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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 22:09

 

 

Nous avons parlé à deux reprises de la participation de la Thaïlande à la guerre du Vietnam, participation ouverte et avouée d’abord (1) et ensuite  de la participation, secrète s’il en fut au Laos aux côtés des  États-Unis (2).

 

Secrète du côté des États-Unis, elle ne pouvait pas ne pas l’être puisqu’elle violait ouvertement les accords Internationaux sur la neutralité du Laos du 23 juillet 1962 dont la Thaïlande était signataire mais continua après les accords de Paris du 27 janvier 1973 (3) qui eux n’engageaient nullement la Thaïlande puisqu’elle n’en était pas signataire.

 

 

Nous avions alors compulsé l’étude d’un universitaire américain, Richard A. Ruth, datée de 2011 ainsi que les archives déclassées de la C.I.A accessibles sur Internet en dépit de sérieux caviardage (4).

 

Une volumineuse étude de Paul T. Carter  du début de l’année 2018 sous forme de thèse (plus de 350 pages) nous apporte une avalanche de précisions à ce jour inédites. Elle ne contredit nullement le travail de Ruth qui l’a honoré d’une flatteuse préface (5). La vision est différente puisque Carter avant d’être un éminent universitaire fut militaire pendant 21 ans sur le terrain (6). Elle dépasse largement le caractère restrictif du titre limité aux volontaires thaïs, les Forward air guides, les FAG, guides des frappes aériennes des États-Unis et de la Thaïlande au Laos en contenant une surabondance d'informations générales sur cette guerre. Elle repose sur une énorme bibliographie et de scrupuleuses recherches en archives, des enquêtes sur le terrain et de nombreuses rencontres avec les anciens.

 

 

« La paix est un armistice dans une guerre qui se poursuit de manière continue » débute Carter en citant l’historien athénien Thucydide, une citation qui convient à la perfection à cette guerre secrète.

 

 

Or, les sources manquent cruellement : les États-Unis, comme nous l'avons dit,  n’ont jamais reconnu leur entrée en guerre au Laos par CIA interposée avant l’inauguration le 15 mai 1997 d’un monument commémoratif au cimetière national d'Arlington à la mémoire des combattants hmongs et laos et de leurs « conseillers » américains. Les Thaïs y sont oubliés. L’intervention de la CIA ne fut réellement connue qu’à l’occasion de la publication des archives déclassées en 2016. Les Laos, pourtant les premiers concernés, ont purement et simplement incendié les archives nationales lorsque leur gouvernement est devenu communiste en 1975 (7). Aucun des champs de bataille n'est commémoré autrement que par la présence des cratères de bombes ou des munitions non explosées.

 

 

En dehors de méticuleuses recherches d’archives, c’est ce qui pour nous rend son étude passionnante, Carter a longuement visité les lieux et rencontré de nombreux survivants, Thaïs, Hmongs ou Laos, dont il a recueilli les souvenirs ainsi que des vétérans de la CIA. SI la participation thaïe aux côté des États-Unis et du gouvernement royal du Laos (Royal Lao Government – RLG) est encore plus secrète, l’histoire du corps des Thai Forward Air Guide est une découverte de Carter due initialement à ses rencontres avec un Américain qui avait participé à la guerre secrète, Mac Alan Thompson, représentant au Laos de l’USAID (U.S. national security and economic prosperityAgence américaine pour le développement international) de 1966 à 1975 qui était en réalité l’un des faux nez de la CIA, un nid de « barbouzes » (8).

 

Carter et Thomson (à droite), photo  Carter :

 

 

Il fut initialement responsable du recrutement pour le compte de la CIA de cent civils thaïlandais dans les rues du pays pour coordonner les frappes aériennes américaines au Laos. Il a permis à Carter de rencontrer de nombreux anciens combattants thaïs, y compris des officiers supérieurs, a pu consulter leur fichier et avoir accès à leurs photographies.

 

 

Carter nous donne une saisissante description du Laos lorsqu’éclate la guerre du Vietnam, qu’il préfère d’ailleurs et à juste titre appeler « la seconde guerre d’Indochine en 1959 marquée par le début de l’insurrection des communistes sud-vietnamiens même si elle était en gestation inévitable depuis 1954.  On se demande quels furent les bienfaits que lui apporta la colonisation. Un pays peuplé de deux millions d’habitants et toujours sous développé. Un fouillis où se contient une foule d’ethnies,

 

 

...  fondamentalement divisée, des langues différentes avec des écritures différentes, des religions différentes et des concepts politiques allant de la monarchie absolue à la dictature du prolétariat en passant par le neutralisme dans un pays à peine grand comme le Texas. Les États-Unis l’ont quitté après les accords de Genève en 1962 mais les nord-vietnamiens y maintinrent des dizaines de milliers d’hommes de troupe au mépris des dits accords.

 

 

Les deux présidents, Eisenhower qui quitte le pouvoir le 20 janvier 1961 et Kennedy qui le prend le même jour considèrent le Laos de par sa position géographique comme un terrain essentiel pour contenir la propagation du communisme. Kennedy commence à organiser la formation de guérillas anti-communistes hmong. En avril 1961, la Maison Blanche considère les avancées communistes au Laos si alarmantes qu’elle était prête à envisager des frappes aériennes en Chine pour mettre fin à l’intervention chinoise et jusqu’à l'utilisation possible de l’arme nucléaire.

 

 

Kennedy a par ailleurs en ce qui concerne le Laos une position confuse, incohérente, et surtout parfaitement hypocrite. Il favorise d’une part un programme de pression militaire intensive visant à démontrer la détermination des États-Unis dans ce pays et d’autre part confirme qu’il ne devrait pas prendre l’initiative d’une escalade militaire.

 

 

 

L’engagement actif des États-Unis au Laos avait débuté en réalité en mars 1953 sous le gouvernement Eisenhower lorsque la guerre française s’y répandait et que le Viet Minh avait poussé au sud pour s’emparer de Luang Prabang, la vieille capitale royale du Laos. Washington avait alors sonné l'alarme en expédiant des fournitures à destination de la Thaïlande et du Laos via des organismes parrainés par la CIA avec des équipages civils. Ce fut le début d’une forme de participation sournoise qui allait perdurer pendant 20 ans, l'utilisation de civils dans des opérations militaires et paramilitaires et le recours massif à la puissance aérienne. 

 

 

Nixon va avoir une position tout aussi contradictoire et tout aussi hypocrite : il souhaite sortir son pays de ce guêpier, sa devise pour mettre fin à la guerre est « Peace with Honor ». Il annonce après son arrivée au pouvoir le 20 janvier 1969 que 50.000 soldats américains se retireraient du Sud-Vietnam d’ici avril 1970, tandis que la Thaïlande annonçait le retrait de son contingent de 12.000 hommes. Le Congrès américain adopte un projet de loi interdisant l’introduction d’éléments de combat en Thaïlande ou au Laos. Les communistes ont des projets moins pacifiques puisqu’en 1967, 40.000 soldats nord-vietnamiens auraient occupé le Laos. Mais en 1970, en coulisses, les gouvernements thaï et américain décident d'élargir en secret la lutte contre les communistes au Laos, donnant ainsi lieu au plus important déploiement expéditionnaire militaire thaï des temps modernes. La Thaïlande, considère le Laos comme la ligne de front pour mettre fin au communisme risquant d’envahir son pays.

 

 

Carter considère qu’en 1970 la CIA dirigeait 36.​​000 soldats thaïs et laos irréguliers au Laos. L'ambassadeur américain y était devenu un maréchal de guerre de facto dirigeant des opérations financées par le Department of Defense (DOD.), la CIA dirigeant les opérations sur le terrain, les forces aériennes américaines thaïes menant une campagne de bombardement aérien, les troupes thaïes, hmong et royales lao se livrant à la guerre terrestre.

 

 

À cette époque, le Laos est le seul pays au monde dans lequel les États-Unis financent le budget de défense à 100% et tiennent à bout de bras la quasi-totalité de son économie. C’est peut-être aussi le seul pays où les factions belligérantes n’ont pas signé les Accords de Genève de 1954 et où une nation attaquée (gouvernement royal du Laos) maintiendra des relations diplomatiques avec l’agresseur (Nord-Vietnam) tout au long de la guerre. Ce sont les mystères de l’Asie.

 

 

Vont également intervenir l’Armée royale thaïlandaise (RTA : Royal thai army) aux côtés d’alliés hmongs laos et autres minorités ethniques, les Forces royales lao (RLF : Royal lao forces), de la CIA., de l’US Air Force et des Forces spéciales de l’armée américaine. Outre les unités de la RTA, les forces thaïes déployées au Laos comprenaient le renfort de la police frontalière (Border Patrol Police Aerial Renforcement – PARU), La marine royale, la Royal Thai Air Force (RTAF), et des réservistes volontaires civils ayant suivi une formation militaire. Le PARU a joué un rôle particulièrement important comme force paramilitaire hautement qualifiée tout en formant les forces militaires royales du Laos.

 

 

Un motif de l’importance du Laos pour les États-Unis était que le Nord-Vietnam (DRV -  Democratic republic of Vietnam) utilisait son territoire pour transporter ses hommes et ses armements vers le Sud-Vietnam par la fameuse « piste Ho Chi Minh » itinéraire essentiel pour l’approvisionnement des maquisards au sud et cible clé des bombardements.

 

 

Un  accord de 1970 entre les États-Unis et la Thaïlande  créa le programme dit UNITY dans le cadre duquel des bataillons militaires thaïs encadrés par des réguliers et des volontaires rémunérés se déployaient au Laos pour combattre les forces communistes. Ce fut le corps des volontaires thaïs qui se qualifiaient volontiers de chasseurs de tigres. Les cadres étaient des membres réguliers de l'armée royale thaïe  mais le reste du bataillon – les fantassins - était constitué de volontaires rémunérés ayant reçu minimum de formation militaire. La CIA était chargée de la planification et de l'exécution du programme UNITY. Les deux premiers bataillons thaïs  furent déployés dans le sud-est du Laos le 15 décembre 1970. En 1972, la Thaïlande avait déployé jusqu'à trente bataillons de combat au Laos, avec environ 16.000 soldats au sol.

 

Cet effort militaire secret de la Thaïlande au Laos fut à la hauteur et plus encore de celui qu’elle déployait officiellement au Vietnam. Le total de ses troupes déployées au Vietnam s'éleva probablement à 36 000 hommes mais elle n’a jamais eu plus de 16.000 soldats sur le terrain des combats (9). Elle aurait déployé environ 30.000 « militaires » au Laos de 1961 à 1974. Mais les conditions furent autrement plus difficiles que celles de leurs camarades du Vietnam où leur présence par rapport à celle d’un demi-million de soldats américains était dérisoire même si leur tenue au combat fut admirable.

 

 

Au Laos, cependant, il n’y avait qu’une poignée de personnel militaire américain. Les Thaïs furent les premières victimes de la bataille terrestre. Ils ne bénéficiaient pas comme au Vietnam des « PX – privileges » (Post-exchange c’est-à-dire pour parler clair du repos du guerrier) salles de cinéma ou autres commodités (façon pudique pour Carter de parler des distractions féminines). Plus de 2.200 y ont trouvé la mort dont 21 PARU et environ 20 membres du personnel de la RTAF Le  « mémorial du souvenir » dans le musée consacré aux vétérans de la guerre de Vietnam (« Vietnam war veteran museum » พิพิธภัณฑ์ทหารผ่านศึกเวียดนาม), lui-même situé de façon très discrète dans l’enceinte du camp militaire Surasi (สุรสีห์) de la 9e armée à Kanchanaburi rappelle les noms des 351 soldats thaïs morts en action et celui des 1.358 hommes blessés (2).

 

 

En 1973, le Laos a libéré 240 prisonniers de guerre thaïs mais près de 800 d'entre eux sont toujours portés disparus au combat  Le nombre des blessés s’élèverait à 10.000. La lutte au Laos fut partagée entre les Thaïs et les officiers paramilitaires de la CIA qui coordonnaient également les frappes aériennes américaines : Les États-Unis parfois respectueux des accords de Genève ne pouvaient utiliser leur propre personnel terrestre et n’eurent pas d’autre solution  efficace pour coordonner les frappes aériennes consécutives aux décisions de bombardements massifs.

 

 

La position du roi Rama IX est sans équivoque. il se montra toujours un adversaire acharné du communisme à l’encontre duquel il se montra toujours actif. Il répétait volontiers que la lutte contre le communisme était un devoir pour chaque citoyen en raison de la menace réelle que cela représentait pour la Thaïlande. Lorsqu’éclate la guerre en 1959, il a 32 ans, il est dans la force de l’âge et c’est à cette date qu’il s’éloigne des concerts de jazz, des peintures à l'huile et des courses de voiliers pour se consacrer à la sécurité en Thaïlande et à la Thaïlande elle-même.

 

 

Il commence dès lors à plaider ouvertement en faveur d'une action militaire contre les forces communistes dans la région et manifeste ouvertement son soutien à la guerre. Lui-même et la reine Sirikit visitent les soldats blessés et participent aux cérémonies funéraires. S'il était resté les bras croisés ou s'il était mort prématurément, l'issue aurait peut-être été différente. Le Patriarche suprême de la sangha, Somdet Phra Wannarat, bénit les volontaires qui défilent au Wat Phra Kaeo.

 

 

Le moine anticommuniste Kittivudho déclare avec une logique implacable que l’on peut « gagner des mérites » à tuer un communiste en infraction à la foi bouddhiste car si le communisme s’emparait du pays, la religion n'existerait plus.

 

 


LA CRÉATION DES FAG.

 

Un élément majeur de cette au guerre fut constitué de jeunes Thaïs anglophones que la C.I.A avait recrutés pour coordonner ses frappes aériennes, les guides aériens avancés (F.A.G.), un élément de guerre jamais vu, des civils étrangers sans expérience militaire pour beaucoup, travaillant pour une agence de renseignement étrangère qui coordonnait les frappes aériennes.

 

Photographie Carter :  

 

 

Au départ ce furent une centaine de recrues dont la seule qualification exigée était de parler anglais auxquels ont fit suivre initialement des cours de formation d’une quinzaine de jours seulement dispensés par des instructeurs de l’US Air Force et améliorés par la suite. 

 

Photographie Carter :  

 

 

Ceci fait, ils furent déployés sur le champ de bataille du Laos pour coordonner les frappes aériennes américaines : identifier les cibles et évaluer les dommages. Ils avaient été investis (rappelons qu’il s’agissait de personnel civil étranger) du pouvoir de décision pour autoriser les frappes aériennes, un droit de vie et de mort ! Ils servirent également d’éléments de liaison entre les militaires thaïs et la CIA.

 

Implantation thaïe au Laos, carte  Carter :

 

 

Plusieurs d’entre eux ont écrit en langue thaïe leurs souvenirs compulsés par Carter mais il est le premier avoir étudié ce corps de combattants de façon synthétique. Leur nombre reste inconnu. Certains d’entre eux parlent de 2 à 300 dont seulement 108 auraient traversé le Mékong pour les uns, 88 pour les autres ?

 

Carter nous donne une liste nominative provenant d’une association américaine comportant 128 noms dont 23 morts avec leur localisation au Laos, essentiellement sur la base secrète de Long Tieng au cœur du Laos et à Paksé, chef-lieu de la province de Champassak au sud-ouest du Laos. Ils y resteront jusqu’au milieu de l’année 1974 (en mai exactement) bien après la signature des accords de Paris.

 

 

C’est donc la CIA qui va procéder à la formation des FAG : Les cours de huit semaines comprenaient l’initiation au parachutisme, l'entraînement aux armes lourdes et à la tactique de la guérilla. La langue thaïlandaise constituait un obstacle dans les minorités tribales qui parlaient pour la plupart des langues locales et un peu de lao. La police des frontières va donc s’investir dans la mission supplémentaire d’enseigner la langue thaïe dans ses centres d’accueil et donner à la population locale un sentiment de « Thainess ». Le tout se fit avec l’approbation du Roi Rama IX qui entretint avec le représentant de la CIA à Bangkok, James-William « Bill » Lair, des rapports personnels privilégiés. Celui-ci, fait exceptionnel pour un Américain parlait le thaï et s'était marié à une demoiselle thaïe de grande famille.

 

 

Par contre, les volontaires tous anglophones pouvaient s’entretenir avec les Laos sans interprètes et sans risque de conflit racial, accusation parfois portée contre les forces spéciales américaines.

 

 

L’IMPORTANCE DES FAG : LA NÉCESSITÉ DE GUIDES AÉRIENS ET AU SOL.

 

Ils vont jouer le même rôle essentiel que les éclaireurs amérindiens lors de la conquête de l’Ouest  par leur rapidité, leur connaissance du terrain, de la langue et des populations, leur capacité à fournir des informations, leur abstraction aussi des règles de discipline traditionnelles.

 

 

L’avance constante des forces communistes au Laos, Pathet Lao et armée populaire du Vietnam, vont conduire le président Kennedy à autoriser des frappes aériennes secrètes au Laos à la mi-avril 1961. Initialement, les appareils vont décoller de la base aérienne de Takhli dans la province de Nakon Sawan, pilotés par des pilotes de la compagnie Air America soit des pilotes de l’USAF Ces derniers renoncent à leur identité militaire et revêtent des vêtements civils. Ils pilotent des bombardiers B 26 sans marques extérieures. Le 23 septembre 1962 interviennent les accords de Genève sur la neutralité du Laos.

 

 

Après la mort du Premier ministre Sarit, son successeur Thanom Kittikachorn a accepté en 1964 de permettre aux États-Unis de mener des frappes aériennes au Laos et au Sud-Vietnam à partir de bases aériennes thaïlandaises. L’accord du roi semble certain, considérant qu’il est exclu de laisser le Laos tomber aux mains des communistes.

 

Johnson va prendre des mesures plus agressives marquant le véritable début de la guerre aérienne contre le Laos à laquelle les Thaïs participèrent activement.

 

 

L'année 1970 va encore marquer un tournant puisque les États-Unis et la Thaïlande vont commencer le retrait de leurs troupes du Vietnam, Nixon étant favorable à une vietnamisation de la guerre qui devait être l’affaire du Sud-Vietnam, ce qui s’avéra un échec retentissant.

 

 

Mais il va également adopter une position plus agressive à l’égard du Laos compte tenu des avancées constantes de l’armée populaire et du Pathet Lao qui se rapprochent dangereusement de la frontière thaïe.

 

 

Les pilotes thaïs ont mené leur première frappe aérienne contre les forces communistes laos le 7 avril 1965. Pour être efficaces, elles exigeaient des hommes de FAG basés au sol pour permettre l'identification de cibles et ensuite rédiger des rapports d'évaluation du bilan des frappes. Elles étaient précédées de missions préalables de reconnaissance pour localiser les cibles et coordonner les frappes. Du côté des Américains la procédure était plus lourde.  Ils volaient en U-6 De Haviland. Il y avait en général à bord un Hmong connaissant le pays qui parlait lao et un Thaï  qui parlait à la fois lao et anglais sur le siège arrière en sus du pilote appartenant aux Raven (les « corbeaux » comme se baptisaient les pilotes d’Air America).

 

 

Sur le terrain se trouvaient un Hmong ou un FAG qui signalait la cible (notamment les camions viets circulant la nuit) probablement par radio à son homologue hmong qui transmettait ensuite le message au Thaï lequel pouvait guider le pilote américain. L’interdiction d’utiliser des fusées de marquage depuis le sol ne facilitait pas le travail d’autant que les bombardements avaient en général lieu de nuit.

 

 

L’armée américaine n’a officiellement commencé à former les FAG. qu’en 1965. Les F.A.G. était donc soit aéroportés soit basés au sol Na Khang proche de la base secrète de Long Tieng.

 

Leur rôle était administrativement défini comme suit « Un observateur qualifié opérant avec des unités opérationnelles terrestres ou aériennes en opérations de contre-insurrection, qui, de par sa position, peut guider les aéronefs lors des frappes contre des cibles lorsque les aéronefs sont engagés dans un appui aérien rapproché des forces amies ».

 

Carte de Long Thieng, documlent déclassifié de la CIA :

 

 

Leur efficacité démontrée suscita la publication d’offres d’emploi dans les journaux de langue anglaise de Bangkok, recherchant des thaïs anglophones ayant le goût de voyager. La formation se faisait en général à la base aérienne de Namphong à quelques dizaines de kilomètres au nord de Khonkaen ou à Udonthani dans les locaux d’Air America. La formation débutait de façon scolaire suivie de conférences, des exercices pratiques, la lecture de cartes, l'utilisation d'une boussole, des tactiques d'attaque aérienne et des mesures de contrôle, la communication avec différents types d'aéronefs, l’apprentissage du Morse, l'évaluation des dommages au combat, informations appropriées pour attaque aérienne, identification des avions et des hélicoptères ainsi que leurs capacités de combat, techniques de survie sur le terrain et utilisation du matériel radio. Chaque élève effectuait également plusieurs vols en hélicoptère et en avion pour s’initier au relief vu des airs. Ils bénéficient d’un matériel moderne, armement bien sûr (carabine M 16 et Colt 45), kit de survie, trousse médicale de première nécessité, matériel de localisation ancêtre des GPS, matériel radio.

 

Photographie Carter :  

 

 

Après la formation théorique, des exercices pratiques de tir réel avaient lieu sur le polygone de bombardement au sud-ouest de la base de la RTAF à Nongbualamphu. L’exercice consistait à diriger un véritable avion américain sur une cible d’entraînement désignée, identifier la cible, entrer en contact avec l’aéronef et demander au pilote de placer avec succès ses bombes sur la cible.

 

Cette formation, sanctionnée par un diplôme, leur permit de participer à des opérations avec la force aérienne la plus meurtrière au monde.

 

Une fois sur place, ils étaient formellement employés par une autre filiale de la CIA  créée en 1962, la « Joint Liaison Detachment » (JLD) sur l’existence et les fonctions de laquelle pèse toujours le secret. Elle souscrivait toutefois à leur profit un contrat d’assurance-vie de 100.000 dollars et une couverture en cas de blessures. Le contenu exact de leur contrat reste un mystère. Tous les anciens de la CIA interrogés pas  Carter furent unanimes à dire que leur rôle fut essentiel alors qu’ils travaillaient dans des conditions difficiles dans le cadre d’un déploiement en pleine zone de guerre.

 

 

Le cessez-le-feu officiel de la Seconde guerre d'Indochine a eu lieu à midi, heure locale, au Laos, le 22 février 1973.

 

À cette époque, les FAG et les Raven  qui étaient en vol reçurent de leurs contacts au sol des messages radio les informant qu’il s’agissait de leurs dernières minutes de combat. À midi, les avions et les pilotes américains ont cessé le feu et sont rentrés chez eux. Les États-Unis avaient abandonné leurs alliés thaïs.

 

Si la dernière mission officiellement connue au Laos remonte au 14 février 1973, les accords de Paris du 27 janvier 1973 qui entérinèrent le retrait américain du Vietnam ne mit pas fin à leur intervention. Les Thaïs continuèrent à se battre au Laos avec l’aide financière des États-Unis jusqu’à leur départ en 1974.

 

 

FURENT-ILS DES MERCENAIRES ?

 

C’est bien évidemment une question que s’est posée Carter dans la mesure où l’expression « mercenaires thaïs » a souvent été utilisée dans un sens évidemment négatif. Ce fut évidemment le cas de la presse américaine dont une partie de déchaînait contre la guerre. Ce fut aussi le cas, ce qui est plus singulier, de documents du département de la défense (« department of defense – DOD). Le simple fait que le gouvernement américain ait versé des dizaines de millions de dollars par an à la Thaïlande pour l'envoi de ses divisions de combat au Sud-Vietnam ou au Laos ou en contrepartie de l’utilisation de ses bases aériennes (13) ne fit pas ipso facto de ces hommes des mercenaires. Le recrutement des troupes pour le Laos s’est fait de façon précipitée et a évidemment entraîné le payement de salaires plus élevés aux volontaires. Tous les anciens FAG, tous volontaires (14) interrogés par Carter considèrent ce qualificatif comme insultant. Tous étaient jeunes, animés d’une incontestable foi anti-communiste.

 

Tous étaient parfaitement anglophone, et avaient un niveau d’études supérieur à la moyenne, étaient issus de couches sociales favorisées, et beaucoup avaient été élevés dans les collèges catholiques comme beaucoup d’enfants du beau monde de Bangkok.

 

 

Au terme de multiples entretiens Carter nous fait revivre la vie d'un FAG au Laos au milieu des dangers, des privations continuelles, des risques d’être abattus ou capturés, tous liens coupés avec leur famille. Ils se sont battus pour une cause fortement soutenue par la monarchie et la hiérarchie, non sans avoir aussi le goût de l’aventure. Nous connaissons les salaires de ces FAG. Les simples interprètes gagnaient de 2 à 4.000 bahts par mois, ceux qui participaient aux opérations, 10.000 bahts par mois, parfois moins avec une prime pour chaque vol allant de 100 à 400 bahts de l’heure, en espèces tous les mois. Aucun n’y a fait fortune et la question de savoir si l’assurance vie souscrite par la CIA à leur profit fut un jour payée à un seul de leurs héritiers reste sans réponse.

 

Rencontre de vétérans avec Carter (Photos Carter) :

 

 

Tous savaient parfaitement où pouvait les conduire leur engagement.

 

Carter n’insiste peut-être pas suffisamment sur la différence fondamentale entre leurs motivations profondes, amour de la monarchie, foi bouddhiste et haine du communisme – nous ne sommes pas là pour en juger - et celle des Américains défendant ou prétendant défendre « la civilisation occidentale, la liberté et la démocratie » ce qui était aux antipodes des préoccupations thaïes.

 

 

FURENT-ILS DES RÉPROUVÉS ?

 

Les FAG. eurent eu du mal à obtenir la reconnaissance qu'ils méritaient de la Thaïlande. Un proverbe vient à l’esprit en ce qui concerne l’éternelle ingratitude des gouvernants : « jouer du violon pour que le buffle puisse écouter » (สีซอให้ควายฟัง - Sisohaikwaifang) pour répondre aux efforts de tous les gouvernements pour taire la participation de la Thaïlande à la guerre au Laos.

 

 

Tous ceux qu’a interrogés Carter lui ont rappelé leur souci de voir leur pays échapper au communisme. Ils ne bénéficièrent pas du traitement que leur pays a réservé aux militaires, considérés comme des civils au service d’une agence étrangère et durent pendant de longues années se contenter de ressasser leur rancœur dans des cercles confidentiels d’anciens camarades. Rares étaient ceux en dehors des officiers supérieurs thaïs et de la CIA. qui connaissaient leur existence. En revanche pour les militaires qui se battirent au Laos, les opérations combattantes furent l’occasion d’obtenir une promotion aux échelons supérieurs. Plusieurs officiers thaïlandais qui ont combattu pendant la guerre sont ensuite devenus généraux. Carter nous cite quelques noms. Après le départ du dernier contingent thaï de Long Tieng, un an avant la chute de Saigon et de Vientiane, ils sombrèrent dans l’oubli.

 

 

Tout au long de la guerre, le gouvernement thaï a continué de nier la présence de ses forces régulières ou irrégulières au Laos, bien que leur importance numérique transforme ce mystère en secret de Polichinelle dont la presse américaine avait plus ou moins eu vent. La presse locale, le Bangkok Post, n’a pas osé défier le blackout gouvernemental. En ce qui concerne les FAG., employés d’une agence de renseignements étrangère (CIA) ou de l’un de ses « faux nez » (Air America ou J.L.D), ni l’armée thaïe ni le gouvernement n'ont jamais conservé de documents administratifs les concernant, jamais enregistré un matricule ni même connu leur nom ou leur nombre. En outre le général thaï Witoon Yasawat qui commandait et supervisait l’ensemble des opérations au Laos depuis son quartier général d’Udonthani se retrouva du mauvais côté d'un coup d'État militaire en 1976 et quitta la Thaïlande pour s’exiler.

Le Général Witoon à droite (photo Carter) :

 

 

D’après des anciens FAG interrogés par Carter, il prit ses distances par rapport à la guerre et sa femme l'aurait découragé d'aider les vétérans. Le lieutenant-général Phaiton Ingkhatanuwat, inspecteur général de la Royal Thai Air Force se retrouva lui aussi du mauvais côté d'un coup d'État, très probablement le même. Ainsi les deux des chefs de guerre les plus influents au Laos susceptibles d’aider les FAG à faire reconnaître leurs services avaient perdu leur pouvoir et leur influence. Du premier, le Bangkok Post écrivit le 9 août 2013 « Politiquement, le général Viton n'était pas un ange et sa prise de décision médiocre lors de la révolution de 1973 et du coup d'État de 1976 a terni son héritage. Mais en tant que commandant sur le terrain et chef d’homme au combat, la Thaïlande n’a que peu d’égal ». Viton aurait finalement signé un document reconnaissant le rôle des F.A.G durant la guerre.

 

Le Général Witoon au centre (photo Carter) :

 

 

Les Thaïs ont laissé beaucoup de morts sur les champs de bataille. Le 3 septembre 1974, le Bangkok Post publiait deux petits articles intitulés « Mort solitaire d'un soldat » et « Pas de sépulture pour les victimes thaïes de la guerre au Laos » exposant en détail la découverte des dépouilles de soldats thaïs jonchant toujours les champs de bataille sans sépulture. La découverte aurait été faite par un journaliste du magazine Mahachon (มหาชน) organe plus ou moins officieux mais légal du Parti communiste thaï ou de ses vestiges dans un article intitulé « Où sont passés tous les soldats thaïlandais? ».

 

 

 

Le fait que le gouvernement thaï n'ait pas tenté de récupérer les corps au cours de la période qui a précédé la chute du Laos par les communistes est difficile à comprendre et montre à quel point il était difficile pour un ancien combattant d'obtenir un semblant de reconnaissance. Malgré ces facteurs les FAG se sont regroupés dans un groupe informel, sont restés en contact et publient un bulletin d'information. Le groupe s’est appelé « club FAG - SGU.» (SGU. = special guerilla unit) et comporterait 300 membres. Ils organisent des cérémonies commémoratives annuelles au Royal Thai Army Club et au quartier général du 11e Régiment d'infanterie à Bangkok. Des officiers de l'armée royale qui se sont battus à leurs côtés les y rejoignent. Ils auraient demandé avec une réussite partielle au gouvernement de fournir des terres agricoles aux anciens FAG. Leur demande pour que la participation thaïe à la guerre au Laos ne soit plus tenue secrète s’est heurtée à un refus : révéler de telles informations serait reconnaître une violation des accords de Genève et affecterait les relations entre la Thaïlande et le Laos. Le très brièvement premier ministre Seni Pramot a d'abord affirmé qu'il ne savait rien des FAG. Lorsque le général Viton eut signé le document dont nous venons de parler, le gouvernement a établi une première liste de 30 puis une autre de 56 en septembre 1976. Il est certain que beaucoup ont été oubliés. Mais si la génération FAG. décline en raison de la vieillesse, Carter en a préservé la mémoire. Ils finirent par recevoir une modeste médaille (« Médaille de protection des hommes libres »)  qui leur permet de recevoir des soins de santé à vie à la condition d’avoir séjourné au moins 6 mois au Laos. Une autre association (« Association des combattants inconnus » - Unknown Warriors Association) qui regroupe les FAG. et les vétérans réguliers a son siège à Don Mueang.

 

 

Chaque année, le 8 décembre, les FAG se rendent à Prachuab Khrikhan, siège du débarquement japonais lors de la deuxième guerre mondiale ainsi qu’au monument commémoratif de lutte anti-communiste situé à Khao Kho dans la province de Phetchabun où l’obélisque de marbre a été érigé en 1982. C’est en participant à plusieurs de ces réunions que Carter a pu recueillir les précieux témoignages d’anciens F.A.G.

H 27- UN ÉPISODE INÉDIT DE LA GUERRE SECRÈTE AU LAOS (1965-1974) : LES VOLONTAIRES THAÏS  DIRIGENT ET COORDONNENT LES BOMBARDEMENTS.
H 27- UN ÉPISODE INÉDIT DE LA GUERRE SECRÈTE AU LAOS (1965-1974) : LES VOLONTAIRES THAÏS  DIRIGENT ET COORDONNENT LES BOMBARDEMENTS.

L’intérêt de la thèse de Carter en ce qui nous concerne est de privilégier à juste titre l’expérience et les réflexions de ces éclaireurs des temps modernes  par rapport à celles des gouvernements qui les ont déployés et de parler du sort jusqu'alors inconnu de ces hommes.

 

Deux volontaires thaïs dans un village lao (photo Carter) :

 

 

La conclusion de Carter est péremptoire, nous lui en laissons la responsabilité : Les États-Unis ont perdu la deuxième guerre d’Indochine en perdant le Vietnam, le Cambodge et le Laos mais la Thaïlande pour sa part l’a gagnée en échappant à la chute des dominos au profit du communisme. Si la politique américaine en Asie du Sud-Est fut un océan d’échecs cuisants, militaires et politiques, elle fut à tout le moins une réussite en Thaïlande et cette victoire est due au moins pour partie au rôle majeur de ses volontaires et de ses « guides avancés ». Ils ont permis que les bombardements au Laos, que ce soit sur la piste Ho Chi Minh ou sur les positions de l’armée populaire du Vietnam ou du Pathet Lao soient mieux ou moins mal ciblés et non aveugles comme ceux qui se pratiquèrent au nord-Vietnam. Qu’ils n’aient pas réussi à endiguer le trafic sur la piste ou l’avancée des troupes communistes sont une certitude. Ce que l’on ignorera toujours ce sont les pertes causées à celles-ci qui n’en ont jamais communiqué le bilan, elles furent probablement énormes mais seuls les « dégâts collatéraux » sont aujourd’hui toujours mis en avant.

 

 

 

Si les Américains quittèrent le pays, ils continuèrent à financer à coup de dizaines de millions de dollars la lutte contre l’insurrection communiste intérieure qui fut tout à la fois jugulée par l’amnistie de 1980, par le lâchage de ses commanditaires, par les querelles entre pro-russes et pro-chinois et les dissensions entre les étudiants et les paysans. La Thaïlande – toujours réaliste - normalisa rapidement ses relations avec la Chine ce qui explique probablement que Pridi qui animait depuis Pékin un « gouvernement provisoire de la Thaïlande » dut la quitter (en fut-il courtoisement expulsé ?) pour se réfugier à Paris (12). Elle normalisa également ses relations avec le Vietnam communiste qui, pour la remercier, nous apprend Carter, lui fit la politesse de lui renvoyer 80 militants communistes thaïs en formation à Hanoï qui furent immédiatement exécutés dès leur arrivée en Thaïlande sans bénéfice d’amnistie. L’éthique des rapports internationaux est singulière.

 

 

Il est encore permis de s’étonner de l’absence de toute référence faite par Carter au financement des opérations secrètes de la CIA au moins en partie par le trafic de drogue. Il en est des raisons assez limpides : Il est un historien et non un journaliste à sensation et le financement des opérations secrètes de la CIA par ce biais impur fut essentiellement dévoilé par la Presse, des rumeurs qui circulent depuis des décennies. Il est ensuite plausible que tous les documents qui pouvaient y faire allusion s’il en fut, ont été détruits par les agents de la CIA ou de l’USAID. Il ne faut pas oublier que le droit américain  ignore totalement la notion de prescription et qu’un agent de la CIA qui ferait l’aveu de ce trafic pourrait parfaitement se retrouver dans une prison fédérale jusqu’à la fin de ses jours.

 

 

En ce qui concerne enfin le jugement de valeur que l’on peut et que l’on doit porter sur cette politique de bombardements massifs directement responsables de centaines de milliers de morts civils, mais qui ne réussit pas à mettre l’ennemi à genoux, est-il permis de faire le parallèle avec la stratégie de bombardements massifs d’objectifs « non stratégiques » c’est à dire civils pratiquées par les Anglo-américains pendant la deuxième guerre mondiale sur l’Allemagne et évidemment la Japon, responsables également de centaines de milliers de morts civils mais qui jouèrent un rôle essentiel dans la capitulation des forces de l’Axe en 1945 ?

 

Il est enfin possible que les Anglais aient aussi participé à des opérations aériennes secrètes au-dessus du Laos, mais c’est un sujet tabou sur lequel pèse toujours, côté britannique, un pesant secret (13).

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir notre article 226  « LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/226-la-thailande-entre-en-guerre-ouverte-au-vietnam-aux-c-tes-des-etats-unis-1965-1970.html

 

(2) Voir notre article 227 « LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975) ». http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/227-la-thailande-entre-en-guerre-secrete-au-laos-aux-c-tes-des-etats-unis-1964-1975.html

 

(3) Les accords de Paix de Paris du 27 janvier 1973 marquèrent la fin de l’engagement militaire des États-Unis au Vietnam. Ils furent passés entre les États-Unis, la République démocratique du Viêt Nam (Nord Viêt Nam), la République du Viêt Nam (Sud Viêt Nam) et le Gouvernement révolutionnaire provisoire de la République du Sud Viêt Nam formé par le Front national de libération (Viêt Cong).

 

 

(4) Richard A. Ruth : «  In Buddha’s Company : Thai Soldiers in the Vietnam War ». Honolulu, University of Hawai’s Press, 2011.

 

(5) Paul T. Carter   « CIA Secret Warriors - Thai Forward Air Guides in the US War in Laos - The Untold Story », กรุงเทพมหานคร, 2561 - Bangkok, 2018. Nous pouvons traduire le titre « les guides thaïs des frappes aériennes dans la guerre des États unis au Laos – Une histoire jamais contée ».

L’ouvrage est numérisé :

https://www.academia.edu/37244280/CIA_Secret_Warriors_Thai_Forward_Air_Guides_in_the_US_War_in_Laos._The_Untold_Story

Carter nous dit – et qu’il en soit remercié – même si nous ne partageons pas obligatoirement sa conception de la « défense de la liberté » - qu’il a décidé de rendre son travail disponible sans frais afin de reconnaître et honorer le sacrifice des Thaïs et des Américains « qui se sont battus pour la défense de la liberté ».

 

(6) Titulaire d’une maîtrise de l’Université Chulalongkorn de Bangkok, il est un grand voyageur. Il a 21 ans de service, en Afghanistan et en Irak pour des missions de renseignement. Il a donné de nombreuses conférences à l’Université Mahidol, à la Siam Society et à l’Alliance française à Chiang Mai. Il s’occupe activement de l’association Jusmagthai (Joint United states Military advisory group Thailand) qui assiste les vétérans ou leurs veuves en Thaïlande.

 

(7) Il y aurait beaucoup à dire sur cette volonté singulière d’écraser l’histoire notamment en ce qui concerne les Hmongs qui sont censés s’être rangés comme un seul homme sous la bannière de la lutte anti-communiste et ont été persécutés comme tels. Ainsi disparaît de l’histoire Faydang Lobliayao, le chef d’une tribu hmong qui s’est battu contre les Français avant de rejoindre avec ses hommes les armées du Pathet Lao au cours de la « guerre secrète ». Carter nous dit quelques mots de ce Hmong communiste atypique totalement oublié mais qui fut aussi charismatique que le Général hmong Vang Pao.

 

 

(8) Comme le dit  Carter avec une naïveté toute américaine « Les héros américains méconnus de la guerre du Laos étaient les travailleurs de l'USAID », suave pour un organisme caritatif ! L’USAID était  chargée de l’ « aspect opérationnel » de la vie à Long Tieng, la base secrète dont nous avons longuement parlé dans notre article 227, note 2, « le lieu le plus secret de la planète ». Il lui incombait de mettre en place l'infrastructure nécessaire à la vie de 15.000 hommes et jusqu’à 30.000 plus tard et de leur famille. Il fallait surveiller la masse salariale, distribuer du riz, verser du riz, organiser des hôpitaux, mettre en place un système judiciaire pour faire face aux incidents. C’est évidemment là une conception toute américaine de la charité chrétienne.

 

 

(9) Les chiffres donnés par Carter rejoignent peu ou prou ceux d’autres sources : voir l’article que nous citons en note 2.

 

(10) Il faut souligner que l’utilisation du territoire thaï pour servir de départ aux actions de bombardement, que ce soit au Vietnam ou au Laos répondait tout simplement à une nécessité en l’absence de toute base aérienne dans aucun des deux pays susceptibles d’accueillir des bombardiers à long rayon d’action.

 

(11) Est-il judicieux de faire un parallèle ? Pendant toute la durée de la guerre trois millions d'Américains sont passés par le Vietnam dont, en dehors des militaires de carrière, 30% seulement étaient volontaires. Il a été beaucoup dit sur la manière dont ces « volontaires » furent recrutés dans les minorités défavorisées, noires ou hispaniques. Les motivations financières ne firent toutefois pas d’eux des mercenaires.

 

(12) Singulier paradoxe asiatique – un de plus – la Thaïlande monarchiste rend toujours un hommage appuyé à celui qui voulut ouvertement renverser le régime, considéré comme l’un de ses « grands hommes ».

 

 

(13) Les rumeurs de ces missions clandestines continuent à courir côté anglais. Une universitaire anglaise, Madame Priscilla Roberts, enseignante à Macau, toute en reconnaissant la fragilité de ces données, fait état des souvenirs de son père, pilote d’élite de la RAF. Les autorités américaines auraient demandé aux Britanniques d'entreprendre des vols sur la Laos parce que la flotte dirigée par Air America et la CIA comprenait des hélicoptères et des avions monomoteurs et bimoteurs, mais pas d'avions quadrimoteurs.

 

 

 

Or, les missions aériennes au-dessus des montagnes escarpées du Laos étaient particulièrement périlleuses en bimoteur, si un moteur tombait en panne, un seul ne disposait pas de la puissance  suffisante pour maintenir l'altitude nécessaire. Les Britanniques disposaient de quadrimoteurs Handley Page basés à Singapour, et plusieurs missions au-dessus de Laos en provenance de Thaïlande auraient été effectuées jusqu’à ce que, à la fin de 1962 Air America dispose de quadrimoteurs.
 

 

Les États-Unis auraient souhaité récompenser les aviateurs britanniques impliqués en les décorant de la Distinguished Flying Cross, mais le gouvernement britannique y aurait opposé un véto absolu.

 

 

Ils avaient reçu l’ordre de conserver le secret le plus total y compris à l’égard de leur famille, de ne pas mentionner les détails des vols dans leurs carnets de vol, en dehors du trajet entre Singapour et la Thaïlande. Le père de Madame Priscilla Roberts aurait ainsi effectué six missions secrètes au-dessus du Laos soit depuis Chiang Mai soit depuis Don Muang, le premier vol deux ou trois jours après la signature des accords de Genève. Ils transportaient des commandos de SAS Néo-zélandais (Special  Air Service) qui furent largués sur le Laos et qui tous s’appelaient Smith ! Nous  ignorons toutefois si les vols étaient dirigés par des FAG ? L’étude de Mademoiselle Roberts qui date de 2018 « The British Royal Air Force: Operations over Laos against the Ho Chi Minh Trail, 1962 » est numérisée sur le site universitaire américain :

https://www.wilsoncenter.org/publication/the-british-royal-air-force-operations-over-laos-against-the-ho-chi-minh-trail-1962

 

 

 

 

 

 

 

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