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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 22:02

 

L’épopée du Ramakian souvent transcrit Ramakien (รามเกียรติ์ l‘honneur de Rama) est surtout connue pour les 178 peintures murales dans le cloître du temple du Grand Palais à Bangkok. Elles furent réalisées sur ordre du roi Rama Ier après son couronnement comme premier roi de la dynastie Chakri. Il fit peindre les scènes sur la base de l’histoire du Ramakian qu’il avait lui-même composée ou fait composer à partir de 1782. Elles illustrent l’épopée et les multiples avatars de Phra Narai (พระนารายณ์). Les scènes sont numérotées et assorties de courtes explications en thaï données en bas des peintures.

 

 

Cette épopée siamoise tire son origine, quoiqu’elle en diffère quelque peu, d’une épopée hindoue, le Ramayana (รามายณะ), composée en sanskrit par un rhapsode, Valmiki, il y a plus de 2000 ans (1).

 

 

 

LE RAMAYANA

 

 

Valmiki que certains considèrent comme un Homère indien inspiré par les Dieux a écrit cette épopée dont le héros est Rama, composée en 24.000 vers de 16 syllabes. Découvert par des érudits anglais, le Ramayana fut traduit en 3 volumes en 1806 à Serampore par Carley et Marscheman et la même année en allemand par Schoebel. L’abbé Gaspard Gorresio le traduisit dans la langue de Dante entre 1844 à 1849 dont l’impression en dix volumes fut effectuée aux frais du roi Charles-Albert de Sardaigne par notre Imprimerie impériale (« Ramayana, poema sanscrito du Valmiki »).

Il en fut récompensé par l’attribution de la première chaire de sanskrit créée en Italie. Il y avait même eu une traduction en latin de Schlegel entre 1820 et 1826. Après de très partielles traductions de quelques épisodes, la première traduction française fut celle de Valentin Parisot dont le premier tome fut publié en 1853.

Une autre traduction d’un autre érudit, Hippolyte Fauché vit son premier des neuf volumes publié entre 1854 et 1858.

Il n’est pas certain qu’il y en ait eu beaucoup d’autres, vu que le nombre d’érudits susceptibles de lire et de traduire un texte en sanskrit archaïque devait se compter sur les doigts des deux mains. Ce sont le plus souvent des éditions de bibliophilie tirées sur grand papier somptueusement reliées et illustrés par exemple celle d’Alfred Roussel en trois épais volumes en 1931 (2).

 

 

Il en est de plus récentes.

 

 

L’enthousiasme lyrique de Victor de Laprade rejoint celui de Michelet qui s’écrit avec emphase « L'année 1863 me restera chère et bénie. C'est la première où j'ai pu lire le grand poème sacré de l'Inde, le divin Râmâyana » (3) nous interpelle : Que faut-il en penser ? 

 

Il est certain qu’à cette époque de nombreux érudits se sont épris de l’Inde avec une admiration hyperbolique (4). Pour ces savants, le poème du  Ramayana est l’un des plus beaux de la littérature sanskrite. Il faut bien dire qu’ils trouvent dans la littérature orientale des beautés qui ne sont souvent perceptibles qu’à eux seuls, tous mettant le rhapsode hindou bien au-dessus du rhapsode grec Homère.

 

 

Prendre une longue vue pour regarder les choses de la terre n’en fait pas des étoiles. S’il faut rendre un hommage appuyé aux érudits qui se sont livrés à ce travail cyclopéen de traduction, il nous faut avoir une vision plus sereine de l’œuvre d’origine, un poème mythologique vaste et confus qui manque de ce qui constitue une épopée chez les peuples qui possèdent la notion de l’ordre et de la liberté. Tout ce que nous avons discerné d’une lecture attentive des deux traductions susvisées est que Rama est une mystique incarnation de Vichnou qui doit passer par toute une longue série d’épreuves, selon le dogme de cette métempsycose expiatoire, philosophie des Orientaux.

 

 

Le texte est plein de longueurs fastidieuses. On sort de sa lecture - même très partielle - l’esprit fourbu (5). « rudis indigestaque moles »  une masse indigeste aurait dit Ovide !

 

 

Notons toutefois une traduction de épisode le plus célèbre, l’histoire d’amour de Rama et de Sita par Gaston Courtillier en 1927 qui a rendu la légende accessible au grand public. (6) 

 

 

Les lecteurs de l’époque s’intéressèrent aux aventures dramatiques de la tendre Sita, type immortel du dévouement et de l'amour conjugal dont la vertu et la fidélité sortirent victorieuses de toutes les épreuves auxquelles elles furent soumises.

 

 

 

DU RAMAYANA AU RAMAKIAN

 

 

Il subsiste, antérieures à la destruction d’Ayutthaya en 1767, quelques bribes de l’histoire de Rama détaillées par Christian Velder dans un article de 1968 (7). Ne citons que la plus ancienne, la stèle du roi Ramkhamhaeng datée de 1292 qui cite la grotte de Phra Ram (ถ้ำ พระราม) aux environs de Sukhotai.

 

 

Nous trouvons le détail de ces sources datant de l’époque d'Ayutthaya sur le site de la Libraire nationale Vajirayana (วาชิราญาณ) dans sa très précieuse présentation du texte de Rama Ier (8).

 

 

Après la chute d'Ayutthaya et la destruction de l'art et de la littérature de cette période, Rama Ier dirigea la compilation et la recomposition de nombreuses œuvres littéraires incluant le Ramakian. Même s'il reste quelques fragments en vers de l'ère Ayutthaya, ce n'est qu'au début de la période de Bangkok en 1782 que sous la direction du roi, le Ramakian prit sa forme épique complète telle que nous la connaissons aujourd'hui. La popularité de l'histoire a vécu après son règne. Ses successeurs, Rama II en 1815, Rama IV en 1825, Rama VI en 1910 y ont apporté leurs propres contributions. Rama VI a également souligné sa reconnaissance de l'importance du Ramakian en choisissant le nom « Ramathibodi » (ามาธิบดี) pour désigner les rois de la dynastie. Terminé en 1797 de notre ère, le texte de Rama Ier est la version la plus complète en thaï, avec plus de 52.086 vers. Bien que l'on ignore combien il a personnellement écrit ou participé à sa rédaction et surtout à sa restructuration, il semble évident qu'il a attaché une grande importance à ce travail, puisqu'il s'agissait de l'un des plus importants de ses nombreux projets de reconstruction littéraire. Cependant, compte tenu de la pénurie de textes écrits antérieurs, il est difficile de savoir exactement quelles sources ont été utilisées pour compiler cette version du Ramakian. Après celle de Rama Ier, la version de Rama II terminée en 1815 semble avoir eu pour objectif de créer un texte plus spécialement adaptée à la représentation théâtrale face à la version de son prédécesseur que sa longueur et ses détails rendent moins facilement adaptable au répertoire dramatique.

 

 

Une version anglaise très abrégée de Swami Satyananda et Charoen Sarahiran Puri  intitulée « The Ramakirti or the Thai version of the Ramayana »  est apparue à Bangkok en 1940. Ses auteurs ont en réalité réécrit l’histoire en utilisant la forme sanskrite des noms propres ce qui est incohérent et la rend difficile à comprendre pour ceux qui connaissent la seule version locale.

 

 

Christian Velder en a donné en 1962 une version tout aussi abrégée en allemand intitulée « Der kampf  gotter und der damonen ». D’après lui, elle est la plus fidèle, ce que nous ne pouvons apprécier ignorant tout de la langue de Goethe mais cet amusant témoignage d’autosatisfaction se trouve dans son propre article (7).

 

 

Une autre version anglaise est apparu en 1968 qui s’intitule sous la signature de Ray A. Olsson « The Ramakien: A Prose Translation of the Thai Version of Ramayana ». Elle n’est en réalité que la traduction en anglais du texte allemand susvisé.

 

 

Louis Gabaude l’a dotée d’une appréciation assassine « Quant à l'anglais du texte, il ne semble pas être la langue maternelle de l'auteur. Non que ce dernier ait pris des licences poétiques car, comme le sous-titre l'indique, il s'agit, hélas, d'une traduction en prose dans tous les sens du mot. En voulant résumer le texte thaï, l'auteur a supprimé les images et les nuances, le style direct et coloré qui eussent peut-être permis au Ramakian de n'être pas ennuyeux. Quoi qu'il en soit, cet ouvrage a le mérite d'exister. Certes, pour les raisons que nous avons indiquées, il ne devrait pas être présenté comme une « traduction » du Ramayana Thai mais, dans l'état actuel des choses, il peut donner une idée de ce qu'est l'histoire racontée dans le Ramakien, mis à part ce qui la rendrait attrayante » (9). 

 

 

 

Une autre traduction sous la signature de M. L. Manich Jumsai « Ramayana Thai » a été publiée en 1970 tant en version française qu’en version anglaise. Louis Gabaude ne lui a pas réservé un meilleure sort : Il lui reproche à juste titre de donner aux personnages leurs noms sanskrits, de ne contenir ni notes ni index et d’être bourré d’inexactitudes ou d’approximations. « L'ouvrage est illustré de 8 belles photographies de scènes des fresques du Vat Pra Kèo qui sont sans aucun doute la partie la plus attrayante de ce petit livre. Il pose en définitive une question de fond : « Plus loin que les remarques de détail que nous avons faites, il faut poser un problème de fond : Dans quelle mesure est-il prudent d'entreprendre un résumé d'une épopée comparable à l'Iliade? On risque d'aboutir à une série de rapports ennuyeux écrits par un journaliste fatigué qui veut décrire le maximum de faits-divers avec le minimum de mots… » (10).

 

 

Terminons sur une œuvre récente qui date de ce siècle, sous le nom de « Ramakien - Sous le signe du singe » l’auteur canadien Jean Marcel -que nous connaissons (11) présente son ouvrage comme suit « Jean Marcel reconstruit, dans une version très libre, le merveilleux récit mythique du Ramakien ». 

 

 

S’il est vain de prétendre entreprendre le résumé d’une épopée comparable à l'Iliade, n’est-il pas plus prétentieux encore de la récrire « en version très libre » ?

 

 

Nous écouterons toujours avec plaisir « la Belle Hélène », cet opéra bouffe de Jacques Offenbach et Ludovic Halévy, version « très libre » de l'Iliade, l'histoire d'une guerre de 10 ans née d'une histoire d'amour, au cours de laquelle les troupes d'Achille sont composées de myrmidons,

 

 

 

les fourmis guerrières comparables aux singes verts des troupes de Rama, est-ce pour autant que nous en avons une saine vision de l'épopée homérique ?

 

 

 

La solution réside tout simplement dans la lourde tâche de la traduction intégrale en français voire en anglais de l’épopée ce qui – à notre connaissance tout au moins - n’a pas été faite à ce jour.

 

 

Notre propos n’est pas d’entreprendre le résumé de cette épopée mais de nous contenter de quelques observations.

 

 

La version du roi Rama Ier a été adaptée au goût de son époque. Nous ne sommes plus aux Indes mais au Siam dans un monde où vivent des Dieux, des créatures célestes bénéfiques ou maléfiques, des géants aux pouvoirs miraculeux et surnaturels pour martyriser les humains. Nous trouvons dans les fresques du Grand Palais les vêtements que portent les personnages de l'épopée mais aussi des fleurs, des oiseaux et les forêts.

 

 

 

 

L’architecture, les divertissements, l'art de la guerre, ne sont plus indiens mais siamois.

 

 

 

Même les noms de l'original sanskrit ont été modifiés et sont désormais prononcés à la thaïe.

 

 

Le Rama de l'histoire aurait pu être n'importe quel roi thaïlandais et les habitants ne seraient autres que les Siamois eux-mêmes. Les intrigues de cour entre les différentes épouses, les scènes d'amour, sont siamoises. C’est une mythologie thaïe avec des histoires de dieux, de déesses, de géants et d’êtres surnaturels avec tous leurs pouvoirs sans limites. C’est brièvement une histoire qui dépeint la victoire finale de l'homme sur le mal représenté par une race de géants et de démons avec leur propre et malfaisant souverain.

 

 

 

L’histoire commence avec le dieu suprême, Phra Isuan (พระฮีศวร), Shiva (พระศิวะ) du Ramayana, le Tout-Puissant créateur de l'univers. Il a créé les deux races sur terre, la bonne, les hommes et la mauvaise, les géants. Aux côtés des hommes se trouvent les singes qui les assistent dans leurs combats contre les géants. Ils pratiquent l'art de la guerre appris des saints ermites vivant dans la solitude dans les forêts. Par de longues pratiques de méditation et d’ascétisme, ils ont gagné la faveur du Dieu suprême qui leur a octroyé toutes sortes de pouvoirs miraculeux. Ils ont également atteint le sommet de la sagesse qu’ils ont enseigné à leurs élèves, généralement des princes. Les connaissances qu'ils possèdent sont des incantations et des enchantements magiques par lesquels ils peuvent provoquer les pluies, les tempêtes, les éclairs, les inondations. De n’importe quel objet, ils peuvent  faire des armes redoutables, se rendre invulnérables ou invisibles. Ils peuvent transformer des armes ordinaires en armes meurtrières – les flèches de l’arc de Rama sont magiques - auxquelles aucun ennemi ne peut résister.

 

 

 

C’est en définitive l’histoire de la lutte entre un homme représentant le bien, Rama avec un géant polycéphale représentant le mal, Thotsakan (ทศกัณฐื) pour la possession d’une femme appelée Sida (สีดา), une longue succession de défaites et de victoires qui dure 14 ans.

 

 

UN OUVRAGE POUR MIEUX COMPRENDRE LE TEXTE « OFFICIEL »

 

 

Le texte le plus facilement accessible est sauf erreur de notre part la version académique du texte de Rama Ier numérisée sur le site de la Libraire nationale Vajirayana (8). Il est en thaï.

 

 

Pour répondre à une stupidité que nous avons lue, probablement sur Wikipédia ou sur un guide touristique, le roi Rama Ier ou ses scribes n’ont pas écrit « environ 120 volumes ». Le texte est divisé en 117 « สมุดไทยเล่ม » (Samutthailem) que nous traduisons tout simplement par « livre » ou « chapitre », chacun s’étalant sur environ une vingtaine de pages décrivant un épisode de l’épopée. Il en existe évidemment plusieurs éditions sur support papier en général en éditions de luxe en un ou deux volumes somptueusement illustrés. Chacun de ces chapitres se déroule dans une langue qui est souvent difficile à comprendre d’autant qu’une grande partie de ces chapitres comprennent une partie en prose et une partie en vers (คำร้อยกรอง khamroikrong).  Or, la poésie thaïe n’est pas faite de bons alexandrins de 12 pieds accompagnés de rimes riches qui se répondent entre elles comme Boileau a si bien définie la nôtre dans son « art poétique ».

 

 

Le texte est en outre déconcertant car il n’y a pas toujours une évidente suite logique et chronologique dans le déroulement des épisodes.

 

 

L’explication en est toutefois assez simple. Le texte de l’épopée n’a pas fait l’objet à l’époque d’Ayutthaya d’un texte écrit d’un seul et long trait. Ses divers épisodes présents dans la mémoire collective étaient chantés ou psalmodiés par des rhapsodes qui allaient de ville en ville, de place publique en place publique tout comme le furent les textes d’Homère. Le roi Rama Ier en fit la synthèse.

 

 

Il est un aspect tout à fait contemporain de cette forme de littérature orale : dans une très belle édition superbement illustrée et écrite dans un langage plus facile signée de Madame Chanthami Unkun Phongprayun (จันทมีย์ อูนกูล พงศ์ประยูร)

 

 

 

 

une maman raconte à sa marmaille chaque soir avant qu’elle ne s’endorme un épisode de l’épopée,

 

 

 

une autre forme des contes des mille et une nuits en quelque sorte (12).

 

 

 

Notre présentation a peut-être été longue mais semblait nécessaire pour vous présenter un précieux petit ouvrage :

 

 

« COMPRENDRE LE RAMAKIEN »

 

 

Chalermkiat Mina est professeur de français à la faculté des sciences humaines de Khonkaen et a d’ailleurs enseigné le thaï à l’Inalco.

 

 

 

 

Passionné des légendes et histoires locales de son pays, il a écrit sous ce titre ce petit ouvrage à l’usage des Français ou des étrangers qui ont souvent quelque peine à s’y retrouver dans le nom des personnages, du déroulement de l’épopée et des représentations qui ne sont pas seulement celles du Grand Palais (13).

 

 

L’auteur nous résume de façon assez claire et en quelques lignes les 83 premiers épisodes de la légende depuis la prémonition du grand dieu Isuan (ฮีศวร) qui règne dans le plus haut des paradis situé sur le mont Krailat (เขาไกรลาศ) aux côtés de Phra Naraï (พระนารายณ์), de Vischnou (วิชนุ) du Ramayana et de Phra Phrom (พระพรหม), le Brahma du Ramayana, eux-mêmes régnant sur une multitude d’autres divinités : Il sait que dans le futur une guerre sans merci va se dérouler entre les singes et les démons.

 

 

 

Les malfaisances de Nonthuk (นนทุก), une divinité très secondaire vont conduire Isuan à demander à Naraï de la tuer. C’est ce que fait Naraï en utilisant ses pouvoirs magiques. Nonthuk avant d’expirer a le temps de lui dire « Tu as triché, je n’ai que deux mains, comment pouvait-je me battre avec toi qui a quatre bras ?  Naraï répondit alors « Puisque c’est ainsi, tu vas descendre dans le monde des hommes, tu seras Thotsakan tu auras 20 bras et je serai moi Rama, un humain ordinaire à deux bras, nous nous battrons et je te vaincrai ».

 

 

Ainsi va commencer cette longue guerre entre Rama descendu sur terre, avatar de Naraï qui règne sur la cité d'Ayutthaya (อยุธยา) et Thotsakan avatar de Nonthuk qui règne sur celle de Longka (ลงกา). Le 83e épisode est celui de la fin de Thotsakan qui meurt, cœur, corps et âme de la main de Hanuman (หนุมาน), le chef de l’armée des singes de Rama.

 

 

 

« L’histoire du Ramakien ne se termine pas à la mort de Thotsakan » nous dit Chalermkiat Mina « il reste encore de nombreuses scènes intéressantes à découvrir. Je projette d’en continuer la narration dans quelques temps ».

 

 

Son ouvrage présente par ailleurs un vif intérêt : Il établit un index des noms propres cités tout au long des 83 épisodes, tant en transcription romanisée qu’en graphie thaïe, ils sont sauf erreur 225. C’est un travail méticuleux qui fut probablement difficile et ingrat et qui fait cruellement défaut aux ouvrages français dont nous avons parlé plus haut, ainsi d’ailleurs qu’aux éditions françaises du Ramayana suscitées.

 

 

 

 

Le texte du Ramakian n'exige pas en définitive que l'on croit aux actes merveilleux de Rama comme si c'étaient des faits réels, on les déclare « réels » à l'instant où on les croit tels. En raison de cette conception de la réalité et sans qu'il y ait là aucune contradiction, nous voyons des êtres humains se transformer en armes magiques ou leurs bras en lianes et les dieux ou les démons prenant la forme de mille figures humaines différentes, mourir et renaître. Nous voyons par exemple Hanuman le singe pouvant se grandir suffisamment pour sauter de la ville d'Ayutthaya jusqu’à l'île de Lanka.  Quand le miracle en tant que symbole dépend de la foi, il est dépouillé de sa signification matérielle.

 

 

 

NOTES

 

 

(1) D'après une étude scientifique récente fondée sur les données astronomiques et astrologiques du texte sanskrit d'origine, l'épopée date d'avant 600 ans avant Jésus Christ :

Dr. P.V. Vartak, M.B.B.S.  « The Scientific Dating of The Ramayana and The Vedas » 521 Shaniwar Peth, Pune - 411 030  Maharashtra, INDIA. First Edition : 12 juin 1999.

 

 

(2) « Le Ramayana, poème sanscrit de Valmiky traduit en français » par Hippolyte Fauché », 1864

« Le Ramayana de Valmiki traduit pour la première fois du sanskrit en français par Valentin Parisot, 1853.

« Le Râmâyana de Vâlmîki » par Alfred Roussel, 1931.

 

(3) Michelet « La bible de l’humanité » 1864 - Victor de Laprade : « Le sentiment de la nature avant le christianisme » 1866 : Pour lui l’ouvrage se situe « dans les plus hautes régions de la métaphysique ».

 

(4) Le premier « dictionnaire sanscrit – français » de Burnouf est de 1865.

 

(5) C’est en tous cas l’opinion de celui d’entre nous qui s’est penché sur les deux traductions visées en note 2, parfois en diagonale il est vrai. Notre opinion fut précédée par celle, plus talentueuse et plus compétente de Jules Barbey d'Aurevilly « les œuvres et les hommes – littérature étrangère » de 1890, tome XII « Valmiki », pp 127-140.  Notons cette remarque ironique qui date de 1856 « Tous les hommes instruits, depuis cinquante ans, ont entendu prononcer  les noms des grandes œuvres de la littérature sanskrite : les Védas, les Pouranas, le Mahâbhârata, le Ràmâyana, etc.... Combien en ont osé aborder la lecture, je ne dis pas seulement dans le texte original qui n'est encore à la portée que d'un nombre très restreint d'initiés, mais même dans les traductions latines, italiennes, anglaises, françaises qui ont été faites de toute ou partie de ces grandes œuvres… » (article d’Antonin Macé in Revue contemporaine et Athenaeum français, tome 27, 1856.

 

(6) « La Légende de Râma et Sîta. Extraite du « Râmâyana de Valmiki » Traduite du sanscrit » par Gaston Courtillier, 1927. 

 

(7) Christian Velder « Notes on the saga of Rama in Thailand » in Journal de la Siam Society, volume 56-1 de 1968

 

(8) https://vajirayana.org/บทละครเรื่องรามเกียรติ์/เนื้อเรื่องย่อ

 

(9) Louis Gabaude : « Ray A. Olsson : The Ramakien ». In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient,  tome 59, 1972. pp. 330-331.

 

(10) Louis  Gabaude : « M. L. Manich Jumsai, Ramayana Thai »   In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient,  tome 59, 1972. pp. 332-333.

(11) Nous lui avons consacré deux articles :

« Présentation de Jean Marcel » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-presentation-de-jean-marcel-65362013.html

A195 « LA THAÏLANDE DE JEAN MARCEL, IN « LETTRES DU SIAM » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/a195-la-thailande-de-jean-marcel-in-lettres-du-siam.html

 

(12) รามเกียรติ์ par จันทมีย์ อูนกูล พงศ์ประยูร (ISBN 974-90019-7-4)

 

(13)  Chalermkit Mina : « Comprendre le Ramakien », édition Faculties of Humanities and Social Sciences, Khonkaen University, 2018 – ISBN  978-616-438-311-1

Références : Published Faculty of Humanities and Social Sciences, Khon Kaen University,

Call Number : PL4209.R371 C165 2018

Location . Central Library

 

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