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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 22:22
Représentation fantaisiste d'Ayuthaya au début du règne de Narai (1656) par Johannes Vingboons, peintre de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Le tableau est au Riijk museum d'Amsterdam

Représentation fantaisiste d'Ayuthaya au début du règne de Narai (1656) par Johannes Vingboons, peintre de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, Le tableau est au Riijk museum d'Amsterdam

Nous avons longuement parlé d’Ayutthaya, l’ancienne capitale du Siam, avant sa destruction en 1767 unanimement attribuée aux Birmans (1). Notre propos est maintenant de nous intéresser à des sujets qui ne sont pas souvent abordés : Ayutthaya était l’un des ports principaux du pays et le centre d’une activité économique intense. Quelle était sa population et quelles étaient ces activités ?

Ses beautés et ses richesses ont suscité l’admiration des visiteurs français de l’ambassade de Louis XIV. Ne citons que l’abbé de Choisy : le 7 octobre 1685  « Notre chaloupe alla hier au soir à terre faire de l’eau. Elle a ramené M. Veret qui revient de Siam. Il dit que c’est une ville plus grande que Paris, les maisons fort vilaines, les pagodes ou temples des dieux fort magnifiques, la rivière admirable, un peuple infini, un nombre de bateaux qu’on n’oserait dire. Nous verrons bientôt, s’il plaît à Dieu, et en jugerons par nous-mêmes » et quelques jours plus tard le 24 octobre 1685 : « M. l’ambassadeur et moi avons été ce soir nous promener dans un petit balon (barque) tout simple, sans tout cet arroi d’ambassade. Nous avons eu beaucoup de plaisir à visiter les camps des Cochinchinois et des Pégouans. On se promène dans des allées d’eau à perte de vue, sous des arbres verts, au chant de mille oiseaux, entre deux rangs de maisons de bois sur pilotis, fort vilaines par dehors, fort propres par-dedans. On entre dans une maison où l’on s’attend de trouver des paysans bien gueux ; on trouve la propreté même, le plancher de nattes, des coffres de Japon, des paravents. Vous n’êtes pas dedans qu’on vous présente du thé dans des porcelaines ; et là tout fourmille d’enfants. Au retour de la promenade, je me suis jeté dans l’eau, ce qui m’arrive tous les jours et ce qui est nécessaire pour la santé. Il faut se baigner, manger peu de viande le soir, tant qu’on veut de poisson, il ne fait jamais de mal ; et il y en a tant dans la rivière, qu’en se baignant, il nous vient donner contre les jambes. Cela est exactement vrai » (2). Cette vision romantique doit tout de même être modulée avec les opinions divergentes, notamment du Chevalier de Forbin pour lequel tout de qui brillait n’était peut-être pas d’or (3).

 

 

Ces descriptions s’attardent surtout sur les beautés des innombrables temples et des bâtiments royaux en négligeant un aspect pourtant important, celui de la vie économique de la cité qui modulait le quotidien de ses habitants sur le nombre desquels d’ailleurs nul ne paraît d’être sérieusement penché : entre les descriptions de nos voyageurs de la fin du XVIIe et la chute de la ville en 1767, il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts de la Chaopraya et la population n’a fait que croître au cours de ce siècle, sur lequel les chroniqueurs sont  malheureusement absents.

 

LE NOMBRE DES HABITANTS

 

 

Les descriptions de la ville par les visiteurs européens sont décevantes et laconiques, elles nous laissent à ce sujet sur notre faim.

 

 

Nous avons tenté d’y voir clair : Située au confluent des rivières Chao Phraya et Pasak, la vieille ville se trouvait dans un méandre du fleuve, relié par un canal Est-Ouest pour en faire une île. « La plupart des rues font arrosées de canaux étroits, qui ont fait comparer Siam à Venise » écrit La  Loubère (4). Nous le savons observateur scrupuleux, il nous dote d’un plan de la ville fort précis.

 

L’échelle (dans la partie supérieure gauche) porte sur 800 toises, laquelle toise de Paris équivalait à 1,949 mètres dont 800 toises = 1,559 kilomètres. Sans nous livrer à une opération de calcul intégral, nous situons la superficie approximative de la ville intramuros entre 800 et 1000 de nos hectares, 8 ou 10 kilomètres carrés. Nous bénéficions également du plan de la ville établi par Engelbert Kaempfer, le premier étranger à avoir décrit la ville en 1690 après le départ des français (5).  

 

 

Ce plan rejoint celui de La Loubère et les légendes suivantes situant à la fois les quartiers étrangers en dehors de l’enceinte et l’intérieur de l’enceinte : A - Le Palais Royal . B - Le Palais du Prince Royal. C - Le Palais de l'Intendant des éléphants du Roi. D - L’Église et le Palais de Mr. Louis Évêque Métropolitain. E - Les Cours du Temple de Berklam. F - La Maison qui appartenait autrefois à Constantin Faulcon. G - Le Camp des Hollandais. H - Le Camp des Distillateurs d’Arak. K - Les Camps des Japonais , des Pégouans,& des Malais. L.- Bras de la Rivière qui coule vers la Pyramide Pukathon. M - Bras de la Rivière Klang Namja. N -  Bras de la Rivière Pakausan. O. Bras de la Rivière Klang Patnam Bija.  P - La grande Rivière de Meinam qui environne la Ville. Q - Le Camp des Chinois. R - Les Camps des Cochinchinois. S - Enclos des éléphants.

 

 

Il faut évidemment relever qu’en dehors des constructions en dur sur le sol, existent les bâtiments construits sur pilotis décrits par Kaempfer

 

et les bateaux habités qui errent sur les flots 

 

 

 

Notons l’existence d’une vue cavalière de la ville datée de 1693 due au crayon de Allain-Manesson Mallet, cartographe et ingénieur des armées de S. M. Louis XIV dans sa monumentale descriptions de l’Univers tome II.

 

 

 

 

Elle est amusante mais totalement fantaisiste, l’auteur prétend tirer sa description de la ville de trois auteurs que nous avons rencontrés, Schouten, Jean Struys et Tavernier (6). Elle est tout aussi fantaisiste que le tableau reproduit en tête de cet article, Cartographe et ingénieur des armées de S. M. Louis XIV, Mallet avait surtout une imagination débordante pour décrire et dessiner ce qu’il n’avait jamais vu en citant des sources qui n’en sont pas !

 

 

 

Mais de ces considérations cartographies ou géographiques, peut-on déduire on tenter de déduire le nombre des habitants de la ville, les bâtiments royaux ou princiers avec une horde de serviteurs et d’esclaves, les dizaines et les dizaines de temples avec leurs moines, leurs  novices et les serviteurs, les habitants des maisons construites en dur et ceux qui occupent les bateaux et les constructions sur pilotis en sus des « camps » étrangers extérieures à la ville ?

 

Nous connaissons la capacité des Thaïs à s’entasser dans des espaces de modeste superficie. Il suffit de compter le nombre de sandalettes qui s’alignent à l’extérieur des hôtels modestes pour savoir combien dorment dans 10 mètres carrés. Il n’y pas de raison pour ce qui se passe au XXIe siècle ne se soit pas passé il y a trois ou quatre siècles.

 

 

Peut-on faire la comparaison avec ce qui se passe aujourd’hui dans les villes les plus surpeuplées au monde, Dacca, Manille et Le Caire, toutes abritant plus de 40.000 habitants au kilomètre carré. 8 à 10 kilomètres carrés intramuros ici avec ces critères donneraient un population interne à la ville de 300 ou 400.000 compte non tenu des villages environnants peuplés de Siamois et bien sûr des enclaves étrangères.

 

Des chiffres, mais sont-ils fiables - nous sont donné par le jésuite Nicolas Gervaise en 1688 ? Il n’est pas un fantaisiste. Selon lui le roi pourrait mobiliser 60.000 habitants en âge de porter les armes à l'intérieur de la ville et 120.000 en faisant appel aux villages situés sur l’autre rive de la rivière, les faubourgs (7). Il y aurait autant de Siamois en dehors de la ville qu'à l'intérieur de ses murailles ? Si l'on enlève les enfants mâles qui ne portent pas les armes et les vieillards qui ne les portent plus et qu'on multiplie ces chiffres par deux pour compter ces dames nous dépasserons très certainement les 300 ou 400.000.

 

Pour Fernando Mendez-Pinto qui a visité Ayutthaya un siècle avant les Français, la capitale abritait 400,000 habitants et 100,000 étrangers (8),

 

Une partie de la population vit sur l’eau dans des bateaux et des barges qui servent tout autant de résidences que de magasins et jalonnent les deux rives des rivières sur plusieurs rangées autour de la moitié sud de l'île et à deux ou trois kilomètres au sud de la rivière Chaophraya jusqu'à l'île de Rian. Nous bénéficions d’une estimation donnée par Chris Baker dans un très bel article sur lequel nous reviendrons prochainement selon laquelle ces maisons flottantes seraient environ 20.000 (9). Curieusement, Gervaise décrit la rivière mais ne mentionne pas les établissements flottants. Kaempfer mentionne « les banlieues et les villages  dont certains sont constitués de navires habités ... contenant deux, trois familles ou plus » sans commenter leur nombre. Choisy reste dans le lyrique sans parler de résidences flottantes. La Loubère décrivit les maisons de manière assez détaillée mais ne mentionne pas les péniches aménagées. Forbin, Tachard et Chaumont sont muets. Aucun des visiteurs du dix-septième siècle ne note une occupation aussi dense des voies navigables même si la partie la plus dense se trouvait précisément autour du port et des colonies européennes ?

 

 

Ces considérations ne sont peut-être que des spéculations hasardeuses mais nous laissent supposer que la population du « grand Ayutthaya » en 1767 n’était pas loin du million d’habitants ? Par comparaison, peu avant le départ des Français du SIam en 1688, nous avons pour la population de Paris un chiffre de 500.000 habitants. En 1766, un an avant la chute d’Ayutthaya, nous avons pour Paris un chiffre de 600.000 habitants (10).

 

 

Quelles étaient les activités et les occupations de la population d’Ayutthaya, ce sera l’objet de notre prochain article.

 

Carte de Kaempfer

Carte de Kaempfer

NOTES

 

 

(1) Voir notre article H 35 « QUI A DÉTRUIT AYUTTHAYA  EN 1767 ? … LES BIRMANS  MAIS PAS QU'EUX ?…. »)

 

(2)  Abbé de Choisy « Journal ou suite du voyage de Siam » 1697.

 

(3) Voir notre article A 260 « L’ARCHITECTURE SIAMOISE À L’ÉPOQUE D’AYUTHAYA » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/05/a-260-l-architecture-siamoise-a-l-epoque-d-ayuthaya.html)

 

(4)  Chevalier de La Loubère « Du royaume de Siam » tome I, 1695.

 

(5) Engelbert Kaempfer, savant et naturaliste allemande a visité le Siam avant son exploration au Japon. Ses manuscrits n’ont été imprimés que post mortem en 1727. Nous avons utilisé une traduction française de 1729 remarquablement illustrée.

 

 

Sur ce sujet, voir l’article de B.J. Terwiel « The drawings of VOC chief surgeon Engelbert Kaempfer and the story  of Siam  de B.J Terwiel de 2004 » :

https://www.academia.edu/30803952/The_Drawings_of_Engelbert_Kaempfer_and_the_History_of_Siam

 

(6) Voir nos articles : A 263 « JEAN STRUYS (JAN JANSZOON STRUYS), AVENTURIER HOLLANDAIS AU SIAM EN 1650 ET TÉMOIN DES MASSACRES DE LA MÊME ANNÉE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-263-jean-struys-jan-janszoon-struys-aventurier-hollandais-au-siam-en-1650-et-temoin-des-massacres-de-la-meme-annee.html

H 34 « LE RÔLE MAJEUR DU NÉERLANDAIS JOOST SCHOUTEN À LA COUR D’AYUTTHAYA JUSQU’EN 1636 ET SA FIN SUR UN BÛCHER POUR CRIME DE SODOMIE ».

Jean-Baptiste Tavernier est l’auteur en 1717 d’un « Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier » qui est de la plus totale fantaisie.

 

 

(7) « Histoire naturelle et politique du Siam » de 1688.

 

 

(8) « Les voyages aventureux de Fernando Mendez-Pinto », tome 3, traduction française de 1830. (photo 10)

 

(9)  Chris Baker « Before Ayutthaya Fell: Economic Life in an Industrious Society Markets and Production in the City of Ayutthaya before 1767: Translation and Analysis of Part of the Description of Ayutthaya » In Journal de la Siam society, volume 99 de 2011. Cet article est étayé sur des documents thaïs à ce jour sinon inédits, du moins restés confidentiels.

 

(10) Les divers sites Internet qui concernent la population de Paris ne sont pas tous concorants mais nous restons dans cette fourchette de chiffres.

 

 

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