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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 22:32

 

Statue du roi Rama VI en chef de guerre portant le costume de cérémonie, la main gauche sur l’épée du roi Naresuan et la droite tenant une branche de java cassia (ชัยพฤกษ์ - Chaiyaphruek)  symbole de victoire.  Elle été sculptée par un artiste contemporain,  Chitti Kasemkitvatanam, à l’occasion de l’exposition du centenaire qui s’est tenue jusqu’au 30 septembre 2017 au «  Memorial hall du roi Vajiravudh  » à la National Library.:

Nous avons consacré plusieurs articles au roi Vajiravudh qui se plut à se faire appeler Rama VI (1910-1925). Monarque atypique, traducteur, écrivain, législateur, réformateur - les Thaïs lui doivent d'avoir un nom de famille et d'avoir une nouvelle fête dans l'année, le 1er janvier probablement pour la seule raison que c'était celle de son anniversaire - « monarque de transition », maladivement anglophile, nationaliste forcené, xénophobe, guerrier d’opérette, il dut porter sur ses épaules le fardeau de la succession de son redoutable père. Monarque insaisissable aussi, probablement introverti, ne se dévoilant que dans ses écrits. Nous devons à Thep Boontanondha, lecteur à l’Université Chulalongkorn, un article de 2013 qui nous révèle un pan de sa personnalité apparemment mal connu et mal étudié, le titre anglais « King Vajiravudh and the Making his Military Image » (« Le roi Vajiravudh et la fabrication de son image militaire ») mal traduit d’ailleurs,  le titre thaï étant plus précis : พระบาทสมเด็จพระมงกุฎเกล้าเจ้าอยู่หัวกับการสร้างภาพลักษณ์ทางการทหาร « Le roi Rama VI et la création d'une image militaire ». Cet universitaire a relevé 1.236 écrits, ouvrages complets, articles de presse, correspondances et inventorié des sources multiples, la plupart en thaï pour la plupart difficiles d’accès d’autant que de nombreux articles sont écrits sous pseudonyme.

 

 

 

Le prince Maha Vajirunhis (เจ้าฟ้ามหาวชิรุณหิศ) était né le 27 juin 1878, fils aîné du roi Chulalongkorn et de la reine Savang Vadhana (พระองค์เจ้าสว่างวัฒนา). En 1886 lorsqu’il atteint l’âge de  8 ans son père le désigna comme premier prince héritier du Siam. Le roi n’avait pas l’intention de l’envoyer étudier à l’étranger mais souhaita qu’il resta à ses côtés pour s’y former à l’administration du pays. Malheureusement, il fut emporté par la fièvre typhoïde le 4 janvier 1895 à l’âge de 16 ans et demi.

 

 

 

Le roi désigna alors comme prince héritier son demi-frère le prince Vajiravudh (วชิราวุธ) né le 1er janvier 1881, fils de la reine Saovabha Phongsri (เสาวภาผ่องศรื). Il deviendra le premier roi du Siam à avoir étudié à l’étranger

 

 

Après une première éducation purement siamoise au Palais, son père l’envoya d’abord en 1893 au « Britannia Royal Naval College » (BRNC) suivre une brève formation militaire élémentaire. La mort de son frère en 1895 et son accès à la qualité de prince héritier changea les intentions paternelles. Nous allons le trouver à Sandhurst (Royal Military Academy Sandhurst) en 1897- 1898 avec un bref passage au « Durham Light Infantry ».

 

 

 

Le roi se souciait peut-être moins de son éducation militaire que de rétablir un certain équilibre face à la Russie et l’Allemagne puisque quatre autres de ses fils avaient été envoyés en formation militaire à l’étranger (1). Le roi l’envoie donc ensuite en 1899 à la prestigieuse « Christ Church University » à Oxford pour y suivre une formation juridique et historique, nous dirions aujourd’hui de « sciences politiques » convenant mieux à ses futures fonctions. L’idée royale ne se concentrait pas seulement sur l’acquisition de solides connaissances mais aussi sur l’intérêt relationnel et diplomatique qu’il y avait à fréquenter les héritiers de tout ce que l’Angleterre comptait de distingués, tous étudiants issus de la haute aristocratie, de diplomates ou de politiciens. Le jeune homme y passa 15 ans : Il ne revint au Siam qu’en 1902 à l’instigation sinon sur ordre de son père qui ne voulut pas qu’il poursuive des études militaires approfondies comme ses frères (« rappelé pour participer à l’administration du royaume » écrit  par exemple le journal français  Gil Blas du 21 septembre 1902.

 

 

Le roi Chulalongkorn n’avait de toute évidence pas orienté son héritier vers une éducation militaire. Le Siam n’avait pas besoin d’un roi guerrier mais bien plutôt d’un homme possédant de solides connaissances en matière administrative. A son retour au Siam, son père lui conféra certes des attributions militaires mais sans importance stratégique, commandant de la garde royale et inspecteur général de l’armée. Au sein de la Garde, corps d’élite composé de militaires professionnels diplômés de l'académie militaire, bénéficiant des derniers équipements et d’une solde  plus élevé que les autres unités de l'armée. Il fut déjà considéré comme celui qui n’avait pas de formation : Il ne côtoie pas la base, mal accepté par elle, restant dans son palais avec sa cour, ce qui constituera l’origine de ses difficultés futures avec l’armée.

 

 

DES ESPÉRANCES POUR L’ÉVOLUTION « DÉMOCRATIQUE » DU SIAM ?

 

 

Le 23 octobre 1910, il monte sur le trône, premier roi de Siam à avoir étudié à l’étranger (2). Cette formation « internationale » suscita quelques espoirs dans une partie de l’opinion éclairée ou se disant telle.


 

 

 

Au vu de son parcours éducatif, ayant passé la moitié de sa vie à l’étranger essentiellement dans un pays considéré comme « démocratique » à l’époque (parler de démocratie en Angleterre en 1910 prête toutefois à sourire), il était permis de s’attendre à ce qu’il poursuive les réformes de longue haleine entreprises pas son père et octroie une constitution à ses sujets selon d’ailleurs le désir ouvertement manifesté par lui en 1885, qui l’envisageait déjà à plus ou moins long terme mais sous conditions. (3) 

 

 

 

Les problèmes de son règne dès ses débuts vont se caractériser par de mauvaises relations avec ses proches, surtout avec son oncle, le prince Damrong Rajanubhab, qui avait été le maître d’œuvre des réformes administratives du roi Rama V tout au long de ses années passées comme ministre de l’Intérieur. Dans cette ambiance conflictuelle, il va continuer sa tendance à se réfugier dans son palais entouré de ses courtisans qui joueront un rôle important tout au long de son règne.

 

 

 

Peut-être aussi cachait-il une profonde jalousie à l’égard de ses quatre frères ayant d’importantes fonctions militaires conférées après de solides études dans de prestigieuses académies militaires européennes  ce qui lui fut interdit (1) ?

 

 

Les espoirs des esprits éclairés furent rapidement déçus !

 

 

 

LA CRÉATION D’UNE IMAGE MILITAIRE.

 

 

Elle intervient peu de temps après sa montée sur le trône. Le 1er mai 1911, il crée le « corps des tigres sauvages »  (sueapaเสือป่า) (4). 

 

 

 

Le 1er juillet 1911,  il crée celui des scouts (louksuea - ลูกเสือ) directement issu du scoutisme de Baden Powell dont on oublie trop souvent qu’il fut essentiellement un mouvement para militaire.

 

 

Le but initial de ce qui était en réalité une garde prétorienne était de rassembler la nation dans un esprit de corps et de soutenir l'armée en cas de guerre. Doit-on y voir le modèle de l'armée territoriale en Grande-Bretagne (« The Territorial Army »)  composée de volontaires destinés à appuyer l’armée britannique en cas de guerre ? La comparaison faite par Thep Boontanondha nous semble un peu hasardeuse : la situation dans les deux pays étant totalement différente : L’armée anglaise n’était composée que de volontaires, la conscription naîtra en 1916 des exigences de la guerre. Au Siam, tous les sujets doivent le service du roi ce qui est plus lourd qu’une conscription ! Le Corps n’est composé que de volontaires tous féaux du roi en dehors  - et face - de la hiérarchie militaire entre les mains de ses quatre frères.  Quatre mois après leur création, ils sont plus de 1.000. Escomptant la faveur royale, de nombreux fonctionnaires ont répondu à l’appel. Le Roi laisse éclater sa joie : « Je suis enchanté de mes tigres sauvages et de mes scouts » (5).

 

 

 

La question que pose Thep Boontanondha méritait évidemment de l’être : Ces volontaires participaient-ils aux projets martiaux du monarque ou le faisaient-ils d’en l’espoir d’améliorer leur carrière ? Y eut-il des contraintes, le bruit ayant couru que le roi aurait demandé au Ministre du Palais de signaler à son secrétariat ceux des fonctionnaires qui n'étaient pas devenus Tigres Sauvages ?

 

 

En dehors de cette garde prétorienne, le roi créa en outre un régiment de garde royale ne dépendant que de lui et non plus de la hiérarchie militaire, suite logique du coup d’état manqué de 1912 qualifié peut-être un hâtivement de « démocratique » (6). Ces deux corps privilégiés regroupèrent rapidement 4.000 volontaires et posèrent quelques difficultés avec le prince Chakrabongsee  lui-même chef du régiment des gardes qui refusa de se dessaisir des armes de ses régiments au profit des Tigres  forçant le roi à puiser dans sa cassette privée.

 

 

 

Le conflit entre le roi et le prince Chakrabongsee son demi-frère se durcit en 1913 : Le prince Chirapravati (จิรประวัติ) – lui-même fils du roi et d’une épouse secondaire - ayant suivi une éducation militaire au Danemark (Royal Danish Military Academy - Officersskoleet Ministre de la défense et le prince Yugala Dighambara  (เจ้าฟ้ายุคลทิฆัมพร), lui-même issu d’une union inégale de Rama V et Vice-roi du sud voulurent avec l’accord du roi créer un corps d’armée spécial à la fois pour s’opposer à une éventuelle invasion du sud du pays par les Anglais et contrôler l’expansion chinoise. Le prince Chakrabongsee rétorqua non sans raisons qu’en tout état de cause le pays devrait s’incliner devant la « politique de la canonnière » et qu’en ce qui concernait les Chinois, la police était présente. Le roi dut s’incliner et faire passer le régiment du sud sous contrôle du propre régiment de sa garde en le finançant non plus sur le budget du Ministère de la Guerre mais sur celui du Palais.

 

 

prince Yugala Dighambara : 

 

 

 

 

Ces incidents démontrèrent que le roi n'avait aucune prise sur le vrai pouvoir militaire détenu au premier chef par le prince Chakrabongsee, respecté par les officiers et la troupe. Ils expliquent bien évidemment la création d’une organisation militaire ou para militaire parallèle lui permettant de s’opposer au Prince Chakrabongsee (7).

 

 

 

LE SIAM ENTRE EN GUERRE.

 

 

La guerre de 1914 va être pour le roi l’occasion dont il rêvait, de brandir (symboliquement !) l’épée du Roi Naresuan. Après une position officiellement neutraliste aux débuts de la guerre, le Siam va y basculer en juillet 1917. Le roi est-il parti au secours de la victoire puisque l’entrée en guerre des États-Unis en avril rendit l’issue du conflit inéluctable. Partit-il au secours de la « guerre du droit » indigné par l’utilisation massive par les Allemands de la guerre sous-marine ? Le torpillage du Lusitania avait eu lieu deux ans auparavant, le souci était donc tardif.

 

 

 

L’opinion alors était généralement germanophile. Nous avons évoqué la mort de deux princes siamois lors de la guerre sous-marine, n’avons malheureusement pas pu savoir quand et lesquels (8). Le roi était en tous cas ostensiblement anglophile. L’entrée en guerre du côté de la France et de l’Angleterre dont les agissements colonialistes avaient amputé le Siam de près de la moitié de ses territoires n’est pas facile à comprendre.

 

 

 

Le souci de revenir sur les traités inégaux franco et anglo-siamois du siècle précédent a été évoqué. Le profit qu’en a retiré le pays à la suite du traité de Versailles ne fut pas à la hauteur de ses espérances mais le pays fut rangé à un faible prix au rang des vainqueurs  sous la bannière de son roi.

 

 

LES ECRITS MILITAIRES.

 

 

Le règne du roi Vajiravudh fut celui de l’âge d’or de la presse au cours duquel se multiplièrent journaux et magazines, gouvernementaux et privés. Le Roi va l’utiliser d’abondance pour soutenir sa politique. Thep Boontanondha avons-nous dit a inventorié 1.236 textes signés ou non du roi concernant les sujets les plus divers, articles d’actualité, fiction, pièces de théâtre, romans et poèmes, romanisation du thaï ou droit de la mer. La plupart de ses articles de propagande sont d’avant et après l'entrée en guerre du pays. La tâche était rude. L’essentiel de la population fut résolument hostile à l’entrée en guerre en raison du passé historique alors que l’Allemagne n’avait jamais eu d’ambitions colonialistes dans la région. Un argument relevé par Thep Boontanondha n’est pas sans intérêt : les Allemands à l’inverse des Français et des Britanniques, trop arrogants pour cela n’hésitaient pas à étudier la langue !

 

Le roi va multiplier les articles germanophobes critiquant les activités de l'armée allemande . Thep Boontanondha cite par exemple un article sur le torpillage du Lusitania paru le 8 août 1916 dans une revue du corps de la marine susceptible d’arracher des larmes à un crocodile. D’autres articles, toujours relevés par Thep Boontanondha exaltent la puissance de la marine britannique face à la marine allemande en particulier dans les Dardanelles, avec d’ailleurs une erreur magistrale puisque les opérations franco–anglaises de débarquement avaient échoué piteusement non pas face à la Kaiserliche Marine mais face à la marine ottomane qui rejeta les franco-anglais à la mer, un rappel que le président Recep Tayyip Erdoğan se fait souvent un plaisir de rappeler.

 

 

La guerre sous-marine dont son jeune frère Mahidol (1) avait pressenti l’importance future lui permet de comparer les amiraux allemands aux démons de Ramakian, critique probablement et ouvertement d’ailleurs dirigée contre les opinions de son  cadet.

 

JUSQU’Á LA MORT.

 

 

Thep Boontanondha nous confirme que les articles de propagande du roi avaient deux objectifs :

 

 

Le premier, avant l’entrée en guerre, était de convaincre ses sujets d'accepter sa politique militaire et de rejoindre le conflit aux côtés de l'Angleterre et de la France. Lors de la déclaration de guerre, le contingent fut formé de volontaires. Il y avait plus de 4.000 tigres sauvages ou membres de sa garde personnelle, il y eut à peine 1.284 volontaires. Quels furent les motifs de leur engagement ? Il est difficile de le savoir. La propagande germanophobe sur les barbares contre lesquels il fallait mener la « guerre du droit » ne semble pas avoir fait fortune.

 

 

 

Et si la plupart de ces volontaires revinrent au bercail sans avoir participé à la moindre opération sur le terrain, il n’y eut que 19 morts dont aucun au combat, ils en revinrent avec un fort mauvais souvenir de la manière dont ils avaient été accueillis par les Français, traités sur le terrain comme des coolies. L’ambassadeur siamois à Paris écrivit au roi « Bien sûr, nos hommes ressentent grandement et simplement de la haine à l’égard de la France …je suis profondément désappointé que ce résultat soit totalement à l’ opposé de ce que furent les intentions de votre majesté ». Nous en avons parlé à suffisance. (8)

 

 

 

Le second, avant et après la guerre, était de donner de lui une image martiale et militaire face à ses frères plus jeunes qui détenaient les commandements des armées de terre et de mer, en particulier le prince Chakrabongsee, tous diplômés de prestigieuses écoles militaires et tous auteurs de nombreux écrits purement techniques de tactique et de stratégie. En dehors des princes de haut rang demi-frères du roi (1), l’ensemble de la hiérarchie militaire était composée de princes d’un rang inférieur, soit issus de Rama V et d’une épouse secondaire soit issus de Rama IV.

 

Complexe du « non diplômé » qui conduit parfois des moineaux à se prendre pour des aigles ? Mussolini s’était pris pour Jules César

 

 

Ses écrits en tous cas furent destinés à montrer aux lecteurs qu’il était de la taille d’un Végèce siamois. Nous n’avons ni l’un ni l’autre d’autre formation militaire que très élémentaire et n’avons pas compétence pour en juger.

 

 

 

 

Jusqu’à la mort avons-nous dit ? Ses funérailles eurent lieu de 24 mars 1925. Selon ses dernières volontés exprimées dans un testament du 10 mai 1920, le cercueil funéraire fut porté depuis le Grand palais jusqu’au temple Wat Phra Chettuphon (วัดพระเชตุพน) sur un caisson d’artillerie ce qui ne s'était jamais vu au Siam. Jusqu’à sa mort il voulut donner l’image d’un soldat « Je fus un soldat et je veux faire mon dernier voyage comme un soldat » nous cite Thep Boontanondha. Le Siam gagna certes (si l’on peut dire) la guerre de 14 mais le roi n’en tira pas l’image de successeur de Naresuan  qu’il voulut probablement se donner.

 

 

 

 

Il se ressentit toujours de ses relations conflictuelles avec le prince Chakrabongsee. Même après la mort de celui-ci en 1920, l’hostilité et la méfiance de tous les corps de troupe à l’égard du roi resta entière. Il fut remplacé par l’un de ses favoris, prince de second ordre, qui n’avait pas non plus la moindre formation militaire.

 

 

Nous lisons dans « l’Humanité » du 28 décembre 1922 ce commentaire : « Le roi de Siam vient – parait-il – d’achever la traduction de « Roméo et Juliette » en Siamois. Il a déjà traduit et annoté « Le Marchand de Venise » et « Comme il vous plaira » du même auteur, Shakespeare. Voilà un roi qui pourra se flatter de ne pas avoir nui à son peuple s’il se borne à ces occupations de lettré. Le fait est rare et il mérite, croyons nous, d’être signalé ».

 

 

L’analyse est amusante mais superficielle, ce qui nous est facile à dire avec un recul de 97 ans !

 

Tout le monde se souviendra de ce que son règne eut de positif (9) en ne signalant pas qu’il mourut trop jeune, mais personne du soldat qu’il voulut être à une période cruciale où le pays avait nécessité d’un réformateur et non d’un chien de guerre. Il eut ses défauts mais c’était un homme. Il n’eut pas la prescience de l’orage qui grondait et aller éclater en 1932 mais peut-on le lui reprocher ? Son règne suivi de celui de son très pusillanime successeur a en définitive participé au déclin de la monarchie absolue et au coup d’état de 1932 (10). 

 

 

Aux côtés de son père (Université Chulalongkorn) :

 

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Le Prince Paribatra Sukhumbhand (เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์) né le 29 juin 1881  était le fils de la reine Sukhumala Marasri (สุขุมาลมารศรี). Son père l’avait envoyé suivre une formation militaire en Prusse à l’Académie militaire de Groß – Lichterfelde. Le choix n’était évidemment pas innocent, l’une des plus prestigieuses au monde ayant formé les plus grands généraux de l’Allemagne impériale. De retour au Siam il occupa divers postes de responsabilité dans l’armée, la marine et la fonction publique : chef d'état-major de l'armée, commandant de la marine, ministre de la marine, ministre de l'armée, ministre de la défense, ministre de l'intérieur et conseiller privé auprès du roi Vajiravudh puis de son successeur le roi Prajadhipok. Il mourut le 18 janvier 1944 à Bandung en Indonésie où il avait été exilé après la révolution de 1932.

 

 

 

Le Prince Chakrabongsee Bhuvanadh (เจ้าฟ้าจักรพงษ์ภภูวนนาถ) né le 3 mars 1883, fils de la reine Saovabha Phongsri (เสาวาภาผ่องศรี) avait étudié dans le corps des pages en Russie. Revenu au Siam il devient colonel d’un régiment de Hussard puis chef d’état-major de l’armée et commandant de la garde royale jusqu’à sa mort à Singapour, le 13 juin 1920, à l’âge de 37 ans.

 

 

 

Le prince Mahidol Adulyadej (สมเด็จพระมหิตลาธิเบศร อดุลยเด) né le 1er janvier 1892 de la reine Savang Vadhana (สว่างวัฒนา) fut d’abord envoyé à Londres à la « Harrow School ». Un an et demi plus tard son père l’envoie en Allemagne au  « Collège préparatoire militaire royal de la Prusse » à Potsdam, préalable nécessaire à son entrée conformément au souhait de son père, à l’Académie militaire de Groß – Lichterfelde à Berlin. Il y a probablement côtoyé Hermann Goering qui était de son âge et fut avant de devenir criminel de guerre l’un des héros de la guerre aérienne de 1914-1918. Après la mort de son père et à la demande du roi son demi-frère il intègre l’ « Académie de marine » de Kiel (Marineschule Mürwik) où il  fut primé à l’occasion d’un concours sur la conception des sous-marins. En 1912, il fut nommé sur le terrain lieutenant dans la marine impériale allemande et de façon plus honorifique dans la marine royale thaïlandaise. Neutralité obligeant, le déclenchement de la Guerre mondiale l’obligea à revenir au Siam. Il fut affecté à un poste d'enseignant à l' « Académie royale de la marine » (Chulachomklao Royal Military Academyโรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Il continue à s'intéresser aux navires de petite taille, sous-marins et torpilleurs. Entré en conflit avec les officiers supérieurs de la marine, dont la plupart étaient des diplômés britanniques, il  quitte définitivement la carrière militaire. Á l’instigation de son demi-frère le Prince Rangsit (รังสิต) avec lequel il était très lié, il choisit une carrière médicale. Curieux destin pour ce Prince qui aurait pu diriger une escadre de U-boot et qui devint littéralement le médecin des pauvres.

 

 

 

Rien non plus ne prédisposait le « petit dernier », le prince Prajadhipok (ประชาธิปก) né le 8 novembre 1893 à monter un  jour sur le trône. Sa vocation est militaire. Son père ne s’y opposera pas mais  l’envoie tout d’abord suivre une formation générale à Eton en 1906. Il intègre ensuite l'académie militaire de Woolwich (Royal Military Academy, Woolwich) dont il obtient le diplôme en 1913. Il est alors nommé officier au Royal Horse Artillery basé à Aldershot. Aux débuts de la guerre de 1914, son frère et roi, compte tenu de la déclaration de neutralité siamoise, lui enjoint de quitter l’armée britannique alors qu’il aurait souhaité aller en découdre sur le front avec ses hommes. De retour au Siam, il occupera de hautes fonctions militaires jusqu’à sa montée sur le trône en 1925 après un passage à l’École supérieure de guerre à Paris où il côtoya celui qui n’était alors que le Colonel De Gaulle.

 

 

(5) Cité par Thep Boontanondha : ปลื้มใจ ด้วย เสือป่า และ  ลูกเสิอ  -  Pluemchai duai sueapa lae louksuea et il continue « je pense que mon nom restera écrit dans l’histoire de la nation… le succès du corps de tigres sauvages est ma plus grande joie….Si l’on me reproche de les aimer plus que mon épouse et les enfants que je n’ai pas, c’est parce qu’avec ma femme je ne pourrai jamais avoir autant d’enfants alors qu’en quatre mois j’en ai eu plus de mille »

 

(6) Voir notre article A 86 « Le Coup d’État manqué de 1912 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a86-le-coup-d-etat-manque-de-1912-112832034.html

 

(7) Faut-il voir dans la disposition de la Loi successorale de 1924 un règlement de compte dans la disposition qui semble destinée exclusivement à son demi-frère qui écarte sa lignée de ses droits successoraux pour cause de « mariage étranger » ?

Il est permis de voir  (ou il est difficile de ne pas voir ?)  dans chacun  des alinéas de la loi une référence plus ou moins directe à telle ou telle lignée de la descendance de Rama V.

Voir notre article « La « Loi du Palais » pour la succession royale en 1924 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/175-la-loi-du-palais-pour-la-succession-royale-en-1924.html.

 

(8) Voir notre article H 20 « UNE AUTRE VISION DE LA PARTICIPATION DES SIAMOIS A LA 1ERE GUERRE MONDIALE EN 1917 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/h-20-une-autre-vision-de-la-participation-des-siamois-a-la-1ere-guerre-mondiale-en-1917.html.

Il n’y avait pas de Siamois parmi les victimes du torpillage du Lusitania dont la liste est connue (http://www.rmslusitania.info/people/lusitania-victims/). Nous avons épluché le rôle des trois classes de passager et celui des membres d’équipage. Quand ces princes ont-ils été torpillés ? Probablement après l’intensification de la guerre sous-marine ordonnée par Guillaume II en février 1917. Il nous faudrait avoir accès à la presse siamoise de l’époque.

 

 

 

(9) Il faut tout de même noter que le roi est mort dans la force de l’âge le 26 novembre 1925 à 44 ans et qu’il ne fut tout de même pas un roi quelconque : en dehors de sa culture qui était immense, il aurait pu passer en Angleterre pour un homme fort cultivé. Il n'en avait pas moins une culture siamoise considérable s’intéressant aux recherches archéologique, à la philologie, à la littérature, aux arts et aux sciences de son pays. S’il n’a pas réglé la question constitutionnelle, au cours de ces quinze années de règne la longueur des voies ferrées a été plus que doublée, de grands travaux d’irrigation ont été menés à bien, une aviation tout à fait remarquable a été créée de toutes pièces, la ville de Bangkok a subi d'heureuses transformations  et les régions les plus lointaines de la Malaisie et du haut Laos ont été dotées de routes et voies ferrées et mises en valeur. Les progrès les plus marquants ont été réalisés dans le domaine de l'hygiène et de la santé publique. Mais sa plus grande gloire, aux yeux de ses sujets, fut tout de même d’avoir réussi d'avoir mené à bien et non sans mal  l'œuvre de complète libération politique du pays en obtenant, des puissances étrangères, des traités qui finirent par mettre le Siam sur le même pied que les autres pays, en particulier le Japon.

 

(10) « Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses n’osent rien entreprendre » (Molière : « les fourberies de Scapin »).

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