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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 22:33

 

La presse locale du 8 janvier (Bangkok Post, The Nation, Prachathai, Matichon et probablement d’autres quotidiens) s’est fait l’écho au début de cette année d’une tentative très ponctuelle de suppression de l’uniforme dans l’un des collèges les plus élitistes de Bangkok, le Bangkok Christian College (โรงเรียนกรุงเทพคริสเตียนวิทยาลัย). Cet établissement tenu par des missionnaires presbytériens américains a été fondé en 1852 et abrite plus de 5.000 étudiants essentiellement de confession bouddhiste à tous les niveaux de la hiérarchie scolaire et universitaire. Il se flatte en particulier d’avoir eu sur ses bancs deux anciens premiers ministres, Pote Sarasin et  Anand Panrayachun

 

Disons quelques mots de ces uniformes que nous avons plaisir, il faut bien le dire, à voir portés par la jeune génération dans les écoles et les universités. Il ne semble pas que cette obligation leur pèse, bien au contraire.

 

 

 

LA CULTURE  DE L’UNIFORME

 

Il existe dans ce pays une incontestable « culture de l’uniforme » qui s’impose ou se pratique non seulement aux étudiants, aux militaires, policiers, douaniers mais aussi aux  postiers, enseignants, infirmières, magistrats et avocats et dans bien d’autres professions administratives. Derrière chaque guichet, un uniforme.

 

 

Notre propos n’est pas d’en chercher les raisons profondes, c’est une culture que l’on retrouve dans tous les pays d’Asie : culture de l’apparence (priorité donné au paraître plutôt qu’à l’être ?), prestige de l’uniforme

 

ou (et) au moins pour l’école, égalisateur social  (1) ?

 

 

LA LÉGISLATION

 

Cette culture s’est évidement concrétisée dans le droit positif puisque le port de l’uniforme scolaire résulta d’abord d’un premier texte de 1939 (nous ignorons de ce qu’il en était auparavant mais l'obligation date du développement massif de l'instruction sous Rama V) qui fut modifié par un texte royal du 5 février 2008 (พระราชบัญญัติ เครื่องแบบนักเรียน  - décret sur l’uniforme des étudiants). Ce dernier texte indique en son préambule que la législation antérieure contenait des « restrictions aux droits et libertés de la personne contraires à la Constitution du Royaume ».

 

 

De quoi diable s’agissait-il ? Nous n’étions plus dans le domaine de l’uniforme proprement dit mais dans celui des coupes des cheveux obligatoires et « rasibus » dont il avait été dit dans des débats passionnés qu’elle portait atteinte à la convention universelle des droits de l’enfant etc…etc…etc… et bla… bla… bla…

 

 

Il semblerait en réalité que cette « intolérable atteinte aux droits de l’enfant » (pas moins) résultait d’une décision prise par les Japonais lors de leur occupation du pays à la suite d’une invasion de poux.

 

 

Chacun sait que pour éradiquer les « totos », il faut commencer par raser le système pileux. Or, il n’y a plus de poux en Thaïlande, ce qui reste d’ailleurs à démontrer, et ces dispositions étaient devenus obsolètes. Dont acte et C.Q.F.D.

 

 

Ceci dit, le texte royal est clair : Un étudiant doit porter un uniforme d'étudiant (article 5). A défaut, l’étudiant est passible de peines disciplinaires et le port d’un uniforme d’étudiant auquel on n’a pas droit est passible de sanctions pénales.

 

LES NORMES ACTUELLES

 

Le modèle classique avec des variantes autorisées par le ministre de l’éducation nationale est le suivant : Chemise à col ouvert à manches courtes, chaussettes blanches à la cheville ou longues sombres, chaussures brunes ou noires. Les étudiantes portent une jupe bleue ou noire jusqu'aux genoux et un chemisier blanc avec un nœud papillon ou une chemise à col ouvert bleu pâle.

 

 

Les filles portent des chaussettes blanches à la cheville et des chaussures noires. Le nom, le numéro, le nom de l'école et de l'élève sont souvent brodés sur le chemisier ou la chemise. Les garçons du deuxième cycle du secondaire peuvent être autorisés à porter des pantalons longs. La robe standard pour les enfants de la maternelle est une jupe rouge et un chemisier blanc pour les filles et un pantalon court rouge et une chemise blanche pour les garçons.

 

 

Comme dans toutes les écoles thaïlandaises, un jour par semaine, généralement le mercredi, est dédié au scoutisme, les élèves portent alors l’uniforme des scouts. Il suffit de courir les marchés avant une rentrée des classes pour constater que ces vêtements imposés sont d’un coût dérisoire  (2).

 

 

 

Si la question des coupes de cheveux s’est adoucie, les cheveux  longs restent interdits aux garçons comme les tatouages. La teinture est interdite, vous ne verrez donc pas de « chères petites têtes blondes ».

 

 

LA DÉCISION DU BANGKOK CHRISTIAN COLLEGE, RÉVOLUTION OU PÉTARD MOUILLÉ ?

 

Les arguments de son directeur, le sieur Suphakit Jitklongsub, prêtent à sourire ou à pleurer. Il affirme au premier chef que « les uniformes scolaires sont maintenant obsolètes dans la plupart des pays développés ». C’est manifester une ignorance crasse de ce qui se passe en Chine, au Japon, à Singapour, en Corée du sud, en Malaisie, les pays économiquement les plus puissants de la région et, pour le premier, en passe de devenir maître du monde. Mieux encore : tous les collèges presbytériens des États-Unis imposent le porte d’un uniforme qui ne ressemble pas à celui de nos jeunes Thaïs mais que selon toute apparence les élèves arborent avec fierté. Citons encore l’Angleterre et l’Australie qui nous paraissent des pays développés.

 

Photograhpies prises aux hasard sur la toile de collèges presbytériens du monde entier :

A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.
A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.
A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.
A 294 - UN COLLÈGE DE BANGKOK ABANDONNE PROVISOIREMENT L'UNIFORME.

Ses étudiants vont donc pouvoir porter une tenue « décontractée » mais attention ! Elle devra toutefois quoique décontractée porter l’insigne de l’école !

 

 

On ne mélangera pas les torchons des écoles populaires des pauvres de Bangkok avec les fines serviettes de son collège ! D’après ce directeur fantaisiste, cela devrait ramener le sourire sur le visage de ses étudiants, bien qu’ils ne semblent pas particulièrement malheureux ? Et pour reste de besoin, continue notre aimable plaisantin, l’environnement de l’école en sera plus attrayant bien qu’à ce jour aucune d’entre elle ne nous a semblé ressembler à un goulag ?). Arguant de « recherches menées dans des pays étrangers » (lesquels ?) il affirme que le port de vêtements « décontractés » peut guérir du stress et renforcer la confiance des étudiants dans leur collège. Son objectif est donc de rendre les étudiants heureux et créatifs et de montrer que la diversité individuelle peut être source d’harmonie. Dans ce genre d’établissement, la diversité individuelle doit probablement se situer entre celui que le chauffeur de son papa conduit tous les matins en Rolls et celle dont le père préfère une Porche plus modeste.

 

 

Il faut tout de même avoir les pieds sur terre et rappeler que le coût annuel des études doit selon les niveaux naviguer entre 300 et 500.000 baths c’est-à-dire aux environs de 15.000 euros. Les renseignements à ce sujet ne sont toutefois pas faciles à obtenir. La moyenne serait de 150.000 baths par trimestre ?

 

Cette décision parfaitement illégale va-elle-recevoir l’agrément au moins tacite du Ministère de l’éducation nationale (Teerakiat Jareonsettasin) ? Nous allons le voir. Que vont être ces tenues décontractées ainsi admises et jusqu’où ira la tolérance ? Verrons-nous fleurir des pantalons Jean « destroy » ou des Lacoste en lambeaux ? Soyez assuré que ceux que porterons nos étudiants décontractés seront tout de même de marque, il est plus élégant de bousiller un Levis griffé à 3.000 baths qu’une contrefaçon à 300 ou un Lacoste à 1.500 baths qu’une contrefaçon à 200, étant précisé qu’originaux et contrefaçons sont de toutes façons « made in Thailand ».

 

En bref, cette décision résulte d’une longue et profonde réflexion axée sur la résolution de problèmes basée sur la recherche et l'expérience. On est confondu devant ce galimatias.

 

 

Il y a tout de même une limite à cette pantalonnade, elle est un essai limité à un trimestre au terme duquel si la performance académique globale n’est pas améliorée, l'initiative sera terminée. Nous verrons donc dans trois mois à venir si nos « camarades bourgeois, camarades fils à Papa » auront tous choisi de se déguiser en beatniks des années 60 ou si les filles en Lolita aux cheveux rouges ont amélioré leurs résultats scolaires.

 

 

 

LES RÉACTIONS

 

Elles n'ont pas, quelques jours plus tard, été bien longues ! Nous pourrions nous limiter à cette caricature qui a fait un « tabac » sur la toile :

 

กลับไปในชุดนักเรียนเดี๋ยวนี้ « Remets ton uniforme scolaire  tout de suite »

 

 

Les responsables du ministère de l'Éducation ont essayé de mettre fin à l'expérience et d'empêcher les autres écoles de la copier. L'OPEC (Office of the Private Education Commission - Bureau de la Commission de l'enseignement privé -  สำนักงานคณะกรรมการส่งเสริมการศึกษาเอกชน), organisme officiel dépendant du Ministère de l'éducation nationale adressé une lettre officielle au Bangkok Christian College, lui demandant de revoir son initiative (3).

 

 

M. Chalam Attatham, son secrétaire général  a déclaré que l'Office s'inquiétait de la discipline, de l'ordre, des dépenses pour les parents, de la responsabilité des enseignants, du contexte social thaïs et des problèmes sociaux susceptibles de survenir. Il rappelle que le  Bangkok Christian College devait consulter son conseil d'administration et faire rapport au ministère de l'Éducation, puisque les règles relatives aux vêtements des étudiants dans les écoles privées relève toujours des normes de 2008. Il ajoute comprendre que l’équipe de direction de l’école et les enseignants se soient consultés et souhaitent mener une recherche sur les uniformes d’élèves pendant six semaines, mais souhaiter qu’ils examinent plus en profondeur les effets de l’expérience avant seulement que le Ministère de l'éducation puisse reconsidérer la  question. Le même avertissement s'adresse aux autres écoles privées qui  devront réfléchir sérieusement aux conséquences de leurs actes. En réponse, le directeur du collège a reconnu « se sentir mal à l'aise » et ajouté que si l'expérience se terminait, ce ne serait pas grave. Il ajoute devoir poursuivre l’initiative tout en en discutant avec les parents et les élèves en respectant les  instructions du Ministère.

 

La difficulté est-elle insoluble ? Les règles de 2008 s’appliquent à toutes les écoles publiques et privées de Thaïlande mais ouvre une petite porte : L'article 14 du règlement dispose que « Tout établissement d'enseignement qui entend utiliser un uniforme autre que celui spécifié dans le présent règlement doit demander l'autorisation au niveau hiérarchique supérieur... »

 

Il ne s'agit pas de supprimer l'uniforme mais d'en choisir un différent avec une certaine latitude. 

 

M. Amporn Pinasa, Secrétaire général adjoint de l'OPEC est plus strict : les règles de 2008, ne peuvent autoriser les élèves à ne pas porter d'uniforme. Si les vêtements de sport et les costumes locaux sont autorisés c'est à la condition que les écoles en fassent la demande au bureau provincial de l'éducation.

 

Le ministre lui-même est plus nuancé tout en répondant que la question du port de l'uniforme n'est pas liée à celle de la qualité des études mais qu'il s'agit d'une question de tradition et de culture datant de l'époque de Rama V qui estimait que, mise à part la discipline, les uniformes réduisaient l'écart entre riches et pauvres.

 

 

L'obligation n'est-elle pas destiné à cacher les inégalités se demandent des détracteurs ?  Cette fixation sur les uniformes ne voile-t-elle pas oublier les inégalités entre les écoles rurales, l'école des pauvres,  les établissements des villes et les collèges privés de Bangkok, établissements des richissimes ?

 

 

N’oublions pas cette phrase de Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre,  c’est la liberté qui opprime et la Loi qui affranchit ».

 

Notons pour être complets qu'une petite section de l’université Thammasat pratique depuis deux ans l'autorisation de liberté du vêtement sans qu'il y ait eu selon ses responsables utilisation de tenues extravagantes et que ce processus « créait la démocratie dans l'école ».

 

Il est permis de se demander en quoi le port d'un pantalon et d'une chemise de fantaisie peut contribuer à créer la démocratie ? Il est également permis de se demander en quoi la liberté va favoriser la « créativité » ...

 

 

...puisque, nous connaissons un peu les Thaïs, ils vont se précipiter pour singer la dernière mode vestimentaire, la plus « In », américaine de préférence ?

 

 

Nous en resterons là sur cette question qui nous amuse plus qu'elle ne nous concerne et à laquelle nous nous garderons d'apporter une réponse.

 

Réduire la question de l' « apprentissage de la démocratie » en Thaïlande aux fantaisies vestimentaires à l'école est en soi totalement réducteur. Il est en 2019 des problèmes autrement plus importants que cette tempête dans un verre de bière

 

 

NOTES

 

(1) En France, la question du rétablissement du port d’un  uniforme obligatoire dans les établissements publics, supprimée en 1918, se pose régulièrement.

 

Collégien au début du siècle dernier :

 

 

Ceux qui s’y opposent invoquent le coût de l’opération pour les parents à rajouter à celui des vêtements de ville portés à la sortie de l’établissement. L’objection  n’a aucun sens en Thaïlande.

                          

 

(2) Selon Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale à l’heure où nous écrivons, les marques de vêtements comptent beaucoup trop aujourd'hui  chez les enfants  - il en est de même en Thaïlande - et l’uniforme peut être une réponse pour obtenir un enjeu d'égalité.

 

 

(3) Site Internet (en thaï) :

 https://www.opec.go.th/old/content.php?page=content&group=history&cid=67

 

 

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