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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 05:00
Un bureau de vote dans la Thaïlande profonde

Un bureau de vote dans la Thaïlande profonde

Nous avons dit quelques mots sur le système électoral issu de la loi publiée le 12 septembre 2018 mêlant un scrutin local uninominal à un tour et un scrutin proportionnel sur liste nationale (1). Ce système était destiné à lutter contre les achats de vote et prohibait le démarchage. Qu'il y ait eu des entorses c'est inévitable et évident. Mais nous n'avons pas reçu de «  visite domiciliaires  » et les militants et les agents électoraux semblent s'être contentés de la distribution de tracts dans les boites aux lettres et les passages des automobiles aux mégaphones tonitruants.

 

 

En ce qui concerne les opérations de dépouillement, dans la mesure où il y avait sauf erreur 48 listes, on voit mal comment les partis pouvaient aligner des assesseurs ou des surveillants dans 92.320 bureaux de vote ce qui aurait nécessitait quelques millions de volontaires bénévoles. Il y eut  au premier chef 39 observateurs  de 14 pays, principalement asiatiques venus d'Australie, du Bhoutan, d'Indonésie, des Maldives, de Malaisie, du Myanmar, des Philippines, du Timor oriental et du Vietnam. Il y a donc eu des incidents inévitables lors du scrutin et des opérations de dépouillement. Les observateurs de Nations Unies présents sur les lieux en ont relevé quelques-uns qui seraient en tous cas susceptibles de faire sourire les Magistrats du Tribunal administratif de B. qui sont orfèvres en la matière (2).

 

 

L’Union Européenne avait décliné l’invitation d’avoir à envoyer des observateurs. L’opposition dénonce des fraudes « massives ». Faut-il relativiser en posant la question (la poser n’est pas y répondre) si, dans les 28 provinces massivement acquises au Phueathai ce qui représente quelques dizaines de milliers de bureaux de vote, le scrutin s’est déroulé avec une parfaire loyauté ?

 

 

Une projection non encore toutefois définitivement validée par le Commission électorale donnait 51.427.890 électeurs appelés aux urnes, 35.219.621 avaient rempli leur «  devoir électoral  »  soit une participation de 68.48%. C’est une participation importante mais loin de la participation «  massive  » annoncée par les commentateurs occidentaux éclairés de Bangkok. 32.706.921 bulletins ont été validés soit 92.87%. 1.987.962 ont été invalidés soit 5.64% ce qui donnera lieu à un lourd contentieux devant la Commission. Les bulletins blancs ou nuls furent 524.722  soit  1.49%.

 

 

Les chiffres que nous vous donnons sont officieux puisque les résultats officiels ne seront proclamés que le 9 mai, Nous vous les livrons sans commentaires en nous dispensant de toutes doctes considérations de géopolitique.

 

 

EN CE QUI CONCERNE LE SCRUTIN UNINOMINAL PAR CIRCONSCRIPTIONS

 

 

Il porte sur 350 sièges, nous ne citons que les partis ayant décroché plus de 10 sièges : 

 

 

7.423.361 de voix se sont portés sur le parti Phueathai (เพื่อไทย) de Madame Sudarat Keyuraphan alter ego de Thaksin, (คุณหญิง สุดารัตน์ เกยุราพันธุ์) soit 21,08 %, lui attribuant 135 sièges.

 

 

Nous sommes loin du raz de marée annoncé sinon espéré par les commentateurs occidentaux éclairé de Bangkok étayés par des sondages qui parlaient de 43 % à quelques jours du scrutin. Une fois encore les sondages sont à mettre à la poubelle de la science politique.

 

 

7.939.837 de voix vont au parti Plangpracharat  (พงังประชารัฐ) du général Prayut (พลเอก ประยุทธ์ จันทร์โอชา), soit 22,54 %,  lui attribuant en direct  98 sièges.

 

Contrairement aux prévisions des « experts occidentaux » qui prévoyaient un balayage du général par les partis « favorables à la démocratie » (sans préciser lesquels), on peut considérer que celui-ci fait une entrée relativement honorable dans le cursus électoral en venant en tête du scrutin avec près de 8 millions de voix et 22,54 %  des électeurs. Au demeurant, définir ce qui est en Thaïlande un « parti favorable à la démocratie » est un cruel dilemme.

 

L’avantage est donc au général en chiffres mais pas en sièges.

 

 

Le parti Phumchaithai (Fierté Thaïe - ภูมิใจไทย) obtient 3.512.151 suffrages, soit  9,97  %, lui donnant 39 sièges

 

Ce parti a été  créé en 2008 par Phiphat Phromwaraporn (นายพิพัฒน์ พรมวราภรณ์) et Madame Wanpen Kwanwong (นางวันเพ็ญ ขวัญวงศ์). Son leader actuel Anutin Charnvirakul  (นายอนุทิน ชาญวีรกูล) ne  semble ne pas manifester d’hostilité au régime du général, loin de là.

 

 

Ses leaders ont fait campagne avec succès sur la libéralisation du cannabis comme complément de revenus pour les paysans ce qui explique probablement un score flatteur.

 

 

Le parti Prachathipat (ประชาธิปัตย์) gagne 29 sièges grâce à 3.512.446 électeurs soit 10,52 %.

 

C’est le « parti démocrate », le plus ancien du pays, fondé en 1946 par Khong Aphaiwong (นายควง อภัยวงศ์). C’est le parti dAbhisit Vejjajiva (อภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ) ancien premier ministre jusqu’en 2011 et responsable de la répression dans le sang des manifestations des chemises rouges à Bangkok en 2010. Il n’a jamais manifesté son hostilité au général.

 


 

Le nouveau parti Anakhotmai («  le parti du nouvel avenir  » อนาคตใหม่)  créé en mars 2018 par Thanathorn Runggrungruangkit décroche 29 sièges pour 5.871.137 voix soit 16,67  %.

 

 

Thanathorn Runggrungruangkit (ธนาธร จึงรุ่งเรืองกิจ) est un jeune et richissime homme d’affaires. Certains ont cru pouvoir le comparer à Emmanuel Macron

 

 

ou Justin Trudeau.

 

 

Il est en tous cas hostile aux militaires et a coloré son programme d’une pointe de social,   ce qui a permis à d’autres de le qualifier de populiste.
 

 

D’autres encore ont considéré qu’il était « la Thaïlande insoumise » (3).

 

 

8 députés représentant trois petits partis réalisent des scores allant de 1,30 % à 0,67 %.

 

 

EN CE QUI CONCERNE LE SCRUTIN PROPORTIONNEL DE LISTE

 

 

Il porte sur  150 sièges ; nous ne citons que les partis ayant décroché 10 sièges ou plus : 

 

 

 

Le parti Anakhotmai obtient 58 sièges.

 

Celui du général Prayut en obtient 21.

 

Le Prachathipat en obtient 21.

 

Le Phumchaithai en obtient 13.

 

Le Seriruamthai (เสรีรวมไทย)  qui n’a pas d’élus directs en obtient 11 avec 771.534 voix.

C’est le « parti libéral de Thaïlande » dont le dirigeant Seripisut Temiyawet (เสรีพิศุทธ์ เตมียาเวส) manifeste essentiellement une hostilité forcenée contre tout ce qui est militaire préconisant une baisse du  budget militaire et la mise à l’écart hors de Bangkok de toutes les unités militaires.

 

 

Le Chatthaiphatthana   (พรรคชาติไทยพัฒนา) n’a eu que 7 députés en direct mais 4 à la proportionnelle. Il est dirigé par Madame Kanjana Silpa-archa (กัญจนา ศิลปอาชา)

 

 

22 autres députés sont issus de 8 micro-partis avec des scores navigant entre 457.432 et 69.840 voix.

 

Le Phuea Thai n’en obtient aucun ce qui tient essentiellement au système électoral (1)

 

 

GÉOGRAPHIQUEMENT

 

La Thaïlande apparaît une fois encore comme un miroir brisé.

 

 

Le Phueathai domine incontestablement le nord-est sauf Khorat acquis au général – probablement par ce qu’il en est natif - et Buriram acquis au Phumchaithai.

 

Il domine également le nord-ouest sauf PhayaoMaehongson, Tak, Sukhotai, Kamphaengphet et Nakonsawan. Dans ces deux régions, le score «  Thaksin  » est plus significatif que lors du référendum.

 

Dans le centre, le général l’emporte dans la plupart des circonscriptions avec  le Phueathai et quelques-uns pour Anakhotmai qui, malgré un score flatteur, ne réussit pas à s’étendre dans tout le pays. 

 

Dans les 15 provinces du sud viscéralement hostiles au nord, l’avantage est essentiellement au Prachathipat, seules les provinces de Yala et Pattani sont phueathai, le général l'emportant à Ranong, Phuket, Satun et Phatthalung.

 

 

L’AVENIR ?

 

 

 

Le Phueathai bénéficie donc de 135 députés élus de circonscriptions. Le général en bénéficie de 119 (98 en direct et 21 par la proportionnelle). Le général n’a pas atteint le chiffre de 126 élus qui lui permettrait avec l’aide des sénateurs de maitriser l’avenir sans alliances externes. La première est manifestement dans l’incapacité d’obtenir les 376 voix qui lui permettraient d’accéder au poste de premier ministre.

 

Aucun des deux partis n’a la majorité à la chambre (250 +1).

 

L’arrivée de plusieurs millions de jeunes et de nouveaux électeurs n’a pas apporté comme le prédisaient de vertueux commentateurs occidentaux, un « sang nouveau à la démocratie thaïe ». Ont-ils choisi « le parti du nouvel avenir » devenu le troisième parti du pays avec 87 élus ? Nul ne peut le dire.

 

L’animateur charismatique du mouvement dit volontiers qu’il est « au-dessus des partis ». C’était peut-être une notion nouvelle pour les Thaïs mais depuis que nous avons l’âge de raison nous avons suffisamment vu des animateurs de partis claironner que leur parti était au-dessus des partis pour que nous devions – sous bénéfice d’inventaire évidemment – le prendre avec un léger sourire.

 

 

Les experts (?) attribuent dans l’immédiat à Madame Sudarat Keyuraphan le soutien des 11 députés du parti Seriruamthai et celui des 87 députés du parti « au-dessus des partis » soit 135 + 11 + 87 = 233 le tout assorti à une vingtaine de députés issus de petits partis ou de partis régionaux ce qui la conduit à environ 250 députés dans son giron.

 

Les mêmes experts ( ?) attribuent au général les 119 députés de son parti, 55 du Prachathipat (98 + 21), 52 du Phumchaithai (39 + 13) qui jouera probablement un rôle charnière, 11 du Chatthaiphatthana et une demi-douzaine dizaine de députés issus de petits partis ou de partis régionaux ce qui le conduirait au sein de l’Assemblée nationale à ne bénéficier que de 250 « amis ».

 

Il se pose évidemment la question de savoir si le « parti au-dessus des partis » qui a formellement répudié toute alliance avec le général va se joindre au parti de Madame Sudarat Keyuraphan.

 

Et il reste encore en suspens la décision d’une bonne vingtaine de députés issus de petits partis.

 

Ceci dit, il parait clair que le général va diriger une coalition  avec son propre parti Plangpracharat  et d’autres de taille plus modeste, notamment le Phumchaithai qui n’a jamais été hostile à la junte.

 

C’est dire que l’avenir de l’assemblée nationale se jouera comme le Congrès de Vienne dans les couloirs car il y a beaucoup de cœurs à conquérir, nous n’avons évidemment pas dit « à acheter ».

 

 

Les chiffres et les tableaux proviennent du site de la chaîne VOICE TV qui a été à diverses reprises sanctionnées par le junte par des décisions de suspension temporaires

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 306 «  ÉLECTIONS DU 24 MARS 2019 EN THAÏLANDE : POUR COMPRENDRE LE SYSTÈME ÉLECTORAL DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS, UN SYSTÈME UNIQUE AU MONDE ?  »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-306.elections-du-24-mars-2019-en-thailande-pour-comprendre-le-systeme-electoral-de-la-chambre-des-representants-un-systeme-unique

(2) Elles ont été relevées par le journal virtuel Prachathai sous le titre ouvertement  provocateur «  The most questionable election in Thai history ?  »  :

https://prachatai.com/english/node/7993?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+prachataienglish+%28Prachatai+in+English%29

 

(3) C’est tout au moins la vision d’Arnaud Dubus dans un article de Libération du 28 avril 2018.

 

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