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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 22:04
A 274 - UN EXEMPLE SINGULIER DE L’ANGLICISATION DE LA LANGUE THAÏE : INTRODUCTION D’UN PRONOM PERSONNEL À L’INTENTION DES HOMOSEXUELS

Une récente étude universitaire vient de nous apprendre avec amusement, c’est le moins que l’on puisse dire, que le langage informel, celui d’Internet dont les Thaïs sont friands – qui n’a pas avec lui ou elle sa tablette – venait de créer un nouveau pronom personnel à l’usage des homosexuels (1). Le Thaï  est une langue bien vivante, elle évolue donc comme toutes les langues vivantes.

 

 

Le rôle des pronoms personnels dans la langue thaïe étant fondamentalement différent de celui qu’ils ont en français ou en anglais, quelques explications ne seront pas inutiles pour ceux de nos lecteurs qui n’ont qu’une connaissance superficielle de la langue.

 

 

En français ou en anglais : Les pronoms personnels servent à désigner les personnes en nombre et en genre, masculin ou féminin. Ainsi pour le français, au singulier, la première personne, « je » ou « nous », pluriel de majesté encore utilisé, dans le jargon judiciaire (« Nous, Président du Tribunal de Clochemerle »), « tu » ou « vous » (pluriel de politesse), « il » ou « elle » pour la troisième personne et au pluriel, « nous » pour la première personne, « vous » pour la seconde et « ils » ou « elles » pour la troisième. Pour l’anglais, la situation est plus basique,  au singulier « I » pour la première personne, « You » pour la seconde, « he » (masculin) ou « she » (féminin) pour la troisième et pour le pluriel, « we » pour la première personne, encore « you » pour la seconde et pour la troisième « they » indifféremment masculin ou féminin. Les Anglais ajoutent simplement pour la troisième personne du singulier un neutre, genre que ne connait pas le français, « it » indifféremment « il » ou « elle » que ce soit pour votre chien ou votre automobile.

 

 

La situation en thaï est différente et autrement plus complexe. Cela relève de deux réalités grammaticales qui démontrent que la grammaire, au moins dans sa syntaxe, n’est pas aussi simple qu’on le lit trop souvent : les niveaux de la langue au sein de laquelle sont utilisés ces pronoms et la fonction même des pronoms personnels.

 

 

LES 5 NIVEAUX DE LA LANGUE (RADAPPHASA - ระดับภาษา).

 

 

Toutes les grammaires thaïes les définissent comme suit (2) :

 

1) Le langage cérémoniel ou protocolaire (phasaradap phithikan – ภาษาระดับพิธิการ)

Il faut – pensons-nous - y inclure le rachasap (ราชาศัพท์) « la langue de la cour » qui en réalité n’est pas une langue différente du thaï mais un vocabulaire spécifique réservé à la famille royale. Les mots sont le plus souvent issus du cambodgien ou du sanscrit. Il n’a rien de mystérieux, on trouve des petits lexiques partout pour quelques dizaines de baths. Elle a ses pronoms personnels.

 

2) Le langage officiel (phasaradapthangkan - ภาษาระดับทางการ)

C’est le langage du gouvernement et des hautes administrations ainsi que de leurs correspondances qui a aussi ses pronoms personnels qui ne sont pas ceux de la précédente.

 

3) Le langage semi officiel (phasaradapkungthangkan - ภาษาระดับกึ่งงทางการ)

Vous serez peut-être conduit à l’utiliser à l’occasion de correspondances officielles ou administratives. Il a encore ses pronoms personnels qui ne sont pas ceux des précédents.

Les deux niveaux suivants sont ceux que vous apprennent tous les manuels d’apprentissage de la langue, ils ont également leurs pronoms personnels spécifiques :

 

4) Le langage de la conversation et du dialogue (phasaradapsonthana – ภาษาระดับสนทนา)

Nous sortons du domaine officiel et protocolaire. C’est le langage des personnes bien élevées et des correspondances courantes.

 

5) Le langage familier (phasaradapkaneng – ภาษาระดับกันเอง)

C’est celui que vous entendrez tous les jours

Et il est un oublié des grammaires et de tous les manuels d’apprentissage de la langue …

 

 

6) Le langage du marché (phasatalat – ภาษาตลาด)

 

La traduction de « langage de charretier » serait mieux adaptée. Il s’agit là aussi d’un vocabulaire spécifique de mots le plus souvent licencieux, grossiers voire très grossiers (khamyapkhai - คำหยาบคาย) qui a également son éventail de prénoms. Ils appartiennent pourtant à la langue puisqu’ils se trouvent dans le dictionnaire de l’Académie royale qui en donne de pudiques définitions tout en précisant qu’ils ne sont pas convenables (mai souphap  – ไม่สุภาพ).

 

 

 

La seule étude sérieuse écrite au sujet de ce langage accompagnée d’un glossaire non exhaustif de plus de 200 mots a été publiée par l’un de nos amis en plusieurs livraisons en 2010 dans une revue de Pattaya aujourd’hui disparue « Bonjour » dont il a fait quelques tirages à part (3).

 

 

LA FONCTION DES PRONOMS PERSONNELS

 

A chacun de ces niveaux de langage correspondent des pronoms personnels spécifiques, mais, nous allons le voir, leur fonction différent fondamentalement de la leur dans notre langue dans laquelle ils désignent simplement le genre et le nombre. Ils sont souvent éludés dans le langage familier voire dans celui de la conversation. Ainsi nos épouses nous comprennent parfaitement si nous leur disons « je vais acheter de la bière » - paisuebia (ไปซื้อเบียร์) – littéralement « aller-acheter-bière » nous sommes compris mais nous avons éludé le pronom personnel qui convient à notre statut. Nous parlons le thaï comme le français un habitant d’Haïti.

 

 

 

Cette suppression n’existe pourtant pas dans la langue écrite, même dans les ouvrages pour les tout-petits où nous retrouvons ces pronoms personnels utilisés de la façon la plus grammaticale et la plus orthodoxe qui soit (4).

 

Si vous pourrez lire (Guides touristiques en particulier !) que la grammaire thaïe est « basique » pour ne connaître – en particulier – ni singulier ni pluriel c’est une stupidité fondamentale dans la syntaxe et l’utilisation des pronoms personnels. Ils désignent bien sûr le genre et le nombre : le « je » des femmes n’est pas celui des hommes et le « il » n’est ni le « elle » ni le « ils ».

 

Par contre les pronoms de la première et de la deuxième personne et éventuellement la troisième sont en sus utilisés pour marquer l’âge, le grade, le statut, la position sociale et la nature des situations hiérarchique dans une société qui reste verticale.

 

 

Un excellent manuel d’apprentissage de la langue, anglophone malheureusement (5), nous donne pour le pronom « je » (« I ») 10 versions, masculine, féminine, familière, vulgaire, insultante, marquant les liens de parenté, les degrés de familiarité ou la supériorité ou l’infériorité hiérarchique. En ce qui concerne le pronom « tu » ou « vous » (« you »), nous en avons 9 variétés.

 

 

Un site Internet également remarquable nous donne 12 variantes du mot « I » et 15 variantes du mot « you » avec une brève explication sur les conditions d’utilisation, de nombreux exemples qui nous plongent dans le contexte, y rajoutant en outre le poétique et l’archaïque (6).

A 274 - UN EXEMPLE SINGULIER DE L’ANGLICISATION DE LA LANGUE THAÏE : INTRODUCTION D’UN PRONOM PERSONNEL À L’INTENTION DES HOMOSEXUELS

La grammaire thaïe nous met en garde au premier chef contre une utilisation fautive qui pourrait être mal interprétée ce qui est un challenge en fonction du contexte puisqu’un pronom personnel que vous pouvez utiliser en vous adressant à votre chien ou à un gamin devient insultant hors contexte et un pronom que vous pouvez utiliser en Isan devient vulgaire à Bangkok. Ceci dit pour les niveaux 4 et 5, elle les catégorise en pronoms utilisés dans une conversation au sein du même niveau social entre deux hommes, entre un homme et une femme dans les deux sens. Dans une conversation entre membres de la famille, il faut distinguer la hiérarchie, l’inférieur parlant à un supérieur ou vice-versa. Dans une conversation entre étrangers de rang social différent, les hommes et les femmes utiliseront des pronoms différents. Il en est de même dans les rapports avec les autorités, niveaux 1, 2 et 3. Il en est ainsi une bonne cinquantaine dont vous ne rencontrerez la plupart que dans des écrits y compris des dizaines de façons de dire « je » et « vous » pour ne parler que de la première et la deuxième personne, en fonction, entre autres, des relations sociales entre les locuteurs (7).

 

 

L’ARRIVÉE DES HOMOSEXUELS SUR LE LANGAGE DE LA TOILE

 

Notons que nous parlons d’homosexuels et non d’homosexuelles, nous reviendrons sur celles-ci. Notons en première observation que quand un concept est inconnu des Thaïs, il faut bien se voiler la face de temps à autre, il n’a pas de mot spécifique et l’on importe des mots d’origine étrangère (8). Pour ces messieurs (dames ?), puisque le concept était évidemment inconnu, il n’y a pas de qualificatif spécifique (9). Ils sont donc devenus des เกย์ (ké) directement importé de l’anglais gay. Ceci dit, il est incontestable qu’il y a des homosexuels en Thaïlande et que la nécessité s’est parait-il fait sentir, malgré cette longue théorie de pronoms personnels disponibles, d’en trouver un qui leur convienne.

 

 

C’est le contact avec l’anglais en tant que langue envahissante en particulier par le biais des médias virtuels qui a déjà conduit à l'emprunt de pronoms anglais, mais ce n’est pas notre sujet. Cependant, le pronom SHE à la troisième personne écrit en majuscule et en général en caractères romains a également été observé sur Internet par nos deux universitaires utilisé par ou envers les homosexuels. Ils nous donnent d’ailleurs dans leur article une surabondante bibliographie sur le caractère spécifique des pronoms personnels en thaï, leur fonction grammaticale et leur signification sociale.

 

Pourquoi en caractères romains ? Les Thaïs qui naviguent sur la toile doivent connaître suffisamment d’anglais au moins l’alphabet et sa prononciation anglophone. Il y a peut-être déjà un certain snobisme (10) ? Par ailleurs, une fois choisi ce pronom personnel dont nous ne vous apprendrons évidemment pas qu’il signifie « elle » en anglais, il y a aussi un obstacle à le transcrire en caractères thaïs, une difficulté d’ailleurs que n’abordent pas nos universitaires. Il existe en effet au moins deux « chi » en thaï », le premier, ชิ très exactement transcrit « chi » est une très grossière exclamation que l’on peut traduire sans erreur par « oh, merde ! ».

 

 

Le second qui n’en diffère que par la tonalité et la longueur de la prononciation, ชี également transcrit « chi » est une religieuse bouddhiste ou chrétienne. Le risque de confusion malséante est grand. Il se pose d’ailleurs une difficulté similaire avec les homosexuelles dont nous parlerons in fine . Toutes les citations données par nos deux universitaires, à une exception près, sont des phrases écrites en thaï à l’intérieur desquelles nous trouvons une SHE ainsi écrit.

 

 

Deux sites Internet ont ainsi été analysés donnant lieu à l’établissement de fort savants tableaux et de très savantes statistiques. Le premier site https://pantip.com/ est un site de partage d’impressions sur tous les sujets, divertissement, actions, beauté, voyages, voitures, sports, téléphones portables, alimentation, politique, famille, maison, science, santé, affaires exclusivement en thaï. Il est extrêmement populaire chez les thaïs, il a naturellement sa page Facebook sur laquelle il revendique plus de 2.500.000 « j’aime ».

 

 

Le second site http://palm-plaza.com/ cible généralement les utilisateurs homosexuels même s’il déborde sur des sujets plus généraux. Il porte surtout des bannières et des publicités pour les produits cosmétiques pour hommes, les compléments alimentaires, les articles sexuels, des images masculines et le mode de vie des homosexuels qui sont les seuls à pouvoir être concernés.

 

 

L’étude de nos universitaires a trouvé après une analyse minutieuse de ces sites des connotations variables allant du positif au négatif en passant par le neutre. Mais, semble-t-il, lorsque le pronom SHE est utilisé par un hétérosexuel, c’est surtout dans un sens négatif. C’est bien évidemment l’inverse lorsque l’utilisateur est homosexuel. Ceux-ci d’ailleurs l’utiliseraient délibérément pour se différencier idéologiquement comme appartenant à leur groupe spécifique y compris dans ses tentacules internationales ?

 

Ils ne nous donnent malheureusement que trois citations :

 

Ces exemples cités ont été reproduits, nous disent-ils, sans aucun changement. Nous les reproduisons tels quels, seule la traduction est de notre fait.

1) Exemple d’une utilisation négative : Une femme hétérosexuelle se plaint de l’habitude de sa belle-mère étrangère de quitter la salle de bain nue.

แม่สามีมาเมืองไทย ทีไรออกจากห้องน้ำ้ำก็เดินแก้ผ้าไปทั่วลูกชายเค้าบ่น SHE บอกว่าคนกันเองทั้งนั้น เห้อ

« La mère de mon mari vient en Thaïlande. Quand elle sort de la salle de bains nue, son fils se plaint ce à quoi SHE répond « mais on est en famille.  Oh là là ».

En l’occurrence il est difficile de traduire SHE par autrement que « cette idiote ».

 

2) Autre exemple d’une utilisation négative : un homme hétérosexuel se plaint que sa fille ne boit pas le lait en poudre que le médecin a conseillé pour résoudre son  problème d’insuffisance pondérale. Le père de SHE se plaint de l’entêtement de sa fille :

ลูกสาวผม น้ำหนัก ตัวตกเกณฑ์ หมอให้นมผงเสริม เพื่อทำ น้ำหนักตัวเพิ่ม เราพยายาม แต่ SHE ไม่กิน

« Ma fille est en insuffisance pondérale. Le médecin lui a recommandé du lait en poudre pour qu’elle regagne du poids. Nous avons essayé mais SHE ne veut pas en boire ».

Il est difficile ici aussi de traduire SHE par autrement que « cette idiote ».

 

 

3)  Autre exemple d’une utilisation négative :                                    

Lorsqu'il est utilisé par des homosexuels avec une connotation négative, le pronom SHE est souvent utilisé pour désigner d'autres hommes homosexuels ou perçus comme tels. Dans cette phrase, le locuteur homosexuel se plaint d'un ami qui va se marier mais qu’il pense néanmoins  être « de la confrérie ». Non seulement il utilise SHE en écriture thaïe pour désigner son ami mais pour bien marquer son camp il utilise la particule de fin de phrase « kha » (คะ) réservé au sexe féminin au lieu du « krap » (ครับ) qu’utilise les vrais hommes. C’est d’ailleurs la particule finale utilisée systématiquement par les transsexuels dont nous vous avons parlé (11).

 

 

ตกใจมากคะ (khà) เพราะว่าได้ข่าวว่าตุ๊ดนางหนึ่งที่บริษัทกำลัง จะแต่งงาน ว้าย ชี แอ๊บขนาดนั้น ชะนีดูไม่ออกเหรอน

« Je suis étonné (kha) parce qu’un homosexuel du bureau va se marier. Je me méfie de  ชี  (SHE). Son épouse n’est-elle pas capable de s’apercevoir de ce qu’il est ? ».

Traduction suggérée «… Je me méfie de ce c… ».

Trois hirondelles ne font pas le printemps, fut-il celui des homosexuels

A 274 - UN EXEMPLE SINGULIER DE L’ANGLICISATION DE LA LANGUE THAÏE : INTRODUCTION D’UN PRONOM PERSONNEL À L’INTENTION DES HOMOSEXUELS

L'introduction de SHE comblerait alors un vide sémantique permettant au locuteur homosexuel de se positionner au sein de cette communauté d'une manière qui ne lui serait pas accessible autrement ?

 

Nos auteurs en concluent que l’utilisation de ce pronom dans les discussions sur Internet ne remplace pas mais enrichit le répertoire et comble un vide sémantique de la langue.

 

Nous leur laissons l’entière responsabilité de ces propos.

 

ET LES HOMOSEXUELLES ?

 

 

Ici encore, comme le concept est inexistant, les Thaïs font référence à l’anglais en les appelant de façon correcte ทอม (tom) simple transcription abrégée de l’anglais tomboy  qui est familier mais non grossier (12). Nos universitaires les ont écartés de leur étude sans nous en expliquer les raisons. Peut-être la dilection qu’ils manifestent ouvertement à l’égard des homosexuels ne s’étend pas à l’engeance féminine ? Pourrait-on leur attribuer le pronom personnel de la troisième personne du singulier HE (« il ») ou l’est-il déjà ? Cela pose tout de même un amusant problème. La première qui nous semble sémantiquement la plus orthodoxe serait หี transcrite « hi » mais c’est un mot que n’utilisent pas les gens convenables pour parler du sexe féminin. En occultant le « H » อี transcrit « i » serait pire encore puisqu’il signifie précédant un nom ou un prénom tout simplement « salope » ce qui est non seulement grossier mais désobligeant. En ce qui concerne la première personne du singulier, I = en prononciation anglaise ไอ้ ou éventuellement อ้าย  c'est en quelque sorte putain de toi et ไอ้ placé devant le nom ou le prénom d’une personne, ça devient une pute. Restons-en là.

 

 

Que la langue évolue, rien de plus normal puisqu’elle est vivante et bien vivante. Cette évolution sur laquelle nos deux universitaires s’étendent sur 16 pages bien denses pose deux questions :

 

1) Est-il bien nécessaire d’ajouter à une collection de plusieurs douzaines de pronoms personnels un autre qui n’est que de l’anglais transcrit ?

 

2) Par ailleurs beaucoup de thaïs considèrent non sans de solides raisons que l’utilisation pure et simple de mots anglais transcrits en thaï pour faire évoluer le langage est néfaste. Nous le voyons dans les nouvelles technologies en particulier où cela frise une anglomanie maladive : alors qu’un dossier s’appelle tout simplement แฟ้ม (faem) il devient sur  nos ordinateurs ไฟล์ (fai c’est-à-dire le file anglais) et notre petite souris หนู (nou) devient  เมาส์ (maos c’est-à-dire le mouse anglais transcrit à la va-comme-je-te-pousse). Il ne reste plus guère que les machines à calculer qui échappent à ces horreurs et qui restent encore des เครื่องคิดเลข (khrueangkhitlek), littéralement machine-penser-chiffre, beaucoup plus sympathique, non ? (13).

 

3) Par ailleurs nos universitaires ne nous citent que trois phrases extraites de ces sites Internet qui utilisent toutes le mot SHE dans un sens tout à fait négatif mais dont deux d’ailleurs concernent des femmes et une seule un homosexuel. Dans cette hypothèse, il y a suffisamment de pronoms personnels thaïs disponibles, méprisants ou insultants sans qu’il faille en rajouter ? En ce qui concerne la troisième personne féminine, il en existe au moins deux, แก (kae) et ยัย (yai) qui auraient parfaitement convenu dans l’ambiance de dénigrement des exemples ci-dessous.

 

 

Ils ne nous citent pas d’exemple d’utilisation neutre ou positive, il y en a peut-être mais nous avons des occupations plus intéressantes que de parcourir les sites d’homosexuels thaïs. Cette carence nous conduit tout de même à nous poser des questions sur le sérieux de cette étude. La  bibliographie citée dans l’article est impressionnante peut-être (16 articles) mais aucun des ouvrages cités ne traite directement du sujet.

***

Il est permis de se demander en conclusion ce que peut gagner l’Université de Khonkaen et la revue trimestrielle de cet article. Parler d’enrichissement de la langue vernaculaire par l’introduction parfaitement superfétatoire d’un mot venu de l’anglais soit mais paradoxalement c’est difficile à comprendre dans une revue qui refuse actuellement la publication des articles en thaï  (14) !

 

 

 

NOTES

 

(1) « The Pronoun SHE in Thai Informal Style » publie dans Journal of Mekong societies, volume 14 n° 2 de mai-août 2018 sous la signature de Kittinata Rhekhalilit et Thom Huebnerb. Le premier est docteur en philosophie et enseignant au département des langues étrangères à l’Université Kasetsart de Bangkok (มหาวิทยาลัยเกษตรศาสตร์) et le second est le spécialiste de la linguistique à l’Université d’état San José de Californie. Sans faire le moindre mauvais esprit, rappelons que la Californie de tous les états des États-Unis est le paradis des homosexuels. Le journal est numérisé sur le site https://mekongjournal.kku.ac.th/

 

(2) Citons en particulier, mais on le trouve dans toutes les grammaires, ภาษา ไทย (phasathai) ISBN 974-279-0108.

 

(3) « Petit  lexique  du  thaï licencieux et graveleux » (คำหยาบคายไทย) par B. Lavocat. Le petit volume « Thai for lovers » de Nit et Kack Ajee est tout au plus du niveau des gros mots pipi-caca des enfants du catéchisme (ISBN 1-887521-04-6).

 

 

(4) Nous en trouvons une très subtile utilisation dans les albums de Tintin traduits en thaï notamment celui que nous venons d’emprunter à un petit neveu (Khatha Khu Banlang - คฑาคู่บัลลังก์ , littéralement les deux couronnes : « le sceptre d’Ottokar »). L’aventure de Tintin se déroule dans le royaume de Syldavie, en particulier dans l’entourage royal en sorte que nous y trouvons les pronoms personnels utilisés à tous les niveaux, sauf le 6 évidemment.

 

 

(5) Trois remarquables volumes de Madame Benjawan Poomsan Becker (เบญจวรรญ ภูมิเสณ เบคเกอร์) : Thai for beginners (ISBN 1-887521-00-3), Thai for intermediate readers (ISBN 1-887521-01-1) et Thai for advanced readers (ISBN 1-887521-03-8). Les pronoms personnels sont étudiés dans le second volume. L’ensemble a l’incontestable mérite de coupler l’apprentissage de la langue à celui de la lecture et de l’écriture sans lesquels les locuteurs restent borgnes et boiteux.

 

 

(6) http://www.thai-language.com/  Ce site malheureusement anglophone assez extraordinaire comporte 20.022 clips audio et près de 70.000 entrées de dictionnaires dans les deux sens.

 

(7) Nous utilisons la grammaire thaïe en 8 fascicules (หนังสือชุด รักภาษาไทย - nangsuechut rakphasathaisérie de volumes, j’aime la langue thaïe) dont le deuxième volume (ชนิดของคำ chanitkhongkhamles différents types de mots) (ISBN 974-08-4632-7) consacre un chapitre aux pronoms personnels et à leur bon usage.

 

(8) Nous savons que le mot gratuit n’existe pas en thaï puisque le concept y est inconnu, on utilise donc l’anglais free (ฟรี).

 

(9) Le mot กอ (ko) est d’une épouvantable grossièreté. Vous ne le trouverez pas dans les livres de prières. Il est aussi inconvenant que négatif.

 

(10) Il n’est pas rare que lorsqu’on s’adresse à un thaï dans sa langue maternelle, il se croit obligé pour montrer l’étendue de ses connaissances linguistiques de vous répondre en anglais s’imaginant que c’est une langue que connaissent tous les occidentaux.

 

(11) Voir notre article A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA. » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/a-222.les-lady-boys-en-thailande-un-documentaire-de-carmen-butta.html

 

 

(12) ตีฉิ่ง (Tiching), littéralement « frapper la cloche » est particulièrement vulgaire.

 

(13) Voir à ce sujet l’article de Julian Gearing : « Guérilla linguistique »  Publié en 2003 in « Courrier International » (Revue de l’Unesco) :

« L’anglais gagne peu à peu du terrain dans la vie quotidienne des Thaïlandais. Le thaï est-il une langue menacée ? Si l’on en juge d’après la bataille qu’a perdue le mois dernier à Bangkok un groupe d’étudiants, la réponse est oui. La Cour suprême administrative a débouté 10 étudiants qui demandaient à pouvoir rédiger leur mémoire de maîtrise dans leur langue maternelle. M. Saran et ses camarades sont thaïlandais, ils étudient en Thaïlande mais, s’ils veulent obtenir leur maîtrise à l’université Mahidol de Bangkok, ils doivent rédiger leur mémoire en anglais. D’autres universités de haut niveau, comme Chulalongkorn et Thammasat, permettent aux étudiants de choisir entre le thaï et l’anglais. Mais Mahidol tient « à former des diplômés qualifiés et reconnus internationalement » - d’où l’importance capitale qu’elle accorde à l’anglais. Mme Amor Taweesak, maître-assistant qui enseigne à Mahidol, comprend le mécontentement des étudiants. Forcer les élèves à écrire en anglais « ne leur donne pas grand avantage » car ils maîtrisent mal cette langue. Elle ajoute que l’université accorde des exemptions pour des cas particuliers, par exemple « si le doyen considère qu’un mémoire sera meilleur s’il est rédigé en thaï ». La Thaïlande est-elle assiégée par la langue anglaise ? A Bangkok, certains jeunes parlent de « guérilla à petite échelle » plutôt que d’attaque massive. La langue de Shakespeare pimente le discours des politiciens, des pop stars et des étudiants. Ainsi, un jeune Thaï branché dira : « Mai tong worry » (Don’t worry - T’en fais pas). Chayaporn Kaew-wanna, réceptionniste dans une société de télécommunication, ne pense pas que la prolifération de l’anglais constitue une menace. « Nous ne pouvons pas refuser cette langue », déclare-t-elle, ajoutant que l’anglais est important si le pays veut continuer à se développer. Certes, la Thaïlande veut se développer, mais son tissu culturel est menacé. Le mois dernier, le ministre de l’Education a ordonné que les chiffres traditionnels et le calendrier bouddhiste soient utilisés à l’école « afin de contrecarrer l’influence occidentale et de préserver l’identité culturelle du pays ». Mais la plupart des étudiants, « accros » à leurs téléphones portables et à leurs calculettes, ont tout simplement oublié les arabesques des chiffres thaïs ».

 

(14) Un universitaire d’Ubon de nos relations, Suthida  Tanloet (สุธิดา ตันเลิส), qui enseigne à la faculté des arts libéraux de cette ville et auteur d’un excellent article ชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปีค.ศ.1867-1925 (Les Français dans la région d’Ubonrachathani dans les années 1867-1925) s’est tout simplement heurté à une fin de non-recevoir. Il a été en définitive accueilli dans les colonnes du Journal of Cultures and Languages, publication de l’Université Mahidol qui publie autant en thaï qu’en anglais. http://www.lc.mahidol.ac.th/lcjournal/FullPaper/JLC36-2-Sutida-TL.pdf

 

 

 

 

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