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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 22:07

 

 

La victoire inattendue de la coalition d'opposition (appelée Pakatan Harapan, (L’Alliance de l’espoir) ...

 

 

 

...aux 14e élections générales en Malaisie, le 9 mai 2018, a ramené le chef de la coalition et ancien Premier ministre, Mahathir Ibn Mohamed, âgé de 92 ans, un fondamentaliste virulent au poste de premier ministre.

 

 

 

 

Ce changement n’a entraîné aucun progrès du processus de paix dans les provinces malaises frontalières de la Thaïlande au sein desquelles opèrent des groupes d’insurgés que la presse appelle « les bandits du sud » (โจรใต้). Le dialogue de paix n'a pas repris après les élections législatives thaïes du 24 mars 2019.

 

 

 

Nous ne  reviendrons pas sur cette actualité brûlante, mais il nous a paru intéressant  d'évoquer quelques pages du  passé de Pattani (ปัตตานี en thai) ou Patani. Deux orthographes indifféremment utilisées alors que leur choix peut, comme nous le verrons, devenir lourd de sens ! Nous choisissons – sauf citations -  la graphie thaïe romanisée la plus utilisée même si elle n’est pas totalement orthodoxe. 

 

 

L’histoire ancienne de Pattani est nébuleuse et empreinte de légendes tout autant que celle du Siam. Elle est essentiellement connue par les annales locales, Hikayat Patanil’histoire de Patani.

 

 

 

 

Ce document est d’un vif intérêt puisque, de source locale donc malaise (ou jawi) il donne une vision historique qui contredit formellement celle des irrédentistes du sud pour lesquels leur histoire est celle d’une longue et lente expansion de type colonial vers le sud commencée dès le règne de Ramakhamhaeng (1).

 

 

 

Elles remonteraient à une tradition orale datant de la fin du XVe siècle puis écrites entre 1690 et 1730 par six auteurs différents en langue jawi et en alphabet jawi (arabe) (2).

 

 

 

 

Elles n’ont été transcrites en caractères romanisés et traduites qu’en 1970 sur une version manuscrite de 1839 composée par les scribes de la cour comportant six livres, par le linguiste néerlandais Andries Teeuw et l'historien David K. Wyatt. Le texte n'est pas simplement un texte historique, mais également un texte symboliquement politico-culturel. La partie historique, le Hikayat Patani recoupe d’une façon générale l’histoire du Siam écrite par Jérémias Van Vliet en 1647 à l’exception de quelques divergences assez compréhensibles dans la transcription des noms propres (3).

 

 

 

 

Pattani se trouve alors au milieu de deux puissants royaumes, Ayutthaya au nord et Johore au sud. (Actuellement le sultanat situé à la pointe sud de la fédération malaise).

 

 

 

 

Au plus fort de sa puissance, le royaume s’étendait jusqu’au sud en frontière avec les sultanats de Terengganu, Kedah, Perak et Kelantan incluant les actuelles provinces de Pattani bien sûr, Satun, Yala et Narathiwat.

 

 

 

LA LÉGENDE DES ORIGINES.

 

 

Le Hikayat Patani débute par des histoires légendaires avec  l'origine du royaume et de ses rajas et la conversion de ses dirigeants à l’islam.

 

 

Les rajas fondateurs du royaume étaient originaires d'une capitale située à l'intérieur des terres appelée Kota Maligai (la citadelle). Le roi nommé Phaya Tu Nakpa le seigneur qui aime aller dans la forêt ») pourchassait dans la forêt un cerf-souris  (chevrotain) albinos.

 

 

 

 

Il vit une cabane de pêcheur à proximité de la mer et demanda aux occupants qui ils étaient et quel était cet endroit. Un vieil homme lui répondit qu’ils étaient originaires de Kota Maligai et qu’ils avaient accompagné le grand-père du roi à Ayutthaya oú ils avaient reçu des instructions pour y construire une colonie. Le pécheur et son épouse avaient contracté une maladie de peau et avaient été abandonnés sur la plage où ils vivaient. Le roi demanda alors le nom de l’homme qui lui répondit Encik Tani. Le roi décida alors de construire une colonie à cet endroit, « sur cette plage » (pada pantai ini) et ce fut son nom devenu Patani. Cette légende est évidement singulière puisqu’elle rattache en profondeur Pattani à Ayutthaya, l’éloignant de Johore. Elle reconnait le fait que le prestige de ce royaume par rapport à la puissance émergente du Johore est né de sa relation avec Ayutthaya pour laquelle elle est un royaume indien.

 

 

 

Le hikayat Patani raconte ensuite la conversion du Raja à l'islam. Le roi Phaya Tu Nakpa eut une maladie qui lui fit tomber la peau de tout son corps. Il ordonna alors à son Premier ministre de sonner le gong dans tout le pays en proclamant que celui qui pourrait le guérir recevrait sa fille en mariage. Un marchand musulman, Shaykh Said originaire de Pasai (au nord de Java)...

 

 

 

 

...releva le défi à la condition que le raja  se convertisse à l'islam s'il guérissait. Le raja fut guéri mais revint sur sa parole et subit une rechute. Á la troisième rechute et à la guérison qui suivit il se convertit à l’islam et prit le nom de sultan Ismail Syah Zillullah Fil-Alam.

 

 

 

 

La date du passage à l’Islam est incertaine, alors que Pattani était à l'origine un royaume bouddhiste. Certains auteurs donnent la date de 1457 après la conversion du Raja de Malacca. D’autres pieux auteurs la repoussent plus avant dans le temps sans le moindre élément de preuve. Sans plus de précisions, les visiteurs portugais du XVIe pensaient également que le peuple était musulman « depuis bien longtemps ». Teeuw  et Wyatt la situent à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle. Il est important de faire la distinction entre l’existence de communautés musulmanes vivant dans un village réservé (Kampung) à Pattani – tout comme à Ayutthaya – venue de Pasai à Aceh - en tant que minorité religieuse dans un royaume-état bouddhiste et la conversion effective du raja puis l'expansion de l'islam au sein de son territoire. La position de cette communauté était quelque peu similaire à celle de la communauté musulmane d’Ayutthaya sous le règne du roi Narai.

 

 

Il semble qu'au XIIIe siècle, Pattani était encore un royaume bouddhiste tributaire de Nakon si Thammarat, mais que, dès avant l'arrivée des Portugais au début du XVIe siècle, il était un sultanat dont la foi islamique fondait l’unité du royaume ?

 

 

 

 

Le hikayat Patani nous apprend encore qu’après la conversion du roi, seuls les habitants de la ville suivirent son exemple et adoptèrent la religion du Bédouin. Ceux qui se trouvaient à l’extérieur de la ville persistèrent dans leurs pratiques dont on peut penser qu’elles étaient un mélange de bouddhisme et d’animisme. Quant au roi lui-même, s’il cessa de « vénérer des idoles et de manger du porc », il ne modifia pas « une seule de ses habitudes païennes », on n’ose penser ce qu’elles étaient ? Culturellement il est permis de penser qu’il était resté un roi indien.

 

 

 

 

Les exégètes donnent une portée symbolique à cette histoire légendaire faisant référence à deux maladies de peau (la lèpre ?), celle d’Encik Tani et celle du roi converti. Elle serait la métaphore d'un contrat social entre le roi et son royaume, la femme symbolisant le peuple, elle est symboliquement associée au royaume et la maladie symbolise la rupture d’une relation entre le roi et ses sujets. La guérison symbolise le rétablissement de cette relation. Ces maladies feraient alors référence  à des périodes de transition correspondant à la montée ou au déclin d'une dynastie.

 

 

L’archéologie en tous cas corrobore plus ou moins une origine depuis l’intérieur des terres à la suite des découvertes à Yarang, en amont et à l'intérieur de la province actuelle (4).

 

 

 

Il existait donc dans la région de Langkasuka un royaume décrit dans des sources chinoises et dont on n’entendit plus parler à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle. De nombreux érudits supposent que Pattani était la continuation de Langkasuka. Les rajas de Kota Maligai se seraient déplacés vers la côte et créé Pattani, une nouvelle entité politique.

 

 

 

Dans un vieux poème javanais, Desawarnana, achevé en 1365 et analysé par un érudit anglais S. Robson  (5),

 

 

 

 

Pattani n'est pas  mentionné, mais Langkasuka et Saiburi (qui se trouvait sur la côte),

 

 

 

 

... ainsi que Kelantan et Terengganu y sont. Le poème, qui identifie clairement les villes siamoises connues, laisse donc à penser que le royaume de Pattani n'avait peut-être pas été encore fondé à cette époque. Langkasuka et Sai ainsi que Kelantan auraient été des entités politiques distinctes ? Pattani aurait été créé à cette époque à partir de Langkasuka ou après que Langkasuka ait cessé d’exister. La dynastie déplaça sa capitale sur la côte et l’appela Pattani en consolidant sa mainmise sur Saiburi  tout en consolant son Raja en le faisant premier ministre. De nombreux conflits s’élevèrent entre les rajas de Sai et les sultans de Pattani qui atteignirent leur paroxysme lors de la révolte de Raja Kayu Kelat contre la première reine de Pattani, Raja Hijau dont l’historicité est assurée entre 1584 et 1616.

 

 

 

 

D’autres difficultés surgirent avec les souverains de Kelantan qui s’irritèrent lorsque les rois de l'intérieur des terres s’établirent sur la côte qui était leur domaine. L’histoire retient l’existence d’une première dynastie de Kelantan qui aurait déposé la reine. Elle entraîna le déclin de Pattani et – nous dit hikayat Patani  - « la disparition continuelle des anciennes règles et coutumes » et la « perte des anciennes traditions ».

 

 

Sans que nous sachions quelles étaient ces  coutumes et ces traditions, nous pouvons au moins en déduire que la situation dans cette région, faite de querelles entre Rajas ou Sultans ou Sultanes était chaotique. C’est en tous cas pour Pattani une période de total déclin autant politique que culturel. Les prétentions du sultanat de Johore vont alors tenter de s’affirmer. Les tambours de Johore n’avaient pas le même son que ceux de Pattani.

 

 

 

LES RAPPORTS AVEC AYUTTHAYA

 

 

Nous retrouvons notre royaume d’Ayutthaya présent dans le Hikayat Patani  dès ses débuts lorsqu'il mentionne la fondation du royaume. L'ancien roi de Kota Maligai  y était parti en mission. Les relations existaient donc dès avant la fondation du royaume de Pattani. De plus, le roi fondateur et ses enfants reçurent tous des titres siamois avant de se convertir à l'islam. Ce n’est pas seulement le Hikayat qui place la région dans l’orbite des relations politiques d’Ayutthaya; Le premier Européen à avoir mentionné le royaume de « Patania » est le  Batave van Vliet (3).

 

 

 

Il nous en dit peu de choses sinon que le gouvernement en est monarchique et que son roi ou se reine se font descendre d’un certain roi païen de Delly, lequel ayant conquis Patania y laissa son fils en qualité de vice-roi dont descendent la dernière reine et « le roi d’aujourd’hui ». Il ne nous parle peu de la religion de ses habitants mais nous dit qu' « Ils sont tous mahométans ou païens, les uns adorent Dieu dans leur superstition, les autres les idoles » (païen = bouddhiste dans son esprit) et « l’on y voit quelques temples idolâtres remplis de dieux en bois » ce qui n’est certes pas la description d’une mosquée. Il nous donne quelques informations intéressantes : qu'on y parle trois langues, celle de Malacca (donc le Jawi ?), celle du Siam et celle de Chine ce qui donne lieu à trois écritures, le malais qui s’écrit en caractères arabes de droite à gauche, le siamois qui s’écrit de gauche à droite et le chinois qui s’écrit en idéogrammes de haut en bas ! Il signale, ce qui nous éloigne de la religion du prophète, leurs mœurs déréglées : ils se font un point d’honneur à donner leurs filles aux étrangers, leur luxure et leur ivrognerie. Il est donc certain que l’influence d’Ayutthaya depuis U-Tong son fondateur, s’est étendue jusque-là. Cette influence est confirmée par les Annales Malaises (Sejarah Melayu) relatant l’histoire de Malacca, et le fait que Pattani à la fin du XVe siècle avait participé à l’attaque de Malacca par les armées siamoises.

 

 

 

La première rébellion.

 

 

Le Hikayat Patani fait référence à une première rébellion de Pattani contre Ayutthaya. Le sultan Mudhaffar Syah, roi de Pattani de 1530 à 1564, décida d'effectuer une visite amicale à Ayutthaya. Le roi d'Ayutthaya, alors Maha Chakkraphat  le reçut fastueusement et le couvrit d’honneurs. Il l'invita même à rester dans l'enceinte du palais et lui offrit la main d'une princesse, une offre que déclina le sultan. Toutefois, lorsque celui-ci quitta Ayutthaya, le roi lui offrit  des prisonniers de guerre de Pegu et du Lanchang. Le sultan revint avec eux et les établit dans le village de Kedi (Kampung Kedi). Le sultan ensuite revenu à Pattani réunit ses ministres, son frère, 1.500 soldats et 100 femmes, et mit le cap sur Ayutthaya en visite amicale. C’était en réalité, fourberie dont les mahométans sont friands tant qu’elles concernent les infidèles, un complot pour s’emparer d’Ayutthaya !

 

 

 

 

Le sultan et ses hommes entrèrent dans le palais un vendredi matin à l’ouverture des portes. Le roi siamois dut s’enfuir. Toutefois l’un de ses serviteurs frappa le tambour royal pour appeler les gardes siamois et de violents combats éclatèrent. La bataille était perdue, le sultan ordonna à son frère de fuir et lui-même combattit jusqu’à la mort.

 

 

L’attaque du sultan contre le palais d’Ayutthaya est confirmée par les chroniques d’Ayutthaya et Van Vliet. Le sultan profita-t-il du contexte géopolitique local et des difficultés d’Ayutthaya avec les Birmans ? Juste avant son départ le sultan Mudhaffar Syah aurait dit à ses ministres : « Que diriez-vous si Nous allions à Ayutthaya le roi ne nous est pas étranger et, après tout, deux pays valent mieux qu'un ». Il aurait ajouté « ce roi n'est pas différent de nous » ce qui signifiait qu’il le considèrait tout au plus comme son égal. Il est évidement possible d’interpréter ses propos comme l'expression du désir d'une alliance avec Ayutthaya, deux pays étant plus forts qu'un seul, mais on ne rend pas visite à un ami accompagné d’une garde prétorienne !

 

 

En 1548, le roi birman Tabinshweti de Pegu monta en puissance et décida de profiter de la tourmente politique à Ayuttaya pour l'attaquer. 

 

 

 

Il ne réussit pas devant la détermination du roi Chakkraphat. Après l'assassinat de Tabinshweti, Bayinnaung (qui régna de 1551 à 1581) rétablit l'ordre et, en 1563, il se dirigea sur Ayutthaya. Les chroniques d'Ayutthaya font de deux éléphants blancs le déclencheur de la guerre !

 

 

 

 

Quinze ans après la chute d'Ayutthaya en 1568, le prince Naresuan se révolta contre la Birmanie.

 

 

 

Mais la version la plus plausible est que, devant la faiblesse d’Ayutthaya le sultan tenta de s’emparer du trône, une rébellion qui fut en réalité l’échec d’une tentative d’usurpation.

 

 

À son retour, le sultan Manzur Syah succéda à son frère sur le trône de Pattani. Lors de l’attaque de Pattani par le sultan de Palembang (au sud de Java) les relations avec Ayutthaya redevinrent harmonieuses. Le nouveau sultan envoya un émissaire, Wan Muhammad pour préparer les  conditions dans lesquelles l’hommage serait rendu au Phrachao. Cette mission aurait eu lieu entre 1569 (date de la chute d'Ayutthaya) et 1572 et le roi en question aurait été Maha Thammaracha qui régna de 1569 et 1590), le sultan Manzur Syah étant décédé en 1572.

 

 

 

 

La description de la mission de Wan Muhammad alias Seri Agar auprès de la cour d'Ayutthaya symbolise la restauration de l'ordre hiérarchique entre Ayutthaya et Pattani et fut considérée comme telle par les observateurs européens dont par exemple le père Tachard.

 

 

 

 

Une nouvelle rébellion.

 

 

Une nouvelle rébellion se produisit environ soixante ans après la première, au début du XVIIe siècle, sous le règne de la troisième reine de Pattani, Raja Ungu. Elle se termina en 1636, la première année du règne de sa fille Raja Kuning. Ayutthaya avait réussi à se libérer du joug birman et Pattani était à présent gouverné par une succession de reines, filles du défunt sultan Manzur Syah.

 

 

Le pouvoir politique effectif était en réalité tombé dans les mains des ministres et des riches marchands, Pattani tout comme Ayutthaya avait reçu la visite des premiers visiteurs mercantis néerlandais et anglais. L'âge du commerce avait atteint l’Asie du Sud-Est, une période d’or dont bénéficièrent les deux royaumes.

 

 

Cette rébellion intervint dans des circonstances assez troubles. La reine Ungu avait une fille, Raja Kuning, qui avait été promise en mariage à un noble de 12 ans appelé Okphaya Deca, originaire de Ligor (Nakon Si Thammarat), dont il était probablement gouverneur. Ce garçon partit pour le Siam. Entre-temps, le sultan de Johore demanda à la reine de Pattani l'autorisation d'épouser Raja Kuning. En bonne mahométane, peu soucieuse du respect dû à la parole donnée à Okphaya Deca qui n’était probablement pas mahométan, celle-ci accepta. Okphaya Deca enragé et jouissant probablement de moyens importants retourna à Ayutthaya et demanda au roi de faire la guerre à Pattani. Le roi de Siam acquiesça à sa demande. Okphaya Deca  se mit à la tête de l’armée qui attaqua Pattani.

 

 

En 1629, Ayutthaya était en pleine tourmente politique connaissant de sanglants conflits de succession. Okya Kalahom Suriwong par la ruse, le meurtre et l’intrigue avait privé Ayutthaya des trois héritiers légitimes du trône. Il devint roi sous le nom de Prasat Thong (le roi du palais d'or) se heurtant à l’indignation de nombreux monarques étrangers. Le shogun du Japon interrompit tout rapport avec lui. Le petit royaume de Lampang cessa d'envoyer son tribut. Ligor au sud se rebella également.

 

 

 

 

La reine de Pattani, Raja Ungu fit savoir publiquement que le roi du Siam n’avait pas le droit de porter la couronne puisqu’il avait tué les vrais rois et leurs héritiers. Pour cette raison, son royaume n’avait plus  à lui rendre hommage. Elle répudia les titres royaux siamois reçus du roi d'Ayutthaya, celui de Phra Nang Chao Ying (พระนางเจ้าหญิง), tout simplement sa majesté la reine. Ce titre, de la part de la cour d'Ayutthaya était signe d'honneur et de respect et était celui utilisé dans les correspondances officielles. Il fallait pour en bénéficier être de sang royal ce qui était son cas puisque descendante directe des monarques de la dynastie de l'intérieur des terres  fondateurs du royaume de Pattani. Comment une personne de son rang – affirmait-elle du haut de sa suffisance – pouvait-elle accepter d’être titrée par un misérable, usurpateur, coquin, meurtrier et traître ?

 

 

Ces considérations légitimistes sont évidemment suaves dans la bouche d’une sultane mahométane alors que toutes les successions dans les sultanats de la région  se réglaient à coup de kriss ou de poison.

 

 

 

Toujours est-il que sa hautesse se donna le titre islamique malais de Paduka Syah Alam, modestement « majestueuse souveraine du monde ». Elle rompt ainsi les liens entre Pattani et Ayutthaya en rejetant la légitimité du roi Prasat Thong. Elle reçut ce faisant le soutien d’un « certain nombre » de mandarins et de nobles marchands. Cette prise de position ne sembla pas avoir fait l’unanimité à Pattani oú les riches commerçants considérèrent que la guerre avec Ayutthaya  perturberait le commerce et surtout leurs profits. Il est toutefois possible que la guerre n’ait pas été déclenchée par l’orgueil de la reine mais par les commerçants de Sai qui auraient été à l‘origine de l’arraisonnement de deux navires du roi Prasat thong qui se rendaient à Batavia pour commercer avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

 

 

 

En 1632, le roi Prasat Thong dirigea lui-même une armée pour attaquer Lampang, l'un des petits royaumes qui avaient cessé de lui rendre hommage et qui avait donné l’exemple à Pattani. Mais la même année il envoya un ambassadeur pour tenter de rétablir les relations entre Ayutthaya et Pattani. La reine le traita avec mépris. Le roi mobilisa 60.000 hommes pour constituer une armée dirigée par le gouverneur de Ligor, Okya Kalahom, le Pra Klang et Rabisit, ce dernier étant l’un de ses fonctionnaires musulmans. Les Hollandais de Batavia acceptèrent d'envoyer un certain nombre de navires armés qui arrivèrent trop tard.

 

 

 

 

Pattani pu vaincre l’armée siamoise par une stratégie simple consistant à les laisser épuiser les stocks de vivres qu’ils transportaient avec eux. Les soldats de Pattani se seraient également mêlés aux soldats siamois. Ceci établit à tout le moins la similitude entre le peuple de Pattani et le peuple siamois, nul ne pouvant distinguer l’un de l'autre. Il est essentiel aussi de noter que l’armée siamoise envoyée pour lutter contre Pattani ne comprenait pas seulement des recrues de Ligor et des régions environnantes, mais de nombreux Malais originaires de Pattani…musulmans contre musulmans. Bien que l'islam n'ait pas joué le moindre rôle dans ces premières rébellions, il n’en reste pas moins qu’à la fin du seizième siècle, les frontières entre les croyants et les non croyants avaient déjà été tracées en Asie du Sud-Est.

 

 

Le royaume de Pattani avait-il le potentiel était de devenir un grand royaume ? Ses querelles avec Ayutthaya lui donnèrent en tous cas l'arrogance dont il avait besoin vis-à-vis des royaumes malais plus au sud.

 

 

Le  lien était désormais rompu et le resta jusqu’à ce jour. Nous ne parlerons pas des rapports postérieurs du Siam avec le sud majoritairement musulman, que nous avons déjà traités. (6)

 

 

Sans porter le moindre jugement de valeur, force est de constater que les deux première rébellions de Pattani relevaient plus du mensonge et de la fourberie que de la volonté expansionniste des Siamois. Nous aurions hésité à l’écrire si cela ne résultait de la tradition orale transcrite dans les annales jawi.

 

 

L’avenir nous dira ce que deviendra dans l’avenir de ce mouvement irrédentiste qui revendique le rattachement des provinces du sud à la Malaisie (7).

 

PATTANI OU PATANI ?  INUTILE CHOC DES MOTS !

 

 

Si la situation dans les provinces du sud a fait couler des flots de sang, elle a aussi suscité des querelles sémantiques qui nous semblent quelque peu dérisoires :

 

 

« Patani » est devenu depuis peu un terme controversé utilisé pour désigner la région englobant les provinces de Pattani (avec 2 t,), Yala, Narathiwat et Songkhla, principalement habitées par des musulmans malais qui considèreraient le terme Pattani comme infamant. L'utilisation croissante du terme Patani préoccupe les non-musulmans quant à savoir s'ils sont inclus en tant que « Patani » et s'ils auront le droit de décider de leur futur dans la région.

 

 

Quand il est écrit en thaï, « Patani » (ปาตานี) sonne nettement différent de « Pattani » (ปัตตานี), le premier étant prononcé comme « Paa-ta-ni » et le dernier comme « Pat-ta-ni ». En malais on dit « P’tani » (ตานี), prononcé « Pa-ta-ni » avec une très brève premières syllabes très brève. « P'tani », le mot malais d'origine pour la région est utilisé depuis longtemps et n'est généralement jamais écrit en thaï. Ainsi, tout en étant techniquement le même mot que « P'tani », « Patani » prend une connotation politique d’utilisation récente.

 

 

Pour les autorités et un certain nombre de Thaïs, le terme « Patani » est une épine dans le pied car ils sont conscients de ces connotations politiques ouvertement  séparatistes. Au cours des dernières années, les mouvements associatifs plus ou moins irrédentistes l’ont largement répandu. Il est utilisé par le groupe  « Mara Patani », l'organisation faîtière du mouvement séparatiste.

 

 

 

 

Certains, pour apaiser le débat ont signalé que « p’tani » provenait du mot malais « petani » qui signifie «  agriculteur ».

 

 

 

 

Selon une enquête effectuée auprès de 2104 résidents du « Grand Sud », il apparut que 63,3% utilisaient le terme « provinces les plus au sud », 15% choisissaient « Fatoni » (nom arabe de Patani) et que seulement 11,4% étaient d'accord avec l'utilisation de « Patani » ! Une enquête a été effectuée en 2015 par le journal Prachatai auprès de distingués universitaires ou érudits du sud (8).

 

Le responsable de « Mara Patani » n’a manifestement pas la moindre notion historique. Pour lui le pays a été occupé par les Siamois en 1786, raccourci saisissant, et l’utilisation de ce mot est un combat pour la liberté. Pour un autre de la même farine, l’utilisation est une réponse au « colonialisme siamois ».  Compte tenu de ce que nous savons de l’islam malais qu’ils aspirent de rejoindre (7) il est amusant de lire de ces deux gaillards qu’ils préconisent la coexistence entre les ethnies et les religions. Pour Zakariya Amatayam un poéte de Narathiwat ... 

 

 

 

 

...le mot « Patani » n’est utilisé que par les militants politiques. Il nous dit n’utiliser le mot « P'tani » que pour désigner les agriculteurs. Quand il parle de sa région, il utilise le mot jawi-arabe « Fatoni ». Pour le journaliste Romadon Panjor,

 

 

 

 

l’utilisation des trois termes « Patani », « Fatoni » et « Pattani » est indifférente, le troisième étant même utilisé par des mouvements séparatistes. Pour Najib Arwaebuesam, un universitaire, il y a des problèmes plus sérieux à résoudre.

 

 

 

C’est en réalité un faux débat et nos militants feraient parfois mieux d’étudier leur langue avant de se lancer dans la politique.  Grammaticalement la graphie Patani désigne l'ensemble des trois provinces issues de l'ancien sultanat de Patani dont le nom est d'origine malaise. Cet ancien sultanat était beaucoup plus vaste que l'actuelle province de Pattani dont le nom est noté avec deux T : Du fait de la tonalisation en effet la graphie en thaï prend deux T, forme conservée dans la transcription romanisée officielle de l'académie royale.

 

La province de Pattani est une partie de l’ancien sultanat de Patani tout simplement, il n’y a pas là de quoi polémiquer !

 

Il y a, c’est une évidence, une situation difficile  dans les provinces du sud. Elle a fait couler du sang, beaucoup trop de sang. On ne résoudra pas leurs problèmes en réinventant leur histoire et encore moins en jouant sur les mots.

NOTES

 

 

(1) Nous en avons une remarquable synthèse dans un article de Nathan Porath, un universitaire et anthropologiste de Leiden : « The Hikayat Patani: The Kingdom of Patani in the Malay and Thai Political World » publié dans le Journal of the Malaysian Branch of the Royal Asiatic Society, volume 84 -  2 de 2011, pp. 45–65.

 

 

(2) Le Jawi est utilisé comme écrit alternatif en Malaisie même s’il a été remplacé par un alphabet latin. Il est dorénavant non pas oublié mais relégué à des fins religieuses, culturelles et à certaines fins administratives. Il ne doit pas y avoir plus de Malais qui le connaissent que de Thaïs le pâli.

 

 

(3) Jérémias van Vliet, employé à la  Compagnie néerlandaise des Indes orientales, rédigea dans sa langue plusieurs textes précieux pour la connaissance du Siam : Beschrijving van het Koningryjk Siam (Description du Royaume de Siam) tardivement imprimée à Leiden en 1692. 

 

 

Ayant appris le thaï rapidement, marié à une Thaïe, il fut mêlé aux élites siamoises, aux moines bouddhistes et à la société siamoise. Il eut accès aux archives officielles, notamment celles qui furent détruites par les Birmans lors du sac d’Ayutthaya en 1767.  Nous lui devons, publié peu de temps après une « Relation du voyage de Perse et des Indes Orientales. Traduite de l'anglois de Thomas Herbert. Avec les Revolutions arrivées au royaume de Siam l'an mil six cens quarante-sept ». Traduites du flamand de Jeremie Van Vliet. 1693. Pp 494.s. Une description de sa description du royaume de Siam fut traduite en anglais par L.F. Ravenswaay et publiée dans le journal de la Siam society  (volume 7-1 de 1910). Il est également l’auteur d’une Relation historique du roi Prasat Thong, parti d’un manuscrit  qui  fut traduit en français et publié à Paris en 1663 sous le titre « Relation historique de la maladie et de la mort de Pra-Inter-Va-Tsia-Thiant-Siangh Pheevgk, ou Du grand & juste roy de l'Elephant blanc, & des revolutions arrivées au royaume de Siam, jusqu'à l'advenement à la couronne de Pra Ongly, qui y regne aujourd'hu».  W. H. Mundie, à la demande du prince Damrong en fit une traduction anglaise publiée en 1938 dans le Journal of the Siam Society  sous le titre « VAN VLIET'S HISTORICAL ACCOUNT OF SIAM IN THE 17TH CENTUHY » Printed for H. R. H. Prince Damrong Rajanubhab, and Translated in 1904 by W. H. Mundie volumes 30-2 et 30-3. Nous le retrouvons enfin dans l’ouvrage de Chris Baker, Dhivarat Na Pombejra, Alfons van der Kraan et David K.Wyatt publié à Chiang Mai en 2005.

 

 

 

Voir à son sujet l’article de Sven Trakulhun « The widening of the world and the realm of history: early European approaches to the beginnings of Siamese history, c. 1500–1700 » in Renaissance Studies Vol. 17 No. 3.

 

C’est à cette époque la plus importante contribution européenne à l’histoire du Siam.

 

 

(4) Voir : Daniel Perret, Amara Srisuchat et Sombatyanuchit Amnat : « Thaïlande. La Mission -  Sites urbains anciens de la région de Pattani » ». In: Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient. Tome 86, 1999,. pp. 387-393.

 

 

(5)  S. Robson (1997), « Thailand in an Old Javanese Source », 1997. Bijdragen tot de Taal-, Land- en Volkenkunde, 153/3: 431–5)

 

 

(6) Voir :

Notre article 12 : « Terrorisme ou insurrection séparatiste dans le Sud ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-12-terrorisme-ou-insurrection-separatiste-dans-le-sud-68166091.html

Notre article  16 : « Pourquoi y-a-t-il terrorisme Islamiste ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-16-pourquoi-y-a-t-il-un-terrorisme-islamiste-69415988.html

Notre article A 234 « QU’EN EST-IL DE L’INSURRECTION AU SUD DE LA THAÏLANDE EN 2017 ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/07/a-234.qu-en-est-il-de-l-insurrection-au-sud-de-la-thailande-en-2017.html

 

(7) La Malaisie est un pays majoritairement musulman oú l’islam sunnite (celui de l’Arabie saoudite) est vécu de manière assez répressive et soumis à la charia.  L'ancien premier ministre malaisien Mahathir ibn Mohamad revenu au pouvoir et probablement gâteux avait lui-même défini en juin 2002 la Malaisie comme étant un État : « Fondamentaliste, et non un État islamique modéré ». Cela frise parfois le délire puisque certains termes islamiques, comme le mot Allah, sont interdits aux non-musulmans à l’oral et à l’écrit. N'épiloguons pas sur l'obligation de porter le voile ou l'interdiction faite aux femmes de sa maquiller. Mieux vaut en rester là !

 

 

(8) https://prachatai.com/english/node/5482

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commentaires

Sutra 13/08/2019 12:25

Merci pour ce travail

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 13/08/2019 14:18

Merci à vous, ces commentaires nous encouragent !

Cécile de BARBEYRAC 16/07/2019 08:13

Quel travail de mise à jour! Bravo!

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 16/07/2019 12:08

Merci et affections. Je n'y suis allé que deux fois mais ambiance assez lourde