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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 22:06

 

En 3 ans de pouvoir, le roi Naresuan devient le plus grand roi de la région. (1590 - 1593)

 

Poursuivons notre présentation du règne du roi Naresuan en relisant dans « Les chroniques royales d'Ayutthaya »   : La campagne de 1591-1593 ( ?) contre les Birmans. http://www.alainbernardenthailande.com/article-65-naresuan-2-la-premiere-victoire-contre-les-birmans-1591-1593-115118551.html

 

 

Que découvrons-nous ?

 

Dès la fin de son intronisation, le roi Naresuan veut en découdre avec les Khmers de Lawaek : «Maintenant que c’est notre royaume, nous allons former une armée de deux millions d’hommes pour baigner sous un flot de sang le royaume de Lawaek.» Mais l’arrivée des Birmans aux frontières avec l'appui de Chiang Mai, son vassal, va retarder la guerre promise aux Khmers. Les « Chroniques royales » vont consacrer 10 pages (pp. 123-133) à cette nouvelle guerre de 1591-1592 ( ?).

 

 

Nous avions noté que les Chroniques portent une attention particulière à la description des armées partant en guerre, avec les rois dans toutes leurs magnificences, organisées en formations, colonnes, brigades, placées en ordre hiérarchique, avec rang, titres et noms des principaux commandants (Une longue liste est donnée pour l'armée de Naresuan), fonctions, nombres, type d'armes, couleurs des tuniques, ornements, bijoux, musique, sons, mouvements, etc, avec d'autres particularités « asiatiques » ; comme le nom, le titre et les mensurations des éléphants sacrés. Il s'agit bien de décrire une armée d’expérience, bien organisée, où chacun est à sa place, selon son rang hiérarchique, mais avec ici - pour la 1ère fois - la mention de la présence de 500 volontaires japonais  et de 500 volontaires Chams.

 

 

C’est la première fois que les Japonais sont cités dans les Chroniques et toujours pas de présence portugaise signalée ! Pourtant, « durant la guerre menée par les Birmans contre Ayutthaya en 1549, des canons, installés sur les forts autour d’Ayutthaya furent manœuvrés par soixante Portugais sous le commandement de Diego Pereira. (Cf. 77) « Il y avait aussi des artilleurs portugais dans l’armée du roi birman. » (De Campos Joaquim. Cité par Jacq-Hergoualc’h in « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels » ). Lors de la guerre de 1563 dite « la guerre pour deux éléphants blancs », le Prince Damrong signalait 400 mercenaires portugais parmi les troupes birmanes.

 

 

Quant-aux Japonais, nous n'avons pas trouvé de date sur leurs premières installations à Ayutthaya, mais au début du XVIIe siècle une petite colonie japonaise vivait à Ayutthaya. Wikipédia note qu'environ 56 navires japonais (Shuinsen) ont été enregistrés vers le Siam entre 1604 et 1635 et que le commerce entre le Siam et le Japon était plus important que le commerce total du Siam avec toutes autres nations.

 

(Cf. Notre 73. Yamada Nagamasa, Le Japonais Qui Devint Vice-Roi Au Siam Au XVIIème Siècle. http://www.alainbernardenthailande.com/article-73-yamada-nagamasa-le-japonais-qui-devint-roi-au-siam-au-xviieme-siecle-115599893.html)

 

 

Mais cette guerre, comme les autres, se caractérise par l'intervention du religieux, du sacré . Rien ne se fait, sans l’intervention des « prêtres », brahmanes, astrologues, sans les rites qu’il faut accomplir pour assurer la victoire et décider du jour et de l'heure favorables, les présages et les rêves qu’il faut interpréter.

 

Ainsi, apprenons-nous, que l’Uparat, le fils du roi d’Hongsawadi ne veut pas partir en campagne, car les astrologues, lui ont prédit une année néfaste. De même, le roi Naresuan fera un rêve que le Phra Horathibodi interprétera comme le signe de sa victoire. (un § de 13 lignes). Le roi atteignant son avant-garde au marais de Sarai, voit comme un signe favorable de Garuda, un arbre « pradu » situé sur le sommet d’une termitière et ordonne de construire les palissades selon le « lotus sacré ». Lors de la bataille, Naresuan apostrophe les dieux, pour qu’ils les aident, au nom de la sainte religion bouddhiste, à chasser la fumée noire afin de voir de nouveau leur ennemi.

 

 

De même les Chroniqueurs introduisent souvent un duel à dos d'éléphant entre le « héros » siamois et le chef ennemi. On se souvient de l'héroïsme de la reine Suriyothai portant secours à dos d'éléphant et se sacrifiant pour son mari de roi lors de la guerre de 1548 contre les Birmans (Une reine que le film de Francis Copolla et de Chatrichalerm Yukol (2001) « La Légende de Suriyothai » consacre comme héroïne nationale. Cf. RH 31.)

 

 

Ici, nous aurons droit à deux duels : Le duel gagné à dos d'éléphant de Naresuan contre l’Uparat birman qui restera célèbre dans l’Histoire thaïe ; Et le duel de son frère Ekathotsarot contre Mangcacharo (le demi-frère aîné de l’Uparat) qui fut tué par un coup de scythe à la gorge ; ce qui créa la débandade dans les troupes ennemies et eut comme conséquence, la fin de la guerre. Le Patriarche de Pa Kaeo eut soin de faire savoir que la victoire de Naresuan et d'Ekathotsarot lors des deux duels avait aussi était due à l'aide de 10.000 esprits et de Mara, le roi du ciel, sans oublier le rôle d'Indra, de Brahma, et des multiples légions d’anges.

 

 

Mais la guerre à peine finie, le roi Naresuan avait déjà en tête de prendre le contrôle du Sud en attaquant Tenasserim et Tavoy et en assurant la protection de cités du Nord. Il nomma d'ailleurs de nouveaux gouverneurs : Phraya Chaiyabun à Phitsalunok, Phra Si Saowarat à Sukkhotai, Phra Ong à Phichai, et Luang Ca à Sawankhalok.

 

 

C'est le moment pour vous de lire ou de relire notre article 66, qui évoque justement comment « Naresuan monte en puissance au Nord et au Sud (1590-1593).»

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-66-le-roi-naresuan-monte-en-puissance-au-nord-et-au-sud-1590-1593-114991130.html

 

 

Le roi birman d’Hongsawadi apprenant sa défaite était convaincu que le roi Naresuan et son frère Ekathotsarot attaqueraient sa capitale, et il décida de prendre les devants en ordonnant de prendre Tenasserim, Tavoy, et Marit. Mais les « Chroniques royales » vont d’abord relater comment le royaume de Chiang Mai est devenu un nouveau vassal d’Ayutthaya.

 

 

Chiang Mai, on s'en souvient, avait été vassalisé en 1558 par les Birmans et de fait avait dû participer à bien des combats à leurs côtés. Mais lors de la guerre de 1593, il avait pu mesurer la nouvelle puissance du royaume d'Ayutthaya et de son roi Naresuan. Le roi de Chiang Mai estima que le temps était venu de se mettre sous sa protection.

 

Les Chroniques vont relater les différentes étapes de cette nouvelle vassalisation, non sans un certain lyrisme et des métaphores fleuries : avec l'audience des ambassadeurs au palais royal, le contenu de la lettre du roi de Chiang Mai (Hommage, demande de pardon, souhait exprimé de le considérer comme son nouveau vassal, avec l’offre de se joindre aux futures expéditions royales.)

 

Mais peu après, le roi de Chiang Mai va d'ailleurs profiter de l'aide d'Ayutthaya pour régler la guerre qui s'annonçait entre son propre vassal Chiang Saen et les Laos de Lan Chang.

 

L'article vous dit que le roi de Lan Chang avait mis Phraya Luang Mueang à la tête d’une armée de 7000 soldats pour attaquer Chiang Saen. Le roi de Chiang Mai prépara alors une armée et envoya une lettre au roi d’Ayutthaya pour solliciter son aide, qui donna son accord et envoya Phraya Ratcha Ritthanon avec 5.000 hommes, bien armés, 500 éléphants et 200 chevaux. Il était secondé par Phra Ram Decho, natif de Chiang Mai qui devait après la guerre, assister le roi de Chiang Mai dans les « affaires royales ». (Une façon comme une autre pour être bien informé et mieux « contrôler » Chiang Mai).

 

Informé de l’arrivée de cette armée, Phraya Luang Müang de Lan Chang préféra négocier son retrait avec Phraya Ratcha Ritthanon et chacun retourna à sa capitale.

 

 

On peut remarquer, une fois de plus, que les relations entre les mueang sont mouvementées.

 

Ainsi en 1581, à l'occasion de la mort du roi Bhadimong (ou Bayinnaung) de Hongsawade, le couronnement de son fils Nondabayin est un événement au cours duquel les 20 états vassaux, dont le royaume d'Ayutthaya, doivent renouveler leur allégeance, mais c'est aussi le moment où certaines cités ou royaumes décident de rompre leur vassalité ; Ce que feront la cité de Khang et ensuite le royaume d'Ava, qui provoqueront une série de conséquences que nous vous avons racontées, au cours desquelles, Naresuan proclamera l'indépendance retrouvée d'Ayutthaya en 1584. (Cf. A 55*) Ce qui provoqua la décision du roi khmer de Lawaek d'établir une nouvelle alliance avec le royaume d'Ayutthaya, puis à la fin du règne de Thammaracha, de partir de nouveau en guerre contre lui. D'où, pour le nouveau roi Naresuan de vouloir en découdre de nouveau contre eux.

 

 

Quand un centre faiblit, disions-nous, un mueang peut changer de politique pour se placer sous la protection d'un mueang qu'il juge plus fort, entraînant avec lui d'autres mueang plus petits qui lui sont vassalisés.

 

Les Chroniques ensuite vont revenir sur la volonté du roi Naresuan de contrôler le Sud et de prendre Tenasserim et Tavoy, sans préciser les motivations économiques. En effet, beaucoup d’historiens ont estimé que les guerres entre les Birmans et le Siam étaient motivées par des intérêts économiques et que le contrôle de la côte de Tenasserim était fondamental, particulièrement Tavoy, Mergui, et Tenasserim, et les routes commerciales qui vont du golf de Martaban à celui du Siam. (**)

 

Notre article 66 vous donne un aperçu de cette guerre  dirigée par Phraya Cakhri pour attaquer et prendre Tenasserim et Phraya Phra Khlang à Tavoy, avec 50.000 hommes chacun. Une guerre bien singulière où chacun ignorait où en était l'autre.

 

On apprit comment Phraya Chakhri fit face aux armées d’Hongsawadi et de Martaban ; comment il organisa une flotte de 150 bateaux de combat (avec 10.000 hommes ?) qu'il confia à Luang Thep Warachun pour venir en aide à Tavoy ainsi que 3.000 soldats par voie de terre.

 

Les Chroniques évoqueront ce combat naval où Luang Thep Warachun affrontera la flotte de Saming Ubakong près du village de Kanbo près de Tavoy, composé de 200 bateaux de combat et de 10.000 hommes, Le combat fut rude. Luang Thep Warachun en avançant sur le rivière Tavoy, put attaquer l’arrière de l’ennemi au canon et tuer le chef ennemi Saming. L’armée Môn fut mise en déroute et dispersée. Plus de 500 Môns furent capturés.

 

 

Et comment pendant ce temps, Phraya Phra Khlang avait attaqué Tavoy qui résista pendant 20 (30 ?) jours, mais finalement fut prise, sans savoir si Phraya Chakri avait pris ou non Tenasserim. Dans l'incertitude il envoya 100 bateaux de combat pour aider Phraya Chakri.

 

Après la prise de Tenasserim et de Tavoy ils avaient appris qu’une armée Môn d’Hongsawadi était en train d’avancer pour aider Tavoy, et avait déjà franchi la rivière de Martaban. Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang, informés avaient organisé leurs forces en deux armées, l’une allant à l’est et l’autre à l’ouest et purent prendre par surprise cette armée et la mettre en déroute. Ils prirent 1.000 éléphants de combat (!), environ mille chevaux, 400 Môns et Birmans, de nombreuses armes, et capturèrent 11 officiers.

 

 

Le roi Naresuan fut heureux d’apprendre cette victoire et ordonna que Phraya Si Sainarong veille sur Tenasserim.

 

Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang réorganisèrent alors les deux cités en nommant palat, yokkrabat, na, wang, klang, satsadi, pour terminer par les khun et les mün. Curieusement, à leur retour à Ayutthaya, il est dit que leurs méfaits furent pardonnés (lesquels ?), et que le gouverneur de Tavoy et les six nobles les accompagnant purent reprendre leur poste, après avoir été admonestés.

__________________________

 

On avait appris qu’après avoir défait Hongsawadi, Naresuan avait réorganisé de nombreuses cités du Nord en nommant de nouveaux gouverneurs, qu’il avait accepté l’alliance de vassalité proposée par Chiang Mai (1591 ou 1592). Naresuan avait ensuite répondu favorablement au roi de Chiang Mai, en envoyant une armée afin d’éviter que le royaume lao de Lang Chang ne s’empare de son vassal Chiang Saen. Sa démonstration de force avait pu éviter la guerre et lui avait permis de placer Phra Ram Decho auprès du roi de Chiang Mai pour le contrôler.

 

Le roi Naresuan avait aussi dans le même temps envoyé Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang prendre le contrôle du sud si important pour le commerce, en leur ordonnant de prendre Tavoy et Tenasserim. Ce qu’ils avaient fait avec succès, en remportant une victoire contre l’armée birmane et môn d’Hongsawadi venue secourir ces deux cités. Au nom du roi, Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang avaient alors réorganisé toute la région en nommant de nouveaux hommes à tous les niveaux de la hiérarchie administrative. Seul le gouverneur Ca de Tavoy fut pardonné par Naresuan et reconduit à son poste.

 

En 3 ans de pouvoir, le roi Naresuan était devenu le plus grand roi de la Région. Il avait considérablement agrandi son Mueang; il contrôlait le Nord et le Sud, avait défait à l’Est les troupes envoyées par les Birmans d’Hongsawadi.

 

 

Mais il savait qu’il devrait encore repousser d’autres attaques d’Hongsawadi et les combattre, mais il était l’heure d’assouvir sa vengeance contre les Cambodgiens de Lawaek, à l’Ouest. (Cf. article suivant)

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http://www.alainbernardenthailande.com/article-a55-comprendre-la-legende-du-roi-naresuan-par-le-jeu-des-muang-99434799.html

 

**Cf. Par exemple Liberman (1984) − Burmese administrative cycles: anarchy and conquest, c. 1580-1760.

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