècle. Le Lanna repasse sous influence siamoise en 1774, date à laquelle Chiang Mai est prise par le roi Taksin.

 

 

 

 

(5) 5-5. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.htm

           5-6.  La troisième guerre d’Ayutthaya contre les Birmans.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-56-la-troisieme-guerre-d-ayutthaya-contre-les-birmans-1568-112392417.html

 

 

(6) Une guerre pour «  l’honneur » ?

 

On peut noter que c’est la première fois que dans les Annales royales une guerre se fait explicitement au nom de l’ « honneur », bien que nous avons vu qu’en 1556, le roi Chakkrapat  s’était senti « obligé «  d’aller au secours de son vassal, le roi de Lovek, (vassalité acceptée lors de sa défaite de 1551 (Cf. article 54), défait par les Annamites. Cette « obligation » est bien sûr le fondement de ce système d'alliance, mais on ne peut s’empêcher de penser qu'il  repose aussi  sur une conception de l’honneur.

 

 

Mais le problème ici est que le 1er ministre et le  Prince Ramesuan, Phraya Chakkri et Phra Sunthon Songkhram n’ont pas la même conception de l’honneur. Les deux présument que leur opinion répond le mieux à l’idée que se font les autres pays de l’honneur.

 

 

L’un veut éviter la guerre et met en avant la reconnaissance du geste royal du roi d’Hongsawadi d’avoir libéré les deux fils du roi et les trois autres estiment qu’il ne faut pas céder à la menace et à la peur et sont prêts à défendre leur position jusqu’à la guerre.

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commentaires

de Barbeyrac 29/08/2018 20:31

Fort intéressant ce récit de guerre. Est ce qu’il y a réellement des éléphnats blancs

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 30/08/2018 02:12

Heureux que cela vous ait intéressé.

Un éléphant blanc est en fait un éléphant albinos. La rareté en avait fait (en fait) une incarnation divine.