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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 22:26

 

Cette légende de la région de Sakon Nakhon n’est probablement que le souvenir largement embelli d’un cataclysme naturel qui s’est déroulé il y a probablement un millier d’années. Nous la devons à Kermit Krueger, ce volontaire américain du Corps de la paix que nous avons déjà rencontré qui l’a recueillie auprès de ses élèves du Collège de formation des enseignants à Mahasarakham de septembre 1963 à décembre 1965 après la leur avoir fait écrire en bon anglais en guise d’exercice (1). La légende, toujours présente dans la mémoire collective, est publiée sur de très nombreux sites, tous en thaï. Ils ont le mérite, tout en donnant des versions plus ou moins divergentes de la légende, de nous donner des explications géologiques convergentes de ce fragment de l’histoire de Sakon Nakhon (2).

 

 

Il était une fois un grand prince cambodgien, Phraya Khom (พระยาขอม),

 

 

seigneur d'une grande ville du nord-est de la Thaïlande appelée Nakhon Ekkachathita (นครเอกชะทีตา).

 

 

 Elle semblerait avoir été située dans l'actuel district de Phonnakaeo  (อำเภอ โพนนาแก้ว) situé face à la ville actuelle de Sakon Nakhon sur la rive Est du grand lac.

 

 

La ville était grande et abritait des milliers d’habitants. Elle avait des temples magnifiques, de nombreuses boutiques et de grandes maisons d’habitation, toutes belles… sauf une. C’était une horrible petite masure appartenant à une vieille veuve misérable et infirme qui ne vivait que de la charité de ses voisins. Un jour toutefois, le prince lui dit «  Vieille, je veux que tu quittes cette maison, j’ai l’intention de construire un temple en cet endroit ». Elle lui répondit « Je ne peux pas déménager, je n’ai pas d’argent et je n’ai pas d’autre terrain ». Personne, hélas, ni le prince ni ses voisins, ne pensa à lui donner quelque secours pour qu’elle puisse se réinstaller ailleurs. Le prince  s‘irrita de cette réponse, il fit en sorte que nul ne puisse la secourir car il pensait « Elle va bientôt mourir. Ensuite, je pourrai démolir sa vieille baraque et construire un temple sur sa terre ».

 

 

Le prince était par ailleurs le père d’une fille superbe nommée la princesse Ai Kham (นางไอ่คำ) dont on ne savait qui elle épouserait. Les prétendants affluaient de toute la région. Le prince dit alors « seul un homme jeune et beau pourra épouser ma fille. Je vais organiser une grande fête en invitant toute la population des environs pour me permettre de choisir avec soin ».

 

 

En dessous de la ville se trouvait le royaume des nagas. Ceux-ci connaissaient la beauté de la princesse. Curieux, pour mieux connaître la cité, ils prenaient forme humaine, se promenaient dans la ville et retournaient sous terre pour raconter aux autres nagas ce qu'ils avaient vu. Un jour, l’un d’entre eux revenu dans le royaume des nagas dit à son roi : « Le roi a une très belle fille. Il souhaite la marier au plus bel homme qu’il choisira lors d'une fête qui se tiendra la semaine prochaine ».  Entendant cela, le fils du roi Thao Phangkhi Phayanak (ท้าวพังคีพญานาค  - Le prince Phangkhi, fils du roi des Nagas) se dit : « Je vais prendre la forme du plus beau jeune homme du monde et j'épouserai la princesse ».

 

 

Le soir de la fête toute la population se précipita vers le palais que ce soient les jeunes gens candidats ou simplement les curieux qui voulaient connaître celui que leur prince choisirait pour gendre. Seule, la pauvre vieille estropiée ne put venir, nul n’ayant songé à l’aider à marcher. Lorsque le jeune naga sortit de terre, il vit la foule qui se rendait au palais et pensa : « Il ne faut pas que j’arrive le dernier de peur que le prince n'ait déjà choisi quelqu'un d'autre ». Il se transforma alors en un bel écureuil blanc (krarok phueakกระรอกเผือก) capable de courir plus vite que les hommes pour arriver le premier au palais.

 

 

De sa fenêtre, la princesse le vit  courir le long du mur et dit à sa femme de chambre : « Je veux cet écureuil. Dites à un garde de l’abattre avec son arc et apportez-le-moi ». Ainsi fit un garde mais avant d’expirer l’écureuil eu le temps de murmurer une malédiction : « Celui qui mangera de ma chair ce soir mourra avant l’aube et toutes les maisons de la ville disparaîtront »

 

 

Le garde amena l'écureuil mort à la princesse qui lui dit : « Qu’il est beau ! Amenez-le donc au cuisinier et dites-lui de le faire rôtir pour que nous le mangions ce soir ». Il y avait alors grand monde au palais. Enfin, le prince et sa fille entrèrent dans la salle à manger et avant que le repas ne commence, la princesse déclara : « Ce soir, l'un de mes gardes a tué un écureuil blanc que nous avons fait cuire. Il faut toutefois que vous n’en mangiez qu’un tout petit bout pour que tout le monde puisse en profiter ». Les invités commencèrent alors à manger et la chair de l’écureuil – délicieuse - semblait miraculeusement inépuisable. Tous en eurent à satiété et toute la population put s’en régaler. Pendant ce temps à l’extérieur il commença à pleuvoir. L’orage dura plusieurs heures pendant que les invités se régalaient de la chair du petit animal. L’orage était si violent que les eaux envahirent brutalement le palais et que tous furent noyés sans avoir eu le temps de s’enfuir. L’inondation détruisit alors toute la ville, le palais, les bâtiments, les temples. À l'aube, la ville entière était noyée sous un lac … sauf une maison. C’était celle de la vieille qui n’avait pas mangé de viande d’écureuil. Elle survécut et sa modeste maison demeura, son petit terrain était devenu une île au milieu d'un immense lac.

 

 

DU MYTHE À LA RÉALITÉ

 

Un royaume khmer

 

La présence d’un royaume Khmer dans la région de Sakon Nakhon a laissé quelques traces. Si aucun vestige ne semble avoir été relevé dans le district de Phonnakaeo, par contre, le plus visible se situe au cœur de la ville actuelle construite après le cataclysme dans l’enceinte du temple Wat Phrathat Choeng Chun (วัดพระธาตุเชิงชุม) où un prasat khmer (ปราสาท) daté du 10e ou 11e siècle est partiellement abrité sous l’actuel stupa.

 

 

Sur l’un des 30 îlots qui émergent du lac Nong Han (ทะเลสาบหนองหาน), le plus grand (100 rai soit 16 hectares) - Ko  Donsawan (เกาะ  ดอนสวรรค์)  « l'île du paradis » - le très érudit gendarme danois, Erik Seidenfaden que nous avons rencontré à de nombreuses reprises a constaté sur la chapelle un soubassement en pierre qui serait selon lui celui d'un ancien sanctuaire khmer (3).

 

 

Le lac de Nong Han

 

Nong Han (หนองหาร) est le plus grand lac naturel d'eau douce du nord-est, situé au nord-est de la ville actuelle. Étendu sur plus de 18 kilomètres dans sa plus grande longueur et 7 dans sa plus grande largeur, il recouvre environ 125 kilomètres carrés (77.000 raï) et sa profondeur varie entre 2 et 10 mètres. On attribue sa création à un effondrement de la plaque tectonique consécutif aux écoulements sur une vaste couche de roche souterraine saline ayant conduit à l’apparition de cette gigantesque cavité à la suite duquel la ville d’origine fut déplacée à son endroit actuel à l’emplacement du sanctuaire de Choeng Chun qui, situé un peu en hauteur, dut échapper au cataclysme. Il est  alimenté pour l’essentiel par la rivière Nam Pung (แม่นำน้ำพุง) qui prend sa source dans les montagnes de Phuphan (ภูพาน) au sud de la ville actuelle.

 

 

La possibilité d’un cataclysme ancien

 

Les 26 et 27 juillet 2017, des orages dus à la tempête « Senka » (ลพายุ เซินกา) ....

 

 

...se sont abattus sans intermittence pendant plusieurs jours sur la région entraînant des crues qui ne purent être drainées, bloquant toute circulation pendant plusieurs jours, avec coupures de téléphone et d’électricité, blocage de l’aéroport évidemment et de nombreuses personnes bloquées sur le toit de leur habitation (4).

 

 

Il s’agissait d’une crue telle que l’on n’en avait jamais vue depuis 30 ans. Or, les hydrologues classent les crues en fonction de leur possible répétition depuis les crues annuelles, d’année en année, allant ainsi aux décennales, aux trentenaires puis aux centenaires et jusqu’aux millénaires en passant avant par les bicentenaires. Le plus bel exemple français de crue centenaire est celui de la crue de la Seine en 1910 dont la possibilité de répétition se multiplie au fil des ans mais ce ne sont que des calculs de probabilité.

 

 

En 1963, la crue de la paisible rivière Doux en Ardèche fut considérée comme millénaire.

 

 

La possibilité d’orages diluviens à une époque ancienne, peut-être il y a un peu plus de 1000 ans frise la certitude. La crue modestement trentenaire de 2017 alors que des travaux de protection étaient depuis longtemps entrepris, peut donner une idée de ce qu’aurait pu être une crue centenaire sinon millénaire. Des journées de pluies ininterrompues et la crue subséquente ont alors sapé un substrat rocheux salin, à sec dur comme du granit, le rendant glissant comme une savonnette en entraînant un effondrement de la partie supérieure du terrain avec le village qui s’y trouvait. Les parties composées de roches moins salines ont pu subsister et constituer les îles actuelles, l’une d’entre elle supportant la maison de la malheureuses vieille. Si l’effondrement a eu lieu sur toute la superficie actuelle du lac ou sur une partie seulement, il est certes impressionnant mais sur une profondeur relativement peu importante, ce n’est pas un gouffre. Les restes de la petite cité gisent probablement dans la vase du fonds du lac. L’archéologie sous-marine ou subaquatique est inconnue en Thaïlande et ne s’est répandue dans le monde que dans la seconde moitié du siècle dernier,

 

 

Les méticuleuses études qui existent en France n’existent pas pour le Siam ancien (5) et faute de sources, il n’est d’autre possibilité et de meilleur moyen pour écrire cette histoire que de raviver la mémoire collective et nous plonger dans des légendes qui mêlent le réel à l'imaginaire, en l’occurrence une leçon de charité bouddhique.

 

 

NOTES

 

(1) Le texte a été publié sur le site https://isaanrecord.com/

 

(2) Citons en particulier

https://th.wikipedia.org/wiki/หนองหานหลวง

http://www.yclsakhon.com/index.php?lay=show&ac=article&Id=539688828

http://bannakeaw.blogspot.com/2010/10/blog-post_29.html

https://sites.google.com/site/phiphat1234567/thnbdi-wrun-sri/ta-nay-hnxng-har

https://bkkseek.com/ตำนานผาแดงนางไอ่/

 

(3) Erik Seidenfaden « Complément à l'Inventaire descriptif des monuments du Cambodge pour les quatre provinces du Siam Oriental »   In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient, tome 22, 1922. pp. 55-99.

 

(4) En dehors de nos souvenirs, voir un compte rendu dans la presse locale

https://www.thairath.co.th/content/1019010

 

 

(5) « Les inondations en France depuis le VIe siècle jusqu’à nos jours » par Maurice Champion en 1862, sur la base de documents d’archives il décrit méticuleusement en 6 volumes l’histoire des débordements des cours d’eau français depuis l’année 563. Les années postérieures appartiennent à l’histoire contemporaine ou à l’actualité.

 

 

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