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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 22:12
Extension présumée sur les deux rives du Mékong

Extension présumée sur les deux rives du Mékong

Le royaume de Gotapura (อาณาจักรโคตปุรา - anachak  khotpura) peut-être d’origine Mône-Dvaravati - bien que certains érudits contestent cette assimilation au Dvaravati -  se serait étendu  entre le 8e et le 11e ou 12e siècle sur les deux rives du Mékong, essentiellement loin vers l’ouest là où se situe actuellement l’Isan et très partiellement sur la rive gauche le long du Mékong, sur une bande s’étendant depuis l’actuel district de Thakhek (ท่าแขก) dans la province de Khammouane (คำม่วน) face à Nakonphanom à l’embouchure de la rivière Sebangfai (เซบั้งไฟ)  jusqu’à la province de Savanakhet (สุวรรณเขต), située face à Mukdahan un centaine de kilomètres plus au sud.

 

Le Mékong n’est devenu frontière politique que par les vertus de la colonisation et du traité franco-siamois de 1893. L’implantation sur ses rives de population sur l’origine desquelles nous reviendront tient de toute évidence au fait que le Mékong, qui sépare politiquement sur 800 kilomètres ce qui fut l'Indochine française du royaume de Siam, donne avec ses affluents la vie comme le Nil à l'Egypte.  Il fertilise par ses alluvions, nourrit de son poisson, assure le transport de ses radeaux et de ses pirogues du nord au sud. La partie de voie liquide est ici privilégiée puisque en amont ou en aval la nature a accumulé les obstacles, coupée de rapides nombreux et barrée de chutes. La découverte de la navigation sur le fleuve par les pionniers français a été coûteuse en vie humaine. Ici il coule paisible vers Savannakhet entre des berges basses sablonneuses ou recouvertes d'une végétation luxuriante. Sa largeur varie selon les saisons de 1000 à 1500 mètres et la traversée y est  sans dangers alors qu’en aval de Savannakhet s'étendent toute une succession de rapides sur une longueur d'environ 160 kilomètres, ce sont les chutes de Khemmarat (เขมราฐ). Nombre de pécheurs locaux ont payé leur audace de leur vie.

 

Ces cartes postales du début du siècle dernier nous ont été communiquées par  Philippe DRILLIEN  (Association Internationale des Collectionneurs de Timbres-poste du Laos). Nous l'en remercions.

 

 

 

 

La configuration géographique et les nombreux biefs du Mékong séparés par des rapides difficilement franchissables est quasiment impossible à traverser expliquant ainsi  que tous les royaumes riverains étaient étrangers les uns aux autres et que la fusion fut longtemps impossible de groupements de populations de même race et de même langue, dont les frontières se touchaient, qui étaient de véritables terres saintes du bouddhisme possédant les sanctuaires les plus vénérés.

 

Pouvait-on d’ailleurs parler de « royaumes » ?

 

Les entités politiques apparues au cours de la période du royaume de Gotapura sont généralement appelées ainsi. Il serait plus juste de les décrire comme des mandalas (มณฑล) des sphères d'influence importantes ou réduites, fondées non pas sur des frontières territoriales mais plutôt sur des réseaux personnels édifiés autour des présumés pouvoirs sacrés de chaque roi. Ceux du roi de Gotapura furent consacrés par Bouddha lui-même ce qui explique sa prééminence spirituelle et probablement politique.

 

 

C’est une grande mandala connue sous le nom de Dvaravati et non un véritable État-nation qui est ou serait apparu entre les 6e et 11e siècles dans la péninsule.

 

 

C’est la colonisation qui a introduit dans ces pays, peut-être pour leur malheur, cette notion d’État-Nation que nous tenons des préteurs et des jurisconsultes romains qui en avaient fait un bloc de granit.

 

 

Il faut par ailleurs faire abstraction des limites politiques actuelles et situer ce royaume dans l'ensemble de la péninsule indochinoise, le fleuve frontière n'ayant jamais constitué une barrière véritable. Le Laotien de la rive gauche et le Siamois de la rive droite se ressemblent comme des frères. Là se situait ce royaume de Gotapura qui n’appartient pas plus à l’histoire du Siam qu’à celle du Laos. Ignoré des premiers érudits français qui ont écrit au XIXe et au début du XXe siècle, l’histoire de la péninsule, son existence pourtant, quel que soit le nom qu’on lui donne, est une certitude.  

 

 

Par-delà l’histoire officielle, il en est une autre qui fait remonter la fondation de ce royaume bien avant notre ère, à l’époque de Bouddha. C’est celle qui nous intéresse.

                   

Quelles sont donc nos sources ? Il existe des Annales des divers royaumes lao du bassin du Mékong appuyées par des textes précis qui mentionnent des événements ne commençant guère avant le quatorzième siècle de notre ère, 1316, date de la naissance de Phrachao Fa-ngum (พระเจ้าฟ้างุ้ม) et la création du premier royaume lao du Lan-Chang (ลานช้าง) en 1353 qui recouvrait partie de l’actuel nord-est de la Thaïlande ;

 

 

Avant les sources connues sont inexistantes. L’invasion de Vientiane par les Siamois en 1828 et sa mise à sac a entraîné la destruction par le feu de toutes les archives qui pouvaient s’y trouver. Les historiens du Laos ne conservent qu’une longue liste de noms de chefs indigènes en un tortueux et inextricable dédale. Pour la période antérieure, celle qui nous intéresse, ne subsistent qu'un petit nombre de traditions et de légendes pour établir quelques faits historiques et tenter de les relier entre eux. Les chroniques des pays voisins, thaïes essentiellement, sont obscures et fabuleuses comme nous n’allons pas tarder à le voir. Les sources françaises sont inexistantes. La seule source anglaise – tout au moins que nous connaissions – est la Chronique de That Phanom traduction en anglais en 1976 par un universitaire américain, James B. Pruess, d’une chronique rédigée en thaï contemporain et publiée en 1947 par l’Abbé du temple Phrathep Ratanamoli sur la base de documents légendaires ou historiques, plusieurs manuscrits sur feuilles de latanier qui ne dateraient que du XVIIe siècle et dont l’antiquité est contestée (1). Elle a fait l’objet d’une bonne analyse  de Hiram W. Woodward Jr. dans le Journal de la Siam Society de 1977 (2).

 

 

Toutes les autres sources sont exclusivement en thaï : Deux articles en thaï de Wikipédia sont précieux car ils donnent de multiples références à de nombreuses études de divers érudits lao ou thaïs toutes récentes (3). 

 

 

L'ORIGINE DU NOM DU ROYAUME

 

Nous trouvons plusieurs transcriptions, Khotabun (โคตรบูร), Khotaburi (โคตรบูรี), Khotabong (โคดตะบอง) ou Gotapura (Khotapuraโคตะปุระ) le plus souvent précédée du préfixe sanscrit« sri » (ศรี) qui indiquent la sainteté. Le mot Khota en sanscrit signifie l'Est et Pura, une cité. C'est donc « la ville à l'est »... mais à l'est de quoi ? Faut-il y voir un symbole puisque le soleil se lève à l'est ?

Une autre possibilité qui nous semble plus sérieuse compte tenu de la légende qui s’attache à la formation du royaume, elle est tout simplement une référence au nom de Bouddha (Gautamaโคตมะ khotama) qui est venu prêcher la bonne parole sur les rives du Mékong ? Quant au « Pura » il est à l'origine du suffixe thaï bun ou buri (บุร - บุรี) qui signifie « la cité » (จันทราบุรี se prononce Chantabun ou Chantaburi). L'orthographe dans les anciennes écritures thaïes n'est pas une science exacte puisque on trouve diverses transcriptions dans l'épigraphie (บอง  บุน บูน ปุน ปูน บุระ บูระ ปุระ และ ปูระ). Nous utilisons la transcription Gotapura, bonne ou mauvaise que choisit James B. Pruess.

 

 

D’OÚ VENAIENT CES THAÏS-LAO DU MÉKONG ?

 

Les hypothèses toutes plus érudites les unes que les autres sont nombreuses. On ne peut les citer que sous bénéfice d’inventaire. La genèse de l'établissement des Thaïs dans la vallée du Mékong est infiniment obscure, les documents faisant complètement défaut si l'on néglige les légendes en vérité charmantes de verve et de naïveté, mais ne présentant aucune garantie d'authenticité ni même, le plus souvent, de vraisemblance. Le conte merveilleux de la courge de Dien-Bien-Phu a fort amusée, à défaut de la convaincre, Paul Le Boulanger qui se plaît à le résumer en 1930 (4). On les fait toutefois descendre des montagnes du Yunnan après l'annexion de leur pays (le Nan-Tchao) à l'empire mongol au XIIIe siècle ? Ils y fondèrent tout au long du fleuve des principautés souvent rivales entre elles mais plus ou moins unies dans cette sorte de Mandala. Notre royaume de Gotapura a probablement des liens avec celui de Say-Fong (ยุคซายฟอง) dont la civilisation pré bouddhiste fut découverte en 1920 par Maspero ce qui nous mène sur les rives même du Mékong au sud de Vientiane. Ils auraient ensuite débordé sur les deux rives du fleuve en aval jusqu'à Mukdahan et Savanakhet. Des mystères restent encore ensevelis sous la jungle dans les ruines de l’ancienne cité de Khadotabong (เมืองร้างสีโคดตะบอง) située sur le rive gauche à 15 kilomètres de l’embouchure de la rivière Se Bangfai (เซบั้งไฟ) face à That  Phanom.

 

 

Il y a de singulières similitudes en tous cas entre la Chronique de Say-Fong traduite par Maspero et celle de That Phanom tous deux débutants par la visite en ces lieux de Bouddha et de son disciple Ananda (5) ?

 

Plan de l'ancienne cité découverte par Maspéro  en  1902  sur les rives du Mékong au sud de Vientiane :

 

 

RELIGION ET CROYANCES

 

Le royaume pratiquait le bouddhisme Théravada imprégné de brahmanisme-hindouisme. En dehors du temple de Phra That Phanom qui était le symbole du royaume et de celui de Phra That Ing Hang à quelques kilomètres ...

 

 

...qui l’était probablement tout autant, la construction de temples où nos érudits retrouvent la même origine établit l’étendue géographique du royaume ou plutôt de la Mandala : nous les trouvons sur la rive droite dans les provinces de Nongkhai, de Sakonnakhon, de Kalasin, de Khonkaen, de Mahasarakham, de Chayaphum, de Roiet, sur la rive gauche à Vientiane, à Khammouan, à Savannakhet  et au sud jusqu’à Saravan. Cette extension géographique de Nongkhai à Salavan, du nord-ouest au sud-est représente 450 kilomètres et de Chayaphum à Nakonphanom, du sud-ouest au nord-est, il y en a 350. Cette aire géographique est étendue certes mais ne correspond pas à ce que l’on peut savoir de celle du Dvaravati centré autour de la Chaopraya et non du Mékong. Les sources érudites dans lesquelles ont plongé les auteurs de la notice de Wikipédia donnent une liste détaillée de tous ces stupas ou de tous ces temples auxquels ils attribuent la participation d’une origine commune. Il faut naturellement ne pas oublier les saintes empreintes laissées par Bouddha lors de son passage dans la région, elles sont innombrables ainsi que les statues de Bouddha en général debout ou couché. Là encore Wikipédia en donne une liste surabondante. Nous ne sommes pas un guide touristique et les amateurs pourront s’y reporter. Une caractéristique majeure est enfin l'érection des bai sema (ใบเสมา) que l'on trouve par centaines dans cette région et auxquelles nous avons consacré un article (6).

 

 

LA VISITE DE BOUDDHA GOTAMA ET DE SON DISCIPLE ANANDA DANS LE ROYAUME DE SRI GOTAPURA

 

L’histoire commence avec la visite de Bouddha Gotama et de son disciple Ananda (อนันดา) dans la région.
 

 

La destination de ce voyage aéroporté est la colline de Phu Kamphra située dans le royaume de Sri Gotapura sur  le site du futur sanctuaire de That Phanom. Autrefois, cette colline avait déjà été dépositaire des reliques des bouddhas Kakusandha (พระกกุสันธ),

 

 

Konagamana (พระโกนาคมน)

 

 

et Kassapa (พระกัสสป) ...

 

 

....  qui avaient précédé Bouddha Gotama et dont l’existence est beaucoup plus mythique que la sienne !

 

Celui-ci vivait heureux dans son monastère de Jetavana (เชตวัน) actuellement aux Indes. Pensant aux trois Bouddhas qui l’avaient précédé et qui avaient atteint l’éveil, le nibbana, avant lui (12) il décida de se rendre là où ils avaient laissé leurs traces (13) dans le royaume de Sri Gotapura. Il prit son bol à aumônes et fila vers l’est dans son voyage aérien suivi d’Ananda (14). Ils firent étape dans un village que James B. Pruess situe aux environs de l’actuelle Vientiane. Peut-être s’agissait-il de la cité de Say-Fong (5) ?

 

 

Un mauvais présage, un crocodile qui tire la langue, permit à Bouddha d’expliquer à Ananda que le malheur va se répandre dans cette région où s’établira un royaume dont le comportement des habitants, violents et querelleurs leur fera connaître un déclin de 5.000 ans.

 

 

Après quelques péripéties, ils se dirigèrent vers le royaume de Sri Gotapura  dont la capitale était alors à Nakhonphanom, et dont le seigneur avait été ordonné moine à l’époque du Bouddha Kassapa. Celui-ci pour le remercier de sa visite lui demanda de laisser son empreinte. De là ils se dirigèrent vers Phu Kampra, où ils reçurent la visite et la bénédiction du Dieu Indra (อินทร์) et de tout le panthéon de la mythologie hindouiste

 

 

 

 

LANGAGE ET ÉCRITURE

 

Seule l’épigraphie peut nous éclairer puisque les manuscrits utilisés par le rédacteur d’origine de la chronique sont tardifs (XVIe ou XVIIe siècle) et probablement rédigés en pali. Le royaume utilisait l’alphabet Palawa (อักษรปัลลวะ), écriture développée sous la dynastie des Pallava dans l'Inde du Sud autour du 6e siècle après J.C, probablement venue avec les premiers missionnaires Bouddhistes. Nous en avons dit quelques mots à propos des pierres sacrées (6).  On la retrouve des deux côtés du Mékong. Les vestiges épigraphiques de That Phanom dégagés après l’effondrement de 1975 ont fait l’objet d’une étude méticuleuse de Michel Lorillard consacrée aux temples de la moyenne vallée du Mékong (7). L’étude de cette épigraphie donne lieu à de doctes discussions de spécialistes dont le niveau nous dépasse.

 

 

L’HISTOIRE DU ROYAUME

 

Elle est évidemment nébuleuse. La région a été occupée dès l’époque préhistorique, au vu des vestiges nombreux datés de l’âge du bronze et du fer. Une ville-état mône aurait été située à Nakonphanom au 3e siècle de notre ère. Ce royaume aurait perduré du 8e au 13e et aurait été basé sur la rive ouest du Mékong face à l’embouchure de la rivière Se Bangfai. Ce que nous en savons résulte au premier chef de la Chronique du temple qui ne contredit nullement les légendes encore présentes dans la mémoire collective telles que nous vous les avons rapportées sur la  création du temple proprement dit (8) que  et la disparition sous les eaux d’une vaste cité à la suite d’un cataclysme météorologique (9). Il est vraisemblable qu’exista sur la rive droite sur une colline appelée Phu Kampra, la colline orpheline (ภูกำพร้า) probablement parce qu’elle était isolée, un très ancien lieu d’un culte probablement pré-bouddhiste dont nous ignorons tout et dont s’emparèrent ensuite les bouddhistes. C’est probablement là où se situe l’actuel That Phanom.

 

Lorsqu’on visite le site aujourd’hui où des centaines de dévots se pressent tous les jours et des dizaines de milliers lors des grandes cérémonies annuelles (10), il est difficile, en faisant abstraction de nos réflexes cartésiens, de ne pas y voir un de ces lieux dont Barrès disait qu’il y souffle l’esprit… siège de l’émotion religieuse. Son histoire (légendaire) l’explique et explique celle de l’essor du royaume (11).

 

 

Ils allèrent ensuite vers l’Est pour s’abriter au pied d‘un tamarinier ...

 

 

à l’endroit probablement où se situe, sur l’autre rive du Mékong à l’Est de Savannakhet, le Phra That Ing Hang (พระธาตุอิงฮัง) qui est assurément le jumeau du Phra That Phanom. Tous deux vont constituer pendant des siècles le siège spirituel et mystique du royaume.

 

 

Le seigneur local était un pieu bouddhiste qui invita Bouddha à venir recevoir l’aumône en son palais. Bouddha retourna au pied de son tamarinier puis ensuite à Phu Kamphra. Lorsqu’il y parvint, il s'adressa à Indra pour lui demander « pour quelle raison suis-je revenu ici pour passer une nuit ? » Le Dieu répondit : « Vous êtes venus ici à cause des trois précédents bouddhas, Kakusandha, Konakamana et Kassapa. Après le décès de ces trois bouddhas, les saints hommes ont déposé leurs reliques pour qu’elles y soient enchâssées et servent d'objets de vénération à toutes les générations et à tous les Bouddhas futurs ».

 

 

Bouddha prophétisa alors à Ananda : « Le dirigeant de Sri Gotapura renaîtra dans une principauté située à l'ouest de Sri Gotapura qui portera désormais  le nom de Marukkha-Nagara » (que nous traduisons,  bien ou mal, par le pays de la forêt) (15). Le maître continua « Après ma mort, il deviendra le plus important des rois de la région et jettera les bases de la religion bouddhiste à Roietpratu (ร้อยเอ็ดประตู) qui est présentement en déclin (16). Dès lors la religion bouddhiste prospérera comme si Bouddha lui-même était toujours en vie…. Il enchâssera la relique d’un os de ma poitrine ici à Phu Kamphra et reviendra ensuite régner à Roietpratu pour y faire  prospérer la religion du Bouddha jusqu’à la fin des temps ».

 

 

Bouddha se rendit ensuite à Nonghanluang (หนองหานหลวง), au bord de la rivière Maenampung (แม่นำน้ำพุง). Ce sont des lieux que nous connaissons (9). Il fut accueilli par le seigneur des lieux et y laissa une empreinte.

 

 

Il s’y trouvait déjà les empreintes des trois autres Bouddhas. Il y prédit un  avenir radieux au royaume et à ses habitants tant qu’ils vénéreraient la foi bouddhiste. Le seigneur construisit alors le Phrathat Choeng Chun (วัดพระธาตุเชิงชุม) où se trouve encore la sainte empreinte. C’est de là encore que Bouddha demanda qu’après sa mort un os de sa poitrine soit ramené à Phu Kamphra. Bouddha se rendit encore dans une montagne que James B. Pruess pense être celle de Phuphan (ภูพาน). Après quelques autres (longues) péripéties, Bouddha retourna dans son monastère de Jetavana où il atteignit le nirvana après avoir confié à Ananda la répartition future de ses reliques et souvenirs matériels.

 

 

 

LE RETOUR AUX INDES, LA MORT DE BOUDDHA ET LA RÉPARTITION DES RELIQUES

 

Nous avons déjà dit quelques mots sur les reliques de Bouddha (Cf. 17).

 

Les déclarations et prophéties précédentes ne sont pas contradictoires avec ce que l’on sait de la vie terrestre de Bouddha qui résulte probablement d’une tradition orale relatée dans le canonique Maha-Parinibbana Suttanta (มหาปารมิตาสูตร) qui n’apparut sous forme écrite que plusieurs siècles après la disparition du maître. Nous y trouvons le récit du « grand départ » et de la division de ses restes (18).

 

 

La construction des premiers reliquaires débuta non pas à That Phanom mais à Nonghanluang (หนองหานหลวง) et Nonghannoi (หนองหานน้อย), lieu de la future cité engloutie (9) ce qui nous apprend que le royaume était déjà étendu à plus de 70 kilomètres à l’ouest de sa capitale. C’est là que Phra Maha Kassapa (พระมหากัสสปะ), l’un des disciples du maître accompagné de 500 saints hommes a amené une relique corporelles de Bouddha, un os du sternum, laquelle fut ultérieurement divisée et conduite à Phu Kampra. La décision de l’emplacement des reliques se fit en accord avec plusieurs monarques qui participèrent collectivement à la construction du reliquaire et y enfouirent de fabuleux trésors. Nous leur avons consacré deux articles (19). Nous retrouvons peu ou prou la tradition orale présente encore dans la mémoire collective (8).

 

 

 

Lorsque le reliquaire fut terminé et la relique enchâssée, les divinités célestes conduites par Indra descendirent du ciel pour vénérer la relique. Plusieurs d’entre elles l’ornèrent de sculptures représentant la célébration. Indra rappela aux divinités -il y avait 100.000 divinités majeures et 300.000 divinités secondaires présentes- que le Phraya de Sri Gotapura avait observé les préceptes de Bouddha et devrait renaître pendant 5000 ans encore pour régner sur cette principauté sur les deux rives du fleuve et que cette principauté serait riche et prospère. Elle est désormais bénie du ciel. De nombreux miracles se produisirent autour du sanctuaire, que la Chronique ne manque pas de relater.

 

 

 

 

Une  catastrophe survint, (une épidémie) qui fit partir une partie de la population  en un lieu appelé « la forêt ».  Peut-être faut-il y voir une implantation sur la rive gauche du Mékong, là où se trouve le stupa de Hing-Hang dans la région de Savannakhet, jumeau de celui de That Phanom situé dans une cité-royaume appelée Marukh-nakhon  « la ville dans la forêt » ?

 

A une époque encore indéterminée, des troubles éclatèrent dans la région de Roiet, révoltes de diverses cités tributaires, qui conduisirent une partie de la population à émigrer en un lieu proche ou à l’emplacement de Nongkhai. Nous apprendrons que cette nouvelle cité et celle proche de Vientiane conservent des liens étroits, probablement de tributaires puisqu’ils payent des redevances au royaume de Marukkha-nagara tout comme le font les  souverains de Roiet. L’Abbé auteur des chroniques fait en effet référence à d’anciennes chroniques du Laos. Nous avons quelques précisions au moins partielle sur l’étendue du royaume à une date qui reste floue, tout au long de 300 kilomètres sur les deux rives du Mékong depuis Nongkhai  et Bungkan, la région de Paksane  (ปากซัน) qui lui fait face sur l’autre rive du Mékong et Thakhaek (ท่าแขก) également sur la rive gauche face à Nakhonphanom. Ce développement est conforme aux prophéties de Bouddha.

 

 

 

LA PREMIÈRE RESTAURATION DU TEMPLE

 

 

Il y eut ensuite une période de déclin dont nous ignorons à la fois la date et les raisons (Guerres,  épidémies ?). Toujours est-il que cinq monarques, réincarnations des cinq rois qui avaient construit le temple, entreprirent sa première restauration. Le monarque qui les dirigeait, les autres étant vraisemblablement ses vassaux, était lui-même la réincarnation de celui qui avait fait l’aumône à Bouddha sur les lieux du That Phanom.

 

Il se souvint que Bouddha après avoir reçu l’aumône, s’était reposé à l’ombre d’un tamarinier de l’autre côté du Mékong . Retrouvant les lieux avec émotion, il ordonna la construction d'un reliquaire de forme exactement semblable à celui qui abritait la relique à That Phanom. Ce fut fait avec une division de la relique initiale. Telle est l’origine du reliquaire de Hing-Hang (พระธาตุอิงฮัง) « la construction du repos ».

 

 

Nous en ignorons la date, pour Michel  Lorrillard, elle est pré-khmère (7). Nous savons que ce monarque régna de longues années sur Roiet. Nous allons enfin avoir une précision de dates puisqu’il aurait ordonné la rédaction des Chroniques entre 274 et 236 avant Jésus-Christ ce qui le met contemporain du Roi Ashoka  qui ordonna la diffusion du Bouddhisme dans les pays de l’est de l’Inde. Trois autres rois, tous fervents bouddhistes, lui succédèrent.

 

 

C’est alors que, pour le malheur du royaume, 500 ans environ après la mort de Bouddha, un monarque impie monta sur le trône. Il ne respectait aucun des enseignements de Bouddha et était indigne de ses prédécesseurs. La ville tomba en ruines et sa capitale, située à quelques kilomètres de That Phanom fut envahie par la jungle.

 

 

APRÈS LA DISPARITION DU ROYAUME

 

La Chronique nous fait faire un saut fulgurant de 15 siècles dans le temps. Le territoire tombe sous le contrôle du Royaume de Lan-Chang. Nous ne saurons pas ce qu’il en advint lors de la montée en puissance des Khmers. Aux environs des années 1550-1590, l’un des souverains épouse une princesse du pays de That Phanom venue d’Angkor qui lui fit connaître la chronique. Pieux bouddhiste lui aussi, il alla vénérer la relique et réparer le reliquaire. Les principautés du Laos sont alors les puissances dominantes de la région, les pèlerinages royaux se multiplient accompagnées de travaux d’amélioration au sanctuaire.

 

 

Sous le règne du Roi Rama V  le Siam contrôla la région et y créa un nouvel ordre socio-politique pour incorporer les principautés lao à l'état émergent du Siam. Dans le même temps, le sanctuaire qui symbolise l’ancienne gloire tombée à l’abandon d’un royaume et sa ruine au cours des siècles précédents fut restauré. Nous connaissons les dates précises de deux restaurations successives, 1614 et 1692. En 1901, le sanctuaire était à nouveau en ruines et fut à nouveau restauré et plusieurs fois encore jusqu’à son effondrement et sa reconstruction.

 

 

Sous le règne du Roi Rama V  le Siam contrôla la région et y créa un nouvel ordre socio-politique pour incorporer les principautés lao à l'état émergent du Siam. Dans le même temps, le sanctuaire qui symbolise l’ancienne gloire tombée à l’abandon d’un royaume et sa ruine au cours des siècles précédents fut restauré. Nous connaissons les dates précises de deux restaurations successives, 1614 et 1692. En 1901, le sanctuaire était à nouveau en ruines et fut à nouveau restauré et plusieurs fois encore jusqu’à son effondrement et sa reconstruction.

 

Ces cartes postales nous donnent une bonne vision du That Ing Hang au début du siècle dernier, nous les devons à l’article de Madame Dominique GEAY-DRILLIEN « Les CPA nous parlent - Cartes postales du That In Hang » publié dans le numéro du second trimestre 2019 de Philao, le bulletin de l’ Association Internationale des Collectionneurs de Timbres-poste du Laos dont elle est présidente. Nous les publions avec son autorisation et celle de Philippe DRILLIEN son époux chargé des relations publiques au sein de l’association. Nous les en remercions.

 

Vue générale :

 

 

Les  divinités hindouistes   :

 

 

 

 

 

L’état en 2009 (photographie de Michel Lorillard) :

 

Certes, il n’existe aucune documentation historique qui permette de croire que Bouddha Gotama ait réellement voyagé de son vivant dans la région ; La source de cette croyance n'est pas l'histoire au sens de ce qui s'est réellement passé dans le passé, mais bien les mythes qui suggèrent ce qui aurait dû s’y passer. Mais il est possible aussi que des événements passés aient laissé une trace de preuves dans leur sillage, généralement incarnée sous forme de mythes et de légendes.

 

Telle est la légende de la venue de Bouddha, peut-être conserve-t-elle le lointain souvenir de la première colonisation du pays par des conquérants de religion brahmanique ou védique venus du sous-continent indien à partir du IIe millénaire avant J.-C. en suivant les cours d’eau, source de vie, qui en cette région se déplacent vers le sud-est.

 

 

C’est une hypothèse qu’envisage Maspero sans l’exclure (5).

 

 

NOTES

 

(1) « The That Phanom chronicle – A shrine history and its interpretation », une publication de Cornell University de New-York en 1976.

 

(2) « Review Article: Two Shrine Chronicle Translations », Journal of the Siam  Society,  1977,  volume 65 – 2.

 

 

(3) https://th.wikipedia.org/wiki/อาณาจักรโคตรบูร  et https://th.wikipedia.org/wiki/อำเภอธาตุพนม

 

(4) Paul Le Boulanger « Histoire du Laos français ».

Sur cette belle légende, voir notre article 11 « Origines des Thaïs ? Une courge de Dien-Bien-Phu ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-origines-des-thais-une-courge-de-dien-bien-phu-97767868.html

 

(5) G. Maspero « Say-fong, une ville morte » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 3, 1903. pp. 1-17.

 

(6) Nous avons consacré un article à ces pierres sacrées qui sont essentiellement spécifiques à l'Isan et dont l’attribution au Dvaravati reste aléatoire : A 213 « LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html

 

(7) Michel  Lorrillard  « Par-delà Vat Phu. Données nouvelles sur l'expansion des espaces khmer et môn anciens au Laos »  In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, tome 97-98, 2010. pp. 205-270.

 

(8) Voir notre article  A 307  « ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม  - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS ».

http://www.alainbernardenthailande.com/preview/a23aa4e5f27f685a88cb04a3f78f6c2e8a3efdc2

 

(9) Voir notre article A 310 – « NAKHON EKKACHATHITA, LA CITÉ KHMÈRE ENGLOUTIE DANS LE GRAND LAC DE SAKON NAKHON, MYTHE OU RÉALITÉ »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-309-nakhon-ekkachathita-la-cite-khmere-engloutie-dans-le-grand-lac-de-sakon-nakhon-mythe-ou-realite.html

 

(10) Les sept jours du festival annuel qui se tient fin janvier ou début février.

 

(11) Voir l’article de James B. Pruess «  MERIT~SEEKING IN PUBLIC: BUDDHIST

PILGRIMAGE IN NORTHEASTERN THAILAND » in Journal de la Siam Society, n° 64-1 de 1976.

 

(12) La Chronique utilise le terme de นิพพาน généralement transcrit par nibbana qui est pali, le terme nirvana (นิรฺวาณ) est sanscrit.

 

(13) Bien que vingt-quatre Bouddhas aient précédé Bouddha Gotama, les canons bouddhistes theravadas font essentiellement référence aux trois précédents.

 

(14) Cette croyance en la possibilité de Bouddha de se déplacer par la voie des airs doit-elle nous étonner ? Le don de l’ubiquité est un privilège de la divinité. Il en est de nombreux exemples dans la mythologie gréco-romaine. L’hagiographie catholique  connaît de nombreux saints qui en étaient doté, le plus bel exemple étant celui de Saint Antoine de Padoue. La présence réelle  appartient à la théologie catholique selon laquelle Jésus-Christ est substantiellement présent dans l'eucharistie sous les apparences du pain et du vin après la consécration des offrandes du pain et du vin pendant la messe. Sa présence n’est donc pas symbolique ou métaphorique. Citons aussi la croyance au Père  Noël, de combien d’enfants dans le monde ?

 

(15)  La linguistique vient-elle à notre secours ? Marukh-nakhon  dans des textes  laos, Marukkha-nagara dans des textes thaïs  (มรุกขนคร – มฤคนคร) ? Maruka est un mot pali et qui viendrait de rukkha (รุกข)  qui est un arbre (sacré ?). Ma (มะ) est un préfixe que le thaï place avant le nom d’un arbre ou d'une plante. En thaï contemporain nakhon (นคร) est une ville. Le mot est d’origine sanscrit-pali. Le dictionnaire de l’Académie royale admet deux prononciations, nakhon ou nakhara (นะคอน  - นะคะระ). Marukh-nakhon  signifierait donc « la ville dans la forêt » ?

 

(16) Roietpratu signifie cent-unes portes. L’histoire évidemment légendaire de la ville veut qu’à l’époque de sa splendeur son enceinte comportait cent-unes portes. Une hyperbole peut-être mais qui établit que son importance était alors considérable. Aujourd’hui, on ne parle plus que de Roiet.

 

(17) Voir notre article A 253 -  « DES RELIQUES DE BUDDHA ET DE LEUR BON USAGE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-253-des-reliques-de-buddha-et-de-leur-bon-usage.html

 

(18) Les livres sacrés du Bouddhisme traduits du pali ont fait l’objet d’une traduction en 50 volumes de plusieurs érudits anglais dans les années 1880 : « The sacred books of the east », volume XI, 1881, traduction de T.W. Rhys-Davids (pages 1-62) passe pour donner la traduction la plus érudite.

 

(19) Voir nos deux articles :

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

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