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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 22:05

 

 

Selon les  trois chapitres de la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, intitulé  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  (1) (2)

 

 

Cet article sera consacré au chapitre 4 : Du carrefour à l’écart (1660-1688). (pp. 83-104)

 

 

La préface de Georges Condominas ne pouvait que nous séduire :

 

 

 « L'ouvrage présenté ici reprend presque intégralement la thèse d'État ès-Lettres et Sciences humaines qu'Alain Forest a soutenu en 1997, sous le même intitulé. […] Le résultat est une œuvre de tout premier ordre qui deviendra très vite, à son tour, un ouvrage de référence pour les spécialistes de l'Asie du Sud-Est [...] l’énorme dépouillement des sources missionnaires » [lui a permis] « de tirer de celles-ci, d’interpréter et d’ordonner toutes les indications susceptibles d’aider à une meilleure connaissance des histoires (politique, administration, économie, société et, bien sûr, religion du Siam et du Tonkin […] Ainsi la contribution d’A. Forest à la compréhension des systèmes de pouvoir et de gouvernement, dans leur fonctionnement concret et dans leurs dysfonctionnements, s’avère-t-elle, désormais essentielle ».

 

 

 

Aussi, après avoir déjà traité dans un article (87) du « commerce du royaume du Siam au temps du roi Naraï (1656-1688). » (3), en présentant  une partie du chapitre 4 de A. Forest, il nous a paru intéressant cette-fois-ci  de vous proposer l'ensemble de la deuxième partie intitulée « ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX XVIIème-XVIIIème SIÈCLES. » (Cf. Table des matières (4))

 

 

I - Un « État commercial » ? ( Nous reprendrons en partie  notre article 87) (3)

 

 

Le point d'interrogation semble indiquer qu'Alain Forest va nous emmener contre un certain nombre d'idées reçues sur l'importance de ce commerce, surtout que  l’énorme majorité des relations officielles et des témoignages européens  qui arrivent à Ayutthaya sont étonnés à la fois par «  l’accueil reçu par les autorités siamoises, de la tolérance, et de la curiosité dont elles font preuve envers les étrangers »,  et par la multiplicité et la diversité des nations qui y font commerce, avec souvent une liste hétéroclite de produits disponibles au Siam. Ils attestent tous que le Siam est un des carrefours importants de l’Asie entre 1660 et 1680.

 

 

 

 

Ils sont nombreux à saluer l’importance de ce commerce, dûe à la politique d’ouverture du roi Naraï qui s'inscrit dans une longue tradition des souverains siamois, qui ont su utiliser les compétences militaires, commerciales et administratives des « étrangers » et n’ont pas hésité à les intégrer aux différents niveaux du Pouvoir siamois. (Nous avons largement évoqué ces relations avec les Perses,  le « commerce musulman », et ensuite avec les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français.)  Ainsi Alain Forest nous apprend que le roi Naraï a été formé par des Perses et aidé par des Perses pendant la majeure partie de son règne. (Alors que les études françaises n’évoquent le plus souvent que le grec Phaulkon).

 

 

 

 

Quoi qu’il en soit, le roi  est le premier marchand du royaume.

 

 

Il est le maître de la terre  de Siam, dispose de milliers d’esclaves corvéables 6 mois par an, a ses propres plantations, s’arroge le monopole sur les produits « rentables », a le pouvoir de taxer les bateaux et les produits du Siam, et dispose de  toute une administration dirigée par le ministre, le phra klang, le barcalon, chargé entre autre, des magasins royaux, des ports et des étrangers … sans oublier les « étrangers »  qu’il a su intégrer dans la  bureaucratie royale. (Forest cite les phra klang persans comme Abdur Razzaq (1657), Aqua Muhammad Astarabali (1660-1679), le grec Phaulkon … d’autres sont nommés gouverneurs (les gouvernements de Tenasserim et de Mergui seront confiés pendant de nombreuses années à des « Mores », puis on se souvient de l’épisode anglais avec Barnaby et White (1683-1685), du Portugais de Coehlo, gouverneur en 1675 de Phitsalunok, d’un turc gouverneur de Bangkok dans les années 1680-1685), des Français nommés par Phaulkon comme René Charboneau, gouverneur de Thientong en 1683, de Phuket en 1684 (?) Jean Rival à Bangary (Phangna)….. bref, la liste est longue. )

 

 

 

 

Ainsi le roi a donc un important  revenu procuré par les taxes et par des prélèvements en nature sur des produits comme le paddy et l’arec par exemple. « Le roi vend tous les ans pour 70 000 écus de bétel, pour 100 000 écus d’arec vert et pour 50 000 écus d’arec sec » (Forest cite l’abbé de Choisy). Le roi a également « le monopole sur l’étain, le plomb, le salpêtre, les éléphants et leurs ivoires, l’arec, différentes sortes de bois appréciées  à l’étranger (aigle, sapan, calamba), et le cuivre que ses bateaux vont chercher au Japon ». Il bénéficie  également des taxes douanières, des loyers sur les magasins, sans compter les prises de guerre et de piratage.

 

 

 

Mais d’après Alain Forest, cela ne veut pas dire que le Siam puisse être considéré comme un « État commercial ».

 

 

En effet, les entreprises commerciales bénéficient essentiellement à l’entreprise royale, même  si certaines autorités siamoises en bénéficient à la marge par le truchement des étrangers qui en gèrent le quotidien ;  Les Siamois sont surtout impliqués dans les  tâches subalternes et manuelles comme les « chasseurs, récolteurs, agriculteurs, charretiers, piroguiers, gardiens et hommes de peine (…) esclaves pour dettes ».

 

 

« Les autorités  siamoises sont beaucoup plus portées vers l’investissement de leurs richesses en « capital religieux », en « mérites » pour les vies à venir, par  la construction de monastères, la dédicace de statues ou par le don aux moines, que vers le commerce ».

 

 

Ensuite, si Alain Forest nous propose une liste des produits importés et exportés du Siam (Cf. (La liste (5)), comme beaucoup avant lui, il constate que presque tous  les observateurs  ne nous disent rien sur les quantités importées et exportées, qui de plus varient selon les périodes.

 

 

 

 

Ainsi cite-t-il  Gervaise qui dans son  « Histoire politique et naturelle du Royaume de Siam », écrit que 15 à 20 jonques chinoises viennent tous les ans dans les années 1660-1680, « en presque aussi grand nombre que les Mores ». Ce qui, vous l’avouerez, fait bien peu pour un pays que l'on qualifie comme un carrefour commercial  important pour l’Asie.

 

 

 

D'ailleurs ce commerce sera  jugé trop concurrentiel par les Hollandais qui abandonneront leurs importations de tissus et de vêtements, ainsi que la plus grosse part de «  certaines exportations : benjoin, bois précieux, pharmacopées, ivoires, or et produits de Chine, cuivre ». Les Hollandais préféreront se concentrer « sur l’achat de peaux, dont le monopole leur a été renouvelé en 1664, pour les exporter au Japon ; ainsi que sur l’achat de bois de sapan et d’étain de la région de Ligor (Nakhon Si Thammarat), étain dont ils disposent depuis 1671 du droit d’acquisition, une fois prélevés le tribut et ce qui est nécessaire aux besoins du roi. Le bois de sapan et l’étain constituent alors les trois quarts de ce qu’ils exportent du Siam vers les Indes et l’Europe. ».

 

 

Forest, fort de sa lecture attentive des courriers missionnaires, tentera de  compter les passages des navires au Siam, et encore précisera-t-il honnêtement, que ce n’est que de « l’à-peu-près » :

 

 

« annuellement : trois ou quatre vaisseaux hollandais, un ou deux vaisseaux anglais, une vingtaine de jonques chinoises, peut-être autant de bateaux de Mores qui arrivent à Mergui, deux ou trois barques cochinchinoises dont certaines faites « sans clous ni cordes mais de vingt-cinq planches et deux perches pour servir de mât, et douze rotes […] de hauban avec une pierre  pour nacre », une dizaine de bateaux armés par le roi et des autorités marchandes du Siam. Occasionnellement : un vaisseau des Philippines ou de Macao, un vaisseau de la Compagnie ou de particuliers français, une barque tonkinoise … »

 

 

Et Forest de reconnaître : « Je ne sais s’il faut déduire de cette énumération à la Prévert, qui  ne signifie pas grand-chose en l’absence de toute indication de tonnage ou de valeur des marchandises transportées, que le Siam est une formidable place de commerce dans les années 1660-1680 ».

 

 

 

Forest suggère plusieurs pistes :

 

 

Le  grand nombre de petits bateaux privés mores ; La concentration de la population siamoise,  presque toute entière le long de la Menam Chao Phraya, se déplaçant  en pirogues et barques. De plus, « La saison de la venue des marchands est restreinte : elle dure cinq mois ; de février à juin. ». Cela est dû évidemment au climat, aux saisons, aux pluies, aux vents de mousson  (vents du sud-ouest de mai à octobre, vent du nord-est  de fin novembre à mars) , les contraintes de la route de Mergui … Ainsi les Mores « arrivent massivement en fin janvier et février à Ayutthaya » ; les Chinois à partir de mars, les Hollandais et les Malais vers mai ; 4-5 mois de fièvre « mais vents et pluies commandent : à la troisième semaine de juillet tout le monde est reparti. La capitale se vide ».

 

 

Même le roi du Siam n'envoyait  annuellement jusqu’à 1685, qu'un ou deux bateaux au Japon, « un ou deux vers la côte chinoise ou à Macao, peut-être deux ou trois font-ils la ligne  entre la côte de Coromandel et Mergui, et de même entre Ayutthaya et Batavia et plus épisodiquement , un bateau est envoyé aux Philippines ou ,à l’opposé jusque vers le golfe persique » (Forest citant le rapport  de G. White (1678), in John Anderson  ).  Même si Phaulkon, à partir de 1682, va donner une impulsion à ce commerce et fera « plus de négoce que tout le reste des marchands particuliers ensemble ».  En 1685, « au temps de sa plus grande splendeur, il ne dispose que de 5 à 6 vaisseaux qui lui appartiennent » (D'après de Choisy).

 

 

Le commerce avec le Siam était donc très limité au regard du commerce international de l’époque.

 

 

A la fin du XVIIe par exemple, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales  entretenait à la fin du XVIIe siècle 100 à 160 navires selon les estimations et 107 bateaux en 1680, 88 en 1689 au commerce d’Inde en Inde. (Wikipédia)

 

 

 

 

 

D’ailleurs, précise Forest, les responsables du comptoir anglais et de la Compagnie française estimaient qu’un comptoir à Ayutthaya n’était pas rentable, si on ne disposait pas comme les Hollandais d’un relais (Batavia  et Malacca) entre l’Inde et Ayutthaya, non seulement pour les raisons déjà évoquées, mais aussi à cause de la faiblesse du marché intérieur. On se souvient du chevalier de Forbin disant à Louis XIV : « Sire, le royaume de Siam ne produit rien, et ne consomme rien », et « Hors la Cour et quelques grands, la demande siamoise est plus que modeste ». (Forest)

 

 

 

 

D'ailleurs les Anglais ferment leur comptoir en 1682. En 1680, François Martin qui avait créé le comptoir français de Pondichery (1673) avait jugé sans intérêt la création d’un comptoir français à Mergui et Tenasserim.  Le responsable de la Cie française, Deslandes- Boureau, constatant qu’il n’y a aucun commerce à faire au Siam, quitte le pays au début de 1684.

 

 

 

Le golfe du Bengale et l’Inde deviennent le nouvel enjeu des Compagnies française et anglaise  et le golfe du Siam est marginalisé, avec de plus, une piraterie chinoise importante jusqu’aux années 1710. « A la fin de 1682, des pirates remontent même le Mékong saccageant Banam, Phnom Penh puis la capitale Oudong, dont ils brûlent le palais royal » (Forest citant M. Joret). Le commerce avec la Chine s’ouvre de nouveau.

 

 

 

 

De plus, la politique commerciale menée par Phaulkon à parti de 1682, avec la construction d’une petite flotte pour le roi et pour son propre compte, la nouvelle alliance avec les Français en 1685, va bouleverser les réseaux établis et va  entraîner le Siam vers sa mise à l’écart par rapport au monde extrême oriental et  le  repousser, « comme le reste de la péninsule Indochinoise, en marge des grands courants commerciaux du XVII ème siècle. »

 

 

La mort de Naraï, la « révolution » de 1688 et la prise du pouvoir par Petrâcha, sa décision de chasser les étrangers « européens », marqueront la fin d’une époque. Après le temps de l’ouverture viendra le temps du repliement.

 

 

 

 

II - Du carrefour à l’écart (1680-1700). (1/ Renversements de tendances. 2/ Fin d’époque.) (pp. 98-104)

 

 

Après 1680, le Siam va connaître un renversement de tendances qu'Alain Forest va tenter d'expliquer par une série d'événements internes et un contexte international qui va modifier un engouement qui ne sera que provisoire.

 

 

Si les marchands anglais tentent de redonner une impulsion en 1676-1679  à leur comptoir à Ayutthaya, ils vont vite préférer s'engager auprès des affaires du roi Naraï et de son phra klang Phaulkon, qui vont entreprendre  une nouvelle politique commerciale avec leurs propres flottes (Cf. Plus haut) , mais en multipliant les monopole royaux et en augmentant les taxes sur les bateaux et la plupart des productions du pays. Les Français qui installent un comptoir en 1680, se demandent très vite comment le rentabiliser, et les Anglais vont fermer le leur en 1682. Le responsable de la Compagnie française, quant-à lui, comme nous l'avons dit,  quittera le pays au début de 1684.

 

 

 

 

La nouvelle politique commerciale aura pour effet une raréfaction de l'offre et parallèlement de créer un engorgement de certains produits d'importation, comme par exemple les tissus de coton, que la demande  siamoise n'arrive plus à absorber.  De plus, les expéditions maritimes  menées par le roi et Phaulkon sont loin d'être rentables, surtout que Naraï se voulant l'égal des grands s'engage dans des travaux somptueux dans ses palais et dans sa résidence de Lopburi, et que Phaulkon s'endette à tout va. Les Hollandais supportent mal leurs concurrences, surtout quand ils contestent en 1686 leurs droits sur l'étain. Les Mores de même. Phaulkon va cristalliser sur lui tous les mécontentements.  (A. Forest n'évoque pas à ce stade le rôle des ambassades françaises et les manœuvres de Phaulkon, ni sa rivalité avec Petrâcha pour le Pouvoir)

 

 

 

Des événements extérieurs au Siam vont amplifier le recul du commerce siamois.

 

 

D'une part, la guerre franco-hollandais de 1672-1678 a ruiné le commerce français avec l'Inde et en 1682  les Hollandais prennent le contrôle de Banten et privent les compagnies anglaise et  française de leurs comptoirs dans la région des Détroits. Ce qui va les contraindre à changer de stratégie pour s'affronter dans le golfe du Bengale et l'Inde, marginalisant ainsi le golfe du Siam.

 

 

 

 

D'autre part, une mise à l'écart du Siam va s'opérer aussi avec le monde extrême oriental.

 

 

Dès le début des années 1680, une importante piraterie chinoise opère dans l'embouchure du Mékong. « A la fin de 1682, des pirates remontent même le Mékong saccageant Banam, Phnom Penh, puis la capitale du Cambodge, dont ils brûlent le palais royal. » (A. Forest ne donne pas l'ampleur de cette piraterie mais cite deux exemples en notes qui indique l'ampleur et la sauvagerie des attaques.)

 

 

« A cette piraterie qui affecte le commerce entre Siam et Chine, s'ajoute au même moment, avec la paix qui est revenue dans le sud de la Chine vers 1683, une relative réouverture de cette derniière région au commerce étranger. ».  Les bateaux des Anglais, des Français , des Danois, établis en Inde, pourront alors rejoindre directement Canton. A. Forest aurait pu ajouter qu' « en 1682, les Hollandais s'emparent du port britannique de Bantam sur l'île de Java et coupent la route indonésienne du thé aux Anglais. Ces derniers vont alors effectuer des voyages directs vers la Chine et y envoyer une quarantaine de navires marchands entre 1700 et 1715. Les Français s'engagent à leur tour dans ce nouveau trafic : une compagnie de Chine est même créée en 1698, qui ramène un premier chargement en 1700, en provenance de Canton. » (6)

 

 

 

 

On assiste bien à une fin d'époque. Mais A. Forest ne consacrera que deux pages pour évoquer  les relations entre les autorités siamoises et les Français et la fin du règne du roi Narai, en nous invitant  à lire son annexe 1 où il nous donne un « Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps du roi Naraï » en 103 pages  (pp.  325-428), que nous avons utilisé dans de nombreux articles. Il ne retient -ici-  que les relations diplomatiques entre le roi de France et Phra Narai qui ont été soutenus par les missionnaires notamment par Mgr Pallu l(27 mai 1673-26août 1674 et 4 juillet 1682-2 juillet 1683), relations qui étaient essentiellement de caractère religieux ; les missionnaires croyaient pouvoir convertir le roi du Siam (Le jésuite Tachard était le plus virulent).

 

 

 

 

Mais on constata un changement à partir de 1680 avec l'ascension et les ambitions de Phaulkon, et surtout en 1687 avec  l'envoi en 1687  d'un corps expéditionnaire français à Bangkok et à Mergui pour « protéger» le royaume d'une éventuelle agression hollandaise. L'installation de ce corps expéditionnaire provoqua des remous au sein des Français et des Siamois, surtout que cela eut lieu au milieu des manoœuvres successorales, dont A. Forest ne dit rien. Si ce n'est de façon laconique dans le paragraphe suivant  en évoquant la querelle de succession, que les  « relations » appelleront  la « révolution du Siam » mené par Phra Petrâcha -le chef du département des éléphants-  qui liquidera Phaulkon (mai-juin1688) pour devenir roi après la mort du roi Narai (13 juillet 1688) au début août 1688. Une lutte s'engagea qui aboutit au départ forcé du corps expéditionnaire français le 13 novembre 1688, accompagné de la plupart des Français. Seuls Mgr Laneau et quelques missionnaires et les élèves en partie vietnamien du Collège catholique restèrent. Ils furent jetés en prison pendant de longs mois.

 

 

Nota. Les « aspects » évoqués en trois paragraphes sont très laconiques, puisqu'ils n'évoquent même pas les deux ambassades françaises, ni la guerre de succession, ni la « guerre » qui aboutira au départ des Français. Mais A. Forest dans ce chapitre renvoie, nous l'avons dit- à son annexe de 103 pages sur un   « Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps du roi Naraï ».

 

 

 

 

A. Forest termine ce chapitre en indiquant que les courriers et relations françaises ont donné une image quelque peu trop flatteuse du régne du roi Narai, sur sa prospérité économique et sa grandeur. Seul de Forbin [dans ses « Mémoires »] avait signalé le contraste entre la magnificience extérieure, surtout autour du roi, et les existences miséreuses du peuple.(Cf. (7))

 

 

Pour A. Forest « la réalité » du royaume est « Un pays densément peuplé sur les rives du fleuve et autour des agglomérations ; le vide ailleurs. Partout, dans le pays peuplé, un peuple amphibie qui vit autour de l'eau et au-dessus des eaux que sur la terre et de ses produits. A Ayutthaya, hors deux trois rues vouées aux commerces, quelques bâtiments en dur tels le palais et les nombreux monastères dont la masse et la décoration tranchent sur l'entassement des cahutes de bambous et de feuilles, en bordure du fleuve toutefois, les maisons  en bois, recouvertes en tuiles, des personnages les plus  aisés, les comptoirs et les maisons des Européens, celles des grands mandarins.

 

 

Alors que la vie dans les campagnes semble être d'une frugale simplicité, il existe sans doute à Ayutthaya des poches d'assez grande pauvreté. Mais de manière générale, la ville se développe et profite du commerce dont elle est le centre jusque dans les années 1680. ».

 

 

 

Le chapitre suivant présente « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767). Ce sera l'objet de notre prochain article.(pp. 105-134)

 

 

 

 

Notes et références.

 

 

 

(1) Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec, préface de Georges Condominas, Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, et  Livre III, Organiser une Église Convertir les infidèles »,  L’ Harmattan, 1998.

Les trois livres sont la reprise d’une thèse d’État.

 

Annexe 1 du Livre 1-  Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Narai. (pp. 325-428)

 

(2) Cf. « Les relations franco-thaïes », articles 1, 2, 3, 5, 18, et 19.

Et 88. L’échec des missionnaires français au Siam (XVIIe – XVIIIe siècles).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-l-echec-des-missionnaires-fran-ais-au-siam-xvii-et-xviii-emes-siecles-118521756.html

89. Le pouvoir siamois face aux missionnaires français aux XVII et XVIII èmes siècles.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-89-le-pouvoir-siamois-face-aux-missionnaires-fran-ais-aux-xvii-et-xviiiemes-siecles-118682905.html

 

 

(3) Nous avons déjà traité une partie du  chapitre 4  (Un État commercial ? ) in  : 87. Le commerce du royaume du Siam au temps du roi Naraï (1656-1688).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-87-le-commerce-du-royaume-de-siam-au-temps-du-roi-narai-1656-1688-118237885.html

 

(4) Table des matières de la 2ème Partie - ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX XVIIème-XVIII ème SIÈCLES. (pp.81-164)

 

Chap. 4 - Du carrefour à l’écart (1660-1688). (pp. 83-104)

- Un « État commercial » ?

- Du carrefour à l’écart (1680-1700).

 

Chap. 5 – De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) (pp. 105-134)

- Les régnes : de Petrâcha à Ekathat.

- La crise, le repli et le ressourcement.

- La Chute d'Ayutthaya (1767).

- Aperçu sur l'après-Ayutthaya.

 

Chap. 6 – Pouvoir et société au Siam. (pp.135-164)

- La bonne administration.

- De l'absolutisme et de la faiblesse du roi.

- De la troupe à la clientèle.

 

 

(5) Produits arrivant au Siam :

 

« - d’Inde et d’Orient, des tissus et habits divers dont « la mousseline jaune destinée à confectionner l’habit des moines » et qui forment le gros des livraisons ; des tapis, des pierres précieuses taillées, des aromates et produits pour la pharmacopée – dont l’opium qui est alors une médecine. Il y aussi régulière importation d’esclaves par cette voie ». (Une note signale un trafic régulier au XVIII ème siècle et donne un exemple d’un navire du prince de Siam pillé par des Anglais en 1696 qui contenait une centaine d’esclaves).

 

  • « Du Japon : l’argent, ainsi que les navires hollandais apportent jusqu’en 1668, date à laquelle son exportation est interdite par les autorités japonaises ; le cuivre que vont chercher des bateaux royaux et quelques particuliers ainsi que des produits d’artisanat, de luxe et semiluxe : sabres, porcelaines, boîtes laquées, paravents, articles d’argenterie … » 

 

  •  De Chine, des porcelaines, soieries et brocarts, tapis et un peu d’or, ainsi du papier, des « confitures » (fruits et légumes confits, des médecines et du thé, boisson dont, selon La Loubère, « l’usage » se répand à Ayutthaya dans les années 1680 ;

 

  •  De Batavia, des pièces d’argent hollandaises après 1668, ainsi que quelques produits des Indes ».

 

Alain Forest cite ensuite d’autres produits provenant du Laos, du Cambodge, de Cochinchine, du Tonkin et des Philippines.

 

« Les Chinois assurent bien sûr avec leurs « sommes » (jonques) l’essentiel des échanges avec les pays d’extrême Orient, notamment le Sud de la Chine et le Japon où ils sont les seuls admis avec les Hollandais » ; les Chinois, quant à eux, retirent du Siam essentiellement des produits de ravitaillement pour le sud troublé de la Chine (riz, salpêtre, sel, plomb, étain, ivoires, médecines) et quelques produits de luxe venus d’ailleurs du continent indien.

 

(6) https://www.futura-sciences.com/sciences/questions-reponses/histoire-chine-japon-deux-empires-fermes-xviie-siecle-10914/

 

(7)  Les relations franco-thaïes : Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

 

« La relation de voyage du Comte de Forbin publiée dans ses « Mémoires » nous apprend fort peu de choses sur le Siam, sur les objectifs de l » Ambassade mais beaucoup sur sa clairvoyance politique et sur son courage. Dès le début du livre, il tient à se démarquer de l’abbé de Choisy et du père Tachard « qui ont fait le même voyage, et qui ont vu les mêmes choses que moi, semblent s’être accordés pour donner au public, sur le royaume de Siam, des idées si brillantes et si peu conformes à la vérité ». Il confirme plus loin que même Céberet du Boulay de la 2e ambassade : « était si frappé de les avoir vu si pauvres, de la misère du royaume, qu’il ne comprenait pas comment, on avait eu la hardiesse d’en faire des relations  si magnifiques ». »

 

Pour la fin du règne et la « révolution » de 1688, Cf. :

99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

 

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