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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 22:07

 

 

Kantarawichai (กันทรวิชัย) est un district (amphoe) de la province de Mahasarakham dont le centre est une petite ville sur la route de Kalasin. Il comprend 10 sous-districts (tambon) et 183 villages. Peuplé d’environ 85.000 habitants (chiffres de 2018), la région nous semble d’une grande piété puisque nous y relevons 78 temples ce qui est largement supérieur à la moyenne nationale (1).

 

 

 

Deux d’entre eux, en dehors de tout circuit touristique sont particulièrement vénérés des populations de la région pour abriter l’un et l’autre chacun une très ancienne statue de Bouddha debout en grès rouge de l’ère Dvaravati, toutes deux invoquées par les dévots pour avoir la vertu d’écarter la sécheresse (2). La première est celle du Phra Phutta Mingmuang (พระพุทธมิ่งเมือง) ou Phraphuttharup Suwanmali พระพุทธรูปสุวรรมาลี)

 

 

 

 

dans l’enceinte du wat Suwannas (วัดสุวรรณาวาส) au cœur du chef–lieu de district, dont la construction ne semble pas avoir plus d’un siècle.

 

 

 

 

L’autre représentation est appelée le Phra Phutta Mongkon (พระพุทธมงคล Bouddha de bon augure) ou Phra yun (พระยืน Bouddha debout) au sud, en direction de Mahasarakham dans le village de Ban Sa (บ้านสระ)

 

 

 

 

et dans l’enceinte du temple appelé wat Phrayun (วัดพระยืน) ou wat Phra Phutta Mongkon (วัดพระพุทธมงคล), également de construction beaucoup plus récente que la statue qu’il abrite.

 

 

 

Nous savons en réalité peu de choses de l’histoire de ce district. L’histoire de l’Isan n’a été écrite que tardivement, elle n’est pas en contradiction avec les traditions orales  transmises par ses habitants qui la complètent.

 

 

LES CHRONIQUES DES PROVINCES DU NORD-EST

(พงษาวดารหัวเมืองมณฑลอิสาณ).

 

Elles furent publiées en 1916 (3) : Le district aurait été créé en 1328 de l’ère bouddhiste soit 785 de notre ère sous le nom de Khanthathirat (คันธาธิราช). Elles furent dirigées alors par un seigneur malfaisant appelé Thao Linjong (ท้าวลินจง le seigneur Linjong) qui fit périr son père Thao Linthong  (ท้าวลินทอง le seigneur Linthong) sous la torture mais ne put prendre sa place et conserver le pouvoir. La ville fut alors désertée pendant 1089 ans (ce qui nous conduit en 1874) et reconstruite et repeuplée sous le règne de Rama V sous le nom de « mueang Khanthawichai » (เมืองคันธาวิชัย) devenue Khantarawichai. La chronique est malheureusement muette sur l’histoire de ces deux vénérables statues et plus encore sur celle de la mystérieuse troisième.

 

 

 

 

LES TRADITIONS LOCALES

Elles ont été recueillies auprès de ses élèves par Kermit Krueger, ce volontaire bénévole du Corps de la paix américain (Peace corps volonteer) qui enseigna au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 (4).  Elles ont été publiées sur le site https://isaanrecord.com/

 

Elles complètent ce que nous a appris la Chronique en y ajoutant peut-être l’histoire de ce merveilleux trésor que serait la  troisième statue de Bouddha.

 

 

 

Il y a des centaines d'années, le nord-est était dirigé par des princes cambodgiens  avant que les Thaïlandais ne viennent s’y installer (5). Kantarawichai était alors une ville très importante dirigée par le prince Phranong Phratumman qui avait de l’une de ses épouses un fils appelé Tao Singh Toh aussi méchant que cruel. Son père  connaissant sa malfaisance voulait éviter qu’il ne prenne sa suite. Sachant cela, Tao Singh Toh ordonna à ses hommes de s’emparer de son père et de le jeter en prison. Les soldats, craignant sa férocité, lui obéirent. Tao Singh Toh se proclama alors prince de Kantarawichai en affirmant que son père avait été enfermé en raison de sa perversité.

 

 

 

Mais la population qui connaissait la bonté de son père, ne le crut pas. Tao Singh Toh souhaitait la mort de son père mais il avait peur de le tuer. Il imagina alors de le priver de nourriture pour qu’il meure de faim sans être lui-même responsable de sa mort. Il interdit donc toute visite autre que celle sa mère, épouse du prisonnier. Lorsque celle-ci rendit visite à son mari, elle lui apporta de la nourriture. Sachant cela, Tao Singh Toh lui interdit de rendre visite à son père avant trente jours. Son père, déjà affaibli, sentit la mort approcher. Il fit alors appeler son fils et lui dit « Je vais bientôt mourir et tu seras prince de Kantarawichai. Mais tout ce que tu feras sera maudit ». Trois jours plus tard le prince mourut. Tao Sing Toh triomphait mais il était furieux contre sa mère et ordonna à se troupes de la tuer. Mais par la suite, toutes ses actions, même bonnes se transformaient en catastrophes  ou en échec comme le lui avait promis son père. La population se gaussait de lui constatant qu’il ne pouvait rien faire de  bien ou de bon ou de beau. Tao Singh Toh eut alors honte de lui-même et regretta sa cruauté envers ses parents. Il n’eut pas d’autre solution que de consulter un astrologue

 

 

 

 

Celui-ci lui dit «Tu as été mauvais et tu es puni. Tu dois construire deux statues du Bouddha. L'un sera pour ton père, et l'autre sera pour ta mère. Elles devront être superbes et installées en deux  endroits différents. Quand tu les auras construites, tu auras démontré que tu aimais tes parents et ta malédiction disparaîtra ». Tao Singh Toh le crut et fit construire les deux statues avec beaucoup de soin. Celle destinée à son père fut installée au cœur de la ville et celle destinée à sa mère à la périphérie. Cela ne suffit toutefois pas à rendre Tao Singh Toh heureux car il était conscient qu’il avait mené une vie infâme. Il demanda alors à son peuple, lorsqu’il mourrait, de l'ensevelir dans une forêt éloignée de la ville et sur sa tombe, de construire une autre statue du Bouddha. C’est ce qu’ils firent en l’enterrant dans la forêt et en édifiant sur sa tombe une statue d'un Bouddha couché. La forêt reçut le nom de « forêt du Bouddha couché » mais son emplacement s’est perdu. Beaucoup croient que la statue est en or mais tous redoutent de la rechercher car elle recouvre la malédiction de l’esprit malfaisant et diabolique de Tao Singh Toh qui vit toujours dans la tombe. La légende veut que celui qui verrait la statue doive mourir le jour même. Il y a quelques années à peine (6) trois ou quatre hommes de Bangkok se sont rendus dans la forêt pour trouver la statue. Revenus le soir, ils dirent « Nous avons trouvé la statue du Bouddha couché. Elle est en or. Nous vous conduirons la voir demain ». Ils moururent dans la nuit.

 

 

 

Que devons-nous penser ? Les Chroniques rédigées au début du siècle dernier par un haut fonctionnaire n’ont pu l’être, faute du moindre document écrit, autrement qu’au vu des souvenirs recueillis auprès des populations locales. L’auteur ne donne pas ses sources. Les souvenirs recueillis par l’Américain auprès de ses élèves 60 ans plus tard ont la même portée même s’ils sont beaucoup plus précis. Les Chroniques s‘étalent sur 164 pages mais toutes ne sont pas consacrées à notre modeste district. Les chronologies ne sont pas contradictoires avec la légende. L’existence d’un prince malfaisant capable de faire assassiner ses parents ne dénote pas avec les mœurs de l’époque. La similitude entre les deux statues de Bouddha qui sont de toute évidence de la même facture rend plausible l’hypothèse d’une commande unique. La crainte référentielle manifestée par les habitants pour rechercher une sépulture génératrice de maléfices est en tout conforme avec les croyances locales animistes générales en Isan. La disparition de cette sépulture dans la végétation tropicale après des siècles d’oubli ne nous parait pas non plus originale. Quant à savoir si la statue du Bouddha couché qui la recouvrait était d’or, laissons les chercheurs de trésor rêver.

 

 

 

NOTES

 

(1) https://th.wikipedia.org/wiki/รายชื่อวัดในจังหวัดมหาสารคาม

Il y a environ 34.000 temples en activité dans le pays pour une population d’environ 70 millions d’habitants, selon les chiffres de l’Office nationale du Bouddhisme (https://en.wikipedia.org/wiki/National_Office_of_Buddhism)

 

(2) N’oublions pas la présence d’une très importante cité Dvaravati à moins de 25 kilomètres à vol d’oiseau, Muang Fa Daet dans le district de Kamalasai. Voir notre article INSOLITE 6 « AU CŒUR DE LA PROVINCE DE KALASIN, LA CITÉ MYSTÉRIEUSE DE KANOK NAKHON (กนกนคร) « LA VILLE D’OR », CITÉ MAJEURE DU DVARAVATI » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/insolite-6-au-coeur-de-la-province-de-kalasin-la-cite-mysterieuse-de-kanok-nakhon-la-ville-d-or-cite-majeure-du-dvaravati.html

 

 

 

 

(3) Pathom Khanechon (ปฐม คเนจร) plus tard anobli sous le nom de Mom Amonwongwichit  (หม่อมอมรวงษ์วิจิตร) était fonctionnaire du ministère de l'Intérieur sous le règne du roi Rama V, gouverneur du monthon isan, il rédigea ces chroniques probablement à l’instigation du prince Damrong. Elles sont la seule source siamoise sur l’histoire de l’Isan. Elles n’ont jamais été traduites mais plusieurs fois rééditées, une dernière fois en 1996. Elles sont (toutefois assez péniblement) accessibles en ligne sur le site :

http://www.finearts.go.th/songkhlalibraryhm/component/smilebook/book/307-2017-02-04-15-49-19/2-2013-01-26-21-11-08.html

Cette « invention » de l’histoire de l’Isan à l’instigation du Prince Damrong dans un but « nationaliste » a fait l’objet d’une critique assez féroce d’un Japonais, Akiko Lijima dans le journal de la Siam society : « The invention of « Isan » History », numéro 116 de 2018, pages 172-200. Il faut encore s’entendre sur le sens que l’on donne au mot « invention » qui, en bon français, signifie aussi « découverte ».

 

(4) Voir notre article A 295 « LES SOUVENIRS D’UN VOLONTAIRE DE LA PAIX AMÉRICAIN À MAHASARAKHAM… ET LE PASSAGE DE LA CIA EN 1963 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-295-les-souvenirs-d-un-volontaire-de-la-paix-americain-a-mahasarakham-et-le-passage-de-la-cia-en-1963.html

 

(5) Les traces de l’implantation khmère dans les environs sont encore présentes : à quelques kilomètres de Mahasarakham, le site Ku Mahathat  Prang Ban Khwa  (กู่มหาธาตปรางค์บ้านขวา) daté des 11e ou 12e siècles

 

 

 

ou encore non loin de Khonkaen, le site Ku Phrapachai (กู่ประภาชัย) daté du 13e.

 

 

 

 

(6) Nous sommes donc au début des années 60.

 

Dessin de Kermit Krueger :

 

 

 

 

 

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