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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 22:06

 

 

PRÉSENTATION

 

Nous nous sommes penchés à plusieurs reprises sur des légendes dont les Thaïs sont friands avec leur part de merveilleux oubliant souvent leur sens critique. (1). Contes ou légendes ? La légende appartient toujours peu ou prou à l’histoire réelle ou supposée du pays et fait incontestablement partie de sa mémoire collective. Le conte lui s’inscrit dans un ordre plus mythique, récit imaginaire (encore que …) et est en général un récit anonyme transmis oralement depuis des siècles, mais il n’est pas certains que les Thaïs soient sensibles à ces différences.

 

 

Les seules histoires sans mensonges que l’on pourrait écrire devraient l’être sur un beau livre de papier blanc.

 

 

Certitudes ? Vérités ? Pourquoi ne pas aller de temps à autre puiser aux sources de l’imaginaire ?

 

Les contes locaux mis tardivement sous forme écrite ont fait l’objet de peu de traductions et encore mois d’études des érudits occidentaux. Auguste Pavie a mis en forme quelques contes concernant partiellement le Siam recueillis soit sur des manuscrits sur feuilles de latanier soit par tradition orale.

 

 

Il les a probablement sauvés de l’oubli (2). Notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » a mis en forme quinze de ces contes du Lanna dont l’origine remonte aux jatakas (ชาดก), récits mis en forme aux alentours de 300 avant Jésus-Christ mais qui pourraient être antérieurs au bouddhisme (3-1). 

 

 

Il nous faut également signaler la publication en 2014 du livre « Légendes du Laos », un recueil de contes traditionnels dont la traduction française a été assurée en particulier par notre ami Jean-Michel Strobino. Nous y retrouvons la version laotienne de Phra Suthon et Manora sous le nom de « Sithon et Manola » (3-2). 

 

 

Présentation de l'ouvrage dans le Bulletin de l'association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos du deuxième trimestre 2014 :

 

 

L’histoire de Phra Suthon (พระสุธน - parfois transcrit Sudhana) et de Manora (มโนราห์ – parfois transcrit Manohara) proviendrait des Pannasajataka (ปัญญาสชาดก), un texte pali qui aurait été mis très tardivement en forme par un moine bouddhiste à Chiangmai vers 1450-1470 et dont on retrouverait des traces dans des bas-reliefs de Borobodur en Indonésie qui datent du IXe siècle de notre ère (4).

 

 

Elle a inspiré des pièces de théâtre, des danses et des ballets et toute une énorme littérature populaire, petits fascicules à l’usage des enfants, bandes dessinées, dessins animés, toute littérature regardée avec condescendance par les spécialistes occidentaux de la littérature thaïe… dans laquelle nous avons puisé la traduction que nous allons vous livrer.

 

Toujours connue des Thaïs, certes puisqu’elle a en outre inspiré plusieurs séries à la télévision en 1987 et la dernière sur la 7 en 2002 (5) bien que  la littérature érudite à son sujet est squelettique (6).  Nous ne connaissons qu’une version française de ce conte (7). Tous les textes que nous avons consultés et traduits en font une histoire « venue de l’époque d’Ayutthaya » ce qui peut-être confirmé par la date ci-dessus mais provenant de toute évidence d’une tradition orale beaucoup plus ancienne. Elle est l’une des plus belles histoires de la forêt de l'Himmapan (ป่าหิมพานต์), forêt légendaire entourant le mont Meru (ภูเขา เมรุ) de la mythologie hindoue .

 

 

L’HISTOIRE : UNION – SÉPARATION – RÉUNION

 

Il était une fois, il y a très longtemps, une ville magnifique appelée Panchanakhon (ปัญจานคร). Son roi s’appelait Phrachao Athichuang (ou Athityawong - พระเจ้าอาทิจวงศ์) et la reine Phranang Chanthathewi (พระนาง จันทราเทวี). À l’époque du Bodhisattva (พระโพิ์สัตว์) elle donna le jour à un enfant qui reçut le nom de Phra Suthon  (พระสุธน).

 

 

A la même époque, il existait une autre ville appelée Mahapanchanakhon ou Panchanakhon la grande (มหา ปัญจานคร) dont le roi s’appelait Phrachao Nantharat (พระเจ้านันทราช). Son pays souffrit alors d’une épouvantable sécheresse à tel point que sa population fut contrainte à l’exil et dans son immense majorité vint s’installer dans le pays de Panchanakhon. Nantharat s’inquiéta auprès de son premier ministre : « pourquoi notre population s’est-elle enfuie, il ne reste plus que les vieillards et les infirmes ? ».

 

 

Celui-ci répondit « votre population s’est réfugiée à Panchanakhon parce que le roi des Nagas et des serpents souterrains, Chomphuchit (ชมพูจิต) favorise la bonne venue des récoltes ». Le roi furieux se demanda alors comment faire pour se débarrasser de ce démon souterrain et ne trouva pas d’autre issue que de le faire tuer.

 

 

Un brahmane se porta alors volontaire pour accomplir cette mission. Il alla lui-même voir un chasseur de la forêt appelé Buntharik (บุณฑริก) qui prétendait savoir comment tuer le roi des nagas mais néanmoins demanda au Brahmane de lui donner des conseils de magie pour l’aider à accomplir cette mission.
 

 

Buntharik partit alors en chasse dans les bois. Le hasard lui fit alors rencontrer sept kinaris (กินรี), fille du prince et savant appelé Thao (seigneur) Phumrat (ท้าวภูมิราช) et de la princesse Chantakinari (จนทกินรี). Ils habitaient les montagnes de Krailat (ภูเชาโกรลาส). Elles étaient toutes très belles et étaient descendues dans la plaine d’humeur joyeuse pour jouer dans l’eau d’un torrent en riant et folâtrant.

 

 

Demi-femmes et demi cygnes, les kinaris (ou thep kinari เทพกินรี) appartiennent à ces créatures célestes de la mythologie hindoue. Belles comme le jour, elles chantent et dansent à ravir. Elles peuvent à volonté se débarrasser de leurs ailes – qui leur permettent de voler – et de leurs queues pour retrouver forme humaine et ressembler à des femmes.

 

 

Le mont Krailat est un lieu sacré de la mythologie hindoue, situé dans la chaine himalayenne.

 

 

Le chasseur Buntharik eut alors l’idée d’enlever l’une d’entre elle, la plus belle,  pour en faire présent à Phra Suthon. Il savait en effet que celui-ci, seul enfant du roi  Athichuang et la reine Phranang Chanthathewi était devenu un jeune homme accompli, beau, intelligent et ayant acquis d’exceptionnelles qualités en particulier dans le tir à l’arc. Par ailleurs, il savait aussi que le couple royal, fier de leur fils était désireux de lui trouver une épouse digne de son rang. Or, une première candidate avait une voix rocailleuse, une autre se déplaçait sans grâce, une troisième n’avait aucune intelligence, une quatrième avait le teint blême, la suivante était incapable de chanter, une autre de danser et la septième passait son temps à rire de façon stupide et intempestive. Le royaume était alors inquiet de l’avenir de sa dynastie. Lorsque Buntharik vit les sept paires d'ailes qui gisaient sur l'herbe sur la rive, abandonnée par les kinaris pour pouvoir batifoler dans l’eau. Sur les conseils du brahmane, il utilisa les services d’un vieux serpent complaisant, en fit un lasso magique, se faufila furtivement le long de la rive et captura ainsi Manora, la plus jeune et la plus belle de toutes les jeunes filles.

 

 

l la conduisit ensuite au palais et la présenta au roi Athichuang et la reine Chanthathewi. « La Princesse Manora fera une épouse idéale pour notre prince Suthon » pensèrent le roi et la reine.

 

 

Sa beauté et son charme firent l’admiration de tous les membres de la famille royale. Le prince Suthon et la princesse tombèrent éperdument amoureux l’un de l’autre et tout le royaume se  réjouit de la nouvelle de leur mariage. Ils avaient, il est vrai, déjà été mari et femme dans une vie antérieure, Suthon sous le nom de Phrarot (พระรถ) et Manora sous celui de Méri (เมรี). L’histoire de leur vie antérieure fit d’ailleurs également l’objet d’un conte traditionnel.

 

 

Pour remercier le chasseur, Suthon lui offrit mille lingots d’or. Le jour du mariage, le prince dit à son épouse: «Manora, je suis le plus heureux des mortels. Tout ce que tu me demanderas pour assurer ton bonheur, je le ferai ». La belle Manora lui répondit « Suthon, tout ce que je te demande est que tu ne me quittes jamais. Quand tu es près de moi, je suis heureuse mais si je suis seule, je pense à mon père et à mes sœurs et je deviens triste ». Ils connurent dès lors un grand bonheur. Malheureusement, le roi avait un conseiller fourbe et cruel – il y en a toujours un aux côtés d’un bon roi dans ces belles histoires – qui craignit de perdre son pouvoir lorsque Suthon monterait sur le trône et chercha le moyen de se débarrasser de lui.

 

 

A cette époque, le roi Nantharat, probablement irrité de ce que son chasseur n’avait pas accompli sa mission qui n’était pas de trouver une épouse à Suthon mais de tuer le roi des nagas, prit la décision d’envahir le pays de Panchanakhon. Le conseiller fourbe et cruel conseilla au roi d’envoyer Suthon à la tête des armées en espérant que son inexpérience le conduirait à la mort. Le roi Athichuang tomba dans le panneau. « C’est une bonne chose, ce sera l’occasion pour mon fils de faire ses premières armes et de s’endurcir au combat ». Suthon fut donc contraint de quitter Manora, c’était peu après leur mariage : « Je dois partir conduire les troupes de mon père pour vaincre les ennemis qui ont attaqué la frontière du nord ». « Je comprends » répondit-elle.

 

 

Le prince demanda à un ami fidèle de s'occuper de Manora en son absence : « Garde-la bien, elle est le joyau de notre royaume et le trésor de ma vie. Ami, ne la néglige pas. Surveille-la nuit et jour, et en récompense de ton service, à mon retour, je te ferai mon principal conseiller juridique royal ». Malheureusement, le conseiller fourbe et cruel avait entendu cette conversation qui lui laissait penser qu’il perdrait son poste si Suthon montait sur le trône. Quand Suthon fut parti, le roi fut pris de douleurs violentes et fit un rêve étrange dont il entretint son mauvais conseiller « Dans mon sommeil, j'ai vu mon intestin se dérouler et sortir de mon corps ». Le conseiller malveillant lui affirma qu’il s’agissait de signes prémonitoires annonçant la chute de la ville et la mort de ses habitants. Il n’y avait qu’une ressource : seul un sacrifice humain, celui de Manora la femme-oiseau, apaiserait la colère des dieux. Le roi crut ces paroles mais la reine ne fut pas dupe.

 

 

Conscient de l’horreur de cette décision, le roi prit soin s’isoler la reine et de placer des gardes à sa porte. Celle-ci pensait que son mari avait perdu la raison. Elle tenta de consoler Manora en lui disant « Ne t'inquiète pas, mon enfant, nous trouverons un moyen de te sauver ». « Mère, vous savez que Suthon ne voudrait pas ma mort, s'il vous plait, apportez-moi mes ailes », supplia-t-elle.

 

Quand l’heure du sacrifice fut venue, elle annonça qu’elle devait accomplir une danse rituelle comme il était d’usage des kinaris avant leur mort. La foule s'était rassemblée pour voir le sacrifice du sang. Manora avait attaché ses ailes gracieuses. Elle se balançait doucement comme une fleur au vent. Ses bras bougeaient lentement et ses jambes guidaient ses pas. Soudain, ses ailes s'étirèrent vers l'extérieur et, aussi discrètement qu'une hirondelle, elle  s’envola, survolant le palais, vers le ciel. « Puisse-t-elle arriver chez elle en toute sécurité » murmura la reine. « Je le lui souhaite aussi » murmura son époux.

 

 

Avant de rejoindre la montagne de Krailat, Manora se rendit dans la cabane d’un vieil ermite non loin de l’endroit d’où elle avait été enlevée par le chasseur Buntharik et lui dit « Saint homme, si mon mari vient à ma recherche, donnez-lui mon anneau de rubis rouge, je vous prie ». Celui-ci lui répondit « femme-oiseau, vous savez que le prince vous cherchera jusqu'au bout du monde. Je lui donnerai votre bague et ma bénédiction ». En larmes, Manora lui répondit « Je vous remercie. S'il vous plait, essayez de le protéger du mal, apprenez lui les incantations qui l’en protégeront ». Le saint homme lui répondit « Je le ferai et plus encore, Manora. Je lui apprendrai le langage des oiseaux et des animaux et je lui donnerai des pouvoirs magiques ». Battant alors des ailes, Manora s'envola dans le ciel en direction du mont Krailat où son père et ses six sœurs l’attendaient.

 

Quand Southon revint vainqueur de la guerre, il partit à la recherche de son épouse. Celle-ci lui avait dit « je suis venue dans cette vie mais je reviendrai dans une autre ». Pendant des jours, il arpenta des pays inconnus. Partout il demandait la route vers le pays des oiseaux mais nul ne pouvait lui répondre, jusqu’au jour où il découvrit le saint ermite. Celui-ci lui remit la bague de rubis et lui dit « Oui, je peux vous indiquer le chemin vers le pays des femmes-oiseaux. La route est périlleuse mais si vous connaissez les incantations que je vais vous apprendre et que vous portez mon amulette magique, je pense que vous  y arriverez en toute sécurité. Je vous confie mon singe domestique. Ne mangez surtout  jamais une baie ou un fruit à moins que le singe ne le mange d’abord ». L'ermite lui remit l'anneau de rubis de Manora, lui enseigna des incantations ainsi que le langage des animaux et des oiseaux et lui indiquant la direction du nord.

 

 

Il voyagea ainsi dans la jungle, les forêts, les montagnes affrontant des animaux sauvages et des géants démoniaques (yakmara -  ยักษ์มาร). L’un d’entre eux était sept fois plus grand que lui. Il soufflait des flammes par les narines. Suthon prononça alors les incantations que lui avait appris l’ermite et le yak s’inclina devant lui. Il lui fallut ensuite traverser une rivière de feu. Suthon prononça encore les incantations et immédiatement un serpent géant s’étendit qui lui permit de marcher sur son dos et de traverser. Ce fut finalement un oiseau magique tout d’or et d’argent sur lequel il put chevaucher qui le conduisit jusqu’à Krailat.

 

 

La montagne sacrée était sous la juridiction de Phumrat. Celui-ci consentit alors à lui rendre sa fille à la seule condition qu’il réussisse cinq épreuves avec son arc, que sa flèche traverse sept planches, sept rochers, sept plaques de fer, sept plaques de cuivre et ensuite la mer et les montagnes.

 

 

Lorsque la flèche disparut, le roi le soumit encore à une dernière épreuve, ses sept filles étant toutes aussi belles, il fallait que Suthon reconnaisse Manora. Le dieu Indra (พระอินทร์) vint alors à son secours en le prenant en pitié, il se transforma en mouche d’or et se posa sur le front de Manora. « Prince Suthon, vous pouvez emmener la princesse Manora ma fille dans votre pays » lui dit alors Phumrat. Ils revinrent tous deux chevauchant l’oiseau d’or et d’argent.

 

Le voyage avait duré sept ans, sept mois et sept jours.

 

 

 

OÙ EST LE MONT KRAILAT ?

 

 

Nous l’avons déjà rencontré, lieu de séjour sacré de créatures célestes à propos de « La légende des sept déesses de Songkran » (1).

 

 

Il abrite les kinaris (ou thep kinari เทพกินรี), demi-femmes et demi cygnes, ces créatures célestes de la mythologie hindoue. Belles comme le jour, elles chantent et dansent à ravir. Elles peuvent à volonté se débarrasser de leurs ailes – qui leur permettent de voler – et de leurs queues pour retrouver forme humaine et ressembler à des femmes. Notre ami Jean-Michel Strobino que nous venons de citer au sujet de sa contribution à la traduction en français de la version laotienne de ce conte et qui par ailleurs connait bien la mythologie liée au « Kailash » nous a donné quelques explications dont nous le remercions :

 

« A l’origine était le mont Méru… ».

 

 

En effet tous les textes sacrés des trois principales religions centre-asiatiques (bouddhisme, hindouisme, jaïnisme), depuis les plus anciens, parlent d’une montagne qui correspond dans leurs cosmologies respectives à l’axe du monde, le centre de tous les univers : physique, métaphysique et spirituel. Celle-ci porte le nom de Meru ou Su Meru (le grand Meru, le saint Meru) en sanskrit, lingua franca de l’époque où sont apparues ces religions (en thaï contemporain Khao Phra Meru ou Khao Phra Sumeru  - เขาเมรุเขาพระสุเมรุ

 

« Et le mont Méru s’est fait chair… ». Cette montagne n’a longtemps été qu’une représentation purement symbolique qui n’existe pas réellement. Cependant, pour permettre aux profanes une meilleure compréhension de cette notion abstraite, le Mont Meru a fait l’objet de nombreuses tentatives de description et de localisation plus ou moins concrètes. Ainsi, le traité d’astronomie indienne Surya Siddhanta  (VIe siècle avant J.C), le situe « au milieu de la terre », sans indiquer si c’est en surface ou au centre.

 

 

Un autre texte le décrit comme une montagne immense de 84.000 yojana d’altitude (soit plus d’un million de kilomètres !). Enfin un ancien traité de cosmologie représente le Mont Meru encadré aux quatre points cardinaux par quatre autres montagnes dont le Mont Kailasha au sud.

 

 

Ce dernier qui existe vraiment (situé dans l’ouest du Tibet) et qui possède des caractéristiques exceptionnelles (pic proéminent de 6.638 m. qui peut faire penser à un linga, situation dominante au bord du lac Manasarovar rappelant l’océan primordial, nombreux fleuves d’Asie méridionale - Indus, Sutlej, Brahmapoutre, Gange – prenant leur source à proximité…), s’est facilement imposé et substitué au fil du temps au Mont Meru originel dont il a hérité de tous les pouvoirs.  Voilà comment on est passé du Mont Meru mythologique au Mont Kailash bien réel !

 

 

 

Par la suite le terme sanscrit Kailasha (qui signifie « cristal ») a subi toutes les déformations possibles selon les adaptations et transcriptions qui en ont été faites au fil des siècles dans les différentes langues des pays d’Asie : Chine, Thaïlande (Krailat), Laos, Cambodge, Birmanie, Sri Lanka et jusqu’en Indonésie. Mais les deux formes (Meru et Kailasha) dans leurs différentes transcriptions continuent de coexister, selon que l’on se réfère à la montagne mythologique ou au lieu sacré où l’on effectue le pèlerinage (ou yatra).

 

 

Petite anecdote : le point culminant de l’île de Java est le Mont Semeru (3.676 m.) qui n’est autre que la transcription très peu altérée du Su Meru originel. Dans ce cas, il est curieux de remarquer que les habitants n’ont pas eu besoin de choisir le lointain Kailash pour se représenter le mythique Mont Meru puisqu’ils avaient sous leurs yeux cet impressionnant volcan local à la forme particulière avec son petit panache de fumée qui faisait amplement l’affaire ! Un Kailash local en quelque sorte auquel a donc été donné le nom d’origine ! Ce qui confirme un peu plus cette démonstration… (J.M. Strobino).

 

 

UN PARALLÈLE DES TRADITIONS  MYTHOLOGIQUES ?

 

Cette histoire se retrouve dans le folklore du Laos, du Myanmar, du Cambodge, du Sri-Lanka, du nord de la Malaisie et de l’Indonésie avec bien évidemment des variantes (8). Reflète-t-elle un très ancien épisode historique, une sécheresse exceptionnelle entraînant des migrations et des guerres, une époque restée présente dans la mémoire collective et transmise de génération en génération après avoir été embellie ?

 

 

Si les deux cités de Panchanakhon et Panchanakhon-la-grande sont probablement imaginaires, la référence au Bodhisattva (l’illumination) situerait l’histoire à l’époque de Bouddha.

 

 

Mais il est des coïncidences singulières :

 

Souvenons-nous du sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre (9)

 

 

ou encore des multiples transformations de Zeus en animal et celle de la nymphe océanide Métis, déesse à part entière, qui se transforme en mouche.

 

 

 

N’oublions pas les sirènes de la mythologie grecque, qui sont aussi des femmes mi-oiseaux qui chantent et dansent à la perfection,

 

 

et le long voyage de retour d’Ulysse qui dura 10 années au cours desquelles il dût faire face au chant des sirènes, affronter le géant Cyclope

 

 

et enfin montrer son habileté à l’arc pour retrouver son épouse bien aimée.

 

 

Faut-il y voir le signe d’une interpénétration des deux cultures, la culture brahmanique et celle des Athéniens de l'époque hellénistique ? (10)

NOTES

 

(1) : Voir en particulier nos articles :

A 215 – « เจ็ดนางสงกรานต์ : LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN   »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html

INSOLITE 4. « THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES … »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

A 51. « Cinéma thaïlandais : La légende de Suriyothai »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-51-cinema-thailandais-la-legende-de-suriyothai-95050366.html

A 115. « Revenons sur les rapports entre l'histoire et "la légende de Suriyothaï" » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a114-revenons-sur-les-rapports-entre-l-histoire-et-la-legende-de-suriyothai-i-118521492.html

 

(2) Auguste Pavie « Contes populaires du Cambodge, du Laos et du Siam », Paris, 1903. Louis Finot a été plus complet mais ne nous parle que des contes du Laos : « Recherches sur la littérature laotienne » in Bulletin de l’école française d’Extrême-Orient, 1917, tome 17, pp 1-218.

 

(3-1) https://www.merveilleusechiang-mai.com/articles/15-contes-legendes

(3-2)  Mixay Somsanouk « Légendes du Laos » (ISBN : 974843432X,  Éditeur WHITE LOTUS PRESS.

Une édition anglaise a également été publiée : 

 

 

(4) https://en.wikipedia.org/wiki/Manohara

 

(5) La série comporte 11 épisodes de 45 minutes et commence avec les précédentes vies de Suthon (พระรถ) et Manora (เมรี) disponibles sur Youtube.

https://ipfs.io/ipfs/QmXoypizjW3WknFiJnKLwHCnL72vedxjQkDDP1mXWo6uco/wiki/Prasuton_Manorah_(TV_series).html

 

(6) Henry D. Ginsbur Hemmet « THE MANORA  DANCE-DRAMA : AN INTRODUCTION » in Journal de la Siam society, 1960-II, pp.169-181.

Christine Hemmet y fait allusion : « Le Nora du sud de la Thaïlande : un culte aux ancêtres »  In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 79 n°2, 1992. pp. 261-282;

 

(7) « Histoire de Nang Manora et Histoire de Sang Thong : deux récits du recueil des cinquante Jataka » aux Presses Salésiennes, Tokyo, 1947.

 

 

Il existe une version anglaise numérisée :

https://www.gotoknow.org/posts/458723

 

(8) Voir Henry D. Ginsburg « The Sudhana – Manohara – a tale in Thai », 1994.

 

(9) Au début de la guerre de Troie, la flotte des Achéens était bloquée dans le port d’Aulis à la suite d’une faute commise par Agamemnon contre la déesse Artémis. Afin de faire partir cette flotte, Agamemnon interrogea le devin Calchas qui lui répondit qu’il ne pourrait apaiser la colère de la déesse qu’en lui sacrifiant Iphigénie, sa propre fille. Comme tout bon père, Agamemnon s’opposa à ce sacrifice, mais Ulysse et Ménélas parvinrent à le convaincre d’accepter. Il dut monter un stratagème avec l’aide de la déesse Artémis qui l’avait prise en pitié pour que sa fille fût remplacée in extrémis  par une biche.

 

(10) Voir Marie-Pierre Delaygue : « Les Grecs connaissent-ils les religions de l'Inde à l'époque hellénistique ? » In : Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°2, juin 1995. pp. 152-172;

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