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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 22:19
H 38 - KEDAH, UN ROYAUME LÉGENDAIRE FONDÉ PAR UN DESCENDANT D’ALEXANDRE LE GRAND (?) AVANT DE DEVENIR TRIBUTAIRE DU SIAM -   PREMIÈRE PARTIE

 

LA LÉGENDE

 

 

Le petit sultanat de Kedah (ou Quedah) qui couvre 9.500 kilomètres carrés sur la côte nord-ouest de la fédération malaise et dont les Anglais dépossédèrent le Siam en 1909 a une histoire et une légende singulière.

 

 

Il aurait été au cœur de l’ancien royaume hindou-bouddhiste de Langkasuka, le plus ancien de la péninsule, fondé au 2e siècle de notre ère par un monarque légendaire Merong Mahawangsan Hikayat, lointain descendant d’Alexandre le grand, qui adopta la foi bouddhiste et dont les héritiers rejoignirent ultérieurement celle du prophète.

 

 

Carte provenant d'un atlas chinois médiéval

 

 

 

 

Il se serait étendu de la partie sud de la Thaïlande actuelle jusqu’à la moitié de la péninsule malaise et aurait occupé une partie de la péninsule indonésienne. Telle est du moins la légende relatée par les Annales de Kedah dont l’historicité est quelque peu douteuse (1).

 

 

 

Quittons le mythe et les légendes pour retourner à la réalité historique dans la mesure du moins oú nos compétences nous le permettent.

 

 

 

L’HISTOIRE

 

L’histoire de Kedah a fait l’objet de très solides articles du R.P. Louis Marie Valentin Riboud des Avinières assortis d’énormes références bibliographies en 1938 et 1939. Quoique nécessitant quelques mises à jour, cette série d’articles constituent encore la référence la plus sérieuse (en français) en ce qui concerne Kedah  (2). Ils nous conduisent à la période oú, par l’hommage de la fleur d’or, Bunga Mas dan perak en malais, (l’arbre aux fleurs d’or et d’argent) et en thaï tonmai thongngoen (ต้นไม้ทองเงิน), Kedah devint vassal du Siam. Survolons-là rapidement.

 

Carte du R.P. Riboud :

 

 

 

LES TEMPS PRÉHISTORIQUES.

 

 

La presqu'île fut probablement habitée à l'époque quaternaire ce que confirment des découvertes archéologiques dévoilées à partir des années 1930 et toujours en cours.

 

 

 

LE PREMIER SIÈCLE  AVANT JÉSUS-CHRIST.

 

 

Pline le Jeune parle du grand trafic des Indes de l'au-delà et de l'en-deçà du Gange, du commerce des Scythes, de la Sérique, de l'Attan (Afghanistan ?) et de la Cattacoria avec les naturels du pays, les Girgassis, nom des premiers habitants de Kedah. Aux alentours de l’année 75 Kedah fait partie du royaume Madjapit de Java.

 

 

 

LE DEUXIÈME SIÈCLE.

 

 

Claude Ptolémée, astronome grec, né à ce que l'on croit à Ptolémaïs  en Thébaïde au début  du IIe siècle après Jésus-Christ, vécut longtemps à Alexandrie ou à Canope (en Égypte). Il en signale le rôle commercial  vers 163.

 

 

Le monde de Ptolémée :

 

 

 

LES SEPTIÈME  ET HUITIÈME SIÈCLES : LES CHINOIS ET LA CONVERSION Á L’ISLAM.

 

 

Sous la dynastie chinoise des Tang, un certain Yi-Tsing ou Tchang Woming fit de 671 à 673, un premier voyage depuis la Chine pour aller dans l'Inde. Il en décrit soigneusement les étapes et note qu'il passa par Kie-Tch'a identifié avec Kedah. De là, il se rendit à Aceh (Sumatra). L’article de Paul Pelliot de 1904  est à son sujet une source fondamentale. (3)

 

 

 

 

En 637, un Arabe, le  Sheikh Abdulla arriva à Kedah et y introduisit l 'Islam. Le roi de Kedah, se soumit à la religion du Bédouin.

 

 

 

LE NEUVIÈME SIÈCLE.

 

 

Pourquoi Kedah était-il alors recherché par les navigateurs et les voyageurs ? Sa situation géographique l’explique : par sa position entre l'Inde et la Chine, la presqu'île de Malacca sépare l'Océan Indien et la Mer de Chine, et ne laisse qu'un étroit passage au Sud entre Singapour et Sumatra.

 

 

Du VIIe, VIIIe et jusqu'au XVIIle siècle, le Sultan de Johore, État malais situé au Sud de la presqu'île, était très puissant.

 

 

 

 

Il possédait une flotte montée par des pirates qui pillaient les bateaux s'aventurant dans les détroits ; c'est pourquoi les marchands chinois et arabes trouvèrent la route Cambodge  - Kedah - Aceh – Inde - Arabie. Une pointe du Cambodge se situe à la hauteur de Pattani (Singora). On allait en bateau de cette pointe à l'un des ports de la côte Est de la presqu'île malaise ; on y déchargeait les marchandises qui étaient portées à dos d'éléphants jusqu'au Port de Kedah, où on les rechargeait sur un bateau qui partait pour Aceh. Ainsi l'on évitait les pirates et l'on gagnait du temps : En sus d’être infesté de pirates, le détroit de Singapour s'ouvrait à l'Est sur une mer, l'hiver battue par les typhons.

 

 

 

LES VOYAGE DES ARABES DANS L'INDE AU NEUVIÈME SIÈCLE

 

 

Soleyman, marchand arabe, décrivit ses voyages en 851 de notre ère et Kedah comme port où se faisait échange de produits venant de la Chine et de l'Arabie.

 

 

 

LES DIXIÈME ET ONZIÈME SIÈCLES : LES INDIENS : LE ROYAUME DE ÇRIVIJAYA. 

 

 

La colonie indienne de Sumatra constitua le royaume bouddhiste de Çrivijaya connue des géographes arabes, qui soumit la péninsule malaise.

 

 

 

 

LE TREZIÈME SIÈCLE : L’ARRIVÉE DES THAÏS.

 

 

Vers 1292, les Thaïs du Ménam enlevaient à Çrivijaya la presqu'île de Malacca. C’est un de leur chef, Praya U-thong (พระเจ้าอู่ทอง), qui fonda Ayutthaya  vers 1351. Un siècle plus tard, vers 1460, ils étaient alors maîtres de la péninsule (4).

 

 

 

LE QUATORZIÈME SIÈCLE.

 

 

Odoric de Pordenone, Missionnaire franciscain né en 1286 à Civitale dans le Frioul, mort le 14 janvier 1331, visita Ceylan et la Chine vers 1300.

 

 

 

 

Dans sa relation de voyage, il mentionne « Kalah », où il aurait abordé pendant sa traversée de Ceylan en Chine (5).

 

 

 

LE QUINZIÈME SIÈCLE.

 

 

Au commencement du XVIIe siècle, le Sultan Abdalla de Malacca rédigea les généalogies malaises (« Sedjarah Malayu »)

 

 

 

 

et nous apprend que le premier roi qui régna aux environs de 1252 répondait au nom de Raja Iskander Chah. Nous ne l’aurions pas signalé s’il ne s’agissait tout simplement de la transcription d’Alexandre (Remarque : Iskander = Alexandre) Une origine que les Gouverneurs de Sumatra ont toujours reprise – en toute modestie -  . Celui-ci régnait à Singapour depuis 32 ans lorsqu’il fut vaincu par les Javanais et s'enfuit ; il se réfugia sous un arbre dont il demanda le nom et, apprenant qu’il s'appelait « Malaka » : «  Eh bien, dit-il, ce sera le nom de la ville que je veux fonder ici-même ». En 1477, sous le Sultan Mahmoud Chah, le roi de Kedah lui rendit hommage comme son suzerain. Au XVe siècle, le rajah de Malacca régnait sur les autres princes de la péninsule et donc sur Kedah.

 

 

 

LE SEIZIÈME SIÈCLE : LES PORTUGAIS,

 

 

Les Portugais prirent Malacca en 1510 et s’y établirent définitivement en décembre 1511 par Alfonso de Albuquerque qui revint le 20 mai 1513 à Lisbonne. Selon la tradition malaise, le commerce de Port-Kedah avec les Portugais commença en 1511.

 

 

 

 

Nous retrouvons Fernando Mendez Pinto : Cet aventurier portugais, né vers 1510, qui parcourut avec des corsaires les mers de la Chine et du Japon, et fut plusieurs fois pris et vendu comme esclave ; Il  accompagna Saint François Xavier au Japon, revint dans son pays en 1558 et y rédigea le récit de ses voyages qui n'ont paru qu'après sa mort, à Lisbonne en 1614 et à Madrid en 1620 et ne furent traduits en français qu’en 1828. Il visita en particulier, une partie des îles « Sambillan » (Smilan), Jonsala (Phuket) et Kedah.

 

 

 

 

 

LE SEIZIÈME SIÈCLE, LES HOLLANDAIS.

 

 

La Compagnie  néerlandaise des Indes Orientales  fut fondée au XlVe  siècle. Un Hollandais nommé Corneille Houtman étant au Portugal, fit par pure curiosité plusieurs enquêtes touchant les Indes Orientales et sur la route qu'il fallait prendre pour y aller.

 

 

 

LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

 

 

Il faut rappeler ici que ce qui faisait l'importance de Kedah.  C’est d'une part le commerce du poivre, renommé comme l’un des meilleurs au monde et l’une des épices les plus précieuses. 

 

 

C’est aussi la quasi-nécessité de faire traverser les marchandises par voie de terre par la presqu'île, soit à Mergui, soit à Tenasserim, soit à Kedah de préférence, port le plus proche ou soit de Malacca, d'Aceh, dépendant de Sumatra, et qui permettait de rejoindre facilement la côte Est, Singora (Pattani), ports situés juste en face de la pointe du Cambodge  à cause des pirates qui infestaient les détroits en face de Johore. Le Chevalier de la Roque, commandant de l'Amphitrite, écrivait le 17 septembre 1698 « Peu de temps auparavant un vaisseau semblable avait pillé un bâtiment anglais qui quittait Johore (pillé par les Malais de Manicolo (?). Le roi de Johore protège ces gaillards parce qu'ils lui paient un tribut ».

 

 

 

 

Cette période voit des affrontements sanglants entre les Bataves et les Portugais. Louis Riboud  nous les décrit en détail, justificatifs à l’appui. Nous vous les épargnons.

 

 

Le Général Sébastien Auguste Pontault de Beaulieu, ingénieur et maréchal de camp sous Louis XIV  fit un voyage en 1621 dans les Indes Orientales pour le compte de la France, pour préparer la Compagnie des Indes Françaises. Il entendit vanter Kedah et Lankawi comme deux lieux où le poivre n'était pas moins abondant qu'à Sumatra et fit la résolution de prendre cette route (6).

 

 

 

 

Le Général nous explique les raisons pour lesquelles Kedah s’était depuis quelques années  placé sous la protection du roi du Siam :

 

 

Le royaume avait été attaqué par celui d’Aceh apparemment en 1603. Situé au nord de l’île de Java, ce sultanat s’était lancé depuis le XVIe siècle à la conquête de la péninsule malaise avec son apogée sous le règne du sultan Iskander Muda (qui régna de 1607 à 1636). 

 

 

 

 

Sans doute avait-il hérité des qualités guerrières de son ancêtre Alexandre le grand ? Le pays fut ravagé, le Roi même avec ses enfants et toute sa richesse fut emmené à Aceh. Faiblement peuplé, probablement pas plus de vingt-mille, Kedah n’avait pas la possibilité de résister à son puissant voisin et n’avait aucun secours à attendre des sultanats de la péninsule. La protection du puissant voisin du nord s’imposait.

 

 

Les descriptions ultérieures des voyageurs et observateurs font toutes références à cette allégeance. Ainsi dans les « Voyages » de Jean Struys datés de 1650 (7), 

 

 

 

 

ou le récit de son voyage aux Indes Orientales  entre 1658 et 1665.  Gautier Shouten écrit « plus au Nord par les 6°1/2, est le royaume de Queda, qui aussi bien que celui de Perach a été autrefois florissant par le commerce. Mais les guerres qu'il eut à soutenir contre les Rois d'Achin lui ont été préjudiciables et enfin il a été conquis par ce Prince » (8).

 

 

 

 

Nous avons donc une certitude : en 1685 le royaume de Kedah était définitivement tributaire de Siam qui lui devait sa protection contre Aceh depuis quelques dizaines d’années mais sans que nous puissions déterminer la date exacte du début de ce protectorat.

 

 

Carte française datée de 1650 :

 

 

 

 

En 1685, le  Chevalier de Chaumont cite Kedah parmi les royaumes tributaires (9) comme l'Abbé de Choisy (10) et Simon de la Loubère en 1700 (11).

 

 

 

 

 

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE

 

 

Carte datée de 1750 :

 

 

 

 

Nous retrouvons la même constatation dans une correspondance de 1709 du Père Taillandier, Jésuite, au Père Willard à Pondichéry : « Le Roi est tributaire du Roi de Siam »  (12)

 

 

Après la brève période de soumission du Siam aux Birmans, le roi Taksin rétablit sa grandeur et confirma son installation au nord de la péninsule de Malacca.

 

 

 

L’ÉPISODE DE 1786 ET LA VENTE DE L’ÎLE DE PENANG

 

 

Carte anglaise de 1763 :

 

 

 

 

Cet épisode se situe à une époque difficile pour le Siam. En 1785 et 1786, les Birmans ont repris les hostilités. Alors que la guerre était en cours, Kedah avait arrêté la livraison de la fleur d’or. Mais le Siam retrouva rapidement sa puissance et exigea le payement du tribut.  Abdullah Mukarram Shah, le sultan se sentit-il menacé face aux exigences du Siam. ? Voulut-il préserver la souveraineté de Kedah et le bien-être de son peuple comme le dit l’histoire angélique locale ? Souhait-il se placer sous la protection anglaise ? Jouait-il double jeu entre les Birmans et les Siamois ? Etait-il tout simplement désargenté ? Ces deux dernières hypothèses sont les plus probables.

 

 

Toujours est-il qu’en 1786, le Sultan loue à un certain Capitaine Francis Light au nom de la « East India Company » l'île de Penang (ปูเลาปีนัง) pour la somme de 10.000 dollars pour huit ans.

 

 

 

 

Qui était-il ? Ayant quitté la marine anglaise en 1765, il partit chercher fortune dans l'Inde. En 1771, il était  agent à Kedah de la Maison Jourdan Sullivan et de Souza de Madras. Il aurait épousé une fille du Sultan de Kedah ce qui lui permit de traiter avec lui pour obtenir Penang aux fins d’y établir un magasin. Le traité fut signé le 11 juillet 1786 et la prise de possession devint effective le 11 août. Il réussit à attirer quelques européens commerçants à Kedah y compris de nombreux catholiques. Le roi Rama Ier qui n’avait pas été convié au traité ne s’en formalisa pas. Il avait probablement des soucis plus pressants que ses royaumes tributaires du sud et surtout, ce territoire ne présentait alors pas le moindre intérêt. L’île dont la superficie n’est que de 293 kilomètres carrés, était alors vierge et, sinon inhabitée, peuplée de tribus aborigènes et recouverte la jungle. On rapporte que lorsqu’il voulut défricher Penang, Light qui avait fait venir de la main-d’œuvre malaise sur l’île, pour la stimuler chargea un canon avec des pièces de monnaie et tira. Les indigènes se précipitèrent et nettoyèrent la place ! L’authenticité de l’anecdote reste douteuse.

 

 

Statue de Light à Georgetown, capitale de l'île :

 

 

 

 

Qui était Light ? Un vertueux serviteur de la couronne ayant pressenti l’importance stratégique sinon économique que prendrait l’île beaucoup plus tard ? Il semble qu’il faille le ranger tout simplement au rang de ces aventuriers cupides qui cherchaient à se tailler un royaume comme James Brook qui devint rajah de Sarawak quelques années plus tard ?

 

 

 

 

Il obtint en tous cas de son beau-père (?) en 1791 une modification du traité, la redevance étant abaissée à 6.000 dollars mais l’île concédée à perpétuité : Le bail de 8 ans devint donc concession perpétuelle. Light eut la malchance de mourir prématurément le 21 octobre 1794 emporté par la fièvre sans avoir eu le temps de faire fortune et encore moins de ceindre une couronne. Il mourut pauvre et repose dans une modeste tombe en briques dans le cimetière protestant de la capitale.

 

 

 

 

Combien de temps fut payée la rente de 6.000 dollars ? Elle l’était encore en tout cas en 1865 (13) mais semble avoir cessé en 1891.

 

 

Cet accord fut en réalité un marché de dupes. Le sultan Abdullah avait laissé Light occuper Penang, en dehors du versement de la redevance, à condition que l’East India Company  lui fournisse une assistance militaire en cas de besoin lorsque Kedah serait attaqué par des ennemis. Lorsqu’en 1786 le Siam conquit ou reconquit Pattani et menaça Kedah, le sultan demanda l'assistance militaire de l’East India Company  ce que celle-ci refusa au prétexte que le sultan avait contracté avec Light et non avec elle. Lorsque le sultan, après avoir expulsé Light de Penang envisagea une opération militaire pour reprendre l’île, Light demanda l'aide de l'armée britannique pour attaquer le fief du sultan Abdullah à Seberang Perai : Cette partie côtière du sultanat face à Penang était connue sous le nom anglais de Wellesley.

 

 

 

 

Le sultan Abdullah perdit la partie et le traité de paix du 1er mai 1791 fit tomber l’île directement dans l’escarcelle de l’East India Company donc de la couronne britannique et entraîna l’annulation du payement de la redevance : Light ne devint pas Rajah et Abdullah comme nous allons le voir, se retrouva le dindon de la farce.

 

 

Á peine d’ailleurs les Anglais eurent-ils fait celte acquisition qu'ils en comprirent toute l'importance non seulement économique alors que ce furent probablement des motifs essentiellement mercantiles qui animaient Light. Par sa position, leur nouvel établissement commandait les détroits; il possédait un bon port, pouvant servir de point de station aux escadres chargées de garder ce passage important, et devenir, moyennant la franchise de tous droits accordés au commerce indigène, un riche entrepôt de marchandises, où les caboteurs de tous les pays malais afflueraient inévitablement. Quelques temps plus tard, en 1800, Sir George Leith, premier lieutenant-gouverneur de l'île du Prince de Galles ainsi que les Anglais baptisèrent Penang, obtint du Sultan Abdullah  comme nous venons de le voir une bande minuscule de terre côtière à Seberang Perai de 189,3 km2 et le renomma Province Wellesley. C’était tout simplement sur ce petit territoire que se situaient de riches mines d’étain, or ce métal ne présente aucun intérêt pour les Siamois qui ne pratiquent aucune technologie l’utilisant. Divers accords frontaliers intervinrent alors non pas avec le Sultan mais directement avec le Siam (1831 – 1858 et 1874) qui se conduisit incontestablement en suzerain.

 

 

 

 

 

…  / … À suivre

 

NOTES

 

 

(1) Les Annales de Kedah sont une œuvre écrite à la fin du 18e siècle ou au 19e siècle qui conte l’histoire du royaume jusqu’à son entrée dans l’Islam et qui serait très populaire encore. Elles ont été traduites en anglais en 1908. La localisation de ce royaume fait l’objet de doctes querelles érudites. Des découvertes archéologiques récentes en situent le centre au sud de Pattani ainsi que le pense Michel Jacq-Hergoualc'h (voir l’article cosigné de Pakpadee Yukongdi, Pornthip Puntukowit et Thiva Supajanya « Une cité-état de la Péninsule malaise : le Langkasuka » in : Arts asiatiques, tome 50, 1995. pp. 47-68).  Des érudits malais pensent le contraire et le situe aux environs de Kedah.

 

 

 

Un très beau film thaï d’aventure qui est à l’histoire ce que Douanier Rousseau est à la peinture, intitulé Queens of Langkasuka  (ปืนใหญ่จอมสลัด) a été reçu avec intérêt au festival de Cannes en 2008

 

 

 

(2) Louis Marie Valentin Riboud des Avinières qui se contente de signer Louis Riboud  a été admis aux Missions étrangères en 1911 et, après la guerre, ordonnée prêtre le 12 mars 1921. Il partit pour la Malaisie le 26 septembre 1921. Il occupa divers postes dans le Kedah, de 1926 à 1935 et en 1936 fut chargé de la paroisse indienne de Penang. Il devait y passer le reste de sa vie missionnaire jusqu’à son décès qui survint le 23 septembre 1960. Il y est inhumé dans le cimetière catholique de la capitale ou ce qu’il en reste. Ses articles encyclopédiques occupent dix-sept livraisons du Bulletin de la société des Missions étrangères de Paris en 1938 et 1939.

 

 

 

 

(3) Paul Pelliot : « Deux itinéraires de Chine en Inde à la fin du VIIIe siècle » in : Bulletin de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, IV 1904, p. 279.

 

 

(4) Georges Cœdès : « Le royaume de Çrīvijaya » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 18, 1918. pp. 1-36;

 

 

(5) Henri Cordier « Les Voyages en Asie au XIVe siècle, du bienheureux frère Odoric de Pordenone, religieux de Saint-François »  Paris, Ernest Leroux, 1891 : introduction, notes, traduction, édition de la version en ancien français de Jean le Long d'Ypres, circa 1350.

 

 

(6)  « Histoire Générale des voyages », tome XXXIV. 

 

 

 

 

(7) Tome I de l’édition de  1650. Sur Jean Struys, voir notre article A 263 « JEAN STRUYS (JAN JANSZOON STRUYS), AVENTURIER HOLLANDAIS AU SIAM EN 1650 ET TÉMOIN DES MASSACRES DE LA MÊME ANNÉE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-263-jean-struys-jan-janszoon-struys-aventurier-hollandais-au-siam-en-1650-et-temoin-des-massacres-de-la-meme-annee.html

 

 

(8) « Voyage de Gautier Schouten aux Indes orientales, commencé  l’an 1958 et fini l’an 1665 », à Rouen, 1725.

 

 

 

 

(9)  « Relation de l'Ambassade de Mr le  Chevalier de Chaumont à la Cour du Roi de Siam » de 1685.

 

 

(10)  « Journal du voyage de Siam » de 1688.

 

 

(11) « Description du Royaume de Siam » de 1700.

 

 

(12) « Choix des lettres édifiantes écrites des missions étrangères » ; tome VIII, Mission de l’Inde, 1855

 

 

 

 

(13) H. Blerzy « Les Colonies anglaises de la Malaisie » in Revue des Deux Mondestome 66, 1866 p. 643 s.

 

 

 

 

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