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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 22:37

ลาวสาวในบาร์และคาราโอเกะตามแนวชายแดนไทย ลาว

ສາວລາວໃນແຖບແລະຄາລາໂອເກະຕາມຊາຍແດນໄທ - ລາວ

 

 

Cet article ne contredit pas ceux que nous avons consacrés à ce sujet délicat  (1,  de 1-1 à 1 - 8). Il n’en décrit qu’un aspect très différent et très partiel : Il est limité géographiquement à la rive droite du Mékong dans la partie la plus orientale de l’Isan, à une forme très particulière de ce négoce, les karaokés et la venue non plus de filles de l’Isan mais du Laos.

 

 

Les études sérieuses concernant globalement le sujet sont rares. En dehors d’une littérature nauséabonde qui contribue toujours à propager des contrevérités en faisant du sensationnel sulfureux

 

 

...ou d’études tombées de prétentieux ou prétentieuses universitaires qui n’ont du sujet que la vision que l’on en a de Bangkok ou des lieux touristiques.  Celles de Bernard Formoso  (1- 4) ou de Jean Baffie (1- 8) font notables exceptions.

 

 

 

Nous avons découvert deux sources récentes, précieuses en ce qu’elles sont l’œuvre d’universitaires thaïes-Isan de sexe féminin, ce qui leur a permis d’effectuer des investigations que probablement nul occidental(e) n’aurait pu effectuer d’abord parce qu’elles sont femmes et surtout parce qu’elles parlent, en dehors du thaï, l’isan-lao ce qui facilite le dialogue avec les filles venues du Laos. Ce sont de véritables  journalistes  d’investigation.

 

 

Le premier a été publié en anglais  le 4 avril 2019 sous le titre humoristique « Femmes lao dans les bars - karaoké de l’Isan : Les hommes ne pensent certainement pas que nous sommes des serveuses » (2).

 

 

Le second d’avril 2019 et en anglais aussi, plus scolastique, il porte le titre un peu prétentieux il est vrai de « Production de performances affectives et financières: les femmes migrantes lao dans l'industrie du sexe le long de la frontière thaïlandaise » et émane d’une universitaire, Maliwan Senawong, qui enseigne les sciences sociales à l’Université de Chiangmai (3). Toutes deux ont également interrogés, des patrons d’établissement, des clients et des fonctionnaires d’ONG L’une d’entre elle s’est rendue dans le village d’origine de plusieurs filles au Laos.

 

Ne vous méprenez pas, les établissements qui ont fait l’objet des investigations de ces dames n’ont strictement rien à voir avec les karaokés que vous trouverez, plus apparents dans les villes de l’Isan, au moins partiellement plus volontiers destinés aux rares touristes ou aux résidents locaux, simples « maisons de plaisir » ou parfois  « maisons d’abattage » qui sont difficiles à ne pas remarquer.

 

 

Ici, nous sommes situés à l’écart des zones urbaines. De jour, il est difficile de différencier ces établissements d’une simple gargote en bambou, il n’y a en général pas d’enseigne et quand il y en a une, elle est exclusivement en thaï (คาราโอเกะ) mais à l’ouverture le soir et pas avant, l’éclairage tapageur et l’excès de décibels ne prêtent pas à équivoque. S’ils ne refusent pas les occidentaux, ils ne leur sont pas destinés. Ils ne distribuent d’ailleurs jamais les alcools farangs qui nécessitent le payement d’une licence spéciale. Vous n’y serez pas mal accueillis, bien au contraire, mais vous heurterez à l’obstacle fondamental de la langue et s’ils font le plus souvent de la petite restauration, la carte est évidemment toujours en thaï. Nul n’y parle le moindre mot de l’anglais basique des « bars à filles » des lieux touristiques. La machine à karaokés qui diffuse les images avec les sous-titres ne le fait qu’avec des sous-titres thaïs ce qui ne vous empêchera pas de pousser la chansonnette si le cœur vous en dit et si vous savez déchiffrer les spaghettis de l’alphabet thaï. La musique est en général sucrée à l’exception parfois de quelques « crooners » un peu ringards, Paul Anka par exemple, probable lointain souvenir du passage des Américains ? (4).

 

 

Pas de harcèlement non plus de la part des « serveuses » ou d’incitation à la consommation forcée, vous n’êtes pas dans un bobinard de Pattaya et moins encore à Pigalle même si l’on comprend immédiatement que ce ne sont pas des serveuses. Et comme il faut savoir de temps à autre faire abstraction de nos inhibitions judéo-chrétiennes, rien ne nous empêche d’y aller tout simplement pour boire une bière en compagnie de nos épouses sans encourir la réprobation des biens pensants. Il n’est par ailleurs pas rare d’y voir des équipes de locaux venir s’y livrer à des beuveries entre copains. Il y a dans la profession deux saisons, la basse saison qui coïncide avec les nécessités du travail dans les rizières et la haute saison après la vente de la récolte, c’est l’affluence !

 

Photo Isaanrecord  :

 

Au bord d’une route secondaire, dans une cabane en bois, la toiture est en tôle ondulée ou en paille, l’établissement signale son ouverture en soirée par un éclairage fluorescent tapageur. La terrasse est meublée de fauteuils et tables en bambou. Il y fait avec la brise du soir plus frais qu’à l’intérieur. La cabane proprement dite contient une salle de restauration contenant une modeste estrade et la machine à karaoké, une cuisine et des toilettes. L’un d’entre eux, parmi ceux qui ont été visités, se situe dans une province frontalière du sud de l’Isan à quelque distance d’un village rural complètement endormi la nuit.

 

Photo Isaanrecord  :

 

L’implantation en rase campagne au milieu des rizières et des champs de manioc a deux objectifs, éviter les difficultés avec le voisinage en raison des excès de décibels caractérisant systématiquement les karaokés et se tenir loin des autorités policières.

 

Comme en bien d’autres endroits des filles venues du Laos viennent chercher fortune dans le commerce du sexe  malgré les risques d'arrestation et d'expulsion, la plupart entrant « en fausse ». Elles n’empruntent évidemment pas les points de passage obligés et contrôlés au quatre ponts « de l’amitié ».

 

 

Ne perdons pas de vue qu’il y a des centaines de kilomètres de frontière entre le Laos et la Thaïlande, l’essentiel marqué par le Mékong. On peut passer d’une rive à l’autre sans la moindre difficulté … à ses risques et périls … Le Laos ne se préoccupe pas outre mesure de ses ressortissants qui quittent provisoirement le pays pour y ramener quelques richesses et la Thaïlande n’a pas les moyens de contrôler à priori les passages de clandestins sur toute la longueur du fleuve. Le choix d’une implantation en zone rurale n’est évidemment pas étranger au souci d’éviter les contrôles policiers en sus des  « connexions » avec les autorités locales sans que cela soit forcément de la corruption caractérisée.

 

 

 

Le gouvernement Prayut a lancé à partir de 2015 de vastes opérations de vérifications des personnes en situation irrégulière, elles n’étaient pas dirigées contre les farangs même si nous en avons tous peu ou prou fait l’objet. Elles furent moins élevées en campagne que dans les villes. Les résultats ont été mitigés mais les mineures auraient pratiquement disparu à la suite de cette répression. Les filles au demeurant peuvent obtenir un permis de travail pour la Thaïlande en passant par des intermédiaires qui leur facturent en général 20.000 bahts fois avancés par le futur employeur. Le permis travail indique une profession précise (« serveuse »), et effectuer un autre travail entraîne une amende de 2.000 bahts, éventuellement quelques jours de prison et une reconduite à la frontière… jusqu’au retour.  L’une des filles interrogées reconnaît avoir déjà été expulsée 12 fois de Thaïlande et y être revenue sans difficultés !

 

 

Le nombre de ceux qui sont entré légalement, diffusé par le Ministère du travail est de 110.000. Nous ignorons  (évidemment) le nombre de Lao entrés clandestinement en Thaïlande en sachant que tous ou toutes ne se destinent pas au commerce du sexe.  La Laos est un paradis communiste mais un paradis pauvre. Le salaire moyen est d’environ 900.000 kips (la monnaie de singe locale) ce qui équivaut approximativement à un peu plus de 3.000 bahts (85 euros mai 2019). (Il y a longtemps que la Thaïlande n’ est plus à ce salaire). Le pays ne produit rien autre que du riz, la vie y est en outre plus chère qu’en Thaïlande (sauf la bière et les cigarettes !) puisque tout y est importé.

 

 

Les filles sont au premier chef rémunérées  « au bouchon », entre 5 et 15 bahts de commission pour les boissons qu’elles se font offrir, jamais alcoolisées, et celles que les clients consomment en leur compagnie, peu de choses mais ces établissements pratiquent les mêmes tarifs que les autres « que la morale ne réprouve pas », et une bière n’y vaut jamais que 60 bahts Comme dans beaucoup  d’établissements thaïs, les clients peuvent emmener avec eux leur bouteille d’alcool (une pratique qui étonne les visiteurs étrangers), le Mékong y coule à flot mais les filles perçoivent une commission sur la glace (toujours facturée) et les sodas d’accompagnement. Toutes celles qui ont été interrogées ont déclarées gagner aux environs de 10.000 bahts par mois (environ 285 euros mai 2019) dont l’essentiel provient  des « services sexuels » « fournis » essentiellement sinon exclusivement à une clientèle locale. L'emploi est aussi flexible qu’informel puisqu'il n'y a pas de contrat, mais seulement un accord verbal entre l'employeur et les travailleuses. Les filles sont totalement libres de vendre du sexe et de négocier le prix avec les clients. Il est constant d’ailleurs que lorsque les Thaïs partent en java ils sont incontestablement moins regardants que les farangs ce qui explique au moins en partie pourquoi ces établissements ne recherchent  - sans la rejeter- la clientèle occidentale et rend vraisemblable le bénéfice mensuel annoncé. Pour le « passage en chambre » le client doit payer en sus de la vacation à sa partenaire,  une location  (en général appelée « amende de bar ») selon la durée prévue (en général de 250 à 350 bahts). Cette prestation est également facturée au client lorsqu’il emmène la fille pour la nuit à l’extérieur. Nous sommes plus ou moins « en famille » (voir plus bas) ce qui fait qu’en dehors du service dû au client, les filles doivent également laver le bar, faire la vaisselle avec des horaires tout de même élastique en dépit des heures de fermeture administrative avant 1 heure du matin conformément à la loi dans les lieux de divertissement, respectée par la fermeture des portes mais pas pour le travail domestique proprement dit postérieur.

 

Photo Isaanrecord  :

 

Toutes déclarent que le travail n’y est pas « trop dur », il l’est certes moins que d’aller suer sang et eau dans les rizières du Laos. Nourries et logées, elles ont largement de quoi envoyer des fonds à leur famille. Toutes aussi insistent sur la liberté dont elles jouissent : pas de salaire mais liberté de venir travailler ou pas, de rentrer quelques jours au Laos pour rendre visite à la famille ou assister à une fête de préférence en basse saison : « je le dis à l'avance au propriétaire et je pars ».

 

Toutes les filles ont souligné l’absence de contrainte.

 

Certains établissements les logent sur place, les patrons le font lorsqu’elles ont un permis de travail. Ils l’évitent si elles sont en situation irrégulière pour éviter les lourdes sanctions attachées à l’hébergement d’un étranger en situation irrégulière mais dans ce cas assument les frais du logement extérieur. Ce qui n’est pas soit dit en passant un luxe dans la mesure où des logements sommaires se louent beaucoup moins de 1.000 bahts par mois dans les campagnes de l’Isan.

 

Le plus souvent, l’établissement comprend quatre zones, le logement des propriétaires et des filles, une salle réservée aux services que la morale réprouve, une salle comportant à la fois la cuisine et le coin karaoké, les champs environnants qui ont en général le même propriétaire. Il n’y a aucune séparation entre le lieu de travail et de la vie privée filles. Ce partage de logements entre la famille de l’employeur et les « serveuses » créent une espèce de parenté fictive avec des parents de substitution au sein de laquelle nous retrouvons les valeurs familiales traditionnelles : partage, générosité et dépendance. Les filles sont obligées (y sont-elles contraintes ?) de contribuer à cette famille fictive en obéissant aux parents de substitution et en partageant le travail, la nourriture tout autant que la moto ou le réfrigérateur.

 

Il ne faut tout de même pas faire de cette combinaison d’un emploi informel et de l’éthique familiale une situation paradisiaque.

 

Elle ne peut qu’engendrer une exploitation et un contrôle subtil des filles. Le travail hors sexe proprement est insuffisant pour satisfaire leurs besoins, au mieux 100 ou 200 bahts par jour pour le « bouchon ». Le passage au sexe est une nécessité  inévitable même si elles ne le souhaitaient pas initialement ce qui reste à démontrer. Par ailleurs, plus elles fournissent de services sexuels aux clients, plus elles gagnent d’argent et plus elles en font gagner au propriétaire par le biais des « amendes de bar ». Vivant avec la famille, elles sont donc  conduites à participer aux travaux ménagers et éventuellement aux travaux agricoles. Cette situation que l’on peut considérer comme une situation d’asservissement est-elle pire que le travail à la chaîne en usine ou celui des Birmans sur les bateaux de pêche ? Voilà bien une question à laquelle nous ne répondrons pas.

 

 

Toutes par contre rejettent systématiquement la stigmatisation de la prostitution comme le font des associations féministes,  que ne guident pas des motifs éthiques mais uniquement politiques. Nous sommes en pays bouddhiste et nul n’y lit la Bible. Les bouddhistes rachèteront leur mauvais karma dans les années à venir. Celles qui sont catholiques savent parfaitement que le Christ a pardonné à Marie-Madeleine.

 

 

Combien sont-elles ? Il est difficile de trouver des données fiables. Nous avons au moins un chiffre ponctuel sur partie de l’Isan résultant d’une étude de 2015 commandée par le service de santé provincial d'Ubonratchathani, 2.410 femmes travaillaient dans des restaurants-bars-karaoké dans la seule province. Sur ce nombre, 1.230 d’entre elles étaient des travailleuses du sexe confirmées et un peu plus de la moitié d’entre elles (692) venaient du Laos.

 

 

 

Combien rapportent-elles au pays ? Nous n’avons évidemment que des estimations  qui valent ce qu’elles valent ! La Banque mondiale estime qu'en 2016, le Laos a reçu au total plus de quatre milliards de bahts (115 millions d’euros) de fonds envoyés par les travailleurs migrants du Laos (toutes professions confondues) au pays. Aucune des filles n’a accepté de dire à nos interrogateurs le montant des sommes que leur activité, toujours temporaire, partait de l’autre côté du fleuve

 

 

Que dire de l’aspect émotionnel ?

 

Il est singulièrement totalement absent de l’esprit de ces filles. Elles ne sont pas à la recherche sinon du grand amour du moins de l’homme qui lui assurera la sécurité matérielle et affective jusqu’à la fin de leur vie. Une seule a déclaré avec un certain humour « si je ne peux pas m’acheter une bague, je m’achèterai une moto ». Notez que le prix d’une motocyclette est de l’ordre de 40.000 bahts, un an de salaire lao.

 

Notez encore que nous sommes en pays bouddhiste où ces femmes acceptent facilement de considérer l'acte d'amour comme une manifestation normale et ordinaire de l'activité humaine. Elles sont là pour attendre le plus naturellement du monde gain et avantages du commerce de leurs charmes en l'absence de tout autre sentiment réglementant dans nos esprits occidentaux les relations sexuelles.

 

 

Il est deux aspects dans la prostitution, le premier est-il séant de vendre son corps ? Il n’est pas à priori répressible et relève d’une morale individuelle si du moins la contrainte  est absente. Le second est celui du proxénétisme, profession abjecte s’il en est et d’ailleurs lourdement sanctionnée par le code pénal thaï. Ne parlons pas de ce qui peut se passer dans les grandes villes et les zones touristiques probablement aggravée avec l’arrivée massive des touristes russes ou chinois. Nous ne sommes pas dans les usines à viande de Bangkok ou d’ailleurs. Le julot marseillais, corse, italien, albanais, russe ou chinois ne sévit pas dans les campagnes… ce qui n’est pas dire qu’ils ne le font pas ailleurs.

 

 

Les Français se sont intéressés à la prostitution au Laos essentiellement lorsque les résultats pour nos troupes et nos fonctionnaires fut de ramener de cuisants souvenirs de leur passage au bordel. Pour Georges Maupetit qui fut médecin colonial au Laos de longues années au début du siècle dernier mais opéra au Siam dans la région d’Ubonrachathani l’existence de ce qu’il considère comme moralement un fléau (c’est son éthique) « existait avant notre arrivée, résultats d'une civilisation antérieure à la nôtre ». Il écrivait en 1913 (5).

 

 

Cet aspect sanitaire est largement souligné aujourd’hui par nos deux auteures à juste titre car se pose évidemment comme conséquences directes de cette forme de commerce du sexe la transmission des maladies que Maupetit appelait « honteuses » comme on disait à l’époque : absence de formation des filles sur la manière de les éviter et difficultés d’accès aux soins et celle des grossesses non désirées, absence de formation des filles sur les procédés pour s’en prémunir.

 

 

Il nous faut bien évidemment mettre un peu plus de glasnost dans notre pérestroïka.

 

Notre propos n’est pas de faire l’éloge de la prostitution, Sade l’a fait en 1795 dans « la Philosophie dans le boudoir » mais il était « spécial ». Elle fut toujours un torrent impossible à endiguer. Pas plus n’entrerons-nous dans le misérabilisme, Zola en fut un exemple inimitable

 

 

Nous voulions en dehors de toutes considérations éthiques ou moralisatrices  - au vu d’enquêtes effectuées sur le terrain – parler de ce que nous avons appris qui ne concerne qu’une zone géographiquement limitée non seulement du pays mais de l’Isan et qui représenterait globalement 90% (selon l’une de nos auteures) du commerce du sexe d’une façon non pas cachée mais discrète et en tous cas, pratiquement invisible aux yeux des touristes qui ne sévissent pas dans les zones rurales de l’Isan tout autant que la plupart des résidents qui, pour la plupart, ne vivent que dans des zones urbaines  où ils trouvent facilement ce qu’ils cherchent « en cas de besoin ».

 

Quelle est la « hiérarchie des prestations » au sein de ces établissements ? Ont-ils pour but principal de fournir des femmes aux hommes et comme rôle accessoire de nourrir et abreuver les clients ou vice-versa ? Ce sont tout autant des restaurants qui mettent à la disposition de leurs clients tout ce qu’il faut pour les rendre heureux que des maisons de plaisir qui fournissent aussi nourriture et boisons à leur habitués pour les combler. La réponse est difficile.

 

Ce qui nous a paru l’aspect le plus négatif dans la vie de ces filles qui d’ailleurs n’y restent jamais à perpétuelle demeure sans donner l’impression d’être passée par le bagne et s’en vont une fois leur pelote faite,  c’est bien évidement l’aspect purement sanitaire qui excède nos compétences.

 

Pourquoi enfin cette migration ? La prostitution existe aussi au Laos, mais où n’existe-te-elle pas ? D’abord considérée comme « mal social » elle a été criminalisée lors de l’arrivée des communistes au pouvoir en 1975. Pendant longtemps les filles se retrouvèrent en camp de rééducation. Si les goulags ont disparu, la prostitution aurait fait une réapparition discrète depuis le début du siècle et l’OMS aurait chiffré 13 ou 14.000 filles se livrant à cette activité, mais la clientèle touristique ne se précipite pas, la clientèle locale le plus souvent désargenté n'est pas un marché lucratif, le choix s'impose,

 

 

Concluons sur cette citation d'Eléonora Marx, fille de Karl et laissons-lui la responsabilité de la solution qu'elle préconise pour résoudre cet « horrible problème » :

 

« Tous les efforts partis de bonnes intentions pour s'attaquer à cet horrible problème sont illusoires ainsi que le reconnaissent avec désespoir leurs promoteurs. Et illusoires ils resteront tant que durera le mode de production qui créant une population ouvrière excédentaire, crée simultanément des criminels et des femmes qui en sont littéralement et tristement réduites à « l'abandon ». Que l'on se débarrasse du mode de production capitaliste, disent les Socialistes, et la prostitution disparaîtra ».

 

 

NOTES

 

(1)

1-1 - « Les Filles "tarifées" de l'Isan » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-filles-tarifees-de-l-isan-108091971.html

1-2 - A78. « Filles "tarifées" et expatriation » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a78-les-fran-ais-parlent-aux-fran-ais-thailande-et-thailandais-es-filles-tarifees-et-expatria-110317969.html

1 – 3 - 17. « L'apport économique des filles "tarifées" en Isan ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html

1 – 4  - A28 : « Un "ethnologue" chez les prostituées de Thaïlande ! »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a28-un-ethnologue-chez-les-prostituees-de-thailande-74007708.html

 

1  - 5 - A 221 « UN BREF HISTORIQUE DES MARIAGES MIXTES EN THAÏLANDE. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/a-221.un-bref-historique-des-mariages-mixtes-en-thailande.html

1  - 6 - ISAN 43  « LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/isan-43-les-mariages-mixtes-des-femmes-du-nord-est-de-la-thailande.html

1 – 7 -  A 277 « LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE : LA VISION DES HOMMES THAÏS ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/10/a-277-les-mariages-mixtes-des-femmes-du-nord-est-de-la-thailande-la-vision-des-hommes-thais.html

 

1 – 8 - « Découvir l'Isan : l'économie de l'Isan »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-38-decouvrir-l-isan-l-economie-de-l-isan-85623102.html

(2) L’article  n’est pas signé mais sa mouture est manifestement féminine « Lao women in Isaan’s karaoke bars : Men certainly don’t pretend we’re waitresses » sur le site https://isaanrecord.com/2019/04/04/lao-women-in-isaans-karaoke-bars/

(3)  « Producing Affective Performance and Capital :  Lao Migrant Women in the Sex Industry along the Thai-Lao Border » in Journal of the Mekong societies, volume 15 n° 1,  janvier-avril 2019 numérisés :

https://www.tci-thaijo.org/index.php/mekongjournal/article/view/186349/130939

 

(4) https://www.youtube.com/watch?v=C43mQ_veYEQ

 

(5) Georges Maupetit « Mœurs laotiennes », In : Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, VI° Série. Tome 4, fascicule 5, 1913. pp. 457-554;

 

 

 

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