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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 19:57
Dessin d'un élève de Kermit Krueger

Dessin d'un élève de Kermit Krueger

« L’histoire du Siam est faite de légendes » écrivait en 1854 Monseigneur Pallegoix qui connaissait fort bien le pays où il était déjà depuis un quart de siècle, bénéficiant de la royale amitié de Rama IV.

 

Nous vous en avons conté quelques-unes, de celles qui tournent autour d’un trésor mythique, statues de Bouddha en or massif, accumulation de métaux précieux ou plus concrètement, trésor de l’or blanc qu’est le sel (1).

 

 

Nous connaissons le temple de Phra That Phanom sur les murs duquel se trouvaient de singulières fresques, aujourd’hui disparues après l’effondrement de l’ancien Stupa, représentant des voyageurs hollandais, découverte que nous devons à notre ami Jean-Michel Strobino (2)

 

Relation du voyage de Francis Garnier (dessin de 1868) :

 

 

et par une autre légende, celle du fabuleux trésor enfoui dans ses fondations (3). Il est l’un des monuments les plus vénérés du pays et un lieu de pèlerinage privilégié dans l’Isan autant que dans le Laos : N’oublions pas qu’il se situe dans ce qu’on appelait autrefois le « Laos siamois » qui n’est plus à l’intérieur des frontières du laos actuel. Sa vénération y est attestée depuis le XVIe siècle au moins.

 

 

Nous devons à Kermit Krueger, ce volontaire bénévole du Corps de la paix américain  (Peace corps volonteer) qui enseigna au Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 une autre légende encore vivante dans la mémoire des populations locales relative à ce haut-lieu du bouddhisme  Isan-Lao. Elle a été recueillie auprès de ses élèves, qui ont dû l'écrire en anglais comme exercice et a été publiée sous le titre « le Temple du respect » (The Temple of Respect) (4). Nous vous la livrons aujourd’hui.

 

 

Encore une légende, direz-vous ?

 

« Quand la légende dépasse la réalité, c’est la légende qu’on retient » (5).

 

LA LÉGENDE DU « TEMPLE DU RESPECT »

 

Le temple de That Phanom est le temple le plus important du nord-est de la Thaïlande.  Une grande partie de l'histoire de ce temple n'est que légende et personne ne connaît son âge exact. 

 

 

Il y a des centaines d'années, avant qu'il y ait de grands pays comme aujourd’hui, chaque ville était sa propre nation. Une ville avait parfois un roi plus puissant que ses voisins et qui gouvernait trois ou quatre autres villes. Mais le plus souvent aucune de ces villes n’était capable de dominer les autres. Ces cités pouvaient œuvrer de concert pour se protéger contre un ennemi extérieur ou échanger des denrées et autres produits. C’est ainsi que débuta l’histoire du temple.

 

Il y avait à cette époque quatre rois qui régnaient sur des cités proches du Mékong. Parfois, l’un était plus puissant que les autres, parfois aucun ne l’était. Ils  décidèrent un jour de se réunir.

 

L’un d’entre eux qui était à l’origine de cette conférence au sommet dit :«  Mon pays a besoin de riz mais nous avons d’autres produits que nous pouvons troquer contre votre riz. Il y a de nombreuses années, nous nous sommes affrontés. Mon peuple souhaite entretenir des relations amicales avec les vôtres ». Un autre roi fit également part du souci de son peuple de vivre en paix. Que faire ? Un troisième eut alors une pieuse idée : « Construisons un temple. Chacun d’entre nous en construira un quart. Cela montrera à nos sujets que nous pouvons travailler ensemble. Et si nous pouvons travailler ensemble, ils comprendront que tous peuvent vivre en parfaite amitié ».

 

 

Ainsi firent-ils. Pendant plusieurs mois, ils cherchèrent un lieu propice. Au bout d’un certain temps, l’un d’entre eux déclara au cours d’une nouvelle réunion : « J'ai trouvé l’endroit exact, il est au sommet d’une petite colline. Allons-y ensemble ». Cette colline était isolée et couverte de forêts. Elle convenait à leur dessein. « C'est convenu. C’est ici que nous allons construire le temple ». Celui dont la cité était au nord construisit donc le mur nord. Celui dont la cité était à l’est construisit donc le mur est, il en fut de même pour celui dont la ville était à l’ouest et pour celui dont la ville était au sud.

 

 

Leur temple était construit en forme de grotte. Quand il fut terminé, chaque roi apporta des bijoux, des pierres précieuses, de l’or et de l’argent pour les offrir au nouveau temple. « Nous savons maintenant que nous pouvons travailler ensemble, puisque nous avons construit ce temple ensemble. Nos dons montreront que nous pouvons également nous faire une confiance mutuelle ». Quand tous les cadeaux furent sur place, la porte du temple fut fermée et scellée à la grande joie et la grande fierté de tous.

 

Dessins extraits du site https://www.thailandguru.com/leisure-day-nakhon-phanom-chedi.html :

 

Le premier Stupa  construit en 535 avant Jésus-Christ

 

 

Sa reconstitution contemporaine : 

 

 

Transformation 500 ans avant Jésus-Christ

 

 

De 1609 à 1692 :

 

 

1941-1942 :

 

 

Les écritures bouddhistes nous apprennent que lorsque Bouddha mourut, les prêtres prirent des fragments de ses os et les transportèrent dans toute l’Asie afin que chacun de ces reliques soient placées dans un temple. Leur présence devait rappeler aux populations la  nécessité de maintenir leur foi dans les enseignements de Bouddha.

 

 

Les écritures bouddhistes nous apprennent encore que l’un de ces prêtres avait avec lui un fragment du sternum du maître qu’il avait emporté dans le nord-est de la Thaïlande. Il voulait construire un temple dans cette partie du monde pour en faire le plus grand centre du bouddhisme. Alors qu’il errait dans cette région, il se rendit sur la colline, vit le temple nouvellement construit symbole de l’union des quatre villes et se dit : « C'est là où je construirai mon temple. Ces rois sont de fervents bouddhistes et s’ils ont coopéré à la construction de leur temple, je sens qu’ils coopéreront également pour construire le mien ». Il se rendit donc auprès de chacun d’eux, leur montra la relique et leur dit « J’ai vu votre temple sur la colline. Je voudrais que vous m’aidiez à construire le mien ». Ils tombèrent d’accord et au milieu de leur temple, ils construisirent un stupa pour qu’il le domine la colline et, en son sein, ils placèrent la relique de Bouddha.

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม  - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

Très vite, le temple devint célèbre dans toute la région et de nombreuses personnes venaient y rendre un culte mais il n’avait pas de nom et beaucoup pensaient que celui de Temple sur la montagne n’était pas séant. Au bout d’un certain temps, et compte tenu du caractère éminemment sacré des lieux et de leur fréquentation par des pèlerins qui priaient à la manière bouddhiste, la tête inclinée et les mains jointes en forme de fleur de lotus (en thaï  phanomพนม), l’usage fit alors que le temple fut appelé « le temple du respect » (พระธาตุพนม phra that phanom). Il continue à porter ce nom qui devint ensuite celui de la province et de sa capitale, Nakhon Phanom (นครพนม).

 

 

Les écoliers de Kermit Krueger ...

 

 

concluent ainsi « Mais tout cela ne sont que légendes, car il n’y a pas d’histoire des temps anciens. Bien des années plus tard, les gens ont commencé à écrire l'histoire du temple. Il faut donc croire les récits de sa construction ».

 

 

 

QUELQUES  OBSERVATIONS

 

 

1) Cette version légendaire dissipe pour nous un doute sémantique : on lit volontiers (Guides plus ou moins sérieux ou Wikipédia) que Phanom en thaï signifie « la montagne », c’est exact mais ce peut n’être aussi qu’une simple colline voire un tertre ou une butte. Mais c’est également le « salut que l’on fait les mains jointes élevées en forme de lotus pour manifester le respect » (définition du dictionnaire de l’Académie Royale). S’il y eut un jour un tertre ou une colline (?) ce n’est pas le cas aujourd’hui car il n’y a pas la moindre colline, le stupa n’étant élevé au niveau du dessus du sol que par quelques marches. La désignation de « temple du respect » donnée par nos écoliers est donc la seule pertinente. Nous pourrions l’appeler également « temple des mains jointes ». Compte tenu des circonstances de la construction, il aurait également pu être baptisé « temple du respect et de l’amitié ».

 

 

2) La légende rejoint-elle la réalité ? Le temple et son stupa ont fait l’objet de nombreuses et fort érudites études. Nous avons cité la description qu’en fit le premier. Francis Garnier plus d’un siècle avant l’effondrement de 1975 relatant la légende de la construction du temple au vu d’une Chronique royale du Cambodge du lettré Nong dont l’historicité est plus ou moins douteuse (3).

 

 

Cette légende fait état de l’intervention collective de plusieurs monarques. Ainsi fait la tradition orale venue des siècles précédents et transmise par nos écoliers de Mahasarakham. Peut-on dater cette construction ?

 

Il existe une chronique de That Phanom d’origine aléatoire et obscure, dont une recension a été effectuée par le vénérable Phra Deba Ratanamoli, abbé du temple en 1969. Les circonstances de la première apparition de cette chronique sous forme de manuscrit sont autant un sujet de spéculation que les origines du sanctuaire lui-même. Une traduction commentée a été effectuée et publiée en 1976. C’est relativement chaotique surtout en ce qui concerne les origines contemporaines de Bouddha (6). Le premier abbé dont l’existence semble historiquement assurée aurait été désigné en 1668 ainsi  que celle de ses successeurs sous la juridiction desquels furent effectués les multiples embellissements et exhaussements successifs probablement partiellement responsables en dehors des éléments naturels de l’écroulement de l’édifice en 1975 (7).

 

 

Une récente étude de Michel Lorillard repose sur de méticuleuses et très scientifiques observations qui ne contredisent pas notre légende (8). Il a étudié de nombreux sites s'inscrivant dans une échelle chronologique comprise entre le VIIe et le XIIIe siècle et donnant un éclairage inédit sur le processus d'« indianisation » de la vallée moyenne du Mékong. Des vestiges étudiés par lui dans le bassin inférieur de la rivière Sé Bang Fai (เซบั้งไฟ) au Laos rejoignent d’autres vestiges sur la rive siamoise situés à quelques kilomètres en amont, en aval, à l’est et à l’ouest de That Phanom qu’il considère comme jumeaux, tous vestiges môns et pré angkoriens ou angkoriens compte non tenu des vestiges qui subsistent sur le site même de notre temple. Il y a probablement un lien entre tous ces sites. Des sema (les pierres sacrées) situés dans l’enceinte du temple seraient originaires de quatre villes indiennes, au début de l'ère bouddhique ? « Les éléments de la légende sont ici présentés comme des événements historiques » nous dit Michel Lorillard.

 

 

Notre propos n’était pas de faire œuvre d’érudition ce qui dépasse nos compétences mais simplement de rapporter une légende que connaissaient par tradition familiale des gamins des années 60, aujourd’hui adultes, relative à un lieu de culte symbole majeur de l’identité de l’Isan. Ils témoignent d’un monde traditionnel disparu ou en voie de disparition où les valeurs étaient d’autant plus fortes que l’existence était rude. Ils sont aujourd’hui des anciens qui représentent une richesse et une sagesse que seuls l’âge et l’expérience procurent. 

 

L’un de ses élèves dit un jour à Krueger  « comment les archéologues et les savants peuvent-ils savoir ? Ils n’ont pas passé leur vie ici. Ceux qui y ont vécu nous l’ont dit, nos parents, nos grands-parents qui le tenaient de leurs grands-parents et des grands- parents de leurs grands-parents… »  

 

Certes quand la légende dépasse la réalité, c’est la légende qu’on retient mais nous ajouterons « plus encore quand la légende est belle ». L’histoire de l’amitié entre quatre roitelets d’une époque assurément très ancienne, ayant construit un temple magnifique au centre géométrique de leurs royaumes ne méritait-elle pas d’être rappelé.

 

 

 

NOTES

 

(1) Quelques histoires de trésors dans nos articles :

De l’or

R2. 84 « LE TRESOR ENGLOUTI DE LA 1ERE AMBASSADE DU ROI NARAÏ AUPRÈS DE LOUIS XIV EN 1681 ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

A 302 « LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE KANTARAWICHAI »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-302-la-legende-des-trois-bouddhas-de-kantarawichai.html

A 303  « LA LÉGENDE DES TROIS BOUDDHAS DE VIENTIANE ET UN TRÉSOR AU FOND DU MÉKONG ».

Du sel

A 300 « LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-300-la-legende-insolite-de-la-decouverte-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

« LA LÉGENDE INSOLITE DE LA DÉCOUVERTE DES VERTUS DU SEL PAR LES HABITANTS DE L’ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/la-legende-insolite-de-la-decouverte-des-vertus-du-sel-par-les-habitants-de-l-isan-nord-est-de-la-thailande.html

(2) « DES HOLLANDAIS DU WAT PA KE DE LUANG PRABANG AUX HOLLANDAIS DU TEMPLE DE THAT PHANOM EN ISAN (NORD-EST) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/06/des-hollandais-du-wat-pa-ke-de-luang-prabang-aux-hollandais-du-temple-de-that-phanom-en-isan-nord-est.html

(3) « A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

 

 

(4) https://isaanrecord.com/2016/03/29/special-isaan-folk-tales-part-six/

 

(5) C’est la phrase mythique du film de John Ford  « L’homme qui tua Liberty Valance » (The Man who shot Liberty Valance).

 

 

(6) James B. Pruess « THE THAT PHANOM CHRONICLE - A SHRINE HISTORY AND ITS INTERPRETATION » - Publication de THE CORNELL UNIVERSITY - SOUTHEAST ASIA PROGRAM  : Data Paper No. 104, Southeast Asia Program, Cornell University Ithaca, N.Y.; Cornell University, novembre 1976; 76 pp.

 

(7) Ne regardons pas ces ajouts d’un œil critique. Les occidentaux n’ont rien à leur envier : Les architectes revendiquent les grandes hauteurs réservées à des édifices à forte valeur symbolique ou de prestige. Ces bravades ont entraîné la déviation de la tour de Pise au XIIe siècle

 

 

et au siècle suivant l’effondrement du chœur de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais. L’effondrement des Twin Towers le 11 septembre 2001, symboles de l'activité des milieux d'affaires internationaux au cœur de New York, n’a guère suscité de commentaires sur le fait pourtant évident que la chute d'un gratte-ciel signifie aussi que l'architecture, même la plus audacieuse et la mieux maîtrisée au point de vue technique, n'est pas à l'abri d'un accident naturel, comme un séisme ou une inondation, ou d'un attentat.

 

 

(8) Michel Lorrillard « Par-delà Vat Phu. Données nouvelles sur l'expansion des espaces khmer et môn anciens au Laos », In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 97-98, 2010. pp. 205-270.

                        

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