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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 22:56

Entrée du collège : photo Krueger :

 

 

Kermit Krueger fut volontaire bénévole du Corps de la paix américain (Peace corps volonteer) et travailla au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham qui venait d’être créé (Maha Sarakham Teachers’ Training College) les 27 mois réglementaires de septembre 1963 à décembre 1965. Bien tardivement, près de 50 ans plus tard, ses souvenirs écrits et photographiques rassemblés pendant son séjour ont été livrés    au public après qu’il les eut déposés en 2013 aux archives de l’Université dont il était frais diplômé avant son départ (Bentley historical library University of Michigan). Issu du Midwest américain, d'abord dans le sud du Minnesota, puis dans le sud-est du Michigan, il ne fut qu’à moitié dépaysé puisqu’il compare Maha Sarakham à deux petits villes agricoles où il vécut, Albert Lea dans le Minnesota et Howell, dans le Michigan. Il y a alors 4 ou 5.000 habitants dans la ville (plus de 50.000 aujourd’hui) et la province proprement dite comprend alors 400.000 habitants (plus du double aujourd’hui) répandus sur 15.265 km2, 11 amphoe, 65 tambon et 1526 villages. Elle avait été démembrée en 1947 d’une partie de son territoire pour constituer la province de Kalasin.

 

 

Depuis 1962    - mais il n’y a plus de volontaires de la paix aujourd’hui en Thaïlande -   5.407 de ces boy-scouts pleins de ces bonnes intentions dont – dit-on – l’enfer est pavé, ont accompli leur mission dans ce pays, enseignants , médecins, ingénieurs. Leur histoire reste à écrire. Il s’agit bien de bénévolat : Le Corps de la paix paye le voyage aller et retour, leur fournit le logement, une modeste allocation pour leurs frais d’entretien, leur impose de vivre comme la population locale et en fin de contrat leur alloue une somme actuellement de 8.000 dollars US  ce qui représente à ce jour (2019) 240.000 bahts, sur les 27 mois, un peu moins de 9.000 bahts mensuels ce qui permet de vivre à la mode locale mais certainement pas selon les standards américains ! Nous ignorons combien Krueger a perçu à son époque. Chaque volontaire bénéficie de deux jours de congés par mois qu’il utilise à sa guise… et à ses frais (1).

 

 

Il fut comme beaucoup d’autres inspiré par un discours de John F. Kennedy  en 1960 sur les marches de la Michigan Union à Ann Arbor (Michigan) et affecté à l'enseignement de l'anglais au Teacher's Training College. Tout en enseignant l’anglais, il nota ses expériences au quotidien.

 

 

Krueger ne retourna jamais en Thaïlande mais des amis découvrant qu’il avait été volontaire du Peace Corps, lui ont posé des questions sur cette expérience qui l' ont conduit à nous livrer ses souvenirs. C’est une série d’anecdotes curieuses ou amusantes : les premières découvertes d’un occidental et ce que pensait un jeune américain plein d’enthousiasme sur la vie dans ce qui était alors l’une des provinces les plus pauvres du pays. Ces récits sont accompagnés d’une superbe série de photographies. Nous adoptons l’ordre dans lequel Krueger les livre, peut-être manifestant là, la hiérarchie de ses étonnements ?

 

Nous les avons tirés du très beau site https://isaanrecord.com/

 

LES CHAUSSURES

 

Photo Krueger :

 

 

C’est une découverte que nous faisons lors de notre premier contact avec la Thaïlande : Krueger s’étonne que les élèves ôtent leurs chaussures et entrent en salle en chaussettes ou pieds nus. Par contre, il considère que le fait pour les professeurs (lui !) de conserver leurs chaussures est la marque de leur position sociale. Voilà bien une réflexion d’Américain ! Aujourd’hui encore, les professeurs thaïs ôtent leurs chaussures comme leurs élèves avant d’entrer en salle de classe que ce soit dans les écoles primaires et, peu ou prou dans les universités. Il s’agit là tout simplement de tolérance envers l’étranger, si vous entrez chaussé chez un Thaï, il ne vous en fera pas grief mais n’en pensera pas moins (2).  

 

Photo Krueger :

 

 

 

UN SYSTEME EDUCATIF ORIGINAL

 

Il fit l’originalité de l’école en mêlant à la théorie la pratique agricole : Chaque étudiant se voit attribuer une parcelle de terre pour y cultiver des légumes.

 

Photo Krueger :

 

 

On leur y inculque des pratiques agricoles modernes en souhaitant qu’ils les transmettent ensuite dans leurs familles et dans leurs villages. Les produits  sont affectés à la cafétéria du collège. Malheureusement, ces parcelles sont situées en partie basse et inondable, ce qui cause de gros souci aux enfants lors des montée des eaux...

 

Photo Krueger :

 

 

...  auxquelles Krueger échappe dans sa maison en teck sur pilotis. 

 

Photo Krueger :

 

 

Lorsqu’ils seront à leur tour devenus enseignants dans leur propre village, ils pourront ainsi augmenter leurs revenus. Sans que nous ayons de chiffre précis, nous savons que ceux-ci modestes. Rares sont ceux qui peuvent se permettre d’acheter une motocyclette. La plupart des fonctionnaires et des commerçants utilisaient les vélos-taxis ou les bicyclettes

 

Photo Krueger :

 

 

...et les transports en commun étaient constitués par ces autobus primitifs, ces espèces de bétaillères qui n’ont pas encore totalement disparu de  nos routes...

Photo Krueger :

 

 

La possession d’un animal domestique est un luxe : seul le chancelier du collège peut se permettre d’avoir un chien appelé Jojo.

 

Photo Krueger :

 

 

LE CAFÉ « BORAN »

 

Jouxtant la salle de classe se trouvait le café du collège

 

Photo Krueger :

 

 

...où la boisson était servie dans des verres de 6 onces (environ 3 cl). Le café est un café à moitié turc, assez épais et donne l'impression que les expressos ordinaires ressemblent à du décaféiné et que Starbucks et ses semblables ne proposent guère plus que de l’eau de vaisselle ! L’autre moitié est du lait concentré sucré de marque « Eagle ». Nous comprenons bien évidemment l’importance pour ce gaillard du café du matin, souci partagé ! Il demanda donc à l’étudiant « barista » de remplacer le lait concentré par de l’eau (3). Notre volontaire a découvert le fameux café boran (กาแฟโบราณ) que l’on trouve toujours sur les marchés pour une somme dérisoire et qui est effectivement susceptible de réveiller un mort à la condition de ne pas avaler la dixième repasse. Le premier essai est effectivement surprenant !

 

 

LE MARCHÉ

 

Photo Krueger :

 

 

La première vision des marchés locaux est toujours une surprise. De l’aube jusqu’à  tard dans la nuit, le marché grouillait de monde. La plupart venait y faire des achats et d’autres pour rencontrer des amis, d'autres encore pour manger un bout dans l'un des étals du marché. Au-delà du marché, il y avait encore de petites boutiques susceptibles de vendre à peu près tout ce que l’on peut souhaiter pour se nourrir. On y trouvait tout ce que l’on veut, un panier, du poisson, de la laitue, des pastèques, des concombres, du riz, des gaufres, de la soupe, du poisson à l'ail (un mets délicat pour notre américain) ainsi que de la viande : le bétail thaï ressemble beaucoup au nôtre, un peu plus maigre mais sa viande est coupée de la façon la plus étrange (4). Ce marché est vaste. Un terrain de jeu est même destiné aux enfants dont les parents font les courses. Si vous êtes tenté par le piment fort qui ne semble pas faire peur à Krueger, il est à la base de la plupart des plats thaïs, du moins dans le nord-est.

Photo Krueger :

 

 

Il y a encore un restaurant au bord du canal lequel sert de poubelle, ce qui choque un peu notre volontaire.

 

Photo Krueger :

 

 

Nous y rencontrons une dame aux dents blanches qui vend tous les ingrédients nécessaires aux amateurs de bétel. Cette pratique semble en voie de presque totale disparition aujourd’hui mais il existe encore des mâcheurs ou des mâcheuses de bétel faciles à reconnaître : Ils ont la salive rouge et leurs dents sont noircies à jamais, mais ils n’auront, paraît-il, jamais mal aux dents ? 

 

 

Il y a également le diseur de bonne aventure. Il est également possible de se faire couper les cheveux sur le marché. Krueger a essayé une fois mais compte tenu de l’hygiène et du résultat, a préféré se faire couper les cheveux à Bangkok lors d’un congé.

 

Les chiens errants sont (toujours) l’une des plaies de la Thaïlande. A l’occasion d’une promenade de Krueger au marché, il y vit des cadavres de chien partout: La veille de sa visite, les autorités locales avaient distribué des boulettes de viande à la strychnine destinées aux chiens errants du marché. Le ramassage s’effectua le lendemain.

 

Photo Krueger :

 

 

LE CINÉMA

 

Nous ignorons malheureusement comme il se présentait matériellement  en 1963 ? On pouvait y voir des films thaïs et d’autres essentiellement américains doublés en thaï, bien sûr. Les doublages, nous avons souvent eu l’occasion de nous en apercevoir, sont de la dernière fantaisie. Comment prêter à John Wayne une voix thaïe plausible ? « Entendre John Wayne dire « Howdy partner », d'une voix haute et douce… Oh mon Dieu, inoubliable ! », Nous dit-il (5). Krueger y vit aussi les 101 Dalmatiens doublés en thaï avec une Cruella de Ville aussi méchante en thaï que dans la version de Walt Disney.

 

 

Un camion avec haut-parleur passe dans les rues annoncer le film de la nuit, le coût de la séance est de 2 bahts alors l’équivalent de 10 cents.

 

Photo Krueger :

 

 

LES SPECTACLES POPULAIRES : COURSES DE CHEVAUX VUES DE L’AVION DE LA CIA


Photo Krueger :

 

 

Combats de coqs (illégaux) ou boxe thaïe ? Ils sont populaires, tous faisant l’objet de paris, mais aucun des deux ne semble avoir intéressé Krueger. Il va par contre nous parler d’abondance des courses de chevaux qui n’ont lieu que le dimanche sur un vaste terrain situé à proximité du Maha Sarakham Teachers’ Training College. Les enseignants en sont friands. Ce n’est certainement pas Churchill Downs race track, un terrain de course fort huppé dans le Kentucky, ni Arlington Park, tout aussi distingué, dans l’Illinois, ni Pimlico à Baltimore,  ni Santa Anita  en Californie non plus. Krueger est probablement un fin turfiste puisqu’il nous cite les champs de courses de chevaux les plus élégants de sa patrie ? C’est l’endroit de Mahasarakham où il faut être vu les après-midi de dimanche de courses ! Il y a deux tribunes, l’une plus élitiste que l’autre. Notre Américain est étonné par la présence au-dessus de la tribune principale d’un drapeau jaune avec gros oiseau qui indique aux passants que c’est jour de course. Il ignore qu’il s’agit du fanion personnel de Roi et que l’oiseau est un Garuda !

 

 

Les tribunes sont remplies, juges des courses, responsables provinciaux, professeurs de lycée et de collège, leurs amis et invités,… ou quiconque  disposé à payer un baht ou deux (environ 5 ou 10 centimes de dollar de l'époque) pour être admis. Krueger et ses collègues préfèrent les tribunes nord même si la toiture en tôle ondulée les préserve du soleil mais pas de la chaleur. Comme il se doit dans tous les endroits « où il faut être vu », en dehors des juges, la plupart des spectateurs jacassent et papotent conversations politiques ou ragots locaux. Entre les tribunes se trouvait une section sur simples gradins réservée à l’inévitable vente de produits alimentaires. Les parieurs sérieux et les vrais spécialistes de course de toutes les classes sociales s’y installaient pour avoir une vue plus rapprochée de l'action, entrer sur la piste afin de conseiller les jockeys sur les chevaux sur lesquels ils avaient parié, toutes choses qui sont strictement interdites sur les champs de course de son pays ! Les jockeys portaient des t-shirts et des shorts de sport et ne s’encombraient pas de selle. Le protocole exigeait que les courses commencent par une fanfare à la trompette. Elle avertit les parieurs que bientôt les jeux seront faits et que rien ne va plus.

 

Rien de cela ici. Les Mahasarakham Downs sont moins distingués que les pistes du nouveau monde. Il n’y a pas de trompettes, les entraîneurs conduisent silencieusement les chevaux et leurs jockeys sur la piste à la place attribuée à chacun. Il n’y a pas de porte de départ (starting gate). Un poteau et une ligne invisible traversant la piste sont  suffisants. Lorsque chaque cheval et son jockey sont en place plus ou moins alignés dans la bonne direction l’un des juges donne le signal de départ avec une grosse cloche. Le vacarme est assourdissant mais le signal est néanmoins entendu. Malgré ce, il n’y a jamais eu de faux départ  constatés par notre observateur. Pendant ce temps, dans les tribunes, continuent les conversations et peu sont ceux qui s’intéressent à la course.

 

Photo Krueger :

 

 

Le meilleur endroit pour regarder la course reste toutefois le cockpit de l’avion !

 

Photo Krueger :

 

 

 

De quoi s’agit-il ? Suivons les explications de Krueger qui fait preuve de beaucoup de lucidité en nous livrant en outre quelques explications historiques pertinentes: Il y a bien longtemps, pendant la Seconde Guerre mondiale, la Thaïlande fut plus ou moins sous la domination du Japon. L'armée japonaise avait compris – nous dit-il - que seuls les imbéciles pouvaient négliger cette partie de la Thaïlande qui s'appelle Isan. Des endroits reculés dans lesquels aucun combattant de la résistance thaïe ne pouvait envisager de se faire localiser avaient pourtant été identifiés par les Nippons. Mahasarakham était l'un de ces endroits. Le terrain environnant était plat, très plat et aucune route goudronnée n’y conduisait.

 

Photo Krueger :

 

 

Le chemin de fer (la ligne qui va du nord au sud) se situe à 80 kilomètres.

 

Photo Krueger :

 

 

Qui y avait-il d'intéressant à défendre dans cette capitale provinciale alors somnolente, reculée et assoupie ? L’armée japonaise y construisit néanmoins une piste d’atterrissage pour approvisionner ses forces comme en d’autres endroits de l’Isan. Cependant, aucun avion n'eut loisir d’y atterrir avant l'effondrement de l'empire japonais bien que tout le monde sache qu’un jour ou l’autre la nécessité de ces travaux pourrait se faire sentir. Cette piste aménagée et inutilisée était exemple de végétation et un individu entreprenant en conclut que l’on pouvait la transformer en  champ de courses sans détruire la piste elle-même. Et voilà Mahasarakham Downs preuve d’une utilisation efficace des sols ! À l'insu des passionnés de la course et des politiciens locaux, les pistes d'atterrissage construites par les Japonais apparaissaient sur les cartes que l'armée de l'air américaine (USAF) fournissait à ses pilotes s'ils se trouvaient dans cette zone. Bien entendu, les aviateurs ne prenaient pas alors cette direction pour bombarder la piste Ho Chi Minh puisqu’ils ne bombardaient pas le Laos. Alors, pourquoi avaient-ils  besoin de telles cartes ?

 

Carte de l'USAF entoilée sur soie :  

 

 

Jusqu’à la fin du milieu des années 1960, les voyages aériens commerciaux étaient pratiquement inconnus en Thaïlande, à l’exception de Bangkok, de Chiangmai et de quelques endroits dans le sud. En Isan des Australiens de Khonkaen avaient reconstruit sa piste d'atterrissage pour pouvoir être utilisée par leurs propres avions. Comme chacun sait l’armée américaine n’était pas en Thaïlande tout en y étant et ne pouvait pas utiliser cette piste sans révéler sa présence au monde contrairement aux affirmations solennelles de son président. Elle ne figurait donc pas sur les cartes de l’US Air Force comme site d’atterrissage d’urgence. La piste la plus proche, moins de 50 kilomètres à vol d’oiseau, était celle de Mahasarakham qui se retrouva ainsi sur toutes les cartes de l'USAF. En août 1963,  (officiellement  le 28 septembre ?) un mois avant l’arrivée de Krueger un avion-cargo C-125 (Northrop YC-125 Raider) de l'US Air Force perdu cherchait un site d'atterrissage d'urgence et choisit Mahasarakham. Malheureusement pour lui, le terrain avait été plus ou moins bien entretenu depuis 20 ans et on était en pleien saison  des pluies. Il s’embourba. Avec une grande bonté, l'USAF indiqua aux représentants locaux de la Royal Thai Air Force (RTAF), « dès que nous aurons retiré nos objets secrets, la carcasse de l’avion vous sera laissé  d’autant que nous ne sommes pas présents dans votre pays ». Des Américains virent donc aussi rapidement que subrepticement débarrasser l’aéronef de son contenu gênant. En dehors des cendriers et de morceaux de ferraille enlevés par quelques Thaïs peu scrupuleux, il resta en place. Pendant quelques jours à travers l'Isan, on put acheter des cendriers de métal à un prix raisonnable.


Les deux places confortables du poste de pilotage constituaient un endroit rêvé pour regarder la course. Que faisait donc là cet appareil (US Air Force ou CIA ?) à une époque où quotidiennement les jets américains  filaient vers l’est bombarder la poste Ho Chi Minh ? Au départ,  les avions chargés de bombes devaient voler bas, ils étaient parfaitement visibles à tel point que depuis le sol les villageois de Mahasarakham en fabriquaient des répliques lors du Festival annuel des fusées, le Bun Bangfai  (บุญบั้งไฟ) !

 

Photo Krueger :

 

 

Krueger ne manque pas de nous décrire ce spectacle que nous connaissons bien (6). De retour à l’ouest, libérés de leurs lourdes charges, ils volaient si haut qu’on ne pouvait les voir.

 

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Le compte rendu officiel de l'accident avec la date exacte., lieu de départ inconnu ,  lieu de destination inconnu la date  trafiquée est probablement celle de l'accord entre l'USAF et la RTAF ? 

 

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Il s’agissait très probablement d’un avion de la CIA allant en mission chargé de fournir des vivres ou des munitions aux forces amies du Laos ? Bien sûr, la CIA n'était pas plus présente en Thaïlande que les militaires américains. Il n’empêche que presque instantanément, alors que les généraux thaïs de Royal Thai Air Force disputaient sur le destin de cet avion, l'US Air Force qui n’était comme nous venons de le dire absente de Thaïlande précipita sa police militaire pour « protéger » l’avion.

 

À ce jour contrairement à l’évidence le gouvernement américain refuse toujours d'admettre sa présence militaire en Thaïlande du début au milieu des années 1960, alors que les villageois de Mahasarakham pouvaient en 1963 témoigner du contraire !

 

L’avion eut enfin une autre utilisation qui fit la joie de Krueger : les jours de course, un coiffeur itinérant installait son salon à l’ombre de l’une des ailes de l’aéroplane. L’ombre est suffisamment vaste pour recouvrir la file d’attente. Nous avons vu que Krueger après un essai sur le marché préfèra utiliser les services d’un Figaro de Bangkok.

 

 

 LA SAUVEGARDE DES LÉGENDES LOCALES 

 

Krueger aura l’heureuse initiative de demander à chacun de ses étudiants d’écrire une histoire du folklore local relative à leur village ou district d’origine, jusque-là transmise par tradition orale. Après son retour aux États-Unis, la World Publishing Company, une énorme maison d’édition en publia l’essentiel. Sans Krueger, ces légendes seraient probablement aujourd’hui en voie de disparition. Une première compilation porte le titre de « The Serpent Prince » (1969) et une autre celui de « The Gold Swans of Chaiyapum » (1969). La plupart ont été numérisés sur le site https://isaanrecord.com/ (catégorie culture). Nous vous en ferons probablement partager certains qui présentent un grand intérêt, beaucoup sont des légendes expliquant – ce que les thaïs ignorent souvent – l’origine du nom de leur village.

 

 

LA FIN DU COLLÈGE

 

Les locaux d'origine : photo Krueger :

 

 

Le Collège de formation des enseignants de Mahasarakham fut fermé en mars 1968. Le 27 mars 1968, il a rouvert ses portes sous le nom de Mahasarakham College of Education passant d’un collège junior en collège de quatre ans. En mars 1974, le collège d’éducation est devenu le campus régional de Mahasarakham (มหาวิทยาลัยมหาสารคาม) et devint indépendant le 22 décembre 1994. L’université regroupe environ 50.000 étudiants sur deux campus. Le campus principal est situé dans le district de Kantarawichai (กันทรวิชัย) à quelques kilomètres au nord de la ville.

 

 

***

 

Le corps des volontaires, idée de Kennedy, aurait été la conséquence directe de l’impact néfaste pour le États-Unis du roman « le vilain américain »  (The Ugly American) d’Eugene Burdick et William Lederer dont fut tiré un film à succès en 1963. Il conte l’histoire de Harrison MacWhite, récent ambassadeur des États-Unis au Sarkan (en réalité la Thaïlande) en Asie du sud-est. Il est confronté à la guerre civile et à cause de ses idées préconçues et de ses préjugés, il enchaîne les mauvaises décisions qui menaceront la politique de son pays en Asie (1). En dépit des accusations formées contre le corps de volontaires et de la duplicité et des mensonges réitérés de Kennedy au sujet de la non-intervention de son pays en Thaïlande et ailleurs, on a pu penser qu’il introduisait, sous couvert d’enseignants, d’ingénieurs ou de médecins des agents de la CIA. Ce ne fut manifestement pas le cas de Krueger que nous avons plaisir à considérer comme un bon américain (7).

 

 

NOTES

 

 

 

 

(1) On les a considérés comme des jeunes gens de bonne famille élevés dans l’air conditionné et frais émoulus d’Harvard, envoyés bien loin de « Main Street USA » pour se voir confronté aux climats les plus insalubres, avoir la résignation de Job, l’endurance d’un saint et l’estomac d’une autruche pour jouer le noble et bien naïf rôle des Messies apportant la lumière. Avec le mythe attaché au personnage de Kennedy le Peace Corps apparaît comme l’un des legs les plus durables de l’ère Kennedy, de tous en tout cas le moins immatériel et peut-être, qui sait, comme sa plus grande sinon sa seule réussite. À ce jour quelque 180.000 volontaires, jeunes pour la plupart, ont parcouru le monde, 137 pays au total, 71 aujourd’hui, depuis que la très longue aventure a commencé : Kennedy a signé le 1er mars 1961 l’ordre exécutif no 10924 créant le Peace Corps. Le 14 octobre 1960 à l’Université de Ann Arbor le candidat démocrate après son premier débat télévisé avec Nixon lançait à 2 heures du matin un défi, aux 10.000 étudiants restés pour l’accueillir : « Combien d’entre vous êtes prêts à passer dix ans de vos vies en Afrique, en Amérique latine ou en Asie pour les États-Unis et pour la liberté ? ... De votre volonté à consacrer une part de votre vie à ce pays dépendra notre capacité en tant que pays libre, à rester dans la compétition. » L’expression de Peace Corps  apparut le 2 novembre au Cow Palace de San Francisco, lancée par Kennedy à l’occasion d’un autre discours où il s’en prenait encore à l’administration Eisenhower, incapable, selon lui, de mener la guerre froide avec suffisamment de vigueur, et où il assurait qu’il fallait « faire mieux », en envoyant des Américains à l’étranger, motivés pour défendre la liberté et « triompher des efforts des missionnaires de M. Khrouchtchev ». L’initiative s’inscrivait dans l’air du temps et constituait une réponse explicite au best-seller de Lederer et Burdick, The Ugly American, qui, au cœur du débat public depuis sa publication en 1958, met en cause ces expatriés américains, diplomates au premier chef, dont l’attitude n’était sans doute pas pour rien dans l’image désastreuse des Américains à l’étranger, particulièrement dans le Tiers Monde.

 

 

En dehors de la nationalité, le corps n’est ouvert qu’aux américains, une autre contrainte est l’interdiction d’accès au Corps de la Paix qui s'applique aux personnes ayant exercé des activités de renseignement ou liées à des services de renseignement au cours des 10 dernières années, CIA ou NSA. Les candidats doivent s’initier à la langue et aux coutumes locales avant d’initier les autochtones à l’american way of life.

 

(2) Il ignore de toute évidence les raisons de cette coutume toujours omniprésente : La première raison est d’évidence hygiénique pour éviter de faire entrer des saletés extérieures dans le foyer. A l’époque où l’asphalte n’existait pas, entrer chez les gens avec ses chausses couvertes de terre n’était pas bien vu pour le moins… Maintenant l’asphalte est là, mais la tradition perdure. La seconde raison tient au Bouddhisme dans lequel les notions d’« intérieur/sacré » et d’ « extérieur/souillé » restent prégnantes, la frontière entre ces deux mondes doit rester distincte.

 

 

(3) Le mot barista, tout simplement un garçon de café en italien, est utilisé systématiquement aux États-Unis.

 

 

(4) N’épiloguons pas sur ces restaurants des sites touristiques qui vendent pour du bœuf de Nouvelle- Zélande du buffalo local tout aussi goûteux sinon plus. 

 

(5) Howdy partner est une manière spécifique du sud profond des États-Unis pour saluer un ami, traduisons là par Salut, mec.

 

(6) Voir notre article A 233 - LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/07/a-233-le-festival-des-fusees-en-isan-rituel-magique-ou-technologie-d-avant-garde.html

 

(7) Si la question de la collusion entre le corps des volontaires de la paix et de la CIA ne semble pas s’être posée en Thaïlande, elle fut cruciale en Afrique. Il y fut considéré comme le vecteur majeur de l’action américaine à tel point que, mis en cause lors d’une la tentative de coup d’État au Gabon en 1964, il en sera finalement expulsé en 1968 sous la pression du général De Gaulle. Il y eut des rapports explosifs entre la CIA et le Corps des volontaires dont nous trouvons traces sur le site

https://www.muckrock.com/news/archives/2018/jul/24/cia-peace-corps-ban/ qui fait état de documents internes déclassés mais comme toujours ce déclassement fut de l’enfumage puisque tout ce qui pourrait être intéressant est caviardé.

 

 

 

 

 

 

 

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