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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 02:14

 

Nous terminions notre précédent article en nous posant des questions sur la vie de ces « repentis » avant et après leur retour à la vie civile, enfants de cette vague de résistance née le 7 août 1965 dans le Nord-Est et véritable onde de choc dans tout le pays. Certains avaient passé près de deux décennies dans les forêts, s’y étaient mariés et avaient élevé des enfants.

 

 

Qui étaient-ils ? Quelques portraits et quelques souvenirs vivants :

 

 

Les souvenirs sont rares, nous en avons trouvé quelques-uns. Leurs conclusions ne convergent pas toujours, nous vous les livrons sans parti pris et surtout sans commentaires.

 

Deux anciens guérilleros ont été interrogés par le Bangkok post en 2017 (1). Curieusement aucun d’entre eux ne fait explicitement référence à une formation doctrinale à l’étranger aux théories de Marx, Lénine et Mao ?

 

 

Un étudiant : Chainat Raikratok se souvient du jour où il a quitté la jungle le 17 février 1983. L'ancien combattant communiste aujourd’hui âgé de 63 ans, accompagné de plusieurs dizaines de combattants de la province de Prachinburi, avait décidé de rendre les armes. « Je fus  la dernière personne à avoir quitté le camp, ce fut une décision difficile mais le gouvernement avait promis de nous aider à nous réinstaller et à ne pas nous poursuivre ». Né dans une famille pauvre de la région frontalière du Cambodge, il avait rejoint le maquis le 14 octobre 1973 à 19 ans. Après des études à Bangkok, il occupe une série de petits boulots. Ce furent des amis étudiants qui l’incitèrent à se politiser sous le gouvernement de Thanom Kittikachorn. Devant les difficultés économiques consécutives au choc pétrolier, ils se considéraient exploités par le système capitaliste et opprimés par la dictature ce qui les conduisit à adhérer au parti communiste. Il participe avec ses amis à la manifestation du 14 octobre 1973 les mains nues. Avec trente d’entre eux, ils prennent la fuite lors des coups de feu. Cachés du côté de Khorat, ils furent alors approchés par des combattants communistes.

 

 

Leurs motivations étaient d’ailleurs différentes, certains voulaient lutter contre la dictature, d’autres faisaient confiance aux propagandistes qui leur faisait miroiter la possibilité de suivre des études pour tous « comme en Chine et au Laos », deux pays modèles pour son groupe. Chainat est clair dans ses propos « S’il n’y avait pas eu de dictature, il n’y aurait pas eu de révolution ». Il fut d’abord envoyé dans un maquis le long de la frontière cambodgienne tandis que certains de ses amis étudiants étaient ont été envoyés directement au Cambodge et au Laos. Après un certain temps, Chainat partit pour le Laos où il fut inscrit dans une école militaire de Champassak pendant deux ans. Il passa ensuite deux ans et demi à étudier la médecine moderne et l'acupuncture en Chine. Il suivit ensuite un entraînement militaire au Laos avant d’être désigné comme responsable d’un maquis à la frontière dans la région de Prachinburi. Il y dirige une clinique employant sept médecins et tous mènent la même vie que les villageois. Tous utilisent des pseudonymes, lui-même devient Viset. La région était peuplée de 20.000 familles  au milieu desquelles ils étaient comme des poissons dans l’eau. La région servait de base de production pour les provinces voisines. Il put rencontrer certains dirigeants du parti communiste tels Karun Sai-Ngam, rangé ensuite comme secrétaire d’état à la santé et sénateur. Chainat-Viset se fait probablement un petit plaisir en lui rappelant son passé dans la clandestinité. La discipline au camp était stricte, tout le monde vivait sur le même pied, paysan ou étudiant, homme ou femme. Si un homme était surpris à harceler sexuellement une femme, il était tué. « Je me suis occupé moi-même d'un cas de ce genre. Nous devions être durs. Tout le monde devait se respecter. Sinon, il aurait été difficile de vivre ensemble, puisque nous venions d'horizons aussi divers ». Les camps étaient évidement l’objet d’infiltrations ou de tentatives d’infiltration. Les espions étaient également exécutés. Il reconnaît sans autre précisions avoir appris à se servir parfaitement de l’armement essentiellement chinois. Il se maria au camp et eut deux enfants. Pour lui la victoire militaire du gouvernement n’était pas possible. C’est alors que son groupe apprend par la distribution de tracts dans les zones rouges l’existence du « message 66/23 ».

 

 

Il choisit la défection volontaire pour avoir vu trop de tués et de blessés et décide de changer les armes contre sa plume. Il toucha la prime de 225.000 bahts mais d’après lui tous les repentis ne bénéficièrent pas de l’attribution d’une propriété de 15 raïs ? Il est actuellement éleveur de poulets dans la région de Khorat et ne cache pas son admiration pour Prem. Il avait passé 10 ans dans les maquis.

 

 

Une paysanne : Manassaporn Sributr est une femme originaire d’Udonthani âgée de 53 ans. Elle a rejoint le parti en 1977 à 13 ans sans connaissance de la cause communiste. Elle le fit lorsque son village fut globalement accusé de communisme pour avoir protesté contre un projet de construction d'un barrage dans un village du district de Nong Wua So (หนองวัวซอ). « Tout le village était communiste » dit-elle Elle rejoignit la jungle avec ses parents. Elle y resta trois ans pour faire du travail de renseignement et fit défection lorsqu'elle apprit la nouvelle politique de Prem. Aujourd'hui, elle est retournée à la terre, anime un club féministe dans son village et complète son revenu en vendant des produits Giffarine. Elle dit ne pas avoir eu de difficultés à se réadapter à la vie en dehors de la jungle. Elle a gardé des contacts étroits avec ses anciens camarades d'autres provinces : « La camaraderie est plus que de l'amitié. Nous serions vraiment morts les uns pour les autre ». Son passage dans les maquis n’avait duré que 3 ans.

 

 

Nous avons une autre vision moins angélique provenant d’un site beaucoup plus militant qui a consacré trois articles à la rébellion en Isan sous le titre จากนาข้าวสู่ดาวแดง: การเปลี่ยนผ่านตรากตรำกับความทรงจำลำเอียง « Des rizières à l’étoile rouge – un travail de mémoire » que la version anglaise (le site est bilingue) traduit « Des rizières à la rébellion: histoires inédites de la lutte armée dans le nord-est de la Thaïlande » Il ne prend guère de gants pour écrire กบฏอีสานสู่สมรภูมิใหม่ « Les rebelles de l'Isan passent à de nouvelles batailles » (2). Il est daté de 2016 (3).

 

 

Il nous confirme les chiffres précédemment cités : « plus de 12000 combattants armés à travers le pays » sans que nous ayons de chiffres plus précis pour l’Isan et celui de 3.000 étudiants qui quittèrent la ville pour se réfugier dans les forêts.

 

 

Ce site est le fruit d’entretiens avec de nombreux anciens combattants armés, tous agriculteurs du Nord-Est qui ont quitté leurs rizières pour rejoindre la lutte armée contre un État militaire que tous considéraient comme un état féodal, lointain fantôme qu’ils ne connaissaient que sous la forme d’un distant fonctionnaire gouvernemental ne quittant pas la capitale de la province et ne répondant presque jamais à leurs griefs. Ils nous confirment que les provinces frontalières du Laos étaient déjà dans les années 50 arpentées par les recruteurs de Pathet lao, qui travaillaient avec les communistes vietnamiens à mobiliser les villageois du Nord-Est pour qu'ils rejoignent les mouvements révolutionnaires d'Indochine. Les causes de l’insurrection sont bien connues, n’y revenons pas. « L’exploitation des populations rurales du Nord-Est par l’État », « la pauvreté endémique » disent-ils tous.

 

 

 

Le camarade Phairat (nom de guerre) est aujourd’hui courtier en assurance-vie. L'échec de la révolution communiste a marqué un tournant dans sa vie, mais cela n'a pas brisé son esprit : «Transformer une crise en opportunité », tel est le mantra choisi pour décrire cette période de sa vie.  Après son retour de la forêt pratiquement sans le sou, il s’essaya à la vente d’assurance vie, activité qui nourrit encore sa famille et lui fournit les fonds de départ pour ses activités d’élevage de porcs et de plantation de caoutchouc. Il n'a rejoint aucun mouvement après la fin de son engagement n’aspirant comme beaucoup qu’à une vie tranquille après deux décennies d'agitation dans la clandestinité. «Je n’ai jamais pris parti dans le conflit politique des dernières années mais j'ai toujours été du côté du peuple ».

 

 

Il lui arrive encore aujourd’hui d’entendre en cauchemar le vol des hélicoptères,

 

 

âgé de 65 ans, 33 ans après avoir rendu les armes, l’un des derniers en 1983. Il a débuté sa carrière dans la clandestinité tout gamin : « Je n'étais qu'un enfant, les soldats m'envoyaient souvent acheter du whisky, du riz et remettre des billets doux aux filles du village, ils n'avaient pas idée que je les espionnais pour les rebelles ». Né dans une famille de paysans pauvres, son père avait été politisé et recruté par les agents communistes. Il avait rejoint le maquis de la forêt de Phuphan en 1964.

 

L'épouse de Phairat épousée dans le maquis : 

 

 

Il y acquiert un rang élevé dans la hiérarchie et devient responsable de l'hôpital du camp de base. Il lui arrivait de renter subrepticement au village la nuit. Il encouragea son fils à s’intégrer dans un réseau d’espionnage mis en place par le parti communiste dans tout le pays. A 12 ans en 1963 sa tâche consistait à préparer et livrer de la nourriture aux combattants, espionner les forces de sécurité et surveiller les villageois anticommunistes. A 17 ans, il dit au chef du village qu'il allait chercher du travail dans le sud et rejoint son père jusqu'à la base. Dès son arrivée, on entreprend sa formation politique, Marx, Lénine et Mao. Il connut 20 ans de combats.

 

 

La camarade U-sa (nom de guerre), 69 ans aujourd’hui, sœur d’un combattant de Nabua était trop jeune pour faire partie de la première troupe de villageois recrutés pour suivre une formation de plusieurs mois au Laos, au Vietnam et même en Chine. Mais elle a décidé, à l'âge de 16 ans, d'accepter l'offre d' « éducation » au Vietnam. «J'avais entendu dire qu'il y avait une égalité entre les femmes et les hommes au Vietnam et que les femmes pourraient devenir médecins ». Elle continue : « À l'époque, les villageois de Nabua n'avaient accès ni aux soins de santé ni à l'enseignement supérieur et beaucoup avaient l'impression que le gouvernement central de Bangkok n'avait guère intérêt à sortir la région de la pauvreté » (4). Pour elle « Le socialisme vietnamien laissait les gens étudier gratuitement et même les traitements médicaux ne coûtaient rien ». Sous une chaleur torride en mars 1966, mangée par les sangsues, elle emprunte un itinéraire secret pour rejoindre une base communiste au nord du Vietnam à la frontière chinoise. Elle y reste deux ans, apprends le vietnamien et reçoit une formation doctrinale et médicale pour devenir infirmière avant son retour en Thaïlande en 1968. «Je savais exactement pourquoi je faisais tout ça. Je suis allé au Vietnam pour apprendre le plus possible afin de rentrer chez moi et aider mon peuple ». Elle déclare qu'elle soutenait la lutte du mouvement des chemises rouges qui avait mobilisé de nombreux agriculteurs du nord-est, mais n’avoir jamais participé à aucune manifestation pour rester fidèle à la promesse faite lorsqu’elle avait accepté l’offre d’amnistie de l’État. Elle a 15 ans de luttes à son actif.

 

 

Bun song (nom de guerre) : Âgé de 68 ans, il préside un groupement prospère de riziculteurs biologiques depuis le début des années 90 l’«Isan Small Farmers Assembly ».  Il est passé de la lutte armée contre l'État à une collaboration étroite avec les agences gouvernementales et les forces capitalistes contre lesquelles il s’est battu pour former les agriculteurs à l'agriculture biologique. « Vous pouvez dire que c’est drôle, mais vous savez, les temps changent ». Dans sa vie antérieure, il y a 40 ans, il travaillait aux côtés du camarade Phairat. En 1964, Bunsong, alors âgé de 14 ans, écoute émerveillé le programme d'informations de Voice of the People of Thailand, la station de radio du parti communiste. À 21 ans, sa vie a été bouleversée. Il tire le mauvais numéro (le numéro rouge) lors du tirage au sort pour le service militaire. Il décide alors de devenir soldat mais soldat communiste « contre le capitalisme et pour le peuple ».

 

 

Pris en main par un militant, il rejoint une base secrète dans la jungle dans le triangle provincial d'Amnat Charoen, Mukdahan et Yasothon. Il tombe dans ce qu’il estime un pays de rêve. « C’était pour moi tout un monde, une société d’un genre différent, cachée dans la forêt, pleine de jeunes discutant de l’avenir de leur pays. Je n’avais pas le mal du pays. Il reçoit durant trois mois une formation idéologique et militaire. Il y apprit le discipline ainsi qu’à assumer la responsabilité de ses actes. Sa tâche consistera essentiellement à s'infiltrer dans les villages et recruter de nouveaux membres de concert avec Phairat. Lui aussi a une quinzaine d’années de militantisme actif derrière lui.

 

 

Que pensent-ils des mouvements politiques actuels ?

 

Tous trois et bien d’autres sont également largement convaincus que les mouvements politiques d’aujourd’hui sont « un peu moins purs » sur le plan idéologique face au parti communiste fermement ancré dans la lutte armée pour la révolution conformément à l'idéologie maoïste qui les avait guidé intellectuellement. « Mais aujourd'hui les choses semblent être plus compliquées ». Selon eux, certains membres de la gauche radicale se sont imaginés pouvoir utiliser Thaksin pour se lancer dans une nouvelle révolution. Bunsong parle sans nuance : jaune ou rouge, ce n’est que le même aspect du capitalisme qui choisit le populisme qui en est une dégénérescence pour maintenir sa domination. Dans le village de Nabua, la réticence des anciens combattants à prendre part à l’une des manifestations à code de couleur rouge traduit une profonde méfiance à l’égard de l’État et la peur d’être perçues comme des pions dans un conflit entre des groupes qui restent élitistes. Pour eux, le visage de ceux qui sont au pouvoir a peut-être changé au cours des 30 dernières années, mais l'État continue de trahir la volonté de la population paysanne du Nord-Est. Leur méfiance à l’égard de l'armée en tant que force politique n'a pas diminué au fil des ans, bien que la situation politique ne soit plus aussi nette que par le passé.

 

 

Le 7 août 2016 (un anniversaire !) eut lieu le référendum, sur la nouvelle constitution proposée par le gouvernement militaire en place à la suite du coup d’état de 2014. La plupart des anciens combattants estimèrent que la nouvelle constitution, si elle était acceptée, n'apporterait pas une véritable démocratie au pays et annoncèrent qu’ils voteraient contre. Les résultats en furent singuliers sinon inattendus (5). Avec un taux de participation qui n’était pas ridicule, ne parlons que de l’Isan « rouge », la région avait certes voté « non » mais, alors que le « non » l’avait emporté à 62,80 % lors du référendum de 2007, il ne fut pas significatif puisque majoritaire à la première question : 51.34% et de façon un peu plus massive à la seconde : 55,32%, mais avec un différentiel de 200.000 voix sur 8.800.000 votants. Ce résultat a surpris les commentateurs. Le chef d’un petit village ardemment « chemise rouge » dans la province de Kalasin fait part de sa déception à un journaliste, il s’attendait à un résultat négatif à 90 % dans son village alors qu’il fut de 55 %. Le « oui » l’avait emporté dans trois provinces, Buriram (60,22 %), Khorat (64,39 %), l’un des bastions de l’insurrection, à Loei (54,19 %), autre bastion et à Ubonrachathani pour la seule première question (54,77 %) et le non n’avais été massif qu’à Roi Et (64,07 et 67,88 %) qui n’a jamais été un bastion de la guérilla ???

 

 

Déçus certes, ils conservent les cicatrices laissées par leur révolution manquée mais ne manifestent pas de regrets pour avoir consacré 15 ou 20 ans de leur vie à leur lutte.

 

L’une d’entre elle, la camarade U-sa, va jusqu’à dire « S'il y avait un mouvement comme celui-ci à nouveau, je serais la première à le rejoindre ».

 

 

L’arrivée des 3000 étudiants fut-il un apport positif ?

 

Les étudiants avaient une icône,  Chit Phumisak, baptisé un peu abusivement peut-être de « Che Guevara Thaïlandais ». Nous lui avons consacré un article (6). Issu d’une famille de paysan pauvre, Il étudia la philologie à l’Université Chulalongkorn. Il fut professeur, linguiste, poète, essayiste, historien, et combattant marxiste. Il fut avec Sri Burapha, Seni Saowapong, Itsara Amantakum, un écrivain radical défendant ses idées « progressistes » en faveur des opprimés, dénonçant les oppresseurs à une époque  où toute critique politique était interdite. Il fut d’ailleurs arrêté en 1957 en tant que communiste sous le gouvernement de Sarit Dhanarajata (1958-1963), mis en prison pendant six ans, innocenté en 1964 sous le gouvernement des dictateurs Thanom et Praphat (1963-1973). Libéré, il continua d’écrire mais personne n’osa le publier. Il prit le maquis et rejoignit le parti communiste thaïlandais, qui avait commencé la lutte armée en août 1965, dans la jungle des montagnes de Phuphan et fut abattu dans des conditions douteuses dans un petit village de la province d’Udon. Pour certains, il fut tué par la police, pour d’autres par des villageois hostiles ce qui pourrait confirmer les bruits qui ont couru sur les exactions commises par les maquisards de Phuphan ? C’était un idéologue type.

 

 

Le nombre de combattants fut donc augmenté par l’afflux d’étudiants radicalisés dans leurs bases forestières. De nombreux observateurs éclairés ( ?) estimèrent alors en 1976 que la révolution était imminente en Thaïlande suite au renversement par les communistes de la monarchie lao et la montée au pouvoir des Khmers rouges au Cambodge. Mais les mouvements intérieurs et extérieurs démontrèrent la fragilité de la guérilla. Les propos de nos combattants sont sans équivoques : Beaucoup dans la jungle se sont retrouvés aux prises avec des conflits idéologiques face à des combattants qui avaient pour certains 10 ans de clandestinité. La plupart ne partageaient pas l'idéologie de la lutte armée estimant que le chemin était trop violent, ignorant les propos prêtés à Mao qu« si le pouvoir politique provient d'un fusil, on ne peut se défendre qu’avec un fusil ».

 

Les jeunes « intellectuels » ne paraissent pas avoir laissé une impression positive à la vieille garde des combattants de la jungle ?

 

 

Le retour à la vie civile

 

Lorsque leurs rêves furent brisés après l’amnistie, des milliers d'insurgés et leurs familles sortirent des forêts. Ils disent, sans amertume apparente d’ailleurs, que si les étudiants, la plupart issus de milieux privilégiés furent été autorisés à poursuivre leurs études, suivre une carrière universitaire et s’intégrer dans la société, ils n’avaient, eux, pour la plupart pas de vie à retrouver.

 

Leurs terres abandonnées parfois depuis 15 ans furent récupérées par leur famille. Beaucoup, honteux de leur défaite ne retournèrent pas dans leur village pour ne pas avoir à y « perdre la face ». Il est probable que beaucoup sont réticents à remuer leurs souvenirs.

 

Lors de leur reddition, ils racontent avoir été accueillis par des discours, des caméras de télévision et des repas gratuits fournis par l'État. Les insurgés n’étaient plus des terroristes mais des « partenaires de développement national thaïlandais » réintégrés dans leur monde rural.

 

 

Les avantages financiers furent-il un leurre ?

 

Que pensent-ils des avantages financiers tirés de leur reddition ?

 

Dans les débuts, chaque famille reçut 15 raïs de terre et cinq vaches. Ils reçurent même de la nourriture et des ustensiles de cuisine. Mais était-ce un leurre ? Beaucoup de terres ainsi concédées se révélèrent de piètre qualité et leurs titres de propriété posèrent de sérieux problèmes quand ils furent enregistrés et d’autres ne les reçurent  jamais  et les attendent toujours depuis plus de 20 ans, ce qui les rend ou les rendait quasiment occupants sans droits ni titres (7).

 

En ce qui concerne les compensations financières, il semble que nous soyons loin  de 225.000 bahts envisagés par le décret d’amnistie et les chiffres divergent en nombre et en montant de ceux que donne le Bangkok Post. Une première somme totale de 269 millions de bahts (environ 7,5 millions de dollars) aurait été versée à 2.600 anciens combattants en 2007 seulement soit un peu plus de 100.000 bahts par tête. Une deuxième série de paiements aurait suivi en 2009, portant le nombre d'anciens combattants indemnisés à 11.960 dans l'ensemble du pays, qui ont reçu en moyenne environ 203.000 bahts (environ 5.600 dollars) par habitant ? Y a-t-il eu des versements antérieurs ? Il semblerait en tous cas que les payements ont été au moins pour partie tardifs et jamais indexés. D’autres encore affirment n’avoir jamais reçu de compensation ni en terre ni en argent faute de pouvoir donner la moindre justification de leur implication dans la rébellion. Ils le prennent d’ailleurs avec un certain humour puisque cela prouve qu’ils ont su rester dans la plus parfaite clandestinité.

 

 

Aucun bien sûr ne parle de la revente de leur armement. S’ils n’ont pas restitué leur arsenal, ils ne vont bien évidemment pas le crier sur les toits.

 

 

Mettons à leur actif à tous qu’il n’y a aucune trace de cupidité dans leurs propos et qu’aucun d’entre eux ne se vante de ses exploits sur le terrain

 

 

Le « devoir de mémoire »

 

S’ils n’ont pas perdu le droit au souvenir, celui-ci n’est pas encouragé : En 2015, les habitants du village de Nabua s’appétaient à célébrer le 50e anniversaire du 7 août 1965, jour du premier affrontement physique entre combattants communistes et forces de sécurité thaïlandaises et planifièrent une grande célébration avant que son histoire ne soit perdue. Mais contrairement au jour où ils avaient déposé les armes et étaient sortis de la nature, il n'y eut ni caméras de télévision ni repas commandités par l'État.

 

 

L’ordre fut donné de limiter la manifestation, tout contenu politique interdit et les rassemblements étroitement surveillés par des policiers en civils, raconte un camarade aujourd’hui âgé de 89 ans, l’un des huit à avoir lancé l’opération. Un étudiant en sciences politiques bien citadin ayant assisté à l’événement au titre des travaux pratiques dit « Je ne connaissais que les histoires de mon grand-père sur les communistes diaboliques se cachant dans les forêts pour tuer les gens dans les villages » (8). Pour tous, l’histoire de ces villageois est voilée par celles des étudiants dans les événements d'octobre 1976 qui eurent un retentissement national et international. Un petit musée du souvenir existe à Nabua bien dissimulés dans une aile inutilisée de l’école du village. Il faut en trouver la clef pour entrer dans une pièce poussiéreuse encombrée de souvenirs communistes et de murs ornés de photographies délavées de villageois en tenue de combat. La création d’un véritable musée s’est toujours heurtée au manque de financement.

 

 

NOTES

 

 

(1)  Numéro du 18 juin 2017 « The Last Communists settle past accounts », article numérisé :

https://www.bangkokpost.com/news/general/1270895/the-last-communists-settle-past-accounts

 

(2) 

« From rice fields to rebellion: Untold stories of Northeastern Thailand’s armed struggle (PART I) »:  https://isaanrecord.com/2016/08/07/part-i-from-rice-fields-to-rebellion/

« From Rice Fields to Rebellion: Untold Stories from Northeastern Thailand's Armed Struggle (PART II) » : https://isaanrecord.com/2016/08/08/part-ii-from-rice-fields-to-rebellion-untold-stories-of-northeastern-Thailands-armed-struggle/

« From rice fields to rebellion: Untold stories of Thailand's armed struggle (PART III)»: https://isaanrecord.com/2016/08/09/part-iii-from-rice-fields-to-rebellion-untold-stories-of-northeastern-thailands-armed-struggle/

 

(3) Rappelons que les 5 branches de l’étoile rouge du drapeau choisi par Ho Chi Minh sont ou seraient le symbole des 5 pays de l’Indochine française à réunir sous la bannière communiste,  Annam, Tonkin, Cochinchine, Cambodge et Laos, il faut bien sûr y inclure l’Isan partiellement cambodgien au sud et laotien pour le reste.

 

 

(4) Rappelons qu’il fallut attendre 2002  pour que soient introduits des soins de santé universels pratiquement gratuits.

 

(5) Voir notre article A 219 – « QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ? » : http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/a-219-que-penser-du-referendum-du-7-aout-2016.html

 

(6) Voir notre article A 109 « Chit Phumisak, le « Che Guevara Thaïlandais » ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-a110-chit-phumisak-le-che-guevara-thailandais-117630755.html

 

(7) L’organisation du régime foncier en Thaïlande est totalement différente de la nôtre. Hiérarchisé en 6 types différents, seuls les deux élevés dans la hiérarchie confèrent un véritable droit de propriété comme nous le comprenons, les autres se limitent peu ou prou à un simple droit d’occupation.

 

(8) L’un d’entre nous se souvient avec un certain sourire, avoir entendu il y a exactement 50 ans au sortie des événements de 1968 un vieux berger corse lui affirmer que si les communistes avaient pris le pouvoir, ils se seraient emparés de tous nos biens y compris de nos femmes.

 

 

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