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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 22:04

 

Nous nous sommes dans un précédent article intéressés à la singulière ethnie des Négritos (1). Nul ne sait s’il en subsiste encore sur le continent au XXIe siècle, se terrant en fuyant tout contact dans les jungles de l’extrême sud de la Thaïlande ou du nord de la Malaisie ? Nous évoquions alors leur possible présence dans les 204 îles ou îlots qui s’étalent du nord au sud le long de la côte birmane sur plus de 300 kilomètres sur le territoire birman peut-être en tout ou en partie submergés par le tsunami de 2004 

 

 

...et, s’il en subsiste encore, en passe de l’être par le tourisme de masse qui n’est qu’une forme plus insidieuse de tsunami. Le mystère de leur origine subsiste, qu’ils soient insulaires d’origine ou plus vraisemblablement premiers occupants de la péninsule indochinoise devenus insulaires pour fuir des populations voisines infiniment plus nombreuses et surtout prédatrices.

 

 

Une actualité récente vient de nous apprendre leur présence beaucoup plus loin à l’ouest dans au moins une des îles de l’archipel d’Andaman : Le 16 novembre 2018 en effet, un « touriste » ( ?) américain de 27 ans, John Chau, considérant parait-il l’île de Nord-Sentinel comme « dernier bastion de Satan » puisqu’il aurait été missionnaire – ce qui reste d’ailleurs à démontrer - a été tué par les habitants alors qu'il posait le pied sur la plage en brandissant une évangile alors que l’accès de l’île est formellement interdit par les autorités indiennes pour des raisons que nous allons découvrir.

 

 

Que font donc ces Négritos puisque ce sont des Négritos, dans l’archipel ? Il est à tout le moins étonnant qu’à l’occasion de ce triste événement, beaucoup de fariboles ont été écrites mais que nul n’ait pensé à rappeler que l’île était habitée par ceux qui sont probablement les derniers représentants des Négritos de la péninsule indochinoise.

 

 

L’archipel des Andaman et des Nicobar s’étend dans le golfe du Bengale sur près de 900 kilomètres du nord au sud depuis l’île la plus septentrionale, l’île de Préparis, jusque dans l’extrême sud la grande île Nicobar à 150 kilomètre au nord de Sumatra. Quoi qu’appartenant à l’Union indienne dont elles sont éloignées de plus de 1300 kilomètres, les îles de l’archipel, parallèles à la côte de Birmanie, n’en sont jamais éloignées de plus de 600 kilomètres, ce sont les hasards de la décolonisation.

 

 

Entre l’archipel d’Andaman au nord, 550 îles dont 26 sont habitées en permanence et celui des Nicobar au sud, 22 îles dont 12 sont habitées en permanence, il y a donc plus de 500 îles ou îlots qui sont vierges de toute présence humaine ou sont censés l’être. N’écrivons pas leur histoire, elle sort du cadre de notre blog. Après de vaines tentatives de colonisation par le Danemark, elles tombèrent dans le giron de l’Angleterre compte tenu de leur position stratégique entre leurs colonies malaises, l’empire des Indes et la Birmanie à partir de 1791. Les Anglais en firent essentiellement des colonies pénitentiaires

 

 

...  et les rattachèrent à l’empire des Indes. Les Japonais les occupèrent quelques temps sans coup férir dans leur course vers la Birmanie.

 

 

Elles revinrent ensuite à l’Union indienne.

 

 

Il y a dans l’archipel des Andaman deux îles Sentinel, Nord-Sentinel qui nous concerne et Sud-Sentinel à 60 kilomètres au sud qui est minuscule et est ou serait inhabitée. Nord-Sentinel est la plus occidentale de ces îles, située à environ 30 kilomètres à l’ouest du chapelet d’îles de l’archipel, la première peut-être qu’aperçurent les voyageurs ? C’est vraisemblablement en raison de cette position  avancée que les Anglais ont baptisé les deux îles « Sentinel », les plus occidentales de l’archipel et que l’on ignore toujours le nom que leur donne les habitants.

 

 

Ces chapelets d’îles n’ont évidemment pas pu échapper aux voyageurs qui filaient vers l’Est, depuis Ptolémée en passant par les arabes et ultérieurement les occidentaux. Sans nous arrêter à Ptolémée, l’archipel était connu des Arabes et des Perses sur la route qu’ils suivaient pour aller en Chine puis de Marco Polo (2).

 

 

L’île principale au nord a une superficie de 59,67 kilomètres carrés (5.967 hectares) à peine moins que l’île de Manhattan qui regroupe près de 2 millions d’habitants et un peu plus que l’île de Ré qui se contente de 15.000 habitants.

 

 

Elle est entourée de récifs coralliens et n’a pas de baie naturelle. A l'exception du rivage elle est entièrement boisée. Une plage  étroite l’entoure derrière laquelle le sol s'élève à 20 m. puis graduellement jusqu'à 46 m. et un peu moins de 100 m. au centre.

 

 

Les récifs s'étendent autour de l'île jusqu'à une distance de 1,5 km du rivage. Elle est inaccessible aux navires de fort tonnage, on ne peut l’approcher qu’en barque. Un îlot boisé appelé « Constance Islet » est situé à environ 600 mètres de la côte à la lisière du récif mais le tsunami de 2004 l’a agrégé à la côte. Celui-ci n’a pas fait disparaître la barrière corallienne contrairement à ce qu’a affirmé la presse avide de sensation (3).

 

 

De par son éloignement, les difficultés d’accès et sa petite taille l’île n’a suscité guère d’intérêt ni des colonisateurs ni des colons potentiels. Nous ignorons à peu près tout des populations des îles des deux archipels avant l’arrivée des Anglais. Elle reçut toutefois dès la fin du XVIIIe siècle la visite de scientifiques, zoologistes, anthropologues, ethnologues, biologistes, géographes, missionnaires bien sûr, avant de recevoir des visites purement administratives, qui nous apprendrons que certaines îles et pas seulement Sentinel sont peuplées de tribus appelées tantôt Jarawa tantôt Onge, ce sont tout simplement sous ce double vocable le nom qu’ils se donnent mais des Négritos, les mêmes assurément que nous avons rencontrés sur le continent (1). Nul n’a jamais eu le loisir d’appréhender leur langue. Si l’opinion des visiteurs les ayant rencontré au Siam n’était pas flatteuse allant jusqu’à les assimiler au chaînon manquant entre le singe et l’homme  elle ne le fut guère plus en ce qui concerne les habitants des îles de l’archipel dont Larousse dans son dictionnaire du XIXe en 1866 nous dit qu’elles sont peuplées de 3.000 habitants « complètement sauvages, inhospitaliers et stupides » (4).

 

 

Tous les visiteurs en effet ont été accueillis et pas seulement sur Nord-Sentinel, non seulement de façon inamicale mais souvent hostile.

 

 

Leur degré de civilisation tout comme ceux que nous avons rencontrés (1) tutoie le néant. Ils sont au plus bas dans l’échelle des populations primitives. Ils connaissent par exemple le feu mais il n’est pas certain, au moins au siècle dernier, qu’ils aient su le produire.

 

 

Il est probable aussi qu’ils ne connaissent pas la métallurgie et n’utilisent de métal que de récupération sur des navires échoués près de Nord-Sentinel. Nous avons d’eux une description saisissante du capitaine Thomas Mayne-Reid datée de 1864 (5) : « Il n'y a pas sur terre de sauvages plus primitifs…Ce n'est pas une déchéance; on les y a toujours vus, et il y a longtemps qu'on les connaît : Ptolémée les accusait d'anthropophagie ; les Arabes leur ont fait le même reproche, ainsi que Marco Polo… ». Pour notre auteur, ce ne peut être qu’occasionnel : « …ils ont pu manger de la chair humaine quand ils avaient trop faim; mais ce fait exceptionnel ne constitue pas le cannibalisme. Les Anglais, les Allemands, les Américains, les Français, toutes les nations de la terre ont fait de même en pareille circonstance… Les Andamans ne sont donc pas anthropophages. Les Arabes ont probablement répété ce qu'avait dit Ptolémée et Marco Polo et ce qu'avaient écrit les Arabes… Qu'est-ce que Ptolémée d'ailleurs pouvait savoir à cet égard? A peine avait-il quelques notions sur ces îles, peu connues à son époque ; et il est possible qu'il ne nous ait transmis qu'une hypothèse. Nous accueillons trop vite les erreurs des anciens, comme si les hommes étaient plus infaillibles dans ce temps-là qu'aujourd'hui, et nous repoussons leur témoignage avec la même promptitude, lorsqu'il pourrait nous être utile ». C’est au passage un rappel qui n’est pas inutile.

 

 

Rejoignons cette opinion puisque ceux de la péninsule qui ont fait l’objet d’études plus complètes n’ont jamais été taxés de cannibalisme (1). D’ailleurs, le cadavre du missionnaire américain a été enterré sur la plage et n’a pas fini à la broche.

 

 

Nous les retrouvons encore dans la description de Mayne-Reid : « …Mais s'il est faux que les Andamans soient cannibales, ils n'en sont pas moins tout ce qu'il y a de plus sauvage : la tribu n'existe pas chez eux, même à l'état primitif; ils composent des bandes comme les singes et autres animaux portés à se réunir ; mais les premiers éléments de la vie sociale leur sont inconnus. Fort mal de sa personne, l'Andaman n'a guère plus d'un mètre cinquante, sa femme a la tête de moins que lui ; et tous les deux seraient aussi noirs que la cheminée, si leur peau n'était pas couverte par un barbouillage qui nous occupera plus tard… Au lieu du visage d'un malais, d'un Chinois ou d'un Indou, ainsi qu'on pourrait s'y attendre chez un indigène de la baie du Bengale, on trouve chez l'Andaman la face d'un nègre, et de la plus vilaine espèce ; car au nez épaté, aux lèvres saillantes, au grand talon des peuplades inférieures de la race noire, il joint de petits yeux rouges, profondément enfoncés dans son énorme tête. Comme vous voyez, les Andamans ne sont pas beaux; et cependant ils constituent, pour l'ethnologue, une tribu des plus intéressantes. Peut-être n'y a-t-il pas sur terre deux autres milliers d'hommes (car ils ne sont pas davantage) qui aient été l'objet de discussions plus nombreuses ». Nous retrouvons très exactement la description que nous en fîmes pour ceux du continent (1).

 

 

D’où viennent-ils ?

 

Ne parlons pas d’une origine africaine à une époque pré ou proto historique les côtes africaines les plus proches sont à 6.000 kilomètres vers l’ouest et leur degré de technologie leur interdisait un tel périple (6). Les âneries lues sur Internet sur leur arrivée depuis l’Afrique il y a quelque dizaines de milliers d’années ne sont que des âneries. Il a été écrit qu’ils seraient apparus sur Nord-Sentinel il y a 50 ou 60.000 ans ? S’ils ne sont de toute évidence pas venus d’Afrique, ils ne sont pas non plus tombés du ciel et apparus par la miraculeuse opération du Saint-Esprit.

 

 

Mayne-Reid donne un début d’explication qui a à la fois le mérite du pittoresque et celui d’expliquer leur sauvagerie et leur agressivité : « Un négrier portugais faisait voile pour les Indes ; comme il arrivait à sa destination, il fut assailli par une tempête, et fit naufrage sur la côte des Andamans ; les Africains profitèrent de la circonstance pour égorger les Portugais, et se fixèrent dans les îles désertes où la mer les avait jetés. Le souvenir des maux qu'ils avaient soufferts à bord du négrier s'est transmis, dit-on, jusqu'à nos jours ; et la férocité des Andamans ne serait autre qu'un sentiment de vengeance, augmenté de la crainte de retomber en esclavage. Cette histoire, par elle-même n'a rien d'invraisemblable, et nous pourrions l'admettre si nous étions ignorants ; mais il faudrait ne pas savoir que Ptolémée est du deuxième siècle après Jésus-Christ; et ne tenir compte ni du voyage des Arabes, ni de celui de Marco Polo, puisqu'ils ont parlé des Andamans bien avant que les Portugais eussent pénétré dans les Indes. Suivant une autre version le navire charge d'esclaves était arabe, et non pas Portugais ; cela permettrait d'assigner une époque plus ancienne au peuplement de nos îles; mais le fait n'est pas prouvé, et nous ajouterons qu'il repose sur une erreur ».

 

 

Cette version, fut-elle erronée, ne situerait pas leur arrivée avant le 7e ou 8e siècle de notre ère lors de l’expansion arabe. Nous sommes donc fort éloignés d’une présence venue d’Afrique il y a 50 ou 60.000 ans ou d’une miraculeuse apparition comme nous avons pu le lire ces derniers temps, y compris des une presse que l’on considère comme sérieuse.

 

 

La conclusion de Mayne-Reid est sans équivoque : « Les Andamans ne sont point originaires d’Afrique ; je ne conteste pas que ce soient des nègres ; mais ils appartiennent à la race des Papous, non à celle des Éthiopiens; leur chevelure est crépue au lieu d'être laineuse, et nous trouvons dans leur caractère et dans leurs habitudes plus d'un point qui les rattache aux noirs de l'océan Pacifique. Très-bien, nous dit-on; mais comment sont-ils venus dans leurs îles? Comment les trouvons-nous seuls de leur race, au milieu de peuplades si différentes? Il n'y a pas de nègres chez les Birmans, non plus qu'à Sumatra, ou dans les îles Nicobar ».

 

 

Il y a une hypothèse plus certaine de leur présence : Mayne-Reid les rattache aux Sémang dont nous avons longuement parlé, nos Négritos du continent. Ils furent probablement les premiers occupants du sol de la péninsule indochinoise il y a plusieurs dizaines de milliers d’années. Sans industrie, et vivant dans des conditions frustes, fuyant les contacts, ils furent pourchassés comme des animaux sauvages et menèrent et mènent peut être encore pour ceux qui subsistent sur la péninsule une existence de bêtes traquées.

 

 

Par la suite, pourchassés par les ancêtres des Thaïs au nord et ceux des Malais au sud, victimes de persécutions et d'assimilation forcée, ils se réfugièrent dans les parties les plus inaccessibles de la jungle dans les montagnes. D’autres fuirent vers les îles longeant la côte birmane, faciles d’accès. D’autres encore s’éloignèrent plus avant vers l’ouest jusqu’à l’archipel des Andaman. Dans quelles conditions purent-ils naviguer sur 600 kilomètres dans des embarcations primitives ? « Combien ont disparu, dure et triste fortune, dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, sous l'aveugle océan à jamais enfouis ! ».

 

 

Combien sont-ils encore

 

Les chiffres qui sont donnés ne reposent que sur des estimations, nul n’ayant pu faire une visite approfondie, de Nord-Sentinel tout au moins.

 

 

M.V. Portmanm, premier gouverneur de la circonscription a pu visiter l’île en 1899 mais sans rencontrer les habitants, il a compté 14 huttes ce qui conduit sans autre précision à une estimation de quelques dizaines d’habitants (7).

 

 

Le recensement de 1901 s’est effectué dans des conditions difficiles se heurtant à l’hostilité des tribus. C’est un monumental travail de plus de 500 pages (8).  Nous trouvons 117 habitants sur l’île de Sentinel, pour les adultes 31 hommes et 36 femmes, pour les enfants, 23 garçons et 27 filles. Les Onges étaient 672, 153 hommes, 173 femmes, 178 garçons et 178 filles. Les Jarawas étaient 585, 126 hommes, 146 femmes, 162 garçons, 151 filles. Le total des Négritos dans les îles sur l’ensemble de l’archipel était donc estimé à 1374.

 

Selon l’ethnologue Alferd Radcliffe-Brown, il y aurait eu en 1858 1200 Jarawa et 700 habitants à Sentinel. Il estime à la date à laquelle il écrit (1922), le nombre des Jarawas à 630 et attribue 30 habitants seulement à Sentinel (9).

 

 

La dernière estimation officielle dont nous ayons connaissance fait état d’une population entre 50 et 100 habitants à Sentinel (10). En 2012, l’imprécision est pire, entre 50 et 400 !

 

Ne parlons plus que des habitants de Nord-Sentinel. Les Jarawas et les Onges, tout aussi Négritos qu’eux sont présentement en état d’intégration ou plutôt de totale désintégration.

 

 

Il n’y a plus comme représentant des Négritos dans la pureté de leur état d’origine que les habitants de Sentinel pour être les seuls à être restés isolés du monde non pas depuis des dizaines de milliers d’années mais plus prosaïquement depuis un siècle et demi ou au mieux quelques centaines d’années depuis que les Arabes ont constaté leur présence. Nous n’en savons guère plus sur eux que ce que nous savions déjà (1).

 

Il est toutefois une question qui mérite d’être posée et que ne se posent pas les anthropologues et les ethnologues. L’île sur plusieurs milliers d’hectares de forêt est riche en gibier, le lagon est poissonneux et tous les observateurs ont noté la grande habileté des Négritos à manier la lance pour harponner les poissons et leur extrême compétence dans le tir à l’arc. Il n’est pas plus difficile dans ces conditions de tuer un cochon sauvage qu’un missionnaire américain. N’y a-t-il pas place dans cet écosystème pour beaucoup plus que quelques dizaines d’habitants ? Des estimations ne sont  pas un décompte. Il y a bien là de quoi faire vivre quelques centaines de personnes se livrant à la cueillette, la chasse et la pèche.

 

 

Pour les étrangers, un arc et des flèches

 

 

Tous les contacts — moins d'une dizaine depuis un siècle et demi — ont eu lieu à une distance d'un tir de flèche. Ceux qui ont tenté d'approcher davantage ont été tués par les habitants. Lorsque le gouvernement indien a envoyé des anthropologues, en 1967 puis en 1970, les habitants se sont enfuis dans la jungle. En 1974, une équipe de tournage de la National Geographic Society vint sur l’île pour y réaliser un documentaire, Man in Search of Man. Lorsque leur bateau motorisé s’est approché de la plage, les habitants sont sortis de la jungle, armés d’arcs et arrosant l’équipe de flèches affûtées. Le bateau a accosté à l’abri de l’attaque et l’équipage a déposé des offrandes sur le sable : une voiture miniature en plastique, des noix de coco, un cochon vivant et une poupée. Cette démarche n’a fait que réveiller l’hostilité de la tribu qui leur adressa une nouvelle volée de flèches, dont l’une se ficha dans la cheville du réalisateur. L’homme ayant tiré cette flèche rit et dansa fièrement, avant d’enterrer le cochon et la poupée.

 

 

En 1996, le gouvernement indien annula officiellement ces tentatives de contact infructueuses.

 

Lorsqu’après le tsunami de 2004 le gouvernement indien envoya un hélicoptère pour évaluer les dégâts, il fut accueilli par une volée de flèches.

 

 

En 2006, ils ont tué deux braconniers qui pêchaient illégalement autour de l’île. Leurs corps furent enterrés dans une tombe de fortune sur la plage (et non rôtis). Un hélicoptère fut envoyé pour récupérer les corps mais a dû abandonner après avoir essuyé des tirs de flèches.

 

Actuellement, toute approche à moins de 3 miles nautiques (5,55 km) de l’île est interdite. John Chau l’a payé de sa vie et les pécheurs qui l’avaient accompagné ont été arrêtés. On peut au choix le considérer comme un martyr ou comme un fou. Sa dépouille restera inhumée sur la plage, le gouvernement indien ayant interdit toute tentative de récupération.

 

 

Quelle que soit les motifs de l’humeur farouche des habitants de Sentinel, quelle que soit l’étendue de l’hostilité qu’ils vouent au genre humain, ils paraissent bien résolus à maintenir leur isolement.

 

 

Un statut juridique aux limites de l’indépendance.

 

Formellement l’île appartient au district administratif du sud d’Andaman qui fait partie du territoire indien des îles Andaman et Nicobar. En pratique, les autorités indiennes reconnaissent le désir des insulaires de rester seuls et limitent leur rôle à la surveillance à distance. Ils ne posent pas un pied sur l’île. Ils ne poursuivent pas les habitants pour le meurtre de personnes étrangères à l’île. L'île est concrètement une zone souveraine sous protection indienne. Le gouvernement central a officiellement pris la décision de ne pas s’immiscer dans le style de vie des habitants et encore moins de s’occuper de la gestion de l'île. La marine indienne surveille les approches de l’île et ne pénètre pas dans la zone interdite.

 

 

C’est bien juridiquement une forme d’indépendance dont la survie est garantie par un véritable protectorat sous forme de protection militaire. Sur le terrain du droit international, il est permis de considérer l’île comme un véritable état indépendant. Elle mérite son inscription au Livre des records comme le plus petit au monde non pas pour la superficie, le Vatican recouvre moins de 45 hectares, mais pour la population puisque la cité pontificale dont l’indépendance est toute théorique abrite près d’un millier de porteurs de soutanes.

Les habitants ont néanmoins, comme nous avons pu le lire,  autre faribole journalistique, accepté l'installation d'une base secrète de la CIA....pour rajouter au "mystères"

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article : INSOLITE 9 - « LES NÉGRITOS DE THAÏLANDE, DERNIERS REPRÉSENTANTS DES HOMMES DU PALÉOLITHIQUE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-9-les-negritos-de-thailande-derniers-representants-des-hommes-du-paleolithique.html

 

(2) Voir Alfred Maury « Examen de la route  que suivaient, au IXe siècle de notre ère, les Arabes et les Persans pour aller en Chine : d'après la relation arabe traduite successivement par Renaudot et M. Reinaud », 1846).

 

(3) La capture d‘écran Google Earth est datée du 5 mars 2018.

 

(4) Les opinions sont moins négatives en ce qui concerne les habitants des Nicobar mais ils sont probablement venus du sud, d’origine malaise et n’ont rien à voir avec les Négritos.

 

(5) Capitaine Thomas Mayne-Reid « Les peuples étranges », traduction française, 1900. La première édition est de 1864. Mayne-Reid ne fut pas seulement un romancier dont la lecture a enchanté notre jeunesse, il fut aussi un infatigable voyageur.

 

(6) La comparaison ne peut être faite les populations pré colombiennes d’Amérique du sud qui avaient des connaissances astronomiques et mathématiques avancées et qui ont pu rejoindre la Polynésie comme l’a démontré l’expédition du Kon-Tiki en 1947.

 

 

(7) M.V. Portmanmm « A HISTORY OF OUR RELATIONS WITH THE ANDAMANESE » 

 

(8) « CENSUS OF INDIA, 1901.  Volume III -  THE ANDAMAN AND NICOBAR ISLANDS »  à Calcutta en 1903.

 

(9) A.R. Brown « The Andaman Islanders » 1922.

 

(10) The gazette of India du 13 mars 2010.

 

 

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