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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 22:02

 

Thanom Chapakdee est l’initiateur du « Manifeste de Khonkaen », un nouveau mouvement artistique de l’Isan. Il est souvent considéré comme le critique d'art le plus féroce du pays. Les propos que nous reproduisons ci-après sont tirés d’entretiens qu’ils ont eu, lui ou son ami Nibhon Khankaew, autre concepteur du projet dans divers organes de presse plus ou moins engagés. Nous donnons quelques références dans nos sources en fin d’article après nos notes. Compte tenu de leur caractère ouvertement iconoclaste, contentons-nous de dire qu’ils n’engagent évidemment qu’eux-mêmes !

 

 

Thanom Chapakdee se présente muni d’une paire de lunettes à épaisse monture jaune . Il se définit comme un « gars de l’Isan » appréciant le lap et le koï. Natif de Sisaket, il s’est taillé une solide réputation d’universitaire enseignant la théorie de l'art et de la critique artistique. Il a une longue expérience fruit de nombreux voyages à l’étranger et de multiples visites de musées et d’expositions.

 

 

S’il est assurément provocateur, ce n’est certes pas un imposteur, sa crédibilité est assurée. Il a fait toute sa carrière comme lecteur à l’Université Srinakharinwirot de Bangkok dans la section des « arts visuels ».

 

 

Après y avoir cessé ses fonctions en 2018, il est retourné en Isan et y a fondé un festival d' « art alternatif », un concept dont nous nous garderons de tenter de donner une définition bien que nous puissions le situer au carrefour entre l’art primitif, l’art premier ou l’art de la rue. Á la tête d’une équipe de 70 artistes locaux....

 

,

.... il organisa à Khonkaen l’exposition « Khonkaen manifesto » (le Manifeste de Khonkaen) du 6 au 26 octobre 2018 ...

 

 

 ... dans un lieu délibérément choisi, un bâtiment abandonné de la ville... 

 

 

... délabré, rempli de débris, terre, briques et de ferraille. Ses salles en béton nu sont devenues un lieu d’exposition.

 

 

 

Le squelette du bâtiment lui-même est un choix symbolique, car il est profondément lié au rêve brisé du boom économique des années 90. Le choix même de la ville de Khonkaen n'est pas innocent : Ses habitants ont toujours été à la pointe du combat pour la démocratie qui y a son monument dont la construction a commencé avant même celle du monument de Bangkok,

 

 

Il doit s’y dérouler tous les deux ans mais il évite soigneusement l’utilisation du mot « biennale ». Il entend aller à l'encontre de l'idée d'une biennale ou d'un festival d'art. Pour lui, le rôle de l’art doit aller « au-delà de l’expression esthétique ». L’art doit aussi devenir du militantisme. De ses déclarations il n’est pas certain que le choix de ce mot ne soit pas le rappel à autre « Manifeste » publié en 1848 ?

 

 

Tout en y faisant très discrètement allusion, il rappelle que le terme a été utilisé entre 1930 et 1940 pour annoncer le plan de développement de la région notamment autour de l’Université de Khonkaen. Il souligne le rôle majeur du maréchal Sarit Thanarat qui a utilisé Khon Kaen comme modèle pour moderniser la région de l’Isan en développant en particulier la route Mittraphap reliant Saraburi à Nong Khai non loin du bâtiment ou s’est tenu l’exposition. Il y a toujours son monument soigneusement fleuri (1).

 

 

S'appuyant sur cette vision, Thanom et ses amis ont ainsi inauguré ce nouveau centre d'art dans le centre de Khon Kaen sous le nom de « แม่นอีหลี » (maen ili) qui n’est pas du thaï mais de l’Isan (que nous traduisons avec approximation « la vraie vérité ») jusqu’au prochain festival qui devra se tenir deux ans plus tard. Cette manifestation a été plus ou moins appréciée comme audacieuse, radicale voire subversive, en tous cas signe d’un concept inconnu à ce jour. Thanom et son ami Nibhon Khankaew, autre concepteur du projet et lui-même professeur à l’école kaen nakhonwitthayalai ont conçu l’événement en partant du principe que tout est art et que les œuvres d’art ne doivent pas être confinées dans les musées et galeries de Bangkok dans de somptueuses salles climatisées. Ils croient que l'art devrait être accessible à tous les membres de la société. C’est évidemment distinguer fondamentalement l’ « art » des « beaux-arts ».

 

La liberté, c'est l'humain

 

 

Installé dans un bâtiment de six étages du côté ouest du lac Bueng Kaen Nakhon, le centre constituera une archive d'arts visuels mais aussi un lieu pour des manifestations d'art social et politique des concerts de molam et de mélodies régionales et un espace de rassemblement

 

 

Ils souhaitent sensibiliser les populations, en particulier les populations rurales de l’Isan sur le fait que l'art n’est pas inabordable et que doit disparaître le mur entre l'art et celui des petites gens que tous deux lient à la politique, à la vie en société et à la culture des habitants de l’Isan.

Le mur de la presse :

 

 

C’est évidemment une forme de culture inconnue en Thaïlande et surtout dans les provinces. Poussant le paradoxe (ou la provocation ?) à l’extrême, ils affirment que l’on peut créer de l’art à partir d’urinoirs, de riz, d’un plat de pat thaï ou de portraits de paysans. L’utilisation d’objets que les gens de la bonne société considèrent comme ordinaires peut devenir de l’art, puisqu’il est possible de les collecter de manière artistique. S’il existe d’autres centres artistiques à Khonkaen, Manifesto est un espace différent réservé non seulement à l’ « art alternatif », sans limitation quant au type d'art, un lieu d’exposition, mais également un lieu de rencontres car l’art est lié à tout ce qui concerne la vie quotidienne dans la vie des gens et tous les sujets de discussions y seront admis.

 

 

Ne pouvant nier que la plupart des œuvres d’art de Manifesto sont liées à la politique, ils précisent toute de même que certaines n’ont pas de signification politique ou ne sont pas systématiquement opposés au pouvoir en place. Mais sans connotation d’une idéologie politique, ils considèrent que si l’art devient accessible aux gens ordinaires, il doit irrémédiablement susciter des interrogations sur la société, le monde et la politique. Toutefois, pensent-ils, l'art et la démocratie sont liés puisque l’espace qu’ils ont créé pour s'exprimer est celui de la liberté. Pour eux, continuent-ils, s'il n'y a pas ni démocratie ni liberté, il n'y a plus d'expression artistique, puisque que l'art est le résultat de reflexes qui viennent des tripes, qui font ressortir les émotions les plus profondes qui ne peuvent être communiquées par des mots. Ainsi, vu par eux, l'art peut devenir un outil pour les populations de l'Isan qui revendiquent plus de justice sociale, tel, lors des soulèvements en Isan de l’utilisation du Mo Lam, la musique et les chants traditionnels de l’Isan qui véhiculaient parfois des idées subversives.

 

 

Leur idée que « que tout est art » s’oppose évidemment à celle de la bonne société qui considère l’art comme incluant le dessin, la peinture, la musique peinture ou la belle architecture, en un mot les « beaux-arts ». Ils exposent ainsi des œuvres faites d'ordures et s’en justifient en affirmant qu’elles sont considérées comme de l'art car elles sont le résultat de notre vie, de l'expression politique, de la culture et des traditions. La façon dont les gens ordinaires mangent, chient, ont des rapports sexuels et dorment, c’est aussi un processus artistique !

 

Peinture murale du Wat Nong Yao Sung à Saraburi (วัดหนองยาวสูง จังหวัดสระบุรี)

 

 

L'art est dans nos vies quotidiennes. Les élites peuvent considérer cette forme d’expression comme laide et ne constituant pas un art. Mais pourquoi l’art ne peut-il pas être laid ? Esthétisme ne veut pas dire beauté. L'esthétisme concerne les émotions et la perception, et tout le monde peut choisir de percevoir et de ressentir n'importe quoi. C’est la raison pour laquelle les individus ont des opinions différentes sur ce qui constitue l’art, et les institutions artistiques thaïes n’ont jamais enseigné aux étudiants que l’esthétisme consiste à percevoir les émotions d’un individu. A la question de savoir si les gens ordinaires qui n’ont pas étudié l'art peuvent comprendre ces œuvres, leur réponse est ferme. Ils considèrent que ce n’est pas le problème. Jusqu’à ce jour, le mot « art » n'a jamais été associé aux gens ordinaires et on ne parle d’art que de la manière définie par l'élite. Or les gens ordinaires peuvent aussi dessiner ou faire de belles sculptures. Ils reprochent à l’enseignement officiel de négliger les formes d’art locales qui ont leur forme de beauté. Si nous n’imposons aucune limite à la technique ou à la forme, il y a beaucoup d’art Lao-Isan (2).

 

 

Ces propos ne manquent évidemment pas de nous d’interpeller. Ils mettent évidemment en cause la notion de ce que nous appelons l’« art » qui ne se confond pas systématiquement avec les « beaux-arts ». Comment enfermer l’ « art » dans le carcan d’une définition ? Si l’on en croit Larousse, le mot latin « ars » vient du sanscrit « kar » qui signifie tout simplement « faire » après disparition du « k » initial. Faire de ses mains ? Le Moyen-âge ignore ce qu’est un artiste. Les cathédrales ont été construites par des artisans anonymes. Tout ce qui sort de la main de l’homme peut être beau. Les musées des « arts et traditions populaires » sont nombreux qui nous le démontrent. Nous entrons ensuite dans un tout autre domaine. Les Arabes qui furent de remarquables architectes, l’Espagne en porte encore les traces .......

 

,,,,, considérèrent les pyramides tout au plus comme des carrières de pierre qui ont servi à la construction du Caire. Les Romains qui s’extasiaient devant les fresques de Michel-Ange à la chapelle Sixtine utilisèrent jusqu’à la fin du XIXe siècle le Colisée comme une même carrière de pierre ce qui contredit la définition que donnait Malraux de l’art : « L’œuvre art répond à cette définition aussi facile à énoncer que difficile à comprendre : avoir survécu » (3).

 

 

 

Une vision de la déesse Kali :

 

 

 

L’art est avant tout un langage variable selon les époques.

 

La conception iconoclaste voire anarchique de Thanom Chapakdee a sa raison d’être,  degré zéro de l’expression d’une spiritualité nouvelle ? Expression d’une spiritualité barbare ? Représenter de la merde, pourquoi pas ? Il est de bon ton de s’extasier devant les fresques murales du Wat Suthat de Bangkok oú l’on peut voir les habitants déféquer allègrement dans les eaux des klongs.

 

Soit ! Mais il est un travers dont l’on souhaite qu’il ne dénature pas les intentions de Thanom Chapakdee qui sont de toute évidence pures. Ce serait de faire de cet art « primitif », appelez-le comme vous voulez, une denrée qui sombre dans le mercantilisme de ce qu’il est convenu d’appeler « le marché de l’art » dans les pays occidentaux même s’il ne semble pas avoir encore pollué l’art thaï contemporain (4).

 

 

Nous ne pouvons faire mieux que de vous proposer une visite guidée :

NOTES

 

(1) Nous avons parlé d’abondance du rôle du Maréchal Sarit, Personnage controversée, adulée ou vilipendée, il reste toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier non sorti du sérail dans l’histoire de l’armée thaïe. Il est encore à ce jour le seul premier ministre de sang partiellement Isan-Lao par sa mère. Il se considérait comme Isan dont il parlait la langue et avait conservé l’accent de dont il se flattait. Il fut à l’origine de la création de l’Université de Khonkaen, qui ne vit le jour qu’un an après sa mort en 1964. Elle fut la toute première Université d’état créée en dehors de Bangkok.  Le choix de l’Isan fut un choix de passion, le choix de Khonkaen en raison de sa position centrale fut un choix de raison. Khonkaen lui doit son surnom de « porte d’accès à l’Isan » (ปสระตูสู่อีสาน). 

 

Voir notre article A 280 «  LA VILLE DE KHONKAEN EN ISAN (NORD-EST DE LA THAILANDE) ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/11/a-280-la-ville-de-khonkaen-en-isan-nord-est-de-lathailande.html

 

(2) Nous avons parlé des chapelles d’ordination des temples Isan. Dans les décorations murales nous y trouvons toujours une forme d’art naïf et souvent des scènes assez crues comme au Wat Chaisi près de Khonkaen.

Voir notre article A 196 « LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-196-les-peintures-murales-l-ame-des-temples-du-coeur-de-l-isan.html

 

 

Ces chapelles les plus spectaculaires sont placées sous la « protection » du département artistique de l’une des universités de l’Isan. Des visites effectuées par l’un d’entre nous auprès de plusieurs d’entre elles, il n’est pas certain que leurs responsables locaux puissent attendre le moindre secours financier de leurs protecteurs universitaires ?

 

Etat actuel de la dégradation des peintures murales de l'ancienne chapelle d'ordination du Wat Buddha sayaram (วัดพระพุทธไสยาราม) près de Sakonnakhon) :

 

 

(3) N’en déplaise à Malraux, peut-on dire qu’il y a véritablement survivances par exemple des toiles de Van Gogh alors qu’il est démontré que les couleurs qui apparaissent actuellement n’ont rien à voir avec les couleurs d’origine ? Et ce pour une raison évidente : pauvre comme un gueux – il n’a jamais vendu plus de deux toiles dans sa vie – il travaillait à l’économie et utilisait le matériel le moins coûteux, notamment des peintures qui se sont délitées avec le temps.

 

(4) Il en est un exemple frappant puisque nous parlions de merde, un escroc italien qui se prétend artiste vend dans de prestigieuses salles des ventes des pots de sa merde : Le 16 octobre 2015 une boîte a été adjugée pour 182.500 £ (soit environ 202.980 €) lors d'une vente aux enchères chez Christie's à Londres. Le 28 octobre 2014 une boîte avait été adjugée 129.000 €, soit en incluant les frais d'enchères 160 920 € lors d'une vente effectuée par l'étude Cornette de Saint Cyr à Paris.

LOCALISATION :

 

KHONKAEN MANIFESTO est situé GF. Building, Soi Adhunyaram, Mitraphap Road, Amphoe Mueang, Khon Kaen, Thailand 40000

SOURCES (la plupart sont en thaï)

 

Un entretien de Thanom Chapakdee sur le site Isaan Record, l’un en anglais et l’autre en thaï plus étoffé

https://isaanrecord.com/category/interview/

https://isaanrecord.com/category/interview-th/

 

 

Sur le site du journal « engagé » Prachathai :

https://prachatai.com/category/khonkaen-manifesto

Sur le site des deux grands quotidiens nationaux anglophones  (Bangkok post et The Nation):

https://www.bangkokpost.com/life/arts-and-entertainment/1559386/edgy-art-in-the-northeast

https://www.nationthailand.com/lifestyle/30371812

Sur le site de la galerie d’artistes contemporains VER :

https://galleryver.com/event/khonkaen-manifesto/

 

Le site http://khonkaenmanifesto.art/home/

 

La page Facebook qui propose une visite guidée par Thanom Chapakdee :

https://www.facebook.com/watch/?v=186662848889206

 

Le site dédié aux arts :

http://art4d.com/2019/01/khonkaen-manifesto-2018

 

Le site également dédié aux arts

https://waymagazine.org/khonkaen-manifesto/

 

 

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commentaires

Thiébaut Alain 02/08/2019 07:59

Merci de tenir au courant point de vue des arts plastiques locaux. Attention, ne vous transformez pas en critique pour autant !

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 02/08/2019 10:41

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