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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 22:22

 

 

Nous avons déjà parlé du site archéologique de Ban Chiang, l’un des plus importants du pays (1).

 

 

Il en est un aspect plus singulier qu’il ne faut pas passer sous silence, celui de l’invraisemblable pillage dont il fit l’objet au début des années 60 et dont il est difficile de savoir s’il a vraiment cessé.

 

 

Il y a une cinquantaine d’années en août 1966, dans le village de Ban Chiang, près d’Udonthani, un étudiant américain, Stephen Young, étudiant à Harvard, aurait  trébuché par hasard sur une racine d'arbre et tombé au sommet d'un pot en argile partiellement enfoui dans une allée du village. Cette découverte fortuite entraîna l’envoi de deux expéditions archéologiques conjointes américano-thaïlandaises à Ban Chiang dans les années 1970, révélant des lieux de sépulture préhistoriques situés sous le village, des sites remplis de milliers de pièces de poterie et de ferronnerie enterrées comme biens funéraires par les peuples néolithique et de l'âge du bronze à des moments différents entre 4200 ( ?) et 1800 ( ?) ans, révélant un développement technologique et artistique inattendu parmi les peuples de la région et remettant en question des idées dominantes sur la préhistoire de l’Asie du Sud-Est.

 

 

 

Voilà la version que l’on retrouve partout et qui ne correspond que partiellement à la réalité.

 

 

Le site fut reconnu pour la première fois comme site archéologique en 1960. Le Département des beaux-arts fit alors procéder à des fouilles préliminaires en 1967 puis en 1972 assisté des spécialistes du Musée de l'Université de Pennsylvanie.

 

Les Thaïs, premiers découvreurs du site

 

Mais les occupants du village actuel de Ban Chiang, fondé à la fin du XVIIIe siècle, étaient depuis longtemps au courant de l’existence d’un site archéologique situé sous leurs maisons et sous leurs champs.

 

Le village en 1966, la poterie est à fleur de sol   reconstitution de Ardeth Anderson sur le site : https://iseaarchaeology.org/ban-chiang-project/background/  :

 

 

Il en est une raison d’évidence : Tous ceux qui ont un jour poussé une charrue savent bien que « les pierres poussent », en réalité remontent lentement en surface au fil des années en fonction de phénomènes physiques dans lesquels nous n’allons pas entrer.

 

 

 

 

Steve Young n’était pas là en promenade, il vivait dans un village proche pour interroger les habitants et ce pour étayer une thèse en anthropologie. Il est permis de penser qu’il était parfaitement au courant de ces résurgences mais il eut le mérite d’alerter les autorités de Bangkok et de ne pas en faire profit.

 

 

Les habitants commencèrent alors leurs propres fouilles évidemment occultes lorsqu’ils surent que cette vaisselle cassée avait une valeur pécuniaire. Ils creusèrent des puits à la profondeur requise, puis ensuite des tunnels, à la recherche de ces poteries que l’on trouvait dans des sépultures datant de l’âge du fer et des derniers siècles de l’occupation du site. Les collectionneurs et les marchands de Bangkok se précipitèrent aussi.

 

 

 

 

Le pillage atteint des sommets au début des années 1970 lorsque les habitants proposèrent leurs découvertes aux G.I de la base d’Udon. Faut-il leur en vouloir ?

 

 

 

 

Compte tenu de ce que nous savons de la vie des paysans de l’Isan à cette époque, il est probable qu’ils utilisaient les revenus tirés de la vente de leur vaisselle cassée pour améliorer leur quotidien sans se soucier de l’importance capitale de ces découvertes pour l’histoire locale.

 

 

En 1971, Ban Chiang attira de plus  l’attention des marchands d’antiquités quand un test de datation plus ou moins fantaisiste fut effectué sur l’un des pots les plus célèbres qui suggéra qu’il était peut-être beaucoup plus ancien qu’il ne l’était. Cela provoqua une hausse de la demande d'articles de Ban Chiang et de  nombreux pillages sur le site. Des milliers de pièces furent alors passées en contrebande pour trouver place dans les collections de musées et de galeries d'art à l'étranger (2).

 

 

 

 

Les Américains  pillent.

 

 

Le trafic fut si important que les agences fédérales américaines menèrent des enquêtes sur place concernant deux marchands d’antiquités de Los Angeles qui vendaient des artefacts à des musées locaux. Quatre musées de Californie furent à cette occasion perquisitionnés : le musée d'art du comté de Los Angeles,

 

 

 

 

le musée d'art Bowers à Santa Ana,

 

 

 

 

le musée Pacific Asia à Pasadena

 

 

 

 

et le musée international Mingei à San Diego.

 

 

 

 

Parmi les nombreux musées américains contenant des artefacts de Ban Chiang, on trouve le Metropolitan Museum of Art de New York,

 

 

 

 

les galeries Freer et Sackler à Washington,

 

 

 

 

le musée des beaux-arts de Boston,

 

 

 

 

le Cleveland Museum of Art,

 

 

 

 

l'Institut des arts de Minneapolis;

 

 

 

 

et le musée d'art asiatique à San Francisco.

 

 

 

 

Et cette liste ne comprend que les institutions qui ont publié leurs catalogues en ligne !

 

« Je pense que pratiquement tous les grands musées d'art américains qui collectionnent des œuvres d'art asiatiques contiennent du matériel provenant de  Ban Chiang », a déclaré Forrest McGill, conservateur en chef de l’Asian Art Museum qui en possède 77, allant des bols en terre cuite peinte aux bracelets en bronze et aux têtes de hache en pierre. Après avoir pris connaissance de l'enquête fédérale, a-t-il dit, il a passé en revue ces acquisitions - presque toutes auraient été réalisées avant son arrivée au musée en 1997.

 

Cette terreur des « biens pillés » s'avéra un cauchemar pour les musées, ce qui explique en partie pourquoi peu de conservateurs contactés ont accepté d'être interrogés sur les artefacts de Ban Chiang.

 

Les mandats de perquisition émis dans l’enquête fédérale visaient la loi thaïlandaise de 1961 sur les monuments anciens, les antiquités, les objets d’art et les musées nationaux, selon laquelle « les objets enterrés, dissimulés ou abandonnés sont propriété de l’État » et ne peuvent légalement être retiré de la Thaïlande sans une licence officielle ». Or  le ministère thaïlandais des Beaux-Arts n’avait jamais permis à quiconque d’extraire des antiquités de Thaïlande pour les vendre à des particuliers.

 

 

 

 

Selon Patty Gerstenblith, professeur de droit à l’Université DePaul de Chicago : « Nous pouvons, en tant qu’observateurs extérieurs, conclure qu’il existe une probabilité assez grande que ce matériel de Ban Chiang puisse être considéré comme un bien volé en vertu du droit américain ».

 

 

 

 

Il est constant que dans les années 1980, le matériel de Ban Chiang inondait le marché international.  Il en serait sorti  40 000 pièces (3).

 

Ces conclusions rejoignent celle de Madame Joyce White (2).

 

 

 

Les Anglais prennent la suite.

 

Si les Musées et collectionneurs américains sont en première ligne, c’est évidemment la conséquence logique de la présence massive de l’armée américaine dans la région et bien évidemment de l’enquête du FBI qui mobilisa des dizaines d’enquêteurs. Les Français n’ont pas fait mieux dans leurs colonies, au Cambodge en particulier mais il n’y avait de fils  spirituels de Malraux dans cette région.

 

 

 

 

Pour les Anglais, nous trouvons toutefois une trace toute fraîche quoique ponctuelle dénoncée en février 2019 par un groupe qui semble s’intéresser à la provenance des collections de la  School of Oriental and African Studies (École des études orientales et africaines) (4). En octobre 2013, Elizabeth H. Moore, alors professeure d’art et d’archéologie de l’Asie du Sud-Est à la SOAS de l’Université de Londres lui a fait don d’un vase en céramique âgé de 2.000 ans environ et originaire de Ban Chiang. Il lui était difficile d’ignorer que le site avait été sauvagement pillé. Elle a déclaré en faisant ce don que son ancien mari l’avait acheté à Bangkok ou à Singapour.  Le vase,  s’il s’agit bien d’une antiquité de Ban Chiang, comme l’a dit le professeur Moore, provient très probablement de biens funéraires pillés et illégalement exportés de Thaïlande. Néanmoins les responsables de SOAS l’ont reçu sans effectuer aucune diligence. C’est à tout le moins la preuve de l’incurie de SOAS qui accepta sans effectuer  la moindre diligence en mars 2018, un don d’une paire d’anciens diplômés de l’art asiatique d’une sculpture de Bouddha du XIIIe siècle, évaluée à 60 000 euros, plus de 2 millions de bahts à cette heure. Dans son catalogue, le vase est estimé à 500 livres, environ 18.000 bahts.

 

La SOAS aurait immédiatement du  contacter les autorités thaïes sur l’origine de ces deux objets potentiellement volés au patrimoine culturel thaï.

 

Ces deux affaires posent la question de savoir si SOAS possède d’autres objets d’origine illicite en provenance d’autres pays du monde puisqu’il ne circule que très peu d’informations sur ses collections stockées pour la plupart dans ses réserves et inaccessibles au public. Cette insouciance à l’égard du patrimoine culturel thaï remet en question les prétentions de la SOAS à  poursuivre son objectif déclaré de « préservation» de l’art ancien du Sud-Est asiatique ». Il est évidemment difficile d’en dire plus sur le contenu des Musées anglais dans la mesure où les gigantesques moyens d'investigations du FBI ne se sont évidemment pas poursuivis en Angleterre.

 

 

Les ventes aux enchères.

 

Les organisations qui proposent des artefacts de Ban Chiang sont nombreuses et l’origine de l’objet n’y est jamais précisée... et pour cause.

 

Nous trouvons sur le site Skunner ce lot estimé entre 700 et 900 dollars, entre 21.000 et 28.000 bahts (5).

 

 

 

 

Sur le site de Bertolami  « provenant d’une collection privée » ce vase estimé entre  200 et 300  livres, entre 7.500 et 11.000 bahts (6).

 

 

 

Sur le site de Robmichels ce lot non chiffré sans indication d’origine (7).

 

 

 

 

Sur celui de Rachel Davis Ce vase estimé entre 1500 et 2500 dollars, de 46.000 à 77.000 bahts (8).

 

 

 

 

Drouot -Une institution mythique dans le marché de l’art-  verrouille l’accès à son site mais de nombreux artefacts de Ban Chiang y sont signalés.  N'insistons pas, elle s'est totalement déconsidérée à la suite d'un scandale qui a éclaté il y a quelques années et qui mettait lourdement en cause la responsabilité du personnel mais également de commissaires-priseurs (9)

 

 

 

Elles foisonnent encore sur le site Ebay,  mais compte tenu de sa réputation tout laisse à penser que ce ne sont que les reproductions que l'on vend à des prix dérisoires dans les boutiques du village et des environs. Elles sont vendues comme reproduction, elles sont souvent parfaites et difficilement reconnaissables.

 

 

 

 

 

Ateliers dans le village :

 

 

 

 

 

Une des nombreuses boutiques du village :

 

 

 

 

Il est évidemment impossible de savoir si ces pièces vendues sur des sites anglophones ou francophones proviennent d'une source saine, ce qui est fort peu probable.

 

 

Les organismes de vente aux enchères de Bangkok et les antiquaires de Charoenkrung vendent également des artefacts de Ban Chiang, mais ils sont chez eux.

 

 

 

En 1972 le roi Bhumibol de Thaïlande  s’est rendu à Ban Chiang et a exhorté la population à mieux protéger le patrimoine culturel de son pays.

 

 

 

Après sa visite, la législation a été durcie en interdisant spécifiquement l'exportation de tous les articles en provenance de Ban Chiang sans approbation, élargissant le cadre d'une loi de 1961 réglementant l'exportation d'antiquités. Les gigantesques opérations policières déroulées aux Etats-Unis entre 2008 et 2014 ont eu un retentissement énorme tant dans la presse étasunienne que dans la presse locale : L’irruption des agents fédéraux dans plusieurs musées et entreprises ont eu pour conséquences le retour prioritaire de nombreuses pièces de poterie de Ban Chiang. Après l’arrestation de deux trafiquants, l’impact a été tel que des collectionneurs privés ont agi en « repentis » et restitué spontanément les pièces de leurs collections (10).

 

 

 

 

Le pillage demeure une force dévastatrice pour le patrimoine de l’Asie du Sud-Est et pour la connaissance scientifique du passé de la région. 

 

Quant à savoir s’il a cessé à Ban Chiang, contentons-nous de poser la question (11).

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 9 « La civilisation est-elle née en Isan ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-la-civilisation-est-elle-nee-en-isan-71522720.html

 

(2) Voir  « The legacy of Ban Chiang: Archaeologist Joyce White talks about Thailand’s most famous archaeological site », une interview de Madame Joyce White, archéologue américaine, est directrice du projet Ban Chiang au musée de l'Université de Pennsylvanie à Philadelphie, aux États-Unis, où elle étudie les trouvailles de Ban Chiang depuis 1976. Elle est experte du département de la justice américain dans l’affaire de trafic d'antiquités en cours qui, en 2014, a déjà entraîné le retour de nombreux articles de contrebande de Ban Chiang en Thaïlande :

https://isaanrecord.com/2016/04/20/the-legacy-of-ban-chiang-archaeologist-joyce-white-talks-about-thailands-most-famous-archaeological-site/

 

(3) voir le site : https://www.penn.museum/sites/expedition/archaeological-survey-and-excavation-of-ban-chiang-culture-sites-in-northeast-thailand/

Et un article du Bangkok post :

https://www.bangkokpost.com/thailand/special-reports/439666/ancient-artefacts-back-where-they-belong

(4)  Le titre de l’article :  « Another Probably Looted Thai Antiquity Discovered in SOAS’s Collection » sur le site :

https://www.soaswatch.org/another-probably-looted-thai-antiquity-discovered-in-soass-collection/

Souvent appelée simplement par son acronyme SOAS, est une école dépendant de l'université de Londres,  spécialisée dans  les artshumanitéslanguesculturesdroit et sciences sociales en relation avec l'Asie, l'Afrique et le Proche-Orient.  Située au cœur de Londres, la SOAS se présente elle-même comme « le meilleur centre de recherche au monde concernant les matières en relation avec l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient ».

 

(5)  https://www.skinnerinc.com/auctions/3212B/lots/8

 

(6) https://auctions.bertolamifinearts.com/en/lot/5649/ban-chiang-pottery-vessel-thailand-/

 

(7) https://www.rm-auctions.com/en/asian-arts/13741-three-ban-chiang-culture-pottery-jars-thailand-600---300-bc

 

(8) https://racheldavisfinearts.com/lots/view/1-GYPNC/thai-ban-chiang-pottery-vase

 

(9) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/12/12/01016-20091212ARTFIG00262-le-scandale-qui-eclabousse-drouot-.php

http://www.lefigaro.fr/culture/2016/09/06/03004-20160906ARTFIG00299-drouot-prison-ferme-et-amendes-pour-les-cols-rouges.php

 

(10) Voir en particulier  le Los Angeles Times  du 25 janvier 2008 : https://www.academia.edu/9355417/Museum_Raids_Suggest_A_Deeper_Network_Of_Looted_Art

 

(11) Voir sur ce sujet l’article de Denis Byrne : « The problem with looting: An alternative perspective on antiquities trafficking in Southeast Asia », une publication de juin 2016 de Western Sydney University, Sydney, Australia in :

https://www.academia.edu/26575936/The_problem_with_looting_An_alternative_perspective_on_antiquities_trafficking_in_Southeast_Asia

 

 

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commentaires

Cécile de BARBEYRAC 05/09/2019 12:23

E bè! Quel scandale! C'est bien votre article qui va alerter...

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 06/09/2019 02:55

The uglies americans ?