Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 22:23

 

En 1899, un nouveau vocable monthon Tawan-ok Chiangnuea (มณฑล ตะวันออกเฉียงเหนือ (cercle du nord-est), a été introduit dans le système d'administration provincial naissant par le gouvernement siamois pour remplacer l'ancien nom, monthon Lao Kao (มณฑล ลาว กาว). Ce vocable semblait faire référence à un groupe ethnique que nous connaissons mal, celui des Chaokao (ชาวกาว), des minorités tribales thaïes de la région de Phrae et surtout de Nan (แพร่ น่าน) et non de l'ensemble de ce qu'il est convenu d'appeler « Lao ». La référence à la colle ou la glu (กาว kao – colle, glu) signalait peut-être une zone frontière du royaume d'Ayutthaya ? La dynastie ayant régné sur Nan était celle des ratchawong kao (ราชวงศ์กาว)

 

 

Le terme « lao » aurait alors été considéré comme caractérisant une notion sinon raciale, du moins ethnique et supprimé au profit d’une autre simplement  géographique indiquant la direction depuis Bangkok. L'année suivante, le nom fut à nouveau changé en « Isan » (อีสาร) un mot d’origine sanskrit signifiant tout simplement le Nord-est et, « pour une prononciation plus courte et plus facile » selon le règlement signé par le ministre de l'Intérieur, le prince Damrong Rachanuphap  (ดำรงราชานุภาพ). On peut souvent lire que le mot fut une création centralisatrice qui aurait permis de  dissimuler une identité raciale non siamoise de la majeure partie de la région.

 

 

C'est une erreur grossière. Le mot n’a pas été créé en 1900 au début du siècle dernier issu de l’imagination centralisatrice du Prince Damrong puisqu’il apparaît en 1854 déjà dans le premier dictionnaire de Monseigneur Pallegoix avec la seule définition « Nord-est ».

 

 

Il n’a donc pas été créé pour les besoins de la cause, le prélat résidait au Siam depuis 20 ans et le terme était incontestablement dans le domaine public (1).

 

Les noms des quatre autres monthon pour des qualifications plus courtes étaient basées sur la localisation et non plus sur les attributs de la majorité des habitants.

 

Un article récent d’un ethnologue japonais, Akiko Iijima, professeur spécialiste de l’histoire de l’Asie à l’Université de Tokyo nous a quelque peu interpellé par son titre iconoclaste « The Invention of “Isan” History » (2) laissant à penser qu’il y aurait eu de la part du Prince Damrong, père de l’histoire thaïe (bida haengwicha prawattisatthai - บิดาแห่งประวัติศาสตร์ไทย) quelques « aménagements » lors de l’établissement de la prestigieuse série des Prachum Phongsawadan (ประชุมพงศาวดาร - « Recueil des Chroniques »), longtemps considérée comme une source indispensable de l’histoire locale, dont la publication a commencé au début du XXe siècle pour éradiquer la réalité « lao ».

 

 

Akiko Ichima a en effet  découvert que le document Phongsawadan Mueang Ubonratchathani (พงษาวดารเมืองอุบลราชธานี Chronique du mueang d’Ubon rachathani) conservés dans la salle des documents anciens, au 4e étage de la bibliothèque nationale de Bangkok dont nul ne semble avoir consulté le manuscrit avant lui semble avoir subi quelques modifications avant sa dactylographie ? La même observation concerne les Phongsawadan Yonok (พงศาวดารโยนก) concernant la région de Chiangmai dont le texte manuscrit est rempli de marques d’effacement et de modification.

 

 

Revenons-en aux origines du Siam en tant qu’État cohérent.

 

L'État centralisé est né en 1782 avec Bangkok comme capitale royale, issu de l'héritage du royaume d'Ayutthaya. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, quand commence le règne le roi Chulalongkom (1868-1910), l'organisation interne du Siam est complexe et peu cohérente. Elle est  génératrice d'inefficacité, de lenteur et d'abus. Elle est le produit de l'œuvre des siècles passés. Le pays n'est qu'un agglomérat de provinces et d'États tributaires, prathetsarat (ประเทศสหรัฐ) aux limites souvent imprécises. L'État n'est pas centralisé, ministres et mandarins ont des attributions souvent mal définies. Certains personnages, certaines familles se sont créées peu à peu des situations de force préjudiciables à la bonne marche du gouvernement et de l'administration. C’est un empire hétérogène en particulier sur le plan ethnique, Il n’exerce qu’un contrôle minimum sur régions des frontières périphériques  marginalisées en tant que prathetsarat.

 

Ces États tributaires ou vassaux appartenaient plus ou moins densément à une hiérarchie au sommet de laquelle se trouvait le suzerain suprême, le roi du Siam. Cette soumission du prathetsarat ne l’empêchait pas de tenter de préserver sa propre autonomie dans des domaines étendus, à l’exception de certaines obligations symboliques à leur suzerain. Ultérieurement, une partie des régions périphériques a été progressivement intégrée à l'état siamois naissant. Le Siam s’efforça d’établir un système d’administration centralisé et unifié sous l’égide  de Bangkok à partir du cinquième roi de la dynastie, Chulalongkorn.

 

 

Le prince Damrong Rachanuphap, l’un  de ses demi-frères, dirigea la réforme à la tête du ministère de l'Intérieur de 1892  jusqu'en 1915. Au cours de son mandat, le prince Damrong a inauguré et mis en place progressivement le système du Thesaphiban (เทศาภิบาล que l’on peut traduire par contrôle du territoire) dans l'administration provinciale. L'unité territoriale principale de la structure de Thesaphiban est le monthon (cercle) nouvelle sur le plan conceptuel en ce qu'elle était délimitée en fonction de caractéristiques géographiques et placée sous la juridiction du khaluang thesaphiban (ข้าหลวงcommissaire royal ou surintendant) envoyé directement de Bangkok.

 

 

Le roi Chulalongkom  plus que son prédécesseur le roi  Mongkut, avait compris que le meilleur moyen  pour résister aux empiétements étrangers était  la modernisation du pays en s'inspirant des méthodes européennes : un gouvernement et une administration centralisés où chacun aura une tâche clairement définie et spécialisée, avec un corps de rétribués par l'État et non plus gardant à leur profit une part des impôts, des frais  de justice ou faisant travailler la population pour leur compte.

 

Cette construction est venue des élites de Bangkok qui jouent des rôles  clefs au sein du gouvernement et de l’administration et qui manifestèrent rapidement un vif intérêt pour la construction de l’histoire du nouvel État siamois. Le personnage le plus remarquable fut le prince Damrong, qui devait par la suite être exalté comme « le Père de l'histoire thaïlandaise » qui œuvra beaucoup plus en termes de structures que de contenus.

 

La méthode de désignation des monthon fut à la fois la manifestation de la détermination du gouvernement central à intensifier son contrôle sur les régions jusque-là périphériques. En même temps, en éliminant les mots lao  (ลาว) et khamen (เขมน khmer) la conception traditionnelle des différences ethniques était supprimée. La question de savoir s’il ne s'agissait pas seulement de nier conceptuellement l'existence « d'autres races » dans les limites territoriales du Siam, mais de subsumer les autres et de les incorporer dans le nouveau moule thaï reste – pour nous – posée ?

 

En 1912, le monthon Isan fut divisé en monthon Ubonratchathani  (มณฑลอุบลราชธานี) et monthon Roiet (มณฑลร้อยเอ็ด), faisant disparaître le nom d’Isan. Mais en 1915 sera publiée dans la longue liste des Prachum Phongsawadan  la  Phongsawadan  huamueang monthon Isan  (พงศาวดาร หัวเมืองอีสาร chronique des districts du Nord-est) (3). Cette contradiction est singulière puisque lors de la publication le monthon isan n’existait plus du moins administrativement.

Mais l’Isan en tant que nom d'une unité administrative disparue, connaît une résurgence sous le sixième règne. Cette fois, l’Isan est devenu le nom d’une région (phak - ภาค), Phak Isan (ภาคอีสาร), créée en août 1922 par le roi Vajiravudh.

 

 

Nous retrouvons en 1929 la Phongsawadan Phak Isan (พงศาวดาร ภาคอีสาร) qui semble recouvrir depuis lors  une entité géographique, le plateau de Khorat.

 

 

L’ « ALTÉRITÉ RACIALE » DE L’ISAN,  MYTHE OU  RÉALITÉ ?

 

Revenons au  vocable utilisé par Akiko Iijima  « racial otherness », « altérité raciale ». L’existence au sein de cette entité géographique Isan de groupes ethniques différents a été relevée par les observateurs de l’époque. Dans le premier numéro du journal de la Siam Society en 1904,  Phraya  Phracha  Kitkonchak  (พระยา พระชา กิจกรจักร) alias Chaem Bunnak (แช่ม บุนนาค), collaborateur direct du prince Damrong au Ministère de l’intérieur nous donne une intéressante description de ce qu’il appelle huamueang monthon Isan, lui-même ayant effectué de nombreux déplacements en Isan  (4). 

Il écrit que la population de cette région est composée de personnes de race « thaï lao » et de personnes de race « suay » (ส่วย) encore appelées khmers de la forêt (เขมนป่าดง  (5).

 

 

L’ethnie suay également connue sous le nom de kuy (กูย), seconde composante de la population de l’Isan que Bunnak oppose au « thaï-lao » qu’il appelle aussi phuak thai (พวกไทย - groupe thaï) serait le vestige des occupants initiaux des provinces du sud de l’Isan (Surin,  BuriramSisaket,  et Ubonratchathani).

 

 

Peut-on donner une définition du mot « lao » tel que les Siamois le concevaient à l’époque ?

 

Akiko Iijima fait référence à ce qui est en réalité notre seule source sémantique, le premier dictionnaire définissant les mots thaïs, celui du révérend Bradley qui date de 1873 (6).

 

 

Elle est assez sommaire : « C’est le nom de personnes d’un certain langage qui vivent dans la région du nord ou se trouve Chiang Mai et le reste » (7).

 

 

Bradley cite ensuite  les Lao phung dam (ลาวพุงดำ), caractérisé par leurs tatouages,  les Lao Phuan (ลาวพวน) venant de Mueang Phuan  (เมือง พวน), un ancien royaume du Laos oú se situe la plaine des jarres et les Lao de Wiangchan  (Vientianeลาวเวีงจัน) du royaume du même nom. Ses critères sont linguistiques et géographiques  mais non ethniques..

 

 

 

Akiko Iijima souligne à l’appui de nombreuses références que les monarques de la dynastie différenciaient dans leur royaume les Laos des Thaïs comme des Khmers, des Mons, des Birmans, des Chinois, des Vietnamiens, des Malais ou des Indiens (แขก - khaek) dont  la langue et la culture étaient différentes de celles des Siamois. Le terme de Lao n’était alors pas spécifique au Nord-est. La conscience de ces altérités raciales apparut lors du premier recensement de 1904 (8).

 

Malheureusement, pour des raisons purement matérielles, l’essentiel du Nord et surtout du Nord-est a échappé aux investigations : seul le monthon d’Ubonratchathani  (toutefois le plus peuplé) a été recensé, des trois autres de la région (Udon, Isan et Burapha ) (9). 14 ethnies y apparaissent, les Thaïs (thaï-lao ?) en tête mais pas de Laos (10).

 

Les monthon non recencés sont en rouge :

 

 

Il y eut pour les agents recenseurs d’énormes difficultés à identifier les races compte tenu des inextricables mélanges ethniques fruit des mariages interraciaux. Que pouvaient valoir le seul critère du costume utilisé par exemple pour les Chinois ? Les Laos n’apparaissent pas. La raison donnée par les commentateurs du recensement est simple : Le critère de la langue ne put jouer puisque les langues lao et thaïe sont pour l’essentiel les mêmes avec des différences portant essentiellement sur les intonations (samniang  - สำเนียง) et quelques différences de vocabulaire. Doit-on, parce qu'une personne ne parle pas le beau langage des habitants de Bangkok la considérer comme Lao ? La langue de Nakhon Sithammarat comporte des tonalités différentes et un vocabulaire parfois spécifique est-il pour autant un Lao ?  Ils sont Thaïs, ils ne sont pas Laos (pen thai mai chai lao - เป็นไทย ไม่ไชลาว).

 

Farangs ou Chinois ? :

 

 

Il est un autre critère auquel force nous est de faire allusion : existe-t-il entre un Thaï et un Lao des critères physiques, des critères de faciès, qui permettent de les différencier comme nous différencions sans difficultés un Hottentot d’un Scandinave ?

 

 

Qui pourrait s’en vanter ?

 

Nous allons retrouver une fois encore le Prince Damrong dans un texte publié initialement en 1916 « Nithan borannakhadi » (นิทานโบราณคดี histoires de l’ancien temps) qui est le compte rendu d’un voyage d’inspection de deux mois effectué dans le Nord-est de décembre 1906 à janvier 1907 (11). Il s’agit du résumé de ses découvertes relatives aux groupes rencontrés en Isan. Pour lui, les Thaïlandais sont plus nombreux que tous les autres groupes. Nous trouvons ensuite les Khas et les Khmers les premiers semblant être un  sous-groupe des seconds. Mais où sont les Lao ?

 

 

Le Prince s’est livré à une expérience en tentant de se renseigner sur les langues des personnes qu’il rencontrait. Il leur demandait de compter de un jusqu’à dix et constata qu’il n’y avait que deux types de langues, le thaï et le khmer  (12) ! Pour lui, la région compte deux races et deux seulement, la race thaïlandaise et la race khmère, c’est tout. Nous retrouvons la négation de l’existence de la reconnaissance de l’autre race Lao comme dans la « Phongsawadan huamueang monthon Isan ». Elle est comprise dans la rubrique thaï.

 

« Le roi Chulalongkorn a changé le système gouvernemental du royaume en 1892. Le système ancien rassemblait des États de races et de langues différentes. Trois monthons périphériques dans le royaume étaient considérés comme des « mueang lao » (domaines lao) et les habitants, qui sont en réalité thaïlandais, s’appelaient lao. Ce système de gouvernement est devenu obsolète et ne peut être maintenu ». Tout comme dans le texte de Chaem Bunnak (4) il n’y a pas de Lao pour le prince.

 

L’ « ALTÉRITÉ RACIALE »  A-T-ELLE ÉTÉ ÉRADIQUÉE ?

 

Akiko Iijima a effectivement découvert des divergences entre les manuscrits ayant été utilisés pour l’élaboration des Prachum Phongsawadan et le texte imprimé définitif. Il a scrupuleusement épluché les 130 pages du manuscrit à l’origine de la Phongsawadan Mueang Ubon Ratchathani. C’est un manuscrit  jalousement gardé à la section des manuscrits anciens de la Bibliothèque nationale. Il y a effectivement relevé parfois le rajout du terme « Phak Isan », et en d’autres endroits  le mot « Lao » avait purement et simplement été rayé de la carte.

 

 

 

Faut-il y avoir la volonté délibérée – attribuée d’ailleurs sans la moindre justification au Prince Damrong -  par des sites très politiquement marqués ? Nous n’en sommes pas convaincus ?

 

La première raison semble d’évidence, elle a été judicieusement soulignée par Akiko Iijima, l’éradication du mot « lao » qui n’est pas celle de la « race » répondait à un souci précis et à un danger immédiat :

 

Les colonisateurs français s'étaient emparés de la rive gauche du Mékong en 1893 et poursuivaient une politique consistant à héberger autant de protégés que possible dans des conditions le plus souvent douteuses. L’atteinte à la souveraineté du Siam par le système des protégés consistait bien un péril imminent d’autant que, au moins jusqu’en 1907 le parti colonial français a continué à réclamer à cor et à cri l’occupation de la rive droite du Mékong considérée comme lao.  A cette époque, côté français, on ne parle ni d’Isan ni de Nord-est mais de « Laos-siamois ».

 

Il est une autre raison qui nous semble fondamentale : qui est de « race » thaïe, qui est de « race » lao ou qui est de race  « thaï-lao » ?

 

 D’où viennent ces peuples qui  ont investi depuis des siècles les fertiles vallées du Mékong et de la Chaopraya ? Il y a de multiples hypothèses sur leurs origines (probablement plus ou moins communes). Nous n’avons qu’une solide certitude, disons-le sans rire, ils ne viennent pas ni de Scandinavie

 

Migrations présumées des Vikings :

 

 

 

ni des contreforts de l’Himalaya ?  Nous avons parlé de « critère de faciès ». Qui peut  avoir la prétention de différencier au premier coup d’œil un « thaï » d’un « thaï-isan » ou d’un « Isan-lao »? La politique inclusive de la « Thainess » est intervenue depuis au moins un siècle qui fait que tous les membres constitutifs de la nation sont Thaïs.

 

Migrations présumées des Aryens :

 

 

Il y a de toute évidence une spécificité de l’Isan, elle n’est assurément pas raciale ni ethnique, elle tient à la pauvreté de la région, à la dureté de son climat et à l’incommensurable mépris dans lequel ses populations étaient  (et sont ?) tenues par les élites de Bangkok et ses Universitaires souvent drapés de leur permanente et orgueilleuse prétention à l’omniscience. Ce mépris est social, il n’est pas racial. Ce sont des bouseux au teint cuit par le soleil des rizières que l’on regarde de haut et non des nègres.

 

 

Il est significatif que lorsque partie de l’Isan a rejoint les maquis communistes, le critère racial n’a jamais été évoqué. Il est tout aussi significatif par exemple qu’un mouvement de révolte au cœur de l’Isan terminé en 1942 était dicté à la fois pour des raisons fiscales et le désir qu’il ne soit pas porté atteinte à un élément de la culture locale, son écriture traditionnelle  mais le rattachement à la monarchie reste sans faille. (14).

 

Il est encore plus significatif que le parti politique qui le premier s’est intéressé au sort de populations défavorisées du Nord-est s’est appelé « Les Thaïs aiment les Thaïs » (ไทยรักไทย)

 

 

et que son successeur actuel s’appelle « Pour les Thaïs » (เพือไทย).

 

Rappelons enfin que la reconnaissance officielle des ethnies – essentiellement sur le plan linguistique – ne date que de 2017 (15).

 

 

L’article d’Akiko Iijima n’a rien de polémique puisqu’il tend à attirer l’attention des historiens sur la nécessité d’un examen attentif de leurs sources compte tenu de la possibilité de divergences entre les manuscrits originaires collectés, recensés et compilés à la diligence du Prince Damrong et leur version ultérieurement imprimées,  lui-même n’ayant effectué que des investigations ponctuelles. L’utilisation perverse qui a pu en être faite (13) n’ajoute rien

au débat.

 

NOTES

 

(1) «  DICTIONARIUM LINGUA THAI SIVE SIAMENSIS INTERPRETATION LATINA, GALLICA ET ANGLICA – ILLUSTRATUM AUCTORE D. J. B. PALLEGOIX - EPISCOPO MALLENSI, VICARIO APOSTOLICO SIAMENSI », Paris, 1854 – page 175.

 

 

(2) Journal of the Siam Society, volume 106 de 2018, pp 170-197.

 

(3)  Ce texte est numérisé : https://th.wikisource.org/wiki/พงศาวดารหัวเมืองอีสาณ

 

(4) L’article est en thai mais sous-titré en anglais « On the Menam Mun and the Provinces in the East » (ว่าด้วยแม้น้ำมูลแลเมืองตวันออก) in Journal of the Siam Society, 1904, volume I, pp. 1-16.

(5) « ราษฎร ในประเทศนั้น บัตยุบัน นี้ คนชาติ ไทย ลาว แล ชาติ ส่วย ที่ เรียก ว่า  เขมนป่า ดง ปนกัน ».

 

(6) « Dictionary of the siamese language » Bangkok, 1873. L’ouvrage a fait l’objet d’une réédition facilement accessible  mais non datée. Il présente un inconvénient majeur ce qui rend sa consultation pénible, c’est que le révérend qui maniait la langue à la perfection – en dehors de son dictionnaire – il nous a doté en particulier d’une traduction de la stèle de Ramakhamhaeng – ne respecte pas l’ordre alphabétique de la langue.

 

 

(7) Page 658 : เปน ชิ่อ คนภาษาหนึง อยู่ฝ่าย ชั้าง เมือง เหนือ มี เมือง เชียงใหม่ เปน ตน นั้น.

 

(8) Voir notre article 195 « La population du Siam en 1904 – le premier recensement de 1904 » : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/195-la-population-du-siam-en-1904-le-premier-recensement-de-1904.html.

Ce recensement méconnu des auteurs a fait l’objet d’une traduction et d’une remarquable synthèse du professeur Volker Grabowsky dans le journal de la Siam society  « The Thai Census of 1904 : Translation and Analysis » volume 84 - I de 1996. Elle est étayée d’une énorme bibliographie, de sources essentiellement thaïes.

 

(9) Le Monthon Burapha  (มณฑลบูรพา) fut créé en 1896 net recouvrait tris provinces du Cambodge ultérieurement appréhendées par le France.

 

 

(10) Thaïs, Malais, Chinois, Khmers, Mons, Karens, Vietnamiens, Cham, Shan, Birmans, Indiens, Javanais, Blancs et Tavoys  (Une ethnie de Birmanie probablement en voie de disparition ?)

 

(11) Le texte thaï est numérisé :   http://www.sac.or.th/databases/siamrarebooksold/main/index.php/history/2012-04-26-08-47-27/1747-2012-10-25-02-23-35

 

(12) Effectivement, de un à dix :

en thaï : nung – song – sam – si – ha – hok – jet – paet – kao – sip

En lao : nung - song  -  sam -  si -  ha -  hok -  jet -   paet -  kao - sip.

En cambodgien :  mouï - pi  - baï -  bôun - pram - pram mouï - pram pi -pram baï -pram bôun - dap.

 

(13) Voir par exemple un article au titre significatif :

https://isaanrecord.com/2018/06/04/prince-damrong-lies/

L’auteur Phira  Songkhuenatham (พีระ ส่องคืนอธรรม) est un polémiste de talent qui se qualifie avec un goût évident de la provocation d'« Écrivain et traducteur de la ville de Sisaket  - République laotienne -  Lan Chang » (เป็นนักเขียนและนักแปลจากเมืองศรีสะเกษ ประเทศสาธารณรัฐลาวล้านช้าง).

 

(14) Voir notre article A 305 « LA RÉBELLION DE SOPHA PONTRI « LE MUSICIEN » DANS LA PROVINCE DE KHON KAEN (1932-1942) » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-305-la-rebellion-de-sopha-pontri-le-musicien-dans-la-province-de-khon-kaen-1932-1942.html

(15) Voir notre article « INSOLITE 25 - LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires