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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 22:40

 

 

Le règne du roi Ananda depuis son accession au trône le 2 mars 1935 jusqu’à sa mort tragique le 9 juin 1946, il n’avait pas encore 21 ans, ne fut pas le plus paisible de l’histoire de la dynastie. Le pays subit une instabilité ministérielle chronique à rendre jalouse la France de la IIIe république (1) : 11 cabinets ministériels, quatre premiers ministres issus des rangs de l’armée et deux civils. De tous ces premiers ministres, un seul, Pridi, était sincèrement démocrate (2). Le roi Ananda, après avoir été victime d’un premier attentat à Colombo en 1938 et mourir d’un autre « attentat » le 9 juin 1946, connut une première guerre menée contre les Français en 1941, signa l’entrée en guerre aux côtés des Japonais du gouvernement Phibun, qui déclara la guerre aux États-Unis le 10 décembre 1941 et à la Grande-Bretagne le 25 janvier 1942.

 

 

C’est à cette époque que s’organisent plusieurs mouvements de résistance sous l’étiquette des « Free thai » (ขบวนการเสรีไทยเสรีไทย) entretenant entre eux, qu’ils soient de l’extérieur (États-Unis et Angleterre) ou de l’intérieur de solides rivalités. Ce sont là des sujets dont nous avons abondamment traités. Ce sont ces rivalités et leurs accusations réciproques qui susciteront en 1946 dès après la défaite des puissances de l’axe et du Japon la création d’une commission d’enquête sur les finances des différentes branches du mouvement. La résistance avait un prix, celui du danger mais surtout celui de l’argent pour s’armer et éventuellement combattre. Ce fut chez nous le souci primordial de Jean Moulin, qui avant d’être le héros mort pour avoir unifié la Résistance, en avait été le banquier.

 

 

La question du financement des mouvements des Thaïs libres n’a pas été suffisamment étudiée. Nous bénéficions toutefois d’une solide étude de 2001 assortie de nombreuses pièces justificatives de Kasian Tejapira (เกษียร เตชะพีระ) (3). La partie concernant notre sujet est largement reproduite sur le remarquable site de Margaret et Aloys Prayer pour les années 1945 et 1946 (4). Il peut y avoir certaines incohérences dans certains de ces chiffres et il est possible aussi que nous ayons commis des erreurs dans l’évaluation de la valeur des dollars de cette époque en dollars et en euros de 2018.

 

 

L’ambiance à Bangkok est en 1946 détestable.

 

Du côté de Pridi et de ses ministres, les accusations pleuvent contre les 

militaires.

 

Toutes sont loin d’être fondées.

 

La première était celle d’avoir « perdu la guerre ».

 

Restait à savoir laquelle puisque l’entrée en guerre contre la France, dans une ambiance francophobe fut saluée par des manifestations de soutien, au moins à Bangkok.

 

Manifestation anti-française à Bangkok en 1941 :

 

 

Si les Siamois perdirent la guerre sur mer à Koh Chang, ils la gagnèrent incontestable sur terre en raison du peu de combativité de nos troupes annamites et dans les airs en raison d’une incontestable supériorité de leur matériel japonais. Le Japon calma le jeu mais le Siam y récupéra partie des territoires perdus en raison des traités aussi inégaux qu’humiliants de 1893 et 1904. Ce fut pour Phibun un triomphe, la récupération de ce qui était pour le pays son Alsace-Lorraine. Et pour beaucoup, ce ne fut pas l’armée siamoise qui perdit la guerre mais le Japon.

 

 

L'armée est incapable de maintenir la « Thainess » et l’indépendance nationale donc les dépenses militaires sont du gaspillage.

 

 

Ce reproche est infondé puisque le pays fut contre vents et marées rangé du côté des vainqueurs et que Pridi lui-même qui était un brin nationaliste se battit en vain en 1946 pour conserver à la Thaïlande les territoires « récupérés » en 1941.

 

 

 

 

En cinquante ans d’existence, l’armée n’a pas pu accomplir ce que le Mouvement des thaïs libres avait accompli en deux ans.

 

 

L’accusation est plaisante si l’on cherche à savoir ce que fut l’activité du mouvement à l’intérieur et à l’extérieur. Le détail de ses finances va-t-il nous éclairer ?

 

 

Le chef de de l’armée, le Maréchal Phibunsongkhram est un criminel de guerre.

 

 

La notion se dégageait à l’occasion du procès de Nuremberg en particulier, organisant la justice des vainqueurs avant celui de Tokyo. Si Phibun ne fut pas un enfant de cœur, la plus grave accusation que l’on puisse porter à son encontre fut celle d’avoir mal choisi son camp à une époque où l’écroulement des puissances de l’axe était imprévisible. S’il y eut ce que l’on peut juridiquement qualifier de « crimes de guerre » en Thaïlande, ils furent le fait des Japonais sans qu’ils aient d’ailleurs atteint le niveau des massacres commis en Chine, en Indonésie, en Birmanie, aux Philippines et en Corée, mais nous n’avons trouvé nulle part l’imputation de faits précis à l’encontre de Phibun. S’il fut probablement responsable de morts violentes dans les rangs de ses adversaires politiques communistes notamment, encore faudrait-il démontrer qu’il en fut l’instigateur et l’ordonnateur. Il fut en tous cas blanchi de ces accusations.

 

 

 

L’armée redeviendra un jour l’instrument de la dictature.

 

 

C’est la seule affirmation dont l’avenir démontra qu’elle était sérieuse mais il était difficile en 1946 de jouer les Pythonisses.

 

 

Les rues de Bangkok fourmillent alors de joyeux « thaïs libres » pour la plupart résistants de la dernière heure, exactement ce qui connut la France à la même époque… les manifestations sanglantes en moins.

 

 


 

Le lieutenant-colonel Krit Punnakan (กฤช ปุณณกันต์), alors commandant du bataillon de cavalerie des gardes du roi commenta avec amertume les insultes dont ses militaires étaient abreuvées dans les rues de la capitale.

 

 

Le colonel Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) qui fut premier ministre de 1959 à 1963, alors commandant un régiment d’infanterie des gardes du corps du roi à Bangkok, se plaignit de s’être vu interdire l’accès au palais lors de la mort du roi (ce qui contribua pour partie à la mise en cause de la responsabilité de Pridi dans ce meurtre).

 

 

 

 

Cette ambiance détestable fut confirmée par le major général Net Khemayothin (เนตร เขมะโยธิน), lui-même Thaï libre de l’intérieur.

 

 

 

 

De l’autre côté, les accusations contre le « clan » Pridi vont pleuvoir

 

Elles proviennent des responsables royalistes de la frange britannique du mouvement des thaïs libre. Cette liste n’est pas limitative : Nous y trouvons le Prince Phanuphanyukhol (พระองค์เจ้าภาณุพันธุ์ยุคล) petit fils du roi Chulalongkorn qui fera ultérieurement une carrière de cinéaste - Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์) ancien premier ministre - Seni Pramot (เสนีย์ ปราโมช), lui-même résistant de l’extérieur (États-Unis) ancien premier ministre qui accusa formellement auprès de la police Pridi d’avoir fait assassiner le roi deux jours après sa mort et son frère Kukrit Pramot (ศ์คึกฤทธิ์ ปราโมช) futur premier ministre - Le général Phin Chunhawan (จอมพลผิน ชุณหะวัณ) futur premier ministre et enfin le Lieutenant Général Kat Katsongkhram (กาจ กาจสงคราม) l’un des responsables du coup d’état ayant destitué Pridi.

 

 

 

C’est dans ces conditions, entre accusations fondées ou non, médisances ou calomnies, que va intervenir la commission chargée des comptes du mouvement de résistance intérieur et extérieur.

 

La question évidemment essentielle était de savoir si des membres du mouvement avaient détourné des fonds pour leur profit personnel.

 

Sur la question de l’utilisation du matériel militaire, Pridi a affirmé que celui qui avait été mis à la disposition des Siamois libres provenait des parachutages alliés et qu’aucun matériel ne provenait du patrimoine de la nation. Nous sommes dans l’ignorance totale de la quantité et la nature du matériel parachuté. Ce que nous savons, c’est qu’il n’a jamais été utilisé contre l’occupant japonais, que l’armée l’a probablement récupéré mais que bien des containers ont pu s’ « égarer » en cours de route ? (5)

 

 

Sur l’utilisation des fonds.

 

La commission s’est donc penchée sur le montant des différentes sommes d'argent que les Siamois libres avaient reçues et dépensées pour leur travail à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Ce fut Seni Pramot qui exigea que la recherche ne porte pas seulement sur les dépenses intérieures mais également sur les dépenses extérieures. Nous sommes en 1942.

 

 

Nous savons que le mouvement détenait sur son compte à la National City Bank de New York la somme de 2.730.478,61 dollars. Essayons de savoir l’équivalent actuel de cette somme. Il y a plusieurs sites de comparaison qui évaluent un dollar de 1942 à entre 15,50 et 15,90 dollars de 2018. Faisons la moyenne (15,70) sans nous arrêter aux cents, cela nous donne une somme d’environ 43 millions de dollars 2018 qui, toujours en 2018, représente environ 38 million d’euros.

 

 

La somme est importante pensez-vous ? Allons donc ! Lorsque la résistance française toujours à la recherche de ressources s’est lancée dans le « hold up patriotique », celui qui fut réalisé à Neuvic-sur-l'Isle en Dordogne, dans la fièvre de l'été 44, rapporta au maquis du Limousin plus de 2 milliards de francs appartenant à la Banque de France… Un franc de 1944 valant 0,15 euros 2018, cela représente 30 millions d’euros 2018. D’un coup, d’un seul, presque tout le budget des « Free thai » pendant leurs années d’activité.

 

 

De cette somme provenant pour l’essentiel des largesses américaines 657.092,39 dollars furent versés à la légation siamoise à Washington, 411.557,95 aux Siamois libres travaillant par le biais de l'O.S.S », 63.124,18 dollars versés à l’O.S.S pour les livraisons effectuées au Siam pour couvrir les dépenses des Siamois libres (6). Ces 63.000 dollars en font 900.000 d’aujourd’hui soit environ 800.000 euros.

 

 

La somme versée à la légation siamoise de Washington servit, vous allez le voir, à la résistance à l’occupation japonaise mais de très, très, très loin. En gros elle correspond à 1 million de dollars de nos jours (880.000 euros) mais nous n’avons malheureusement pas la ventilation complète. Elle paya :

 

- les salaires de la légation dont la charge pourtant incombait au gouvernement siamois ?

 

- les dépenses de la légation, en quelque sorte ses frais généraux, même observations que ci-dessus.

 

- Les frais de surveillance des étudiants. Mais pourquoi fallait-il les surveiller ?

 

- Les frais d'inscription et l’argent de poche pour les étudiants.

 

- le salaire de M. Frederick Dolbeare, ancien ambassadeur des États-Unis à Bangkok et devenu « conseiller en politique étrangère du Siam ».

 

- le prix du billet aller-retour au Siam de la famille de M. R. Seni Pramot.

 

- les pensions du Dr Ellis et de Phraya Nithet Wiratchakit mais nous ignorons totalement qui étaient ces deux heureux bénéficiaires des largesses du mouvement.

 

- traitements et frais de voyage de M. Lecount. (Qui était-il ?)

 

- frais liés aux Siamois libres en Angleterre. Nous sommes toujours dans le flou mais nous savons qu’ils étaient de 34.747 dollars de l’époque soit 545.000 dollars soit encore 435.000 euros.

 

- dépenses pour les uniformes des officiels siamois libres aux États-Unis, encore un paragraphe mystérieux, nous ignorons totalement quel était l’uniforme de ces résistants lointains. Le poste est tout de même de 13.451,44 dollars soit 212.000 dollars et 180.000 euros, de bien coûteux uniformes.

 

- avances pour les personnes envoyées hors du Siam en mission aux États-Unis pour 63.417,55 dollars (995.000 dollars ou 845.000 euros).

 

La somme payée via (ou par ?) l’O.S.S. pour le mouvement des siamois libres, de 411.557,95 fut considérée comme un paiement pour le siamois libre à l'étranger c’est-à-dire travaillant hors du pays, ceux des États-Unis d'Amérique.

 

L’O.S.S avait elle-même reçu 500.000 dollars (soit 7.850.000 dollars ou 6.670.000 euros) du Gouvernement américain qui avait été affectés comme suit :

 

- les dépenses courantes et argent de poche utilisés lors des opérations (Lesquelles ?)

 

- le coût de l'équipement;

 

- construction du bâtiment du siège des Thaïs libres en Chine;

 

- frais de transport,

 

- et dépenses journalières en mer,

 

Immeuble de l'O.S.S. à Bangkok  :

 

 

 

Un résiduel de 88.442,05 dollars avait été retourné après-guerre au compte du gouvernement siamois à la National City Bank de New York.

 

La Commission en a conclu que la somme de 500.000 dollars versée par le Gouvernement américain pour les dépenses des Siamois libres à l’extérieur du pays avait été correctement dépensée et que les sommes restantes avaient été régulièrement restituées au gouvernement siamois. Les dépenses se sont élevées à 411.577,95 plus 88.442,05 soit 500.000.

 

En ce qui concerne la somme de 63.124,18 dollars destinée à couvrir les dépenses du mouvement pour son travail à l’intérieur du pays, elle avait été utilisée par les États-Unis pour acheter de l’or ensuite envoyé au Siam pour financer le travail de la résistance dans le royaume. Un premier envoi était de 49.957,06 dollars et un autre de 13.038,50 dollars, soit un total de 63.124,18 dollars. Une fois cette somme soustraite du montant total de 500.000 dollars restait donc 436.875,82 dollars. Les livraisons portaient sur « environ » cinquante kilos d’or.

 

 

Le métal précieux a alors été vendu par les banques siamoises qui l’ont évidemment payé en monnaie locale pour 1.460.184,84 baths. Le quartier général a réparti la somme comme suit : Les chiffres de la deuxième colonne sont donnés successivement en dollars 1944, en dollars 2018 et en euros 2018.

 

Frais d'envoi de personnes à l'étranger

184.605,00

553.000

868.000

Dépenses de l'unité Uttaradit-Sukhothai (อุตรดิตถ์ – สุโขทัย)

20.000,00

6.000

94.000

Dépenses de l'unité Bang Kapi (บางกะปิ)

20.000,00

6.000

94.000

 

Dépense de l’unité de Loei (เลยข)

36.000,00

10.800

170.000

Dépenses de l’unité de Kanchanaburi unit (าญจนบุรี)

3.500,00

1.050

16.500

Dépenses des unités de Nakhon Sithammarat-Phetburi et (นครศรีธรรมราช-เพชรบุรี)

42.100,00

15.000,00

220.000,00

Dépenses de l’unité de Chaiyaphum (ชัยภูมิ)

5.000,00

1.500,00

23.500,00

Dépenses de l’unité de Huahin-Pranburi (หัวหิน-ปราณบุรี)

1.000,00

300,00

4.700,00

Dépenses de l’unité de Ranong (ระนอง)

80.000,00

24.000,00

380.000,00

Dépenses des unités de Sakon Nakhon-Nakhon Phanom-Nongkhai-Mahasarakham-Udon-Ubon.
(สกลนคร-นครพนม-หนองคาย-มหาสารคาม-อุดรธานี-อุบลราชธานี)

165.200,00

56.000,00

880.000,00

Dépenses pour les agents de renseignement

47.000,00

14.000,00

220.000,00

Dépenses pour le transport de l’eau

168.253,30

51.000,00

790.000,00

Dépenses pour le camp britannique

158.292,10

47.000,00

750.000,00

Dépenses pour le camp américain

165.510, 00

49.500,00

780.000,00

Frais de transmission des messages radio secrets

211.127,00

63.000,00

990.000,00

Dépenses pour la liaison avec la Chine

57.197,51

17.000,00

270.000,00

Dépenses de carburant

30.800.00

9.200,00

145.000,00

 

Divers : accueil, transport, argent de poche, réparation de véhicules

124,599.93

37.500,00

590.000,00

Total

1.410.184

423.000

6.650.000

En Euros de ce jour 

5.900.000

Cette pluie d’or américain est évidemment considérable mais tout à la fois dérisoire. Sa répartition effectuée par Pridi, responsable du mouvement intérieur, porte sur des postes donc chacun mériterait un point d’interrogation. Nous verrons toutefois qu’il y a des motifs légitimes à cette discrétion. Le seul maquis qui a effectivement existé en un lieu où la présence japonaise était pesante est celui de Kanchanaburi, qui a été peu traité. Par contre les maquis de l’Isan (SakonnakhonNakhonphanom Nongkhai - MahasarakhamUdon et Ubon) régions acquises au clan Pridi, l’ont été fastueusement.

 

 

La question du détail des dépenses à l’intérieur de chaque poste n’a pas été étudiée, ce qui n’est pas un reproche fondamental dans la mesure où un individu ou un groupe dans la clandestinité n’a pas vocation à tenir une comptabilité de ses recettes et de ses dépenses.

 

Ces montants ainsi que la somme d’argent retournée s’élèvent à 500.000 dollars, soit le montant reçu.

 

La Commission en a conclu que les sommes versées par le Gouvernement américain pour les dépenses des Siamois libres à l’extérieur du pays avait été correctement dépensées et que les sommes restantes avaient été correctement restituées au gouvernement siamois.

 

En ce qui concerne les dépenses effectuées au bénéfice de l’or américain, la Commission considéra que les fonds avaient été également correctement utilisés et dépensés

 

Comme nous l’avons dit plus haut, le Comité a tenu à souligner qu’on ne doit pas s’attendre à ce qu’une organisation secrète tienne des comptes détaillés comme ceux que tiendrait une entreprise en temps de paix. Il rappelle, ce qui nous donne tout de même un aperçu des activités non guerrières des maquis, que « ces sommes ont été utilisées dans des circonstances spéciales nécessaires au succès du mouvement. Par exemple, le Comité estime que la construction de casernes, de bases aériennes, de camps, de quartiers généraux, etc., a été réalisée dans des conditions difficiles, avec une efficacité admirable, et démontre que les sommes dépensées valaient le travail accompli ». Et il ajoute « Il est également inévitable qu’il y ait ce que l’on a qualifié de dépenses non comptabilisés telles que l’argent donné à ceux qui sont parachutés en territoire hostile. En fait, il est nécessaire que dans de telles situations secrètes et dangereuses, une grande prudence soit exercée pour la sécurité des personnes au sein du mouvement. Les identités devaient rester secrètes et des noms de utilisés. Les documents tels que chèques, factures, reçus, commandes, etc. ne pourraient donc pas révéler les noms des expéditeurs ou des destinataires, de peur que ceux-ci ne révèlent l'identification de telles personnes et ne mettent ainsi en danger leur vie et leur sécurité si ces documents étaient repris par l'ennemi. Des codes secrets devaient être utilisés pour éviter des conséquences aussi effrayantes en cas de dérapages »

 

Référence est faite à d’autres pays, en particulier la Résistance en France. Par ailleurs l’O.S.S. elle-même avait donné des instructions pour interdire de conserver le moindre document écrit.

 

 

L’origine des soupçons et les accusations consécutives qui furent alors proférées contre Pridi proviennent en réalité d’un malentendu concernant les 500.000 dollars américains alloués pour l’utilisation à l’intérieur du pays. Seni Pramot avait prévu d'envoyer toute cette somme au mouvement intérieur mais plus tard seulement 63.124,18 furent transférés. Le solde était resté aux États-Unis ce qui fut à l’origine du malentendu.

 

 

Voilà donc le Siam revenu dans le concert des nations, rangé sinon dans le clan des vainqueurs, du moins dans celui des pays occupés.

 

Cela ne posa aucune difficulté du côté des États-Unis contre lesquels le Siam n’avait jamais engagé d’action hostile. Il fut pudiquement admis qu’il n’y avait en réalité pas eu d’état de guerre entre les deux pays puisque Seni Pramot, ambassadeur du Siam avait refusé de la transmettre au gouvernement de Washington (7).

 

Du côté anglais, la situation était plus tangente. Le Siam avait bel et bien engagé des opérations militaires contre les Anglais en s’emparant de territoires soumis à la colonisation anglaise, sultanats du nord de la Malaisie et en engageant des campagnes militaires dans les états Shans dont le Major Kuang Aphaiwong fut le héros et en Birmanie pour récupérer les territoires de la rive gauche de la Salween considérés comme historiquement siamois (8). La situation paraît toutefois avoir été réglée lors d’une rencontre à Ceylan entre des envoyés du mouvement intérieur et Lord Mountbatten commandant les forces alliées en Asie du sud-est.

 

 

Restons-en donc une fois pour toutes dans le politiquement correct : « La Thaïlande s'est rangée aux côtés des alliés pendant la seconde guerre mondiale ».

 

Revenons aux finances du mouvement qui nous conduisent à revenir sur une brève comparaison avec la Résistance française.

 

- La situation au Siam n’avait rien à voir avec celle de la France. Il y avait quelques trois cent mille Japonais répandus essentiellement à Bangkok et tout au long de la voie ferrée en construction en vue de l’invasion de la Birmanie. En dehors des zones limitées où ils considérèrent effectivement les travailleurs siamois plus moins forcés comme des esclaves les Japonais ne se sont pas comportés comme ils l’ont fait dans les pays occupés en y massacrant systématiquement des millions de civils. On peut penser que dans la plus grande partie du pays, la présence (ou l’ « occupation » japonaise)  a laissé la population indifférente. Il y avait en France après l’invasion de la zone libre quatre millions de militaires allemands sur le comportement desquels il est inutile d’insister. L’intégration de dizaines de milliers de Français dans le Service du travail obligatoire en 1943 en a renvoyé tout autant dans les maquis.

 

 

- L’O.S.S qui était effectivement présente sur le terrain s’est opposée à ce que les Siamois entrent dans la lutte armée clandestine. Ce ne fut pas sans de solides raisons. L’armée proprement dite ne s’y est jamais impliquée. En étaient-ils capables ? Les maquis français furent pour l’essentiel organisés et dirigés d’une part par des anciens combattants de la guerre de 1914-1918 et des guerres coloniales ultérieures (Maroc et Syrie en particulier), beaucoup venus de l’armée d’armistice et pour les maquis d’obédience plus ou moins communistes par d’anciens combattants de la guerre d’Espagne, volontaires des Brigades Internationales ou anciens combattants réfugiés espagnols.

 

 

Tous avaient l’expérience du combat et parfaitement susceptibles de faire part de leur expérience aux recrues. Rien de tel chez les Siamois.

 

- Il n’y eut pas au Siam la présence d’un mouvement collaborationniste puissants comme il y eut dans tous les pays d’Europe occupée. Ceci exacerba les antagonismes qui se réglèrent après-guerre devant des tribunaux d’exception et des pelotons d’exécution. Le Siam y a échappé (9).

 

 

- La création de cette commission chargée d’éplucher les comptes des Thaïs libres et dont les conclusions ne furent jamais mises en cause a eu l’incontestable mérite de mettre un terme à des querelles nauséabondes sur l’utilisation de l’argent tombé du ciel américain. Il n’en fut malheureusement pas de même en France où circulent encore, des dizaines d’années plus tard, des histoires murmurées sur des fortunes surgies miraculeusement après la guerre (10). Le Général De Gaulle avait ordonné le désarmement des maquis, opération qui réussit pour l'essentiel sans difficultés même s'il y eut des bavures marginales. Son départ boudeur en janvier 1946 ne lui permit pas de régler cette question beaucoup plus complexe qui empoisonna longtemps le débat politique,

 

 

NOTES

 

(1) Nous relevons ainsi trois gouvernements successifs du général Phya Phahon  du 22 septembre 1934 au9 août 1937 – du 9 août au 21 décembre 1937 – du 21 décembre 1937 au 16 décembre 1938. Deux gouvernements successifs de Pibun  comme colonel du 16 décembre 1938 au 7 mars 1942 comme feld marshall (autoproclamé) du 7 mars 1942 au 1er août 1944. Deux gouvernements du Major Kuang Aphaiwong du 1er août 1934 au 31 août 1945 et après interruption du 31 janvier au 24 mars 1946. Un gouvernement Tawee Bunyaket : du 31 août au 17 septembre 1945, il était en réalité l’homme-lige du suivant. Un gouvernement de Seni Pramot du 17 septembre 1945 au 31 janvier 1946. Deux gouvernements de Pridi du 24 mars 1946 au 11 juin 1946 et du 11 juin 1946 au 23 août 1946.

 

(2) Seni Pramot dont il ne faut pas oublier qu’il était de sang royal a exprimé sur la démocratie parlementaire une opinion qui était bien dans l’air anti parlementaire du temps : « Démocratie ne signifie pas simplement la règle de la majorité. Si cinq cents bandits se réunissent avec cinq moines et qu’une motion est proposée pour décider si un vol qualifié doit ou non être proposé, chaque fois qu’il sera mis aux voix, ces cinq cents bandits votez toujours contre les moines, mais cela ne signifie nullement que l'opinion de la majorité en faveur du vol soit moralement juste ... Le gouvernement à la majorité, appelé démocratie, ne doit pas avoir pour seul critère un plus grand nombre de voix, mais prenez également en compte une connaissance accrue, une allégeance accrue à la nation et une plus grande honnêteté envers le peuple. Ce n'est que de cette manière qu'il deviendra un bon gouvernement pour le plein bénéfice et le bonheur du peuple et méritera le nom de démocratie ».

 

(3) Kasian Tejapira « Commodifying Marxism : the formation of modern Thai radical culture, 1927-1958 » Kyoto, 2001.

 

 

(4)

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1945.htm et

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1946.htm

 

(5) Plus ponctuellement, il est fort probable que celui qui fut parachuté au bénéfice du maquis de Sakonnakhon dont nous avons le détail traversa le Mékong pour bénéficier aux maquis communistes du Laos contre les Français. La seule action militaire de ce maquis a consisté en l’exécution d’un espion des Japonais. Compte tenu de l’hostilité toujours manifestée par Pridi sinon contre la France du moins contre la France coloniale, ce transfert ne put se faire qu’avec sa complicité au moins tacite. Ce disant, il est fort probable qu’il a sinon menti effrontément, du moins péché par omission volontaire : voir notre article 203 « TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN » :

(http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/203-tiang-sirikhan-le-guerrier-de-phupan.html

 

(6) O.S.S. = Office of Strategic Services  « Bureau des services stratégiques »), ancêtre de la C.I.A.

 

(7) Cela relève de la casuistique le plus hypocrite qui soit : La notion de de « déclaration de guerre » n’a plus aucun sens en droit international dès cette époque et plus encore dans la seconde moitié du 20e siècle et les débuts du 21e. Tous les conflits engagés par les États-Unis dans le monde entier l’ont été dans déclaration de guerre. Il fut lors des procès de Tokyo reproché au Japon d’avoir attaqué les États-Unis sans « déclaration de guerre préalable ». Crime de guerre ? La réponse des Japonais était simple : Dans leur souci d’étendre leur expansionnisme sur tout l’Océan pacifique face à l’expansionnisme japonais dont le but était similaire, les États-Unis avaient déclaré contre le Japon l’embargo sur toutes les matières premières, essentiellement le pétrole. Le Japon l’a considéré comme une véritable déclaration de guerre déguisée. Mais la Justice des vainqueurs n’est pas celle des vaincus ce qui n’exonère en rien les Nippons des massacres de millions de morts civils dont ils se sont rendus odieusement responsables.

 

(8) Voir notre article 200. 2 « L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/200-2-l-armee-thaie-entre-en-birmanie-le-10-mai-1942.html

 

(9) Il serait tout de même dommage de ne pas parler de Wicha Thitwat (วิชาฐิตวัฒน์). Étudiant à Berlin probablement dans une académie militaire, lors de la déclaration de guerre, il s’engagea (ou fut engagé ?) dans la Wehrmacht dans la 29e « Panzer Grenadier Division » et ensuite dans la 3e « Panzer  Grenadier Division » où il atteint le rang de capitaine comme opérateur radio (« funker »).

 

 

Il ne semble pas avoir participé aux combats et aurait surtout été utilisé comme instrument de propagande comme la photographie où nous le voyons en présence du sinistre Reinhard Heydrich.

 

 

Après un bref séjour en camp de prisonniers, il regagna son pays où il acquit le rang de colonel dans l’armée thaïe et se serait retrouvé ensuite ambassadeur au Danemark, en Norvège et en Islande. Il est possible qu’il n’ait pas été le seul mais nous n’avons pu nous procureur ses souvenirs (en thaï) « les Thaïs dans l’armée nazi » (คนไทยในกองทัพนาซี).

 

 

(10) La France connut les accusations d’Henri Frenay contre Jean Moulin en détournement des financements destinés à son propre réseau. Le hold-up de Neuvic dont nous avons parlé plus haut, exactement 2 milliards 280 millions dont au moins 500 millions disparurent mettant en cause le rôle d’André Malraux alias « colonel Berger » fut suivi d’une enquête administrative dont le rapport n’a jamais été publié. Il en fut de même du sort de l’argent « récupéré » dans le Limousin par Georges Guingoin dont les exactions lui valurent d’être exclu du parti communiste. André Dewavrin, dit le « colonel Passy » fit l’objet d’accusations féroces mais c'était un ami du Général De Gaulle.

 

Le pamphlétaire André Fuguéras fut un vrai résistant de la première heure  :

 

 

La question des parachutages de containers anglais contenant des billets de banque a également donné lieu à toutes sortes de spéculations souvent fétides. Les billets étaient parfois vrais, parfois faux mais plus vrais que les vrais.

 

 

Le film « Crésus » réalisé par Jean Giono en 1960 fit grincer quelques dents, l’écrivain manosquin réglant de façon insidieuse de vieux comptes avec la résistance des Basses-Alpes dont il n'avait pas eu à se féliciter.

 

Liste des proscrits établie par la Commission d'épuration du  Comité  national des écrivains :

 

 

 

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