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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 22:04
A 289. «  IDÉES REÇUES SUR LA THAÏLANDE», SELON  Mlle EUGÉNIE MÉRIEAU. 6.

4 - ÉCONOMIE. (pp. 113-138)

 

 

Nous abordons donc la quatrième partie du livre de Mlle Eugénie Mérieau « Idées reçues sur la Thaïlande »  consacrée à  5 idées reçues sur l'économie, à savoir : 

 

 

« L'économie thaïlandaise repose sur le dynamisme de ses Chinois d'Outre-mer. »,  « L'économie thaïlandaise dépend principalement du tourisme. », « Au sein du Triangle d'or, la Thaïlande est producteur majeur d'opium et d'héroïne. », « La corruption en Thaïlande est culturelle. », « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. ».

 

 

 

 

4 – I - « L'ÉCONOMIE THAÏLANDAISE REPOSE SUR LE DYNAMISME DE  SES CHINOIS D'OUTRE-MER. » (pp. 113-116)

 

 

 

 

Mlle Eugénie Mérieau invente ici une « idée reçue »,  pour mieux exprimer l'idée  que les Chinois sont très bien intégrés dans la société thaïlandaise. Elle en donne les raisons (Fort taux d'intermariage entre Chinois et Thaïlandais ; même au sein de la famille royale ; Le roi Thaksin était d'origine sino-thaïe, Rama 1er avait épousé une fille d'un riche marchand chinois) et signale leur puissance économique. (Ils comptent 10 à 14 % de la population, 80% des entreprises siamoises sont tenues par des Chinois, « qu'en 2017, neuf des dix hommes les plus riches de Thaïlande sont d'origine sino-thaïe », que « toutes les banques commerciales sont possédées par des familles chinoises ».)

 

 

Mais on peut douter de l'intégration présumée  des Sino-thaïs, si l'on en juge d'après  l'article de Jean Baffie intitulé   « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande » qui révèle  Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande. 

 

 

 

 

« Dans les années 1980, dit-il, la tendance dominante était à la dénégation. Comme l’on pouvait nier l’existence de la prostitution en Thaïlande, puisqu’elle était illégale depuis 1960, il n’existait pas – ou plus – de « problème chinois » puisqu’ils étaient en majorité devenus thaïs. » Il va donner de nombreux exemples dans la littérature, la rue, les médias (la presse, la télévision), l’école, le quartier chinois de Yaowarat, les commémorations et non sans ironie, le retour des triades chinoises dans le crime organisé, qui montrent que les Chinois sont plus présents que jamais. Et ils le seront d’autant plus  qu’arrivent  massivement  les touristes chinois. (Cf. Note (1))

 

 

Toutefois, Mlle Mérieau  nous dit aussi que les Chinois ne furent pas toujours intégrés.  Après la récession économique du début de 1910, les Chinois « devinrent la cible de tous les ressentiments » ; avec le nationalisme thaï  montant, Rama VI les dénonça comme les « Juifs de l'Orient » ; Le nationalisme chinois de Sun Yat-Sen les encouragea à résister à l'assimilation avec la société thaïlandaise, à  établir leurs propres écoles, leurs propres journaux, et à se replier sur leur communauté. Ce qui entraîna une réplique du gouvernement siamois (Incitation forcée à prendre la nationalité siamoise, des noms siamois, fermeture des écoles, interdiction de certaines professions et autres discriminations). Elle ne  cite pas les mesures drastiques prises sous les gouvernements de Phibun Songkhram (16/12/1938-1/8/1944, 8/5/1948-16/9/1957)  contre les Chinois, ni celles d'autres gouvernements (Cf. Notes 1 et 2) ; ni qu’en septembre 1997, le premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudt, voulut rendre responsables de la crise économique les hommes d’affaires chinois du pays, désignés par le terme « dérogatoire » de มัน man. (In Baffie (1)). 

 

 

La langue thaïe  est – caractéristique d’une société verticale – d’une infinie richesse dans la multiplicité (plusieurs dizaines) des pronoms personnels destinée à répondre à toutes les situations mettant en présence des personnes de rang différent, du plus profond respect au plus total mépris. Celui-ci, tantôt « tu – lui – eux - il – elle – ils  ou elles » se situe au bas de l’échelle et soit signe de grande familiarité soit de mépris.

 

 

Stéphane Dovert, quant-à lui, dans son article  « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», défend l'intégration des Chinois, mais curieusement donne des faits qui infirment cette conviction. Ne dit-il pas que si les Chinois étaient assimilés, entre 1918 et 1931, tout a basculé avec la forte immigration (Les Chinois passèrent d'un demi-million à 1,5  million), composée en majorité de célibataires et qui suivirent leur éducation dans les écoles chinoises, délaissant le thaï, gardant leur attachement à leur région d’origine, avec leur intérêt manifeste pour les événements chinois. Il rappelle la campagne de Rama VI (1910-1925), contre les Chinois sur le modèle antisémite européen,  refusant désormais de les anoblir et réglementant sévèrement leur accès à l’administration ; La politique discriminatoire de Phibun à leur égard dès 1938 ; Sa politique nationaliste qui reléguait les minorités en « non-thaïes » ou « moins thaïes » et qui marginalisait les élites indiennes et chinoises. Pendant la guerre du Vietnam, « les résidents chinois de Thaïlande étaient facilement soupçonnés d’espionnage ou de subversion », leurs associations à caractère politique interdites, leurs leaders arrêtés. D'ailleurs « les généraux conservateurs ont volontiers assimilé la subversion aux communautés minoritaires », laissant entendre que « tous les « non-Thaïs », Chinois, Vietnamiens ou Malais de Thaïlande étaient marxistes. » (Cf. Notre article (2)) Il y a là pour le moins, beaucoup de faits qui peuvent faire douter de leur « intégration ». D'ailleurs Dovert  leur reconnaît quand même une différence avec les autres Thaïlandais : celle d’avoir une « ouverture plus grande sur les réseaux asiatiques. » 

 

 

Arnaud Leveau dans son livre « Le Destin des fils du dragon », (3) cite Florence Delaune, « Entreprises familiales chinoises en Malaisie », qui montre combien la communauté chinoise « s’appuie sur « un système, devenu une tradition, transmise de génération en génération, et qui repose sur « un maillage d’entreprises familiales interconnectées», une culture des réseaux (activités mais aussi solidarité), un système avec un type d’éducation ( relayé avec des écoles privées), une morale (valeurs, croyances communes), un type de comportements individuels et collectifs, un système familial et communautaire (ethnie, langue et esprit commun). » D'ailleurs nous disons Chinois alors qu’ils se reconnaissent avant tout comme Teochiu, Hakka, Hainanais, ou Hokkien/ Thaïs. (In Notre article A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande. Lecture du livre de Arnaud Leveau, « Le Destin des fils du dragon », (3))

 

 

 

 

Bref vous aurez compris que nous ne partageons pas le point de vue de Mlle Eugénie Mérieau qui termine son article en affirmant que la minorité chinoise de Thaïlande reconnaît son héritage chinois mais ne se considère pas comme chinois en tant que tels. Certes. C'est ce qu'on appelle un Sino-thaï, à savoir plus Chinois que Thaï.

 

 

Ceci dit, l’affirmation de  l’importance chinoise ou plutôt des Chinois dans l’économie thaïe repose sur des chiffres qu’il est difficile d’analyser dans la mesure où les recensements actuels ne font plus référence à des critères ethniques et que les mariages mixtes ont été permanents. Nous avons consacré deux articles au premier recensement effectué à Bangkok en 1883 et au second sur une grande partie du pays en 1904  qui nous permettent  sans nier - de relativiser.

 

 

 4  - II -  « L'ÉCONOMIE THAÏLANDAISE DEPEND PRINCIPALEMENT DU TOURISME.» (pp. 117-121)

 

 

 

 

Nous n'allons pas ici commenter des données facilement accessibles, à savoir que le tourisme ne présente que 10% du PIB, pour 6% de la force de travail, voire 15 et 20 % respectivement, si l'on prend en compte les retombées indirectes, alors que ses exportations  atteignent environ 70%. (Par comparaison, il est en France d’un peu plus de 7% et un peu plus de 11 en Espagne.)

 

 

 

 

Ensuite Mlle Mérieau rappelle brièvement les principales étapes du développement de la Thaïlande : pays rural « sous-développé » jusqu'au décollage dans les années 50, stimulé par les exportations des produits agricoles ; développement des infrastructures et d'un marché national; inclusion dans le marché mondial. En 1985, les exportations industrielles devancent en volume les exportations agricoles avec pour conséquence un exode rural massif. De 1957 à 1997, croissance de 7,6% par an en moyenne, jusqu'à la crise de1997. Une croissance qui ne profite pas au secteur rural qui demeure traditionnel avec des agriculteurs qui s'endettent, et une majorité d'employés dans le secteur informel, sans protection sociale, ni assurance maladie, et ni retraite.

 

 

Mlle Mérieau n'analyse pas cette crise de 1997, et ne dit rien sur le développement de la Thaïlande après 1997. Elle termine sur un encadré d'une page (p.121) intitulé « L'esclavage est pratiqué sur les crevettiers et dans les plantations d'huile de palme ».

(Pour en savoir plus, Cf. nos articles (4))

 

 

4 – III - « AU SEIN DU TRIANGLE D'OR, LA THAÏLANDE EST PRODUCTEUR MAJEUR D'OPIUM ET D'HEROÏNE. » (pp. 123-126)

 

 

 

 

 

Nous n'avons pas là une « idée »reçue », car voilà plus de 20 ans, comme le rappelle d'ailleurs Mlle Mérieau que la Thaïlande n'est plus productrice d'opiacés. Mais il fallut pour cela mener bien des combats. Mlle Mérieau retrace sommairement les étapes les plus importantes : 1958, interdiction de la culture de l'opium à des fins commerciales, mise en place de projets royaux de cultures de substitution ; 1980-1990, l'armée détruit systématiquement toute plantation repérée ; la production chute spectaculairement au milieu des 1990, puis disparaît.  (Le record des pays producteurs de produits à base d’opium est actuellement détenu de très loin par l’Afghanistan.)

 

 

 

 

Pierre-Yves Le Meur, in « Les hautes terres du nord de la Thaïlande en transition. Développement, courtage et construction nationale  » nous apprend : « Après un siècle de monopole commercial à l'importation, l’État thaïlandais dans l'incapacité de satisfaire la demande domestique après la seconde guerre mondiale, autorise en 1947 la culture du pavot sur les hautes terres. Elle explose très rapidement, passant de moins de 10 t dans les années 1940-1950 à 145 t en 1967, malgré l'interdiction de la culture, du commerce et de la consommation d'opium édictées dans les années 1957-1959, pour retomber à 34,5 t en 1985 et moins de 30 t vers la fin des années 80. Jusqu'en 1985, date à laquelle l'armée lancera sous la pression américaine une campagne de destruction systématique des champs de pavot, une situation d'informalité prévaut, engendrant l'épanouissement d'une corruption routinière. Parallèlement une politique de remplacement du pavot par d'autres cultures commerciales est mise en œuvre en particulier par le truchement de projets royaux, puis sous l'égide de bailleurs internationaux. Cette politique est fondée sur des considérations complexes de sécurité nationale dans un contexte de guerre froide et de guérilla communiste, de lutte contre la drogue et aussi de protection des ressources naturelles.» (5)

 

 

 

 

Mais la fin de la production thaïlandaise d'opiacés, ne signifiait pas, nous dit Mlle Mérieau, la fin de sa consommation ni des trafics, malgré la sévérité de la loi (Peine de mort peut être requise) surtout depuis l'explosion de la production de drogues de synthèse en Birmanie (Appelé yaa baa en Thaïlande). « Le trafic de yaa baa n'a cessé d'augmenter au cours des années 1990 » dit-elle. Elle poursuit en rappelant la campagne nationale de 3 mois du 1er ministre Thaksin en 2003 où plus de 2000 personnes furent exécutées, suivies par celle d'octobre 2004, puis encore en mai 2006.

 

 

Mlle Mérieau s'arrête à Thaksin, mais le fléau du yaa baa (littéralement l''« herbe qui rend fou ») subsiste et touche tous les milieux, toutes les villes et env. 70 % des villages. Il est dit que 50-60% des détenus thaïlandais  sont liés à la drogue. (6) Les trafics demeurent. « En effet, l’ouverture des frontières et l’amélioration des infrastructures ont effectivement accéléré les échanges commerciaux, mais permit aussi de développer la contrebande et les réseaux internationaux du crime organisé. Les réseaux des marchands chinois ont su s’adapter et changer leurs mules en 4x4, en bus et en camions  tout en empruntant les mêmes pistes désormais macadamisées. Les pilules de yaa baa et les migrants illégaux suivent le même chemin que les caravanes d’opium d’autrefois. » (Cf. ln l'article de Danielle Tan : « Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos » et notre article (7))

 

 

 

 

Le fléau est toujours d'actualité.

 

« Le Petit Journal » du 07/12/2018  nous informait que « Des policiers thaïlandais ont saisi 15 millions de comprimés de méthamphétamine et tué un trafiquant dans la partie thaïlandaise du "Triangle d’or", aux confins de la Thaïlande, la Birmanie et le Laos, ont annoncé des responsables alors que la lutte antidrogue s’intensifie dans le pays. (…) « Pour plusieurs millions d’euros de cargaisons de méthamphétamine arrivent chaque semaine en Thaïlande depuis la Birmanie voisine, d’où des barons de la drogue inondent le marché de stupéfiants. »

 

 

Il nous reste à examiner les deux dernières « idées reçues » :« La corruption en Thaïlande est culturelle. », et « La Thaïlande s'est sortie de la crise de 1997 grâce au modèle économique du roi Rama IX. ». Ce sera l'objet d'un autre article.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

(1) L'article de  Jean Baffie,  « La « resinisation » des Chinois de Thaïlande » révèle  Le mythe de la thaïsation des Chinois de Thaïlande. http://www.reseau-asie.com/ 

 

Notre lecture in  Article 45. Les Chinois de Thaïlande ?

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

Il y rappelle entre autre :

  

- Le Siam connut parfois une politique antichinoise, rarement virulente, mais qui a servi de repoussoir, de référence. Le roi Rama IV (1910-1925) sous le pseudonyme de อัศวพาหุ (Atsawaphahu) dénonça les Chinois du Siam dans un pamphlet intitulé พวก ยิว แห่ง บูรพทิศ « les Juifs de l’Orient ».

 

 

- Ensuite, sous les gouvernements de Phibul Songkhram (16/12/1938-1/8/1944, 8/5/1948-16/9/1957) des mesures drastiques furent appliquées pour limiter l’immigration chinoise, réduire le nombre d’écoles et de journaux chinois, réserver des professions à des nationaux, etc.

 

- Des soubresauts eurent encore lieu après 1957. Ainsi, en 1971, l’une des raisons avancées pour un coup d’État était la présence dans le pays de 3 millions de Chinois dont on ignorait les préférences idéologiques, mais qui pourraient poser des problèmes de sécurité intérieure au moment où la Chine entrait aux Nations Unies.

 

- Ensuite, aux législatives de 1979, les candidats et les électeurs de parents chinois durent subir des mesures vexatoires. Beaucoup renoncèrent. Enfin, 18 ans plus tard, en septembre 1997, le premier ministre, le général Chavalit Yongchaiyudt, voulut rendre responsables de la crise économique les hommes d’affaires chinois du pays, désignés par le terme dérogatoire – et assez sibyllin – de มัน man.

 

(2) A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

Lecture de l’article de Stéphane Dovert intitulé « « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», paru dans « Thaïlande contemporaine »,  Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011, pp. 201-258.

 

Extrait de notre article :

 

« Étrangers ou Chinois ?

 

Le Siam a une histoire particulière avec cette communauté chinoise, déjà en raison depuis des siècles de  sa vassalité assumée avec la Chine, et dans cette période, le fait que les souverains Taksin et son successeur Rama I ont un père d’origine chinoise ; d’ailleurs celui-ci enverra, nous dit Dovert, onze ambassades en Chine en 20 ans et encouragera l’immigration chinoise.[...] Il reviendra ensuite sur les Chinois (pp.226-227) pour signaler qu’au tournant du siècle, on a vu l’émergence de grandes entreprises chinoises « qui ont fondé leur prospérité sur la transformation et le commerce du riz » pour ensuite se diversifier (construction, banques, assurances, transport maritime, nouvelles manufactures) et une migration accrue représentant une main-d’œuvre bon marché et corvéable (le riz, et les grands travaux) . On évaluait la communauté chinoise à 10 % de la population en 1910. (En note, Dovert signale que Skinner, d’après un recensement en 1909, l’évalue à 5 %)

 

Dovert revient encore sur leur intégration, qu’il juge évidente, du fait « qu’ils ont profité des réseaux propres de leur communauté », « qu’ils ont volontiers épousé des femmes autochtones », qu’ils étaient bien représentés dans la bureaucratie ; et du fait aussi  que les nouveaux arrivants étaient reconnus « d’emblée » « comme une composante de l’identité siamoise » ; que sous Rama IV,  250 Chinois avaient été nommés comme fermiers généraux sur 300 postes à pourvoir. (Signe d’intégration ? ou méfiance de Rama IV pour ses congénères).

 

Là encore, Dovert estime donc que la prospérité de quelques familles chinoises, les mariages mixtes (il ne donne aucun chiffre), leur puissance économique (là encore aucun chiffre donné), la participation importante et l’accueil  de leur main-d’œuvre. […] Donc pour Dovert, les Chinois étaient assimilés et entre 1918 et 1931, tout a basculé avec la forte immigration (cette population a augmenté d’un demi-million pour atteindre 1,5  million), un seuil critique atteint, la composition de cette migration (famille au lieu de célibataires), l’endogamie choisie, leur éducation dans les écoles chinoises, la perte de la maîtrise du thaï, leur attachement à leur région d’origine, avec leur intérêt manifesté pour les événements chinois (accueil et succès de la visite en 1907, du numéro 2 du parti nationaliste chinois et de Sun Yat-Sen),  et ………….erreur du gouvernement siamois, qui au lieu de prendre des mesures en faveur de l’assimilation s’est replié sur le sentiment communautaire ; et enfin le roi lui-même, Rama VI (1910-1925), qui a fustigé les Chinois, et va lancer une campagne sur le modèle antisémite européen, en  traitant les Chinois « Les Juifs de l’Extrême-Orient », refuser désormais de les anoblir et va réglementer sévèrement leur accès à l’administration. »

 

Et A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande. 2e partie. De Rama VII (1925-1935) à Abhisit (2010)

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

 

Extrait.

 

« Les « Chinois » représentent 10 à 12 % de la population ; Ils constitueraient la moitié de la population de Bangkok ; Ils  contrôleraient 81 % des capitaux  sur le marché ; Les  ¾ des députés  (l’article est de 2010) env. auraient au moins un grand-parent  né en Chine (et de citer les anciens premiers ministres de ces dernières années comme Chuan, Thaksin, Samak, Somchaï, Abhisit).

(Enfin quand on dit « les Chinois » contrôlent 81 % des capitaux, il faudrait préciser, une vingtaine de familles chinoises contrôlent 81 % des capitaux, et spécifier s’ils sont Teochiu, Hakka, Hainanais, ou  Hokkien/ Thaïs.) Pour le moins, on peut alors considérer les  « Chinois » de Thaïlande comme une minorité dominante. Mais est-elle intégrée, assimilée ? »

 

(3) Notre article A67,  « L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.

 

« Un réseau de solidarité réciproque où chacun tour à tour va passer du rôle de donneur à celui de bénéficiaire, dans un système pyramidal « associatif » au niveau familial, puis de la communauté locale , provinciale , nationale (en relais avec les chambres de commerce, les banques, les associations nationales) et pour les plus importants, internationale (avec leur propre réseau de communications).

 

Le réseau de base est d’autant plus efficace qu’il s’inscrit aussi dans une concentration géographique, ethnique, avec donc un système familiale de gouvernance. La famille dans un quartier donné, va faire des prêts, contrôler le comportement, faciliter l’information aux membres du réseau familial (investir dans les activités rentables, réactivité, rapidité), encourager la solidarité, aider les nouveaux venus (de la famille), veiller à la réputation du chef de famille … « Le devoir du fils est d’entretenir, sinon d’accroître l’héritage familial ». L’entreprise évoluera donc, bien sûr au fil des générations avec ses échecs pour certains et les « success story » pour d’autres familles. » (Extrait de notre article A67, inspiré par Florence Delaune, Entreprises familiales chinoises en Malaisie, Presses universitaires du Septentrion, Col. Anthropologie, 1998. )

 

(4) A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html

A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

A127. La situation des  vieux paysans de Thaïlande.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a127-la-situation-des-vieux-paysans-de-thailande-119880727.html

 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 09 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/08/241-le-gouvernement-du-general-chawalit-yongchaiyut-25-novembre-1996-9-novembre-1997-et-la-grave-crise-financiere-et-economique-de.html

 

(5) Pierre-Yves Le Meur, « Les hautes terres du nord de la Thaïlande en transition. Développement, courtage et construction nationale  », Revue Tiers Monde, 2000, pp. 365-388

 

https://www.persee.fr/doc/tiers_1293-8882_2000_num_41_162_1395

 

Pierre-Yves Le Meur, explique ensuite, entre-autre, comment ont été mis en place les projets royaux (et par des bailleurs extérieurs) et leur complexité (intermédiation, différentes formes de courtage, acteurs hétérogènes et organisations, réseaux de villages,  imbrication d'intérêts et de logiques, rivalités des villages et des ethnies, etc.).   

 

(6) A74. Pouvoir, drogue (yaa baa), justice à Kalasin (Thaïlande).

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a74-pouvoir-drogue-yaa-baa-justice-a-kalasin-thailande-109649171.html

Yaa Baa: Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale, Pierre-Arnaud Chouvy et Joël Meissonnier, L’Harmattan - IRASEC, Paris – Bangkok (ISBN 2-7475-2397-7)

 

(7) Article 23 : du triangle d’or au quadrangle  d’or !

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-trafics-du-triangle-d-or-71317371.html

 

Une lecture de l’article de Danielle Tan : Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6.

 

(8) Le Petit Journal du 7/12/2018 :  « Selon les experts, le trafic s’accélère, en particulier depuis la région de l’est de la Birmanie tenue par le groupe ethnique rebelle des Wa, accusé de financer sa guérilla par le trafic de drogue.

 

La police et l’armée thaïlandaises ont intensifié leurs opérations de leur côté de la frontière, tuant et arrêtant des passeurs issus le plus souvent de tribus montagnardes de cette zone de non-droit notoire qu’est le Triangle d’or. 

 

https://lepetitjournal.com/bangkok/nord-thailande-trafic-drogue-et-repression-policiere-sintensifient-246013

 

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commentaires

Candice 29/12/2018 19:04

Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 30/12/2018 02:00

Merci.