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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 22:31
H 25 - UN ATTENTAT MANQUÉ CONTRE LE ROI ANANDA EN ESCALE À COLOMBO EN NOVEMBRE 1938 FUT-IL LE PRÉLUDE À SON ASSASSINAT LE 9 JUIN 1946 ?

Lorsque le jeune Ananda Mahidol, né à Heidelberg le 20 septembre 1925, monte sur le trône le 2 mars 1935 désigné par le Conseil de régence à la suite de l’abdication de son oncle Rama VI, il est à neuf ans et demi le plus jeune des souverains régnant au monde. Rien ne le prédisposait à assumer cette charge que sa mère pour son compte aurait longuement hésité à accepter (1). Il ne connaît pas son pays. Il aurait déclaré à ceux qui sont venus l’interroger à Lausanne  où il réside à la suite du coup d’état de 1932 avec sa mère, sa sœur aînée et son jeune frère sur ses projets et ses ambitions  « qu'on me laisse encore jouer avec mes  camarades, j’ai bien le temps de régner » (2).

 

 

Il va pendant trois ans rester à Lausanne sucer le lait de l’enseignement dispensé par la cité universitaire de la plus vieille des républiques et jouer aux billes avec ses camarades sous la tutelle de sa mère et la protection sinon la surveillance des envoyés du gouvernement qui sont également là pour lui faire signer ses décrets. Ce n’est qu’au dernier trimestre de 1938, il a 13 ans, que sa famille à la fin de l’année va quitter Lausanne pour venir au Siam probablement à l’instigation du premier ministre Phraya Pahon démissionnaire le 11 septembre 1938 qui sera remplacé par Phibun le 16 décembre 1938 après trois mois de chaos (3). La famille embarque à Marseille ...

 

 

... sur le Méonia, un luxueux paquebot danois le 18 ou le 19 octobre (4).

 

 

Le jeune monarque va alors pour son malheur découvrir ce que le roi Humbert d’Italie appelait « les risques du métier » après avoir échappé à un Nième attentat :  « Cosa volete ? Sono gli incerti del mestiere ! » (5).

 

 

La nouvelle est ainsi annoncée dans le très austère Journal des débats politiques et littéraires  des 7 et 8 novembre 1938 (6) :

  

 

SIAM

Un complot avait été fomenté  en vue de tuer le jeune roi de Siam

 

« On mande de Colombo: Un complot, en vue d'assassiner le jeune roi de Siam, Ananda Mahidol, a été découvert par la police, apprenait-on hier. Le roi de treize ans est resté, sous bonne garde, à bord du croiseur Méonia  qui le transporte de France à Bangkok,  où il doit être couronné.  Le complot, découvert au début d'octobre, aurait été fomenté par plusieurs hommes politiques de premier plan et appuyé par de nombreux Siamois, mais réprimé aussitôt »  (6).

 

Le journal ne nous en dit pas plus sur ces hommes politiques de premier plan qui auraient fomenté cet attentat ? La nouvelle en tous cas aurait été plus largement annoncée dans la presse anglaise mais nous n’y avons pas accès (7).

 

 

La presse française n’a pas relayé cette information compte tenu de la situation internationale à cette époque, n’oublions pas que nous sommes à la veille d’un conflit mondial et que nos journaux  se soucient beaucoup plus de la guerre d’Espagne, des agressions japonaises sur le continent  ou des discours incendiaires d’Hitler.

 

 

Nous avons toutefois une version légèrement différente quelques jours plus tôt – le 6 - dans la presse indochinoise, l’hebdomadaire « le nouvelliste d’Indochine » sous la signature de Michel Gorel (8). Nous citons la partie intéressante de l’article car il relève d’une bonne analyse.

 

 

ON A VOULU « KIDNAPPER»  UN ROI

Les déchirements siamois ne sont qu'un épisode de la compétition nippo-britannique

 

Amanda Mahidol, le plus jeune  souverain du monde  - il est né le 20 septembre 1925 -  a failli être « kidnappé » au cours d'une escale que faisait à Colombo le navire qui le ramenait dans son royaume,  pour le couronnement.  Telle est la stupéfiante nouvelle que l'on a pu lire dans les journaux d'hier soir et qui permet à certains journalistes anglais d'échafauder d'ahurissants romans feuilletons où il est question de  maffias, d'organisations secrètes constituées sur le modèle du fameux «  Dragon Noir », et d'histoires de familles royales qui ne  sont pas sans analogie avec les disputes et les fourberies des Borgia.

 

Laissons là cette littérature douteuse. En soulevant le voile qui cache aux Européens les « mystères de la cour de Bangkok », nous nous   trouvons en présence d'une vaste crise qui dure depuis six ans déjà et dont le dénouement intéresse trois grandes puissances: le Japon, l'Angleterre et la France.

 

Le Kemal siamois

 

 

Cette crise a débuté par le coup d'Etat du 24 juin 1932 que dirigeaient deux hommes Phya Bahol,  (lire Phraya Pahon)  surnommé le « Kemal siamois » et Luang Pradit  (lire Pridi), ancien élève de la Sorbonne, baptisé par ses adversaires le « Lénine du Siam ».

 

 

A la suite de ce pronunciamiento, la dynastie des Chakri,  qui gouverne le pays depuis 1782, dut renoncer à l'absolutisme et octroyer une constitution qui crée, à côté du pouvoir royal, une Chambre de représentants de 140 membres. Le roi Pradjadipok quitta Bangkok et, sous prétexte de soigner ses yeux malades, alla habiter l'Angleterre. Un putsch, fomenté par plusieurs princes royaux en vue d’abattre le nouveau  gouvernement, et qui se traduisit par de sanglants combats à l'aérodrome de Bangkok, échoua piteusement. Le 7 mars 1935, enfin, le roi dut abdiquer en faveur de son neveu, le petit Ananda.  Mais le nouveau souverain ne vint pas occuper son trône – même d'une manière toute théorique  -  et demeura en Suisse où il suivait les cours d'un collège. A Bangkok, de violents dissentiments ne tardèrent pas à s'élever entre  Phraya Pahon, partisan d'une politique de droite, et Luang Pridi, qui réclamait de vastes réformes sociales. Ce dernier fut finalement éliminé du pouvoir. En sauvegardant les apparences constitutionnelles, le « Kémal siamois » créa une sorte de dictature, et, en s'appuyant sur les jeunes militaires, mena à bien la réorganisation de l'armée

 

 

Le Japon contre l'Angleterre

 

Il y a quelques mois, Phraya Pahon  prenait la parole devant le micro et proclamait, en termes  enthousiastes, son admiration pour  le Japon. En même temps, on apprenait que des instructeurs militaires nippons avaient débarqué à Bangkok et que les grandes firmes japonaises Mitsui et Mitsubischi s'étaient pratiquement rendues maîtresses du marché siamois. Tout cela donna l'alarme à l'Angleterre. Un agent important  de l'Intelligence Service, le major Archilbald Haudford - que certains  appellent le « Lawrence d'Extrême-Orient» - fût délégué dans la capitale siamoise avec une « mission confidentielle».

 

 

C'est après ce voyage que l'agitation reprit au Siam et qu'une sorte de « front unique» fut formé par tous les adversaires du gouvernement, partisans de l'ancien roi et partisans de Luang Pridi. Pour stabiliser la situation, Phraya Pahon  décida de hâter le  couronnement et de faire revenir  le petit roi. Le clan  antigouvernemental s'efforça de contrarier  ce projet. Et c'est ainsi qu'un rocambolesque «kidnapping» fut tenté sur la personne du petit souverain au cours de son voyage de retour. L'entreprise a échoué, mais l'ère des troubles est loin d'être close et on murmure que les antigouvernementaux vont tenter un nouveau putsch au moment du couronnement pour renverser le dictateur et pour mettre et pour mettre fin à l’influence japonaise.

 

 

Cet article appelle de notre part les observations suivantes :

 

- Si l’article du Journal des débats politiques et littéraires  ne donne pas ses sources, celui du nouvelliste d’Indochine fait référence à des « sources anglaises » de la veille donc du 5 novembre. Nous ne savons pas lesquelles. Toutefois le fait que deux articles dans deux journaux sérieux fassent état d’un complot contre le petit roi, que ce soit sous forme d’assassinat ou sous forme d’enlèvement, rend l’information plausible. L’article de Gorel était prémonitoires : « L'entreprise a échoué… et on murmure que les antigouvernementaux vont tenter un nouveau putsch  … ». Ce ne fut pas un coup d’état,  ce fut un meurtre.

 

- La comparaison de Phraya Pahon avec Mustapha Kemal (par hasard mort le 10 novembre 1938) est peut-être un peu hasardeuse : Kemal, républicain de toujours a abattu la monarchie ottomane, laïcisé le pays, imposé un alphabet romain et surtout s’est rendu responsable de massacre qui restent une tache honteuse sur sa mémoire, massacre de  Grecs, massacre de Kurdes, génocide arménien. Pahon fut un dictateur, il ne fut pas un criminel de guerre.

 

 

- Celle de Pridi avec Lénine est tout aussi hasardeuse puisqu’il réussit à échapper aux accusations de « communisme ». Mais s’il n’est pas Lénine, il y a du Kerenski en lui. Ils s’exilèrent d’ailleurs tous deux à Paris.

 

 

- La dilection pour le Japon manifestée par les militaires à l’origine du coup d’État de 1932 ne doit pas nous faire oublier que la victoire du Japon sur l’empire russe en 1905 eut un retentissement énorme dans tous les pays colonisés d’Asie démontrant que les puissances blanches et colonisatrices n’était pas militairement invincibles. Elle était encore fraiche dans toutes les mémoires asiatiques.

 

 

- Nos deux journalistes mettent au moins de façon indirecte le « clan » Pridi en cause pour se débarrasser du roi que ce soit directement ou par l’intermédiaire des services secrets britanniques ?

 

- En tout état de cause, Pridi ou pas Pridi, s’il y eut un complot en 1938, il fut suivi pour le malheur du jeune roi par le triste épisode du 9 juin 1946 lorsqu’il trouva la mort par balle. A cette date Pridi était devenu premier ministre depuis le mois de mars. L’existence d’un complot antérieur permet d’écarter les autres hypothèses envisagées, celle d’un accident ou celle d’un suicide. C’est toutefois ainsi que nous devons comprendre  ces allusions ?

 

 

Il est regrettable que tous ceux qui ont écrit et spéculé sur ce décès n’aient jamais approfondi le détail des événements de novembre 1938 qui furent probablement le prélude à l’assassinat de 1946 (9).

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 217 « LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/217-la-vie-en-suisse-des-deux-futurs-rois-de-thailande-rama-viii-et-rama-ix.html

 

(2) « le monde illustré » du 16 mars 1935.

 

 

(3)  Voir nos article 191 « PHRAYAPHAHON, SECOND PREMIER MINISTRE DU SIAM CONSTITUTIONNEL DU 24 JUIN 1933 AU 11 SEPTEMBRE 1938, UN PERSONNAGE ENIGMATIQUE » :

 http://www.alainbernardenthailande.com/2015/07/191-phrayaphahon-second-premier-ministre-du-siam-constitutionnel-un-personnage-enigmatique.html

et

196 « LA CHRONOLOGIE DE L’ASCENSION DE PHIBUN AU POUVOIR SUPRÊME » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/196-la-chronologie-de-l-ascension-de-phibun-au-pouvoir-supreme.html

 

(4) Le 18 selon « Le Temps » du 19 octobre, le 19 selon  le « Journal des débats politiques et littéraires » du 20 octobre.

 

(5) « Que voulez-vous ? ce sont les risques du métier ! » 

 

(6)  « Journal des débats politiques et littéraires » des 7- 8 novembre 1938, n° 265.  Quotidien, le journal a été fondé en 1814.

 

(7) Contrairement aux sites équivalents français, l'accès aux documents numérisés de la presse anglaise  n'est pas gratuit, environ 100 euros par an via la British Library.

 

(8) L’article est du 6 novembre.  La revue hebdomadaire est dirigée par A. Breton,  représentant à Saigon de la tentaculaire société lyonnaise Descours et Cabaud  qui a probablement des connexions au Siam. L’article est signé de Michel Gorel, un journaliste d’investigation, auteur de nombreux ouvrages d’actualité politique. Nous avons feuilletés de nombreux exemplaires de la revue dont 7 années sont numérisées sur le site de la BNF (1936-1942), elle nous a semblé de grande qualité et ne pas donner dans la fantaisie.

 

(9) Notre propos n’est pas de nous lancer à notre tour dans des exégèses sur les circonstances de la mort du petit roi. Nous nous contenterons d’une simple chronologie. L’enquête fut longue et fit intervenir des experts anglais en balistique et en médecine légale. Trois inculpations furent prononcées le 28 septembre 1948 concernant deux pages royaux et le secrétaire du roi. Pridi le fut comme instigateur présumé et le lieutenant Vacharachai Chaiyasithiwet comme autre exécutant. Toutefois, ils avaient tous deux fui la Thaïlande après le  coup d’état de novembre 1947.

 

Une première décision fut rendue  le 27 septembre 1951 acquittant deux des trois accusés et condamnant le troisième à mort. Aucune décision  ne fut prononcée  contre Pridi ou Vacharachai.  Sur appel, en décembre 1953, la Cour confirma un seul des acquittements et prononça deux peines de mort. Le dossier fut soumis à la Cour suprême  qui prononça trois peines de mort le 13 octobre 1954.  Elles furent exécutées le 17 février 1955, le Roi ayant refusé sa grâce.

Contrairement à ce que l’on lit souvent, la décision qui fait 58 pages est d’accès libre tant en thaï évidemment qu’en traduction anglaise.

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