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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 22:02

 

 

Nous remercions bien chaleureusement Mademoiselle Sutida Tonlerd (สุธิดา ตันเลิศ), maître de conférences en sciences humaines à la Faculté des arts libéraux au sein de l’Université d’Ubonratchathani (1) ainsi que le professeur Ian G. Baird (2) pour l'aide qu’ils nous ont apporté dans la rédaction de cet article.

 

 

Le terme Hmong (มัง en thaï) regroupe des minorités reconnues comme minorités ethnolinguistiques miao  (เมียว)  et mèo  (แม้ว) divisées en Hmongs noirs et Hmongs blancs qui seraient actuellement 150.000 en Thaïlande , la plupart dans les provinces de Nan, Phrae, Phitsanulok, Phetchaburi et Utaradit, Kamphengphet, Chiangmai, Chaingrai, Maehongson, Lampang, Phaya, Sukhothai, Tak, qu’ils soient originaires ou réfugiés du Laos communiste ou qui ont pu quitter les camps de réfugiés et n’ont pas été purement et simplement réexpédiés par la Thaïlande au Laos pour s’y faire probablement massacrer (3).

 

Carte ethnolinguistique de la Thaïlande :

 

 

On distingue les blancs des noirs, des bleus et des verts. Le terme Hmong semblerait être le nom qu’ils se donnent et qui signifierait tout simplement « homme » et le phonème « Hm » nous semble provenir d’une transcription du vietnamien romanisé depuis plus de 300 ans qui utilise ce doublon, le lettre H pouvant précéder une consonne autant qu’une voyelle, la prononciation, Hmong ou Mong restant la même : mongue (4). Le terme mèo est la version indochinoise et le terme miao la version chinoise.

 

 

Peuple sans État, venu probablement de la Chine du sud, déplacés au fil des guerres, on les retrouve au sud-ouest de la Chine, au nord du Vietnam, au Laos, en Thaïlande et en Birmanie (5). La guerre civile au Laos et l’arrivée des communistes au pouvoir en 1975 ont contraint des dizaines de milliers d’entre eux à trouver refuge en Thaïlande et dans les pays occidentaux, Guyane française, États-Unis, Argentine et Australie. Ils n’y ont pas encore perdu leur spécificité et restent une providence pour les étudiants en linguistique ou en ethnologie à la recherche d’un sujet de thèse. Le grand public les connaît surtout à la suite de leur exode consécutif aux massacres au Laos après la prise de pouvoir par les communistes. Après avoir servi de supplétifs à l’armée française, ils ont continué ce rôle auprès des Américains et en ont payé le prix.

 

 

 

Ils suscitèrent toutefois dans un microcosme plus restreint la curiosité des anthropologues, ethnologues et missionnaires bien sûr dès l’arrivée des Français dans ce qui allait devenir l’Indochine française. Le meilleur d’entre eux, à la fois missionnaire et ethnologue, fut le Révérend père François-Marie Savina (6). A cette époque d’ailleurs, on ne parle pas encore de Hmongs mais de Miaos ou de Méos (ou Mèos) bien que de nos jours les Hmongs réfugiés considéreraient ces termes comme péjoratifs. La vision des scientifiques est en générale négative et plus encore. Tous n’ont pas la charité chrétienne du R.P.Savina.

 

 

 

Ils sont considérés comme des « aborigènes refoulés dans les hauteurs et ce depuis siècles que devant l’expansion chinoise » et dès lors réfugiés dans les hauteurs les moins accessibles » (7). Les Hmongs venaient de Chine méridionale lorsqu’ils occupèrent les terres montagneuses de la province de Luang Prabang au Laos. Ils cultivaient le mas au lieu du riz et leurs habitations reposaient  à même le sol au lieu d’être construites sur pilotis. La culture sur brûlis qui détruisait la couche arable sans laisser à la forêt la possibilité de se reconstituer leur imposait des migrations permanentes. Il est vrai qu’ils étaient connus pour leur propension à se révolter contre les pouvoirs qui tentaient de les soumettre. Leur religion était pour l’essentiel  chamanique (Voir Christian Culas note 6).

 

 

 

 

Ils ont la réputation de par leurs procédés de culture de dévaster des régions entières en mettant le feu aux forêts. Partout où a passé le Méo, il n’existe plus ni forêts ni peuplement de bambous (8). En dehors du reproche qui leur est fait de faire disparaître des forêts entières, il leur est encore fait grief de se consacrer à la culture et à la vente de l’opium et tous les observateurs s’accordent à dire qu’ils sont d’une saleté repoussante (9). Perpétuels migrants, se déplaçant de forêts et forêts, ils ne sont certes pas accueillis comme notre pays natal a accueilli les migrants francs et burgondes d’autant qu’ils passent pour être querelleurs et entretiennent des rapports conflictuels avec les autres ethnies des montagnes et plus encore avec les populations des plaines. (10). Si ces observateurs ont visité et décrit les tribus méos du Tonkin et du Laos , ils n’ont pas visité celles du Siam, mais  il est permis de penser qu’il en était exactement de même avec celles qui peuplaient et peuplent l’actuelle Thaïlande.

 

 

 

Il est enfin un dernier élément, essentiel pour la compréhension de leurs révoltes : il subsiste dans leur mémoire collective le mythe (ou le souvenir ?) d’un grand roi des Hmongs, qui doit un jour revenir sur terre pour constituer sous la direction d’un Chao Fa (เจ้าฟ้า), peut-on traduire le mot autrement que par « Messie » qui doit revenir sur terre pour reconstruire par-delà les frontières le grand royaume Hmong, légende  rapportée par le R.P. Savina ? (11).

 

 

 

LA GRANDE RÉVOLTE DE 1918 – 1922 (LAOS ET INDOCHINE)

 

 

Les Français déjà eurent fort à faire après l’annexion du Laos. De 1917 à 1922 ils durent faire face à une révolte armée des Hmongs du Laos initiée depuis le Vietnam par un dénommé Pa Chay Vue qui décréta la guerre sainte contre les Français et l’étendit au Laos. Il fallut six ans aux colonisateurs pour la réprimer. Pa Chay Vue voulait créer un royaume Hmong dont la capitale aurait été Dien Bien Phu d’où probablement l’origine du nom de « révolte du fou » donné par les Français, les Hmongs ayant toujours été hostiles à toute forme de centralisme que ce soit.

 

La révolte des méos [Indochine française (Laos)]: groupe de discussions sur une affaire: [photographie de presse] / Agence Meurisse (Gallica) non datée :

 

 

Son histoire et surtout celle de sa répression est restée présente dans la mémoire collective hmong et ne fait pas honneur à nos troupes coloniales (12). Elle fut pratiquement ignorée de la presse française de l’époque en dehors de la presse coloniale bien qu’elle ait mobilisé des unités entières de nos troupes coloniales sur une étendue de 40.000 kilomètres carrés (la taille de 10 départements français, la région Provençale s'étend sur 31.400 kilomètres carrés !) s'étendant du nord du Laos au nord-ouest du Vietnam.

 

Histoire  militaire de l'Indochine française, tome II, page 260 :

 

 

 

En l’absence totale de sources hmongs écrites, les chercheurs n’ont d’autres ressources que de se tourner vers les archives des principaux adversaires des rebelles, l’armée coloniale, même  si ces documents sont biaisés et peuvent apparaître comme une source primaire, mais il n’y a guère de substitut autre que le R.P. Savina qui fut le premier à en parler. Nées des exactions de l’administration française sous traitée à des mandarins locaux, « paresseux et rapaces » qui traitaient les Méos comme des « vaches à lait ». Elle fut dirigée par le  chaman ou sorcier Pa Chay ou Batchaï pour les Français, celui-ci s’était proclamé Chaofa (ou messie), conformément à cette croyance alors largement répandue dont nous venons de parler. Selon Lartéguy il prétendait apporter la paix et la prospérité aux Méos et établir un «Grand royaume royal et indépendant du Méo » (13) confirmant le R.P. Savina. En ce qui concerne les rebelles, la population locale était soit pour la rébellion, soit contre elle. Dans le cas des dissidents, les villages étaient incendiés et les habitants massacrés ou emmenés en captivité. Dans ces circonstances, il n’était pas surprenant que presque tous les villages de la zone rebelle aient rejoint la cause. Malgré la tactique de guérilla de Batchai sur les sommets des montagnes, son mouvement a commencé à se fragmenter face à la répression française et aux dissensions entre clans, tous ne croyant pas en sa qualité de Messie. Celui-ci fut tué par un Kha partisan de la France le 17 novembre 1922 dans la région de Luang Prabang (14). Ses troupes firent leur reddition, les chefs furent décapités en public et les populations frappées de lourdes amendes.

 

 

 

 

Après que l’administration coloniale ait demandé au R.P. Savina d’établir un rapport sur les exactions administratives puisqu’il était le seul Français à parler leur langue, ils y gagnèrent une relative autonomie avec des chefs élus (15). Batchaï (ou Patchay) y gagna chez les Français le titre de fou et au Laos et au Vietnam celui d’un héros de la guerre patriotique contre le colonialisme français. Le Laos l’honore en donnant à un régiment de son armée le titre de « Batchai unit ». Lorsque nous parlions de dissensions au sein des tribus méos, il faut évidemment signaler le nom de Kaitong Lo Bliayao (ou Bliyao) qui participa aux côtés des Français aux combats contre Batchaï et qui fut le père de Nhiavu Lobliayao (1915-1999) et de son demi-frère (mais frère ennemi) Faydang Lobliayao (1910-1986) ... (au milieu sur la photographie) :

 

 

qui combattirent les Français au Laos aux côtés des communistes. Voilà qui nous conduit irrémédiablement à notre sujet principal puisque Kaysone Phomvihane, bras droit du second se baptisait Chao Fa Kaysone en 1948 pour, en sa qualité de Messie, appelait tous les Hmongs à rejoindre la guerre révolutionnaire ! (16).

 

 

 

LES « HMONGS ROUGES » DANS LE NORD DE LA THAÏLANDE

 

 

C’est un article d’Uri Yangcheepsutjarit, universitaire de l’Université de Chiangmai qui a attiré notre attention sur une fraction de cette ethnie qui avait suivi une voie non plus messianique mais révolutionnaire (17).

 

Le communisme Hmong avait trouvé son héros en la personne de Faydang Lobliayao (parfois orthographié Phaydang Lobriayao ou Faydang Lobriayao) sur lequel on sait en réalité peu de choses (18) : Né en 1910 dans une tribu Hmong du Laos dans la province de Xiengkhuang au nord-ouest à la frontière du Vietnam, il se range au côté du Việt Minh, suivi par de nombreux Hmongs, lors du coup de force japonais du 8 mars 1945 en Indochine  puis contre le régime colonial et ensuite contre les Américains de 1955 à1975. Il fut Vice-président de l’Assemblée nationale populaire et mourut en 1986. Sans avoir jamais été explicitement membre du parti communiste, il fut une figure importante du Pathet Lao. Il lança après leur fuite un message à la diaspora de son ethnie « Il est dommage qu'un certain nombre de Laos Ungs (Hmong) aient quitté le pays, victimes de manœuvres mensongères et impérialistes ».

 

 

Nous n’avons pu déterminer si, au cours de la guerre qu’il conduisit à  la tête de ses Hmongs, il eut des connexions avec ses frères de Thaïlande qui choisirent d’entrer en résistance aux côtés du Parti Communiste Thaï entre 1960 et 1980. C’est toutefois plausible dans la mesure où les souvenirs de vétérans recueillis par Urai Yangcheepsutjarit font référence à son combat qui n’était pas celui du parti communiste « immense et rouge » mais celui de la « justice sociale ». Lorsque son bras droit Kaysone Phomvihane se proclama Chao Fa en 1948 il est difficile de penser que la réputation de ce Messie n’ait pas franchi les frontières et se soit répandu chez les Hmongs des montagnes et des hauts-plateaux ?

 

Son mémorial à Vientiane  :

 

 

Les frontières entre la Thaïlande et le Laos et entre la Thaïlande et la Birmanie, que ce soit au travers du Mékong ou dans les montagnes étaient et sont d’ailleurs toujours parfaitement perméables (19). Dans la mesure où – de l’aveu même de nos généraux (14), les troupes coloniales – essentiellement des tirailleurs annamites ...


 

 

 

... durent opérer sur tout le territoire révolté soit 40.000 kilomètres carrés, il est probable que les insurgés, de leurs montagnes protégées par une jungle impénétrable plus ou moins inaccessibles à nos troupes  pouvaient communiquer entre eux de village à village sans quoi le mouvement n’aurait pu perdurer pendant 5 ans. Nous avons fait la comparaison avec un département français, la province de Chiangmaï, la plus étendue du pays, ne fait que 20.000 kilomètres carrés. Baird nous apprend en tous cas que, au début des années 60, des Hmongs de Thaïlande avaient rejoint les rangs des troupes de Faydang dans le nord-est du Laos et qu’à l’inverse, des soldats de la Chine populaire au nombre de 250 ont rejoint les « zones libérées » en 1971 dans la province de Chiangraï. Les maquis auraient également reçu, nous apprend Baird toujours, dans la province de Nan, dans l'est du pays, des membres d'autres mouvements communistes pro-chinois Certains dirigeants du Parti communiste malais, dont Chin Peng avec un certain nombre de ses partisans,

 

 

 

 

...  ont passé plus d'un an dans la province de Nan dans une « zone libérée » par le PCT ainsi que des membres du Front révolutionnaire pour le Timor oriental indépendant (Frente Revolucionária de Timor-Leste Independente alias FRETILIN).

 

 

 

Urai Yangcheepsutjarit nous fait remarquer que les écrits sur les Hmongs en tant que groupe politique actif au sein du Parti communiste de Thaïlande connus plus volontiers sous le nom de Mèos rouges sont « inexistants ». Ce reproche est pour l’essentiel infondé. C’est certain pour les écrits thaïs et pour les écrits hmongs proprement dits. En ce qui concerne les sources thaïes, la glorification des combattants « rouges » n’est peut-être pas au goût du jour. Notons toutefois un fort intéressant article de feu Nicholas Tapp assorti de solides références. S’il n’est pas Thaï mais Chinois anthropologue de l’Université de Hong-Kong, il a en tous cas été publié dans le Journal de la Siam Society qui n’est pas le journal des illettrés (20).

 

 

Il est regrettable également que Urai Yangcheepsutjarit n’ait pas eu connaissances des écrits du professeur Ian G. Baird qui sont le fruit d’un immense travail de recherche auprès d’anciens combattants du parti communiste thaï et des Hmongs réfugiés en Amérique du nord, travail en partie sur le terrain puisqu’il parle couramment  la langue (21).

 

 

 

Urai Yangcheepsutjarit n’a évidemment qu’en partie tort lorsqu’elle regrette une absence de sources alors que celles qui concernent plus spécifiquement le parti communiste thaï (PCT) sont nombreuses. Si le PCT a été  créé en 1930, il ne se répandit dans les provinces du nord et du nord-est à partir du Laos guère que dans les années 60. L’insurrection armée proprement dite a débuté en Isan le 7 août 1965 (23)

 

 

 

 

et, nous apprend Baird, le 8 mai 1967, date du premier des combats opposant les Hmongs aux forces gouvernementales de la police des frontières dans le petit district de Huay Chomphu (ห้วยชมภู) dans la province de Chiangraï. La répression féroce qui s’ensuivit (bombardements de villages censés communistes au napalm) poussa les habitants qui n’avaient le plus souvent jamais entendu parler de communisme à rejoindre les villages en révolte. Le conflit se répandit en 1967 et 68 (Tak, Phitsanulok, Nan, Phetchabun, Loei. Au début de l’année 1969, et il s’est étendu à toute la région sauf Chiang Mai et Phrae. Au début des années 1970, la plupart des régions montagneuses du nord de la Thaïlande où vivaient les Hmongs étaient devenues « zones libérées » ou « forteresses » du PCT. En effet, comme les Hmongs avaient tendance à vivre dans les montagnes les plus élevées et les plus reculées, leurs zones étaient géographiquement plus faciles à défendre militairement  même avec un petit nombre de soldats. Ces zones étaient également stratégiquement situées près de la frontière avec le Laos, ce qui permettait d’importer facilement des approvisionnements de Chine via le Laos. Le parti communiste parvint à y créer une véritable administration ainsi par exemple dans la région de Doi Yao Doi Pha Mon (ดอยยาว ดอยผาหม่น) dans le district frontalier de Thoeng (เทิง) dans la province de Nan et ce jusqu’au début des années 80. Les rapports furent également étroits avec le parti communiste pro-chinois de Birmanie d’autant plus que le Laos ferma sa frontière en raison du conflit entre la Russie, la Chine et le Vietnam, le PCT s’étant rangé côté Chinois et le Laos côté Russo-Viet. Les communistes birmans apportèrent alors leur soutien au PCT au moins jusque dans les années 1982.

 

 

 

Il faut évidemment – ce que fait Baird dans un autre article – souligner l’existence de ce que l’on peut considérer comme une dissidence qui apparaît en 1988, celle d’un « Chao Fa » Hmong du Laos, Pa Kao Her...

 

Cliché Ian Baird © :

 

, qui avait établi sa base près de la frontière avec le Laos dans les montagnes forestières reculées du district de Mae Charim (แม่จริม) dans la province de Nan.

 

Pa Kao Her conduisant une cérémonie animiste pour ses troupes , cliché Ian Baird © :

 

 

 

 

Bénéficiant du soutien de l’armée thaïlandaise, anticommuniste  forcené, il tenta de recruter au sein du PCT profitant de la défection du Laos. Il dirigea depuis la Thaïlande un parti anticommuniste… avec le soutien  de la Chine communiste hostile au Laos. Il fut assassiné en 2002 à Changraï. Le soutien de la Chine ne lui conféra pas la vocation de communiste ! Se disant avec ses hommes « combattants de la liberté » nous retrouvons les croyances messianiques dans la création d’un État Hmong des deux côtés de la frontière (24).

 

L' « armée de libération ethnique » de Pa Kao Her, cliché Ian Baird © :

 

 

Il semble que ce basculement ne résultait pas d’un choix idéologique : nous connaissons bien celui des paysans de l’Isan qui ont choisi la lutte armée, il rejoint celui des survivants hmongs interrogés en grand nombre – près de 150 - par Baird : il est relativement similaire (23). Il fut une réponse aux politiques du gouvernement central, l'interdiction de la production d'opium en 1958 la législation forestière de 1961 et 1964 interdisant an particulier leur mode de culture traditionnelle, la culture sur brûlis. Ces deux motifs ont été soulignés dans un document déclassé de la CIA daté de 1966.

 

 

 

 

Il chiffre le nombre des tribus mèo vivant le long de la frontière du Laos à environ 50.000 auxquels se joignirent des membres de l’ethnie Lahu, tous rompus à la guérilla et armés par la Chine depuis le Laos. Ce rapport incrimine d’ailleurs plus ou moins directement la délimitation frontalière de 1893 qui a séparé des ethnies sœurs vivant des deux côtés du Mékong. Baird souligne, ce qui était le cas des paysans de l’Isan les préjugés dont ils étaient victimes simplement du fait d'être Hmong, la « racialisation » par les habitants des basses terres. La politique du PCT à l’égard des minorités ethniques (« nationalités », selon la terminologie chinoise maoïste) fut incluse dans son programme (25). Il est difficile de reprocher à ses dirigeants de n’avoir pas pu deviner la manière dont les Chinois appliqueraient leur politique des nationalités sur le terrain, au Tibet en particulier et partout son cortège de persécution religieuses contre les bouddhistes, les musulmans, les chrétiens, et les chamanistes.

 

 

 

C’est donc – tout comme en Isan – le recours à la force brutale pour résoudre les problèmes socio-économiques qui conduisit les dissidents Hmong dans les bras du parti qui fait passer de nombreux jeunes au Nord-Vietnam, au Laos et en Chine pour étudier le communisme, les techniques de la guérilla et la médecine chinoise. De plus, des médias, y compris des programmes de radio. La radio « La voix du peuple thaïlandais » diffusée depuis le sud de la Chine mise en place pour atteindre la population Hmong d'Indochine atteignit également les Hmongs du nord de la Thaïlande. En réponse, le gouvernement central créa  un « programme de radio tribal » dans la province de Chiang Mai à destination des montagnards du Nord, y compris les Hmongs. Il fit aussi intervenir militairement des groupes armés de Hmongs et autres  ethnies, Lisu, Lahu, Akha et surtout la fameuse division perdue de Chiang Kai Chek, la 93e Division du Kouo-Min-Tang.

 

 

 

Celle-ci fut plus spécialement chargée du blocage de la route d’approvisionnement en armes provenant de la province lao de Sainyabuli, la seule province lao située sur la rive droite du Mékong par la grâce des Français en direction de celle limitrophe de Nan (26).

 

 

 

 

Ils y reçurent leur peine la citoyenneté et le titre de « combattants pour la sécurité nationale de la Thaïlande ».

 

 

 

La guerre continua  jusqu'au début des années 1980, lorsque la sphère politique sur la scène internationale  changea.  La Chine, qui avait soutenu le parti communiste thaï, cessa de lui fournir des armes, le Laos n’en avait pas les moyens et souhaitait normaliser ses rapports avec la Thaïlande. Po-Yi Hung et Ian Baird nous donnent d’intéressants détails sur le passage de ces soldats perdus à l’agriculture, le développement de la culture du thé en particulier, avec l’aide financière du gouvernement de Taïwan dans leur article au titre évocateur From soldiers to farmers: The political geography of Chinese Kuomintang territorialization in northern Thailand » (21-1).

 

 

Les dissensions au sein des mouvements communistes dans le monde permirent au gouvernement thaïlandais de saisir l’occasion pour décréter la politique d’amnistie « 66/23 » y incluant les agents communistes. Ainsi, au début des années 1980, les « insurgés communistes » devinrent des « participants au développement du pays ».

 

 

 

 

La sage décision du Premier ministre d'alors, Prem Tinsulanonda fut prise d’un changement de politique par rapport à la position militaire dure adoptée par le gouvernement de Thanin Kraivichien, au pouvoir entre 1976 et 1977, par une approche plus modérée qui privilégiait les mesures politiques. Les Hmong furent toutefois, semble-t-il, les derniers à déposer les armes. Ils purent alors vivre dans leurs propres communautés, mais uniquement sous le contrôle de l'armée, et bénéficièrent de l’allocation de 15 rai de terre.

 

 

Ce fut début d’une « ère nouvelle »  au cours de laquelle dans laquelle l’État lança ses programmes de développement, en commençant par l’introduction des trois piliers de la nation « nation, religion et monarchie » Le roi Bhumipol visita la région et y a imprima son empreinte. Des moines bouddhistes vinrent s’installer avec statues de Bouddha et reliques. Cependant, plus de 35 ans plus tard, après trente-cinq ans de développement, les « Hmong-Thai National Co-developers » se trouvent toujours marginalisés et – disent-ils - plus souvent traités de « Mèo rouges » ou d’« anciens insurgés communistes». Par ailleurs, les « programmes de développement » et la création de « zones forestières protégées », réduisant le droit de propriété traditionnel ont modifié paysage de ces anciennes « zones rouges » qui deviennent de pittoresques destinations pour le très prédateur tourisme de masse et les villages visités comme des zoos pour singes savants comme des Indiens dans une réserve américaine dans une région surpeuplée. Les champs de bataille deviennent des marchés et des attractions touristiques !

 

 

 

Les Hmongs ne se battent plus avec des armes mais par le souvenir et l’écrit pour le respect de leur culture et de leur identité en mémoire de leurs combattants dont on ignore le nombre et le nombre de ceux qui sont tombés. Il reste à savoir si les dispositions légales prises en 2017, la reconnaissance du phénomène ethnique qui les divise en deux groupes spécifiques, Hmong mian (ม้ง เมี่ยน) et Hmong meo (ม้ง แม้ว) répondra à leur souci (27).

 

 

 

Si les articles de Ian Baird sont une source précieuse de renseignements historiques étayés par le compte rendu de ses entretiens avec des dizaines et des dizaines de Hmongs de tous bord et une énorme bibliographie, celui de Urai Yangcheepsutjarit a un but totalement différent, il est purement symbolique mais lourd de sens, le respect du « devoir de mémoire », la construction  d’un « monument du souvenir ». Les combattants de la « division perdue » de Chiang Kai Chek ont le leur dans la province de Phetchabun au sommet de la montagne de Khaokho (เขาค้อ), un spectaculaire obélisque en marbre ...

 

 

 

...qui s’élève au-dessus d’un sanctuaire contenant les noms, ils sont nombreux, de ceux qui sont morts au combat.

 

 

 

 

Il est beaucoup moins connu que celui de Chiangrai. 

 

 

 

La  création d’un centre culturel et d’un monument du souvenir est en projet au cœur des montages dans un parc national, haut lieu d’attraction touristique, Phu Chifa (ภูชี้ฟ้า) dans le district de Thoeng (อำเภอ เทิง), dans la province de Chiangrai limitrophe de celle lao de Sainyabuli, aux environs de Doi Yao (ดอยยาวet Doi Pha Mon (ดอยผาหม่น) dont la construction n’a pas avancé d’un pas depuis la prise de décision en 2011.

 

 

 

 

NOTES

 

 

 

(1)  Nous avons eu le plaisir de lui ouvrir nos pages le 9 octobre 2018 pour l’un de ses très bel article « A 275 - มิชชันนารีชาวฝรั่งเศสในเมืองอุบลราชธานี ช่วงปี พ..2409-2453 (« Les Missionaires français dans le Mueang d’Ubonrachathani de 1867 à 1910 ») :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/a-275.2409-2453-les-missionnaires-francais-dans-le-mueang-d-ubonrachathani-de-1867-a-1910.html

 

Elle poursuit la rédaction d’une thèse sur  Faydang Lobliayao, un personnage que nous avons  rencontré dans le corps de cet article.

 

(2) Celui-ci, de nationalité canadienne, est professeur de géographie à l’Université de Wisconsin-Madison aux États-Unis. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur les Hmongs, fruit de recherches approfondies sur le terrain et au sein des Hmongs réfugiés en Amérique.

 

 

 

 

(3) Voir « ethno linguistic maps of Thailand », publication de l’Université Chulalongkorn de 2004.

 

 

 

 

(4) Voir du R.P François-Marie Savina  « Dictionnaire miao-tseu-français, précédé d'un précis de grammaire  miao-tseu et suivi d'un vocabulaire français-miao-tseu », publié en 1915, il fut probablement le premier.

 

 

 

 

](5) En ce qui concerne les Hmongs au XXIe siècle en général, rien de mieux n’a été écrit que les articles de notre ami du site « Merveilleuse Chiangmai », cinq ont été prévus mais trois  publiés à ce jour (deux autres articles sont annoncés) :

2 – 1 :  https://www.merveilleusechiang-mai.com/hmong-s-15-les-generalites

2 – 2 :  https://www.merveilleusechiang-mai.com/hmong-s-25-les-leurs-origines-et-leurs-itineraires

2 – 3 : https://www.merveilleusechiang-mai.com/hmong-s-35-les-leurs-origines-et-leurs-itineraires

 

(6) Il arpenta tous les territoires des minorités ethniques du Tonkin, en étudia à peu près toutes les langues, rédigea de nombreux ouvrages. Membre éminent de l’Ecole française d’Extrême-Orient, en dehors du dictionnaire dont nous venons de parler et qui contient une longue préface sur l’histoire de Hmongs (4), nous lui devons une « Histoire des Miaos » publiée en 1924.

 

 

 

Voir sa nécrologie : « R. P. François Marie Savina (1876-1941) ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient, Tome 42, 1942. p.235 et sa notice biographique sur le site des Missions étrangères :

https://archives.mepasie.org/fr/notices/notices-biographiques/savina ainsi que l’ouvrage de Christian Culas « Le messianisme hmong au XIXe et XXe siècle » de, 2005.

 

(7) Voir Docteur Henri Girard  « les tribus sauvages du haut-Tonkin » 1904.

 

 

 

(8) Voir Louis  Cuisinier «  L'Indo-Chine et le Tonkin »   In : Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 53, 1914. pp. 52-63.

 

(9) Voir  Paul Néis «  Sur le Laos »  In : Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, III° Série. Tome 8, 1885. pp. 41-58.

 

Deux articles de la revus « Éveil économique de l’Indochine » du 13 septembre 1925 et du 29 avril 1934 ne sont guère plus élogieux.

 

(10) Voir C. Culas et J. Michaud  «  A contribution to the study of Hmong (Miao) migrations and history » In : Bijdragen tot de Taal-, Land- en Volkenkunde 153 (1997), no: 2, Leiden, 211-243.

 

(11) Voir Robert Entenmann  « The Myth of Sonom, the Hmong King » in : Hmong Studies Journal, 2005, 6, 1-14.

 

(12) Voir ci-dessus note 5, 2-2.

 

(13) J.Larteguy et Yang Dao : « La Fabuleuse aventure du peuple de l’opium », Presse de Ia Cité, 1979.

 

 

 

 

(14) Voir « Histoire militaire de l’Indochine française des débuts à nos jours, juillet 1930 » tome 2, pages 266 s.

 

 

 

(15) L’histoire de la révolte a été longuement détaillée par Geoffrey C. Gunn, de l’Université australienne de Queensland dans le Journal de la Siam society : « SHAMANS AND REBELS : THE BATCHAI (MEO) REBELLION OF NORTHERN LAOS AND NORTH-WEST VIETNAM (1918-21) » fondée sur de patientes recherches dans les archives de la France d’outre-mer à Aix en Provence et celles du Service Historique des Troupes de Marine à Versailles.

 

(16) Ces renseignements nous ont été fournis par Mademoiselle Sutida Tonlerd dans un courrier du 14 mai 2019. Qu’elle en soit remerciée. En ce qui concerne Nhiavu Lobliayao, voir l’article de Kou Yang « The passing of a Hmong Pioneer : Nhiavu Lobliayao (Nyiaj Vws Lauj Npliaj Yob), 1915-1999 » in Hmong Studies Journal, Volume 3, 2000.

 

(17) Urai Yangcheepsutjarit  « Contesting Memories in the Hmong Thai Community: A Study of the “Red Meo” at Doi Yao-Phamon in Northern Thailand » publié dans Journal of the Mekong societies, volume15  n°1 de janvier-avril 2019.

 

(18) Jean Michaud  dans  son « Historical Dictionary of the Peoples of the Southeast Asian Massif » de 2006  (Dictionnaire historique des peuples des massif de l'Asie du Sud-Est) lui consacre une page.

 

 

 

(19) Voir à ce sujet l’article de l’Universitaire canadienne Vanessa Lamb  « Where is the border ?  Villagers, environmental consultants and the work of the ThaieBurma border », Toronto 2014. Ses considérations valent tout autant pour la frontière avec le Laos.

 

(20) Nicholas Tapp « POLITICAL PARTICIPATION AMONG THE HMONG OF THAILAND - Some Ideological Aspects » in : Journal de la Siam society; volume 76 de 1988.

 

(21) – 1 –  Po-Yi Hung  et  Ian G. Baird: « From soldiers to farmers: The political geography of Chinese Kuomintang territorialization in northern Thailand », in : Political geography  de 2017, pp 1-13. Po-Yi Hung  est professeur de géographie à l’Université de Taïwan.

- 2 - Ian G. Baird « The Hmong and the Communist Party of Thailand  :  A Transnational, Transcultural and Gender Relations-Transforming Experience », Department of Geography, University of Wisconsin-Madison, 6 juillet 2018. Le professeur avait organisé dans l’enceinte de son Université une conférence sur le même thème le 8 septembre 2017.

- 3 - Ian G. Baird  « Different Hmong Political Orientations and Perspectives on the Thailand-Laos Border » in Georgetown Journal of Asian affairs,  vol. 4, n° 1, été 2018, pp. 29-36.

 

(22) Voir Barbara Niederer « La langue hmong », publication du Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale  publié dans Amerindia, n° 26-27, 2001-2002.

 

 

- Le système de romanisation créé par les missionnaires connu sous le nom d’ « alphabet Barney Smalley » serait utilisé par les Hmongs de la diaspora. Sans parler du dictionnaire du R.P Savina qui date de 1915 et qui utilise la transcription romanisée du Vietnamien, il existe au moins un lexique français-Hmong de 1964 et un lexique anglo-hmong de 1979. Il l’est peut-être dans la « traducteur automatique » de Google.

 

 

 

 

- le système d’écriture créé ad nihilo par un illettré nommé Hong Lue Yann appelé « padichah hmong »  comprend 91 caractères.

 

 

- Le système archaïque oublié se retrouverait …  dans les broderies traditionnelles des vêtements que certains s’occupent à déchiffrer : https://www.youtube.com/watch?v=20F5ZmiSNAs. Il  nous a semblé d’ailleurs être plus idéographique qu’alphabétique ?

 

 

(23) Voir nos deux articles sur la guérilla communiste en Isan :

H 28 « LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980 - PREMIÈRE PARTIE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/h-28-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980-premiere-partie-4.html

H 29 « LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980. LA FIN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/h-29-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980.la-fin.html

 

(24) Ian Baird : « The monks and the Hmong: The special relationship between the ChaoFa and the Tham Krabok Buddhist Temple in Saraburi Province, Thailand » In : Buddhism and Violence – Militarism and Buddhism in modern Asia, pp. 121-151.

 

(25) Cité par Baird : «  personnes de différentes nationalités en Thaïlande jouiront de l'égalité des droits, devront se respecter, se soutenir et s'entraider, elles seront autorisées à utiliser leurs propres langues et écritures, à préserver leurs traditions, leurs coutumes et sa culture, à s'opposer à toute discrimination et à toute oppression des personnes de toutes les nationalités…. »

 

(26)  Richard Michael Gibson « The Secret Army: Chiang Kai-shek and the Drug Warlords of the Golden Triangle » 2011, nous donne de précieuses précisions sur les opérations militaires des Chinois.

 

 

 

 

(27) Voir notre article INSOLITE 25 « LES ETHNIES OFFICIELLEMENT RECONNUES EN THAÏLANDE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN 2017 » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/insolite-25-les-ethnies-officiellement-reconnues-en-thailande-pour-la-premiere-fois-en-2017.html

 

 

 

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