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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 22:53

 

ESANIA SECTOR  9 –  นครที่สาบสูย (nakhonthisapsoui La cité perdue)   est un étrange et apocalyptique roman de science-fiction qui va nous conduire en isan dans 5000 ans. Il est sans conteste le premier roman de science-fiction exclusivement d’origine Isan.

 

Atypique dans sa forme, faisant abstraction du « support papier », il n’a été publié que sur le site Web du Club d’art et de culture Isan de l’Université Chulalongkorn entre 2010 et 2017 en 38 chapitres (1).

 

 

Son auteur porte le pseudonyme de Pinlom Phrommachan (ปิ่นลม พรหมจรรย์) mais nous ignorons tout de lui (ou d’elle ?) sinon qu’il se déclare natif de Sakon Nakhon, le plus profond de l’Isan que les beaux esprits (autoproclamés) de Bangkok considèrent comme la région des « mangeurs de chien » (2). En guise de photographie, il nous livre celle d’un scarabée (แมงคาม - Maeng Kham). S’agit-il d’une provocation ou d’un clin d’œil ? Cet Heliocopris bucephalus Fabricius est  le roi des insectes dans les champs et actuellement (comme en France !) en voie de disparition. C’est l’entrée dans l’ère Esania. Cette bestiole que les provençaux appellent tout simplement « rhinocéros » est difficile à dénicher mais constitue – parait-il – un mets de choix ? Il nous en donne d’ailleurs la recette sur une autre page du site Web de l’Université (3). 

 

 

La lecture de ces livraisons est ardue et difficile : mélangeant allégrement le thaï et le lao-isan, y compris des mots de l’isan archaïque, l’auteur est en outre amateur de néologisme que nous sommes évidemment dans la totale incapacité de traduire.

 

L'aspect le plus singulier de ce roman est sa nature interactive, les pages principales étant parsemées de commentaires, de compliments ou de critiques de lecteurs réguliers dans une ambiance très décontractée. Les lecteurs finissent souvent avec des jeux de mots, des digressions humoristiques ou des calembours qui nous sont totalement inaccessibles. Le texte est ouvert, si l’un des lecteurs n’a pas compris une blague ou un néologisme dans un chapitre donné, un post le lui expliquera dans un chapitre suivant.

 

Si Pilom intervient 58 fois,  se réservant les illustrations, ses lecteurs le font plus de 300 fois. Les illustrations proviennent de sources diverses, des films de science-fiction (il nous a semblé reconnaître des extraits de « 2001 – Odyssée de l’espace » 

 

 

et d’autres de « Mad Max II » ?),

 

 

des dessins « steampunk » et des photographies de l’Isan d’aujourd’hui. 

 

 

L’œuvre pourrait être critiquée pour son défaut manifeste de composition mais cela tient à sa forme même, probablement écrite au fil des semaines sans ligne directrice préalable.

 

Soyons francs et ne fanfaronnons pas, nous ne serions certainement pas allé jusqu’au bout de ce roman à plusieurs mains si nous avions été guidés dans sa lecture par l’analyse fort subtile qu’en fait Madame  Peera Songkünnatham (พีระ ส่องคืนอธรรม), elle-même originaire de l’Isan, dans un article publié en bon anglais et en bon thaï sur le site « Isaan record » dont elle est une contributrice régulière (4).

 

 

En Esania (อีซาเนีย) dans 5.000 ans, les modifications climatiques ont rendu la planète hostile à l’homme, à la faune et à la flore. Les émissions de carbones ont dépassé un nouveau critique en acidifiant les océans. Seule une petite partie de la population a survécu et ce qui était l’Isan est devenu un désert. Pilom nous livre – c’est bien la meilleure des preuves – une photo satellite de cette terre ravagée par une sur  exploitation capitaliste dont l’atmosphère est opacifiée par des nuages acides.

 

 

Le héros principal de l’aventure, Pinsak, est un pilote spécialiste de la culture et des langue anciennes de la Chine. Il est accompagné d’une jeune pilote moins familiarisée avec la culture ancienne, elle s'appelle Eve et naquit in vitro. Leurs prénoms correspondant à des jeux de mots qui nous échappent. Un logiciel à la voix féminine parlant lao les conduit tous deux dans le désert d'Esania. Leur mission est de retrouver les traces d’une ancienne civilisation dans le secteur 9 du désert esanien. En chemin, ils vont trouver un DVD de musique traditionnelle molam,

 

une ville cachée dans une oasis,

 

 

un musée de la culture de l'Isan : « Un groupe d'étranges immeubles ressemblant à une pagode dont les murs étaient décorés de vignes et de lierre en cascade et dont les parois extérieures étaient des panneaux solaire, ressemblant à une ruche géante, une innovation de haute technologie qui associe le sol à l'environnement et à l'énergie solaire ».

 

 

Ils sont accompagnés de deux insectes robots qui remplacent le mythique scarabée

 

 

et rencontrent une foule de créatures hostiles appartenant à une tribu cyborg de « capitalistes euro-américaine ».  Ce sont tous des images de « steampunk ».

 

 

Nos explorateurs viennent d’une plate-forme pétrolière située au milieu de l’océan, les réserves de combustibles fossiles étant épuisées depuis longtemps. Les cyanobactéries constituent leur principale source de nourriture. Partis à la recherche de leurs racines, nous les retrouverons au pôle Nord pour y trouver des connaissances écologiques perdues qui y seraient encore stockées.

 

La vision de Pilom est pessimiste en ce qu’il considère Esania comme notre avenir. Il nous donne une triste vision de la façon dont il considère la jeunesse d’Isan aujourd’hui :

 

« J’ai un Ipad et je suis Isan. Vous connaissez Ipad ? C’est un artiste indépendant de l’Isan  qui vient de sortir un nouvel album intitulé «  Ngu-ngu ngi-ngi ». Réponse « Et tu connais le nom de l’herbe qui est coincée dans ta chaussure ? ». Réponse « Je ne sais pas ».  Cette inculture fait selon Pilom de l’Isan l’Esania !

 

 

Pilom  cite un autre exemple que d’ailleurs Madame Peera Songkünnatham mets en exergue. Il nous a interpelés car il concerne un plat traditionnel dont nous vous avons parlé à base de ces algues d’eau douce dont la pollution des cours d’eau rend la présence de plus en plus aléatoire (5). Connu en Isan sous le nom de Lab thao (ลาบเทา), Pilom en est probablement amateur puisqu‘il nous décrit très longuement par ailleurs mais toujours sur le site Web de l’université la recette et les délices (6). Ces algues poussent deux fois par an dans les étangs et les cours d'eau.

 

 

Pilom déplore que les jeunes générations l’ignorent au profit de malsaines nouilles instantanées à base d’algues de Corée ou de Chine vendues en 7/11.  Il nous donne l’image d’un sachet de lab thao instantané et préemballé ! « Je suis resté sans voix ! Il est incroyable que la culture du peuple de l’Isan ait été effacée par les vagues de cultures étrangères. Finis les codes alimentaires, les codes de conduite, les idées de suffisance et de simplicité. Les arts et la culture reculent de jour en jour.  Je suis dégouté de ma propre culture. Je vois Esania de loin ».

 

 

Si Pilom idéalise quelque peu la sagesse traditionnelle, il ne faut pas y voir un plaidoyer pour une économie de pré-suffisance préindustrielle avec un rejet total de la technologie moderne ou un retour à l’éclairage à la chandelle. Il utilise d’abondance le Web qui ne fonctionne pas au charbon de bois.  Bien au contraire, les nouvelles technologies ont un rôle crucial qui peut préserver cette sagesse traditionnelle. Ce sont les insectes-robot qui ont transmis aux visiteurs d’Esania les connaissances perdues. « Cette exploration d'Esania n'a pas pour objectif la renaissance et la restauration de la culture perdue. Nous sommes arrivés à la conclusion que chaque culture humaine est adaptée à chaque époque, et qu’elle se déplace et se transforme au gré des courants d’idées, des croyances et de l’environnement ». « On ne doit pas investir dans la reconstruction du passé ! Le monde futur doit se situer en une synthèse entre la technologie moderne et la sagesse traditionnelle et éviter la perte d’authenticité culturelle du jeune peuple de l’Isan face aux ravages de la modernité capitaliste. On peut manger des algues d’eau douce sans appartenir à un passé révolu plutôt que de se nourrir des cyanobactéries qui sont la nourriture du futur !

 

En se rapprochant des arts et de la culture traditionnelle de façon durable, la tribu cyborg euro-américaine s’effondrera sous ses propres contradictions et ouvrira la voie à l’émancipation de la classe inférieure non cyborg ».

 

 

L’intention de Pilom est évidemment didactique  en dehors de ses néologismes et de ses jeux de mots que nous sommes incapables d’apprécier. Il est évidemment « partisan » dans la mesure où il dénonce les méfaits d’une surexploitation forcenée des ressources de la planète qui est incontestablement le fait de la tournure prise par le capitalisme de la fin du XXe et du XXIe siècle. « La société industrielle initialement charbonnière a fait grossir d’immenses métropoles et entraîné la destruction cynique des zones forestières de de nombreux espaces naturels pour produire de la nourriture, de l'énergie et nourrir le système. La plupart des forêts tropicales ont disparu à cette époque. La plus grande zone forestière du monde s'appelait l'Amazonie. Elle a été envahie au profit de la monoculture  l’implantation de puits de pétrole ou la construction de barrages et de voies routières. Les peuples autochtones qui y vivaient paisiblement dans la forêt ont été tués dans les années 1970-1980 ». Ainsi se termine l’une de ses dernières publications.

 

 

Il a l’intelligence et de toute évidence les connaissances suffisantes pour nous épargner – lui et ses correspondants d’ailleurs – des considérations sur la tarte à la crème de ce siècle, le « réchauffement climatique ».  Le  climat dans ce bas monde n’obéit pas à des règles linéaires ou mathématiques. Il varie incontestablement de façon irrégulière en fonction de paramètres dont nous ignorons tout à ce jour. La destruction de la planète qui devrait nous conduite à Esania est peut-être aussi fonction de son exploitation forcenée dans un esprit mercantile que Pilom  dénonce à juste titre. Les habitants de l’Isan savent bien qu’en saison froide (tout étant relatif ici) il fait froid, qu’en saison chaude, il fait chaud et qu’en saison des pluies il pleut, la belle affaire ! Nous en avons parlé il y a trois ans (7).

 

 

Évidemment, tout cela ne nous n’empêchera pas de dire ce que tout le monde sait déjà : quand il fait froid, c’est de la météo, et quand il fait chaud, c’est le climat qui se dérègle. Froid en hiver, chaud en été, vraiment, rien ne va plus !

 

 

NOTES

 

(1) ชมรมศิลปวัฒนธรรมอีสาน จุฬาลงกรณ์มหาวิทยาลัย - ChomromsSinlapawatthanathamIsan  Chulalongkon Mahawitthayalai)

http://www.isan.clubs.chula.ac.th/para_norkhai/index.php?transaction=post_view.php&cat_main=2&id_main=300&star=0

 

 

(2) Ceux à quoi certains répondent qu’ils se considèrent comme secrètement vengés en sachant que Bangkok sera certainement submergée sous les eaux, si ce n'est bientôt, du moins bien avant que les mers ne viennent submerger l’Isan.

 

 

(3)  http://www.isan.clubs.chula.ac.th/insect_sara/index.php?transaction=insect_1.php&id_m=17803

 

(4) Version thaïe : https://isaanrecord.com/2017/11/03/esania-sector-nine/

Version anglaise : https://isaanrecord.com/2017/11/03/climate-change-fosters-new-isaan-writing/
 

(5) Voir notre article INSOLITE 8 « KHAÏ PHAEN : SPÉCIALITÉ GASTRONOMIQUE DE LUANG-PRABANG ET DÉLICE SUR LES DEUX RIVES DU MÉKONG ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-8.khai-phaen-specialite-gastronomique-de-luang-prabang-et-delice-sur-les-deux-rives-du-mekong.html

 

(6)  http://www.isan.clubs.chula.ac.th/food_sara/index.php?transaction=food_1.php&id_m=26512

 

(7) Voir notre article   A141 «  Une découverte étonnante : En saison froide en Isan, il fait froid » :  http://www.alainbernardenthailande.com/article-a141-une-decouverte-etonnante-en-saison-froide-en-isan-il-fait-froid-122311968.html

Des journalistes imbéciles nous ont appris ces jours-ci qu’il n’y avait jamais fait aussi chaud à Paris depuis 2000 ans ! On croit rêver  (8). Il n’y avait pas de thermomètres à Lutèce à l’époque de Saint-Geneviève.  Lorsque Paris suffoque, le monde entier ne suffoque pas et les records qui y ont été battus trouvent des explications avec, en particulier, le phénomène connu de « l’effet d’îlot de chaleur urbain » : le béton, la pierre et le bitume emmagasinent de la chaleur, qu’ils restituent, ce qui est sensible la nuit en particulier, amplifiant par rayonnement les températures mesurées. Cet effet participe aussi de l’augmentation globale des températures depuis le début du XXe siècle. Avant l’invention du thermomètre à mercure et du baromètre aux environs de 1750, on ne connaît notre climat que par les historiens. Jules César traversait le Rhône entièrement pris par les glaces, période refroidissement climatique. Nous connaissons ensuite tout au long de l’histoire les limites nord de la culture de l’olivier et de la vigne. Lors de l’incontestable réchauffement de l’an mil, on cultivait la vigne à Stockholm nous apprennent les archives monastiques. C’est à cette date que les Vikings se sont emparés du Groenland,  terre fertile aujourd’hui recouverte par les glaces.

 

 

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commentaires

de Barbeyrac 10/08/2019 11:42

Bien intéressant tout ça! Continuez à alimenter notre culture livresque de ce pays qui vous accueille! Cécile