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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 22:14

 

 

 

 

DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

 

 

En 1803, un nouveau sultan Ahmad Tajuddin Halim Shah règne à Kedah.  

 

 

 

 

Désigné comme héritier apparent (Uparaja) par le roi du Siam en 1799, il contraint son prédécesseur et oncle à l’abdication en 1803 et fut reconnu comme souverain par le Siam. Ayant vent d’une possible invasion du Siam par les Birmans en 1820, il préfère jouer double jeu et refusa d’envoyer l’hommage et négocia une alliance birmane. Bien mal lui prit. Le gouverneur de Ligor (Nakon Si Thammarat) envahit le pays le 12 novembre 1821 et le conquiert sans difficultés. Le sultan fuit en territoire britannique et le gouverneur de Ligor nomme son fils comme gouverneur intérimaire. Les autorités britanniques lui accordent généreusement  l'asile et une pension lui permettant de vivre en exil, d'abord à Penang, puis à Malacca.

 

 

La reprise du contrôle des Siamois sur Kedah a commencé.

 

 

Définitivement sorti de ses guerres avec la Birmanie, le Siam pouvait à nouveau tourner son attention vers la péninsule malaise. Ahmad se plaint constamment au gouvernement de Penang des exigences siamoises et refuse d'envoyer la fleur d’or. Après l’invasion siamoise des milliers de réfugiés fuient en territoire britannique. Des milliers de personnes furent tuées et de nombreuses autres déportées au Siam ainsi le fils préféré du sultan, Tengku Yaacob qui fut capturé et envoyé à Bangkok. Le pays est mis au pillage avec de nombreuses déportations,  les mœurs du temps.  Ainsi 1.000 Malais de Kedah furent envoyés à Bangkok pour servir d’esclaves au roi et à ses ministres. En 1826 et 1829, des tentatives de neveux du sultan, Tengku Mohamed Said et Tengku Kudin, furent brisées dans l’œuf, ainsi qu'en 1831, en 1836, et la dernière en 1838. Conscient qu’il ne pourrait pas reconquérir son trône par la force et qu’il ne bénéficierait d’aucun soutien anglais, le sultan a donc décidé d'envoyer son fils aîné, Tengku Dai, à Bangkok, pour demander pardon et en 1842, le sultan fut rétabli sur son trône avec ses prébendes évidemment.

 

 

L’Angleterre avait honteusement trahi son allié, cette attitude reçut dans l’opinion éclairée l’accueil qu’elle méritait (1).

 

 

 

Faut-il voir dans ce contexte singulier les prémices d’un combat de la Malaisie (qui n’existe pas alors) contre le colonialisme ?

 

 

Que cette opinion soit répandue chez les bien-pensants de la péninsule et dans les livres d’histoire à l’usage des petits malais est une chose, qu’elle corresponde à la réalité en est une autre. Il est difficile d’y voir autre chose que la lutte entre tous ceux qui veulent être "calife à la place du calife".

 

 

 

Il avait échappé aux successeurs du sultan que depuis bien avant 1874, les Britanniques avaient formellement marqué leur intervention d’intervenir directement dans les affaires des États  de la péninsule malaise . Le traité de Pangkor en fut toutefois la première manifestation formelle. Il fut signé le 20 janvier 1874 entre le Royaume-Uni et le prétendant au trône de Peraket le prince Raja  Ismail, sur l'île de Pangkor au large de Perak (Perak est le sultanat situé sur la côté malaise à l’ouest directement au sud de Kedah) .....

 

 

 

 

...dans les circonstances suivantes : En 1871 le sultan Ali mourut en laissant trois fils, les princes Abdullah (qui n’est pas le nôtre), Ismail et Yusuf. Selon le complexe système de succession, c'est Abdullah qui aurait dû être nommé son successeur, mais c'est Ismail qui est élu. Un autre intérêt, primordial, était en jeu : le contrôle des mines d’étain des énormes gisements de Perak. Abdullah fit alors appel à l'aide britannique pour résoudre ces deux problèmes, son droit au trône et (surtout ?) le contrôle des mines. Les Anglais saisirent cette occasion et organisèrent une conférence à Pangkor qui se conclut par la signature d'un traité par lequel Abdullah recouvrait ses droits mais en présence de la désignation, pour la première fois dans la péninsule, d’un résident britannique en la personne de James Wheeler Woodford Birch, Perak fut bel et bien colonisé.

 

 

La conquête était partie de Singapour en 1819, Malacca en 1824. Elle se concrétisa en 1826 lorsque Malacca, Penang et Singapour, sous le nom de Straits Settlements (« Établissements des détroits ») furent placés sous l'administration de la Compagnie britannique des Indes orientales, dont le siège était à Calcutta  dans les Indes britanniques. 

 

Notons que le Traité de Londres de 1824 par lequel les Hollandais cédèrent finalement Malacca aux Anglais consacrait la division du  monde malais en deux parties marquées par une détestation multi-séculaire, la future Malaisie et l'Indonésie. (Le président indonésien Soekarno déclarait volontiers que la Malaisie est une création fantoche de la colonisation britannique.)

Le rève de la grande Indonésie du Président Soekarno

Le rève de la grande Indonésie du Président Soekarno

L’HOMMAGE DE LA FLEUR D’OR

 

 

Quel était donc le sens de cette cérémonie d’allégeance symbolique appelée en malais Bunga Mas dan perak (l’arbre aux fleurs d’or et d’argent) et en thaï tonmai thongngoen  (ต้นไม้ทองเงิน) ?

 

 

Son origine viendrait du royaume d’Ayutthaya : C’est un hommage rendu tous les trois ans au roi d'Ayutthaya par ses États vassaux de la péninsule malaise, notamment Kedah. L’hommage consistait en deux petits arbres en or et en argent auxquels s’ajoutaient de coûteux dons d’armes, de biens et d’esclaves. Peut-être est-il d’origine bouddhiste ? Il semble que la première manifestation vienne de Kedah dont les dirigeants du 17ème siècle la considéraient comme un gage d'amitié : C’est de Kedah que serait partie cette première marque d’allégeance que les rois siamois maintinrent par la suite comme signe de reconnaissance de leur suzeraineté.

 

Quel était aussi sa portée ? Un article de l’universitaire malais Ahmat Sharom nous éclaire beaucoup plus largement que ne le fait le père Riboud (2).

 

 

 

Cette pratique d’ailleurs semble conforter les droits du roi de l’éléphant Blanc au sens du droit international, au moins comme on le concevait à l’époque (3).

 

La suzeraineté du Siam sur Kedah fut solennellement confirmée en 1826 dans le traité signé par le capitaine Burney. En dehors de dispositions purement commerciales toujours omni-présentes dans l’esprit mercantile des Anglais, il est précisé que lorsque le Rajah de Kedah avait précédemment conclu des traités avec la Compagnie des Indes orientales pour son propre compte et cédé Penang et la Province Wellesley,

 

 

 

....celle-ci ignorait qu'ils étaient tributaires du Siam. Dans l’art de la duplicité, il était difficile de faire mieux ! Il fut donc convenu que les Siamois resteraient à Kedah et prendraient soin de ce pays et de ses habitants. En sus de Kedah, le traité confirmait la suzeraineté du Siam sur les provinces de Perak, Tringganu et Kelantan.

 

Cette présence du Siam à Kedah fut-elle pesante sinon féroce comme le laisse entendre un article de Pierre Fistié (4) ? L’opinion divergente d’un universitaire malais (2) a évidemment suscité notre intérêt.

En 1842, lorsque les troubles furent apaisés, le roi Rama III décida d'envoyer Phya Si Phiphat (เจ้าพระยาพิพัฒน์) commandant en chef de l'armée de Bangkok à Kedah afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer une paix durable dans les provinces du sud.

 

 

 

 

Celui-ci estima qu’une réorganisation complète de l'administration était nécessaire et que tant que des fonctionnaires siamois gouverneraient directement Kedah, il y aurait inévitablement des ennuis. Il recommanda donc de désigner des parents du sultan acceptables par le Siam. En outre, il recommanda d'affaiblir la force potentielle de Kedah en divisant l'État en trois territoires distincts. Toutes ces recommandations furent suivies, trois circonscriptions administratives, confiées chacune à un rajah malais de la famille royale, furent créées jusqu’au retour du sultan sur le trône central en 1842. Cette politique de sagesse fut suivie tout au long du siècle, le Siam considérant qu'une implication directe dans les affaires internes de Kedah ne ferait qu'engendrer des difficultés d’autant que la répression coûteuse d’éventuelles révoltes aurait nécessité l'aide des Britanniques qui avaient clairement fait savoir qu'ils ne souhaitaient pas continuer à jouer ce rôle et que, dans le contexte de l'activité européenne dans la région à la fin du 19e siècle, le Siam se rendit compte qu'il ne pouvait pas se permettre de s'aliéner les Britanniques. Le résultat final fut une quasi-indépendance de Kedah par rapport à l'administration interne siamoise notamment celle de Nakon Si Thammarat. Kedah, pour sa part, avait retenu la leçon de 1821 et l'inutilité de la résistance contre un pays plus puissant.

 

 

Tengku Anum, parent éloigné du sultan Ahmad Tajuddin s’était joint au Rajah de Ligor (vice-roi de Nakon Si Thammarat) et, en 1826, il conduisit une délégation de notables de Kedah à la Cour de Bangkok, assurant au roi que la population malaise était heureuse sous ce régime. Cette période de coexistence pacifique fut renforcée par la  création de liens personnels étroits entre les deux familles royales. Le roi Mongkut aimait beaucoup le sultan Ahmad Tajuddin qu’il reçut souvent à la cour. Celui-ci comme son prédécesseur, prit part à la « Cérémonie d’allégeance de l’eau » (18). Il se rendit souvent à la cour du roi Chulalongkorn qui lui réservait un accueil fastueux. En 1897, dans le cadre des réformes administratives du Prince Damrong, fut créé le monthon de Saiburi (มณฑลไทรบุรี) ou monton de Kedah (มณฑลเกอดะฮ์) regroupant Kedah, le mueang Palit (เมืองปลิศ) aujourd’hui appelé Perlis (เปอร์ลิศ) et le mueang Satun (เมืองสตูล), passant sous contrôle du ministère de l’intérieur. Le sultan Abdul Hamid devint alors Chao Phraya et fut nommé haut-commissaire du nouveau Monthon. Il écrivit immédiatement au roi pour lui exprimer sa gratitude et réaffirmer qu'il se contentait d'être un sujet loyal pour cette génération et les générations futures. Ce poste passa ensuite à son successeur, le Raja Muda Abdul Aziz. Tous deux effectuaient de longs séjours à Bangkok oú ils étaient reçus fastueusement pour discuter de diverses questions intéressant la gestion de la région. De nombreux membres de la famille royale de Kedah vivaient en permanence à Bangkok, envoyés pour y être éduqués et formés. En dehors de brefs contrôles en matière fiscale, il n'y eut aucune ingérence des Siamois dans les affaires économiques de Kedah. Au contraire, les Siamois firent preuve de beaucoup de tolérance et de compréhension à l'égard de la politique économique du pays. Sir Frank Athelstane Swettenham premier résident général des états malais en 1896 qui détestait les Siamois et avait tendant à les regarder comme des seigneurs impitoyables dut admettre que Kedah n’était pas tenue d’envoyer la plus grande partie de ses revenus à Bangkok.

 

 

 

 

Le roi Chulalongkorn décréta que dans les provinces du sud, on devait distinguer deux catégories d'accords, ceux concernant le Siam, tels que l'exploitation forestière et minière et la fiscalité agricole, qui nécessitaient l’accord de Bangkok et les accords privés tels les concessions de terres qui pouvaient être conclus librement.

 

 

 

Il n’y a qu’en la matière des successions royales que le contrôle de Bangkok était absolu. Les sultans Zainal Rashid Muazzam Shah (1843-1854) et Ahmad Tajuddin Mukarram Shah (1854-1879)  furent nommés directement par le Siam. La question fut illustrée en 1879 : Cette année-là, le sultan Ahmad Tajuddin mourut, laissant derrière lui deux très jeunes fils, Tengku Putra, âgé de 16 ans, et Tengku Hamid, âgé de 12 ans. Il était prévu que l'un ou l'autre finirait par devenir Sultan et que l'un des frères du défunt jouerait le rôle de régent. Les membres de la maison royale jugèrent plus sage de laisser les Siamois régler cette question.

 

 

Il est un autre domaine où le contrôle siamois était absolu, celui des relations étrangères. Tel fut en particulier le cas lorsque fut rediscutée la question de la limite frontalière entre Kedah et Wellesley.  A l’occasion d’un conflit entre Kedah et Penang, le roi Mongkut écrivit au consul britannique à Bangkok pour l'informer que ses États malais bénéficieraient de la protection siamoise en cas de conflit.

 

 

 

 

En définitive, le plus souvent le Siam laissait Kedah libre de ses mouvements. Quand par exception, il intervenait, il est évident que le sultanat devait s’incliner. La raison que donne Ahmat Sharom à cette liberté qu’il qualifie d’ « énorme » tient au fait que les Siamois n’avaient que peu d’avantages tangibles à retirer de Kedah. L’opinion du roi Chulalongkorn est sans équivoque après sa visite dans les États malais siamois en 1891 : « nous n’avons aucun intérêt particulier pour ces États ... Si nous les perdions au profit de l’Angleterre, nous ne perdrions que le Bunga Mas, perte matérielle. Toutefois, c’est une atteinte à notre prestige, c’est pourquoi nous devons renforcer notre emprise sur cette partie du territoire ».

 

 

Nous étions – semble-t-il – loin d’un système d’oppression comme le répandait à plaisir la littérature et la presse coloniale anglaise (5).

 

 

Cette situation de quasi indépendance et la capacité de Kedah à survivre indépendamment de Siam n'était toutefois pas destinée à continuer sans entraves. La dernière décennie du XIXe siècle marqua le début de sa fin.

 

 

 En 1892, le roi Chulalongkorn instaura une politique de centralisation dans tout le pays dont l’axe central fut la réorganisation des monthon sous le contrôle direct du ministère de l'Intérieur. Ce fut en 1897 le schéma de l’intégration de Kedah, Perlis et Satun dans le monthon de Saiburi avec le sultan de Kedah en tant que haut-commissaire à la suite de laquelle il ne fut plus question de cérémonie d’envoi du Bunga Mas.

 

 

 

 

Le Siam a longtemps hésité à prendre d’autres mesures, de peur que cela ne provoque une réaction des Britanniques. Le politique britannique vis-à-vis des États du nord malais va changer suite à la déclaration anglo-française de 1896 qui avait convaincu le Royaume-Uni que la France ne constituerait pas une menace pour ses intérêts dans la péninsule.

 

 

Les Anglais intervinrent ouvertement en 1902 à Kelantan (envoi d’un régiment de 300 Sikhs sous le prétexte allégué de constituer la garde personnelle du sultan) et à Terengganu. Le Siam prit les devants avant que les Britanniques n’agissent de crainte que leur prochaine cible ne soit Kedah. La situation y fut alors critique, avec le sultan  à moitié fou, le pays en faillite virtuelle et tous ses revenus hypothéqués. Au terme de très longues discussions, le Siam souhaitait l’envoi à Kedah comme à Kelantan et Terenganu d’un résident ou conseiller britannique. Le Foreign Office considéra que Kedah était bien une dépendance du Siam, ce qui avait été reconnu par la Grande-Bretagne mais que si les Siamois voulaient installer un conseiller à Kedah, il serait très difficile aux Britanniques de s'y opposer. La situation prit un nouveau tournant en mars 1905 lorsque le Raja Muda Tengku Abdul Aziz se rendit à Bangkok avec une lettre du sultan accompagnée d'autres documents relatifs à la situation financière critique de Kedah. Tengku Abdul Aziz rencontra le prince Damrong auquel il demandant un prêt, et la nomination d'un conseiller financier et en outre, il suggéra de constituer un conseil pour administrer le pays, en raison de « la mauvaise santé » du sultan.

 

 

 

 

Il était dès lors difficile aux Anglais de s’opposer à la demande siamoise à une triple condition, que le gouvernement de Kedah soit laissé entre les mains des autorités locales, que le conseiller soit destitué une fois la situation financière assainie et que le conseiller et ses assistants soient de nationalité britannique, nommés et révoqués avec l'approbation britannique. Après de nouvelles discussions, l’affaire se termina le 16 juin 1905 en vertu d’un accord en vertu duquel le Siam s'engageait à prêter à Kedah un prêt de 2,6 millions de dollars à un taux d'intérêt de 6% par an. En contrepartie, Kedah accepterait, jusqu'au remboursement intégral de sa dette les services d'un conseiller, nommé par le gouvernement siamois, qui contribuerait à l'administration financière du pays. La signature de cet accord mit fin à la quasi-indépendance de Kedah qui, depuis 1842, dirigeait ses propres affaires pratiquement à sa guise et marqua également la fin du contrôle absolu du sultan sur les affaires de son État : Le pays se dota alors d'une constitution le 29 juillet 1905 créant un conseil d'État dirigé par les frères et les fils du sultan qui lui ôtait tous pouvoirs.

 

 

Le sort de Kedah fut définitivement réglé par le traité du 10 mars 1909 en son article premier :

« Le gouvernement siamois transfère au gouvernement britannique tous les droits de suzeraineté, de protection, d'administration et de contrôle qu'ils possèdent sur les États de  et les îles adjacentes. Les frontières de ces les territoires sont définis par le protocole de délimitation des frontières joint en annexe ».

 

 

 

La tache d’huile britannique s’est répandue. La vérité est que la Grande-Bretagne voulait la Malaisie qui lui permettait – en dehors du contrôle des mines d’étain – de contrôler le détroit de Malacca, voie maritime entre l'Inde et la Chine, après avoir soigneusement bloqué toute tentative de percement d’un canal entre les deux océans à la hauteur de l’isthme de Kra (6).

 

 

 

 

 

Notre propos n’est pas d’écrire l’histoire de la colonisation anglaise en Malaisie mais, pour en rester à Kedah, de citer deux épisodes dont nous nous garderons de tirer des conséquences générales, le premier se situe en 1915 qu cours de la première guerre mondiale et le suivant au cours de la seconde en 1941. Ils semblent toutefois démontrer que l’intégration des provinces siamoises ne se fit peut-être pas sans douleur.

 

1915, une guerre sainte.

 

Il faut noter que les ouvrages historiques consacrés à l’implication de la Malaisie dans la première guerre mondiale sont pratiquement inexistants.

 

Nous savons toutefois que la Grande-Bretagne dépensa des sommes énormes pour diffuser sa propagande de guerre en Malaisie (7).  Nous bénéficions toutefois à  ce sujet d’un article récent d’un universitaire malais Ahmad Kamal Ariffin Mohd Rus (8).

 

 

 

Nous sommes dans le sultanat voisin de Kelantan qui était le plus important en population et en superficie des sultanats siamois. En dehors des mouvements de protestations consécutifs à l’application d’une stricte fiscalité, ce que les historiens malais et tous les manuels scolaires considèrent comme une « guerre sainte » fut déclenchée en 1915 après l’entrée de la Grande-Bretagne en guerre contre la triple alliance, Allemagne, Autriche-Hongrie et Empire Ottoman. L’Empire ottoman, nation islamique, avait appelé tous les musulmans à soutenir ses efforts contre les Britanniques, les Français et les Russes. La Grande-Bretagne eut alors quelques difficultés à contrôler pleinement les ressources de ses colonies. Elle rencontra des problèmes au sein des rangs de ses armées où courut la rumeur chez les musulmans des régiments indiens selon laquelle ils seraient envoyés en Europe et combattraient les troupes ottomanes, leurs frères musulmans. Ils déclenchèrent alors une mutinerie contre les autorités britanniques à Singapour. Cet événement est connu sous le nom de mutinerie de Singapour (également connu sous le nom de mutinerie de Sepoys ou des Cipayes) qui dura de janvier à mars 1915, avant que les Britanniques ne soient en mesure de rétablir l'ordre et de faire exécuter les mutins.

 

 

 

 

Néanmoins, cette mutinerie vint au aux oreilles des dirigeants de Kelantan. Une révolte éclatât  peu de temps après sur Kalantan et probablement les sultanats limitrophes. Elle fut conduite par un homme saint (Hadj - il avait fait le pèlerinage de La Mecque) ...

 

 

 

 

nommé Tok Janggut. Elle fut réprimée dans le sang par  le régiment de Sikhs entré à Kelantan en 1902.

 

 

 

Par contre, si les statistiques précises sur les morts de cette guerre sont surabondantes, nous n’avons rien trouvé  sur les morts de Malaisie. Il dut pourtant y en avoir puisqu’il existe au moins deux monuments aux morts malais de la guerre de 1914-1918 (ne devrions-nous pas écrire « il n’existe que deux… » ?). Le premier, connu sous le nom de War Memorial  est à Kuala Lumpur et semble ne comporter que des noms anglais .

 

 

 

 

L’autre se trouve sur l’île de Penang, connu sous le nom de George-Town Cenotaph et  semble également ne comporter que les noms de marins anglais lors d’une bataille navale qui s’est déroulé le 28 octobre 1914 entre un navire français et un navire russe assistés de marins anglais et un navire allemand. La question de savoir si des Malais sont  allés combattre – ou ne sont pas allés combattre – sur le front de l’ouest reste un sujet inexploré.

 

 

 

1941, un sultan de Kedah « collaborateur »

 

Dans des circonstances que nous connaissons, le 21 décembre 1941 fut signé le traité entre le Siam et le Japon permettant au premier de récupérer les territoires perdus en 1909. Le 31 décembre de la même année, nous apprenons par la presse française  « le sultan de l’État de Kedah, en Malaisie, dans un discours radiodiffusé de Penang, a demandé à tous les musulmans malais de donner leur appui aux Japonais qui luttent pour le retour de l'Asie aux Asiatiques ». Celui-ci, Paduka Sri Sultan Abdul Hamid Halim Shah ibni Almarhum Sultan Ahmad Tajuddin Mukarram Shah, qui régna de 1881 à sa mort en 1943 avait connu toutes les vicissitudes de son royaume entre le Siam et l’Angleterre. Cet épisode de sa vie que l’on pourrait considérer comme « collaborationniste » est remarquablement absent de toutes ses biographies plus ou moins officielles que l’on trouve sur Internet. Le chant des sirènes nippones raisonna dans l’Indochine française, en Birmanie et  en Malaisie. S’il reçut au départ un accueil favorable, il fut rapidement anéanti par les multiples crimes et exactions dont se rendirent coupables les Nippons. La question est de savoir si, tout au moins dans les quatre provinces restituées à l’administration siamoise, la présence japonaise fut moins lourde, moins pesante et moins sanglante.

 

 

 

 

Nous manquons également du moindre élément, concernant les quatre provinces siamoises de Kelantan, Tringganu, Kedah et Perlis depuis 1941 jusqu’à leur retour dans le giron anglais. L’existence probable de collaborateurs des Japonais reste un sujet tabou. Les historiens malais ont du pain sur la planche.

 

LA PHILATÉLIE AU SECOURS DE L’HISTOIRE DE KEDAH

 

 

Cet aspect, quoique marginal, est révélateur de la situation géo-politique d’un pays à une époque donnée.

 

 

Penang, centre de tri postal

 

 

Le courrier dans la région était à l'origine traité en privé par des navires de passage; les plus anciennes marques postales connues datent d'environ 1806 et étaient utilisées par un bureau de poste situé sur l' « île du Prince de Galles » c’est-à-dire Penang.

 

 

Ultérieurement, en 1837 la réglementation interne de l’Empire des Indes accorda à la Compagnie des Indes orientales le monopole des services postaux. Tous les navires privés étaient tenus de transporter les lettres à des tarifs postaux imposés. Ultérieurement, les timbres-poste des Indes furent été utilisés à partir de 1854, les territoires de la péninsule étant considérées comme faisant partie du « cercle du Bengale », puis à partir de 1861, ils devinrent une partie du « cercle de la Birmanie ». Les affranchissements utilisés provenaient de Malacca, de Penang et de Singapour.

 

 

Timbre des Indes britanniques portant le cachet de Penqng (B 147) :

 

 

 

 

Lorsque les Etablissements des détroits devinrent colonie de la couronne en 1867, ils purent imprimés leurs propres timbres. À compter du 1er septembre 1867, les stocks de timbres indiens existants ont été surchargés avec une couronne et une nouvelle valeur en cents, les établissements ayant adopté une monnaie d’un dollar-argent de 96 cents. Ultérieurement arrivèrent les vignettes imprimées à Londres  pour les colonies portant le profil de Victoria.

 

 

 

 

Edouard VII succéda à sa mère en 1901 et apparurent les vignettes à son profit.

 

 

 

Penang resta alors centre de tri comme Singapour et Malacca.

 

 

Lettre pour les USA portant le cachet de Penang (21 avril 1900) :

 

 

 

 

Lettre pour Sumatra portant le cachet de Penang  (21 mars 1902) :

 

 

 

 

Kedah

 

Il est permis de penser qu’avant la création d’un véritable service postal au Siam en 1883, les correspondances – qui ne devaient pas être abondantes – et la correspondance officielle qui l’était peut-être plus, circulaient par voie de terre, à dos d’éléphant, ou par voie fluviale faute d’un service national organisé. La première correspondance connue en provenance de Kedah portant un timbre siamois est datée de 1887.

 

Document commémoratif de 1987, l'original du document  postal se trouve au musée phulatélique de Singapour :

 

 

 

On retrouve par ailleurs le portraire du roi Rama V estampillé de Perlis et de Battambang (au Cambodge siamois).

 

 

 

 

Après l’annexion de 1909, ce furent évidemment alors les timbres des Etablissements des détroits qui furent utilisés, les premiers  timbres spécifiques à Kédah n'apparurent qu'en 1972.

 

 

 

 

Auparavant les utilisateurs qui apposaient le timbre-poste sur l’enveloppe ne pouvaient donc pas être induits en erreur sur la personne de leur souverain !

 

 

Les philatélistes français, toujours à l’affut de la création de nouveaux pays ou de nouvelles colonies donnant lieu à l’émission de nouvelles pièces ne s’y trompèrent pas, les revues spécialisées annonçant que « le gouvernement anglais venait de se rendre acquéreur d’un territoire compris dans le royaume de Siam » ce qui donnerait évidemment lieu à de nouvelles émissions (9) !

 

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Tout fut dit par Cyrille Pierre Théodore Laplace : « L’Angleterre resta totalement et remarquablement passive devant les opérations siamoises. La terreur panique se répandit à Penang. L'alarme fut si vive à Georges-Town (capitale de l’île) qu'on arma jusqu'aux Chinois, et que toutes les richesses  de la ville, ainsi que le trésor du gouvernement, furent transportées dans le fort Cornwalis qui domine toujours la ville… L'affaire du roi de Kedah, indignement abandonné à la merci d'un ennemi puissant par des alliés qui avaient solennellement promis de le protéger, est sans doute en morale comme en politique, une mauvaise action  qui a grandement discrédité le nom britannique dans l’Indochine : mais empressons-nous d'ajouter qu'elle a été hautement blâmée par tous les Anglais établis  aux Indes, ainsi que dans les pays malais, et ceux de Singapour ont même adressé à ce sujet, à la chambre des communes, une pétition très énergique  qui, malheureusement, est restée sans effet : tant il est vrai que chez nos voisins, et cela  est une loi de la nécessité, les questions de commerce absorbent toutes les autres »  in  « Campagne de circumnavigation de la frégate l'Artémise, pendant  les années 1837, 1838, 1839 et 1840  sous le commandement de M. Laplace », tome IV. 

 

 

 

 

(2)  « KEDAH-SIAM RELATIONS, 1821-19053 » in Journal de la Siam Society, volume 5961 de 1971.

 

 

(3) Thomas John Newbold, militaire, voyageur et écrivain orientaliste dans son ouvrage de 1839  « Political and Statistical Account of the British Settlements inthe Straits of Malacca »  Vol. 2 p. 7. Puffendorf, Grotius,  juristes du XVIIe siècle et Vattel  du siècle suivant. Ils sont les pères fondateurs de ce que l’on appelait alors « le droit des gens »

 

 

 

(4) Pierre Fistié : « Les Malais en Thaïlande » . In: Revue française de science politique, n°4, 1967, pp. 749-760.

 

(5)  Voir H.G. Quaritch Wales : « Siamese State Ceremonies, Their History and function », Londres 1931.

 

 

(6) Voir notre article R 8 – « Pourquoi le Roi Chulalongkorn a refusé le projet du Canal de Kra ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-146-pourquoi-le-roi-chulalongkorn-a-refuse-le-projet-du-canal-de-kra-123981374.html

Cette obstruction est  l’une des conséquences des deux Conventions secrètes anglo siamoises des 31 mai 1896 et 6 avril 1897. Voir l’article de Thamsook Numnonda  « The Anglo-Siamese Secret Convention of 1897 » in Journal de la Siam Society, volume 53-1 de 1965.

 

 

(7) « Siam in the malay peninsula Tales of oppression » (1902) par R.D. Davies, un folliculaire anglais basé à Singapour. Ce fascicule est un recueil des articles de presse polémiques du Singapore Free Press.

 

 

(8)  Ahmad Kamal Ariffin Mohd Rus « The federated malays stat’s tacit involvment in the first world war, 1914-1918 » publié en anglais dans Jurnal sarjana jilid 24, Bilangan 1 de 2009.

 

 

(9) Voir en particulier « Le timbre-poste » du 10 octobre 1909

 

 

 

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