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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 novembre 2018 3 21 /11 /novembre /2018 22:26

1. HISTOIRE. (1)

 

Nous connaissons déjà Eugénie Mérieau pour son étude de 2013 sur Les Chemises rouges de Thaïlande. Nous lui avions consacré deux articles, tant elle nous aidait vraiment à comprendre cette période politique mouvementée qui débouchera sur le régime militaire actuel (2). Elle manifestait déjà d'une bonne connaissance des événements politiques de la Thaïlande, alors qu'elle poursuivait l'écriture de sa thèse de doctorat « Le constitutionnalisme thaïlandais à la lumière de ses emprunts étrangers : une étude de la fonction royale. » qu'elle soutiendra avec succès le 3 mars 2017 (3). Aussi nous étions convaincus en ouvrant son nouveau livre sur les « Idées reçues sur la Thaïlande » paru en 2018, que nous aurions là un point de vue intéressant sur 20 sujets portant sur l'Histoire, la politique, la société, l'économie, qu'elle jugeait suffisamment sérieux pour proposer une mise au point. (Cf. Le sommaire en (4))

 

Nous étions d'autant plus curieux que nous avions déjà abordé tous les sujets en question, parfois même sur plusieurs articles. Notre article « La Thaïlande n'a jamais été colonisée » par exemple, est même le plus populaire de notre blog. (La page a été ouverte plus de 10.000 fois à ce jour) (5) Mais le nombre et la diversité des « idées reçues » ici présentées ne pouvaient pas, dans le cadre d'un article de blog, permettre une confrontation de nos approches respectives, mais cela n'empêchait pas de proposer quelques remarques.

 

 

La première remarque porte sur la notion même d' « idées reçues. »

 

Nous n'allons pas ici faire l'historique de cette notion située entre le stéréotype, le cliché, et le lieu commun, qui semblent s'imposer dans leur évidence pour qui ne les a pas étudiées, mais dont nombre d'entre elles ont été démontrées fausses par des sources fiables. Les synonymes sont multiples : « Qui est communément admis, établi, poncif, cliché, automatisme de la pensée, préjugé, etc. ; une opinion qui est admise par le plus grand nombre sans avoir été pensée. (Cf. L'article d' Anne Herschberg Pierrot « Histoires d'idées reçues »)(6)

 

Eugénie Mérieau, dans « son introduction » ne nous donne pas de définition, mais nous signale, à juste titre, que « La Thaïlande a, contrairement à ses voisins, été très peu étudiée », et nous confie son intention de rendre « accessible la Thaïlande à tous en réfutant les nombreuses idées reçues nourries à son endroit », qu'elle estime procéder de deux ordres  »: « L'orientalisme » ou « le contre-orientalisme » des chercheurs, et « les idées reçues provenant des « récits de voyageurs » (Entendez pour elle « les touristes  blancs occidentaux et/ou français»).

L'orientalisme donc, « qui mystifie et rend « autre » tous les phénomènes thaïlandais », et qui interdirait toute étude extérieure surtout venant de « l'homme blanc occidental » ou à l'inverse le contre-orientalisme « qui reprend à son compte la propagande d'Etat et abandonne toute distance critique » qui aboutit à dire par exemple, que « la démocratie n'est pas compatible avec la culture thaïlandaise ».

 

 

Les idées reçues proviendraient donc des « récits de voyageurs  en Thaïlande - « des hommes blancs occidentaux» -  certes. Mais curieusement Eugénie Mérieau ne cite en exemple que quatre romans français - la lacune est tout de même singulière - dont « Plateforme » de Michel Houellebecq

 

et « La Mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand qui ont « pour point commun le tourisme sexuel en Thaïlande. ». Et d'ajouter : «  Mais la prostitution si elle constitue en effet un aspect de la culture thaïlandaise n'épuise en rien la complexité de cette société fascinante à bien des égards. »

 

 

Mais on pourrait rétorquer que les romans suscités ne visaient nullement à rendre compte de la complexité thaïlandaise, surtout si on pense au roman de Frédéric Mitterrand « La Mauvaise vie » qui nous fait entrer dans les clubs homosexuels de Bangkok et de Djakarta à l'avant-dernier chapitre intitulé « Bird ». Et elle poursuit son introduction en voyant un paradoxe entre le fait que « les Français connaissent « touristiquement » si bien » le pays, mais reste pour eux « académiquement » (sic) méconnu. Paradoxe qu'elle va tenter de lever « en faisant justice à la complexité thaïlandaise ».

 

Outre la phrase quelque peu alambiquée, l'affirmation que les touristes français connaîtraient bien les lieux et les monuments à visiter est démentie par les faits et les témoignages circulant dans les réseaux sociaux et les forums. De plus, en ajoutant qu'elle va rendre « justice à la complexité thaïlandaise », elle ne dit rien sur ce que représente pour elle « les idées reçues », ni les raisons qui ont procéder à ses choix.

 

Elle retiendra donc 20 « idées reçues » portant sur l'Histoire, la politique, la société, l'économie. (Cf. (4) Le sommaire). Nous aborderons dans cet article les 5 « idées reçues » relatifs à « l'Histoire », à savoir : « La stèle de Ramkhamhaeng est la Magna Carta siamoise »,

 

 

« Le roi Mongkut incarne la figure décriée du despote oriental. »,

 

 

« La Thaïlande n'a jamais été colonisée. »,

 

 

« Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi »,

 

 

« La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale. »

 

 

Nous allons voir que nombre de ces articles n'ont rien à voir avec ce qu'on peut appeler une « idée reçue». Ainsi son 1er article consacré à« La stèle de Ramkhamhaeng est la Magna Carta siamoise»  s'apparente à une controverse ; ce qu'elle dit elle-même.

 

Elle va d'ailleurs présenter les éléments de la controverse :

 

La découverte de la stèle par le roi Mongkut, son contenu ; son utilisation par des scientifiques thaïlandais à des fins nationalistes ; Différentes questions : l’origine de l'alphabet siamois ? Est-elle la première constitution siamoise ? Avec le point de vue de Seni Pramot. Est-elle une contrefaçon réalisée sur ordre de Mongkut pour montrer « l'ancienneté et le développement de la civilisation siamoise dès le XIIe siècle » aux puissances coloniales  et pour légitimer le pouvoir royal. Eugénie Mérieau termine son article en signalant que la controverse a disparu du débat public après les années 1990-2000. (Cf. Nos articles sur ce sujet. (7)).

 

 

Le 2e article : « Le roi Mongkut incarne la figure décriée du despote oriental. » (8)

 

Le concept de despote oriental existe depuis la Grèce antique et a pris bien des acceptions jusqu'au siècle des Lumières. Montesquieu dans sa distinction des trois gouvernements voyait dans le despotisme, un seul gouvernant, sans loi et sans règle entraînant tout par sa volonté et ses caprices. D'autres rajouteront sa tyrannie, l'arbitraire de ses décisions, son pouvoir absolu sur ses sujets ...

 

Eugénie Mérieau, après avoir cité Mgr Pallegoix qui voyait en Mongkut « un despotisme dans toute la force du terme », ajoute certaines caractéristiques que l'on attribue généralement à tout despote oriental (La personne sacrée que l'on ne peut regarder, l'arbitraire, la violence dans la succession, le harem).

 

Mais une question se pose : « Pourquoi seul le roi Mongkut incarnerait cette figure du despote oriental au Siam ? Et pourquoi « oriental » ?

 

On pense aux premiers monarques de la présente dynastie, dont le pouvoir « despotique » était plus proche de la notion de « despote éclairé » comme l'a connu le XVIIIe siècle.

 

 

Ils nous semblent que la notion de « despote oriental » ne soit pas adaptée à l'histoire des rois du Siam, même si, Eugénie Mérieau nous rappelle les deux écrits de la gouvernante Anna Leonowens, qui a enseigné 6 ans au palais royal et qui a dressé un portrait du roi Mongkut le présentant « en despote oriental barbare ». D'ailleurs Eugénie Mérieau ne dit-elle pas que ces écrits ont provoqué en Thaïlande de vives controverses, comme la comédie musicale « The king and I », et le film avec Jodie Foster « Anna et le roi », interdits en Thaïlande. Il ne faut pas avoir peur d’affirmer que Madame Leonowens n’est pas une source fiable mais tout simplement un imposteur dont les souvenirs ne sont qu’une encyclopédie de contre-vérités. (Cf. Notre article « Anna et le roi ou l'histoire d'une imposture » (8)

 

 

Si on veut qualifier le roi Mongkut, les « Chroniques royales d'Ayutthaya » nous apprennent que lors de leur intronisation les rois étaient considérés comme : « le Maître des Dieux », « le seigneur des dieux sur terre », « le seigneur de la création », « le Dirigeant des Rois », « l’ Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha », « le Rama du Royaume », « le Suprême Shiva, Conquérant du Monde », « le Maître des Trois Mondes »,  « le Génial et Brillant Agni », en lui donnant « la Puissance de Brahma » etc. (Cf. Notre article « 93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ». »)

 

De plus, « Le roi à Ayutthaya, est en sa qualité de devarâcha, le dieu-roi hérité de la tradition khmère, le « Seigneur de la Vie » (Chao Chiwit), et commande en principe à tous les êtres, humains et autres, du royaume. Il est aussi Chao Phendin, « le Maître de la Terre ». Autrement dit, la terre du royaume appartient au souverain, et ses sujets qui l’exploitent n’en ont que l’usufruit. Le souverain dispose donc en maître absolu des biens fonciers, de son droit d’octroyer ou de confisquer les terres, de son droit de percevoir l’impôt sur toutes les terres. Il incarne l’État. » (Cf. L'article 46 de « Notre Histoire »)

 

 

Eugénie Mérieau avait là de quoi rebondir à partir de l'histoire du Siam. Elle n'oubliera pas néanmoins de rappeler que le roi Mongkut était un érudit et le « premier grand roi réformateur, modernisateur et moderne », pour conclure : « Le roi Mongkut fut donc le « plus occidentalisé » des despotes orientaux du Siam ». Décidément, Eugénie Mérieau tient à ce concept de « l'orientalisme », pourtant peu pertinent ici.

 

 

Le 3e article « La Thaïlande n'a jamais été colonisée. » exprime une véritable idée reçue dont les Thaïlandais sont fiers de l’être ou plus probablement le feignent, une idée que l’on trouve surtout répandue dans les introductions pseudo-historiques de certains guides touristiques ou de fascicules de vulgarisation. En 4 pages et demie, Eugénie Mérieau en fait une bonne synthèse, rappelant que si les troupes anglaises et françaises n'ont pas occupé le Siam, préférant conserver une zone tampon entre leurs colonies birmane et indochinoise, il n'en a pas moins signé 13 traités d'extraterritorialités dont le premier fut signé en 1855 avec les Britanniques, en 1856 avec la France et les États-Unis, etc, qui permettaient à leurs ressortissants d'échapper à la loi siamoise. Eugénie Mérieau retrace ensuite comment les différents pays occidentaux ont contraint le Siam à se réformer et furent amenés après la 1e guerre mondiale à signer les traités abolissant les régimes d'extraterritorialité (Les États-Unis en 1920, le Japon et l'Allemagne en 1923, la France en 1924, etc.)

 

 

Le 4e article « Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi ».

 

Le problème ici est qu'Eugénie Mérieau s'appuie sur une « histoire officielle » qui aurait donc décrété que « Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi ». Ce dont chacun, ayant quelque peu lu des études historiques sur cette période de l'Histoire, mesure la fausseté. Si idée reçue il y a, elle n'est partagée que par peu de monde.

 

Et il ne sera pas difficile à Eugénie Mérieau de montrer que le roi fut victime d'une révolution menée par un certain « Comité du peuple » - qui n’avait soit dit en passant de populaire que le nom - mené par Pridi qui l'obligea sous la contrainte et la menace d'établir une république, à approuver le 27 juin 1932 une Constitution provisoire et dut négocier âprement pour conserver certaines de ses prérogatives « droit de grâce, veto royal) avant de signer la Constitution le 10 décembre 1932. Le roi encouragea même une contre-révolution en 1933, qui échoua ; Il abdiqua d'ailleurs en 1935, devant le constat qu'il n'avait plus désormais qu'un pouvoir très limité. Il se présentera dans sa lettre d'abdication comme un roi soucieux de son peuple, qui ne pouvait accepter un gouvernement usurpateur et autoritaire.

 

(Nous avons consacré deux articles au coup d'Etat du 24 juin 1932 et deux autres à l'analyse de la Constitution du 10 décembre 1932.(9))

 

 

La 5e « idée reçue » : « La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale. »

 

Nous ferons au préalable la même remarque que pour le sujet précédent à savoir que nous ne connaissons aucun historien, digne de ce nom, qui ait pu énoncer une telle énormité avec une généralité ainsi présentée. Il n'y a donc là aucune « idée reçue » à réfuter.

 

Le titre est d'autant plus surprenant qu' Eugénie Mérieau nous propose un exposé en cinq pages qui indique bien le rôle et l'idéologie du 1er ministre Phibun, admirateur de Mussolini, menant une politique de 1939 à 1942 aux caractéristiques « fascistes » (campagne discriminatoire contre les Chinois,« les juifs de l'Orient », culte de la personnalité, etc.), et d'occidentalisation nationaliste avec la promulgation de 12 lois (Changement de nom du pays, hymne national, préférence nationale et valeur travail, lutte contre certaines pratiques siamoises jugées « arriérées »). L'exposé indique bien la popularité acquise par Phibun attaquant la France pour reconquérir  les territoires cambodgiens et laotiens que le Siam lui avait cédés à la fin du XIXe siècle qui débouchera sur un traité en mars 1941, qui lui accordera d'importants territoires laotiens et la province cambodgienne de Battambang, avec l'appui des Japonais.

 

Manifestation anti-française à Bangkok en 1941 : 

 

 

Il ne faut pas oublier que le retour à la Thaïlande des territoires perdus sous la contrainte de traités manifestement inégaux fut alors considéré par la population avec le même enthousiasme que celui des Français lors du retour de l’Alsace-Lorraine à la mère patrie.

 

 

Elle nous signale les principales étapes de la guerre : la neutralité affichée jusqu' à ce que le Japon envahisse la Thaïlande en décembre 1941, pour s'emparer de la péninsule malaise et de la Birmanie. La faible résistance thaïlandaise à Prachuap Kirikhan, et la décision rapide du gouvernement Phibun de coopérer et de participer à la guerre aux côtés des Japonais, en déclarant la guerre en janvier 1942 aux Américains et aux Britanniques.

 

Une déclaration de guerre qui aura comme conséquence, dit-elle, la formation de mouvements de résistance dont les deux principaux seront les « Seri Thai » (Les Thaïs libres) de Seni Pramot, alors ambassadeur de Thaïlande aux États-Unis, qui refusera de délivrer la déclaration de guerre et celui clandestin de Pridi, alors Régent.

 

En fait, « la résistance thaïlandaise s’est manifestée en quatre mouvements et en des pays différents (USA, Angleterre, Chine, et à l’intérieur de la Thaïlande), avec –évidemment- des acteurs différents. ». Mais encore faut-il préciser, ce que Eugénie Mérieau ne dit pas, c'est que les Free Hais de l'extérieur n'étaient qu’une centaine, dont une cinquantaine organisée au sein du FSM (Free Siamese Movement) en Grande Bretagne et au niveau intérieur, que si Pridi en août 1942, avait informé les Britanniques qu’il avait formé un groupe secret anti-japonais « X O Group » ; Un des membres, Sawat Trachu, révéla dans un mémoire qu’ils n’étaient que 10 ! Bien sûr le mouvement se renforça par la suite, bien que très divisé … et il faudra attendre janvier/février 1944 pour qu’une base OSS Free Thais s’organise à Ssumao (Chine) avec le 1er essai d’infiltration et novembre 1944 pour que les opérations en Thaïlande commencent, avec ARISTOC (Chiangmai) de l’OSS et COUPLING (entre Khon Kaen et Loei) de la SOE, et 1945 pour que de nombreuses opérations larguent en différents points de la Thaïlande, des officiers Free Thais, opérateurs radios, et armes, aidés par des formateurs OSS et SOE pour établir des bases de résistance. Le 6 août 1945 une bombe nucléaire rasait Hiroshima, et le 9 août Nagasaki. Le 15 août l’empereur Hiro Hito annonçait à la radio la reddition du Japon. Reynolds dans son livre « Thailand’s Secret War, OSS, SOE, and the Free Thai Underground, during World War II », n’avait signalé aucun acte de sabotage, ni de faits d’armes contre les Japonais. (Cf. Notre article 202 (10) )

 

 

Le seul acte de résistance active contre la présence japonaise fut purement ponctuel dans le village de Banpong dans la province de Rachaburi (Voir notre article A 198 - note 11).

 

Les Thaïs de la province de Sakonnakhon célèbrent toujours la mémoire de Tiang Sirikang « le résistant de la forêt de Phupan » réputé avoir organisé la résistance armée dans la région et avoir connu une triste fin assassiné par les sbires de Phibun en 1952. Il semblerait pourtant que ce singulier résistant qui avait reçu 34 tonnes de parachutage de matériel d’armement par les Anglais qui n’avaient manifestement pas été utilisé contre les Japonais. Nous nous étions posé la question de savoir ce qu’était devenu cet arsenal ? Nous en avions trouvé une réponse dans le déclassement au moins partiel des archives de la CIA en 2010 par le Président Obama : Nous y trouvions une information capitale apparemment jamais exploitée par aucun historien : Dans son bulletin « Current Intelligence Bulletin » de novembre 1954 (partiellement censuré) la C.I.A nous dit l’avoir retrouvé  à la tête d’un « Thai liberation committee » au nord du Laos (sous influence communiste), un gouvernement en exil  sponsorisé par le Vietminh (12).

 

 

Mais Eugénie Mérieau à la fin de son article, reconnaîtra que le gouvernement Churchill considérera que « la Thaïlande avait joué un rôle majeur dans l'expansion japonaise en Asie du Sud-Est » et ne la considérait donc pas comme un allié, et ceci malgré le fait que le gouvernement du 1er ministre Khuang Aphaiwong du 1er août 1944 au 31 août 1945 avait tout fait pour se faire reconnaître comme l'« allié » des puissances anglaises et américaines. Certes elle ajoutera que les États-Unis en 1946 eurent une attitude plus conciliante, et inaugureront une  coopération politique et militaire durable, pour devenir même son allié central en Asie du Sud-Est dans sa lutte contre le communisme. Ce qui ne veut pas dire qu'ils croyaient que « La Thaïlande s'était] angée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale . »

 

D'ailleurs Phibun qui fut arrêté à la fin de la guerre par les Alliés, fut finalement acquitté sous la pression populaire, une majorité de Thaïlandais considérant qu'il n'avait fait que servir les intérêts du pays et son indépendance.

 

 

Le prochain article abordera 5 autres « idées reçues » dans le domaine politique : « La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. », « Le régime militaire thaïlandais est une dictature soft », « Thaksin fut le Berlusconi thaïlandais », « En Thaïlande, les élections n'ont aucun valeur à cause de l'achat des voix. », « La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

 

 

Notes et références.

 

(1) Le Cavalier bleu Éditions, collection « Idées reçues », 2018, 147 pages.

 

(2) L’étude d’Eugénie Mérieau, récemment parue en juillet 2013, sous l’égide de l’IRASEC, intitulée Les Chemises rouges de Thaïlande,  « retrace dit-elle, les différents événements fondateurs du mouvement dit des Chemises rouges, depuis leur création embryonnaire à la veille du coup d’Etat du 19 septembre 2006, jusqu’à leur écrasante victoire électorale du 3 juillet 2011. Offrant un examen détaillé des actions et des motivations des différentes organisations et groupuscules qui composent les Chemises rouges ». » (In A 124.) Nous lui avons consacré deux articles :

A 124 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

A 125 - http://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html

 

En page de garde, nous apprenons, qu'Eugénie Mérieau est docteure de l' INALCO en sciences politiques et enseigne à « Sciences Po » Paris, qu'elle a écrit : « Les Chemises rouges de Thaïlande », IRASEC, 2013. (dir) « The politics of (no) Elections in Thailand », White Lotus pres, 2016, et « Les Thaïlandais », Henri Dougier, 2018. Parfaitement thaïophone, elle anime de concert avec une autre Française lao d’origine, Thatsanavanh Banchong une émission en langue thaïe sur une chaîne de télévision thaïlandaise, « Voice TV » (channel 21).

(3) Thèse de doctorat, soutenue le 3 mars 2017 : « Le constitutionnalisme thaïlandais à la lumière de ses emprunts étrangers : une étude de la fonction royale. »

Résumé :

C’est sous cette forme quelque peu alambiquée qu'Eugénie Mérieau présente sa thèse :

« Cette thèse dégage, à partir de l'étude des mutations du droit constitutionnel thaïlandais et des doctrines qui le sous-tendent depuis ses plus lointaines origines, le point cardinal de l'ordre politique thaïlandais, identifié comme étant la souveraineté du roi. La construction de la souveraineté monarchique s'est appuyée sur des emprunts étrangers formant, par sédimentations successives, une doctrine proprement thaïlandaise du pouvoir royal l'érigeant en constituant suprême, seul interprète du dharma et de la coutume, auxquels le droit positif serait par nature inféodé. Si, en Europe, le « constitutionnalisme médiéval » a soustrait au roi le pouvoir de modification des lois fondamentales du royaume, le constitutionnalisme moderne a eu tendance à le dépouiller de sa « majesté », et enfin, le néo constitutionnalisme a transféré son rôle de gardien de la constitution au pouvoir judiciaire ou à un organe spécialisé de contrôle de la constitutionnalité des lois, au Siam puis en Thaïlande, la royauté a su utiliser les innovations constitutionnelles occidentales pour s'institutionnaliser et se transformer tout en maintenant l'affirmation doctrinale de sa souveraineté et son exercice effectif. L'instabilité constitutionnelle chronique qui en résulte a pour effet de neutraliser le développement du parlementarisme nécessaire à la convergence du régime politique thaïlandais vers son modèle britannique. Sont ainsi posés les jalons d'une réflexion sur l'impossibilité du transfert des conventions de la constitution, règles non-écrites qui forment le cœur du droit parlementaire britannique, en tant que cristallisation de contraintes juridiques propres à une histoire constitutionnelle spécifique ».

Soutenue à l’Université « Sorbonne Paris Cité », sous la direction de Marie-Sybille de Vienne -qui n’est pas une juriste- devant un jury qui en comportait deux, Michel Troper, professeur de droit constitutionnel et Jean-Louis Halpérin, professeur d’histoire du droit outre Vishnu Varunyou, vice-président de la Cour administrative suprême de Thaïlande. Cette thèse est le fruit d’un considérable travail de recherche même si sa construction manque de la rigueur que l’on attendrait d’une thèse de droit public … mais c’est une thèse de sciences politiques.

Elle étudie de façon approfondie l’évidente dichotomie qui existe entre les pouvoirs que les constitutions successives attribuent au roi et les pouvoirs charismatiques qu’il tient de la cérémonie du couronnement qui transcendent ceux qu’il tient de la constitution, recevant en particulier l’onction des Brahmanes, du clergé bouddhiste, des membres de la famille royale et de la haute noblesse lors des cérémonies du couronnement décrites très longuement et plus encore par Quaritch Wales en 1931.

 

(4) Sommaire du livre :

Introduction (pp.11-13)

Histoire. ( pp. 17-44)

5 Articles :

« La stèle de Ramkhamhaeng est la Magna Carta siamoise »

« Le roi Mongkut incarne la figure décriée du despote oriental. »

« La Thaïlande n'a jamais été colonisée. »

« Le Siam est devenue une monarchie constitutionnelle par la volonté du roi ».

« La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale . »

Politique (pp. 49-78)

5 articles :

« La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle. »

« Le régime militaire thaïlandais est une dictature soft. »

« Thaksin fut le Berlusconi thaïlandais ».

« En Thaïlande , les élections n'ont aucun valeur à cause de l'achat des voix. »

« La loi de lèse-majesté fait partie intégrante de la culture thaïlandaise. »

Société (pp. 81- 110)

5 articles :

« Le bouddhisme est la religion officielle du royaume. »

« Les populations du Nord-Est sont arriérées. »

« La Thaïlande est le paradis des lesbiennes, gays et transgenres. »

« La femme en Thaïlande jouit d'un statut privilégié. »

« L'industrie de la prostitution est principalement dédiée aux touristes et expatriés. »

Économie (113-138)

5 articles :

« L'économie thaïlandaise repose sur le dynamisme de ses Chinois d'Outre-mer. »

« L'économie thaïlandaise dépend principalement du tourisme. »

« Au sein du Triangle d'or, la Thaïlande est producteur majeur d'opium et d'héroïne. »

« La corruption en Thaïlande est culturelle. »

« La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. »

Conclusion (pp.139-141)

Annexe (pp.145-147) : 19 Références, dont 17 livres, un documentaire et un film.


 

(5) http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html


 

(6) https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1994_num_24_86_5990

 

(7) Le problème a d’ailleurs été en général posé de façon vicieuse : comme dans tout procès il appartient à l’accusateur de prouver ses dires et non à l’accusé de prouver son innocence. En l’état actuel de la science épigraphique rien ne permet d’affirmer avec certitude que la stèle fut l’œuvre de Rama IV. Des présomptions contraires ne constituent nullement des preuves. L’évolution de la science permettra probablement un jour de répondre à cette question.

Nos trois articles sur la stèle de Ramkhamhaeng. (Ou « La stèle de Ramkhamhaeng ou Ramkhamhaeng)

19 - Notre Histoire : « La stèle de Ramkhamhaeng (fin du XIIème ou début du XIIIe ?) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

 

20 - Notre Histoire : « Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html

RH 10 - Le roi de Sukhotai Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/rh-10-le-roi-de-sukhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292.html

Avec une traduction de la stèle faite par Schmitt, « Les deux Inscriptions de la pagode Phra-kéo à Bangkok, 2e partie », pp. 169-188, in Cochinchine Française, « Excursions et reconnaissances », VIII, n° 19, septembre, octobre 1884.

(8) Les deux sous-titres sont explicites sur ce que nous pensons de lui : « 1 « major rex siamensium », « le plus grand des rois du Siam  » (?) ; 2. Le règne d’un monarque « éclairé ».

 

A 220 - « ANNA ET LE ROI » OU L’HISTOIRE D’UNE IMPOSTURE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/03/a-220-anna-et-le-roi-ou-l-histoire-d-une-imposture.html

126 - Le roi Mongkut. (Rama IV). (1851-1868)

1ère partie. « major rex siamensium », « le plus grand des rois du Siam  » (?) :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-126-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123224741.html

127 - Le roi Mongkut ( Rama IV). (1851-1868)

  1. Le règne d’un monarque « éclairé ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-127-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123269822.html

(9) 187 - Le coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/187-le-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html88.

188. Un autre récit du coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam.

Il s’agit ici de republier une version remaniée de l’article intitulé alors « A.68 Il y a 80 ans en Thaïlande, le 24 juin 1932, coup d’Etat ou complot ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/188-un-autre-recit-du-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

 

189. 1 La constitution du 10 décembre 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-1-la-constitution-du-10-decembre-1932.html

 

(10) 202. LA RESISTANCE DES THAILANDAIS, et DES FREE THAIS, PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/09/202-la-resistance-des-thailandais-et-des-free-thais-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.html

 

Article basé sur la lecture du le d’E. Bruce Reynolds de 462 pages « Thailand’s Secret War, OSS, SOE, and the Free Thai Underground, during World War II », paru en 2004.

 

(11) A 198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942 :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a198-la-revolte-des-travailleurs-thais-du-chemin-de-fer-de-la-mort-dans-le-village-de-ban-pong-en-1942.html

 

(12) 203 – TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/203-tiang-sirikhan-le-guerrier-de-phupan.html

 

(13 ) Quaritch Wales « SIAMESE STATE CEREMONIES - THEIR HISTORY AND FUNCTION », Londres, 1931.

 

 

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